l/Ér.LISE DE Ft(jME
qui naturellement étaient païennes. Encoie un indice dont Weizs;ecker a fait ressortir la portée.
l'oiM' appuyer sa maniéi'e de voir, l'i.uir a cité un passage de l'écrit d'Ililaire que nous avons mentionné p. 87, en particulier les paroles suivantes : « Il est certain qu'au temps des apôtres, des .Juifs habitaient à Home. Ceux d'entre eux qui avaient cru, enseignéicut ;iii\ jjoinains à professer Christ tout en gardant la loi'.» Mais d'abord l'opposition que ce passage établit entre Ir.s Juifs et les Romains, montre bien (ju'lliiain' lui-même envisageait ces derniers, qui selon lui l'ormaienl le gros de l'église, comme des païens d'origine. Ht (juant à la tendance légale qui, d'af)rès llilaii'c, leur avait ('té inculquée par les chrétiens-juifs qui les avaient instruits, il est clair qu'au 111^ ou IV^ siècle on ne possédait plus aucune tradHion sur ce sujet — on ne savait rien de positif à Home au II'' siècle sur des faits bien autrement importants, tels que le voyage de Paul en Espagne ! — c'était donc là une simple conclusion qu'Hilaire tirait de la polémique anti-judaïque qu'il croyait trouver dans l'épitre aux Humains.
Au premier coup d'œil, ce serait plutôt Heyschlag qui aurait le droit d'invoquer en faveur de son hypothèse ce j)assage d'Ililaire. Mais cela ne serait pas non plus exact; car Ililairc ne dit point que ces Homains, cpii avaient été convertis par les Juifs de Home devenus croyants, eussent appartenu auparavant ww jiuUnsnio, comme prosélytes. Le contraire résulte bien [ilutôl des expressions employées par lui. Du reste, la solution de Heyschlag n"a trouvé, depuis vingt ans qu'elle est ]»roposée, cpTun seul avoc;it, .M. Schiïrer (dans son conq)te-i'endu de Y lutroductinn de
' Constat temporiints npostolorum Judœos... Romœ habitasse,, ex qitibiis hi qui crediderant, tradidenoit Romtnus ut Christuni profitentes Icgem servarenl.
CO.MI'dSlTlON KT TKNJlANCi:. 103
llil<iriirt'l(!i ". Pas un |)assa<iO de l'épilriî ne pciil rtro invoqué en sa laveur, pas même Vil, i-li qu'allèjiue son anleur^. Et surloul si l'Evanj^ile était arrivé à Home par la synagogue, connue il le suppose, connncnl les prosélytes auraient-ils été en telle majorité dans l'église que celle-ci eût i)u être jirésentée comme une communauté essentiellement pagano-chrétienne, ainsi qu'elle l'est dans l'épître de l'aveu de ce savant hii-iiiémc? Cette hypothèse dit trop ou trop peu. Aussi \Yeizsa^cker ne s'esl-il pas arrêté un instant à la réluter.
Nous concluons de ces laits ({ne l'église romaine était en majeure |)artie non seulement d'origine païenne, mais aussi de tendance paulinienne, même avant que l'apôtre lui adressât notre é|)itre. Et cela était hien naturel si, comme nous croyons l'avoir démontré, le recrutement de cette église s'était opéré au sein de la population romaine par le moyen de croyants arrivés des églises fondées par Paul en Orient. Naturellement, ces solutions ne deviendront valables qu'après avoir subi l'épreuve des textes de l'épiti'e elle-même.
Ce résultat rend l'explication de la composition de notre épitre plus aisée et plus difficile : plus aisée, car on comprend sans peine comment F^aul a pu instruire une église inconnue, si elle rentrait dans le domaine que lui avait assiuné le Seigneur ; mais plus difticile, car on est embarrassé de dire dans quel but il a cru devoir répéter par écrit à cette église tout ce qu'elle devait déjà savoir.
' Sfudien vml Kritiheii, 1876. Plus tard ce savant s'est déclaré pour l'opinion de \Veizs;ecker. iTheol. Literatur-Zeitnng, 1878, p. 339.;
- Voir Grafe, Ueber Veranlcssiing loid Zicech, etc., p. 38 et oo.
'104- L'ÉPiTRE
CHAiMTKi: IJl
L'épître
l'oui' étudier le mode de coniposilion de cet écrit qui ;i mis pour la première fois en relation directe l'apùlre et l'église, nous aurons à considérer trois points : !'' son auteur; 2° les circonstances de sa vie dans lesquelles Paul la composé; 3° l'occasion qui lui a mis la plume à la main et le i)ul qu'il s'est proposé. Nous continuerons à n'interroiier notre épiti-e qu'autant que les données qu'elle peut fournir n'exigent aucune discussion exégétique.