‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 17 sur 55 · LA DATE · texte numérisé non relu

LA DATE

La date

Les circonstances extérieures dans les(|iielles celte lettre a été composée sont aisées à conslaler :

1. Paul n'a point encore visité Home (I, 10-1;3); ainsi est exclue toute date postériewe au printemps de l'an 02^ où il arriva pour la première lois dans cette ville.

'1. L'apôtre touche au terme de son ministère en Orient. De Jérusalem jus({u'en lllyric, il a tout rempli de la prédication de l'Evangile du Christ; il ne lui reste plus à cette heure qu'à chercher un champ de travail du côté de l'Occident, à l'extrémité de l'Europe, en Espagne (XV^ 18-2-4). Paul n'eût pu écrire ces paroles amul la fin de son séjour à Ephèse, qui dura prohablement de l'automne o^ à la Pentecôte 57.

ri. Au moment où il écrivait, il disposait encore de sa personne; car il discutait librement ses plans de voyage (XV, 23-25). C'était donc à une époque antêriew-e au moment où il fut arrêté à Jérusalem (Pentecôte de l'an 59).

L'espace disponible est ainsi réduit à la courte période de l'an 57 à l'an 59.

4. Au moment où il écrivait, il allait partir pour Jérusalem, afin de remettre à l'église-mère le produit d'une collecte organisée en sa faveur dans toutes les ét>lises de la gentilité (Rom. XV, 24-28). Lorsqu'il écrivait aux Corinthiens sa i'c épître (Pentecôte 57), et un an et demi plus tard (si je ne fais erreur) sa 2*^ (été 58), la collecte n'était pas encore achevée, et il ignorait alors si elle serait assez abondante pour qu'il allât lui-même l'offrir à l'église de Jérusalem (1 Cor. XVI, 1-4; 2 Cor. ch. VIII et IX). Tout est terminé quand il écrit l'épître aux Romains,, et la question de sa participation personnelle à cette mis-

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sion est déciiJûc (XV, 28). (>l'1 indice nous conduil aux derniers momeuts qui pi'écédérent son départ de Corinlhe \)i)uv Jérusalem, dépail qui eut lieu au commencement de mars 59.

5. Enfin, nous sommes iVappés de l'espèce d'anxiété qui s'exprime dans les paroles XV, SO-:i^ : « Adressez vos prières à l)ieu pour moi, alin que je sois délivré de la main des adversaires en Judée. » Nous reconnaissons (Jans ce passage les pressentiments inquiets qui se faisaient jour dans toutes les églises, à ce moment de la vie de Tapùtre où il alhtit allronter j)our la dernière lois la haine des habitants et des autorités de Jérusalem (comp. Actes XX, 22 et2;:i; XXI, 4. 10-12). L'épilre aux Romains a donc été écrite bien peu de temps avant son départ pour cette ville.

11 ne nous reste, pour achever de préciser la situation extérieure, qu'à déterminer le lieu de la composition.

1. XVI, 1, il recommande Phébé, diaconesse de Cenchrée, le port de Corinthe sur la mer Egée. Il est donc probable que, si ce passage appartient réellement à l'épître aux Romains, Paul l'crivail de Corinlhe ou du voisinage de cette ville.

2. 11 désigne comme son hôte Gaïus {\\\, 23). C'est piobabli'ment le même personnage que la l''" épîlre aux Corinlhit-ns iiifiilidiun' d, 14) comme l'un des plus anciens convertis de celle ville.

:». 11 salue de la i)arl d'ErasIe, tivsoriei' de la ville (XVI, 2o). 11 est vraiseudjlable que ce personnage est le même que celui qui est menlionné 2 Timothée IV, 2<t, en ces termes: « Erasle est di'meuré à Corinlhe. »

Ces indices nous conduisent avec une grande vraisemblance à désigner Corinthe comme le lieu de la composition. Ce résultat s'accorde avec le précédent . rclatil au temps. En cMel, il est pari.' dans les Actes (XX, ."•» d'un

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srjoiir (le trois mois (juc l'aiil lit, en llelins, la partie inélidionali' delà (liète dont (loi'intlie riait la capitale, immé- «lialiiiiciit avant son dépait poui' .Jérusalem, dans les mois de décembre 58, janvier et février 50. C'est donc durant ce court moment de repos rpie l'apùtre, après tant d'agitations et de travaux, trouva le calme nécessaire pour composer un pareil écrit. Le moment était solennel. La première partie de sa làclie d'apôtre était achevée. L'Orient, évangélisé en quelque sorte tout entier, était derrière lui ; devant lui s'ouvrait l'Occident encore couveit des ténèbres du paganisme, mais qui faisait aussi partie du domaine que le Seigneur lui avait îissigné. Au milieu de ces ténèbres, un point lumineux brillait au loin, l'église de Rome. C'est sur ce phare qu'il fixe maintenant son regard, en attendant de pouvoir prendre en personne le chemin de l'Italie.

m. L'occasion et le but.

Autant les interprèles sont d'accoi-d sur l'authenticité et la date de notre épitre, autant ils diffèrent quand il s'agit de déterminer Vinlention qui a dicté cet écrit. Depuis Baur, ce sujet est même l'un des plus controversés dans le champ de l'étude du Nouveau Testament.

Voici comment se pose le problème sous sa forme la plus simple : L'apôtre a-t-il voulu uniquement donner à l'église de Rome un enseignement sur la vérité évangélique, en ne se proposant d'autre but que cet enseignement lui-même? Ou bien cherchait-il à atteindre par cet écrit quelque lésultat pratique, répondant aux besoins particuliers qu'il savait exister dans cette église ou à quelque intérêt qui le concernât lui-même ?

La première solution est la plus ancienne. Ce qui par-

ilO LKi'iïF'.fc;

lera toujours on sa l'aviMir, c't.-sl k caractère <;énéi-al et systématique de cette lellre comparée à toutes ou presque toutes les autres, et le loii absolument calme et didactique de l'exposition, si difféienl de celui des Galales ou des Colossiens, par ex. Mais on peut allé<iuer, en laveur du second point de vue, comme l'a lait Haui' avec beaucoup de force, l'exemple des autres épitres de l'apùlre, qui réjjondent à des besoins locaux et particuliers, ainsi que la tâche très-active et très-laborieuse des apôtres, qui ne leur periiietlait guère de se livrer à des compositions purement didactiques. Ces deux arguments ne sauraient, il est vrai, être décisifs, pour quiconque admet l'authenticité de l'éj)itre aux Ephésiens, puisque cette lettre a précisément ces deux mêmes caractères : de ne répondre à aucun besoin spécial et d'être une œuvre essentiellement didactique. Pfleiderer a observé récemineiil qu'il n'y avait pas entre ces deux modes d'explication un conlrasl»' aussi exclusif que celui qu'on établit d'ordinaire. L'épîlre aux llomains, dit-il, peut fort bien être comprise comme un ('crit dogmatique et didactique, sans (ju'il soi! M(''cessair<' pour cela de l'isoler de ses relations historiques avec les circonstances du temps, comme on se le ligure conmiunément '. Nous acquiesçons pleinement à cette observation, qui nous vivait souvent frappé, en l'aisaul l'élude de celle (jiiestion. Mais nous nous attacherons cependant à ce contraste, relativement vrai, comme à un princii)e commode de classilication. Nous avons en eflél à énumérer environ une soixantaine d'auteurs, dont les solutions dillerenl prestpie toutes par quelque nuance. IN>ur m' pas se perdre dans un tel chaos, il est bien nécessaire île classer ces solutions. Nous rangerons donc dans la première classe les

' Ucbor Acirojiïie, ZwL'ck uiui Glifitoriini; dos Biicfs l'auli an die Roiner. Jahrb. fur protest. Théologie. l8Si. 111.

OCCASION i:t ItlT. 111

■îiuteurs qui doiineiil posiliveiiit'iil à rrpitiï.' aux Homaiiis un but local et pratique; dans la seconde, ceux qui y voient un écrit essentielleuienl didactiquf (pii, (pioique envoyé à une église particulière, lui est adressé comme ^^présentante de l'Eglise .Milicie.

Première Classe.

On peut compter une dizaine de réponses faites à cette question : Quel i)ut spécial se proposait l'apôtre en écrivant l'épîlre aux Romains? Et ces réponses peuvent se répartir en quatre groupes : 1» Les uns pensent que l'apôtre voulait exercer une action sui' une église essentiellement judaïsante de tendance; :2" d'autres, qu'il avait en vue une église dans laquelle régnait déjà l'esprit paulinien; 3° les troisièmes se représentent l'église sur laquelle Paul voulait agir, comme partagée à peu près également entre les deux tendances; -4*^ on a expliqué enfin le but de l'épitre comme restant absolument en dehors de ce contraste et déterminé par des circonstances propres à J'auteur lui-même.

Premier Groupe.

Supposons une église judaïsante; l'apôtre pouvait dé- :sirer de la [/(lync)- à son point de vue universalisfe, spécialement peut-être en vue de l'appui qu'elle devrait lui prêter. C'est à cette idée générale que reviennent les quatre nuances que nous allons examiner.

1. La situation la plus nette est celle qu'a choisie Baur. L'église de Rome était, selon lui, comme nous l'avons vu, en raison de son origine judéo-chrétienne, empreinte d'un esprit légal et parliculariste. Sans doute, le temps était passé où les adversaires de Paul prétendaient, comme en Galatie, imposer aux païens croyants la circoncision, ou

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l»ien où ils s'eUonaioiit, comiiif à Corintli<.', de nier la- [)Oslolal (le l'aul el de dénijirer son caractère. Mais, tout en renonçant à im[)oser la loi aux païens, on se demandait si ce n'était, pas faire tort à Israël et contredire son droit de priorité dans le ré^ne de Dieu, que d'ouvrir la porte à deux battants aux nations païennes, avant (ju'lsra<"'l lui-mèriie eût (Hé mis en possession du salut ; et à ce point de vue les judéo-chrétiens de lîome envisai^eaient d'un regard soupçonneux et hostile l'œuvre de Paul chez les Gentils. Instruit de ces dispositions, l'apôtre, qui se préparait à transl'éier le siéiic de sa mission en Occident el qui sentait quelle importance aurait pour lui la sympathie de l'église de Rome dans cette nouvelle phase de son œuvre, se décida, dans les d(Miiiéres heures de son séjour en Grèce, à essayer de frapper un L;rand couji sur cette église, d'en extirper tous les préjugés judaïsanis et de la gagner à son- point de vue. On comprend dans cet(e situation l'importance majeure du moi'ceau ch. IX-XI, qui dans les explications précédentes, comme celles de Tholuck et du de ^Vette, n'avaient joué le rùle que d'un simple corollaiie. (iC vaste tableau des voies de Dieu dans Ihisloire du salul, en montrant dans la réjection actuelle des Juifs le moyen de la conversion des païens et dans celle-ci le moyen de la réhabilitaliou future d'Israël, était aduiirablement propre à réconcilier le cœur des judéo-chrétiens avec la mission de l'apôtre chez les Gentils. Ouant à l'exposé précédent sur la justice de la foi substituée à celle de la loi (eh. I-Vllh. il était desliut' à jeter les bases di' Tapplicalion (pio nous venons d'indiquer et dans Kupielle se concentrait l'intéri'i de la leltiv '.

' Dans son l'aidi/s, Uaiir s'exprime ainsi : ■( L'intontion do l'apôtre est (le réfuter si radicalement le [)artioiilarisnie juif, (piil reste là comme un arbre déraciné dans la conscience du siècle.... Nullité absolue de toute prétention fondée sur le particularisme : \odà l'idée fundamenlale de l'écrit. » (P<n(lus, io éJ., I. p. 380.)

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Ce li'avail (le Haiir ', au irioirierit on il |)ariit, pi'oduisit un eflel seniblahle à celui que fit huit ans plus tard son travail sur l'évangile de Jean. Le monde savant fut comme lascinc. On se crut en lace d'une espèce de révélation. La ciilique ne se remet que peu à peu de cet éblouissement. Voici les raisons qui de plus en plus la portent à se raviser : i« On s'est toujours plus convaincu qu'un grand nombre de passages de l'épître elle-même témoignent de l'origine païenne et de la tendance paulinienne de la majorité de l'église de Rome et que les explications par lesquelles Baur et ses disciples cherchent à donner un autre sens à ces paroles sont de pures impossibilités^. 2» Une tentative de conquête dans un domaine étranger, comme celle que Baur attribue à Paul, n'est guères compatible avec le principe, prolcssé par lui dans notre épître même, de ne point bâtir sur le fondement posé par autrui. Dans ce cas Paul ferait même pis encore : il chercherait à s'introduire dans une maison déjà bàlie afin de s'y installer avec tout son état-major d'aides apostoliques ; le but justifierait-il lé moyen? — 3"^ L'idée que Baur prête aux chrétiens de Rome, le devoir de différer la prédication de l'Evangile aux païens jusqu'à ce que tout Israël soit devenu croyant, est une conception dont il ne se trouve pas la moindre trace, ni dans le N. T., ni dans aucun ouvrage

' Baur : Tubinr/er Zeitschrift, 1836, III : Ueber Zweck und Veranlassung des Romerbriefs. C'est là le travail primitif que l'auteur a reproduit dans son Fauliis, ire éd., 184o, et plus tard complété dans les Theol. Jahrb., 'I8o7. L'auteur a peu à peu adouci la conception première; on s'en aperçoit surtout dans son dernier exposé : Bas Christenthiim und die chiistl. Kirche, etc., 1860, p. 62 et suiv.

- Voici comment s'exprime Plleiderer dans son récent travail : « Je n'ai jamais pu surmonter mes doutes relativement au caractère judéo-chrétien dominant de l'église de Rome, généralement admis depuis Baur. Les raisons qui appuient l'opinion contraire m'ont toujours paru trop fortes, et les moyens par lesquels on cherchait à les écarter, trop peu naturels pour être approuvés » (p. 487).

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(le r;inli(juilû chrétienne. D'ailleurs, retirer aux Gentils la prédication du salut jusqu'à ce qu'il plût aux Juifs de se coiivcilir, eût été uni' a^^yravalioi! monstrueuse de la prérogative israélite, et nullement, comme FJaur essaie de le faire croire, une atténuation des anciennes prétentions judaisantes. — 4-o Ce point de vue ne saurait rendre compte de l'enseignement détaillé qui ouvre l'épitre (chapitres I-VIII), ni en particulier du tableau de la corruption des païens (ch. 1). Schwegler n'a-t-il pas eu raison de dire a que la dépense des moyens eût été disproportionnée au l)ul à atteindre'.' » H n'est pas moins impossible d'expliquer à ce point de vue l'utilité de la partie morale, surtout du ch. XII. — 5" Le ton de cet écrit est trop calme et son exposition trop systématique pour qu'on puisse lui attribuer une intention de conquête et y voir quelque chose de semblable à une mine destinée à faire sauter les remparts d'une position ennemie. — 0" Cette explication aboutit même à compi'omettre le caractère moral de saint Paul. Ce que Baur n'avait pas dit, son disci|)le Ilolsleii l'avoue aujourd'hui netlemeiil '. Après avoir cité celte parole de Volkmar : n Oue l'épitre aux Romains est le fruit le plus mûr de l'esprit de Paul, » ce savant ajoute : « Mais en même temps il laul bien roconnaitre qu'il n'en est pas le produit le plus pur. Sous \n pri'.ssioit d'un besoin pratique, celui de réconcilier les judéo-chrétiens avec son évangile...., Paul ne s'est pas maintenu — et lui-ïnfnne le snil furt bien — à la hauteur de sa jiropre pensée, — il a cinoussé le Iniiiclianl de son évangile. ■» Poui" soutenir l'explication de Baur et de son école, il faut donc en venir à faire de l'épitre aux {{omaius une œuvre

' Diins son julirlo : DcT (Jedankengang des Romorbriers, Jahrh. /". prot. ThcoL, IS79.

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