QUESTION LVXXI. — DE LA COMMUNION DU CHRIST
sacrement, ainsi qu'il a été dit plus haut (art. 3). Il suit de là que tout ce qui appartient au Christ selon qu'il est en Luimême, peut lui être attribué et en sa propre apparence et selon qu'il existe dans le sacrement : comme de vivre, de mourir, d'éprouver de la douleur, d'être animé ou inanimé, et autres choses de ce genre. Les choses, au contraire, qui lui conviennent selon qu'il se compare aux corps extrinsèques, peuvent lui être attribuées en tant qu'il existe en sa propre apparence, mais non en tant qu'il est dans le sacrement : comme d'être moqué, bafoué, crucifié, flagellé, et autres choses de ce genre. Ce que daucuns ont traduit par ces vers :
Pyxide servato poieris sociare dolorem Innatnm, aed non Hiatus convenit illi.
<( Conservé dans le ciboire II ressent la douleur qu'il éprouve ; mais ce nest point là quelle lui est causée ».
L'ad primum fait observer que u comme il a été dit, la passion » ou ce qui consiste à subir une action, a convient au corps qui pâtit, par comparaison à un agent extrinsèque. Et c'est pourquoi le Christ, selon qu'il est sous ce sacrement, ne peut point pâtir», ne pouvant subir l'action d'un agent extrinsèque. « Toutefois, Il pouvait mourir », la mort consistant dans la séparation de l'âme et du corps.
L'ad secundum rappelle que u comme il a été dit plus haut (q. 7G, art. :>.), sous l'espèce du pain est le corps du Christ » seulement, « en vertu de la consécration ; et » seulement « le sang, sous l'espèce du vin. Mais maintenant, quand réellement le sang du Christ n'est point séparé de son corps, en raison de la concomitance réelle, et le sang du Christ est sous l'espèce du pain, ensemble avec le corps ; et le corps, sous l'espèce du vin, ensemble avec le sang. Mais, si, dans le temps de la Passion du Christ, quand réellement le sang fut séparé du corps, ce sacrement avait été consacré, sous l'espèce du pain eût été le seul corps, et, sous l'espèce du vin, eût été le seul sang ». Et la raison est toujours la même. C'est qu'il n'\ a pas deux corps du Christ. Il n'y en a (pi'un. Il n'est donc pas possible qu'il
soit autre, ici, qu'il n'est en lui-même, quant à sa réalité intrinsèque; bien qu'il soit avec le lieu qui est celui du sacrement, dans un tout autre rapport qu'il n'est avec le lieu ou tout ce qui l'environne selon qu'il est en lui-même.
L'ad terlium répond, dans le même sens, que « comme il a été dit plus haut (q. 76, art. i, ad ^"'"), l'âme du Christ est dans ce sacrement en raison de la concomitance réelle; parce qu'elle n'est pas sans le corps; mais non en vertu de la consécration. Et c'est pourquoi, si, alors, ce sacrement eût été consacré ou conservé, quand l'âme était réellement séparée du corps, l'âme du Christ n'eût pas été sous ce sacrement : non par manque de vertu des paroles ; mais parce que la disposition de la réalité était autre ». Le corps du Christ eût été dans le sacrement comme il était en lui-même, puisque c'était lui qui était dans ce sacrement, et non un autre.
Après avoir considéré l'usage du sacrement de l'Eucharistie dans la communion, soit d'une façon générale, soit quant à la manière dont le Christ Lui-même en usa à la dernière Cène, nous devons considérer maintenant ce qui a trait au ministre de ce sacrement. — C'est l'objet de la question suivante.