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CONSKRVATION DU TEXTE.
Conservation du texte.
Pouvons-nons nous flaller de posséder le texte de noire épilie tel qu'il est sorti des mains de l'apôtre?
I. Une première question a été soulevée sur ce i)oinl : Notre texte lirec ne serait-il point la ti'aduction d'un original latin? Cette manière de voir est énoncée pai' un scholiaste syrien en marge d'un manuscrit de la Peschito (traduction syriatjue), et elle a obtenu l'assentiment de (pielques théologiens catholiques. Mais ce n'est là (ju'une induction due à l'idée erronée que pour des Romains il fallait éci'ire en langue latine. La langue littéraire h Home et en Occident était le grec. On le constate par les nombreuses inscriptions grecques dans les catacombes, par l'emploi de la langue grecque dans la lettre d'Ignace à l'église de Rome, dans les écrits de Justin Martyr, composés à Rome, et dans ceux d'irénée, en Gaule. Les chrétiens de Rome connaissaient l'Ancien Testament (Rom. Vil, 1); or, ils ne pouvaient avoir acquis cette connaissance que par la version grecque des LXX. H faut, d'ailleurs, n'avoir pas le moindre tact philologique pour pouvoir mettre en question le caractère original du grec de noire épîlre et supposer qu'un tel style soit celui d'une traduction.
II. Une seconde question est celle de savoir s'il ne s'est point introduit dans le texte de notre épi Ire des passages étrangers à cet écrit, ou même composés par une autre main que celle de Paul. Des doutes se sont élevés dés les
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temps les plus anciens à l'égard de queNpics passages des dernières parties de l'épilre, el ces soupçons se sont aggravés dans les dernicis temps de telle sorte, que depuis le ch. XII, où commence la j»artie morale, tout est à cette heure sujet à contestation.
On prétend souvent que .Mareion, vers I iO, dans l'i'ilition qu'il publia de dix épîtres de saint Paul à l'usage de ses églises, retranchait do l'épitre toute la conclusion (nos ch. XV el XVI). Voici ce (ju'(Jrigène dit de lui (nd XVI, 24) : « Marcion a entièrement retranché (jionilim abslulitj ce morceau (XVI, 25-27); et non seulement cela, mais il a aussi tout lacéré (disseciiit) depuis ces mois : Tuul ce gui se fait suKs la foi est un prclié (XIV, 23), justpi'à la fm. >> Mais F. Nitzsch n'a-t-il pas eu raison* de l'aire ressortir la difTérence entre les termes retrancher absulumcnt et lacérer"' Le sens de celte parole est donc trés-probahlemenl que Marcion supprimait entièrement les trois derniers versets de l'épître (XVI, 25-27), tandis que, dans les chapitres XV et XVI en généi'al, il se bornait à opérer les retranchements indispensables pour les accduiuiuder à son système. C'était son procédé oïdiiiaii'i» à r(''<:ard des livres bibli(pu's (pi'il employait. Un a allégué aussi l'expression de Tertullien (adr. Marcion. V, 14) qui parle du passage XIV, 10 comme appartenant à la clausala (la cl(')ture) de r(''|)itie. Mais il n'est pas à supposer que Terlullieii luimême ait rejeté, de concert avec son adversaire, les deux derniers chapitres, et le ch. XIV est si rapproché de la lin de l'épître que l'on ne peut tirer aucune conclusion certaine de celle expression-. (!e (jui ri'stdte de ces liMuoignages, c'est donc 1" que .Marcion nMrancbait la doxologie
' Zeitsch)-. f. Instar. Theol.. ISGO. (^,oni|). aiis.-;i l'o\ri'Ilont travail do E. Laclierol, linid: ffn>oloi/iqro\ juillet I87H. p. 66. ' Voir uni' autre solution dans Me\er, inlr. au oli XV.
iNTÉr.niTi': (en. xv i:t xvi). 153
finale XVI, *^5-27, sans donlc parco ((u'oHfî était en contradiction avec son système par la inanièi'e dont les écrits prophétiques y sont mentionnés; 2" qu'il taillait largement, pai' la même raison, dans les ch. XV et XVI.
Cependant, les nond)reuses finales que l'on remarque à la (in de notre épîtie — on n'en compte pas moins de cinq (XV, 13; 33; XVI, 10; 20; 24-27), — certains déplacements de texte dans les manuscrits, enfin les nombreuses salutalions difficilement explicables dans une lettre .""t une église non encore visitée par l'apôtre, ont réveillé dans les temps modernes les doutes de la critique et jusqu'ici ne lui ont pas laissé de repos.
Semler, à la lin du siècle passé, supposa que l'épître finissait à XIV, 23, ce qui expliquerait pourquoi la doxologie finale XVI, 25-27 se trouve dans plusieurs manuscrits placée à cet endroit. Le morceau des salutations, XVI, 3-16, aurait été une feuille particulière remise aux porteurs de la lettre pour leur indiquer les personnes qu'ils devaient saluer dans les différentes églises par lesquelles les conduirait leur voyage. De là l'expression : « Sahœz N. N...,» Le contenu de ces deux chapitres était adressé aux personnes ainsi saluées et devait leur être transmis avec une copie de la lettre.
Paulus vit dans les ch. XV et XVI un supplément destiné uniquement aux chefs et aux membres les plus éclairés de l'éfflise romaine.
Eichhorn et, à sa suite, un grand nombre de théologiens ne pensent pas que le ch. XVI, ou du moins le passage XVI, 1-20 ou 3-20 (Reuss, Ewald, Mangold, Laurent) ait pu être adressé à Rome par l'apôtre. Ces nombreuses salutalions ne s'expliqueraient pas dans une épître destinée <à une église où il n'avait jamais séjourné. Il faut donc
loi L'Kl'iTP.K
voir là un fragirienl é^aiV; (rnrie lellre adressée à quelque autre église, soit Corinthe (Kiclihorn), soif {dutùt Kphése.
Mais il restait une (lilliculté : Comment cette feuille étraniiére aurait-cllt' jiu être introduite des archives de quelque église d'Asie ou de Grèce dans les exemplaires d'une épitrc adressée à l'église de Home?
I»aur iVappa le grand coup. Alli'guant le pi ('■Iciidii ext'iiiplc de Marcidn, il (N'clara les cli. XV et \\\ coiiipli'tf.'iiient inaiitlieiiti(pies, vu qu'ils présentent plusieurs idées ou ex|)ressions incompatihies avec le point de vue anti-judaujue de l'apôtre. — On se demande néanmoins comment l'épitre aux lloniains aurait pu se terminer [lar le passage XIV, ^iS. l'ne conclusion quelconque r/'pdudanl au préambule n'est-elle pas ahsoliuiient indispensahle?
Schenkel (BibcUcxiluui, t. V) croit trouver cette conclusion dans la doxologie XVI, io-'^T, qu'il transporte (avec plusieurs documents) à la lin du cli. XIV, et dont il défend l'authenticité. Le cli. XV serait un a|ipendice ajouté postérieurement par l'apùtre lui-même. Le ch. XVI serait une lettre de recommandation, remise à IMiéhé, pour les églises pai" (u"i elle devait passer en se rt'iidaiil i\*' ('.nrinllie à Ephèse et d'Ephése à Kome.
Scholten n'a maintenu comme authentique que la recommandation de l'Iiéhé (XVI, l-:2)('t li'S salulalifuis des compagnons de Paul, avec le vomi de l'apriin' lui-iiK'-me (V. -21 -ii).
Lucht' s'est rattaché au point de vu<( de Haur, tcmt en l'adoucissant un peu. L'épitre ne pouvait linir avec XIV, 23. Nos ch. XV et XVI ddivcnt donc conli'iiir ipirlques éléments autlii'nli(pics. La vr.ijc ciMiclusiim l'-lail si sévère jxiur la minorité ascétique, coiiihallue au ch. \1V, cpie
' Ueber die beidcn Ictstcn Caj)itcl des Rnitierbr., lS7i.
iNTi':(.!UTÉ (r.n. xv kt xvi). loTy
les prositytrcs jiiiinciil piudenl do la siippriiiici-; mais elle (lemeMca dans h-s archives, où la trouva un rédacleiir [lostérieiir (|ui l'auial^iaina par iiir^arde avec une courte lettre aux Ephésiens, ce (pii Inriiia Ii's deux derniers cliaf)ilres.
Ilil'^enleld n'accepte de celte construction de Luclit ((ue rinauthenticité de ta doxoloi;ic XVI, ^2b--21 . Huant à lui, il reconnaît, ce fnorceaii excepté, rauthenlicité complète des cil. XV et XVI.
.M. [{enan a émis une hypotlièse iniiénieuse, qui rappelle une itlée de (jrolius. Partant des finales noudueuses que paraissent renfermer ces deux chapitres, il suppose que l'apôtre a composé, dés l'abord, celte épitre en vue de idusieurs églises, quatre au moins. Le fond conuuun, destiné à toutes, se trouverait dans les onze premiers cliajji- Ires. Puis viendraient les linales différentes, destinées à chacune des quatre éfilis(.'S. Pour la première, celle de Rome, le ch. XV; pour la seconde, celle d'Ephèse, les ch. Xll-XIV et le passasse XVI, \-i!.(); pour la troisième, celle de Thessalonique, les ch. Xll-XIV et la salutatioit XVI, 'i\-^2A, et pour la quatrième, inconnue, ch. Xll-XIV avec la doxologie XVI, tî5-27. Tout serait donc bien de Paul, et l'incohérence des deux derniers chapitres ne proviendrait que de l'amaliiame qui a été fait des différentes finales ' .
Volkmar présente une hypothèse qui diffère peu de celle de Scholten. L'épitre (composée d'une partie didactique et d'une partie parénétique) se terminait à XIV, 23. Ici se plaçait la conclusion qu'il faut savoir retrouver au milieu des conglomérats inauthentiques des ch. XV et XVI. Et la sagacité de Volkmar n'hésite pas. Les trois versets XV, 33 à XVI, 2 et les quatre versets
1 Saint Paul, p. 63-74.
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XVI, 21-24 étaient la vraie cloliiie de l'épître. Tout le reste a été ajouté, d'altonl vers 120 où l'on continua l'exhortation du chapitre XIV par la'parénése XV, 1-32, ■et où Ton ajouta le morceau XVI, .'MO. Plus tard encore, entre 150 et K'tO, fut ajouté l'avertissement contre l'hérésie XVI, 17-2(1.
Enfin Schuitz a proposé naguère une hypothèse foi I cuuiplirpuM''. Il (ii'liMid liabilt'iDi'iil la coniposilioii par l'apôtre de tous les morceaux particuliers, d'abord celle de XVI, 17-20, puis celle de v. 3-10, v. 21-2-4, v. 1. 2, et enfin celle de XV, 14-33; mais pour démontrer, aussitôt après, que XVI, 17-20 ne peut avoir été adressé rpi'à un»' é;:lise instniilt' ri fondée par Paul, ce qui n'était point 1»,* cas de celle (le Home, puis, que les salutations nombreuses du ch. XVI ne peuvent être adressées qu'à une éiilise connue de l'apôtre, vraisoHd)lablement Ephèse. Il ai'rive ainsi à constater l'existence d'une lettre de Paul aux Ephésiens qui se teiminait i)ar les salulalions du ch. XVI. .Mais ces salutations ne pouvaient être que la conclusion d'une Jetlre plus complète. Quelle était cette lettre? Schuitz la trouve dans les ch. XII, XIII. XIV, XV, l-(i et dans la conclusion XVI, 3-20 de notre épitre. Cette lettre avait été éciite de Rome par l'apôtre pendant sa captivité, l'n exenq)laire. resté dans les archives de l'é-ilise, fut réuni, après 1.1 peiséculion de Xéron, à uolie épitre aux l»omains. l>e là la forme de notre texte actuel, (^elle hypothèse ne pi'ésente pas à première vue une vraisemblance suffisante pour que son auteur ail cru pouvoir la proposer avec uuf grande assurance.
On peut donc diviseï' les opinions sur ces ch. XV et XVI •en q\inlre classes : 1. Tout est de Paul et tout l'st à sa
' Jahrbiichcv fiir dentsche Jli^foloijic. 1877.