‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 13 sur 55 · I. Fomlaliun de l'cgliae de Rome · texte numérisé non relu

I. Fomlaliun de l'cgliae de Rome

Parmi les fondations apostoliques mentionnées dans le livre des Actes, ne figure point celle de l'église de Rome. M. Reuss voit dans ce silence une lacune. Mais cette omission n'est-elle point un indice du véritalile cours des choses? Ne nous (lit-elle pas que la fondation de l'église romaine n'a jioiut eu lieu sous la fornu.- duu l'ait notable et saisissabie jiour l'Iiislorien?

Les deux plus anciens indices de l'existence d'une église chrétienne à Rome, sont les suivants : 1" Notre épitre elleluènie, qui suppose l'existence, sinon d'une église complètement organisée, au moins de [»lusie\irs giou|tes chrétiens déjàf ormes dans cette capitale; '1'' Le fait mentionné dans la première partie du cbap. XXVlll des .\ctes, que Paul, à son arrivée à Rome, au priutemps de Tau (rJ, fut accueilli par des fracs qui, à la nouvelle de son approche, vinrent au-devant île lui jusqu'à une douzaine de lieues de la ville.

Comment une telle communauté cliiétienne s'élait-elle formée? On donne trois réponses à cette question.

I. L'Eglise catholique attribue la fondation de l'église de Rome à l'apôtre Pierre, qui serait venu à Rome dès le temps de l'empereur Claude (41-54), pour y annoncer l'Evangile et en particulier pour y combattre les hérésies du magicien Simon. Mais il est bien probable que cette tradition repose, en tout ou en partie, sur un grossier malentendu dont Justin Martyr est le premier auteur'. Si l'apùtre était réellement venu à Rome à une époque aussi reculée et qu'il y eût le premier propagé l'Evangile, Paul ne pourrait évidemment écrire une longue lettre à cette église sans mentionner son fondateur; et si nous considérons que cette lettre est un écrit didactique, un exposé plus ou moins complet de l'Evangile, nous comprendrons qu'en vertu de ses principes mêmes, il n'aurait pu l'adresser à une église fondée par un autre apôtre. Car il déclare plus d'une fois qu'il est contraire à ses principes apostoliques « d'entrer dans le travail d'autrui, » ou de « bâtir sur le fondement posé par un autre. » (Rom. XY, 20; 2 Cor. X, 16.)

Un écrivain protestant, Thiersch, est presque le seul théologien de valeur qui défende encore cette assertion du séjour de Pierre à Rome, au commencement du règne de Claude-. Il l'appuie sur deux laits : le passage Act. XII, 17, où il est dit que, délivré de sa prison à Jérusalem,

* Apol. I. c. 26. Justin prend une statue élevée à un dieu sai)in (Semo SaticKsj dans une île du Tibre pour une statue érigée au magicien Simon du livre des Actes. Cette statue a été retrouvée en 1574 avec l'inscription Semom S.4xco Deo Fidio. C'est là en tout cas l'une des origines de la légende. Eusèbe II, 14 a suivi Justin.

- Die Kirche irn apostolischen Zeitalter, p. 96-98. Tiiiersch a soin de dégager cette tradition des grossières légendes que l'on y a rattachées. Ewald se rapproche de Thiersch.

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l'ierre se rendit dans an autre lieu, expression mystérieuse employée, selon ce savant, pour (Jésigner Rome; puis le fameux passage de Suétone, relatif au décret par lequel Claude bannit les Juifs de Home, parce qu'ils ne cessaient « de se soulever à Vinstùjalion de C h restas^. » D'après Thiersch, ces derniers mots seraient une indication peu précise de l'introduction du christianisme à Home à cette époque par saint Pierre et des troubles que ce fait avait causés dans la synayoïiue romaine. Ces arguments sont aussi peu solides l'un que l'autre. Pourquoi Luc n'auiailil pas expressément désigné Home, si c'était là que saint Pierre s'était réellement retiré? 11 n'avait aucune raison de faire mystère de ce nom. D'ailleurs, à cette époque, de 41 à AÂt, Pierre peut difficilement être parvenu jusqu'à Rome; car en 51 (Act. XV), nous le trouvons à Jérusalem., et en 5i à Antioche seulement. Paul lui-même, le grand pionnier de l'Evangile du côté de l'Occident, n'avait pas encore, en 42, mis le pied sur le continent européen et prêché en Grèce. L'auteur des .Vctes, dans les chapitres Vl-XIlI, énumére avec grand soin toutes les transitions providentielles qui préparèrent graduellement le commencement de la mission dans le monde païen. Assurément donc Pierre n'avait pas à celte époque franchi les mers pour aller évangéliser Rome. Quant au passage de Suétone, il est assez arbitraii-e de faire de Cluc.stas une personnification de la prédication chiyticnnc spécialement. Ce nom était juif et désignait le Messie. 11 peut donc se ra|ip(>rter ici à l'attente politico-messianicpie du peuple juif. La vraie tradition de l'église romaine sur sa fonilation ressort plutôt du témoignage d'un diacre de celte église, vivant au troisième ou quatrième siècle et connu, comme écrivain,

' Claud. c. io: Jxidœos impulsore Chresto assidue tumultuantes Romd expxdit.

SOUS le nom tl'Anilirosiaster ou Taux Ariibroise (parce que ses écrits ligui-'ent dans les œuvres de saint Amiiroise), mais dont le vrai nom ('■(ail {irdliahlement llilairc. Il déclare à la louange de son église que les lîomains étaient devenus croyants « sans avoir vu un seul miracle tti aucun des tipàtrcs '.» La plupart dcis écrivains catholiques sérieux et indépendants combattent aiijdunriini l'idée d'un séjour de Pierre à Home sous le régne de Claude.

Avec tout cela nous ne songeons nullement à nier que Pierre soit venu à Home vers la fin de sa carrière. Les témoignages relatil's à ce séjour nous paraissent trop positifs pour {)ouvoir être écartés par une critique judicieuse-. Mais cette arrivée ne peut, en tous cas, avoir eu lieu qu'après la composition de l'épître aux Romains et même des lettres écrites par Paul pendant sa captivité romaine, en Cri et 03 (Col., Philip., Eph., Philém.). Comment, si Pierre eût à ce moment-là travaillé simultanément avec lui dans la ville de Rome, Paul ne le nommerait-il pas parmi les prédicateurs de l'Evangile dont il fait mention et de la part desquels il salue? Pierre ne peut donc être arrivé à Rome qu'à la lin de l'an ().") ou au commencement de l'an 6-4, et son séjour n'aura duré que quelques mois, jusqu'en août 04-, où il périt victime de la persécution de Néron. Ainsi que le dit Ililgenfeld : « Il n'est pas nécessaire de combattre cette tradition-là pour être bon protestant^. » Il est même probable que, sans la notoriété de ce fait, jamais la légende de la fondation de l'église de Rome par saint Pierre n'eût pu se former et s'établir si solidement.

' Cornmentaria in XIII epistolas Panlinas.

■^ Ces témoignages sont ceux de Clément Rom., de Clément d'Al., de Denys de Cor., de l'auteur du Fragment de .Aluratori, dirénée, de Tertullien et de Caïus.

3 Einl., p. 624.

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II. La seconde supposition par laquelle on a cherchi- à expliquer l'existence de cette éf{lise — car en l'absence de tout récit l'on est réduit à l'hypothèse — est celle-ci : Des Juifs de Rome, venus à Jérusalem à l'époque des fêtes, auraient été, dans celte ville, en contact avec les premiers chrétiens et auraient ainsi rapporté à Rome les semences de la foi. Il est parlé, en elîet, Act. il, l<i. de pèlerins romains, les uns Juifs d'origine, les autres prosélytes, c'est-à-dire païens de naissance, mais convertis au judaïsme, qui assistèrent aux événements du jour de la Pentecôte. A chaque fête qui suivit, ce contact entre les membres de la riche et nombreuse synagogue romaine et ceux de l'église de Jérusalem dut se renouveler et amener le même résultat. Si cette explication de l'origine de l'église de Rome est .fondée, il est évident que c'est par l'intermédiaire de la synagogue que l'Evangile doit s'être répandu dans cette ville.

M. Mangold, l'un des défenseurs les plus décidés de cette hypothèse', allègue deux faits en sa faveur: 1" la légende du séjour de Pierre à Rome, dont il ri'connait sans doute la fausseté, mais qui témoignerait du souvenir de certaines communications origin;iires entre l'église de Jérusalem, dont Pierre était li; chef, et la synagogue romain»' ; ^" le passagi^ de Suétone que nous avons iléjà cité, sur les troubles qui provoquèrent l'édil il<' (".iaude. D'après Mangold, ces troubles seraient prèciséMii'nt les débats violents provoqués chez les Juifs de Rome par la prédication chrétienne de ces pèlerins revenus de Jèiusalem.

Mais, comme nous l'avons vu, la lègendi> de la prédication de Pierre à Rome parait avoir une tout autre origin»'

' Der Rômerbi-ief louf die Anf'oiift' (f<'r ,-o»uscht' Geiiteinde,

que celle (jii(3 ?iii)i)Ose Mangold; et rinlerprélalion du passage de Suélonc que propose cet auteur, à l'imitation de Haur, est tnis-incertaine. D'après Wiesèler et i)on nombre d'autres savants, Chreslus — c'était un nom d'aiïranchi très-usité — désignerait tout simplement ici un obscur agitateur juif; ou bien — ce qui nous paraît plus vraisemblable — Suétone, ayant vaguement entendu parler de l'attente du Messie (du Christ) chez les Juifs, aurait vu dans ce nom la désignation d'un personnage réel et actuel, auquel il aurait attribué la fermentation incessante et les instincts de soulèvement qu'entretenait chez les Juifs l'attente messianique. L'expression de tmmdfiiari, se soulever, dont se sert l'historien romain, s'applique bien mieux à des émeutes qu'à des controverses intestines dans le sein d'une communauté religieuse. Comment celles-ci auraientelles troublé l'ordre public et inquiété Claude?

Deux faits nous paraissent d'ailleurs s'opposer à cette manière d'expliquer la fondation de l'église de Rome.

1» Comment arrive-l-il qu'aucune circonstance analogue à celle qui, dans cette supposition, aurait fait naître cette église, ne puisse être constatée dans quelqu'autre des grandes villes de l'empire? Il y avait des colonies juives ailleurs qu'à Rome. 11 y en avait à Ephése, à Gorinthe, à Thessalonique. Comment se fait-il que, loi'sque Paul arrive dans ces villes et y prêche pour la première fois dans la synagogue, l'Evangile s'y présente partout comme un îaïl complètement nouveau? Pourquoi le christianisme palestinien n'aurait-il pas exercé sur la synagogue de ces grandes villes de l'empire la même influence que sur celle de Rome?

2° Un second fait nous paraît plus décisif encore. Au chapitre XXVIII des Actes, il est raconté que Paul, trois jours après son arrivée à Rome, convoqua dans sa de-

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meuie, où il était n.-tenu captif, les chefs de la synayo<.Mie roiriaine. Ceux-ci lui demandèrent des renseignements précis sur la doctrine dont il était le représentant, cr Car, dirent-ils, nous avons bien entcnrlu parler de cette secte et nous savons qu'elle rencontre de ro|tposilion partout » (dans toutes les synaiiogues). Le récit n'exprime pas la conséquence qu'ils tiraient de ces faits; mais c'était évidemment celle-ci : « Ignorant en quoi consiste cette croyance nouvelle, nous désirerions l'apprendre d'une bouche aussi autorisée que la tienne. » Ce qui prouve que telle était bien la pensée des Juifs, c'est qu'ils lixérenl à Paul un jour où ils viendraient s'entretenir avec lui sur ce sujet. La conférence porta, est-il dit dans la suite du récit, « sur le régne de Dieu et sur tout ce qui concerne Jésus, » en prenant pour point de départ « la loi de Moïse elles prophètes» (v. :23). Ils étaient donc réellement ignorants du christianisme et ils désiraient le connaître. Ur comment comprendre cette ignorance ileî^ chefs de la synagogue relativement au christianisme, si réellement cette religion avait déjà été préchée parmi les Juifs de Fîome et avait excité chez eux des troubles tels qu'il en fût résulté un décret de bannissement contre toute la colonie?

On a cherché de diverses manières à écarter celle dilTiculté. M. Reuss pense que la question des chefs de la synagogue se rapportait non au christianisme en lui-même, mais spécialement à la doctrine de Paul et à l'opposition que suscitaient conti'e elle de[>uis un certain lenq»s les judaïsants'. Mais ce sens eùl impérieusement exigé en grec la forme à n-j ocovsî;, et non pas seulement i opovsî;. D'ailleurs, la suite du récit montre bien clairement tjue l'ex-

' Tout récemment encore (ian< -ior. llist'.i.;- npostoliqxte. p. 217 et 248.

posé (Je Paul [iorla sur le règne de Dieu et l'Evangile en général, et non pas seulement sur les différences entie le paulinisnie et le christianisme judaïsanl.

r>'autres onl cru voir dans les paroles des Juifs soit une feinte, soit du moins une prudente réserve. Ils calculaient, dit-on, leurs paroles, dans la crainte de se compromettre, ou même — c'est ce que pense Mangold — dans le désir d'arracher à l'apôtre quelque déclaration qu'ils pussent faire valoir conli-e lui dans son procès. La suite du récit n'est pas compatible avec ces suppositions. Les Juifs entrent trés-sérieusemeni dans la discussion de la question religieuse. Au jour fixé ils arrivent au rendez-vous, en plus grand nombre que la première fois. Pendant toute une journée, du malin jusqu'au soir, ils discutent sur la doctrine et l'histoire de Jésus, en reprenant les textes de Moïse et des prophètes. De la part d'hommes plongés dans les affaires, comme devaient l'être les chefs de la riche communauté juive établie à Rome, cette conduite témoigne d'un intérêt sérieux. Le résultat de l'entrevue fournit également la preuve de la sincérité de leur conduite. Ce résultat est double : Les uns partent convaincus, les autres résistent jusqu'au bout. Cette dillérence ne serait pas concevable si, connaissant déjà la prédication évangélique, ils n'étaient venus chez Paul que pour lui tendre un piège.

Suivant Olshausen, le bannissement des Juifs par Claude aurait amené une rupture complète entre la synagogue et les judéo-chrétiens. Car ces derniers cherchaient naturellement à se soustraire au décret d'expulsion. Voilà comment il arriva que lorsque les Juifs bannis rentrèrent à Rome, il n'y eut plus rien de commun entre eux et l'église, de sorte que les Juifs romains perdii'ent bientôt tout souvenir de l'enseignement chrétien. — Weiss s'exprime à peu près dans le même sens : *,( L'église, en se

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reconstiluaiit à la suite de l'expulsion, se sépara complètement (le la synagogue, afin de n'être j)as impliquée de nouveau dans son sort » (|j. 24). Mais liaur et Mangold ont réfuté cette supposition. On attribue par là à l'édit de Claude des effets beaucoup plus considérables que ceux qu'il peut avoir eus. Et comment quelques temps d'exil auraient-ils suffi pour effacer dans tout».' la comnuinauté juive le souvenir de la prédication chrétienne, si déjà elle se fût fait entendre en pleine synagogue et y eût amené les luttes ardentes que l'on suppose? Quant au désir (pii aurait animé les chrétiens de se distinguer le plus possible des Juifs, nous doutons bien qu'il existât réellement. Car ce n'était que sous le patronage des édits de tolérance autorisant la religion juive que les chrétiens pouvaient espérer d'échapper à la sévérité des lois romaines contre les î^eligions non jiotnises.

riaur a renoncé aux demi-mesures, et essayé de couper le mal par la racine. 11 a déclaré le récit des Actes controuvé. L'auteur, qui était favorable à Paul, désirait faire passer cet apôtre pour beaucoup plus conciliant envers le judaïsme (pi'il ne l'avait été i-éellemcnt. Le vrai Paul n'avait nullement besoin d'un acte d'incrédulité positive de la part des Juifs de Rome pour se croire autorisé à évangéliser les païens de la capitale. H ne reconnaissait point ce prétendu dwil de jniorité que les judéo-chrétiens revendiquaient en faveur de leur nation et que suppose le récit des .\ctes. Le fait rapporté au ch. XXVlll t^sf donc une fiction'. La rt''[)onse à celle impulati(Mi n'esl pas diflicib' : Le Paul (in livre des Actes ne ressemble pas à celui de la théorie (le Haur, il est vrai, et cela parce qu'il est celui de l'histoire. N'est-ce pas Paul lui-même qui écrit trois fois,

' Pnuhts. I, 367 et suiv. Hilgonfold do mémo : « Le récit do? Ados n'est pas croyal)lo. »

au commencement de l'épifre aux Romains d, Kl; II, 9-10), le : « aux Jiiil's jtrcntirn'nirnt, » mol qui confirme pleinement la démarche faite par lui auprès des Juifs de Home et décrite avec tant de détails par l'auteur des Actes?

11 ne reste donc cpi'à accepter le récit Acl. XXVIII avec son sens naturel et ses conséquences inévitables. Les chefs de la synagogue de Rome avaient bien ouï parler des contestations que soulevait partout chez leurs coreligionnaires la prédication de Jésus, comme le Christ. Mais ils n'avaient point encore une connaissance précise de cette croyance nouvelle, et par conséquent le christianisme n'avait point encore été prêché dans la synagogue romaine.

III. Sans nier absolument ce qu'ont pu faire d'une manière isolée pour la propagation du christianisme à Rome les Juifs qui revenaient de Jérusalem, nous devons expliquer la fondation de l'éghse romaine d'une manière différente. Rome était ta l'univers ce que le coHir est au corps, le centre de la circulation vitale. Tacite affirme que « toutes les choses odieuses ou honteuses ne manquaient pas de confluer à Piome de toutes les parties de l'empire. » Cette règle s'appliquait aussi k de meilleures choses. Bien longtemps avant la composition de l'épitre aux Romains, l'Evangile avait franchi les frontières de la Palestine et s'était répandu chez les populations païennes de Syrie (^Act, XI, 19), d'Asie-Mineure et de Grèce. Doué de la force d'expansion qui lui était inhérent, le nouveau principe religieux n'avait-il pas pu de bonne heure ai'rivei' de ces contrées jusqu'à Rome? Les relations entre Rome et la Syrie étaient fréquentes et nombreuses. M. Renan luimême les signale : « Rome était le rendez-vous de tous les cultes orientaux, le point de la Méditerranée avec lequel les Syriens avaient le plus de rapports. Ils y arrivaient par

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bandes énormes. Avec eux débarquaient des troupes de Grecs, d'Asiates, tous parlant ^rec... Il est infiniment probable que, dès l'an 50, quelques Juifs de Syrie, déjà cliiétiens, entrèrent dans la capilale df l'enqjire'. » Nous n'avons qu'un mot à cornîier dans ces paroles de M. Renan : quelques Juifs. Car il est constant que les éiilises d'Antiocbe et de Syrie étaient surtout composées de Grcrs. Des clirétiens d'ori|iine païenne purent donc bii-n piouiptement, dès l'an 4-0, arriver à Rome. Et bientôt après, dès les années 53 et 54, ils purent être suivis de croyants ,'irrivant i\(i^ diverses communautés d'Asie et de Grèce fondées par Paul, .plus rapprocbées encore de la capitale. Plusieurs faits confirment l'oriuine essentiellement païenne de l'é^ilise romaine. Cinq fois, dans les salutations qui terminent notre épîlre, l'apotre s'adresse à desiiroupes de chrétiens dispersés dans la grande ville-. Cinq fois, au moins, contre une, les noms des frères qu'il salue snnt grecs et latins, et non pas juifs. Cette grande dissémination de l'Evangile et ces noms d'origine païenne s'expliquent naturellement par l'arrivée de chrétiens de Grècf et d'Asie qui avaient annoncé la Parole chacun dans le quartier de la ville oii ils s'étaient établis, l'n lai! plus signilicalif encore nous est raconté dans la première partie du cha|». XXVI 11 des Actes. En apprenant l'approche df saint Paul, les lïi'rcs (jiii dcnu'urent à lîoiiit' s'empressent (l'aller à sa rencontre et le reçoivent avec une allection qui relève son courage. Cela prouve qu»' déjà ils le reconnaissaient et le vénéraient comme leur père spirituel, que, par conséquent, leur christianisme provenait directement ou indin^ctement des églises fondées j)ar lui en

» Saint Paul. p. 97. '.)S.

- Nous oxiuninorons plus tard la (piostion de savoir si ces sahila- (ions appartiennent réellement à lépitre aux Romains.

SA FONDATION. (If)

Oiienl. Beysclilaii, dans son intéressant travail sur lo sujet qui nous occupe', objecte qu'enti'e la composition de l'épîlre aux Romains (vers la fin de l'an 57 ou 58) et la fondation des é|;lises de Grèce (vers l'an 53 ou 54), il s'était écoulé trop peu de temps pour que l'Evangile eût pu se répandre jusqu'à Rome, et cela de telle sorte que le monde entier en eût déjà entendu parler (Rom. 1, 8). Celte dernière expression a naturellement quelque chose d'emphatique (comp. 1 Thess. I, 8; Col. 1, G). Et si la fondation des églises de Syrie remonte, comme nous l'avons vu, jusqu'à 18 à 19 ans avant réi)ître aux Romains, le temps iiiiisi obtenu est certainement sui'lisant pour expliquer cette invasion chrétienne.

On peut se demander sans doute conmient il se faisait que les représentants de la foi chrétienne dans cette capitale n'eussent pas encore arboré l'étendard de la prédication nouvelle dans la synagogue. Mais on doit se souvenir que, pour affronter une telle tâche, il ne suffisait pas d'être un croyant sincère ; il fallait se sentir en possession de connaissances scripturaires et d'une puissance de parole et d'argumentation que l'on ne saurait attendre de simples commerçants et industriels. Nous lisons dans les Actes (XVill, 26 et suiv.) que lorsque Apollos arriva à Ephése, et que, soutenu par ses talents éminents et paison érudition biblique, il s'enhardit à parler dans la synagogue, Aquilas, le disciple et l'ami de Paul, n'essaya pas de lui répondre en pleine assemblée, mais se contenta de le prendre chez lui, pour l'instruire privément dans la connaissance du christianisme. On le comprend : l'Evangile était un message paradoxal : folie aux Grecs,

' Das geschiclitliche Probleni des Romerbriefs. Stud. und Kritik.,

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surtout ■•icandale aux Juifs. Le prerniei" venu n'était pas apte à le proclamer et à le défendre devant les j;rands rabbins des capitales, telles qu'Antioche, Ephése ou lîome. Cela est si vrai que quelques paroles de répitre aux Romains l'ont supposer qu'on accusait saint I*aul lui-même de reculer depuis loni^lemps devant cette tâche. N'est-ce pas, en effet, à un soupron de ce genre qu'il parait faire allusion, lorsqu'aprés avoir parlé des délais qu'a subis jusqu'ici son arrivée à Rome, il affirme (1, 10) n. qu'il n'a point honte de la prédication du Chiist. » Un bien petit nombre d'hommes, exceptionnellementqualifiés, pouvaient seuls tenter de donner l'assaut à la forteresse du judaïsme romain, et l'un de ces hommes forts n'avait point encore paiu dans la capitale.

Nous possédons dans li^ livre des Actes le l'écit d'une fondation d'église complètement analogue à celle que nous supposons pour l'église de Rome. C'est celle de l'éulise d'Antioche. Des chrétiens émiiirés de Jérusalem arrivent dans cette capitale de la Syrie peu après la persécution d'Etienne; ils s'adressent aux Grecs, c'est-à-dire aux païens de cette ville. Un grand nombre croient, et la distinction entre cette coinnuuiauté d'origine païenne et la synagogue s'accentue bientôt à tel point qu^un nouveau nom est inventé [>our désigner les croyants, celui île direlien (Act. XI, 19-:20). Transportons celte scène de la capitale de la Syrie dans celle de l'empire, et nous avons le tableau de la fondation de l'église tle Rome. .V ce point de vue tous les faits s'expliquent aisément : les noms grecs que poi'lent plusieurs d'enti"e les membres les plus marquants de l'église (dans les salutations du chap. XYI), l'ignorance des chefs de la synagogue relativement à l'Evangile, enfin l'empressement extraordinaire des chrétiens tle

Rome à venir saluer Paul à son arrivée. Tous ces traits du récit fies Actes se justifient >;ans difticullé '.

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