‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 38 sur 55 · C.llAI'. I. t · texte numérisé non relu

C.llAI'. I. t

lulleia pas à luiijuiiis av(x les lioiinuus. d L'idée énoncée ici peut donc s'accorder aisément avec celle qu'exprime l^pli. IV, 19: éa'jTO'j; -c<perî(.>x.av, ils se soiil livres eux-mêmes. Comme le dit Mei/ei-, « la loi de l'histoire en vertu de laquelle la défection de Dieu est suivie dans l'humanité d'un accroissement |)roportionnel d'immoralité, n'est pas un ordi'c de chos(js juircmciit iialiii'cj; la piiissaiicc de Dieu est active dans l'exécution de cette loi. » Si l'on demande comment une telle manière d'a<>ir s'accorde avec la perlection morale de Dieu, la réponse est sans doule qu'arrivé à un certain degré de coriiii)tion, riioiiiuK; ne piiut être guéri que par rcxccs de sa corruption même ; c'est le seul moyen de produire encore ce que tous les appels et tous les châtiments précédents n'ont pas réussi à opérei", la réaction salutair(3 du repentir. C'est ainsi qu'à un moment donné le père du fils pi'odigue le laisse partii", en lui donnant même sa part de ses hiens. — Le caractère monstrueux et contre nature des excès qui vont être décrits, confirme cette manière devoir.

Les deux prépositions iv, par, et sïç, à, diffèrent connue le courant de l'eau qui entraîne la harque, une fois déiachée du rivage, et l'ahime dans lequel elle va être précipitée. Les convoitises existent dans le cœur; Dieu abandonne l'homme à leur puissance, et alors connnence cet égarement qui doit aboutir aux impuretés les plus dégradantes. — L'infinitif toO àTi^aaÇeoOai pourrait s'expliquer ainsi : l'impureté qui consiste à déshonorer. Mais comme tout ce passage est sous l'empire de l'idée de (( la manifestation de la colère divine, » il est plus naturel d'appliquer à cet infinitif la notion de but. C'est une condamnation : (c Vous m'avez déshonoré; je vous livre à l'impureté jjour que vous vous déslionoi'iez vous-mêmes. » C'est le aussi du commencement du v. — On ne trouve chez les

^SH I.A .irSTIFICATIOX l'AU LA lOI

classiques le verbe àTiiy.â'ccOa-. que clans le sens passif : être clrshonorp. Ce sens ne pouri-ait convenir ici qu'en traduisant, cMmme Mrf/i'r : « pour que leurs corps saieiil déshonorés entre eux » (les uns par les autres). Mais ce sens ne répond point à l'énergie de la pensée apostolique. Le châtiment consiste, non pas seulement à être déshonoré, mais surtout à se déshonorer soi-jurinr. 11 faut donc prendre v-ii/J'Unhx'. comme moyen et dans le sens actif : « pour déshonorer leurs corps en eux-mêmes. » Si ce sens moyen ne se présente pas chez les classiques, c'est un fait accidentel ; car il est ])arfaitement régulier. — Le rég. en eux-mêmes paraît oiseux au premier coup d'œil; mais Paul veut caractériser cette flétrissure comme désormais inhéi'ente à leur personnali|é elle-même : c'est un sceau d'infamie qu'ils portent à l'avenir marqué sur leur front. Les leçons iv ajToî; et èv âauToîç disent la même chose, la première en eux, au point de vue de l'écrivain, la seconde en eux-mêmes^ au point de vue des auteurs du fait. Le sens de entr'enx (Meyer, PhiUppi, etc. ) serait possible ; mais la pensée se trouve ainsi affaiblie.

V. 45. Ce châtiment est si sévère que Paul s'interrompt pour revenir encore une fois sur la gravité du péché qui l'a provoqué. Le pronom oItivec, eux qui, (jKali/ic ceux qu'il désigne. Dieu en a agi ainsi avec eux comme arec des r/enstiiii en avaient agi ainsi avec lui. — Le verbe <j.i-rO.- \y.çyy, mit triircsti, par l'adjonction de la prép. aerà, renchérit sur le simple rllaçav, ont chanijè, du v. ^:\ : 1»^ péché p.iiail toujours jtlus odieux à l'apôtre, à uiesuiv (pi'il le consitlère plus attentivement. — La irrite de Dieu signifie cerlainemeul ici : la vraie notion de l'être divin. cell(> qui smde répond à une si sublime réalité; couq». 1 riiess. 1, 0. où le Ihru vrtii os[ opposé aux idoles, he même que ce terme abstrait de mite est employé pour

cil Al'. I. 2'i-20. 5.i0

désigner le vrai Dieu, ainsi le mol mensouf/t' désv^ne ici les idoles, ce masque honteux dont les païens affublent la fiiiure de l'Elcc parfait. Et voici le comble de l'ignominie. Après avoir représenté Dieu par un simulacre indigne de lui, ils font de celui-ci l'objet de leur irnéraUon reiifjievsc (s'7£(iia'7G-/iGav). A ce terme qui embrasse la vie païenne, en général, Paul ajoute celui de èlàrps-jcav, ils ont servi, qui se rapporte aux actes spéciaux du culte. — napa, à côlé de, signifie avec l'accus. : en passant outre, en laissant le vrai objet d'adoration de côlé avec mépris, pour aller adorer autre chose. — La doxologie qui termine ce verset : qui est béni éternellement, esl un hommage destiné à laver en quelque sorte l'opprobre infligé à Dieu par le paganisme. En verlu de sa terminaison, e^Aoy/iro; peut signifier : qui doit être béni, ou qui est béni. Le second sens est le plus ordinaire et convient ici : précisément parce qu'il doit être béni, il /'es/ et il le sera, quoi que fassent à son égard les païens. Le terme el; toù; aïoiva;, à jamais, oppose la gloire éternelle de Dieu soit à l'honneur éphémère qui est rendu aux idoles, soit à l'affront temporaire ainsi fait à Dieu. — 'Ap//iv, amen, de l'hébreu aman, être ferme, est une exclamation destinée à affirmer la vérité proclamée, en dépit de tous les démentis que semble lui donner maintenant l'état des choses.

Après ce retour à l'idée du v. "iS, destiné à rappeler encore une fois la gravité de l'attentat commis, l'apôtre reprend la description du châtiment commencée dès le V. 24; et cette fois il va jusqu'au bout. Il ne recule devant aucun trait propre à expliquer la vengeance que Dieu a tirée de l'offense fîiite à sa majesté.

V. 26 et 27 : « A cause de cela Dieu les a livrés à des passions déshonorantes; car les femmes parmi eux ont changé l'usage naturel en celui qui est contre na-

:2i(l LA .irSTI FIXATION l'Ali F.A TOI

ture; -' et les hommes aussi, pareillement', abandonnant l'usage naturel de la femme, ont été enflammés, dans leurs passions ardentes, les uns pour les autres, commettant homme avec homme linfamie, et recevant en eux-mêmes- le salaire bien mérité de leur égarement. » — !-<■ S'.y. toôto, ù cause de a'Ic, jHjite à la fois sur le v. 25 et sur le v. 23 (dont le v. 25 est hi répétition) et reproduit simplement fidée du ^lo, à cau.se de quoi, v. 24; cette répélition de l'idée conjonctive s'accoi'de bien avec celle du verbe -y.^i6oy/.vj, il n lirrr, V. 24-6120. — Le compl. àTi[;.iaç, de déshonneur, est un gén. de qualité (déshonorantes). Ce mot rappelle la lin ilu V. 24 : pour déshonorer leurs corps en eux-mêmes. Le terme ~yM, passions, a quelque cbosc di' plus dégradant encore que celui d'è-iOu^/iai, convoitises, v. 24; il renferme une notion plus accentuée de passivité morale, d'humiliant esclavage. — Le tableau suivant des vices contre nature i"égnant alors dans la société païenne est confirmé de tous points par les détails affreux renfermés dans les ouvraL-es des écrivains <!,recs et latins. Mais on se demande conmient Paul peut se livrer, connue avec une sorte de complaisance, à une semblable peinture. La réponse est dans la tendance de tout le passage à montrer la colère divine déployée sur le monde païen; comj». le terme de àvTit;-icOia, Juste réniunération, v. 27. Une loi plane sur l'existence humaine, loi qui est m uièuie temps un acte divin : Tel lu lais ton l»ieu, tel lu te feras liiculùt Injmème. — Les tei'uies appeve;, b-0.e\.x<., tnédes, fé)netle^. sont substitués à dessein aux tin'mes plus nobles icvrîps:, yjva-xs:, hommes, femmes, qui se rapportent à la relation conju-

• A f) G P IL-^ont otio'-'o; o:, ail lieu de o-j-o-m; t: nue li>enl l> n ■••antre?.

' Au lieu (le :v zxj-.o::, ]{ K lisent îv ajTot:,

CHAP. I, '21. '28. S^'l

gale. — Tous les termes sont calculés dans le but de montrer qu'il y a ici un juste rouln de la part de Dieu. Le p.eT-/i*X"Xa^av, ifs uni r/iaii(ji\ truvesti, répond au même verbe, v. 25, et le Trapà cpiÎTiv, contre nature, au -afà -ov xTiaavTa du même verset. On passe à coté de sa pi'opi-e nature sans la respecter, comme on a passé à côté du Créaleur sans le glorifier. — La leçon ô;xouoç t£, et tout de même, exprime une idée d'égalil('', tandis que la leçon ôfAowo; èé de quati'e Mjj. ajoute une idée de gradation, comme si l'avilissement de l'homme par l'homme renchérissait sur celui de la femme. — Dans le viv é'^ei que nous avons traduit par « salaire bien minité » (littér. le salaire q^i'il fallait), on sent comme le frémissement de la sainte colère non seulement de l'apôtre, mais de Dieu. La justice ne le permettait pas autrement ! V égarement, TÙ^dri], n'est pas l'erreur qu'il y a à chercher sa satisfaction dans de telles infamies (Hofmann, Oltramare, etc.), mais le mensonge volontaire qui consiste dans Xidolâtrie (v. 21- 23), l'étoufTement de la vérité (v. 18); ainsi Weiss, Lipsius, etc. C'est là en effet le motif de l'àvTiawGia, de la rétribution flétrissante, qui vient d'être décrite. Encore cette fois, le rég. en eux-mêmes fait ressortir la profondeur de cette flétrissure ; ils la portent eu leur propre personne dégradée aux yeux de tous.

Le sentiment moral chez l'homme a pour base la notion du Dieu saint. Abandonner cette notion, c'est paralyser ce sentiment. En honorant Dieu, l'homme s'ennoblit; en le rejetant, il se pervertit infailliblement. Telle est dans la pensée de l'apôtre la relation entre le paganisme et la corruption du monde ancien. La morale indépendante n'est pas celle de saint Paul.

V. 28-32. Au V. 18^ Paul avait indiqué deux motifs du courroux divin qui se déployait sur l'humanité : Vimpiété

242 LA JUSTIFICATION l'Ail LA FOI

ef V injustice. Il vient de décrire la première (v. 19-23) avec son châtiment (v. 24-27); il passe maintenant au tableau de la seconde (28=^ et 32), puis de son châtiment (28^-31). De même qu'un débordement d'impudirilé monstrueuse témoigne de la colère de Dieu contre l'idolâtrie {Yùné^zicc), de même un déluge d'iniquités sociales manifeste sa colère contre l'injustice huiriainr iïy.^w.y.).

V. 28 : « Et comme ils n'ont pas jugé bon de maintenir Dieu dans leur connaissance, Dieu' les a livrés à un esprit destitué de jugement pour faire les choses malséantes; » — L'injustice fondamentale de la paît de l'homme a été le refus de laisser le Dieu parfait dominer sa vie. — Le verbe ^oy,ii>.'xC tiv, éprouver, passe aisément au sens de juf/er bon, appronver : Ils n'ont pas trouvé bon de faire de Dieu, révélé au-dcdans d'eux (v. 111-20), l'objet d'une perception distincte (stt^^'vcoci;) et de maintenir cette lumière allumée dans leur intérieur. L'expression grecque £/£'.v iv i-iyvwcei est analogue à la locution classique : l'/eiv Tivà èv opyr,, retenir quelqu'un comme enfermé dans sa colère. La tâche morale de l'homme eût été d'entretenir vivante au-dedans de lui l'intuition de Dieu, comme du Bien pariait, de telle sorte qu'elle devint la loi île sa volonté et de sa conduite tout entière. C'est ce que les païens ont refusé de faire. Kt par le fait (jue Dieu n'a plus été distinctement contemplé par eux, ils ont été livrés à toute injustice. — Raôwç, comme (^littér. conformément à ce que), indique la corrélation exacte entre celte injustice première et le dt'luge (riiiiquit(''s dont le tableau va suivre. — Le terme vojç àf^oy.iao:, que nous rendons par : un esp)it destitué île juifemenl, répond au oj^ i<^ojctti-acav, ils n'ont pas trouvé hon. Le voO; est la faculté de

' X A omet tout ici o Oîo:.

rliscenior soit inlcllt'ctui'lletiieiit, suit iiiontleincnt; c'est le sens ilu vrai et du bon. L'adj. x^ôy.w/jç, iuaccc]>té o\i inuccepldhlc, de ^éyou-cci, reœvoir {\ Cor. IX, 27), désigne donc ici propr. un sens moral i-ejelé el de plus en plus rejelable, auquel par conséquent on ne peut plus en aucune façon se fier, incapable de remplir sa tâche qui est précisément de Wi[7.aC£iv (mot qui vient de «^oy.i[7-o;), c'est-à-dire d'apprécier le bien et le mal. Comme ils n'ont pas jugé bon de maintenir en eux la claire conscience de Dieu, le Bien parfait, Dieu a jugé leur intelligence indigne de conserver le discernement du juste et de l'injuste. Cet étal, avec toutes ses conséquences, est un jugement, aussi bien que les passions contre nature décrites plus haut iv. 26-27). C'est ce qu'exprime le rape^wy.ev, a livré, correspondant au niéme verbe dans les v. 24 et 26.

L'expression : les choses malséantes, pour dire le mal, convient bien à la notion cV appréciation que renferment le verbe (ioy,vxaCv.v, juger bon, et l'adj. à^oxiaoç. Le mal est caractérisé ici comme difformité morale, propre à révolter le vo'jç, l'intelligence, si celle-ci n'était privée de son discernement naturel. — L'infîn. -jroieîv, faire, équivaut presque à un gérondif latin, en faisant. La négation subjective f.r; avec le participe signifie, non : tout ce qui est malséant, mais : tont ce que l'on range naturellement dans cette classe. — 11 faut enfin remarquer la répétition intentionnée du subst. 6 0£o;, Dieu : « Comme tu traites Dieu, Dieu te traite. » C'est sans doute par erreur que ce mot Dieu est omis la seconde fois dans le Sinait. et VAlexandr. — Yolkmar commence au v. 28 une nouvelle section. Il s'agirait dès maintenant de la culpabilité juive, en opposition à la culpabilité païenne (v. 18-27). Mais rien n'indique dans le texte ni dans la pensée une semblable transition ; le X.XI, aussi, s'y oppose, et le reproche énoncé

par l'apôlre dans les v. suivants et surtout v. 32, est piéciséinent le contraire du tableau qu'il trace des Juifs, ch. II. Ceux-ci apparaissent comme Uajufjcs de la corruption païenne (II, I et suiv.), t<indis que les hommes caractérisés au V. 32 y a])jil((>nl>.ssr/it.

V. 29'^ : « étant remplis de toute espèce d'injustice ^ de perversité, de malice, de cupidité-; » — L»ans rénumération suivante, il ne faut pas chercher un ordre rii^oureuscment systématique. Paul laisse évidemment courir sa plume, comme s'il sentait que de tous les termes mauvais qui se présenteront, aucun ne sera hors de place. — Mais dans ce désordre apparent on peut cependant saisir un ceitain groupement, un enchaînement jiar association d'idées. Le premier groiqje, que nous avons détaché des suivants dans la traduction, comprend quatre termes; d'après le T. U., cinq. .Mais le mot -opvsia, impureté, doit évidemment être retranché, car il manque dans beaucoup de Mjj.; il est déplacé dans quelques autres; enfin ce sujet a été épuisé dans ce qui précède. — L'expression « toute espèce lV injustice » comprend collectivement toute rénumération suivante : 77ov7;ûia, perversité y désigne l'instinct mauvais du cœur; -/.ax.îa, ))ialice, la mécliancclé calculéi^ qui si.' complaît à nuire; -A£ov£;îa, c'*;/>/- (///(' (désir d'avoir davantage, ->^£ov è'/s'-v), la passion de l'argent ((ui w craint pas de porter atteinte à l'avoir du prochain pour augmenter le sien. Le partie. -£-/.r,p(.ju.cvo'j:, renipiis, en tète de ce premier groupe, estappos. du sujet sous-entendu de Troieîv.

' Le T. R. lit, après aôtzta (injustice), nopvjt» (impurctri avec L soiil ; D F G plac'cnl -opveia après /.ax-tac imnlicct; N A B (' K le rotianrliL'nl entièremt'nl.

- Ces trois dernitTS lormes <q\\\ Uansposés diins los .Mss. n \ ; -ovr,ota, /.ax;a, -Àeov;;;a; B L : "ov., -Àjov., /.ax. ; C: xax.. -ov., hXeov. .

Los qualn.' loriiK'S do ce i)rcini(3r groupe se rapporleni donc aux injustices à regard du i)ien-èlre et de la proprirU' du prochain.

V. 29'' : « pleins d'envie, de meurtre, de dispute, de ruse, d'àcreté; » — (^es cincj termes loiTiicnt de n(Hiveau un gioupe naturel qui corn|)rend toutes les injustices par lesquelles on nuit à la pcrsoinu' du |)rocliain. L'adj. nouveau placé en tèle de ce second groupe, [xeTTou;, pleins de (propr. farcis), indique la différence d'idée avec le grou|)e précédent. Connue adjeclil', il désigne uniquement la qualité présente, tandis que le participe r£';r').-/;p(.)[7,eVj'j; rappelait le devenir (jui avait conduit à l'état décrit. L'assonance des deux mots grecs o6ovou, d'envie, et ^ovo'j, de meurire, fait qu'ils sont souvent réunis aussi chez les classiques ; l'envie mène d'ailleurs au meurtre, comme le montre l'exemple de Gain. Si l'envie ne va pas jusqu'à faire disparaître celui dont les avantages nous offusquent, elle cherche du moins à le troubler par la chicane dans la jouissance de ses biens; c'est ce qu'exprime spi;, dispute, querelle; enfin, sur celte voie, on cherche à nuire au prochain en le trompant (rto'Xo;, ruse), ou à lui rendre la vie dure par l'humeur acariâtre iy.y.y-rjr^^k'.y.) .

V. 30" : (( rapporteurs, médisants, détestant Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons;» — Dans cette énuméralion émue, Paul passe subitement des vices aux vicieux, tels qu'il les a constamment sous les yeux. Les six termes de ce groupe se rattachent au péché de l'orgueil. Il n'y a aucune raison de les réduire à quatre, comme le veut Hofrnann, en faisant du second terme l'épithéte du premier, et du quatrième celle du troisième; cette explication ne s'accorde ni avec la rapidité de l'énumération, ni avec le besoin d'accumuler les termes. — Wé\j^iGx-/]ç, rapporteur, l'homme qui verse son venin contre le pro-

cliain, connue l'on dit vulgairement, dans le tuyau de l'oreille ; xaTâ>.a>.o<;, celui qui déni<j;re ouvertement. Le mol bionT'jj/,^ signifie, dans les deux passaj^es classiques oi^i il se rencontre (dans Euripide), liai de Dieu, et Rûckert, Frilzsche, PhUippi, Mener, OUramare, pensent par cette raison que ce sens jiassif doit être conservé ici, mais en le généralisant : détesté de Dieu comme malfaiteur '-ndurci. Mais cette signification générale est impossible dans une énumération où le sens de chaque terme est limité par celui de tous les autres. Le sens actif, déle.slunl Dieu, convient seul; c'est ici la suprême manifestation de l'orgueil qui ne peut accepter la pensée d'un supérieur et d'un juge ; on pourrait dire : la forme la plus monstrueuse de la caloiiuiie, la malédiction de la Providence. Suidas et Œcuménius, deux écrivains plus rapprochés de la langue vivante ({ue nous ne le sommes, ont cru pouvoir attribuer à ce mot la signilicalion active que nous lui donnons ici. — A ce péché de l'insolence vis-à-vis de Dieu (l'îifip!.; des Grecs) se joint naturellement iiusulle vis-à-vis des hommes : O^pw--/;;, insolent. — Le terme "j7r£p-/i'(pavoi; (de 'JTrsp, ^a{vrju,a'.), orqueilleur, désigne celui (jui, dans le sentiment de la supériorité qu'il possède à certains égards, regarde les autres avec hauteur, tandis que à/.aCwv, ('(Oifaron, désigne celui ([ui cherche à attirer l'admiration en s'attrihuant des avantages qu'il ne possède pas réellement.

V. 30^ et 31 : « inventeurs de maux, désobéissants à leurs parents, 31 dépourvus de sens, déloyaux, sans tendresse', sans pitié;)) — Ce dernier groupe se rappoite à la disparition de tous les sentiments naturels d'hulïianitê, de piété liliale, de loyauté, de tendresse, de pitié.

' Li- T. U. iijoule ici avec (' K l. I^ : a7-ovoou; (sans boutée foi); mais ce mot est omis par x A 15 1) K (i.

11 rcnfonnc six termes. Le pi-emier, inrmlciir.s de maux, désigne ceux qui passent leui- vie à méditer sur le mal qu'ils pourraient faire aux autres; c'est ainsi qn'Antiocluis F.piphane est appelé par l'autêur du 11'- livre des Matcab. (Vil, 'M) TCac/i; x,a-/.ia; eOpeT-/;?, et Séjan, par Tacite, facinomm repertor. — Les gens de cette ti'empe ont ordinairement commencé à trahir leur mauvais caractère au sein de la lamille, ils ont été désobéissants à leurs parents. — XcuveTo;, dépourvu de sens, désigne celui qui ne sait plus prêter l'oreille à un sage conseil; ainsi compris, ce terme se rattache naturellement au précédent; Hofniann rappelle ici avec raison Ps. XXXII, 8 et 9. — 'AcjvOstoç, que plusieurs traduisent par irréconciliable, peut difficilement avoir ce sens; car le verbe d'où il provient ne signifie pas récoHcilier, mais décider eu commun, d'où : faire un t irrité. L'adj. désigne donc celui qui viole sans scrupule les contrats qu'il a signés, l'homme sans foi. — 'Àcropyoç, sa)is tendresse, de TTÉpyet.v, chérir, caresser, choyer; ce mot caractérise la destruction même des sentiments de tendresse naturelle, comme cela se voit chez une mère qui expose ou tue son enfant, chez un père qui abandonne sa famille, chez des enfants qui négligent le soin de leurs vieux parents. — Si le mot suivant dans le T. R., à^rov- ^ou:, violateurs de traités, était authentique, son sens se confondrait avec celui d'à'jijvGiTO'j; bien conqDris. — Xve- Iv^iJMv, sans pitié, se rattache étroitement à àaTopyoç, sans tendresse, qui le précède; mais son sens est plus général. Il ne s'agit plus seulement des sentiments tendres dans le cercle de la famille; il faut se représenter ici cette population tout entière des grandes villes accourant au cirque pour contempler les combats de gladiateurs, applaudissant frénétiquement à l'effusion du sang humain et se repaissant des angoisses du vaincu expirant. C'est un exemple

2i8 LA JISTIMUVTION l'Ai! J.A 101

de l'indicilile dureté de cœur à laquelle était arrivée la société païenne tout entière. Que serait-elle devenue, si un soulfle régénérateur n'eût à ce moment suprême passé sur elle? — C'est dans ce dernier groupe que s'accentue avec le plus d'énergie le trait que l'apôtre tient à faire ressortir, à savoir que cet étal de choses est la révélation d'un jugement divin qui éclate dans un tel endurcissement. Kn effet, ce ne sont plus là seulement des iniquités qui puissent s'expliquer par le simple égoïsme naturel, (le sont des énormilés qui ne sont pas moins contre nature que les infamies décrites précédemment comme cliàtimi'iil du j»aganisme. Ainsi est pleinement justifiée l'idée de l'abandon des hommes à un esprit dépourvu du sens naturel de l'appréciation morale (l'àf^oV-iao; voOç du v. :iM).

V. 32 : « eux qui, bien que connaissant ' la sentence de Dieu qui déclare dignes de mort ceux qui font de telles choses, non seulement' les font, mais applaudissent- encore ceux qui les font, i) — Le rappoii de ce verset à ce qui précède a été assez généralement mal compris. L'apôtre ne conlmue pas la description du chiilimcnt; il revient à la description du péché qui l'a motivé. C'est ce que prouve le o'î.'t!.v£ç, comme dc^ f/cns qui, pronom qui, dans ce tableau de Viujustice, est absolument le pendant du oIt'.vs: du v. '2') dans le tableau de Vimpielé. — Le plus grave malentendu est celui de Uitscbl. Ce théologien envisage les hommes auxquels se rapportent ce v. ;>2 ainsi que les quatre versets suivants dl, l-i), connue l'ormanl une classe à part et toute dillèrente des pécheurs dépeints depuis le v. lit. Les \\o\u\\]l'> <jui rcticnncnl lu

' Au liiMi de s-'-Yvov-s;, li lit ^-.y'-vioTyovT;;. — Au partie î-'-y-o/t;;, I) K ajoutent le verbe ojx îvo/,iav, et G : ojx svvoîav. Plus loin I) ajoute vai après ou aovov.

- A la place des ileux verlies -oiojt.v, tjvîjooxojjîv. H lit -o.ojvt:; tjveoooxO'jvtî;.

CHAI'. 1. ■.i± 2i9

vcritt' captive, v. 1(S, seraient divisés en Jeux classes : « ceux qui par le paj^anisnie ont éloulï'é le sentiuienl de la révélalion divine (v. lU-Sl),» et: ce ceux qui. tout en jugeant les ininioralités engendrées par le paganisme, y participent néanmoins par leur conduite (v. .'î^ — II, ^l.» Mais on voit aisément que cette distinction est inventée dans le but indiqué p. 224, celui de ne faire commencer l'exposé de la colère divine que depuis II, 5. Les termes du v. 32 : quoique ayant connu le jugement de Dieu, rappellent évidemment ceux du v. 28 : ils n'ont point nudntemi Dieu dans leur connaissance, et se rapportent aux mêmes personnes. D'ailleurs, juger pour approuver, v. ."]2, est un péché absolument différent de juger pour condamner, II, 1. 2. Comme le oI'tivs; du v. 25 justifiait le jugement infligé aux idolâtres en rappelant la grandeur de leur faute, ainsi celui du v. 32 justifie le jugement des païen:?, au point de vue moral, par la résistance volontaire qu'ils ont opposée au pressentiment du jugement divin : ce Ils ont bien mérité d'être livrés à ce débordement d'iniquités sociales, eux qui, intérieurement avertis du jugement final, n'ont rien écouté.» Le terme s-iyvovTeç rappelle celui de £v i-i-^"'mr;e'., v. 28, et tous deux celui de •^'vovTeç tôv ©sov, connaissa)it Dieu, du v. 21. Celui-ci se rapportait à la \érilé religieuse qui s'était révélée à l'homme; les premiers à la lumière morale, qui en est inséparable. — Tô r^/x.auoy.a TO'j 0£O'j, proprement : ce que Dieu déclare juste soit sous la forme de loi (II, 26; VIII, 4; Luc I, 6), soit sous celle de sentence (V, 16.-18; .\poc. XV, 4). Ici les deux notions sont naturellement réunies. Les mots suivants exposent le contenu de cette loi et de cette sentence, que Dieu avait eu soin de graver dans leur propre cœur : la peine de mort pour les violateurs. Que d'appels à la justice de Dieu ne rencontre-t-on pas en effet dans les écrits des historiens

'250 LA .irSTIFICATlOX l'Ai'. LA FOI

et dos pliiloso)tlies [laïens! Qucl.s l.'ilileaux, chez lesj)oètes, des cli.Uinienls inflij>és aux iiiairaiteiirs dans le Taitare! Philippi cite très-heureusement ici hî l'ail raconté Act. XXVIII, 4, coiiiriie un exeirijilr (hi sentiment qu'avaient les Barhares de la èi/.r, divine. — Le terme dir/nesde moil a été rapporté par Bcngel et d'autres à la mort du corps, et par Grolius et Hofmann à la peine de mort ai»j)liquée par les jup,es liuiiiaiiis. Mais cjAIc: dci'nif're [leine ne pourrait convenir qu'à un seul terme dans toute l'énumération précédente, celui de cpovoç, meurtre; or le -rà roiaôra, de telles choses , ne permet pas une application aussi restreinte. Et quant à la triort naturelle, les païens n'y ont jamais vu le salaire du péché, comme P/tilippi le montre par le mot de Cicéron : Mors naturœ finis, non panui : voir d'autres passages dans Ollranuire. 11 s'agit donc ici de la mort telle que Dieu seul peut l'infliger, des peines de l'Hadès, que reconnaissaient aussi les païens et que Paul, désignant les choses à son propre point de vue, ajtpelle /(> nioj-t. — La seconde partie du v. expose le péché tiiial par lequel les hommes se sont attiié l'application de cette menace écrite dans leur conscience. Non seulement ils ont fait le mal, mais ils ont applaudi à ceux qui le faisaient! Le fait est vrai. LcsCaligula, les Mérou ont trouvé eux-mêmes (l(!s avocats, des admirateui's, des multitudes disposées à les encenser. Le : nint sriilcntcnt, nmi^ encore, suppose avec raison qu'il y a plus de culpahilité à u/iprourer de sang-froid le mal commis pai- autiui, qu'à le commettre soi-même, dans rentrainemeiit il l'aveuglement de la jwissioM. lue |»areille appruiiatinu à l'roid est l'êellement le dernier degré du travestissement du sens moral.

La leçon du 6\r/*/////r.signilierait : ii Lux cpii, ayant connu la sentence de Dieu, n^ont jnis compris que ceux qui font de telles choses sont dignes de murt; cur. non seulement

CHAI'. I. 3± i25I

ils les Tonl, elc » Mais de celle manière, le contenu du

décret divin restei'ait in('Xj)ii(jii('', ce ((ni est peu naturel, cl l*aid ne met pas la lanle dans rinlelliiience, niais dans la volonl*'. La leçon du \'((tic. signifierait : « Eux qui, connaissani la senlence île Dieu que ceux qui font (Ui telles choses sont dignes de uiorl, fdisani non seid(;rnent ces choses, mais approuvant ceux qui les font. » Le verbe manquant, il l'audrait tirer un second tWi^, sont, du premier : so}it faisant, approuvant, pour : font, approuvent. Celte construction est bien forcée, et il est trés-prubable, comme on l'a supposé, que la leçon de B n'esl qu'une importîition dans le texte apostolique d'une l'orme de citation qui se trouve dans l'épilre de Clément Romain. Ce Père, citant notre passage, dit : « Ceux qui pratiquent ces choses sont abominables au regard de Dieu, et non pas seulement ceux qui les Ibnt (oï TTfàacovTE:), mais aussi ceux qui les approuvent (oi c'jvsu^o/.oOvTe;) . » Le : (l n'ont pas compris, li et le car que lit le Cantabr.,pi\viùssv.nl n'être, que des essais de corriger celte leçon défectueuse conservée dans le Vatiamiis.

L'apôtre dislingue donc deux degrés dans le développement du péché au sein du monde païen : l'un, résultat naturel de l'instinct gâté, qui est tout à la charge de l'homme, l'autre, ayant le caractère d'une dégradation contre nature, et qui est une punition, le signe manifeste de la colère de Dieu. Ce grand jugement historique est décrit d'abord au point de vue religieux : l'homme étouffe l'inluilion de l'être divin et travestit Dieu en idole ; pour son châtiment, il se dégi'ade lui-même par des impuretés monstrueuses. Puis au point de vue moral : l'homme étoulfe la lumière de la conscience; pour punition, il perd le discernement moral et se pervertit au point même d'applaudir à toutes les iniquités sur lesquelles il sait que pèse:

252 LA .TUSTIFICATIOX l'Ail LA FOI

la condamnation tlivine; c'esl l'éntit'-ro paralysie de la conscience. Ainsi est pleinement justifiée par les laits la pensée du V. IS : La colère de Dieu se révèle sur le monde païen.

ye mui\ci:au rii. i--2Uk

La colère fie Dieu s' amassant sxr le peuple juif.

Au milieu de ce déljùidement de souillures et d'iniquités donl la société païenne oiïre le spectacle, l'apôtre aperçoit un individu qui, semhlalile à un jujze, promène, du haut de son tribunal, un regard sévère sur cette masse coirompue, condamnant le mal qui y règne et applaudissant à la colère de Dieu qui la chàlie. C'est ce nouveau personnage qu'il apostrophe en ces mots :

V. 1 : (I C'est pourquoi tu es inexcusable, ô homme, qui que tu sois, qui juges! Car en jugeant cet autre, tu te condamnes toi-même, puisque tu fais les mêmes choses, toi qui juges. )^ — A qui s'adresse cette apostrophe? Aux magistrats païens, répondent les anciens interprètes grecs. Mais un magistrat est établi pour jugei' les crimes; on ne saurait lui l'aire un reproche d'accomplir son emploi. Aux meilleurs d'entre les païens, répondciil les réformateurs et aujouririiui encore Hofmann. Mais à quoi l»on, dans ce vaste coup d'œil sur l'état général de l'humanité, ce rappel à la charité (.Matth. Vil. h adressé à quelques-uns d'entre les païens? En tout cas, un tel précepte ne pourrait T-tre ici ({u'une paienthése ; or il est aisé de voir que ce v. I est, par rapj)ort au ch. Il, ce qu'était le v. 18 par rapport au ch. 1, le thème de tout ce qui suit. Kvidennnent, celui tjui est apostrophé en ces teiines : 0 honniie, qui ijnr tu sais, (jui jutjes, Ibrmc une

ciiAP. I, :w-ii. I. l'o.'i

excejilion au iniliL'ii de ces limunics (av6pwro'., 1, KS) (jiii étoulTonl mal et iiiécliaminenl la vérité. Celui-ci ne la comprime pas, ne nK'Coniiait j)as la loi <lu bien, il la pi'Oclame au contraire; mais il l'applique uniquement au jugement d'autrui. Le vrai nom de ce personnage colleclil' dont saint Paul ti-ace ici le portrait sous une forme abstraite, sans le désiiiner encore, sera prononcé enfin an V. 17 : « Or si, toi, Juif. » L'apôtre sait combien est délicate la tàcbe qu'il aborde, celle de prouver au peuple élu que la colère divine, actuellement déployée sur les païens, plane également sur lui. Il va liaîner devant le tribunal de Dieu le peuple qui se permet de citer tous les autres à sa barre. C'est une entreprise bardie. L'apôtre procède avec précaution. 11 énonce d'abord sa pensée d'une manière tout à fait générale, pour la dévoiler plus tard tout entière. Ce chap. II est donc le pendant du morceau 1, 18-32; c'est le procès du monde juif, après celui du monde païen. Et les deux premiers versets en sont le sommaire.

La marcbe suivie pai- l'apôtre est celle-ci : Dans la première partie, V. 1-16, il pose le principe du juge^nent vrai (impartial) de Dieu. Dans la seconde, v. 47-29, il l'applique directement au Juif. — La première partie renferme le développement de trois idées : i^ La sentence que prononcent certains hommes sur les abominations païennes qui viennent d'être décrites, ne les mettra pas à l'abri du jugement divin, v. 1-5; 2» Ce jugement aura lieu impartialement, d'après le faire de chacun, v. 6-12, 3° non d'après le fait de la possession ou de la non possession de la loi, V. 13-16. L'application directe de ces vérités générales aux Juifs contemporains suivra dans la seconde partie du chapitre, V. 17-29.

Le ^10, c'est pourquoi, qui lie ce morceau au précédent, a été rapporté par Meyer à tout le tableau de la vie

254 LA .irSTiriCATlON PAH LA FOI

païenne tracé depuis le v. 18, comme si les Juifs iJevaiont y retrouver le portrait humiliant fie leur propre conduite. Mais jamais les Juifs ne s'étaient livrés à de semblables excès. On a rapporté' celte particule au v. 32 uniquement, soit dans le sens de de Welle, Frilische : « C'est pourquoi, puisque Dieu prononce une sentence de mort sur ceux qui aiiissent ainsi..., » soit dans celui de Philippi, Holsten, Oltramare : « C'est pourquoi, puisque l'honnne qui iuae connaît certainement celte senlence de mort....» Mais, dans les deux cas, ne faudrait-il pas : « loi aussi qui juges, lu es inexcusable. » Hofinann a logiquement conclu de la liaison ainsi comprise qu'il s'agissait ici des mêmes individus qu'au verset 32, ce qui lui a fait manq\u3r le sens de tout le morceau. Le : c'est pourquoi, s'explique plul<)l pai' le contraste entre applmulir au péché (fin du V. 32) e\.ju(/er le péché. Si celui qui par sa faute a perdu le discernement moral au point (V approuver le mal que font les autres, mérite certainement d'élre l'objet de la colère de Dieu, combien plus ne doit pas l'èlre celui qui, ayant encore le sens moral assez éveillé pour juijer la conduite des aulr(>s, se livre aux mêmes péchés qu'eux! A la culpabilité du péché lui-même, il joint en etïel l'oflieux de l'orgueil et de l'hypocrisie (voir Weiss, qui comprend la liaison comme nous». — Le terme iiuwcusable est appliqué' ici aux Juifs, exactement de la même manière qu'il l'avait été aux païens, 1, 20. Paul vise en elTet à prouver l'état de condanmation du monde entier (111, 19 et 20). — Le -à;, qui (jur lu sois, fait bien voir que Vnu\ a ici en vue un nouveau personnage, qu'il distingue de ceux qu'il vient de décrire. — Le terme o xgîvwv, loi qui juife.^, ne ildit |ias être entendu dans le sens de : toi qui nuuhimnrs. L'apiilri- eiii]il()ie dans ce sens le tei-ine de xaTz/.îiveiv <liii du v.t. Va\ jut/raul la conduite d'autrui, un iiioutie qm-

CIIAI'. 11. I. 2. 2.").-)

l'on connaît la nonne du Idcn inoial et qu'on Ini rend honnnape. Si, par conséqueni, on l'ail le niai, on s'est d'avance condamné soi-même. L'allocution àvOpwTre, ù homme, rappelle à celui qui se fait juge, qu'il est lui-même une créature responsable appelée à passer par le jugement divin. On sait (jue les Juifs se plaisaient à condamner les païens en masse en leur appliquant tout court le nom de oi àfi.apTwXoi, les pécheurs ; comp. Gai. II, 15. — 'Ev w, en ce que, signifie : par k fait même ([ue tu juges; juger et te condamner, c'est tout un, car lu ne jugerais pas si lu ne discernais le mal du bien. Ce sens est plus poignant que celui de Mei/er, Philippi : dans les choses ù l'éfjard desquelles lu juges. 11 y aurait plutôt dans ce cas le pluriel £v oLç (comp. le rà aura). — En disant : les mêmes choses, Paul ne veut pas efîacer toute différence entre l'état moral des Juifs et celui des autres nations; mais le passage v. 17-24 va montrer que la différence n'était que relative. La forme était moins malséante chez les Juifs, mais le fond du péché était le même. La répétition des mots : loi qui juges , à la fin de la phrase, accentue fortement encore une ibis le caractère qui distingue ce personnage et en raison duquel il esl pris à partie. — A ce jugemenl partial et mensonger de l'homme, l'apnire oppose le jugement juste el incorruptible de Dieu, tel qu'il se révèle à toute conscience humaine :

V. 2. « Mais' nous savons que le jugement de Dieu est conforme à la vérité sur ceux qui commettent de telles choses. » — On pourrait traduire ^i j»ar or. Ce serait ici la majeure d'un syllogisme dont la mineure se trouverait au v. 1 : «Celui qui fait les choses qu'il juge chez les aulres se condamne lui-même; or cette manière d'agir

* X C lisent yap (cat^. au lieu de 5c.

25b LA JUSTIFICATION l'Ali LA FOI

ne saurait échapper au ju^^enient du fJieu juste. » Il iiuus [laraitplus siui[)Ie <Je tiaduire le ^i par mai); ; l'apôtre appelle à la barre du juLieuifut riai le juge aveuglé sur liiimèine du \ . I : (( Tu crois jiouvoir juger tout en péchant;

mais nous savons pourtant que » Le complément de

Dieu oppose également ce jugement au précédent. La liaison de V. 2 à V. 1 par car, dans deux alex., est inadmissible. Pour qu'elle eût un sens, il faudrait que F'aul eût déjà parlé dans le v. I du jugement qui attend le prétendu juge. Mais cette idée n'était pas sullisamment énoncée au V. 1 par le mot inexcumhle . — Le sujet de : nous savons^ serait, selon plusieurs : nous citrétiens. Mais que prouverait la connaissance des chrétiens contre les prétentions juives? D'auli'es entendent : nous Juifs. Mais c'était précisément la conscience juive faussée que Paul voulail redresser. Il le l'ait au nom de la conscience humaine à laquelle il en avait appelé déjà I, 82, La forme : Mais nous savons, équivaut donc à celle-ci : Mais chacun sait. — Le terme /.pîtxa ne désigne pas, comme y-pi-ri;, Xacte du jugeiiioiit, \\vd\i ion conlenu , la sentence prononcée. Celle sentence, comme venant de Dieu, ne peut être que conforme à la vérité. Comp. Prov. XXIX, I i (iv ôùxhiix xpîve-.v) el .lean Vlll, Ki (/.gîti; àXr.O-/;:). Il n'y aurait plus de vérité dans l'univers, s'il n'y en avait pas dans le jugement de Dieu; et il n'y en aurait plus dans le jugement de Dieu, s'il suftisait de condauuier les autres, pour être absous soi-même. On a exjdicpié parfois les mots /.x-x x/.r.hv.^^ dans le sens de réellement : (( qu'il y a réellement un jugement de Dieu conire ceux cpii >^ Mais ci' (pie les .luifs

contestaient n'était pas le fait du jugement; c'était la parfaite conformité de la sentence à l'état réel des choses, c'est-à-dire sa pleine vérité. Ils ne pouvaient se défaire de l'idi-e (ju'ils jouiraient à ce moment-là de certaines iuunu-

CHAI». Il, '2-i. -257

nités (lues à leur croyance plus pure et à leur prérogative théocratique, et que, quoique violateurs, ils seraient absous. — L'ex[)ressiori xà ToiaOra, de telles choses, est bien équival(inl(^ au xà aùxà, les mêmes choses (v. 1), mais elle rappelle en nirnie temps le caractère odieux de ces choses. — Mais il y a dans le cœur du Juif un préjugé qui s'oppose à l'idée d'un jugement pleinement vrai; il faut le déraciner. C'est le but des v. 8-5.

V, S: (( Mais penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui font de telles choses et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? » — Tour cuuqn-ciidie le 7)U(fs, il f;uit suppléer en pensée entre les v. "2 et S la conclusion à tirer du v. 2 : Donc tu dois t'attendre, loi aussi, à subir une sentence vraie, c'est-à-dire conforme aux faits. De là le v. 3 : Mais penses-tu, sans égard à celte connaissance que nous avons tous du jugement...? — Jlofmann prenil les verbes loyiC"/) et -/.aTacppovec; (la comptes, tu méprises), dans un sens affirmatif comme le verbe du v. 5. Mais le -/î, ou bien, du v. 4, si fréquent chez Paul comme lien entre deux questions, parle plutôt pour le sens interrogatif, qui par sa vivacité convient mieux au contexf3. Le terme \(j-^fit(j^'x\, raisonner, caractérise bien les faux calculs par lesquels les Juifs se persuadaient qu'ils échapperaient au juste jugement. 11 faut remarquer le eu, toi : « que tu échapperas, toi, » toi, être à part, personne privilégiée ! Ce toi n'a de sens qu'autant que Paul s'adresse à un groiqie d'hommes jouissant de certains privilèges qui leur donnent le droit d'espérer une exception en leur faveur (Weiss). — C'était en effet l'axiome juif que « tout circoncis a part au royaume à venir. » Mais peut-être y at-il même chez ces juges quelque chose de pii'e qu'un faux calcul :

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