‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 10 sur 55 · III. L'iijioslohil · texte numérisé non relu

III. L'iijioslohil

Saul devint toul à la fois ci'oyaiil el ap/ilre. La sinuillaïK-ili' (•(>iiipli't''iih ni l'xcepiidimejle (11' Ces deux fails ré-

' Hn oiilic. sciilriiK'iit liaiis I ["nu. II. ^.

SON AI'OSTDLAT. î>7

sultaii (lu mode de sa convoisioii. I.iii-inème sifinal(3 ce Irait dans le cli. IX de la l'c aux (^Drinlliiens, v. IG et. 17. Il n'est point devenu aprilre, comme les Douze, après s'être attaché voldiitairemeul à .h'sus par la loi, et à la ^^uilc d'un appel librement accepté. Il a été tiré brusquement d'un état d'hostilité déclarée; et cet acte divin par lequel il a été fait croyant, a été la conséquence du choix que Dieu avait l'ait de lui pour l'apostolat.

L'apostolat de saint Paul a duré de 28 à 30 ans; et si Paul était, comme cela parait probable, parvenu à sa trentième année au moment de sa conversion, il résulte de là que cette ci'ise ladicale doit avoir partagé sa vie en deux parties à peu près égales, de trente ans environ chacune.

La carrière apostolique de Paul, pour autant qu'elle nous est connue, comprend trois périodes : un temps de préparation, qui a duré scjif ans, à peu près; la période de l'apostolat actif ou des trois grands voyages missionnaires, qui compi'end un espace de quatorze ans ; entîn celle des deux captivités à Césarée et à Rome, qui, avec la demi-année de voyage qui les a séparées, a duré quatre à cinq ans. Après cela il faut i)lacer peut-être un dernier temps de liberté d'une ou deux années qui se termina par un dernier emprisonnement. Quoi qu'il en soit, le terme de la troisième période est le martyre que Paul subit à Rome après les cinq h sept années de son travail fuial.

Apôtre de droit, dès les joifi's qui suivirent la crise de Damas, Paul n'entra que graduellement dans le plein exercice de son mandat. Sa mission se rapportait spécia-

28 l'apôtre I'AUL

lement à la conversion des Gentils. La Ir-neiir du message que le Seiiïneur lui avait adressé pai- la bouche d'Ananias était celle-ci : « Tu porteras mon nom devant les Gentils et leurs rois et devant les fils d'Israël » (Act. IX, 15). Ce dernier trait était à dessein placé à la Un. Les Juifs, sans être exclus de l'œuvre de Paul, n'étaient pas l'objet spécial de sa mission.

Mais en fait, c'est par Israël qu'il dut commencer son travail, et l'évangélisation des Juifs demeura pour lui jusqu'à la fin la transition nécessaire à celle des Gentils. Dans chaque ville païenne où Paul ouvre une mission, il commence par prêcher l'Evangile aux Juifs dans la synagogue. Là il rencontre les prosélytes d'entre les païens, et ceux-ci forment le pont par lequel il arrive à la population purement païenne. .Vinsi se répète en petit, à chaque pas de sa carrière, la marche qu'avait suivie en grand la prédication de l'Evangile dans le monde en f^énéral. Au début, comme fondement historique de l'œuvre : la fondation de l'Eglise en Israël par le travail de Pierre — c'est le sujet de la première partie des Actes (ch. I-XII); puis, comme un édifice bâti sur ce fondement, l'ét^iblissenient de l'Eglise chez les Gentils par l'œuvre de Paul — c'est le sujet de la seconde partie des .Vcles (ch. XlIl-XXVllIi.

Malgré cela, Baur a prétendu que le procédé attribué à Paul par l'auteur des Actes, dans le tableau de la fondation de son OMivre chez les païens, était historiquement inadmissible, puisqu'il témoigne de ménagements exagérés et très-invraisemblables de la part d'un homme tel que saint Paul envers les Juifs'. Mais lerécil des Actes est pleinement ((tnliniié sur ce jMiint par les déclarations de Paul hii-iiièiiie, lium. 1. Itî; 11. !• ei lu. Dansées i>as-

* Paulus. *•• éd.. I. p WS. 369.

sages, l'apôlro dit, en pni-Iant tle ces deux grands faits, le salul et le jugement : « pour les Juifs prcmii'n'utcnt. » il reconnaît donc lui-uM'uic le dioil de priorit('' cpii Icui- appartenait en vertu df Irui- vocation spéciale et de la préparation tliéocrati([iu3 dont Us avaient été les objets. Du premier au dernier jour de son activité, l'aul n'a cessé de rendre hommage en paroles et en actes à la prérogative d'Israël.

11 n'y a donc rien de surprenant dans le fait, raconté par les Actes (IX, 2U), que Paul commença inunédiatement à prêcher dans les synagogues juives de Damas. De là il étendit bientôt son ti'avail aux contrées circonvoisines de l'Arabie. D'après Gai. I, 17-18, il consacra trois années entières à ces pays reculés. Les Actes appliquent à cette époque-là l'expression vague (.( un long temps » (IX, 23). Ce fut sans doute pour l'apôtre un temps de recueillement et de communion personnelle avec le Seigneur, que l'on peut comparer aux années que les apôtres passèrent avec leur Maître dui'ant son ministère terrestre. Mais nous sommes loin de voir dans ce séjour un temps d'inactivité extérieure. La relation entre la parole de Paul Gai. I, !(> et les versets suivants ne permet pas de douter que Paul n'ait aussi consacré ces années à la prédication. Tout le premier chapitre de la lettre aux Galates repose sur cette idée : que Paul n'attendit point, pour commencer à prêcher Jésus-Christ, qu'il eût conféré sur l'Evangile avec les apôtres de Jérusalem et reçu leurs enseignements. Au contraire, il tient à constater qu'il était déjà entré dans sa carrière missionnaire lorsque pour la première fois il se rencontra avec Pierre.

A la suite de son travail en Arabie, Paul revint à Damas, où son activité excita au plus haut degré la fureur des Juifs. Cette ville était alors au pouvoir d'Arélas, roi

30 L'aPÔTI'.K I'.M l

d' Arabie. Nous ignorons les circonstances qui l'avaient rnuiiicnlanémeni sousiraile à la domination romaine, et combien d'années dura ce singulier étal de cbose>. Ce sont là des questions d'arcbéologie intéressantes (jui n'ont pas encore trouvé leur solution complète. Néanmoins, le fait de la possession temporaii'e de Damas par le roi A rétas ou Ilaretb, à cette époque, ne saurait être révoqué »-n doute, même en dehors du récit des Actes'.

A la suite de celte première période d'évangélisation, Paul éprouva le besoin de faire la connaissance personnelle de Pierre. 11 se rendit dans ce but à Jérusalem. 11 demeura chez lui quinze jours. Il ne s'agissait point pour l'aiil de se faire son disciple. Si tel eût été son but. il n'eût pas tardé trois ans entiers à se rendre auprès de lui. Mais on peut comprendie combien il lui importait de s'entretenir enfin avec le principal témoin de la vie terrestre de Jésus. Lors même qu'il avait reçu directement du Seigneur l'intelligence de l'Evangile (Gai. I, 11. 1:2), quel intérêt ne devait pas avoir pour lui le récit authentique et d<'laillé des laits du ministère de Jésus! (In peut en juger parles traits ([u'il rai)])elle ilai]> le \\'' ibapilre de la 1''' aux Corinthiens et |)ar les qiielques paroles du Seigneur qu'il cite dans ses épiti'es et dans ses discours (comp. I Coi'. VII, 10; AcI. XX, 3r>).

Pendant deux semaines Paul s'entretint avec les apôtres (Gai. 1,16; Ael. IX, :28) ; celte expression indéterminée du livre des Actes : les npôlirs, désigne, d'après le récit plus précis de l'épitre aux Galales, Pierre et Jacques. Le dessein de Paul t'-tail de restei* un ceilain teiiips à Jéru-

' Lo fait est constaté par i'ititi'rni|ilion dis monnaiis lomamos lie Damas sous Calii^ula cl sous Claude, el par rexistetico d'une monnaie de celte ville au t\[)e » (lArélas pliilhellène » \oir Renan. Z.'V Apnfrrs. p. l7o .

s.ilciii, car malgré le danger qu'il courait, il lui paraissait que le léuioignage de raueicu [leiséeuteur produirait plus d'effet dans ceth; ville <[\\>' partout ailleurs. Mais Dieu ne voulait pas (pie riustrunicut (ju'il avait prf'qian'; avec tant d(i soin pour le salut des Gentils lût viulemiuent bi'isé par la fureur des Juifs et })ai'tageàt le sort du courageux Etienne, lue vision du Seigneur que Paul reçut dans le temple, l'avertit de ({uitter inimédiaternent la ville (Act. X.XII, 17 et suiv.). Les apùlres le firent conduire au bord de la mer, à Césarée. De là il se rendit — le l'écit des Actes ne dit pas par quelle voie (IX, 30), mais on doit conclure de Gai. 1,41 que ce fut par terre — en Syrie, puis à Tarse, sa ville natale, et ce fut là qu'il attendit au sein de sa famille la nouvelle direction du Seigneur.

11 ne l'attendit pas en vain. A la suite du martyre d'Etienne, un certain nombre de croyants de .I('rusalem, d'entre les Juifs parlant grec (les hellénùlesj, fuyant la persécution qui sévissait en Palestine, avaient émigré à Antioche, la capitale de la Syrie. Dans leur zèle missionn.'îire ils l'rancliii'ent la limite observée jusqu'alors par les pn'dicateurs de l'Evangile et s'adressèrent à la population grecque*. C'était la première fois que l'œuvre cbrétienne se frayait accès au milieu des païens proprement dits. La grâce divine accompagna ce pas décisif. Une église nombreuse et .vivante, dans laquelle une majorité de Grecs convertis se trouvait associée à un certain nombre de cbrétiens d'origine juive, surgit dans la capitale de la Syrie. 11 y a, dans le récit que l'auteur des Actes a tracé

' La leçon reçue : atix hellénistes, fausse absolument le sens du passage (Actes XI, 20). Elle a déjà été rectifiée dans nos traductions; il faut lire : aux Hellènes, d'après les plus anciens manuscrits (Siiiaïticiis, Alexandrimis, etc.) et d'après le contexte qui exige impérieusement la mention d'un fait d'un caractère tout nouveau.

32 l'apùthr: pa»:l

fie celte fondation importante (XI, 'H)-ii), un charme, un entrain, une fraîcheur qui n'appartiennent qu'aux tahleaux tracés d'après nature.

Les apôtres et l'éi^lise de Jérusalem surplis cnvoyèi'cnt Barnahas sur les lieux pour examiner de plus près ce mouvement d'un genre si extraordinaire et le dirijjer au besoin, liarnabas, se souvenant alors de Saul qu'il avait précédemiiM'iii inlioiluit, à .liTiisalcin, auprès des apôtres, alla le chercher à Tarse et l'amena dans ce chamj) d'activité, bien di!j:ne d'un tel ouvriei'. Entre l'éfrlise d'Antioche et Paul apôtre se forma dès ce moment une union étroite dont Févangélisation du monde a éti!- le fruit magnifique.

.Vprés une année entière de travail commun à Antioche, Barnahas et Saul furent envoyés à Jérusalem pour porter des secours aux croyants pauvres de cette ville. Ce voyage, qui comcida avec la mort du dernier représentant de la souveraineté nationale Israélite, llérode Agrippa (Act. XII i, a certainement eu lieu en l'an Ai; car cette date est celle qu'assigne à la mort de ce souverain le récit détaillé de Josè[)he. C'est aussi vers cette époque, sous le règne de Claude, (prcul lieu la grande famine avec laciuellc ce voyage était en relation d'après les Actes. C'est donc ici l'une des dates les plus certaines de la vie de saint Paul. Ce voyage à Jérusalem n'est pas mentionné, sans doute, au premier chapitre des Calâtes, parmi les séjours (li> l'apôtre dans cette capitale qui suivirent de près sa conversion. Phisieurs, pour expliquer cette omission, ont supposé que Barnahas était arrivé seul à Jérusalem, tandis (jue Paul S(î sérail an't'lt' en roule. Le texte des Actes n'est i)as favorahie à cette explication (XI, .iO: Ml. '27\). D'autrt^s, comme .M. Sahalier', concluiMit du sileuee di'

' L'Ajjùtre Paul. ■><■• éd.. p. W.

Paul que ce récit du voya«:c dans les Actes (f est apocryphe. » Mais on ne saurait découvrir la raison pour laquelle il aurait été inventé. Le fait est que le contexte de Gai. I, bien compris, n'exige nullemeni, comme on se le figure, rénumération de tous les voyages de l'apùtre à Jérusalem dans ces premiers temps. Il voulait prouver qu'il n'était pas devenu prédicateur de l'Evangile à l'école des apôtres. Pour cela il lui suffisait d'avoir rappelé, comme il l'avait fait Gai. I, 18-23, que sa premicrc rencontre avec eux datait de trois ans après sa conversion et le commencement de son travail missionnaire. Que s'il mentionne, après cela, un voyage subséquent (Gai. II, 1 et suiv.), c'est dans un tout autre but. Il veut rappeler que cet apostolat, commencé sans les Douze, n'en a pas moins été solennellement reconnu par eux dans une circonstance décisive. Qu'il y ait eu un voyage entre le précédent et celui-ci, cela n'importe nullement h la question traitée. L'omission de ce fait chez Paul ne contredit donc pas le récit de Luc.

La seconde partie de la carrière de l'apôtre est celle que remplissent ses trois grands voyages missionnaires, avec les visites à Jérusalem qui les séparent. C'est à ces voyages que se rattache la composition des lettres les plus considérables de Paul. Les quatorze années qu'a duré celte période, doivent, en raison de ce qui précède^ dater de l'an 4-4 (époque de la mort d'IIérode Agrippa) ou d'un peu plus tard. Ainsi la fin de la royauté nationale israéhte a coïncidé avec le commencement de la mission chez les

ÉP. AUX ROM. — TuME I. 3

y 4 L APuTRK PALL

païens. L'uiiiversalisme chrétien apparaissait au moment où le particularisme théocralique attêi;:uail sou li-ruittragique.

Les trois voyages de Paul ont pour point (le dt'-pail commun Antiochc. Cette capitale de la Syrie a été le berceau de la mission dans le monde païen, comme Jérusalem avait été celui de la mission Israélite. Après chacun de ses voyages, Paul avait soin de revenir à Jérusalem pour resserrer le lien qui devait uuii' son œuvre à celle des apôtres primitifs, les églises de la gentilité à l'Eglise-mére. Il sentait si profondément la nécessité de cette relation,, qu'il va jusqu'à dire (Gai. Il, 2) : <s. de peur qu'autremen" je n'aie couru ou rju'à l'avenir je ne coure en vain. ))

Sa première mission, qu'il accomplit avec Barnabas, n'embrassa pas un espace géographique considérable; elle ne s'étendit qu'à l'Ile de Chyj)re et aux provinces méridionales de l'Asie-Mineure les plus rapprochées de celle île. L'importance de ce voyage est surtout dans le principe dont elle inaugure l'avènement, celui de la conquête du monde païen par l'Evangile. C'est dès ce moment que Saul commence à prendre le nom de Paul (Act. XllI, t>i. On a supposé que ce changement était un hoiniuage rendu au proconsul Serge-Paul, converti en (^-hypre et premier fruit de cette mission. Mais l*aul n'a jamais eu les allures d'un courtisan. D'autres ont trouvé dans ce nom une allusion pleine d'humilité, soit à sa petite taille, soit à la dernière place qu'il occupait dans le collège apostolique (TlaOVj;, dans le sens du latin pou lus, junirUhis. le prlib. C'est ingénieux, mais recherché. La vraie explication est jirobablt'Mient celle-ci. Les Juifs, voyageant en pavs paï-Mi, aimaient à se couvrir d'un nom grec ou romain, et choisissaient volontiers celui dont le son se rapprochait le plus de leur nom hébreu. In Jésus devenait un Juson, un Jo-

seph un Ili'gésijijir, un Dostliaï un Dosilhce, un Eliakim un Alk'nnos. C'est ainsi sans don le que Saul devint Paul,

Deux questions se posent à l'occasion de ces églises d'Asie-Mineure fondées dans le premier voyage. Devons nous, avec plusieurs écrivains (Niemeyer, Mynster, ïhiersch, Hausratli, M. Renan dans Sainl-Panl, p. 5i et 52), envisager ces églises comme étant celles qui furent désignées plus tard sous le nom d'églises rfe Galatie (Gixl. 1, 2; 1 Cor. XVI, 1)? 11 est certain que les districts méridionaux de l'Asie-Mineure, la Lycaonic, la Pisidie, etc., qui furent le principal théâtre de cette première mission, appartenaient alors, adminislrativement parlant (sauf la Pamphylie), à la province romaine dite de Galatie. Ce nom, qui avait désigné primitivement les contrées plus septentrionales de l'Asie-Mineure, celles que sépare de la mer Noire l'étroite province de Paphlagonic, avait depuis peu de temps été étendu par les Romains aux districts situés plus au sud, par conséquent aux territoires visités par Paul et Barnabas. Et, comme l'on ne saurait nier que saint Paul ne se serve quelquefois des dénominations officielles, il pourrait l'avoir fait aussi dans les passages cités. Le fait que jamais plus tard il n'est parlé de ces églises du premier voyage, pourrait faire supposer que ce sont elles qui reparaissent sous le nom d'églises de Galatie. Cette question a quelque importance, car d'elle dépendent la fixation de la date de l'épître aux Galates et la solution d'autres questions qui se rattachent à cette date.

Selon nous, l'opinion mentionnée, malgré les raisons que l'on peut alléguer en sa faveur, se heurte aux diflicultés suivantes :

1» Le nom de Galatie n'est appliqué nulle part, dans les ch. XIII et XIV des xVctes, au théâtre de la première mission. Ce nom n'apparaît que plus tard dans ce livre,

Page 1