V. 4 et 5 : ce Ou méprises- tu la richesse de sa bonté
de sa patience et de son long support, ignorant que la bonté de Dieu te conduit a la repentance? •'• Mais selon ta dureté et ton cœur impénitent tu amasses sur toi-même un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation' du juste jugement de Dieu,») — H : ou nii'nie. Suiail-cfj \)\u> (ju uin.- ilhibiou; serail-ce mépris? La richesse de honte embrasse tous les bienfaits de Dieu envers Israël dans le passé : celte élection spéciale, cette cbaine de révélations, ces soins constants dont Israël avait joui, enfin l'envoi même du Messie. Le second terme àvo/ri, [tatience (de x^d/tnhy.'., se contenir), désigne le sentiment que le bienfaiteur éprouve quand sa bonté est mise à l'épreuve |)ar liniiralitude. Paul ])ense sans doute à ce meurtre du Messie auquel la justice divine aurait pu répondrii par la destruction immédiate du peuple. Le troisième terme |7.a-/.poO'JL/.îa, long support, rappelle la prolongation incompréhensible de l'existence d'Israël, à travers ces trente années consécutives de résistance à la prédication des apôtres, qui venaient de s'écouler depuis le ministère de Jésus, et malgré des crimes tels ijue les meurtres d'Ktienne et de Jacques. Ces trois expressions forment une gradation menaçante. La dernière, en effet, le long support, présente le trésor de grâce comme bien près d'être épuisé, et celui de la colère connue pièl à déborder. Le terme de mépriser est bien expliqué par Philippi : «On méprise la bonté divine quand, au lieu de rechercher le l»ut qu'elle se propose, on s'en l'ait uu oreiller de sécurité pour se livrer légèrement au péché dont on devait se repentir. » — 'A-j-votôv, ignorant, a été traduit (lans le sens de mécotmaissant ou de ne eon,'<iil('nnit /)«>. Le sens naturel suffit. Car c'est une ignorance co?//;(//^/('. puis(]u*elle
' Les correcteurs de N et de I) et los Mjj. K L I' intercalent un xxt, et, après a7:oy.aXiji|/EO);.
t:ii.\i>. II, 4-5. 25U
résulte de ce qu'on ne cherche pas à comprendre les voies (le Dieu; comp. 1 Cor. XV, 34. — L'expression xo /p-ziTTov ToO OsoO, est touchante : ce qn'il y a de hon, de doux, de ilt'-Itonnaire en Dieu (•/pr,'7To:, proj)r. : maniable, dont on peut se servir, de yj^oL<JiJ.oL\.) . Celte forme : « ce qu'il y a de. . . , » laisse supposer qu'il y a encore autre chose en lui et qu'il ne se laissera pas toujours traiter impunément de cette manière. — Le terme àyeiv, conduire à, implique la faculté que possède l'hounne dr; se livrer ou de résister à Tattrail exerci'' sur lui. S'il ne pouvait ])as résister, comment les Juifs seraient-ils accusés de commettre ce péché en ce moment même? La y.e-avoia, repentance, est l'acte pai- lequel l'homme revient sur sa manière de voir précédente, change de point de vue et de sentiment.
V, 5. Le ^i, mais, oppose le résultat nul de tant de grâces reçues à l'effet salutaire voulu d'en-haut. Il ne faut pas continuer ici la forme interrogative du v. 4-, ce qui serait traînant et moins énergique. — Le y.arà, proprement selon, que l'on peut sans doute rendre par la prép. i)ar (comp. Phil. IV, 11), désigne la norme conformément à laquelle agissaient les Juifs. C'était leur vieille ligne de conduite qui consistait à opposer aux appels de Dieu un cœur dur et impénitent; comp. Act. Yll, 51 : «Gens de col roide (cry.V/ipoTpàyY.Vjt), incirconcis de cœur et d'oreille, vous vous opposez toujours au Saint-Esprit; comme vos pères ont fait, vous faites aussi. » — La diireté se rapporte à l'insensihilité du cœur envers les grâces divines; Vimjn'nitence à l'absence du changement de sentiment qu'une telle bonté aurait dû produire. — Mais ces grâces ne sont point simplement perdues. Au lieu du bien qu'elles étaient destinées à produire, il en résulte un mal positif. Chacune de ces grcàces foulées aux pieds s'en va grossir le trésor de colère qui s'amasse peu à peu sur la tête du peuple impé-
nilenl. Il y a corrélation évidente entre l'expression ric/iesse de boule, v. 4-, et le terme fyt.n%'jzCiv.-/ , t/tt'.suuriser. Ce dernier, ainsi que le datif (de faveur!) csau-rw, fiour toi-même, ont certainement une teinte d'ironie : Quel enrichissement que celui-là ! — La colère est dénoncée ici aux Juifs, comme elle l'avait été 1, 18 aux païens. Les deux })assages sont parallèles; il y a seulement entre eux cette diftérence que chez les païens la foudre frappe déjà, tandis que pour les Juifs l'orage se forme encore. L'époque où il éclatera pour eux est appelée \cjour de colère. Celte expression désigne d'ahord la grande catastrophe nationale qui avait été prédite par Jean-Baptiste et par Jésus (.Mattli. III, Kl; Luc .\l, ôO, .M), puis aussi le jugement final des individus coupables, immédiatement après la mort ou au dernier jour. La prép. iv (ce dans le jour >>) peut dépendre du subst. colère : « la colère (qui aui'a son plein cours) dans le jour où — >) .Mais il est plus naturel de faii'e porter ce rég. sur le verbe : lu l'atnasse.s. Tu. t'amasses dans, pour : tu t'amasses une somme (qui te sera payée) dans ce jour-là. — Les trois .Mjj. byz. ainsi que les correcteurs du Sinait. et du Cantabr. lisent xaî (et) entre les deux mots réeélation cl juste juyement : Jour de colère et de révélation et Ae juste Juijement. Os trois termes jtourraient convenir conune répondant aux trois du v. i : l>onté, patience, long support. Le complément du mot révélation pounait être : les œuvres humaines, ou le Seigneur Jésus- Christ (1 Cor. 1, 7. 8), ou le jugement. Cette leçon est détendue par lieiclie et Pliiliftpi; mais elle est peu vraisemblable. Kn efl'et, ce xaî est omis non seulement dans les Mjj. (les deux autres laiiiilles, mais encore dans les anciennes versions (syriaque et latine) ; et surtout l'expression : la révélation du juste jm/ement, est mieux en rapport avec le à7:oy.a").jrT£Ta!. ôc*^"/;, a la colère At' révèles (1, 18).
CHAI'. Il, Ô-G. 2(tl
Déjà déployée .sur les païens, celle colèi'e est encore voilée à l'égard des Jnils; mais alors aura lieu sa manifestalioN. Le lei'ine Hv/.ci.w/,^iciy., jnstc jii</ritn')>l, ne se relrouve que chez les Pères (Justin), dans une traduction lirecque d'Osée (IV, 5) et dans les Tcslamcnls des douze patriarches. 11 reproduit l'idée du v. 2 : « Le jugement de Dieu conformc à la vérité, » idée que va développer le passage suivant.
La relation entre le v. 5 et les v. :] et /<• est si évidente qu'on ne s'expliquerait pas que Ritschl eût pu la méconnailre, j)Our rattacher 11, 5 à I, 18, si une idée préconçue ne lui eût imposé ce tour de force exégétique. — Le jugement r>Y/?' auquel tout homme, Juif et païen, sera soumis, ne portera que sur son œuvre morale (v. 6-11) :
V. G : « qui rendra à chacun selon ses œuvres : )> — Il ne sera tenu compte d'aucune circonstance extérieure, comme la fdiation d'Ahraham ou la circoncision, mais uniquement de la tendaïice qui aura dominé l'activité morale. On s'est demandé comment cette maxime pouvait se concilier avec la doctrine de la justification par la foi. Fritzsche a vu là deux théories différentes dont la contradiction est insoluhle ; Pfkiderer, un reste de dogmatique juive; Baur, une loi abstraite sans application ; de même aussi Mélanchton et Tholuck, d'après lesquels Paul veut dire que cette norme serait celle que Dieu aurait appliquée, si la rédemption n'était pas intervenue. C'est à ce sens que revient aussi l'explication de de Wette, Weiss, OUramare, et de beaucoup d'autres qui pensent que Paul parle uniquement au point de vue de la loi, et abstraction faite de la Rédemption. Mais àro(^t6(7si, rendra, est un futur, non un conditionnel. Ce verbe désigne évidemment un fait positif; comp. le V. 16! Le jugement d'après les œuvres est d'ailleurs attesté par bien d'autres paroles, soit de Paul
202 LA .irSTlFlCATlON PAR LA FOI
(Roin. XIV, 1-2; 2 Cor. V, 10; Gai. VI, 7), soil do Jûsus lui-même (Jean V, 28. 20; Matth. XII, 36. 37, etc.), soit d'autres écrits du .\. T. (Apoc. XX, 13). Tiitschl pense que, dans ce passage, Paul fait parler un pharisien qui part d'une idée étroite de la justice divine, l'idée de la justice rétrihutive. Mais quelle trace y a-t-il dans le texte d'une pareille accommodation de l'apùtro à un [>oint de vue étranger au sien? Le tissu logique de ce morceau n'offre pas la moindre solution de continuité. La réponse véritalde est, nous send)l<'-t-il, celle-ci : la justification par la foi seule s'api)lique à l'entrée dans le salut par le pardon gratuit des péchés, non au jugement final, (juand Dieu reçoit en grâce le pécheur, au moment de sa conversion, il ne lui demande que la foi; mais dès ce moment commence pour lui une responsahilité nouvelle : Dieu exis;e du crovant gracié les fruits de la grâce. On le voit par la parahole des talents : le Seigneur confie ses dons à ses serviteurs gratuitement; mais après ce moment de grâce extraordinaire, il attend quelque chose de leur travail. Gomp. aussi la parahole du méchant débiteur, Matth. XVIII, 23-35, où le pécheur gracié qui refuse de pardonner à son frère se voit replacé lui-même, ensuite de ce manque de charité, sous le régime de la justice, et par conséquent sous le poids de sa dette. G'est que la foi n'est pas la triste prérogative de pouvoir pécher impunt-menl; c'est le moyen de vaincre le péché et d'agir saintement ; si ce fruit de vie ne se produit pas, elle est morte et sera déclarée vaine. « Tout arbre stérile sera ciuipè et jeté au feu i> (Matth. III, 10). Que l'on compare les avertissements terribles, VIII, 0. 12-13, 1 Cor. VI, 9. 10; adressés à des croyants. G'est donc bien ici une règle réelle et sérieuse : La sentence finale de tout homme, quel qu'il soit, sera déterminée par la nature de son activité morale. Philippi
c.\i\\\ II, ()-7. -263
(lit paiiailciiionl : a Paul ne parle pas ici au point du vue (le la loi aholie par rEvani>ile, mais au point de vue de la loi accomplie par l'Evangile. » Comp. le sermon sur la montaf^ne, Matth. V. — A l'étiard du verbe aTro^wcei, rendra, Calov remarque avec raison que à-TTOf^ocç n'est pas àv-tc^ùc'.;. Bcndre n'est pas synonyme de payer, car ce ternie n'implique ni le mérite, ni ré([uivalence. — Les deux versets suivanis développent l'idée du verbe y-^Aôinv., rendra :
V. 7 et 8 : c( à ceux qui, en persévérant à faire le bien, cherchent la gloire et l'honneur et l'incorruptibilité, |à ceux-là I la vie éternelle; 8 mais pour les hommes contentieux, désobéissant à la vérité, mais obéissant à l'injustice, colère et indignation ' ! » — Les Juifs partageaient les hommes en deux classes : les circoncis sauves et les incirconcis damnés. A celte classification, Paul en substitue une nouvelle, fondée uniquement sur la tendance morale. Comp. Jean III, 17-19. — Il y a plusieurs manières de construire le v. 7 : l"^ Hofnuoin, d'après l'exemple de Reiche, traduit : « Aux uns (toî; uiv), [il rendra] conformément à leur persévérance dans le bien, la gloire, l'honneur et l'incorruptibililé, à eux qui cherchent ("C'/itoOtiv) la vie éternelle. » Mais le toîç aèv ainsi compris devrait avoir pour pendant un toî; èi tout court, au v. 8; et les derniers mots ne forment qu'un appendice lourd et oiseux. ^"Bengel et d'autres traduisent : « à ceux qui persévèrent dans les bonnes œuvres (toi; y,a-k...), et cherchent la gloire... [il rendra] la vie éternelle. » Mais l'expression oî /.a-rà, pour oî s/...., est sans exemple. S» Luther, d'après Œcuniénius : « à ceux qui cherchent en persévérant dans le bien la vie éternelle (!),
' T. R. avec K L P place os-p, après 6ju.oç.
2(li L.V .ILSTIFICATIO.N l'AR LA FOI
[il (loniicia| la iiloirc...)) conslruction impossible. — La constiuclion qu'exprime noire traduction est à la fois la plus simple et la plus significative. Le ré^. x.aO' 'j7:oaov/;v, litlér. « selon la norme de la persév»îrance dans le bien- Caiie, » convient bien au terme de chercher dont il dépen<l : on cherche sur une certaine ligne. Et le complément direct : 1(1 vie étemelle, au terme de cette longue phrase, désigne avec solennité le résultat glorieux de cette ferme et laborieuse pratique du bien. Cet accusatif est l'objet du verbe rendra sous entendu (v. 0). — La notion de jiersévérance est relevée ici, non seulement en opposition à l'idée d'un travail moral intermittenl, mais dans le but de rajipeler qu'il se présente de très-grands obstacles sur cette voie, et qu'il faut un amour opiniâtre du bien pour les surmonter. L'apôtre dit littér. : « la persévérance dans ro'Krrc lionne. » Au v. (i, il avait employé le pluriel les œuvres. Il ramène maintenant cette multiplicité d'œuvres particulières au principe intéiieui- qui en constitue l'unité : la volonté permanente de réaliser le bien. — Ce qui soutient un homiiio dans cette voie, c'est le brillani point de mire qu'il a toujours devant les yeux : la r/loire, l'existence exempte de souillure et d'infirmité, toute resplendissante de l'éclat de la perfection divine qui s'y déploie; l'honneur, l'approbation de Dieu qui rend à jamais honorable celui (pii en (?st l'objet; l'inwrruplibilHi', l'impossibilité absolue d'une lin ou même d'une interruption (juelconque apportée à cet étal. A celui qui objecterait (pi'une telle aspiration tend à autre chose qu'à Dieu stnd, Calvin répond : « Dans la pi-riphiasc ilc ces trois expressions, c'est la béatitude du règne divin qui est renfermée. » Les jcxi, et, devant les deux derniers substantifs, et l'accumulai ion des termes indiquiMit une certaine exaltation du sentiment. Il V a dans toutes les conditions de la vie humaine, des
CHAI' IF. 7. îf).")
âmes qui, ravies de la hoaulé de l'idéal décril en ces termes, soni soulevées par celle vue au-dessus de toute anihitioii terrestre et de toute recherche des satislaclinris sensuelles. Ce sont ceux que le Seigneur représente sous l'image du marchand qui cherche de helles perles. A ceuxlà la perle de grand prix, la vie éleimelle! Zw/i, la vie: non l'existence seulement; mais l'existence saturée de joie et de force. Ce mot, (pii renferme en quelque sorte toutes les richesses divines, clôt dignement cette proposition magnifique.
Mais, demandera-l-on de nouveau, où se trouvent, dans cette description d'une vie huinainc normale, la loi et le salut par l'Evangile? Paul enseigne-t-il donc le salut par les honnes œuvres? Non; Paul dit seulement que nul ne sera sauvé sans le bien- faire ; mais il ne s'occupe point encore du moijen par lequel l'honune peut parvenir à réaliser cet idéal. Sa parole laisse seulement supposer que l'homme animé du désir persévérant de réaliser le hien, rencontrera une fois ou l'autre sur son chemin le moyen de parvenir au but. Ce moyen, nous le connaissons; c'est la foi à l'Evangile, et c'est ce que Paul se réserve de montrer plus lard. Jésus n'a-t-il pas dit : « Celui qui fait la vérité vient à la lumiè)e, « aussitôt qu'elle s'offre à lui; comp. Jean III, 21 et VII, 17? L'amour du hien pousse l'homme à embrasser Christ, l'idéal du hien; puis, après l'avoir embrassé, l'homme possède en lui la force victorieuse qu'il cherchait pour accomplir le bien. La persévérance dans le bien- faire se confond ainsi avec la foi à l'Evangile. Ajoutons que le corollaire de ces prémisses est la pensée exprimée par saint Pierre, l"'^ ép. III, 19. 20; lY, 0 : le salut par la foi à l'Evangile offert avant le jugement à toute âme humaine, soit dans ce siècle, soit dans l'autre (.Vlatth. XII, 31. 32). Que si l'apôtre fait ici ressortir la notion de
la persévérance, c'est qu'il n'i^inore pas loiil ce qu'il faut d'empire sur soi-même, surloul chez im Juif, pour rompre avec son peuple, sa lamille et tout son passé, et pour obéir jusqu'au bout à l'amour dominant du bien.
L'autre classe d'hommes est décrite v. i<. Le rég. il èpiOeia; peut sans difliculté servir de délerminatif au pronom toi; (U; corn p. l;i construction ô ou oî i/. T.'r.-^nui 111, :26; (ial. 111, 7. Le sens est : «Mais pour ceux que domine l'esprit de contention. » — Le mot iû'.Oeîa, contention, ne vient pas, comme on Ta cru souvent, de é'pv;, ilis/nite, mais, comme l'a bien démontré Fnlzsclie, de â'ci6o:, mercenaire ; de là le veibc ivhv'jv.-i, travailler à j^ages, puis: se mettre au service d'un parti. Le subst. ipi^eia désitine donc la tendance à poursuivre la victoire de son parti, plutôt que la possession de la vérité. 11 ne s'agit proprement ni de res[>iil de chicane et de discussion, ni de l'amour-proprc qui cherche à se faire valoir. Paul pense à ces Juifs, tels qu'il l'avait été lui-même, pour qui la victoire du judaïsme était mille fois plus pi'écieuse que celle de la vérité. — l'ai' le terme abstrait de rérité, Paul désii^ne ici indiiectement la révélation évangélique contre laquelle se raidissaient les Juifs; et le terme iïinjnstire, qu'il oppose à celui de vérité, s'applique à l'obéissance aux passions égoïstes, aux ambitions vaines, aux préjugés iniques, qui produit en l'homme la haine de la lumière, et par là l'incrédulité; comp. Jean VU. 18 et 111, l'.t. '20. — Les mots colère et inilit/nalion, qui annoncent le salaire qu'obtiendra cette conduite, sont en grec au nominatif, non plus à l'accusatif connue le mot rie éternelle (v. 7). Ils ne sont donc plus l'objet du verbe rendra, qui est trop éloigné. 11 faut en faire ou le sujet d'un verbe sous-entendu (eTTai, sera, il y aura i ou, mieux encore, une exclamation : K pour eux, colère! i> Les trois M|j. byz. suivent
CllAl'. 11. 7-'J. "2('»7
l'ordi'C psycliulo|;i(jiic : O-jao: /.rv. ôp^YÎ, indij/iKilion et colère! D'abord le iiiouveiiienl intérieur (i)uli(/nation), puis la iiiaiiirestal 1(111 extérieure (eolèrc); mais les {\i'\\\ autres lauiilles présentent l'ordi'e inverse, et avec raison. Car ce que l'on perçoit le premier, c'est la manifestation; puis on remonte de là au sentiment qui l'inspire et qui en fait toute la gravité. B'jao; est le soulèvement de l'àme; opyri renferme le regard menaçant, la sentence, le châtiment. — Pourquoi l'apôtre répète-t-il une seconde Ibis dans les v. \) et 10 le contraste énoncé v. 7 et 8? Evidemment dans le but d'ajouter maintenant, de chaque côté ilu contraste, les mots : nu Juif premièrement et aussi au Grec, et d'effacer ainsi expressément la fausse ligne de démarcation tracée j)ar la théologie juive (p. :250).
V. '.» et 10 : c( Tribulation et angoisse sur toute àme d'homme accomplissant le mal, du Juif premièrement et aussi du Grec! K' Mais gloire et honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif premièrement et aussi au Grec! » — ^((sijDdrtoJi indique comme toujours la réaffirmation plus énergique de l'idée précédente : « Oui, tribulation et angoisse! y) — Si les deux termes de l'antithèse, v. 7. 8, sont placés aux v. 9 et 10 dans l'ordre inverse, ce n'est pas seulement pour éviter la monotonie d'un parallélisme trop exact, mais c'est surtout parce qu'après le second terme du v. S (colère et indignation), l'idée de la tribulation et de Vangoisse (v. 9) se présentait plus naturellement à l'esprit que celle du v. 10 (f/loire et honneur et paix); comp. le même procédé Luc I, 51-53. — Les termes : tribulation et angoisse, décrivent l'état de celui sur qui tombe rindignalion et la colère du juge (v. 8). La tribulation (^correspondant à la colère) est l'état de misère, le châtiment venant du dehors; l'angoisse est le serrement de cœur qui en résulte, correspondant à l'indignation.
— \j'nme est monlionnée soit coniino le siéize de la sensibilité (Lipsins), soit comme celui de la personnalité (Weiss). L'expression : Itniie âme dliommc, fait ressortir l'égalité et l'universalité du traitement infligé. — Cependant, en dedans (\o celte égalité se dessine une sorte de préférence, soit quant au jugement, soit quant au salut, au dt'triment et en laveur du .lui!. p]n disant : premièrement, l'apôtre pense, comme I, Hi, à une priorité temporelle (voir Weiss): comp. 1 Pier. IV, 17. D'autres appliquent ici le principe j)nsé par Jésus, Luc XII, 4-1-48, d'après lequel celui qui a rctu plus de grâces est aussi celui qui |)Oi'te la plus grave responsabilité. Mais -swtov indique plutiU la piemiére idée; comp. les remarques suri. 11»; 11, i). En tout cas, si quelqu'un échappe au jugement, ce ne sera pas le Juif; s'il n'y en avait qu'un de jugé, ce serait précisément lui. Voilà la réponse de l'apùtre à la prétention formulée v. 3 : oti cù rz-cpeù;-/;, que toi, — toi, être |uivil.''gié, — tn échapperas.
V, 10. L(; troisième terme, celui de pai.i\ décrit le sentiment subjectif de riiouinie sauvé, au moment où la gloire et l'honneur (v. Ti lui sont conférés par le juge. C'est la quiétude profonde que produit la délivrance définitive de la colère et la possession assurée d'un bonheur inalli'iable. Le verbe simple spya^s'jOa'., faire, est substitut'' au composé xaTepyà^ecrGat., parfaire (v. 9), qui a quelque chose de plus rude, de plus violent, comme cela convient au mal; coiuj). la dinè'rence analogue, quoique non idi'utique, entre -oisîv et -paTTsiv, Jean 111, '10. '1\ et ailleurs.
Encore ici l'apèitif iiiili(|ue le résultat final soit e\\ mal. soit en bien, sans désigner expressément le moyen i)ar lequel il se pioduira : ce moyen seia, d'un côté, le rejet de l'Evangile (v. 9), connue manifestation décisive de la préférence accordée au pi'clii'', eouuue elVet et cause à la
CI1AI\ II. 10-12. 'Hj{}
lois (le la volonté niniivaise; de l'autre, l'acceptation de TEvantiile (v. 10), connue elïet et cause de la volonté et de la pratique du bien. — Mais quel est le principe de ce jugement vrai? Une iterfection de Dieu que le .liiiT ne [)eul nier sans se mettre en contradiction avec tout l'A. T. : ïimfuirtiitlitc divine, qui frappe le mal de sa sentence de condamnation, où qu'il se trouve, avec ou sans loi (v. il. 1:^). V. II. \'2 : a Car il n'y a pas d'acception de personne devant Dieu; 1:2 car tous ceux qui ont péché sans loi, périront aussi sans loi; et tous ceux qui ont péché avec la loi, seront jugés selon la loi. ') — Le principe i'oriiiulé v. Il est un de ceux (pie proclame le plus fréquemment l'A. T.; comp. Ueut. X, 17; I Sani. XVI, 7; 2 Chron. XIX, 7; Job XXXIV, il». Aucun Juif ne pouvait donc le contester. — L'expression ttooctw-ov ly.u.- [iàv£'.v, littér. accueillir le visage, prendre garde à l'apparence extérieure, appartient exclusivement au grec hellénistique (dans les LXX); c'est un pur hébraisme; elle exprime avec énergie l'idée opposée à celle du juste jugement qui ne tient compte que de la valeur morale des actes sans regarder à la position extérieure des individus. — Devant Dieu signifie : dans cette sphère lumineuse d'où n'émanent que des sentences justes. Mais le fait de la loi, donnée aux uns, refusée aux autres, n'est-il pas incompatible avec cette impartialité divine? Non, répond le V. 1:2; car si le païen périt, il ne périra pas pour n'avoir pixs possédé la loi, puisque le jugement ne le fera nullement passer par le crible du décalogue et des prescriptions mosaïques; et si le Juif vient à pécher, la connaissance de la loi ne l'exemptera point du châtiment, cai- le code mosaïque sera précisément la norme d'après laquelle seront appréciés tous ses actes. Ainsi la privation de la loi ne perd pas plus l'un, que sa possession ne sauve l'autre.
270 LA .ll'STIFICATION V.\U LA FOI
— L'aor. riaaprov, ont péché, nous Iransporle au nionient où le résultai de la vie humaine se présente comme un fait accompli, à l'heure du jugement. Le /.ai, aussi («périront aussi sans loi»), fait ressoi'lir la cniilitrniiié entre le mode du péché et celui de la perdition. Dans la seconde prop., ce aussi n'est pas répété, car il est naturel que là où il y a une loi, on soit ju^é d'après elle. — L'ahsence d'article en lïrec, devant le mol loi, fait de (•.• mot un terme de catéjrorie : « un mode de vivre auquel préside une loi; » dans l'application : la loi mosaïque. — Aià vôaou, par loi, c'est-à-dire par l'application d'un code positif (le code mosaïque). 11 faut bien se garder d'envisager la différence entre les deux verbes àroAojvTa-., prrtl'Oïil, et y.G'.6-/i'7ov-ai, seront ji'f/''s, comme accidentelb' (Meijcr). L'apôtre veut précisément accentuer par cette antithèse l'idée que les Juifs seuls seront, à proprement parler, soumis à un jugement, à une enquête détaillée telle qu'elle résulte de l'application des articles d'un code. Les païens périront simplement par la conséquence de leur dépravation morale, comme se corrompt l'àme du vicieux, de l'ivi'ogne ou de l'impur par exi'uiple, sous l'action délétère de son vice. L'application rigoureuse du principe de l'impartialité divine coniluit ainsi l'apôtre à cet étrange résultat : que, bien loin d'être exemptés du jugement i)ar la possession de la loi, les .luifs seront au contraire les seuh juges (dans le sons propre du mot). C'était l'antipode de leur prétention, et nous voyons ici comment l'impitoyable logique de l'apiMre sait amener les choses à ce jioiiii, que non seulemcni l;i thèsiMle l'ailversaiie est réfutée, mais que c'est la thèse opposée qui se trouve être démontrée seule vraie. — .Vinsi tous ceux qui seront trouvés aijmit pnhe au jour du jugement, périront, chacun dans sa situation providentielle, ce qui constate l'imparlialiiè divine.
II est évident que, dans les deux pioiiosilions de ce verset, il faut sous-eiitendre celte idée : à moins que l'amnistie ofTerle par l'Kvan^ile n'ait été acceptée, et n'ait produit ses IVuils de sanctification (dans lequel cas l'expression •JÎ[j!.apTov, o)it ]icché, ne serait plus le résumé et le dernier mot de la vie terrestre). — Si l'apùtre ne parle pas d'un salut possible en opposition aux deux formes de la condaiimation énoncées au v. 12 (comp. v. 7 et 10), c'est que la question en ce moment est uniquement de savoir si le privilège de posséder la loi suffit pour préserver le Juif f^e /(/ fo/<'r<^ au jour dn jugement; comp. Weiss el OUramare. — Kt poui'(pioi la possession de la loi ne saurail-elle préserver les Juifs de la condamnation, comme ils se le figurent? C'est ce qu'explique le v. 13 et ce que démontrent les V. i^-iS. Le v. 10 termine la proposition.
V. 13 : ft Car ce ne sont pas les auditeurs de la loi ' qui sont justes devant Dieu ; mais ceux qui accomplissent la- loi, ceux-là seront justifiés;» — L'apùtre dit audilciirs, non possesseurs ou lecteuis, afin de rappeler la position des Juifs qui entendaient chaque jour de sabbat la lecture de la loi dans la synagogue et qui, pour la plupart, ne la connaissaient que par ce moyen (Luc IV, 10 et suiv.; Actes XIII, 15; XV, 21). — Devant Dieu; car devant les hommes il en était autrement; les Juifs s'attribuaient les uns aux autres la justice, en raison de la commune possession de la loi. Si une telle prétention était fondée, l'impartialité divine serait anéantie, puisque le fait de posséder la loi est pour les Juifs un avantage héréditaire, non un fruit de l'activité morale. — Le verbe sousentendu de la première propos, est au présent : sont justes;
' Tou devant vofio-j se lit dans T. R. avec K L P: les autres l'oinettent.
- T. R. avec E K L lit toy devant vouoj.
272 LA JUSTIFICATION FAR LA KJl
cai' cela esl vrai déjà niainlenant; tandis que celui de la seconde est au futur: ^w.'j.'x-hfrj'yi-'x'.^ seront justifws, parce que toute justification dans le temps présent, si réelle qu'elle puisse être, doit, pour devenir définitive, recevoir la sanction de la sentence finale. S'il y a un passatre dans lequel le sens juridique ou déclaratif de (î-./.y.'.ov/, justifier, ressorte avec évidence, c'est celui-ci. Au j(»nr du juireinent, Dieu ne rend pas juste celui qui ne Test pas, il déclare juste celui qu'il reconnaît pour tel. Ce sens déclai'atif ressort également du l'égime -apâ, devunt Dieu, à ses yeux et à son jugement ; il ne s'agit donc pas de Dieu comme auteui' de la sainteté dans Thounne, mais comme appréciateur et comme juge (voir sur le sens du tei'me di/.aioOv chez Paul à 111, 20). — L'art. toO devant vôu.o-j, loi, dans les deux pi'opos., ne se lit que dans les Mj^j. Ityz. Il doit être retranché. Paul veut dire : les auditeurs, les observateurs d'une loi. C'est bien de la loi mosaïque ipi'il s'agit dans sa pensée, mais en tant que loi et non en tant que mosaïque. — H résulte de ces mots que Dieu ne reconnaîtra cl ne déclarera justes au jour du jugement que ceux qui se trouveront être réels observateurs de la loi. Comment comprendre cette pensée, qui parait de nouveau (voir au v. 0) contraire au principe de la justitication par la loi? Plusieurs interprètes pensent qu'il s'agit ici d'une norme purement hypothétique : a il en serait ainsi, si l'on faisait abstraction de la justihcation par la foi, « dit Meijer. Mais l'apôtre dit : seront, et non : seraient justitics, et le V. I(i, oïl Paul achevé la propos, du v. l.î, eu mms transportant au jour du jugement, prouve cpTil s'agit d'un f.iit très réel, très sérieux, et mdlemenl hypothétique à ses yeux, L'ap('itre veut certainemeni dire (pie >i cpichpiun est déclaré juste au jour du jugi-meut, c'est (pi'il le sera en rt'alilc'. La justice imputée au croyant en veitu de sa
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foi csl le point, de départ el lit hase de l'œuvre du salut; mais la sainteté réalisée dans son cœiir el dans sa vie en doit être le terme et le couronnement : l'une est la porte d'entrée dans l'état de i>r;ice; l'autre est la condition du passage de l'état de grâce à l'état de gloire. Si le fruit de la grâce, la justice n'rllr, ne se produit pas, la justice imputée se trouve par là même retirée. Voilà la pensée de l'apôtre et de tout le N. T., quoi qu'ose prétendre une tendance antinomiste el malsaine. La justice imputée repose uniquemcnl sur la loi; la justice reconnue par Dieu au jour du jugement comprend la foi arec ses fruits. Comp. spécialement VlU, 4-, oi^i l'apôtre déclare que le ^ixai(o[;,a ToO vciao'j, tout ce que la loi déclare juste, est accompli dans la vie du tîdéle [»ar la puissance de l'Esprit de vie qui est en Jésus-Christ.
Le luthérien Plnlippi dit lui-même : « L'accomplissement de la loi est possihle au croyant par la force de la grâce justiliante. » Le jugement de Dieu ne serait pas vrai, comme l'apôtre l'a déclaré au v. 2, s'il en était autrement. Dieu ne peut déclarer juste celui qui ne l'est pas qu'en vue de ce qu'il le devienne (voir au v. 6).
Les V. \A et 15 ne sont point la réponse à une objection, comme je le disais dans la l''*" éd. de cet ouvrage. Ils énoncent, comme en passant, un fait qui prouve la vérité de l'assertion du v. 13. C'est une de ces observations accessoires que, dans nos formes modernes, nous mettons en note ou entre tirets. L'idée générale de ces versets est celle-ci : il est si vrai que la simple possession ou audition de la loi ne justifie pas, que, à y regarder de près, les païens possèdent cet avantage aussi bien que les Juifs et seraient par conséquent sauvés aussi bien qu'eux, s'il suffisait de cela pour n'être pas condamné.