‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 4 sur 55 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le poète anglais Goleridge appelle l'épître aux Romains « l'écrit le plus profond qui existe. » Chrysostome se la faisait lire deux fois par semaine. Luther, dans sa célèbre préface, dit : « Cette épître est le livre capital du Nouveau Testament, le plus pur Evangile. Elle est digne, non seulement d'être sue mot pour mot par chaque chrétien, mais encore de devenir l'objet de sa méditation journalière, le pain quotidien de son àme.... Plus on s'en occupe, plus elle devient précieuse et paraît meilleure. » Mélanchton, afin de se l'approprier parfaitement, l'avait copiée deux fois de sa main. C'est le livre qu'il a le plus souvent expliqué dans ses leçons. La Réformation a certainement été l'œuvre de l'épître aux Romains, aussi bien que de celle aux Galates; et il est probable que toute grande rénovation spirituelle dans l'Eglise se rattachera toujours, comme effet et comme cause, à une intelligence plus profonde de cet écrit. Cette observation s'applique sans contredit aux différents réveils religieux qui ont successivement signalé le cours de notre siècle.

L'interprétation d'un pareil livre est susceptible d'un progrés illimité. En étudiant l'épître aux Romains, on se voit à chaque mot en face de l'insondable. On ressent

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une impression analogue à celle que fait éprouver la cuntemplalion des chefs-d'œuvre d'architecture du nioyenfitie. On ne sait ce que l'on doit admirer davanta^re, la majesté de l'ensemble ou le fini des détails, et chaque regard amène la découverte de quelque perfection nouvelle.

Cepemlant les qualités de l'écrit qui va nous occuper ne doivent nullement décourager rinlcrpréte; elles sont plutôt propres à le stimuler. « Envers quel livre du Nouveau Testament, dit Meyer, dans la préface de la 5'"^ édition de son commentaire, l'interprète a-t-il moins le droit de ménager ses peines, qu'envers celui-ci, le plus grand et le plus riche de tous les ouvrages apostoliques? » Seulement il ne faut point se figurer que, pour s'en approprier le sens, il suffise de l'analyse philologique du texte ou même de l'élude théologique du contenu. La vraie intelligence de ce chef-d'œuvre de l'esprit apostolique est réservée à celui cpii s'en approche avec ce cœur affamé et altéré de justice que Jésus réclame dans le discours sur la montagne. Qu'est-ce en ellél que Tépitre aux Romains? La justice de Dieu oflcrie à celui qui s'est laissé dépouiller par la lui de la sienne propre ^1, 17». INmiicomprendre un semblahle livre, il faut sympathiser à l'intention qui l'a dicté.

M. de Pressensé appelle les grands travaux dogmatiques du moyen-âge « les cathédrales de la pensée. )> L'épilre aux Romains est la cathédiale de la foi.

La critique sacrée, qui a mission de préparer Tinlerprélation des livres bibliques, travaille surtout à élucider les diverses questions relatives à l'origine de ces écrits. Paniii ces questions il en est souvent (|ui nr jH'uvent «"-tre résolues qu'à l'aide de l't'xégèse la plus approfondie. La conqiosilion de l'i-pitre aux Romains renferme plusieuis

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questions do ce genre. Nous ne pourrions les résoudre dans cette introduction sans anticiper sur le travail exégétique. Il convient donc d'en renvoyer la solution définitive au chapitre de conclusion qui clora le commentaire. Mais il en est quelques-unes dont la solution ressort avec évidence, soit de la simple lecture de l'épitre, soit de certains faits constatés par l'histoire ecclésiastique. Il ne pourra qu'être avantageu.v pour l'exégèse de réunir ici les données, provenant do ces doux sources, qui sont propres à jeter du jour sur l'origine de notre épître. Ce sera en même temps l'occasion d'exposer les diverses manières de voir qui se sont produites sur ce sujet dans le cours des âges.

Une épitre apostolique résulte naturellement de la rencontre de trois facteurs : la personne de l'auteur, l'état de l'église à laquelle il écrit, et la relation qu'ils soutiennent l'un avec l'autre. Notre introduction portera donc avant tout sur les points suivants :

io L'apôtre Paul ;

^0 L'église de Rome ;

S^ Les circonstances qui ont présidé à la composition de l'épitre.

Dans un quatrième chapitre, nous présenterons le plan suivi par l'auteur; enfin, dans un cinquième, nous traiterons de la conservation du texte.

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