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(l'une mnnièn' assez analo<iue dnlrod., j). xi et xii) : « La lellre ne comltat nulle part le judéo-chrislianisine pharisaïque [comme i'épilre aux (lalates], mais uniquement l'idée juive ilu mérite opposé à la grâce justifiante de Dieu en Chrisl. Nous possédons ici la conception la ])lus générale de Paul; il veut élever et le paganisme dénué de loi et le judaïsme légal à la l'orme supérieure de la vie religieuse dans l'Evangile (pii justifie et sauve, de sorte que, comme le christianisme se substitue au judaïsme et au paganisme, l'Eglise réunisse en elle et le monde païen et le monde juif. » Le but prophylactique admis précédemment par cet auteur n'est plus à ses yeux (pi'un but accessoire (eine Nebcnahsicltt), qui se l'attache tout naturellement à celte intention générale.
M. Ueuss, dans son dernier ouvrage ', s'est aussi complètement alTranchi du point de vue de llaur, qui avait exercé sur lui précédemment une trop sensible intluence. L'absence de toute polémique lui parait })rouver que cet exposé de l'essence de l'Evangile est adressé en réalité non à une église spéciale, mais à un public idéal, l'Eglise entière. Les besoins de toutes les communautés chrétiennes n'étaient-ils pas au fond les mêmes? Si l'apôtre s'adresse à l'église de Rome, c'est qu'il a le désir d'en faire « le foyer de lumière de l'Occident. >)
D'après M. Renan-, noti-e épitre serait motivée aussi par l'importance de l'église de Rome et par le désir de l'apôtre de lui donner une marque de sympathie. « Il profita d'un petit intervalle de repos pour écrire sous forme d'épitre une sorte de résumé de sa doctrine théologique, et il l'adi'essa à cette église composée d'Ebionites et de
' Les Epiires paiiliniennes, 1878.
2 Saint Paul[\8%9), p. 481.
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judéo-clin''liens, mais aussi de piosélyles el de païens convLTlis.... Et comme ce trrand exposé inléressail égalemenl loute la chrétienté, Paul l'adressa en même temps à la plupart des églises qu'il avait fondées » (p. -iOO, 483 et 484). L'analyse des chapitres XV et XVI conduit M. Renan à penser que ces églises étaient, outre celle de Rome, celles d'Ephése et de Thessalonique el une quatrième église inconnue. Cet écrivain nous lelrace pittoresquement le tableau « des disciples de Paul occupés pendant plusieurs jours à copier ce manifeste à l'adresse des diverses églises. » — Toute cell<.' construction pruail bien artificielle; elle repose à i)eu prés uniquement sur les résultais problématiquos de la critique de M. Renan à l'égard des chapitres XV et XVl de notre épitre.
M. Farrar n'a rien trouvé de mieux, jiour expliquer le but de notre épître, que de combiner l'idée de M. Reuss avec celle de M. Renan, en faisant adresser au public idéal, dont parle le premiei', cette multiplicité d'exemplaires supposée par le second. Ce n'est pas dans le cumul de pareilles invraisemblances que se trouvi-ra la solution du problème.
La difficulté qui pesait sur les suintions de la pr(Miiière classe était et sera toujours le caractère syslèniatiiiue, nullement polémique, ni occasionnel ou local, du contenu de l'épître. C'est là le fait qui a toujours ramen»' un si grand nombre d'inlerprèles à l'une i\c> formes de solution appartenant à la seconde classe. D'un autre côté — et c'est ici que nous paraissent avoir échoué les explications de la seconde sorte — il faut pourtant d'une manière ou d'une autre trouver dans queNjuc trait de la situation de l'église de Rome le motif qui fait conq)rendre la composition d'un enseignement aussi général en sa faveur. Le
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<l(''sir de l'apôtre de se mettre en relation avec l'église de lloine et de se piv|)arer en elle un auxiliaire favoi'ahlement disposé, pouvait être satisfait par un moyen moins compliqué. L'importance politique de Rome comme capitale de l'empire et la prohaltilité d'une invasion judaïsant»' au sein de cette és^iise sont des laits vrais, luais qui, nous l'avons vu, n'expliquent point la composition d'une œuvre aussi capitale, d'une kttre-lraité, telle que celle que nous possédons dans l'épîlre aux Romains. Et voilà ce qui nous amène à proposer une solution qui rende compte à la fois, et comme du même coup, du caractère général de l'épître et de sa destination spéciale à cette église plutôt qu'à toute autre.
Un trait distinguait l'église de Rome à peu prés de toutes celles qui, dans le monde des Gentils, vénéraient Paul comme leur apôtre : c'est qu'elle avait été fondée, sous son influence sans doute, mais sans sa coopération fersonneUc. Or l'on peut voir, par Actes XIX, 9 et 10, comment Paul pi'océdait lorsqu'il fondait lui-même une église. Luc nous raconte qu'à Ephése ce tous les jours durant deux ans entiers, Paul donna dans la salle du rhéteur Tyrannus un cours d'enseignement chrétien, de telle sorte que tous ceux qui hahitaient l'Asie, Juifs et païens, entendirent la parole du Seigneur. )) Assurément dans ces instructions l'apôtre ne courait pas à travers champs; il suivait une marche tracée à l'avance. 11 partait évidemment — la logique l'exigeait ainsi — des besoins moraux <le l'homme, de la folie et de la culpabilité du paganisme, <le la condamnation des Juifs eux-mêmes et de l'impuissance de la loi pour apporter un remède à cette misère universelle. Il arrivait ainsi au moyen de justification offert au monde en Jésus-Christ; de là il jetait un regard en ■arriére sur les promesses patriarcales ; il embrassait même
I;}8 LKlMTFlfc;
dans ce coup d'œil rétrospectif l'histoirr' (Je riiiiinnnité tout entière, en comparant le rôle des rleux chefs «le riiumanité, de celui qui lavait entraînée dans sa chute et de celui qui l'avait relevée en sa personne. Puis il traçait le tableau de la sanctification des fidèles et de leui- |:lorilication assurée en Christ, et, après avoir ainsi décrit le salut individuel, il déroulait les phases de l;i marche de ce salut dans le double domaine des peuples [)aïcns et du peuple primitivement élu.
Baur a beau prétendre (jiie les apôtres rruNaieiil pas le temps, au milieu de leurs liavaux missionnaires, de systématiser renseignement chiétien. 11 est impossible de supposer qu'un esprit aussi ferme et aussi logique que celui de Paul ait disserté deux ann(''es duiant devant la popidalioM cultivée d'Ephèse^ sans s'être tracé à lui-même nu plan d'enseignement; et ce plan, si nous y rétléchissons, ne pouvait réellement être que celui que nous venons d'esquisser. Or ce plan, un regard sul'lit pour le constater, n'est autre que celui de la partie doctrinale de l'cpitre aux Homains. Il nous eût été aisé de le poursuivre en retraçant la marche de la partie pratiiiiw, qui, comme' nous le verrons, n'est pas moins systématiquement ordonnée que la première.
Cet enseignement, Paul ne l'a pas donné seulement à Ephése. Thiersch a solidement démontré i\\\\\ en agissait d'une manière semblable, quoique plus ou moins couqdètement sans doute, dans toutes les églises qu'il fondait'. C'est à cet enseignemciil ilmmi' pai' lui-même ipi'il tait allusion chaque fois (pie dans ses épitres il adn'sse à ses lecteurs cette (piestimi pidpre à les Imiiiilii'i- : w Un ne
' Vers}<ch zia- HersteUi<nff des histor. Stanftjnnikt.t.... p. 91 et
suiv.
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s((rez-ruus pas ryf/f..'?»' Et il est à remar({Ut'r que cctic ronnule porte souvent sur des points de détail qu'un pasleur ne louclie pas uiriue aujourd'hui dans rinsiruction qu'il donne à ses catéchumènes, comme la venue de l'Antéchrist et le ju^ienienl des anf;es par l'Eglise.
Eh hien ! ce fuinlcincnt aitoslulitjnc-, sur lequel reposaient les édifices spirituels que Paul avait élevés dans toutes les grandes villes du monde des Gentils, l'église de la capitale du monde en avait été exceptionnellement privée. Xous avons vu la manière sporadique et en quelque sorte accidentelle en laquelle l'Evangile avait été prêché dans celte ville. Le message y avait devancé le messager; l'édilice s'était élevé avant que le fondateur normal eût paru. Voilà le' trait spécùil dans la situation de cette église d'où pouvait résulter le hesoin d'un enseignement gi'nérnl. Sans doute Paul comptait arriver bientôt lui-même, mais il pouvait être arrêté encore cette fois comme tant d'auti'es (l, 10). Les dangers au-devant desquels il marchait en se rendant à Jérusalem, étaient présents à son esprit. Et, à supposer même qu'il arrivât enfin à Rome sain et sauf, pourrait-il songer à remettre une église déjà si avancée sur le banc des catéchumènes? Non; s'il voulait combler le vide sensible et compromettant qui résultait pour la vie de cette église du mode particuliei- de sa formation, il n'avait qu'un moyen : c'est celui qu'il emploie en lui envoyant un écrit comme l'épitre aux Piomains. Il remplit ainsi à son égard son rôle d'apùtre, que les circonstances lui ont enlevé. Il lui donne, sous la forme la moins humiliante, l'instruction chrétienne méthodique et approfondie qui lui a manqué; il glisse en quelque
• Comp. p. ex. I Tliess. IV, 2; V, 2; 2 Tliess. II, o, 6 ; I Cor. 111, 16; VI. 2 et 3-9, 13, 19.
2 Epli. m, 20.
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sorte sous l'édifice prématurément construit, le fonHement <ju'il n'a pu poser de vive voix, comme une subslruction solide qui seule peut affermir chez elle l'œuvre divine. El ce qui prouve l)ien que nous n'inventons rien en parlant de la sorte et ne faisons que réunir les traits de la situation réelle, c'est le préambule de notre épître, dont ciia({ne mot renierme les éléments de ce point de vue.
Après avoir rappelé aux llomains, I, 1-0, ipie, conune Gentils, ils appartiennent aussi au domaine dont il a été l'ait l'apùtre, il s'excuse dés le v. 8 des retards involontaires qu'a subis son arrivée au milieu d'eux, et c'est ainsi <{u'il en vient, v. 15 et 10, à leur parler de cet enseignement apostolique qu'il n'a pas réussi à leur donner de Vwe voix, mais que maintenant il va leur adresser par écrit. Telle est la seule explication naturelle, me semhlet-il, fie la transition si brusque entre le préambule épistolaire qui finit au v. 15 et le traité didactique qui commence avec le v. 10. Ce derniei* verset en elïet formule le thème qui est ensuite développé nu'thodiquemrnt, selon l'expression de Calvin, dans une partie dogmatique d'abord (ch. 1-Xl), puis dans une partie morale (ch. Xil, I- XV, \S). Après cela, le thème du traité étant épuisé, la forme épistolaire, abandonnée dés I, 15, reprend et règne jusqu'à la lin.
L'occasion de l'écrit était donc bien particulière, locale : il ne pouvait en être autrement; c'est là le bien-fondé de la première classe d'explications; c'est ce tait qui donne à notre éitilre son caraclrri' liisloriipii'. Mais le l>ut répondant à ce besoin local est de la nature la plus générale: c'est de donner à celte église Texposé didactiqut- don! loules les autres avaient joui dès le moment de leur londation, en un mol de la jomhr sfuriluvllemcnt, puisqu'il n«' pouvait plus le faire extérieurement.
OCCASION ET I5UT. I if
(.irafc et Ollramaio ont fait difTércnles ohjcciions à celle manière de eoiii|tn'n(lre la coinposilion Je l'épilre. Le seconi) allcjiue (jiie lifii ne jnoiivc le besoin qu'avait l'é- •i^ise (Je Home d'un enseignement <iénéral. — Mais l'existence même d'une pareille lettre prouve que, dans la pensée de ['aul, l'instruclion préalable que l'éj^lise de liomeavait reçue de ses Ibndaleui's, si évaniiélique et saine qu'elle eût été, ne répondait pas encoie sulTisammenl à ses besoins. M. Ollramare répond que le besoin n'était pas si pressant, puisque Paul, se rendant à Fiome, pouvait espérei' de le satisfaire bientôt de vive voix. — Mais,, comme nous l'avons dit, Paul n'était pas si sûr d'airiver à Rome, et le t'ait a prouvé que ses inquiétudes à cet égard n'étaient que trop fondées. D'ailleurs il lui paraissait sans doute plus conforme au respect dû à une église existant déjà depuis un certain temps de l'instruire sous cette forme épistolaire que sous celle d'un enseignement oral.
L'objection la plus sérieuse contre ma manière de voii' est celle qu'Oltramare et Grafe tirent de l'absence de tout développement relatif à quelques sujets importants de l'enseignement chrétien, tels que ceux de la personne du Christ et des choses llnales'. J'avais cherché déjà à résoudre cette difficulté en disant que l'apôtre n'avait pas eit l'intention d'exposer de front toute la doctiine chrétienne en général — à cet^ égard Baur a raison : le moment n'était pas venu encore d'écrire une dogmatique chrétienne dans le sens moderne du mot; — ce que Paul désirait exposer aux Iiomains, c'était uniquement ce qu'il appelle luimême deux fois dans notre épîlre : son évangile {W, 16;.
' Cette difficulté, qui porte sur toutes les explications de la seconde classe, d'après lesquelles l'épilre aux Romains doit être un sommaire de l'Evangile, avait précédemment été développée avec force par J. Kœstlin ^voir à p. 117 et 118 .
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XVI, 25), c'osl-à-dire la part do liiinièro divine qui lui avait été piMsoiinelloiiienl déjjartie dans rcnsendjli.' d»- la révélation nouvelle. Je ne puis qu'insister de nouveau sur la vélilé de celte réponse. L'apùlre dislingue expressément Rom. XVI, 25, quoi qu'en dise .M. Ollramare, entre ce qu'il nomme son évanijUc el la jnrdicnliun du Christ en général, par laquelle il ne peut entendre que l'enseiiinement commun des apôtres. C'est ce qu'il l'ait encore plus explicitement Eph. III, 2-8, en parlant «delà j)ortion de la grâce de Dieu qui lui a été divinement assignée en vue des païens.... el de l'intelligence qui lui a été accordée du mystère de Dieu, à savoir: qup li'> (li-iilils dt-viennent héritiers avec les Juifs et soient laits un même corps avec eux, participant avec eux à la promesse de Dieu en Christ, par l'évangile dont lui, Paul, a été lait If serviteur selon la mesure de grâce qui lui a été assignée. » Il y avait donc, en dedans du grand domaine de la révélation chrétienne, un champ ])articulier dont Dieu avait l'ail l'apanage |>ersonnel de l'apùtre Paul. Ce sujet spécial sur lequel Dieu avait fait lomher pour lui le rayon révélateur, était le dessein éternel de Dieu d'incorporer un joui- les païens au règne de Dieu au même titre que les Juifs. Va que renfei'mait rinlelligence de ce mystère? Evidemment, avant lout, la connaissance du caractère universel »^t gratuit du salut en Christ, spi''ci.il<'ii)('nt df la j^istiliralion pai' la foi sans mérite d'œuvre, el de la saiiclilication par l'Esprit de Christ sans assujetlisseuicnl à la loi, en un mot de toute cette vérité évangélique que Paid dévelo|)pe dans notre épîlre. Qu'on relise la doxologie qui termine notre lettre rlli'-nièiuc (XVI, 25-27 1, on y trouvera précisément tout cel ensemhie d'idées. Cela ne prouve-t-il pas suflisaMuutMii que ce qui, dans l'intention de l'apôtre, a déterminé les limites de l'enseignement donné dans cel écrit, esl bien