‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 11 sur 55 · L' APÔTRE PAIL · texte numérisé non relu

L' APÔTRE PAIL

au commencement du récit de la seconde mission, et seulement après que Luc a raconté la visite faite par Paul et Silas aux églises fondées dans la première (XVI. 1-0). X'est-il pas évident que lorsqu'au v. G Tauteur nomme la Phrygie et la Galatie, il veut parler de contrées différentes de celles où se trouvaient les églises du premier voyage, mentionnées v. 1-5? — 2*> Dans la l"" épifre de Pierre, I, 1, la Galatie est placée entre le Pont et la Cappadoce, ce qui ne permet pas d'appliquer ce terme à des districts beaucoup plus méridionaux. — 3° Paul rappelle aux Galates (Gai. IV, 13) que c'est la maladie qui l'a forcé de s'arrêter chez eux et qui a ainsi occasionné la fondation de leurs églises. Comment appliquer ce trait à la première mission de Paul, expressément entreprise dans le but d'évangéliser les contrées de l'Asie où il se rendit avec Barnabas?

Nous devons donc admettre que Paul et Luc ont employé le terme de Galatie dans son sens primitif et populaire', que l'apôtre n'a visité la contrée ainsi désignée qu'au commencement de son second voyage, et que, par conséquent, répilre aux Galates n'a pas été écrite, comme le pense Hausrath, dans le cours flu second voyage, mais durant le troisième, puisqu'il ressort de cette épître que (leiir séjours de Paul en Galatie avaient précédé sa composition-.

Une seconde question, beaucoup plus inqiorlante, est celle de savoir quel était au juste à cette époque renseignement évangélique et la pratique missionnaire de saint Paul. Depuis Rùckert, un grand nombr»' de théologiens,

' Il Les inscriptions, dit M. Renan lui-même, prouvent (jue les vieux noms subsistaient » (p. 50 .

* « Vous savez que je vous ai annoncé /a première fois (to -zô- TEcov. la première fois de deux lEvaniriie par suite de la maladie, n

MM. Ueusb, Saljalier, Ilausralh, Klopper, etc., licnsenl que Paul ne s'était point encore élevé à l'idée de l'abro- Lialioii de la loi i)ar l'Evangile', llausratli prétend même que le but de la mission de Paul et de liarnabas en Asie- Mineure n'était nullement de convertir les païens, — n'y en avait-il pas assez, dit-il, en Syiie et en Cilicie? — mais qu'on se proposait uniquement d'annoncei' la venue du Messie aux nombreuses communautés juives répandues à l'intérieur. Ce serait l'opposition inattendue que rencontra leur pi'édication cliez ces Juils qui aurait engagé les deux missionnaires à s'adresser aux païens, en supprimant, pour leur complaire, le rite de la circoncision.

On essaie de prouver ce caractère légal de l'enseignement primitil' de l'apùtre par les raisons suivantes il'» Le fait de la circoncision de Timothée à cette époque (Act. XVI, 3). 2" Deux paroles de l'épître aux Galates, I, 10 : <( Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ; » et V, 11 : «Si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté? Le scandale de la croix, dans ce cas, se trouve aboli. » 3'^ La parole 2 Cor. Y, 16 : (( Si même nous avons connu Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus de cette manière-. ))

Quant à la supposition de Hausrath, elle ne soutient pas un instant l'examen. Comment l'église d'Antioche, composée elle-même en majeure partie de chrétiens d'origine grecque, non circoncis (comp. l'exposé très-accentué de ce

* Reuss, Hist. de la théol. chrét., S^éd.,!. p. 345 et suiv. ; Sabatier, l'Apôtre Paxil, 2e édit., p. VI et VII; M. Renan, dans Saint Paul, p. 72, dit: «Paul, qui dans la première partie de sa prédication avait, ce semble, prêché la. circoncision, la déclarait maintenant inutile. »

* Comp. surtout Kliipper : Das zu-eite Sendschreiben an die Gemeinde zii Korinth, p. 286-297.

.38 l'aPÙTRE PAUL

lait, Act. XI, '20 et suiv.), eùt-elle songé à tracer au mandat de ses envoyés les limites que suppose ce savant? C'eût été renier le principe de sa propre fondation, la libre prédication de l'Evangile aux Grecs. L'envoi des deux missionnaires par cette église l'ut précédé de circonstances très-solennelles (une révélation du Saint-Esprit, un jeûne et une prière de toute l'Eglise, une consécration expresse par l'imposition des mains, Act. Xlll, 1 et suiv.). Tout cela ne s'explique qu'autant que l'œuvre enlrepiùse en ce moment avait une importance exceptionnelle et inaugurait quelque chose de tout nouveau. Mais au lieu d'être un progrès, dans le sens que cherche à lui donner llausrath, elle eût été un recul sur ce qui s'était fait depuis longtemps à Antioche même. L'étude du récit des Actes et du progrés admirablement gradué qu'il est destiné à retracer, force à reconnaître que cette Eglise entreprenait en ce moment, avec la pleine conscience de la gravité de cette démarche, la conveision du monde païen.

La question de savoir quel était alors le point de vue de I^aul relativement à l'abrogation de la loi, présente deux faces qu'il importe d'étudier séparément. Oue pensait-il de l'assujettissement des Gentils à l'institution légale? Et en admettait-il encore le maintien pour les Jwifs croyants?

Quant à la première question, le i)assago liai. 1. I(> suffit pour établir que dés le premier jour il conqirit que, si Dieu lui avait révélé son Fils d'une manière si extraordinaire, c'était a pour qu'il l'annonçât aux Goilils. » L'expression : son Fils, est tacitement opposée dans ce passage à celle de : Fils de David, qui désignerait le .Messie dans son rapport spécial au peuple juif, tandis que la première implicjue une relation avec l'humanité tout entière (llom. I, .")-5). Le l'ait même df la vocation i\\\i\

nouvt'l apùlrc, Jijoulf'' aux Douzo qui rcprésentaieiil Israf-l, annonçail une nouvelle œuvre à accomplir, un domaine nouveau à cultiver. Paul fut dès le premier jour au clair à cet éyard; comp. Act. XXII, 15; XXVI, 1(1-18.

Or l'apiHre ne peut ;ivoir commencé su mission chez les païens avec l'intention de les assujettir au réij;ime légal. 11 déclare lui-même le contraire. 11 affirme, Gai. I, 1 et II- 19, qu'il a reçu l'évangile ([u'il prêche au moment où il écrit cette épître, par la révélation de Jésus-Christ, sans aucun intermédiaire humain; et cette révélation, il la place au moment même de sa conversion : « (juand il plut à Dieu de révéler en moi son Fils, afin que je l'annonçasse aux Gentils... » (v. 15. 10). Il ne peut donc y avoir eu dans sa prédication aucune modification essentielle entre le moment de sa conversion et celui où il représentait dans l'épître aux Galates la circoncision et les œuvres légales comme anéantissant l'œuvre de la croix (II, 21). La supposition contraire impliquerait chez lui une réticence indigne de son caractère. Au lieu de prononcer (I, 8) Vanathème sur tout homme ou tout ange qui altérerait l'Evangile par des éléments mosaïques, il devrait dire modestement : « Il est vrai qu'au début, avant d'être complètement éclairé, j'ai moi-même prêché de la sorte; mais j'ai progressé dés lors et me suis ravisé. )) Or il déclare au contraire que dès le premier jour sa prédication a été ce qu'elle est maintenant.

Holsten lui-même est d'accord avec nous sur ce point'. Voici comment s'exprime ce disciple de Baur : « Quand on parle d'un développement de la conscience de Paul, résultant de sa propre vie et des contradictions qu'il rencontra, on oublie que la lutte avec le judaïsme qui décida

' Das Evangelium des Pauliis^ p. X et XI I8S0).

40 l'ai'ùti'.k ['.ml

de son existence, fut une crise intérieure qui précéda son ministère apostolique. Celui qui se i)résenle au monde comme apùlre pour publier l'évangile fl'une vie nouvelle, a le développement de sa propre conscience derrière lui. C'est parce que, comme apcjtre, il croit, qu'il demande et qu'il ohtienr créance. )) Les faits confirment ces induelions psychologiques et ces déclarations de l'apùtre. Si, pendant lis années qu'il avait passées à Tarse et à .\ntioche avant sa première mission, Paul eût pratiqué la circoncision, les judaïstes de Jérusalem, en arrivant à .Vntioche (Acl. XV, i et 5), n'auraient pas eu besoin d'insister pour que Ton circoncît les Gentils qui avaient cru, et Paul n'aurait pas dû recourir aux apôtres pour obtenir en laveur des chrétiens de Syrie et de Cilicie l'exemption d'un rite auquel ils auraient déjà été soumis. Non; on peut en être assuré : l'expérience que Paul avait faite de l'inelficacité totale des œuvres légales pour justifier et sanctifier l'homme, avait déraciné à jamais de son cœur l'ambition pharisaïque de Judalscr le monde.

Il est moins aisé de préciser la pensée de Paul, aux débuts de son apostolat, sur la seconde question : celle de savoir ce qu'il pensait du maintien de la loi mosaïque pour les Juifs croyants. 11 devait certainement, par la raison que nous venons de dire, comprendre l'impuissance de ce régime pour le salut des Juifs aussi hit-n ((Ui- jn»ur celui des païens. Mais sonunes-nous assurés que le fait ait correspondu sur ce point à la logique? Tne parole de l'épître aux (lalatcs dl, I8-:2(l) renli'rme la réponse à celte qui'slidii : « Par la loi je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu; je suis critcifié avec Christ. » Si c'est pur la loi que Paul a été poussé à renoncer à la loi et à se jelerdans les bras île Christ crucifié pour vivre à Dieu, il suit de là que sa rupture avec l'économie légale a coincidé avec sa

conversion au crucifie et sa naissance à la vie nouvelle. La loi a perdu sa [)lace dans sa conscience religieuse en même temps que la croix y a pris la sienne. Le pédagogue l'a du nièuie coup amené à Clirisl et aiïranclii de sa férule (Gai. m, i24). 11 n'y a pas de place dans sa vie pour un temps intermédiaire entre la mort à la loi et la vie à Dieu par Christ. On arrive au même résultat en analysant le passage IMiil. 111, i-8.

D'ailleurs cette idée de l'abrogation de la loi, pour les Juifs eux-mêmes, n'était point aussi nouvelle qu'on le suppose. C'était elle, précisément, qui, proclamée par Etienne, avait coûté la vie à ce premier martyr; et Paul devait en savoir quelque chose : « Nous lui avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira ce temple et changera les institutions que Moïse nous a transmises » (Act. VI, 13. li). C'était là l'accusation que les persécuteurs d'Etienne avaient portée contre lui.

Bien des paroles de Jésus impliquaient déjà l'abrogation prochaine de la loi. Oii^Tnd il déclarait sans valeur au point de vue moral la distinction des aliments purs et impurs, quand il affirmait que le Fils de l'homme est maître même du sabbat, n'annonçait-il pas l'abolition de tout le système lévitique? Et qu'était-ce donc que ce vieil habit auquel il se proposait de substituer un vêtement neuf de toutes pièces? Et que signifiait la menace de la destruction du sanctuaire*? Il suffisait d'ailleurs d'ouvrir le livre des prophètes pour y lire que Dieu remplacerait la loi du Sinai par la loi que le Saint-P^sprit graverait dans les cœurs (Jér. XXXI, 31 et suiv.), et pour apprendre que le jour viendrait où parmi tous les Gentils, du soleil levant jusqu'au soleil couchant, on offrirait du parfum à

» Marc VII, 14-15; II. 21-28; comp. aussi XIII. 1. 2.

42 l'apôtre PAIL

l'Elfirnel (Mal. I, 11). — F'.'ml, en embrassant au moment de sa convc'ision le [)rincip<' de l'aholition de la loi, ne iaisait autre chose que lelever le pro^^ramnie tombé, sous les pierres des bourreaux, des mains de sa victime. Par une divine ironie. Dieu l'appelait à réaliser l'idée qu'il avait voulu tuer en la personne d'Etienne.

Les Douze n'avaient pas passé du judaïsme à la lui en Christ d'une manière aussi brusque; ils étaient, [>ar conséquent, moins bien préparés à comprendre le contraste profond entre l'Evangile et la loi et à diriger l'inqKutante révolution qui se prépai'ait. L'on doit rnéme sujiposer qu'en vue de l'œuvre missionnaire qu'ils avaient à remplir auprès d'Israël, un temps de transition était nécessaire chez eux non moins que chez le peuple même. H est impossible qu'en raison des paroles de Jésus que nous avons rappelées et qu'ils ont eux-mêmes transmises à l'Eglise, ils ne s'attendissent pas aussi à l'abolition plus ou moins prochaine des institutions mosaïques. Mais ils pensaient sans doute que ce serait Dieu qui, par quelque catastrophe extérieure, donnerait le signal de cette transforiiiatidii. Le retour glorieux (hi (Ihrist qui drvait clore l'ère présente et ouvrir l'économie future, leur apparaissait comme le vrai j)endant de l'œuvre du Sinaï, comme l'événement qui devait mettre un terme au règne de la loi. On s'explique fort bien par là leur attitude expeclante en lace de l'uMivre de Paul, cl l'on est même obligé de reconnaître que celte marche un peu jilus lente dans le développement des Douze était la condition indispensable de la contimiation de leur œuvre auprès d'Israël. Paul, lui, n'attendait phis rien. Il avait trouvé dans la croix l'accomplissement et par là l'abolition de la loi (Cal. Il, l'.t. '2(h: il avait compris (pie c( le Christ est la lin de la loi »> tUom. X, \). Celte conviction se liait étroitement à ce qu'il appelait son

éraiK/ile. Mais les lloiizc étant les cliel's reconnus et. altitios de l'Eglise judéo-clirélienne, sur laquelle aucune autorité ne lui avait été conférée, il comprenait aussi le devoir d'accommoder sa marche à la Iciir.

C'est ce qu'il fit à .Jérusalem lorsque, à la suite de son premier voyage, se tint la conléi'ence qui sauvegarda la liberté des païens convertis à l'égard de la loi (Act. XV). M. Sabatier dit (L'ajiôtre Paul, p. X) : « Paul n'est arrivé que pas à pas à l'idée de la déchéance de la loi mosaïque comme moyen de salut; aussi, dans la conférence de Jérusalem, il a pu se tenir d'abord pour satisfait d'avoir conquis pour les chrétiens d'origine païenne la dispense de la circoncision. » Rien de plus inexact que cette manière de présenter les choses. Un fait positif le prouve. Beaucoup plus tard, à l'époque où il écrivait la l'c aux Corinthiens, et lorsque déjà, d'après M. Sabatier luimême, il était pleinement éclairé, il observait encore la même ligne de conduite qu'il a suivie en ce moment à Jérusalem. Il se faisait «juif pour les Juifs » et « faible avec les faibles ; » il se mettait « sous la loi avec ceux qui sont sous la loi, afin d'en sauver le plus grand nombre possible. » Nous étudierons bientôt sa conduite dans la conférence de Jérusalem, en même temps que celle des Douze, et nous verrons qu'elle témoigne chez Paul non pas d'un manque de clarté dans les idées, mais d'une grande abondance de sagesse dans l'esprit et de charité dans le cœur.

La circoncision de Timothée, au commencement du second voyage (Act. XVI, S), prouverait-elle chez Paul une conviction différente de celle qu'il eut plus tard, comme on l'a allégué parfois? Si peu, que Paul n'accomplit cet acte que dans son second voyage, tandis que Timothée avait été converti et baptisé dans le premier; comp. les

A A L'APÔTriK l'A IL

mois : « Il ji (O'ail là tin (li.scijih' » (XVI, 1), qui prouvent qu'il était déjà cïoyant quand Paul arriva à Lystre pour la seconde fois. Il ne s'a|j;issait donc point ici d'une question de salut; et c'est ce que Luc fait expressément ressortir (piand il dit : (( Paul le pi"it et le circoncit « caifse des Juifs de ces contrées. » Il fallait enlever un empêchement à la prédication du jeune évani:éliste auprès des Juil's ((iii reiilourairiit et qui savaient que, quoique tils d'une mère juive, il n'avait point été circoncis. Précisément parce que la circoncision et toutes les observances légales étaient devenues pour Paul, depuis sa conversion, des choses moralement indifférentes, il se sentait libre d'user ou de ne pas user de ces rites, en ne consultant que les besoins du règne de Dieu dans le milieu où il se trouvait; comp. 1 Cor. Vil, 11>; Gai. VI, 15. 11 était aussi peu fanatique contre que j>oiir le maintien de la lui.

Il est inconcevable (pie l'on ])uisse citer en faveur du caractère légal des premiers temps de l'apostolat de Paul le passage Gai. I, 10 : a. Si je voulais encure plaire aux hommes je ne serais pas serviteur de Christ'. » (Juoi, Paul avouerait, en répondant à ses adversaires, ipiil a prêche autrefois la circoncision, et il ajouterait à cet aveu une parole d'où il résulterait qu'il le faisait pour plaire aux hommes et que, quand il agissait de la sorte (ai)rès sa conversion), il n'était pas viainient servilrur d<' Christ! Quand saint Paul a-t-il jamais dit rien de semblable? C'eût été un singulier moy^n de rétablir son autorité élu-anlée. Ne voit-on pas qu'un pareil aveu contredirait abstduuient ce qu'il dit, dans les ligufs suivantes, de l'enseigniMucnl qu'il a reçu du Cbiist, enseignement auquel il d<»ii sou évangilt\ tel qu'il le prêche maintenant"? L'idée (pir l'a-

* Sabalicr, L'apôtre Paul, p. \ 11.

pôtre veut exprimer dans celte parole mal comprise est très-simple. A ceux qui lui reprochent d'avoir dans son apostolat Tandiition pour moliile, il l'épond par un fait : « Si je cherchais la Liioirc. hninaine, je serais en ce moment, non pas membre de l'Eglise et serviteur de Christ, — position dans larpielle j'ai, au point de vue de l'honneur mondain, tout à perdre, — mais serviteur et membre du Sanhédrin qui me comblciait (riionneurs. ^)

La seconde parole Gai. V, il : «Si je prêche encore la circoncision, jtourquoi suis-je encore persécuté? » est celle sur laquelle M. Reuss insiste le plus. Cependant elle ne prouve pas davantage ce qu'on cherche à en déduire. On pense que Paul fait ici allusion à un fait que lui opposaient ses adversaires, à savoir qu'il avait jadis luimême imposé la circoncision aux païens convertis. Il répondrait que, s'il l'a fait autrefois, il ne le fait plus aujourd'hui^ et il ajouterait en forme de preuve que, s'il prêchait encore la circoncision, les Juifs ne le persécuteraient pas. Ce dernier argument serait peu solide, car les Juifs l'avaient persécuté immédiatement après sa conversion (Act. IX, 2.1 et suiv.), ainsi dans le temps où, selon l'opinion que nous combattons, il prêchait encore la cii concision. Mais il y a plus. L'argumentation tout entière eut été fatale à l'autorité de l'apôtre. On lui reproche de combattre chez les Galates un rite qu'il a imposé ailleurs ; et il répondrait qu'il a, il est vrai, prêché jadis autrement, mais qu'à cette heure il a changé de pensée et de méthode. Ses pires adversaires n'eussent pu avancer contre son apostolat quelque chose de plus désastreux. Où serait donc l'illumination qu'il se vantait d'avoir reçue au moment de sa conversion et au nom de laquelle il se disait indépendant des Douze? Le simple bon sens repousse donc cette interprétation comme impossible. Evidemment, l'a-

46 L'APÙTf.K l'ALL

pôtre ne veut point parler de ce qu'il >i fuit autrefois, mais de ce qu'il jfounnit foire dans ce moment même, aussi bien que d'autres. « Je pourrais, dit Tapùtre, faire encore de la circoncision {encore, c'est-à-dire après que Cinist Ta abolie) un élément de ma prédication apostolique. J'aurais tout à gagner à en agir ainsi; car dans ce cas, pourquoi les Juifs me persécuteraient-ils encore (encore, une fois que je me serais mis à agir de la sorte)? Ce qui les scandalise dans la croix serait jiar là aboli. » En i-fl'.'t, en voyant les succès de la prédication de l'apùtre chez les Gentils, les Juifs eux-mèrnes seraient assez habiles pour comprendre qu'ils ont tout intérêt à favoriser une telle œuvre, — à une seule condition : c'est que Paul voulût consentir à imposeï' la circoncision à ses nouveaux convertis. Ne se réjouiraient-ils pas alors de voir toutes ces multitudes de païens incorporées à la nation Israélite? Oui, il plairait assurément aux Juifs de recueillir ainsi le fruit de la force expansive de l'Evangile et de la mission laborieuse de Paul chez les païens. Ce serait tout simplement l'apôtre qui accomplirait au profit d'Israël' la conquête du monde. « Ils me passeraient volontiers la croix, veut (lire l'apiUre, si seulement je voulais leur concéder la circoncision. )) Le passage VI, 1:2 prouve qu'il y avait réellement en Galatie des prédicateurs qui, pour détourner la haine de la riche et puissante colonie juive de cette contrée, employaient cet expédient que l'apôtre repousse avec mépris : « Tous ceux qui veub^nl se rendre agréables en la chair, vous poussent à vous faire circoncire, uniquement afin de n'être pas persécutés pour la croix de Christ. )^ (Juand ù\\ jvniait dtn.int li-s Juils di^s immbrtnix païens amenés à la foi |)ar ces habiles, ceux-ci se hâtaient d'ajouter qu'ils engageaient leurs jirosélytes à se faire circoncire. Aussitôt la colère dos Juifs st' calmait ; au lieu do les

accrthlor (l'injuiTS, on leur prodii^iiail ilcs éloiies. Nos Juifs lihéraux ne l'onl-ils pas aujourd'liui quelque chose d'analogue? Ils applaudissent Ibrt à la mission de l'Eglise clirétienno dans le monde jtaïen; ils se réjouissent, de cette croyance monolliéiste que nous lépandons chez les Gentils. Ainsi pensaient les Juifs de Galatie. ils étaient prêts c'i soutenir la mission de Paul, dès que celui-ci se ferait leur instrument pour judaiscr les païens en leur imposant avec le baptême la circoncision.

Il n'y a donc pas le moindre rapport entre ces paroles des Galales et le caractère légal que l'on attribue aux premiers temps du ministère de PauH. Sans doute — et cela s'entend de soi-même — la forme systématique qui distingue l'exposé de ses convictions dans ses épîtres i)ostérieures, particulièrement dans celle aux liomains, la méthode d'argumentation dont il se sert pour les défendre, les applications pratiques qu'il en fait à la vie de l'Eglise et des individus, sont le fruit d'une élaboration progressive due à ses expériences personnelles, à ses réflexions constantes, aux circonstances des communautés nouvelles qu'il dirigeait et à l'action continue de l'Esprit divin. Mais ce serait une supposition sans fondement dans les faits et même un démenti donné à son propre témoignage, que d'attribuer le fond de ces convictions elles-mêmes, l'Evangile du salut gratuit et universel, à une autre source que celle de la révélation de Jésus-Christ (Gai. I, 12) qui accompagna sa conversion. Paul n'est pas allé de l'idée de l'abolition de la loi pour les païens à la conviction de Timpuissance de cette institution pour sauver les Juifs. Sa foi a suivi la marche inverse. La conviction de l'impuissance de la loi pour le salut des Juifs a été le fruit immédiat de

* Sur le passage 2 Cor, V, 16 qui a aussi été allégué, surtout par Klopper, voir plus liant page 13.

45 L APoTRE PAUL

son expérience personnelle au moment de la crise de Damas, et c'est par là qu'il a aussitôt «Hé amené à comprendre l'abolition du mosaïsme pour les païens.

A la suite de leur mission en Chypre et en Asie-Mineure, qui dura probablement quelques années, les deux envoyés de l'Etilise revinrent à Antioche et y repiirenl leur aciivilé évangclique. Mais ce travail paisible l'ut subitemenl troublé par l'arrivée de certains personnages venus de Jérusalem. Ces gens affirmaient aux païens convertis que, pour que leur salut en Christ fût assuré, ils devaient se faire incorporer au peuple israélite par la circoncision et l'acceptalion de la loi. Celte prétention nous parait étrange. Voici sans doute comiiicnl ils la justifiaient : Les promesses messianiques ont été faites au peuple juif seul ; si les païens veulent y participer, il n'y a pour eux qu'un moyen, celui de se faire Juifs. A cette condition, le .Messie avec son salut pourra leur appartenir. Ce raisonnement pouvait paraître plausible; aux yeux de Paul il péchait par la base. Car, dans le travail qui s'était accompli chez lui au moment de sa conversion, il avait compiis jusqu'au fond le contraste entre la grâce qui justitie et la loi i(ui ne peut que condamner (Gai. III, O-l.'i), entre la foi par lacpielle on reçoit rEs|iril et les œuvres de la loi qui laissent le cœur dans la mort (Cal. 111, 2), par conséquent aussi la distinction tranchée entre les promesses patriarcales, qui s'appliquaient à Idulcs /c.y familles ilc lu Icrrc, et la loi mosaïque, donnée beaucoup \)\u< tard et p(Mir li? peuple juif seulement (Gai. 111, li-18).

Le trouble qu'excita dans l'église dAutioLlie la pri-lrntion de ces émissaires judaïsants, fut la cause d'un nouveau voyage de l'aul et de llarnabas à Jérusalem et des conférences qui eurent lieu dans cette ville. C/élait vers

l'année 51, quatorze ans environ après la conversion de l'apôtre.

L'on se demande quels étaient ces hommes survenus à Antiochc : étaient-ils les envoyés des Douze et fonctionnaient-ils comme leurs représentants? M. Renan a soutenu l'affii'mative et s'est fait ainsi en France le champion du point de vue sur lequel repose le système de l'école de Tuhintiue. Sans doute le récit des Actes est absolument défavorable à cette oj)inion. Nous y lisons qu'immédiatement après la fondation de l'église d'Antioche, les Douze y avaient envoyé Barnabas; c'était lui qui était leur représentant attitré auprès de cette église. Ils ne pouvaient y envoyer de nouveaux émissaires sans désavouer cet homme de bien. C'est ce qu'ils n'avaient point fait ; comp. du contraire Act. XI, 27-29. D'après le récit des Actes (XV, 1-5), ces « hommes de la circoncision » étaient « quelquesuns de ceux de la secte des pharisiens qui avaient cru. » Ils avaient déjà précédemment accusé Pierre à la suite de sa mission chez Corneille (Act. XI, 2), et l'Eglise ne les avait pas appuyés (v. 18). Mais ils recommençaient maintenant la lutte dans des conditions plus avantageuses, puisqu'il ne s'agissait plus d'un fait particulier et tout à fait extraordinaire, mais de la Hgne de conduite permanente à suivre relativement aux païens croyants. Le récit des Actes est donc incompatible avec le point de vue de Baur. Mais ce savant écarte la difficulté en déclarant ce récit controuvé ; il aurait été fabriqué postérieurement par un écrivain qui désirait faire croire à l'entente parfaite de Paul et des Douze. Et la preuve qu'il donne à l'appui de cette appréciation sévère, c'est le contraste complet qu'il présente avec celui de Paul lui-même, dans le Il^chap. de la lettre aux Galates.

Tout le monde à peu près reconnaît aujourd'hui que les

50 l'ai'ùtre I'AUl

deux récils A cl. XV cl (jal. 11 se rapporlenl au même fait. Deux queslions connexes el décisives pour l'avenir de l'Eglise devaienl être tranchées dans l'entrevue qui allait avoir lieu. La première élail celle de l'assujettissement des païens croyants à la loi niosaïqui'. Celle ({ueslion (''tait du ressort de l'église de Jérusalem tout entière; car à elle seule il appartenait de décider si et à quelles conditions elle voulait reconnaître comme églises-sœurs les églises de la gentilité. L'autre question était celle de l'apostolat de saint Paul. L'on ne pouvait plus rester à cet égard dans le vague où l'on était demeuré jusqu'alors. Paul venait de prendie sa position comme apôtre des Gentils: il avait accompli une œuvre considérable qui! avait marquée du sceau de ses convictions. Ces convictions, il les déduisait d'une révélation immédiate de Christ; il les api)elait son évanyile. Les apùtres primitifs devaient i)rendre une attitude nette à l'égard d'un lionuiie qui osai! se dir^' leur collègue. Cette seconde question regardait, non plus l'Kglise, mais les Douze qui avaient à déclarer s'ils leeonnaissaienl Paul comme revêtu, aussi bien qu'eux, de la charge apostolique. De la première de ces deux questions avait surgi la seconde, et de la si)lulion tle cette dernière dépendait en grande partie celle de l'autre.

On comprend les pensées qui agitaient lame de Paul en marchant au-devant des décisions qui devaient trancher ces queslions si graves jiour lui et i>(iur Inuli' l'Kglise, et l'on n'est pas surpris de lui entendre dire dans les Galates que ce fut en vertu d'mic rvrrialiun qu'il monta à Jérusalem pour les soumettre aux Douze et à l'Lglise. Les Actes ne mentionnent pas cette circonstance intime, (pii appaitient plutôt à la biographie de l'apôtre qu'à l'histoire générale de l'o'uvre divine. Paul ajoute, (ial. Il, I, (ju'il prit Tite avec lui. C'était l'un de ses collaboiateurs païens

el inciiconcis. L'intention (le celte déniarcho lianlie est évidente; il voulait, comme le dit Holslen, ramener avec lui, en la personne de ce païen, la preuve vivante de la victoire qu'il allait remporter à Jérusalem. Aussi est-il impossible de souscriie au jugement de M. Farrar' que les convictions de Paul n'étaient point encore formées à ce moment-là, que ce furent les exif;ences des (( faux-frères » qui lui firent sentir pour la première fois toute l'importance de la question; et enfin que ce fut l'impuissance de Jacques et de Pierre à lui apprendre rien de nouveau, qui seule le détermina à résister jusqu'au bout, sinon quant à Tite (voir plus loin), du moins quant aux païens en géixéral. Il suffit de ces mots : emmenant aussi Tite avec moi, pour dissipei' tous ces nuages de poussière qu'on fait lever sur le chemin de l'apotre. Non; par la présence de Tite le dé était jeté. Si ce collaborateur de l'apôtre était admis dans les assemblées de Jérusalem et reçu là aux agapes et à la sainte Cène, la cause des païens était par là même définitivement gagnée. Si non, c'était la rupture... Paul partait avec ses amis ; il y avait désormais deux Evangiles, deux apostolats, deux Eglises, quelles que pussent être les conséquences d'un pareil fait. — Cette mesure si hardie et si décisive appartenait-elle aussi à la révélation qui conduisit Paul auprès des apôtres, ou bien était-elle le fruit de ses propres réflexions, nous l'ignorons.

On peut hésiter sur la question de savoir si, dans le v. 2, Paul veut parler de deux assemblées ou d'une seulement : <L Je leur exposai l'évangile que je prêche chez les Gentils, mais privément, à ceux qui sont les considérés, de peur que je ne courusse ou que je n'eusse couru en vain. » PIu-

^ I, p. 394 et suiv. Cet auteur compare la situation de Paul à celle de MM. Strossmeyer et Dupanloup quand ils se rendaient au concile du Vatican, p. 407).

52 L'APt'iTnE PAUL

sieurs appliquent le pronom kur à l'église de Jérusal^^m en général. Il s'agirait ainsi dans les premiers mots d'une assemblée publique; puis les mots suivants se rapporteraient à une conférence privée avec les apôtres seulement. Je dois, quant à moi, donner ici raison à Baur qui ne trouve mentionnée dans ce verset qu'une seule assemblée. Le pronom indéterminé leur est précisé ensuite par l'expression aux considérés et le ^é (mais) a le sens explicatif qu'il a souvent (comp. Rom. 111, 22) : celui de à savoir. Il n'est pas vraisemblable que Paul eût fait un exposé détaillé — c'est ce qu'indique le mot àvefic'ar.v — de son mode d'enseignement devant l'église entière. Mais il ne résulte nullement de là que, comme le pense Baur, toute assemblée publique soit exclue par le récit de Paul. Bien au contraire ; cette expression même : « mais (ou : et cela} privément . . . jD qui est évidemment destinée à prévenir une confusion, fait supposer une autre assemblée plus connue et dont l'apotre ne veut pas parler ici. Il n'y a donc pas de contradiction sur ce point avec le récit des Actes où se trouvent mentionnées trois assemblées (dont l'une tout à fait publique) : 1"^ une assemblée des apôtres et des anciens dans laquelle Paul et Barnabas sont solennellement reçus et donnent des détails sur leur mission en Asie; c'est à la suite de ce récit que leur conduite est incriminée par les «hommes de la circoncision» (Act. XV, 4. 5); 2^' une nouvelle assemblée, restreinte aussi aux autorités de l'Eglise, où fut disculée la question soulevée par les partisans de la loi ; S^ une assemblée générale et plénière de l'église de .lériisali'hi (conqi. v. 12 : loiilc lu multitude, et V. 22 : réfjlise tout entière), où l'ut décidée, sur le préavis de Pierre et de Jacques, l'admission des païens dans la communauté chrétienne, sans circoncision (v. 7-22). L'assemblée privée, dont Paul parle, peut avoir élé soit la se-

SON APOSTOLAT. S.'î

t'()n(l(', soil, C(i qui est })lus probable [juisqu'il s'agissait là de la question personnelle de Paul, une conlérence entièrement privée, avec Jacques, Pierre et Jean seulement, dont ne parle pas du tout le récit des Actes. Ce fut là que les trois apôtres reconnurent l'apostolat de Paul comme égal au leur; cette conférence avait donc une importance toute spéciale dans la lettre aux églises de Galatie, auprès desquelles la dignité apostolique de Paul avait été expressément niée (ch. 1), tandis que la solution de la question relative aux païens avait naturellement sa place dans le cadre d'une histoire générale de l'œuvre chrétienne, telle qu'elle est retracée dans le livre des Actes. Du reste, Paul lui-même, dans les versets 3-5, fait évidemment allusion aux faits qui se sont passés dans les autres assemblées mentionn('es dans ce livre. — Les derniers mots : « Afin que je ne courusse pas en vain..., y) expriment non un doute de l'apôtre relativement à la vérité intrinsèque de son enseignement, mais la crainte de ne pouvoir accomplir une œuvre solide dans le monde païen, si elle venait à être entièrement détachée de celle des apôtres en Israël.

Les versets 3-10 indiquent les deux résultats essentiels des discussions publiques et privées qui eurent lieu en cette circonstance : dans les v. 3-5, la solution de la question relative à la reconnaissance des églises païennes ; 2o dans les v. 6-10, la solution de celle qui regardait spécialement l'apostolat de Paul; comp. le i[j.oi, à moi, en tête de la dernière proposition du v. 6.

Comme l'observe Keim^, tout ce rapport de Paul a un caractère absolument optimiste, et cela depuis le premier mot : « Mais pas même Tite... ne fut obligé... » (v. 3), jusqu'au dernier : (c ils nous donnèrent la main d'association »

' Ai(s dem Urchristenthiiyyi^ p. 72.

5i L'aPÙTRE PAUL

(v. 9). Le mol intermédiaire: «.Pour moi, ih ne ni imposèrent rien en outre i> (v. 6), est le lien entre ce commencement et cette fin triomphante. MM. Kenan et Farrar ne voient dans ce récit de l'aul qu'embarras, que réserves, que sous-entendus, qu'ironie, que mauvaise humeur enfin sur ce qu'il esl oldiiié d'avouer. Un le comprend quand on voit comiiienl ils expliquent ces premiers mots : « Mais pas même Tite ne fut contraint...» A l'exemple de Tertullicn, ils pensent que Paul leconnait qu'il a bien fini par circoncire Tite; mais pourtant sans y avoir été contraint, et par une lilire concession de sa part. Il faut dans ce sens adopter au v. 5 la leçon de Tertullien, du Cnntabrigicnsis, de quelques Pérès occidentaux et de quelques exemplaires de l'ancienne traduction latine, qui retranchent la négation au commencement de ce verset, et font ainsi dii"e à Paul : a ?\ous cédâmes un moment par obéissance, i> au lieu de : « Nous ne cédâmes pas même un moment. » Mais cette leçon ne repose que sur quelques témoins occidentaux et a contre elle l'unanimité des autres Mss. et traductions; et le sens auquel elle conduit est absolument incompatible avec les derniers mots de ce même verset : (c Afin que la vérité de l'Evan^Mle demeurât ferme pour vous. » Car on ne voit pas comment le maintien de la liberté des païens aurait pu résulter d'une concession aussi grave, qui au contraire devait compromettre à jamais celte cause. Ce sens d'ailleurs n'est pas compatible avec les termes du v. 3 : « Mais pas même Titi' qui était avec moi, lui Ci'ec, ne lut contraint d'être circoncis.* Si les mots : nr fut amtraiut, avaient le sens que lour attribue cette interprétation, Paul aurai! dû dire : (^ Mais Tite ne l'ut pas même contraint, 1> et non pas : ^( .Mais pas même Tite ne fut contraint. » Par la forme qu'il emploie, il oppose non une circoncision li/>rr à une circoncision

forcée, mais la personne ilc Tito à d'autres personnes, qui ne peuvent être que les membres des églises païennes éloii^nées de Jérusalem. L'on jiouvait bien plus aisément dispenser ceux-ci de la circoncision, «ju'importail en elTet pcrsonnellemenl aux chrétiens de Jérusalem que les croyants des communautés de Syrie et de Cilicie lussent incirconcis, s'ils demeuraient enti-e eux et ne venaient pas se mêler avec eux. .Mais Tih.', qui était là, cpii pouvait les souiller par sa j)résence, le traiter sur un pied d'é-galité, manger, communier avec lui...! Mettons-nous à la place des Juifs convertis de Jérusalem, avec leurs préjugés séculaires î Un tel acte était pour eux le sacrifice de leurs répugnances les plus invétérées. Voilà ce que font entendre ces mots : « Mais pas même Tite. » Ils se rattachent ainsi étroitement à la fin du v. 2 : «Mais il arriva si peu ce que j'aurais pu craindre ique toute mon œuvre fût compromise parle refus de l'église de recevoir les païens dans sa communion) que non seulement les églises païennes furent reconnues comme sœurs, mais qu'en témoignage éclatant de cette décision THc Uù-mcme, en pleine église de Jérusalem, fut accueilli et traité comme frère. )) Ce sens du V. 8 est si évident qu'à l'exception de quelques interprètes, tout le monde aujourd'hui est d'accord pour le reconnaître. Conformément donc à l'intention de Paul, Tite devint « la preuve vivante » de la liberté accordée aux Gentils.

Vn seul point demeure sujet au doute; il a été soulevé par la sévère logique de Ililgenfeld^ Partant des premiers mots du v. -4 : « et cela à cause des faux-frères intrus...,» ce savant raisonne ainsi : « Si c'est à cause des faux-frères que Paul a résisté, ce n'est donc pas à eux qu'il a tenu tête. Car ceux à cause desquels on croit nécessaire de s'op-

' Einleitiouj, p. 228. 229.

56 l'apôtre PAUL

poser à une mesure, ne sont pas les mêmes que ceux qui la proposent. Qui furent donc ceux qui insistaient dans le cas actuel? Evidemment les apôtres. C'étaient eux qui réclamaient la circoncision de Tite. — Acceptons cette conclusion; que prouve-t-elle ? Que puisque Paul, à confie des faux-frères, n'a pas cédé aux apôtres, il leur aurait cédé sans les faux-frères. Que résulte-t-il de là ? Que les apôtres ne lui demandaient pas cet acte au même point de vue et par les mêmes raisons que les faux-frêres : autrement il n'aurait pas résisté à ceux-là à cause de ceux-ci. Oi' quelle pouvait être la différence entre les uns et les autres? Et pourquoi Paul fait-il entendre lui-même (v. 5) qu'il aurait pu à la ri|iueur céder aux apôtres par l'obéissance qu'on se doit entre frères? Les faux-frères, « les hommes de la circoncision, » réclamaient la circoncision de Tite comme un dû; les apôtres, comme une simpl»' concession à l'amiahle, à accorder à l'église qu'ils dirigeaient. En face d'une demande présentée à ce second point de vue, Paul aurait à la rigueur pu céder; car, comme nous l'avons vu, la circoncision en tant qu'acte extérieur était à ses yeux chose parfaitement indifférente. Mais il voyait là des gens qui ne manqueraient pas de donner à cet acte une portée plus grave, qui le présenteraient comme une oUiijalion à laquelle il avait dû se soumettre. C'est pourquoi il ne ^u[ céder même vu instant {\. 5). Car il eût, par ce seul moment de faiblesse, compromis à toujours le principe qu'il défendait. — Mais en répondant ainsi à IWIgeiileld sur son propre terrain, peul-être avons-nous même un j).'u trop accordé. I*aul dit au v. ô : ce auxquels {\cs faux-frères) nous ne cédâmes pas même un instant... )> C'était donc réellement à eux aussi bien qu'à cause. d\'ux qu'il résistait. Ils étaient à la tète de tout un parti, qui cjiijeait (cela se comprend facilemenl") ; et les apôtres, enlace de

ce désir ôii(.Mi4i((uo d'une portion de l'Kplise, ne pouvaieni que remellre la chose à la décision de Paul, car, jnieux que personne, ils devaienl comprendre les deux entés de la question. Le passif: « Tile ne fut pas contraint » (v. 2) montre même que la résistance à l'exigence des lauxfrères ne vint pas de Paul seul ; autrement il eût dit : « Ji> ou noîis ne fûmes pas contraints (Barnabas et moi) de...» Une fois Paul décidé, les apôtres eux-mérnes le soutinrent dans son refus; et ainsi seulement s'explique sa victoire. Au V. 6, Paul en vient à ce qui se passa privémcnt entre lui et Barnabas, d'une part, et les trois représentants de l'apostolat et de PK^ilise judéo-chrétienne, de l'autre. La manière dont il qualifie ces derniers, « ceux qui sont considérés comme étant quelque chose, » n'a rien d'ironique; car il va s'appuyer sur leur autorité auprès des Galates et il rappelle au v. 0 leur titre de colonnes. Les opposant expressément aux faux-frères (a mais de la part de ceux qui sont considérés...»), il déclare que, quant à eux, ils n'ajoutèrent quoi que ce soit à l'exposé qu'il leur avait fait de sa manière de prêcher chez les Gentils. Le rapport entre les verbes àv£Oc'[x-/;v, f exposai (v. ^), et -Trpo'^avc'ôsvTo, ils ajoutèrent, ils imposèrent en outre (v. 0), est évident. On a trouvé une contradiction entre cette assertion de Paul et les trois conditions qui, d'après les Actes, furent imposées aux églises païennes (XV, 28 et 29). Mais on n'a pas tenu compte de cette expression employée dans la lettre de l'église de Jérusalem : a En vous abstenant de ces choses, vous ferez bien. » Ce n'est pas ainsi que l'on parlerait d'une chose nécessaire au salut. L'expression : « vous ferez bien, » s'applique, non à un devoir absolu, mais à une convenance résultant d'une situation donnée. M. Reuss s'appuie sans doute, pour arriver à la conclusion contraire, sur l'expression qui précède : « excepté

58 L'Ai'iVritt; paul

ces choses iudi.siiciisuhlcs ; » iiuiis ce terme peut si^inilier : indispcnsablfs pour voire rcconn.rissance coninie églisesœur par l'église de Jérusalem, ou même S(*ulL'mi'iit, pour le bon accord entre les chrétiens d'ori<,'ine juive et païenne. La répugnance des judéo-chrétiens pour les alimt,'nts désignés était, si grande qu'ils n'auraient jamais pu consentir à entretenir la communauté religieuse avec des gens qui auiaienl continué à en faire usage'. Mais il est évident que ces conditions, dictées par les nécessités de la situalion ecclésiastique, ne changeaient rien au fond mémti de la prédication de saint Paul; et c'est dans ce sens qu'il peut dire que rien de nouveau ne lui fui iiiqiosi' (piaut à son enseignement.

Non seulement les apùti'es n'exercèrent aucune autorité sur Paul; mais ils allèrent jusqu'à reconnaili'e sa pleine égalité avec eux dans la j>articipaliou à l'-ipuslolal. Seulement il leur devint clair qu'il y avait deux tâches distinctes à remplir: celle de l'évangélisaliun d'israél en Palestine el dans le monde païen, et celle de la prédication aux Gentils, el que, comme Pierre avait reru !<' d^u nécessaire pour présider à la premiér<\ Paul avait été non moins divinement appelé à diriger la seconde. Ilolsten prétend que cet arrangement reposait unicpiement sur une nécessité pratique el nullement sur un acconl dans le. domaine de la conscience religieuse. C'est faire peu d'honneur au sérieux el à la dnutui'e des contraclanis, et le

' Ilii'M dans Ic:^ textes no justitie le rapproelK'nu'nl i|uo l'on prétend établir entre ces conditions et les eomniandiinenls dits mun-hiqucs... Ce rapprochement forcerait dailleurs à donner ici au terme d.'impnrctè (nopvs;a un sens qu'il n'a jamais dans le .Nouveau Testament, el à le rapporter aux mariaires conclus à des doiirês de parenté défendus par la loi juive 'Reuss \ .Mais on ne peut donner à ce mol si usilë un sens aussi complètement excejttionnel, surtout en l'absence de tout indice dans le texte.

récit (le Paul iui-mènic suppose le conliaiie; car il lui reconnu, dit-il, que le uièuic Dieu qui avait opéré dans . Pierre pour l'aposUdat dr^ .luil's, avait aussi opéré chez lui, Paul, pour celui des Gentils (v, 8). Or Dieu ne peut se contredire. Comment aurail-i! chargé ses deux envoyés de deux évanuiles contradictoires? L'accord religieux existait sur l'essentiel : les apôtres n'imposaient rien aux païens qui dépassât la conviction de Paul, et Paul ne réclamait rien des Douze, à l'égard des Juifs, qui dépassât le degré de connaissance auquel ils étaient actuellement parvenus. En d'autres termes, les païens étaient, d'un commun accord, dispensés de l'observance légale, et les Juifs continuaient à s'y conformer. Cette dernière manière de faire était-elle obligatoire ou facultative? Ce point ne fut probablement pas discuté, et ce vague ne fut pas sans influence sur le nouveau conflit qui éclata bientôt à Antioche. Dans tous les cas, Paul, judéo-chrétien lui-même, n'aura pas aliéné sa liberté, et il l'aura maintenue dans les termes où il la formule 1 Cor. IX, 19. '20. Quant à la conférence de Jérusalem, les apôtres, après s'être mis d'accord sui' ces points fondamentaux, se quittèrent en se donnant hf main d'association ou de communion. Il est impossible de voir dans cet acte solennel un simple adieu dans ce sens : « Allez de votre côté, nous du n(Hre; nous n'avons plus rien à faire ensemble, » comme le veut Baur. Le teime de communion employé dans ce sens aurait l'air d'une moquerie; et quelle bassesse n'y aurait-il pas eu de la part des apôtres de Jérusalem à recommander, dans de telles conditions, leur éulise à la bienfaisance de celles des Gentils! Pour les uns comme pour les autres, le salut dépendait uniquement de la foi en Jésus-Christ, et l'observation de la loi n'était pas plus imposée aux Gentils que son abolition imposée aux chrétiens d'origine juive. Voici

00 L'aPÙTRE PAUL

coiniiioiil M. lîeiiss lui-int}me, dans son récent ouvrage*, résume l'opinion de Pierre dans son discours adressé à l'assemblée de Jérusalem : « Si la loi était la condition de . salut, nous lisquerions | nous-mêmes, nous, Juifs j de manquer ce salut... La loi demeure uniquement comme règle du devoir nalionid. » Keim conclut de la même manière dans le dernier ouvrage qu'il a publié : <? Si Pierre ne croit pas pouvoir ùter aux Juifs le joug de la loi, c'est parce qu'il honore en elle l'institution divine que Jésus aussi avait respectée. Quant au salut, pour Juifs et païens, il ne le fait reposer que sur la grâce-.» Cet accord foncier entre Paul et les Douze, qui ressort ainsi à celte heure connue résultat d'une étude impartiale, était déjà proclamé au second siècle par un homme qui vivait plus prés que nous des discussions qui ont suivi, Irénée : « Les apùtres, dil-il, nous concédaient la liberté, à nous païens, nous confiant à la direction du Saint-Esprit; quant à euxmêmes, ils en agissaient jiicuscmeïil à l'égai'd de l'institution légale établie par Moïse 3. »

Sailli Paul ne touche pas dans son récit à la question relative au maintien de la loi pour les Juifs. Il s'accorde en cela, comme en tout le reste, avec le récit des Actes, où celle question n'est qu'eflleurée par le dernier mot, assez obscur, du discours de Jacques (XV, -21) : m l'ar quant à Moïse, il a dès longtemps dans chaque ville ceux qui le lisent tous les jours de sabbat; » par où Jacques veut dire sans doute que l'on ne pourrait demander aux chrétiens d'origine juive, habitués depuis tant de siècles à la lecture de

' Histoire apostolique, p. I"i9.

- Xtis dan Urchristenthum, p. 80. « Er will die Gnade als Heilsprincip fiir Jiiden und Heiden. »

' Adv. Hœr. IH. 12, I0 : Genlibus quidem (afwsloli) liberté agere permittebant, concadentes nos spiritui sancto...: ipsi i\'liijiosé agebant circa dispositioneni legis quœ est secundum Mosem.

SON APOSTOLAT. Gl

la loi, (le s'unir élioilement à des <;ens qui pailiciperaicrit journellement à des alinnents aussi repoussants que ceux dont on demande aux païens de s'altstenir. La conclusion à tirer de ce silence de Paul et des Actes est que cette question ne fut pas même abordée. Comme nous l'avons dit, on pensait que c'était Dieu qui, ayant fondé la loi, devait l'abolir par une dispensation positive. Paul, quoique plus avancé dans sa conviction personnelle, était trop prudent pour soulever une discussion qui aurait pu compromettre les résultats obtenus par lui. Ces résultats étaient assez beaux pour qu'il put moinenlanément s'en contenter. En premier lieu, sa dignité apostolique était reconnue par les représentants de l'apostolat primitif. En second lieu, il était désormais constaté que, lors même que les Juifs croyants continuaient à vivre selon la loi, le salut messianique restait indépendant de l'institution légale et de l'incorporation des païens à Israël. Paul pouvait bien pressentir qu'une fois l'observance lévitique ainsi descendue au rang de simple coutume nationale, de là jusqu'à son abolition complète il n'y avait pas loin. Ce fut donc avec joie qu'il put reprendre, avec Bai'nabas et les deux députés chargés de la lettre de l'Eslise, le chemin d'Antioche. Le christianisme venait de franchir victorieusement le pas le plus difficile et le plus décisif de toute son histoire.

Bientôt après son retour, Paul partit avec Silas pour son second voyage de mission, après qu'il se fut séparé de Barnabas à l'occasion de Marc, cousin de ce dernier (Col. IV, 10). Les textes ne donnent aucune raison de supposer que cette rupture ait eu lieu à l'occasion d'une différence de manière de voir touchant la loi, comme des critiques à idée fixe l'ont prétendu récemment. Barnabas et Paul avaient marché d'accord dans les conférences de Jérusalem, et la suite prouvera que cet accord subsista après

62 l'aPuTHE PAUL

leur séparation. Paul el Silas traversèrent ensemble lintérieur de l'Asie-Mineure, visitant les églises londées dans le premier voyage. Paul avait probablement cette (ois pour point de mire une mission à Kj>hése, centre religieux et intellectuel de la province d'Asie. .Mais Dieu en avait décidé autrement. Le pays dont l'heure avait sonné, c'était la Grèce, non l'Asie-Mineure; il le comprit plus tard. Lo> deux messagers de l'Evangile furent arrêtés quelque temps, par une maladie de saint Paul, dans les contrées de la Galalie. Ce pays, situé au centre de l'.Vsie-Mineure, était habité par les descendants d'un parti de Celtes qui avait passé en Asie vers 280 avant .l.-C. La maladie de l'apùtre l'ut l'occasion de la i'ondation de l'Eglise au sein de ce peuple (Gai. IV, 13. 1-4). Lorsqu'ils reprirent leur voyage, les deux missionnaires furent arrêtés dans l'œuvre de la prédication par un empêchement intérieur qui ne leur permettait de travailler nulle part. Us se trouvèrent ainsi conduits, sans préméditation, jusqu'au bord de la mer Egée, à Troas. Là le mystère s'éclaircit. Paul comprit, par une vision, qu'il di'vait passer la mer et entreprendre, en commençant par la Macédoine, l'évangélisalion de l'Europe. Il fit ce pas décisif en société de Silas, du jeune Timothée, qu'il s'était associé en Lycaonie, et enfin du médecin Luc, qui parait s'être trouvé à Troas précisément à ce moment-là. C'est du moins l'explication la plus naturelle de la forme nous qui apparaît ici dans le récit des Actes (XVI, 10). La même forme cesse, puis reparaît plus lard, selon (pie l'auteui' du récit est sé|>aré <le l'apôtre ou qu'il se retrouve dans sa société (XX, .") ; XXI, 1 et suiv.; XXVllI, 1 el suiv.). M. Renan conclut du passage XVI, 10 sans le moindre fondement que Luc était d'origine macédonienne. .Nous croyons plut(»t (com]>. \k :\\\ quil était oriuinaire d'Antioebe. C'est également là la tradition con-

siunée dans les Reconnaissances clémentines et chez Eusèbe.

En fort peu de temps furent fondées en Macédoine les églises de Pliilii)pes, d'Amphipolis, de Tliessalonique et de Mérée. Paul lut pei'sécuté dans toutes ces villes, le plus souvent à linstigalion ôcs Juifs, qui cherchaient à persuader aux autorités romaines que le Christ prêché par lui était un rival de César. Toujours poursuivi, il s'avança vers le sud et arriva enfin à Athènes. Là il rendit comi)te de sa doctrine devant l'Aréopage. 11 vint ensuite s'établir à Corinthe, et pendant un si'jour d'environ deux ans il fonda dans celte capitale de l'Achaïe l'une de ses églises les plus florissantes. On peut conclure de l'adresse de la ^c aux Corinthiens (1, 1 : « A l'église de Dieu qui est à Corinthe avec tous les saints qui sont dans VAchaio tout entièrey>), qu'autour de la métropole se formèrent bientôt dans les campagnes de nombreuses communautés chrétiennes.

Après avoir terminé cette œuvre importante, la fondation des églises de Grèce, Paul se rendit à Jérusalem. Il est parlé dans les Actes d'un vœu accompli avant son dé- })art de Grèce (XVllI, 18). Par qui? Par Aquilas, le compagnon de Paul? C'est ce qu'ont prétendu plusieurs interprètes. .Mais si Aquilas est le sujet le plus rapproché, Paul est le sujet principal de la phrase. Et quel intérêt auiait présenté, au point de vue de l'histoire évangélique, un vœu d' Aquilas? L'acte religieux que l'on appelle vœu, était-il contraire au spiritualisme de l'apôtre? Non, pas plus qu'une promesse ou un engagement (comp. 1 Tim. VI, 1^-li). En tous cas, le chap. XXI des Actes nous montre comment dans une telle vie pouvaient se présenter des complications que la charité forçait Paul à résoudre par des concessions de nature extérieure. De Jéru-

64 L'APnTr.E PAUL

salern l'aul se rendit ù Anlioche, le berceau de la ini-^ion chez les Gentils.

C'est à ce moment (ju'il faut jilacei' un l'ail dont le caractère a été défi'iuré par la critique non moins que celui des conférences de Jérusalem. Pierre commençait alors ses courses missionnaires hois de Palestine ; il était parvenu à Antioche. iJarnaltas, api'os avoir visité avec Marc les clu'étiens de Chypre, était également revenu au sein de celle église. Dans les premiers temps, Pierre et Barnabas ne se faisaient aucun scrupule de fréquenter les membres païens de l'église et de manger avec eux, soit dans des repas privés (comme l'avait fait autrefois Pierre chez Corneille), soit dans les agapes. Mais il pouvait arriver que, si l'on n'y mettait pas beaucoup de vigilance, cette manière d'agir fût en contradiction avec la convention de Jérusalem ; car comment garantir toujours que les conditions prescrites fussent exactement observées? .Mais Pierre se rappelait sans doute sa vision de Césarée (Acl. X, 10 et suiv.); il se rappelait aussi cette parole de Jésus: <( Ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui souille l'homme, mais c'est ce qui sort de Thonmie. ^ Et il trouvait dans le devoir de l'union un motif suffisant pour se mettre au-dessus de pareils scrupules. Barnabas el les autres judéo-chrétiens faisaient de même.

Tout marchait ainsi à la satisfaction générale, lorsqu'arrivèrent à Anlioche des chrétiens de Jérusalem, envoyés par Jacques. Leur mission était, non de peser de nouveau sur les })aïens i)(tur les amener sous le régime légal, mais de voir si la conduite des judéo-chrétiens restait conforme au compromis de Jérusalem. Or, d'apivs l'interprétation rigoureuse de ce document, Pierre et Barnabas pouvaient à clia([ue inslanl, en agissant connue ils If faisaient, se trouver en laule. Ils furent donc vivement

rappelés à l'oidii; [)ar les arrivants. Nous connaissons par l'histoire évaniiéliquc le caractère de F^icrre. 11 se laissa intimider. Barnabas, dont l'indulgence envers son cousin Marc nous révèle la débonnaireté naturelle, ne sut pas résister à cet exemple. Tous deux commencèrent à rompre avec les païens convertis.

On peut ici toucher au doigt l'insuffisance du compromis adopté par l'assemblée de Jérusalem, et comprendre pourquoi saint Paul, après l'avoir accepté comme moyen transitoire (Act. XVI, A), le laissa bientôt tomber en désuétude. Celte convention, qui abrogeait pour les païens les observances mosaïques, mais qui les maintenait plus ou moins obligatoirement pour les Juifs devenus chrétiens, était praticable dans les églises exclusivement judéo-chrétiennes, comme celle de Jérusalem. Mais dans les églises comme celles de Syrie, où les deux éléments étaient réunis, son observation rigoureuse devait aboutir au divorce extérieur entre les deux éléments hétérogènes. Etait-ce là ce que voulait Jacques, de la part de qui venaient ces gens? S'il en était ainsi, nous devrions nous rappeler que Jacques n'était point ap(3tre, mais simplement frère de Jésus', et que Jésus ne lui avait confié ni la direction du troupeau de Jérusalem, ni celle de l'Eglise en général. Mais il est possible aussi que les nouveaux venus eussent dépassé leurs instructions . Paul mesura sur-le-champ la portée de la conduite de ses deux collègues, et sentit la nécessité de frapper un coup décisif. Il avait obtenu à Jérusalem la reconnaissance de la liberté des païens. Le moment lui pai'ut venu de tirer de cette décision les con-

* C'est ce que veut dire sans doute saint Paul quand il s'exprime ainsi (Gai. II, 6) : « Quels ils étaient autrefois, peu m'importe. )> Une pareille qualité extérieure est en effet sans valeur dans le domaine spirituel.

GO l'ai'ùtp.f-: paul

séquences praliques qui en découlaient lo<:iqueiiienl, et sans lesquelles celte décision même devenait illusoiie. S'appuyant sur la conduite précédente de Pierre, il lui démontra son inconséquence. Lui qui, pendant des semaines, avait sans scrupule mangé avec les païens et comme eux, il les forrait maintenant, s'ils ne voulaient pas rompre avec lui, à se placer sous le joug de la loi. Or ce n'était pas là ce qu'on avait voulu à Jérusalem ! Puis Paul profita de celte circonstance pour développer enfin ouvertement le contenu de la révélation qu'il avait reçue, à savoir que l'abroiialion de la loi est déjà renfermée en principe dans le fait de la croix bien compris, et qu'il est inutile d'attendre sur ce point une autre manifestation de la volonté divine: « Depuis que j'ai été crucifié avec Christ, je suis inorl à la loi, et vivant à Dieu» (Gai. II, 19. 20). Baui' (et avec lui M. Renan) pense que ce conllit est la preuve d'une opposition de principes entre les deux ap«Ures. Mais les expressions de Paul disent précisément le contraire. Le reproche qu'il fait à Pierre de ne pas marcher ilc droit pied, suppose chez cet apôtre une conviction conforme à la sienne, mais à laquelle Pierre est infidèle dans sa conduite. De Barnabas, Paul dit qu'il « se laissait envelopper dans la même lii/pocrisie. » Ce terme indique assez quelle était la conviction foncière de Barnabas. Le récit de Paul confirme donc le résultat auquel nous étions arrivés : c'est que Pierre, pas plus que Paul, n'envisageait l'observation de la loi comme une condition de salut, même pour les Juifs. Il importait particulièrement à Paul de constater ce fait. Car les jierturbateurs des églises pagano-chrétiennes alléguaient sans cesse contre son enseignement l'exemple et l'autorité des Douze '.

* C'est à torl. nous parait-il, que plusieurs par ex. M. Farrar. p. 137 et suiv.), placent encore ce coiillil d'Antioclie dans l'intervalle

A la suilc de cotte lutte, rapôlrc entreprit son Iroisième voyage. Il réalisa celte fois le dessein qu'il formait prol)ablenient lorsqu'il commençait son voyage précédent, celui de se fixer à Ephèse, la métropole scientifique et commerciale de l'Asie-Mineure. En passant par la Galatic, il trouva les églises de cette contrée troublées par les émissaires judaïsants. Pour le moment Paul conjura l'orage, et, comme le dit Luc (Act. XVIII, 23), « il afjermit tous les disciples » en Galatie et en Phrygie. Mais cette expression même prouve que les esprits avaient été sérieusement ébranlés. A Ephèse l'attendaient ses fidèles amis et compagnons d'œuvre, Aquilas et sa femme Priscille ; ils avaient quitté Corintho avec lui et s'étaient établis en Asie pour lui préparer les voies. Les deux à trois ans que Paul passa à Ephèse constituent le point culminant de son activité apostolique. Ce temps a été dans sa vie le pendant du ministère de Pierre à Jérusalem, après la Pentecôte. L'écrivain sacré lui-même semble dans son récit <avoir en vue ce parallèle (comp. Act. XIX, 11 et 12 avec V, 15 et 16). Une foule d'églises florissantes, spécialement celles qui forment le cercle symbolique des sept chandeliers d'or dans l'Apocalypse, surgirent au sein de ces populations idolâtres : Ephèse, Milet, Smyrne, Laodicée, Hiérapolis. Colosses, Thyatire, Philadelphie, Sardes, Pergame, Trallès et bien d'autres encore, qui sont mentionnées dans les écrits du second siècle. L'œuvre de Paul fut marquée en ce moment par un tel déploiement de la puissance de l'Esprit saint, qu'au bout de ce petit nombre d'années le paganisme sentait son existence menacée dans ces contrées, comme le prouve l'émeute suscitée par l'orfèvre Démétrius.

entre le premier et le second voyage. C'est le rapprocher trop de la conférence de Jérusalem, dont les conséquences n'ont pu se déplover qu'au bout d'un temps un peu plus long.

68 l'apôtre PAUL

Cette époque d'activité missionnaire si féconde fut en même temps le point culminant de la lutte qu'eut à soutenir l'apôtre avec ses adversaires judaïsants. Après son passage en Galatie, ils avaient redoublé d'efforts dans ces contrées. Ces gens-là, nous l'avons vu, auraient trouvé fort bon que Paul christianisât le monde des Gentils, pourvu que ce fût au profit du rnosaïsme. Pour eux, le but était le régne de la loi; l'Evangile n'était que le moyen. C'était le renversement du plan divin. Ne pouvant gagner Paul à leurs vues, ils cherchaient à miner son autorité. Ils le décrièrent personnellement, le faisant passer pour un disciple des apôtres, qui avait orgueilleusement levé le talon contre ses maîtres. C'est à ce grief que Paul répond dans les deux premiers chapitres de l'épitre aux Galates. Puis ils soutenaient la permanence de la loi dans l'Eglise. C'est la thèse que Paul renverse dans les chapitres III et IV,. en montrant le caractère temporaire et purement préparatoire de l'institution mosaïque. Ils niaient enfin qu'une doctrine dégagée de toute loi pût assurer la vie morale de ses adhérents. C'est le sujet des deux derniers chapitres, où Paul montre comment la sanctification de l'homme est garantie par l'action vivifiante du Saint-Esprit qui est le couronnement de la justification, bien mieux que par rassujeltissement aux interdictions légales. Cette lettre fut écrite peu après l'arrivée de Paul à Ephèse (comp, l'expression : si promjitement, I, 0). Le passage 1 Cor. XVI. I paraît prouver qu'eUe réussit à rétablir en Galatie l'autorité de l'apôtre et le règne de l'Evangile.

Mais les émissaires judaïsants suivaient Paul pied à pied. La Macédoine ne |>ar;u't pas avoir olVorl à leui's tentatives un sol favorable; ils se jetèrent ilonc sur l'Achaïe. Là, au milieu d'une population fine et cultivée, ils se gardèrent bien de parler, coiimie en Galatie, de circoncision ou de

prescriptions alimentaires. Ils clierelièrenl à llatler les goùls philosophiques et lilléraires des Corinthiens. On fit étalage d'iin évan^iile spéculatif (1 Cor. I, 18etsuiv.; 2 Cor. XI, 1 et suiv.). Puis on sema des doutes sur la réalité de l'apostolat de saint Paul, et même sur la droiture et la pureté de son caractère. La première épître aux Corinthiens fait tout du long pressentir, comme l'a hien montré Weizsàcker, un orage qui menace, mais dont l'apôtre se garde de provoquer l'explosion. Les allusions sévères ne manquent pas; mais le ton didactique reprend aussitôt le dessus. C'est dans la seconde épître que se révèle toute la violence de la lutte. Cette lettre renferme des allusions nombreuses à certains conflits personnels de la plus haute gravité, qui paraissent avoir suivi l'envoi de la première. Elle oblige le lecteur attentif à présumer non seulement une lettre postérieure à notre première et maintenant perdue, mais encore un séjour de Paul à Corinthe entre nos deux lettres canoniques ^ L'intervalle entre la première et la seconde aux Corinthiens doit donc avoir été plus considérable qu'on ne l'admet d'ordinaire; la chronologie générale de la vie de Paul ne s'oppose pas, comme nous le verrons, à cette manière de voir. La lettre pei'due, intermédiaire entre nos deux épilres, fut écrite sous l'empire des expériences les plus douloureuses et des émotions les plus poignantes (2 Cor. II, 4; YII, 8). Paul se vit alors pendant quelque temps à la veille d'une rupture complète avec cette église de Corinthe, fruit de tant de labeurs. Séduite par ses adversaires, elle lui refusait ouvertement l'obéissance. On élevait contre sa véi'acité les imputations les plus graves; on le taxait d'ambitieux, de fanfaron;

* Telle est du moins la conviction à laquelle nous avons été conduit par l'étude attentive des textes, en accord plus ou moins complet avec plusieurs critiques de nos jours.

70 L'aPÙTHE PAUL

son apostolat était Laloué; ses adversaires allaient jusqu'à dire que, tout en affectant d'évangéliser gratuitement, il n'en faisait pas moins sa bourse par le moyen de ses envoyés; et l'église ne fermait pas la Louche aux insolents qui osaient ainsi parler devant elle de son apôtre ! Mais qui étaient-ils donc, ces gens qui jetaient le gant à l'apôtre des Gentils jusque dans ses propres églises? Faut-il les identifier avec ceux que Paul appelle deux fois, un peu ironiquement, dans sa seconde épitrc (XI, 5; XII, II), les (qioires par excrlloire, ou ces derniers seraient-ils les douze apôtres, de la j)art desquels les émissaires judaïsants venaient ou prétendaient venir? Les anciens interprètes grecs ont appliqué ce terme aux Douze, mais sans les confondre avec le parti des émissaires. Baur et son école ont maintenu cette explication, mais en faisant des perturbateurs judaïsanls les disciples et les délégués de ces apôtres de premier ordre*. Hilgenfeld dit nettement-: (( Les apôtres })ar excellence ne peuvent être que les apôtres primitifs. » Les adversaires de Paul à Corintlie soutenaient que l'apostolat des Douze était le seul véritable, parce que seul il reposait sur une relation immédiate et personnelle avec Christ, tandis que celui de Paul n'était qu'une usurpation. 11 serait possible, sans doute, que dans les deux passages cités où Paul parle des <k apôtres par excellence, » il voulût parler des Douze, sans qu'il résultât de là qu'il identifiât leur point de vue avec celui «les émissaires judaïsanls ([u'il appelle fi.uLr-aitôtres et f^ervi leurs de Satan {'2 Cor. XI, \o. 15 . Mais le sens le i»lus naturel de ce ch. XI est pourtant, comme le reconnaît aujourd'hui llolslt'ii, d'appliquer cotte expression aux portur-

» Pauhts, 1, 309.

- Eihl. in's N. T., p. 298. et Zcitschr. f. iciss. ThoL \-^'A (Panhts itnd die corinth. Wirren).

lialcuis (le r^glisc et non aux apùtros à Jérusalem. En elTel : 1" Nous lisons 2 Cor. XI, 0 que Paul était sii;nalé à Corinthe comme un homme du commun (ii^iwxr.c^ quant au hninut/e, en comparaison des apôtres supérieurs. Or, quel homme l'aisounaltle aurait })u mettre les Douze audessus de Paul au point de vue du langage? Comp. Act. IV, 13, où les apôtres sont appelés des hommes du commun ou illettrés, tandis que saint Paul était envisagé comme un homme de haute culture et de vaste science (Act. XXVI, ûi). "2^ En désitinant les Douze par cette expression : « les apôtres supérieurs, » les adversaires de Paul lui eussent concédé à lui-rnème luie place dans l'apostolat, au-dessous des Douze. C'est ce qu'ils ne songeaient pas à lui accorder. Ils taisaient de lui un intrus dans l'apostolat. On l'opposait aux Douze comme un faux apôtre aux seuls vrais. Holsten a développé l'hypothèse suivante : Les émissaires judaïsants, les apôtres par excellence, seraient arrivés avec des lettres de recommandation de Jérusalem, où, depuis le conflit d'Antioche, Jacques aurait pris la haute main et avec lui le parti ultra. C'étaient des gens tels que les frères de Jésus (1 Cor. IX, 5) ou les septante disciples du Seigneur (Luc X, 1), auxquels on accordait le litre tVdjiôfres dans le sens large du mot, et qui, une ibis installés à Corinthe, avaient fait valoir leur supériorité sur Paul en raison de la relation personnelle qu'ils avaient soutenue avec le Seigneur pendant sa vie terrestre. — Mais même en admettant cette série de suppositions, le titre d' « apôtres par excellence )) donné aux émissaires ne s'expliquerait pas clairement encore, car ce titi^e les oppose aux Douze non moins qu'à Paul. Un archi-apôtre est un homme qui est plus que ceux qui portent vulgairement le titre d'apôtres. Or ce dernier titre s'appliquait officiellenaent aux Douze (i Cor. IX, 5; XV, 7. 9). Il faut donc faire un pas de plus.

72 L'aPÙTRE PAUL

Nous sommes amenés à reconnaître que les émissaires arrivés à Corinthe se mettaient ou se laissaient mettn.' j)ai' le titre d'cc apôtres par excellence, » au-dessus non seulement de Paul, mais des Douze eux-mêmes. C'étaient les délégués et les recommandés de ce même parti des faux- frères intrus qui, d'après Act. XV et Gai. 11, avaient cherché déjà à arracher la direction de l'œuvre nouvelle des mains des Douze. Anciens sacrificateurs et pharisiens (Act. VI, 7 et XV, 5), fiers de leur supériorité intellectuelle et sociale, ils ne regardaient les apôtre? de Jésus qu'avec dédain et ne subissaient qu'avec peine le joug de ces ignorants Galiléens. Ils trouvaient déplorable qu'une si grande œuvre fût tombée en des mains si incapables, et ils tentaient baidiment, surtout depuis l'accord conclu avec Paul à Jérusalem, d'arracher aux apôhes la direction de l'Eglise. C'était d'eux que parlait la contremission organisée contre Paul. Nous avons un imlice de leur disposition hostile aux Douze dans 1 Cor. 1, \'2, où œux de Christ (précisément ces judaïsants) sont opposés à ceux de Pierre aussi bien qu'à ceux de Paul et d'ApoUos '.

Au moment où Paul écrivait notre "2^" aux Corinthiens, le moment le plus ardent de la lutte était déjà passé. Celte épître est dans quelques-unes de ses parties un cri de victoire (comp. surtout ch. Vil . Elle devait, tout en constatant le rétablissement de la communion entre lapôlre et l'église, achever de réduire à la soumission ou à l'impuissance le parti rebelle-; elle parait avoir atteint son but.

' Rien (Je plus curieux que de voir comment Biuir cherclie à effacer cette distinction entre ceux de Clirist et ceux de Pierre, absolument ruineuse pour son système : « Les partisans de Pierre et de Christ, dit-il, n'étaient pas deux partis différents, mais seulement deux noms différents d'un seul et même parti. » Paulus. I. i97-i98.

* Les quatre derniers chapitres sont comme l'ultimatum adressé à ce parti.

Paul, senlanl que son é|j;lise lui était désormais rendue, vint à la fin de l'année 58 y l'aire le S(\jour attendu depuis si longtemps; il passa à Corinthe le mois de décembre de cette année et les deux })remiers mois de l'année suivante. Puis il partit, peu avant la fcte de Pâques, pour faire une dernière visite à Jérusalem. De vastes plans remplissaient depuis un certain temps son esprit (Act. XIX, 21). Déjà il portail ses regards vers Home et l'Occidenl. Paul était, au plus haut degré, un de ces hommes qui estiment n'avoir rien fait, tant qu'il leur reste quelque chose à faire. L'Orient était évangélisé; le flambeau du christianisme était allumé, au moins dans toutes les grandes métropoles de l'Asie et de la Grèce : Antioche, Ephèse, Corinthe. A ces églises la tache de répandre à l'avenir la lumière dans les contrées qui les environnaient et de continuel" ainsi l'œuvre apostolique. L'Egypte et Alexandrie avaient probablement aussi été visitées, peut-être par Barnabas et Marc à la suite de leur voyage en Chypre. L'Occident restait. C'était le champ qui s'ouvrait en ce moment aux regards et aux pensées de l'apôtre. Mais déjà l'Evangile l'a précédé à Rome. Qu'importe? Home ne sera pour lui qu'un simple point de passage'. Et son but, reculant avec la marche rapide de l'Evangile, sera maintenant l'Espagne. Son ambition chrétienne le poussait jusqu'à l'extrémité du monde connu. Un devoir cependant le retenait encore en Orient. 11 voulait visiter une dernière fois Jérusalem, non seulement pour prendre congé de la métropole de la chrétienté, mais plus particulièrement pour lui offrir, à la tète d'une nombreuse députation de chrétiens païens, l'hommage de toute la gentililé, dans une riche offrande collectée par toutes les églises, pendant ces dernières années, en faveur

* Remarquez l'expression délicate de cette pensée Rom. XV. 24.

Page 1