PRÉAMBULE
Cette introfluction renferme V adresse de l'écrit (v. 1-7), et une action de grâces, à laquelle Paul ajoute l'explication (les raisons qui l'ont empoché jusqu'ici de concourir luimême à l'œuvre divine chez ses lecteurs (v. 8-15).
I*"^ MOKCEAU (I, 1-7).
L'Adresse.
La forme d'adresse usitée chez les anciens renfermait trois termes : « N. à N., salut; » comp. Actes XXIII, 26: (V Claude Lysias, au très-excellent gouverneur Félix, salut.» Le premier terme (Paul) est développé dans les six premiers versets; le second (les chrétiens de Rome) dans la première partie du v.. 7; et le troisième (le vœu), dans la seconde moitié de ce verset.
I, 1-6. L'extension inaccoutumée donnée dans ce cas-ci au développement du premier terme provient non seulement de ce que Paul avait à s'introduire lui-même auprès d'une église qu'il ne connaissait pas personnellement (Philippi), mais surtout de ce qu'il éprouvait le besoin de justifier la démarche qu'il se permettait en écrivant une pareille lettre à cette église; comp. XV, 14-16.
Dans ce but, Paul se qualifie comme apôtre divinement appelé (v. 1 et 2); puis il se livre, dans les v. 3 et 4, à une digression apparente sur la personne de Christ, qui le ramène à l'apostolat que le Seigneur glorifié lui a confié auprès de ce monde des Gentils (v. 5) dont les Romains
font partie (v. 6). Ils doivent comprendre par là que, quoique ne les connaissant pas, il n'en est pas moins leur apôtre, et qu'il a par conséquent le droit et même le devoir de les instruire, comnie il va le laiic.
V. 1 et '2 : « Paul, serviteur du Christ Jésus', apôtre par appel, mis à part pour l'Evangile de Dieu, '1 qu'il avait promis à l'avance par ses prophètes dans des écrits saints, » — La manière solennelle en laquelle l'apùlre se qualilie dans le v. 1, ;i pour but de mettre son apostolat et par là son écrit lui-même sous la garantie du Dieu qui lui a conféré sa charge. — Sur le nom de Paul, comp. introduction, p. Si. — Après s'être désigné comme l'auteur de la lettre, Paul efface en quelque sorte sa personnalité par le titre de ^oOVj;. 11 faut traduire ici ce mot par scrvileur plutôt que par esclave, car ce dernier terme réveille dans nos langues modernes l'idée d'une position bien plus dégiadante que ne le fait l'expression grecque. — Le titre de serviteur s'applique fréquemment dans le N. T. à tous les fidèles; il désigne dans ce sens la relation de propriété et de dépendance où ils se trouvent tous vis-à-vis du Seigneur qui les a achetés à prix (I Cor. VII, 22. 23). Ce sens très-général pourrait convenir ici, si l'épître aux Romains était une simple communication IVaternelle. Mais comme il s'agit d'un message revêtu d'un caractère d'autorité, il faul donner à ce terme de serviteur le sens plus grave etjdus })articulier qu'il a fréquemment; par ex. IMiil. 1, 1 : a Paul et Timothée, serviteurs de Jesus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes. » Opposé au terme de saiul, comme il l'est également ici (ySkxTrjiç âytoiç, v. 6), celui île serviteur désigne certainement une chaige spéciale au service du Seigneur.
I B Vg-"''i. linéiques Pères lisent Xci^toj Fr,70j ; T R. avec tous les autres : Ir,aoj Xii^toj.
CHAI'. I, 1. Ifi7
Certains croyants sont aj»{»elés en elTel à réaliser la soumission ^cnéral(3 que tous les fidèles doivent à (llirist, sous la l'orme d'un oince particulier. Le terme de scrcileur du Christ, dans ce sens restreint, correspond à celui de Ebed-Jchova, par lequel l'A. T. désignait, les personnages théocratiques (rois ou prophètes) revêtus d'une mission divine. — D'après la leçon reçue (Jésus Chrùl)^ l'apôtre mettrait d'abord en relief le personnage historique (Jésus), puis il le désignerait })ar sa charge de Messie (Christ). Mais chez F^aul se trouve assez souvent la forme inverse : Ch)(sl Jésus. Peut-être répondait-elle mieux à l'impression d'un homme qui, comme Saul sur le chemin de Damas, avait contemplé le Messie glorifié avant de savoir que ce fût le personnage historique nommé Jésus. Dans tous les cas, le sens de cette locution [)lus rare est celui-ci : le Messie attendu, qui est le personnage appelé Jésus. — Le titre de serritcur du Christ Jésus renferme en général tous les ministères établis par Christ. C'est pourquoi l'apôtre le précise par un autre litre plus spécial, celui d'apôtre. C'est le ministère le plus élevé entre tous. Les autres ministères édifient l'Eglise, soit en l'étendant au dehors (évangélistes), soit en la perfectionnant au dedans (pasteurs et docteurs) ; les apôtres, de concert avec les prophètes (de la nouvelle alliance), ont la tâche plus importante encore de la fonder; comp. Eph. IV, l'a. — Cette fonction suprême, Paul la possède par voie iV appel. Il ne faut pas traduire l'expression xAvito; iizô'^xo'koç : « Appelé à être apôtre, » pas plus qu'au v. 7 ySkr^zoiç àyi'oiç : « Appelés à être saints. )) L'adjectif verbal (-/.Ititoç) appuie moins sur l'acte d'appel (-/.■XT,6ei:) que sur la qualité inhérente au sujet par l'acceptation de l'appel : (c devenu apôtre en vertu d'un appel. » Il n'y a dans cette désignation aucune polémique contre les judaïsanls qui contestaient
son apostolat, comme le croit encore lApsius. A quoi aurait servi contre eux cette simple assertion? Et dans toute l'épître nous ne trouvons pas la moindre trace d'une opposition prévue à son autorité. Paul veut simplement légitimer, par le caractère divin de son apostolat, l'enseignement qu'il va donner; comp. Eph. I, 1; Col. I, I. — L'idée (ïappel rappelle naturellement le moment de la conversion de Paul; mais le souvenir de ce lait si extraordinaire réveille dans le cœur de l'apùtre un autre sentiment : celui de sa destination à cette charge, bien antérieuiement au moment même où il l'avait reçue : à^cop-.'ju-i'vo;, mis à pari. Ce terme me parait s'expliquer par Gai. 1, l.j : « Quand il a plu à Dieu, qui m'avait mis à part (ctoopiia; l>.e) dès le sein de ma mère...; » 7ni.s à part du reste des hommes pour cet office |)articulier. Paul pense sans doute aux circonstances de sa vie première que nous avons énumérées dans l'introduction (p. 7-9), et dans lesquelles il reconnaissait les preuves de sa destination originaire à l'apostolat chez les Gentils. 11 ne faut donc appliquer ce terme ni à la consécration humaine qu'il avait reçue avec Barnabas dans l'église d'Antioche (Actes XIII, -Jt, ni au décret éternel; celui-ci aurait pliilùt été désigné par le composé Twpowp'.Tj^-c'vo;.
Le but de cette divine sélection qui remontait à sa naissance même, est exprimé par les mots : pour l' Erungile de Dieu. La plupart des interprètes entendent par ce terme l'Evangile quant à son cimte)ni : il faut dans ce sens paraphraser ainsi la pr/'p. eî; : d pour (i)ino)ncr l'Evangile de Dieu, » ce qui est un peu forcé. D'autres, tels que nifckert. Th. Sc/iolt, donnent ici à ce mot le sens verbal qu'il a souvent dans le N. T. : Vacte de la prédication évangélique; comp. le v. 9; 1 Cor. IX, 18, et surtout 1 Thess. I, 5, où ce second sens seul est possible. Wciss oppose
a cette explicalion le gén. ©eoO, de Dieu. Car il est bien évident que ce complément désigne, non l'objet de la prédication (évangéliser Dieu !), mais son auteur, il me paraît qu'il faut, conformément à la seconde explicalion, donner au mot t'jayy£>.iov le sens verbal qu'il a en général, si je ne me trompe, dans le N. T., mais en appliquant l'idée de 7ness(i[/e qui y est renfermée, non à la prédication apostolique, mais à la proclamation céleste de Dieu lui-mèmi; à l'humanité. L'idée de message est dans le a-j'yeltov, celle de son caractère salutaire dans le s'j, et le complément 0£oO exprime tout naturellement dans ce sens l'auteur de ce message salutaire adressé à la teri-e. Le sens de toute la locution serait donc : « mis à part en vue du message bienfaisant de Dieu à l'humanité » (que j'ai mission de proclamer). C'est donc comme porteur, divinement choisi, de ce message du salut, que Paul s'adresse maintenant à l'église de Rome. S'il n'ajoute à son nom celui d'aucun collaborateur, comme il le fait presque toujours ailleurs (1 et 2 Thess.; 1 Cor.; Col.; Philipp.), c'est qu'il va, dans cet écrit (tout comme dans les Ephésiens, où il n'ajoute aussi aucun nom au sien), accomplir un acte qui résulte de sa qualité absolument personnelle d'apôtre des Gentils, ou qu'il n'est point lui-même le fondateur de l'église à laquelle il s'adresse.
V. 2. Celte proclamation du salut à la fin des temps avait été promise à l'avance ; car elle était le but de toutes les voies de Dieu enveis l'humanité déchue et en particulier le terme annoncé de la préparation théocratique. Ceux qui rapportent le mot £'jaYy£"Xiov au contenu de l'Evangile, appliquent ici la notion de promesse au salut lui-même, et Oltraniare prétend que c'est là le seul sens qui ait de la valeur dans le contexte. H me paraît au contraire que, comme tout ce préambule a trait à Vapostolat de saint
Paul, c'est l'acte de la proclamation divine par la bouche des apôtres qui doit être j)résenté comme ayant été promis dès longtemps à l'avance. 11 y avait eu un j>rcmier message divin, celui des prophètes, et celui-ci avait pour but d'en annoncer un second, plus considérable encore, celui du salut, par les apôtres; comp. les passages d'Esaïe cités par Paul au chap. X : Es. LU, 7; LUI, 1, etc. La prépos. 7700 dans le verbe renforce l'idée de promesse, en Taisant rcinonler celle-ci jusqu'aux temps les plus antiques. — L'intenlion de Paul dans cette remai-que n'est point d'ôter au message évangélique ce qu'il pouvait avoir d'étrange aux yeux des connaisseurs de l'.V. T. (Lipsius), ni même de constater le plein accord entie les deux alliances (Weiss), mais plutôt de faire ressortir l'importance décisive d'un message que Dieu lui-même avait promis et préparé si longtemps à l'avance. — Combien grande et solennelle n'apparaît pas à cette pensée la mission de Paul, ainsi que celle de l'apostolat en général î — Le complément a-jToO, ses prophètes, rappelle la relation étroite qui unit un prophète au Dieu dont il est l'organe. Ce pronom sert à expliquer l'épithète de saints donnée aux écrits de ces hommes : la sainteté est le sceau de la provenance divine, car elle est étrangère à tout ce qui est d'origine humaine. — L'absence d'article devant v?''?^'-' ''i^t'it'^y vient de ce que rap('itre veut non pas désigner ces écrits, mais les qualifier : « des écrits ayant le caractère de saints. ))
V. ^^ et 4 : « touchant son Fils, issu de la race de David selon la chair, '^ établi Fils de Dieu avec puissance, selon l'esprit de sainteté, par une résurrection d'entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur. >> — Les premiers mots : loiic/unil son Fils, ont été envisagés par plusieurs comme un régime d'E-jx-j^s^iov. v. I :
« L'Evangile de Dieu qui a pour objet son Fils. » Mais celte liaison force à l'aire du v. :2. une sorte de parenthèse, ce qui ne convient pas à l'importance de cette proposition; puis Ton n'a jtas d'exemple de la construction (eùay^'sXiov Trepi...) Ainsi, avec Tholiick, Frilzsche, P/iiliji})i, Weiss, nous préférons l^ire dcpcndie izept du verbe -poe- TT/iyyeiAaTo : ce la proclamation de Dieu qu'il avait promise touchant son Fils. » — L'article toO désigne ce Fils comme Vuni(jue; rien ne trahit l'intention qu'y trouve OUrmiiarc de (hstinguer par là ce Fils d'autres personnages qui avaient porté le même titre. L'article exprime la même idée que l'épithétc p.ovoyévrj;, fils iinique, dans saint Jean (1, 18; 111, 16). — Plusieurs interprètes réduisent le sens du mot uio;, Fih, à celui de Messie ou de Roi théocralique, d'après des passages tels que 2 Sam. VII, 1 i. Mais quel sens auraient dans ce cas les expressions employées VllI, 8 et 32? Paul voudrait-il dire : « Dieu ayant envoyé sou propre Messie'* » ou : « Lui qui n'a point épargné son propre Roi?)) Il est évident que dans ces paroles le mot de Fils renferme l'idée d'un lien personnel. On a allégué en faveur de ce sens certains .passages où le titre de Fils de Dieu semble au premier coup d'œil employé comme synonyme de ceux de Christ ou de Roi d' Israël; ainsi Matth. XXVI, 63 : « Es-lu le Christ, le Fils de Dieu? » et Jean I, 50 : (( Tu es le Fils de Dieu ; tu es le Roi d'Israël. )> Mais ce sont précisément de telles paroles qui excluent cette prétendue synonymie, car elles renfermeraient dans ce cas une intolérable tautologie. Je renvoie pour l'explication de ces passages à mes Commentaires sur Luc (XXII, 66- 70) et sur Jean (I, 50).
Dans le passage Ps. II, 7, que l'on cite aussi dans le même but : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui, )) les mots : Je t'ai engeudré, prouvent qu'il faut al-
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4acher au lerme «le Fils une tout autre si;znification que celle d'une charge, fût-ce la plus élevée.
D'autres pensent que ce terme renferme simplement J'iflée de la perfection morale de Jésus et de sa communion intime avec Dieu, ou, ce qui revient au même, de « l'amour parlait de Dieu pour Jésus et de Jésus pour Dieu » (OUramare) . C'est, selon cet auteur, par pure préoccupation dogmatique que quelques interprètes voient <lans cette expression la désignation d'une unité de nature ou d'une unité métaphysique entre Jésus et Dieu 'p. 129 •et 133), Mais que signitieiail dans ce sens la parole Gai. IV, 4 : (( Lorsque la plénitude du temps fut accomplie. Dieu envoya (3;a-a'7T£'.'),£v — s;, Aor.y dt\ évidemment hors du ciel) son Fils, » expression qui implique l'idée de sa divine préexistence? Comp. aussi Rom. VIII, 3. Cette idée ^st d'ailleurs exprimée nettement 1 Cor. VIII, 6, où Paul <»ttrihue à Christ la création de toutes choses, et X, i,où il l'identifie avec l'être divin qui accompagnait Israël dans la nuée. Il le désigne Philip. 11,0 comme celui qui s'est dépouillé de sa furme de Dieu (son état divin dont il jouissait ^vant son incarnation), pour revêtir la forme de serviteur (l'état humain). Que l'on essaie de suhstituer le terme de bien-aimé à celui de Fils dans les passages Col. I, 13, Jean III, 35, .Marc I, Il et pai-ali.; et l'impossihilité de cette synonymie sautera aux yeux : « Le Bien-.Vimé de son amour! » « Le Père aime le Bien-.Vimé!» «Tu es mon hien-aimé Dien-.Vimé en qui j'ai mis toute mon aflection! » Il est manifeste par ces passages que les notions de Fila et de bien-aimé diiïérent; que l'une indique un rapport lie nalure, l'autre la relation de srutiïnenl qui en résulte. Lijtsiits lui-même, qui n'est pas suspect de préoccupation dogmatique sur ce point, n'hésite pas ;\ dire (dans la Proieslanlen-Bihel} : a En opposition à la conception judéo-
en M' I, 3. \1S
chn'îlicnne, pour (|ui le terme de Fils de Dieu n'élail qu'un titre lionorilique donné à une personne humaine, l'aul envisage l'apparition terrestre du Messie comme la simple enveloppe de sa personnalité céleste. » C'est donc plutôt M. OItranutrc qui lait tlécliir la pensée apostolique sous le poids (le sa préoccupation dogmatique. — Ce théologien allègue que le terme de P'ils de Dieu, étant emprunté à l'A. T., doit avoir le même sens dans le Nouveau. Mais il ne faut pas oublier que toutes les notions empruntées à l'ancienne alliance se transforment en passant dans la nouvelle; comp. Oltramare lui-même à l'occasion du mot saint, I, p. 14-0.
Ce Fils, objet du message divin, est qualifié par deux membres de phrase dont le sens et le but ont été compris de bien des manières. Pour orienter plus aisément le lecteur, j'indiquerai immédiatement l'idée que me paraissent exprimer ces deux propositions antithétiques, ainsi que leur relation avec ce qui suit et avec l'adresse tout entière : « Touchant son Fils, qui, s'étant fait le Messie des Juifs par sa descendance de David selon la chair (v. 3), a en vertu de sa résurrection réalisé un type d'existence nouveau et supérieur, celui de Fils de Dieu, au moyen duquel il possède une souveraineté universelle (v. A). Et c'est du sein de celte position divine qu'il m'a appelé» moi Paul à être l'ppôtre des Gentils (v, 5), dont vous, chrétiens de Piome, faites partie (v. 6). y> Il résulte de là que ses lecteurs, quoique non convertis par lui, ressortissent néanmoins à son apostolat.
Il ne s'agit donc en aucune façon pour l'apôtre de se concilier par ces v. 3 et -4 la faveur d'une église encore judéo-chrétienne (Manyold et autres), ni de montrer l'accord entre la nouvelle et l'ancieRne alliance (Weiss), ni non plus d'exposer dès le commencement de sa lettre ce
MA PHKAMIII'LI-: KIMSTOI.AIHK
qui lui paraît le plus inij)orlanl dans la connaissance flu Cliiisl (GesH, Beel). Tout cela ne serait point en rapport avec le but réel de cette adresse. L'apôtre ne vmit qu'une chose : léiiitimer sa lettre par son apostolat auprès des Gentils, et pour cela expliquer l'orif^rine de cet apostolat extraordinaire que le Chi'ist glorifié a jugé bon d'ajouter à celui des Douze, fondé pendant son séjour terrestre.
Jésus a été avant tout, conime cela devait éire, le Messie promis aux Juifs; et cette dignité iuqiliquait la filiation (lavidique. Le mot ysvoyivo-j pourrait s'entendre flans le sens de no, provenu de. On a cité et on ])eul citer Gai. IV, 4- à la lois poui' et contre ce sens. 11 me paraît que dan? noire passage l'antithèse du mot yive'rOa'. avec le terme précédent de Fils de Dieu, conduit plus naturellement au sens de devenir . « touchant le Fils de Dieu, devenu (contrairement à son essence) membre ou rejeton de la race de David. » H y a là, comme dit Lipsivs, antithèse entre deux manières d'être; l'une inférieure qu'il s'est appropriée, quoiqu'elle fût étrangère à sa nature, l'autre supérieure qui lui appartient par essence. » Comp. Pliil. Il, (> €t suiv. — Pour le sens de Yevoagvoc, on peut comparer ^ Tim. 1,17. — Le régime xaxà cap/.a, selon lu ehair, restreint cette affirmation de la filiation davidique de Jésus au seul côté de sa personne au([nol t'll(> puissr s'aiipHijuci-. Le terme de cap^, chair, désigne proprement les parties molles du corps en opposition à ses parties dures, les os (Gen. II, 2;:î : « Celle-ci est chair de ma chair et os de mes os»), ou à ses parties liquides, le sang (Jean VI, .")(> : a Si quelqu'un mange ma chair et boit mon sang \^\. De ce sens littéral et restreint en dérive un plus général dans lequel le mot (7*r//r désigne le eorps tout entier, non quant à sa forme organique (Twaa, le lorpsl, mais (juant à sa substauci^ maléiiidle (I Coi'. XV, ,Sl) . S(nivent enfin, le
sens (lu mol chair est étendu du corps à VJiommc tout entier (corps et unie), en opposition à Ilieu, le tout-puissant Créateur; ainsi dans l'A. T., l*s. LXV, 1 : «Toute chair (tout homme) viendia jusqu'à toi; )) comp. Es. XXXI, 3; et dans le Nouveau, Tioni. III, 20 : «Nulle chair (nul homme) ne sera justifiée devant lui. » Le pre/nier de ces trois sens est évidemment inapplicahle dans notre passage; le second également; car il en résulterait que Jésus n'a hérité de David que. la vie })hysi(jue, et non la vie psychique (le sentiment, rinlellitience, la volonté). Celte opinion exclurait la pleine humanité de Jésus, telle que nous la trouvons enseignée dans tout le N. T., spécialement chez Jean (XII, 27 et XI, 3o, où Vâme humaine et Vesprit humain sont attribués à Jésus) et chez Paul (comp. V, 15 et 1 Tim. Il, 5). Dans 1 ïhess. V, 23, Paul résume la totalité de la nature humaine dans ces trois termes : Vesprit, Yiime et le corps. Si donc il prend au sérieux l'humanité, telle que Jésus l'a héritée de David, il faut bien admettre qu'il y fait rentrer, non pas seulement le corps, mais aussi l'àme et l'esprit, pour autant que celuici est un élément constitutif de l'être humain. Le mot chair ne perd point pour cela son sens propre et naturel, comme le pense OUramare. Mais l'Ecriture désigne simplement dans tous ces cas l'être humain par celui de ses éléments qui est le plus apparent et tombe sous les sens. — Jésus, en tant qu'homme, provient donc du chef de la race royale israélite. Son humanité se trouve par là marquée d'une double empreinte, le sceau national juif et le caractère royal davidique; et cette vie humaine héréditaire, ainsi déterminée, a formé la base de sa vocation messianique. Si Paul, dans ce passage, au lieu de penser à la messianité de Jésus, eût voulu faire ressortir son humanité en général, il eût dit comme Jean I, 14 : aap; ye-
vo{;.£voç. Ce fait confirme bien toute la liaison d'idées que nous avons formulée plus haut.
Mais les Juifs n'ont pas accueilli Jésus comme leur Messie, et sa dignité de Roi des Juifs, ne s'étant point réalisée, n'a pas pu s'épanouir par une évolution normale en celle de Sauveur du monde des Gentils. Il n'a donc pu acquérir celte seconde dignité, complément de la première, qu'au moyen d'une crise violente, d'une mort et d'une résurrection. Par cette transformation radicale, il a dépouillé son caractère juif et davidi(}ue et acquis l'état conforme à son essence de Fils de Dieu. C'est donc cette révolution qui est devenue historiquement la hase de sa souveraineté sur les Gentils (v. 4-).
V. 4. Au partie, -/evoivivc/'j, dercnu, correspond le partie. ôpiGÔe'vTo;, que nous traduisons par : établi (signalé, installé). Le mot 'j^CCv.v signifie proprement dclimiter (de ô'poç, limite); de là résulte le sens de décréter, destiner à, lorsque la limite tracée n'est encore qu'alïaire de pensée ou de résolution ; comp. Luc XXII, -2; Actes X, 4^ et XVII, 21. C'est ce sens que Hofmunn a voulu appliquer ici; mais il n'est pas admissihle. parce que le i)ailic. aor. ôpiGOsvTo; ne peut désigner un fait antérieur à celui qu'exprimait le partie, précédent ysvoixsvou. — Loisqu'il s'agit d'une limite tracée au moyen dun acte effectif, le mot ôct- "Cetv désigne l'élévation de la personne à la position spéciale qui doit la distinguer des autres, ainsi son installalion dans la charge, la dignité qui lui est destinée. Meyer cite avec raison en fiiveur de ce sens ce mot du poète de Gadara, Méléagre : cï Ôsovcoptce ^aiawv, u une divinité t'<7 *7</bli dieu. » Appliqué, comme il Lest ici, à Christ, ce terme ne signifie donc pas qu'il soit devenu Fils de Dieu, au moment dont parle Paul. Dans ce sens le partie, ysvoaevoj eût suffi })(uir les deux membres de phrase; ou bien Paul se
CHAI'. 1. i. 177
fût servi du verbe xoieiv, faire, employé Acl. II, 36 : « Que toute la maison d'israrl sache donc que Dieu a fait (l-Krjvr.at) Seigneur et Clirisl ce Jésus que vous avez crucifié. » Weiss se demande pourquoi Paul a choisi ce terme singuhcr de ôpiCeiv, au Heu de roiàv; et il pense que Paid a voulu introduiie par là la notion d'une dcsiination dés lony;temps indiquée par les prophètes. Mais ce serait là retomber dans le sens de Hofmann, écarté par Weiss luimême. Si Paul a choisi un autre terme qu'£770'//i'7£v, c'est qu'il voulait exprimer une autre idée. Jésus n'a pas été fait Fils de Dieu par sa résurrection, car il Vêtait; il est seulement devenu de fait et comme homme, ce qu'il était de droit et par son essence divine. Oltramare me cite, à l'occasion de cette interprétation, comme ayant traduit ôpiaOavTo; par rétabli : ce serait là une faute grossière. J'ai employé le mot rétiddi dans l'explication du passage, parce que Christ a été, comme homme, rétabli dans l'état divin qu'il avait possédé avant de s'incarner. Mais je n'ai pas songé à traduire de cette manière. — Luther, de Wette, Oltramare, etc., traduisent ôoicOsvto; par sigiialé, manifesté; Chrysostome l'avait déjà expliqué par ^eiyOsv-o; (montré). Ce terme se rapporterait ainsi uniquement à la manifestation (aux hommes) de sa dignité de Fils. Mais le terme ôpiCet-v n'a pas naturellement ce sens. La manifestation a bien été l'effet de l'élévation, mais non l'élévation elle-même.
L'acte divin du ôpi^siv est déterminé par trois régimes. Le premier en indique le mode : Iv ^'jvajxsi, avec puissance; il s'agit d'un acte triomphant dans lequel a éclaté le pouvoir divin. Plusieurs (Mélanchton, Philippi, Weiss, etc.) font de ce régime une locution adverbiale déterminant l'idée de Fils de Dieu : « un Fils de Dieu en état de puissance, )) en opposition à l'état de faiblesse dans lequel
Jésus se trouvait ici-has; comp. '1 Cor. Xlll, '^. Maisiiutre verset n'est point deslim'' à opposer deux états différents du Fils de Dieu; il oppose le Fils de Dieu au Messie juif. L'expression « avec puissance » doit donc s'expliquer plutôt d'après celle de VI, 4- : « Il est ressuscité par la ijloire du Pl;re; » par un prodige dans lequel s'est déployé avec éclat l'ensemble des perfections divines.
Le second régime : xarà rvsùaa ây-oi^jr/;:, selon l'espril de sainteté, indique la cause momie de ce déploiement de la puissance divine en Christ. Au premier coup d'œil on seiait conduit par l'antithèse avec le y-a-rà 'ràçx.a, selon lu chair, à l'entendre dans ce sens : «quant à l'homme spirituel ou intérieur. » Ce serait tout simplement l'opposition de l'^/we an corps ; ainsi f/e Wette, Hofniann, Sabatier, Oltramare. L'humanité de Jésus serait, au moyen de ces deux termes : chair et esprit, partagée de telle sorte en ses deux éléments essentiels, qu'au premier serait rattachée la qualité de fils de David et au second le l'ait de la résurrection. Mais combien une telle antithèse serait illogique! L'humanité de Jésus tout entière, corps et àme, ne procède-1-elle pas de David? El le principe spirituel étant un élément de la nature humaine, coiiune telle, comment pourrait-il être la cause morale de l'acte par lequel Jésus a été établi Fils de Dieu? D'ailleurs le compl. àyiwcJvY,;, de sainteté, ne permet pas de donner au mol esprit un sens simplement anthropologique d'esprit, en opposition au corps); il nous transporte nécessairement dans la sphère morale. Ce qui a occasionné celte fausse ex|>licalion, c'est le parallélisme des deux /.xTa, selon. Mais on a oublié qu'ils dépendent de deux participes dont le sens est tout différent. Le premier, derenu, se rapporte à la pertionne de Jésus; le second, établi, à une phase de son histoire. Dans cette relation toute autre, les deux /.x-x
(;ii.M'. I. 4.
prennent aussi un sens difTérenl. Le |)remier se rapporte à un clément de la personne, celui par lequel Jésus procède de David; le second, à un l'ait moral, celui en raison duquel Jésus est ressuscité.
Un liraud nombre d'interprètes qui rapportent comme nous le terme de aaoç, la chair, à la totalité de la nature humaine de Jésus, ont été amenés à voir dans Vesprit de saintelc le principe dirin qui distinguait Jésus du reste des hommes et auquel est due sa résurrection extraordinaire. Ainsi, d'après Miianchlon et Bengel, l'esprit de sainteté désignerait ici la seconde personne de la Trinité, le Fils incarné en Christ ; mais l'Ecriture emploie pour exprimer cette notion les termes de Fils ou de Parole, non celui à' Esprit. D'autres voient ici V essence divine, en tant que Dieu est esprit (Olshausen, Philippi), ou la vertu divine de l'Esprit, en tant que conférée à Christ à son baptême (Bèze, Thohick), ou bien aussi le Saint-Esprit en tant que mis au pouvoir de Christ pour le distribuer aux croyants (Chrysostome , Luther). Mais dans tous ces sens l'idée serait exprimée d'une manière bien peu précise; et dans le dernier l'expression conviendrait au fait de la Pentecôte bien plutôt qu'à celui de la résurrection. Weiss cherche l'expression la plus vague possible. L'Esprit de sainteté désigne, selon lui, (( un élément spécifiquement divin de la nature de Christ. » Mais la pensée de Paul ne restait pas ainsi dans le clair-obscur. D'ailleurs l'apôtre qui a écrit ce mot : « Puisque la mort est venue par homme, la résurrection des morts vient aussi par homme » (1 Cor. XV, 2i), ne peut avoir attribué la résurrection de Jésus à Vélément divin de sa nature.
Je pense que ce que l'apôtre a voulu désigner par cette expression si controversée, n'est ni un élément spécial de la nature humaine de Christ, ni, et encore bien moins, ce
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qu'on appelle sa nature divine. Vespiit de sainleU', dont Paul parle ici, est le souffle saint qui a pénétré, vivifié, consacré son être humain, du premier au dernier moment de son existence terrestre. Comme principe actif et créateur, ce souffle saint était l'Esprit divin, tel qu'il a|:it dans tout cœur d'homme qui se livre à lui. Comme principe réceptif, c'était, en Jésus, cet élément de l'éire humain qui poi'te le nom (Vcsprit, l'organe pour le divin, j)réparé dans toute àme d'homme, et par lequel elle peut devenir la (hîmeure du Saint-Esprit; ces deux facteurs sjtirituels unis en une seule vie (VllI, 10). Comp. l'expressiun de l'épitre aux Hébreux IX, 14- : <( Lequel par l'Esprit éternel s'est ofiert lui-môme à Dieu sans aucune tache. » Ainsi s'explique naturellement le complément àyicocJv/;: : a L'esprit dont le fruit en Christ a été la parfaite sainteté. » — Cette domination ahsolue de l'esprit de consécration sur la vie humaine de Christ était la condition morale de sa résurrection; c'est ce qu'exprime la prépos. ax-ôl, selon, conformément à. Cette condition est absolument la même que celle qu'indique l'apôtre comme étant celle de la résurrection des fidèles, VlU, 5-li; comp. particulièrement V. 11 : (( Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en VOUS, celui qui a ressuscité Christ des morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous. » Seulement, comme la sainteté produite par le Saint-Esprit chez les fidèles n'est que rclalivr, clic n'exclut pas une dissolution momentanée du corps, tandis cpicn Christ la consécration du corps par l'Esprit ayant été j)arfaile, absolue, le corps peut ressusciter immédiatement, sans avoir à passer, même un seul inslani, par l;i ciuiiiption (l's. XVI, 10; comp. Jean XIX, ot). — Cette parole fait donc conq)rendre la relation élroile entre les deux grands miracles de la vie du Christ : l'œuvre de sanclifi-
calion incessante opérée par l'Esprit sur sa personne vivante et l'œuvre de puissance accomplie en lui rnort, par sa résurrection. Le miracle moral a été la base du miracle physique.
Le troisième régime,^ tl àvacrraGeoi; vsxpwv, litlér. jiar itnf. rcsurreciion de morts, indique la cause efficiente de l'élévation de Jésus à sa position de Fils de Dieu. La prépos. £x. pourrait sans doute signifier clejnns ; mais l'idée d'une simple succession temporelle ne répondrait pas à la gravité de la pensée. Aussi presque tous les interprètes s'accordent aujourd'hui à lui donner le sens de par ou en vertu de; comp. Jacq. II, 18. Le Fils de Dieu était devenu fils de David par une naissance; il est élevé -à sa vie glorieuse de Fils de Dieu par une résurrection, qui est comme une nouvelle naissance. Par le second de ces actes, il s'affranchit de l'enveloppe juive et davidique dont il s'était revêtu parle premier pour remplir le rôle de Messie juif, el entre dans un mode d'existence conforme à son essence. Il cesse d'être serviteur de la circoncision (XV, 8) pour devenir Seigneur universel (fin du v.). — L'absence d'articles devant les deux mots : résurrection et morts (« une résurrection de morts») est intentionnelle, comme le. reconnaissent la plupart des modernes (voir p. ex. Hofmann, Weiss). L'apôtre en effet ne veut pas désigner directement • le fait de la résurrection de .lésus, mais seulement qualifier le mode de la transformation qui s'est opérée en sa personne. C'est par un procédé de résurrection que Jésus a repassé de la position de fils de David à celle de Fils de Dieu. Cette transformation s'est opérée en lui « par un événement tel que celui qui a lieu quand des morts ressuscitent » (Hofmann). Oltramare pense, avec d'autres, que le i/. a été omis devant vs/.pwv pour éviter la répétition de la même préposition. Mais le gén. v£-/.p6>v est tout simplement
le complément d'àvy.'jTa'jecoç, et le pluriel v£/.poî dési^me la catéiiorie. — Comp. avec ces deux v. 3 et i, :2 Tim. 11, 8. Avant de passer à son appel à l'apostolat ainsi qu'à la vocation des Gentils, ces deux faits qui sont la conséquence de la transformation opérée en Jésus-Christ par sa résurrection, l'aul résume en trois termes l'analyse qu'il vient de faire de sa personne. Le nom de Jésus est celui du personnage historique en qui se sont accomplies ces différentes phases d'existence. Le titre de Christ résuFue le V. 3 : c'est comme fds de David que ce Jésus a pu être le Christ ou le Messie. Celui de Seigneur le désigne comme le représentant de la souveraineté divine, dignité qui résulte de sort élévation à la position de Fils (v. 4). Sur le titre de Seigneur, voir 1 Cor. VIll, 6; Philip. II, 9-11. « Ce titre, observe Lipsius^ reproduit le nom de Dieu dans l'A. T. )) — En disant notre, Paul pense à tous ceux qui par la foi ont accepté la souveraineté de Jésus, apôtres et simples fidèles. — Si l'on comprend ainsi les v. .3 et 4, la transition du v. i au v. .j s'explique sans peine.
Raj^port de cette parole à la naissance rniraculeuse. — L'idée de ce fait, chez lapùtre Paul, est-elle impliquée ou au contraire exclue par ces versets? On a défendu les deux manières (le voir. La nature humaine (ilavidique) de Jésus est positivement anirmée au \ . W. Cette nature humaine peut lui avoir été transmise par Joseph et Marie ou par Marie seule. Dans la première alternative, Paul se mettrait en contradiction avec tous les passaiics où il enseiiine la transmission du péché héréditaire par la naissance naturelle iV. ii. . F.ph. 11. '•\, etc. i. Il ne reste donc cpie la seconde alternative qui est précisément celle de la naissance miraculeuse. Cette solution est d'autant plus vraisemblable que ce lait est nu élément très-accentué de la traditiiui evani:élique pauliaienne, telle que nous la trouvons consignée dans lévanizile de Luc. Elle s'accorde éjjalemenl avec le contraste que Paul établit dans notre passa.ize entre le litre de Fils de Dieu et
\o raracirro de descondaiit do David. Si la (lualitc' do Fils de Dieu (dans le sens où est pris ce terme) est compatible avec le vîvEaOat £x «/uvat)coç (Gai. IV. 'n, elle ne le serait pas avec la descendance d'un père lininaiii. Enfin l'expression : seloii Veaprit de s((intetr, fait allusion à ! actictn sanctifiante de l'Esprit divin (jui s'est exercée sur la personne humaine de Jésus durant toute son existiMice torrostro et (|ui a rendu possible sa résurrection. Or la naissance miraculeuse a été le point de départ normal de celte action; comp. Luc I. iJo. Il me paraît donc probable que Paul n'eût point écrit ces deux versets comme il l'a fait, s'il n'eût eu par devers lui l'idée d'une riiiissance miraculeuse. — Mais pourquoi, objecte-t on, cette notion ne reparalt-elle nulle part dans ses écrits? Elle ne reparaît pas davantajïe dans les autres écrits du N. T.. pas mémo dans les deux livres qui s'ouvrent par le récit exprès de ce fait (sauf peut-être dans la généalogie de Luc, III, ^3). Cette circonstance prouve que le silence n'équivaut pas à une négation. Il s'explique par le caractère intime du fait, qui d'iiilleurs est plutôt une présupposition qu'un élément direct de la sotériologie.
V. 5 et 6 : (c par lequel nous avons reçu la grâce et l'apostolat en vue de l'obéissance de la foi, à l'honneur de son nom, chez tous les Gentils Ci dont vous faites aussi partie, vous que Jésus-Christ a appelés; » — Les mots ^l o'j, par lequel, indiquent que c'est par la médiation fie ce Christ élevé à l'état de Fils de Dieu et par là à une relation égale avec toute l'humanité, qu'a été fondé le nouvel apostolat qui doit embrasser les Gentils (comp. Gai. I, I). — Le pluriel rAa3o|j.£v, nous avons reçu, est expliqué par Bengel dans ce sens : moi et les autres apôtres ; par liofnumn dans celui-ci : moi et mes aides apostoliques (Bai-nabas, Silas, Timothée, etc.). Mais ces deux sens sont inadmissibles, le premier parce qu'il s'agit uniquement de l'établissement d'un apostolat pour les Gentils; le second, parce que Paul parle de sa dignité officielle et ne peut associer aucun de ses collaborateurs à la charge
184 PHKAMBULE ÊPISTOLAlHi:
que le Seigneur lui a personnellement conliûe. Aûu.s liouvons donc ici \q pluriel de ailéfjorie que les Grecs emploient voloiiliors lorsqu'ils diîsirent efîacei' la personne pour ne laisser paraître que le principe qu'elle représente ou l'œuvre qu'elle accomplit. — Les mois //-p'-v "/.ai i-noa-Ocr^, grâce et apostolat, sont expliqués par {)lusieurs (Clirys., Philippi, etc.) comme s'il y avait : la (jriice de l'apostolat (le /tai, explicatif: à savoir). Mais pourquoi ne pas dire alors : yàpiv t-^ç àroTTrA-?,;? 0//?Y/m('rc applique aussi, avec Hofmann, les deux termes au niinistère de l'aprilre, dans ce sens que le premier désignerait ce iMinisti'n,' comme un<; f/rùce, le second comme une tâche. Mais l'idéu du nunistère n'est indiquée qu'après celle de la grâce; celle-ci ne sauriiit par conséquent y être renfermée, il est donc plus naturel de prendre le terme de grâce dans son sens général, en l'appliquant un <loii iIk salul (\ (ior. XV, 10); Vaposlolat désigne après cela la mission en vue de laquelle grâce lui a été faite (1 Tim. 1, 1:2); ainsi Mm.v. Nous avons vu (ïniv., p. 20) que ces deux dons, celui du salul ])ersonnel et celui de l'ajxistolal, n'en avaient chez Paul formé qu'un seul. — Le but de Christ, en le graciant et l'appelant à l'apostolat, était d'étendre Vohrissaure de la foi à tous les Gcitlils. 11 est impossilile d'entendn' ici par celle obéissance la saiiilelc que la loi doit pioiiuiro. Car avant de parler des eflets de la foi, il l'aul (pie la foi existe; or, il ne s'agit encore (jue de lapprl de l'apitlre destiné à la fonder. Le sens de Meger, Philippi, OUriimare: la soumission à la foi, n'est pas plus admissihie. Il faudrait |)rendre le hMiiic df [dI dans le sens de vérité chrétienne (objectivement parlant), sens que ce mot n'a jamais dans le N. T. Meger le sent bien; aussi tourne-t-il ainsi la chose: l'obéissance au sentiment intérieui' de la foi! (Htndinnr dil ; y rob(''issanct' à la loi, eonim»' à un oïdie de
•choses voulu do Dieu. » Le seul exemple à citer (hins le N. T. pour ce sens du mol foi sérail Acl. VI, 7. Mais dans ce passage même, le sens est : « adhéraient à la foi en Jésus-Messie qui animait l'Eglise (t-?, -inzti pour tw -rinzvkiv). Le seul sens possihle est celui-ci : rohéissance qui consiste dans la foi elle-même. Par la loi, l'homme fait acte d'ohéissance envers l'œuvie divine qui lui est annoncée el qui réclame de lui confiance et concours. Le refus de la foi est appelé par celle raison X, 3, une désobéissance (où-/ ursTay/icav) ; comp. 2 Thess. 1, 8; 1 Pier. II, 8, etc. — Le rég. suivant : cite: tous les Gentils, pourrait être rapporté au mot apostolat; mais il vaut mieux le l'attacher directement au rég. précédent : « l'obéissance de la foi qui doit se réaliser chez tous les Gentils. » — Le tei-me aOvr,, que nous traduisons par Gentils, a été pris ici par plusieurs Pères, par Rùckert et Baur et par presque tous les critiques qui admettent l'origine judaïque de l'église de Rome, dans le sens général de nations. Mais que signifierait dans ce cas le V. 6? Que les chrétiens-juil's de Piome font partie des nations? Mais avaient-ils donc hesoin de l'apprendre de la bouche de Paul? Lipsius pense que Paul, en s'exprimant comme il le fait au v. (3, veut faire rentrer les Juifs dans les ê'Ôv/;, les nations, afin d'indiquer par là l'abolition de toute distinction entre les Juifs et les païens. Mais il suivrait de là que Paul s'attribuerait ici un apostolat universel, auprès de toutes les nations, les Juifs aussi bien que les païens; c'est bien ce qu'admettent Volkmar clHolsten, mais ce que contredisent expressément la parole XI, 13 et tout le passage Gai. II, i-IO, surtout v. 7-9. Mangold, désireux de maintenir l'opinion de Baur sur la composition de l'église romaine sans tomber dans cette fausse interprétation du mot é'Ovv], a essayé de donner à celui-ci un sens purement géographique. Par le terme les nations.
180 PRÉAMBULE Él'ISTOL.VIRE
Paul opposerait les liahitants du monHe en ^M'néral, soit JuiCs, soit païens, aux Juils proprement dits, c'est-à-dire aux Juifs habilant la Palestine. Il voudrait dire que <f l'éiilise de Rome, quoique composée de Juifs, appartient fjéo(/i'ii))Iii(iuc)nent à la sphère des Gentils et rentre, par conséquent, dans son domaine à lui, apôtre des Gentils. » Mais que devient dans ce cas la répartition des domaines tracée Gai. II? Elle signifierait que Pierre se réservait de prêchera» Palestine, et Paul hors de F\alestine! Oui jieul donner ce sens à ce passage? D'ailleurs, comme le dit liien lieijschUtfj, celte répartition du domaine des Juifs et de celui des Gentils entre les apiMres reposait sur un»* différence de dons, qui n'avait rien à faire avec la géographie; les aptitudes des Douze convenant mieux au caractère religieux et moral des Juifs, celles de Paul à celui des Gentils. liaur w essayé d'exploiter le mot ttnis en faveur de son interprétation; mais par ce mot Paul jirépare précisément ce qu'il va dire, v. G, que, quoique si éloignés des pays où il a travaillé jusqu'ici, les Romains font pourtant partie de son domaine, puisque tous les Gentils sans exception y sont compris. Le fait est que le mot È'Ovr, comme celui {\g gojim dans l'A. T., qui signilie proprement les nations en général, a pris, par la vocation du peuple élu, un sens déterminé et restreint : les nations ou Goitils ((fentes), en opposition à ce peuple particulier (ô /.ao:, le peuple). Comp. dans l'A. T. Gen. \11, .>; Es. XI. II. C. etc., et dans le Nouveau Aet. IX, 15; XI. I. IS; XXVIII, ^28; Gai. I, 10; 11, 7-t); III, li: Kph. Il, 11: Ml, 0: etc. Cette acception spéciale se reti'ouvc dans tout h' e(Mirs de notre épitre, comme nous h- vei'rons, à rcxeeption df IV, 17. où le mot sOvr reprend, par la nature uumuo de cctli' parole prophétique de l'A. T., le sens le plus général. Comp.
ClIAP. I, 5. 187
surtout II, U. 15; III, -29; XI, 13; XV, 8 et 0'. Dans notre [)assaye même, la liaison avec ce qui jjrécède exiye impérieusement le sens restreint. Car à quoi bon la déduction (les V. :{ et 4, si ce n'était |)(iur arriver à justifier la fondation d'un apostolat des Gentils, connue tels:' C'est précisément dans ce but que Paul a opposé le Fils de Dieu au lils de David, le Seigneur universel au Messie Israélite. — Le troisième rég. u-rrèp toO ovoaaTo;, ]iou)\ en fureur et de là pour ht fjloire de son nom, dépend de toute l'idée préct'dente depuis le verbe : nous avons rem. Le but immédiat du don qui lui a été l'ait est de répandre la foi dans le monde des Gentils, et le but de cette propagation ellemême est d'exalter la gloire du nom de Jésus, en étendant la spbère de son action et en accroissant le nombre de ceux ([ui l'invoquent comme celui de leur Seigneur. Cette parole est comme un écho du message de Jésus à Paul par Ananias : a. Cet homme est un vase d'élite pour porter mon nom en présence des Gentils;» comp. quant au sens de l'expression Act. XV, 26; XXI, 18; 3 Jean, v. 7, Ces parallèles et le sens de la prépos. ùrép, en faveur de, dans tout le N. T., nous empêchent de suivre Oltramare dans son explication de ce régime : en l'autorité de celui qui nous a confié- cette mission. De plus, cette idée ne ferait que répéter celle que renfermaient déjà les premiers mots du verset. — Ces mots nous révèlent le mobile intime du travail de Paul : étendre l'honneur, non de son propre nom, mais du seul nom digne d'être glorifié. — Christ avait brisé en sa propre personne l'enveloppe de la forme Israélite, afin de pouvoir briser ensuite l'enveloppe nationale dans laquelle le règne de Dieu avait été enfermé jusqu'a-
' Je ne relève ici que quelques pasjîages tout à fait caractéristiques.
lors; el, pour réaliser cette conséquence glorieuse et faire retentir son nom jusqu'au bout de la terre, il a appelé Paul. C'est en vertu de cette mission qu».- celui-ci s'adresse à ses lecteurs (v. 0).
Le V. 6 peut se construire de liois manières : ou l'on peut faire de ■/.7.-/:toI 'I. X. l'attribut de i'7-t: ci au milieu desquels (Gentils) l'ous êtes les appelés de J.-C.;» ou l'on peut V voir un vocatif: « ô appelés ileJ.-C.;y> ou, ce qui revient à peu près au même, on peut faire de ces mots l'apposition du sujet vous : a du nombre desquels vous êtes, vous qui êtes le^ appelés de J.-C. » La première construction présente un sens trop peu simple ; le verbe : vous êtes, a dans ce cas deux attributs qui se combattent : « vous êtes au milieu d'eux ; » et : « vous êtes les appelés deJesus- Christ. » Ajoutez que le xaî, aussi, devrait signifier dans ce cas : comme tous les autres chrétiens du monde; adjonction oiseuse et, en outre, peu claire. Ce qui a porté des intei'prétes, tels que de Wette, Meyer, etc., à admettre cette construction, c'est qu'il leur semblait inutile de faire dire à Paul : « vous êtes du nombre des Gentils. » Mais cette idée est au contraire très-essentielle. C'est la mineure du syllogisme dans lequel Paul enferme, pour ainsi dire, les Ivomains. La majeure : Christ m'a fait l'apùtre des Gentils; la mineure: vous êtes du nombre des Gentils; conclusion : donc, en vertu de l'autorité de Christ, vous êtes mes ouailles. Le xai, aussi, à ce point de vue s'explique sans peine : « ressortissant, aussi bien que les autres Gentils api)elt's par moi personnellement, à mon domaine apostolique. » Les mots : appelés de Jésus, se prennent plus naturellement commt,' apposition (jue couune apostrophe. Ce titre donn/' aux lecteurs répond à e«'Iui qu(^ Paul s'était donné à lui-même comme auteur : iv. I : xat.to: ctTTOGToXoç, «apôtre par appel )>). L"api>el comuuui df Christ
CIIAP. I, 5-7. 189
est le lien qui les unit; tandis qu'il autorise l'un à écrire, il ohlij-e les auli-es à écouler. On peut l'aire du complément : <lc J.-CInist, un gén. de propriété : « appelés appartenant à ,].-i]. » El en eflet à l'ordinaire, l'acte de rapf)el divin est atlrihu»' à Dieu, non à Christ (VllI, ."30; IX, 44; Gai. I, 6. 15; 1 Cor. I, 9, etc.). Mais ce qui importe dans ce contexte, c'est moins l'idée qu'ils sont la propriété du Seigneur, (pie celle de l'acte pai' lequel le Seigneur lui-même a agi sur eux pour l'aire d'eux des croyants, comme il a agi sur Paul lui-même pour l'aire de lui leur apôtre. Et qu'est-ce qui, dans l'ensendjle des notions chrétiennes, empêcherait (pie Christ ne puisse être désigné comme l'instrument de l'appel divin? Comp. le ^i oj, par lequel, au commencement du v. 5. — La notion de Vappel (de Dieu ou de Christ) renferme chez Paul deux idées, celle de la sollicitation extérieure par la prédication et celle de l'attrait intérieur simultané par le Saint-Esprit. 11 va sans dire que ni l'une ni l'autre de ces impulsions ne sont irrésistihies et que l'adhésion de la foi reste un acte de liberté. Le fait de l'adhésion est impliqué chez les Romains par leur caractère de membres de l'église et de lecteurs de ces lignes. — Fo/Am^/r paraphrase ce verset dans ce sens : « Il vous paraît peut-être que je ne suis l'apùlre que des Hellènes et que comme .Juifs d'origine vous n'avez pas de lettre à recevoir de moi; mais, tout Juifs que vous êtes, vous faites partie des nations {[) dont je suis l'apôtre.» C'est faire dire à l'apôtre juste le contraire de sa pensée (voir au v. 5).
La seconde et la troisième partie de l'adresse, l'indication des lecteurs et l'expression du vœu, sont renfermées dans le verset suivant :