‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 41 sur 55 · V. l7-ri!l · texte numérisé non relu

V. l7-ri!l

C'est ici la snondc parllr du clia[uti(^, qui renleriiie l'ap])liaili()ii liii piiucipt; du jin/finriil vrai, posé dans la

gravée dan? le cœur liuiiiaiii. Selon ce savant, les Gentils, v. 14, ne sont point les païens en gênerai, mais les cliréliens d'origine païenne. Le mol T'j'îJ'-, pnr nature, ne se rapporte point à la nature morale de riioiiime ant(''rieiirement à sa régénération, mais à l'oljcissance du cœur (pie rend à Dion le païen après sa conversion. Le orT-.vEç, rommc des gens qui, v. 15, se rapporte aux -o'.T,Tai, observateurs de la loi, du V. 13; car le v. 14 est une courte parentliè.se. L'expression : manifestent l'œuvre de la loi écrite dans leur cœur, décrit ce qui aura lieu au jour du jugement (v. 16), lorsque ces païens fidèles montreront au grand jour la loi nouvelle écrite dans leur cœur par le Saint- Esprit (Jér. XXXI, .'].')) et condamneront par là les Juifs circoncis, mais désobéissants (v. 22 et 27). C'est à ce moment-là aussi qu'aura lieu le témoignage approbateur de leur conscience, témoignage qui persistera au travers du tumulte des [)ensées intimes [•j.i-.a.'^-j -rôjv Xoyia.u.fov'! .se coml)attanl devant le tribunal de Dieu. L'idée générale est : que les observateurs de la loi qui seront justifiés en jugement (v. loj seront ceux qui auront accompli le bien de cœur et non extérieurement, comme les Juifs |)liarisaïques (v. 15. 16;. Quant au v. 14, c'est une observation interjetée entre le subst. -o'.r,Ta: et son pron. oi'Ttvs;, pour dire que l'obéissance des païens convertis est bien de la nature voulue, puisque le païen n'ayant pas la loi. son obéissance ne peut être que celle du cœur. — (^'est ainsi que nous avons compris ce travail de jjIus de trente pages; nous espérons ne pas nous être mépris. Nous doutons que l'exégèse future relire grand profit de cette ingénieuse éliicubralion; elle ne se résoudra pas facilement à accorder: \'> que yjrszi, par nature, puisse avoir un sens aussi forcé que celui qui est proposé; comp. 1 Cor. XI, 14; Gai. IV, 8: Eph. II, 3; 2" que o'k'MZi jjuisse se rapporter à un autre antécédent que le ojtoi du V. 14 qui précède immédiatement; 3" que le présent ivocixvjvtai puisse s'appliquer au moment du jugement; 4" que Vœ^a-rc de la loi écrite dans les cœurs puisse désigner l'obéissance des païens convertis manifestée au jour du jugement; enfin o» que les derniers nuits du v. 15 puissent indiquer un débat intérieur diez le [laïen. marcliant d(! paii', au jour du jugement, avec le témoignage approbateur de sa conscience — KIostermann dit : » Logiquement, des cas isolés d"obéissance chez des païens non convertis ne sauraient démontrer le fait général de l'existence de la loi dans le cœur des (i en! ils en général, tandis (|iie le tableau de leur corni|)tion tracé au cli. 1 démontrerait bien plutôt la non-existence de cette loi. » 11 ne me paraît pas nécessaire de répondre à un argument aussi évidemment faux, et qui forme |K)iirtanl le fond de la polt'iiiii|ue de l'auteur contre l'interprétation ordinaire.

pieiiiiiTO. Apres avoir cxj)os('' colle vérité d'une manière ^éiiéi'ale el plus ou moins abstraite, Paul s'adresse maintenant au personna^ie qu'il avait en vue dés le v. 1, en le désignant j)ar son nom. (^'|)en(lant il continue à procédei" avec les plus grands ménagements; car il sait qu'il se heurte à des préjugés invétérés, préjugés qu'il a longtemps partagés lui-même. 11 prépare donc, par une longue circonlocution, la conclusion (pii doit se dégager de cet exposé; de là le caractère un peu compliqué de la phrase suivante, qui renferme en quelque sorte les prémisses de celte conclusion.

V. 17-20 : « Or, si' toi tu portes le titre de Juif, et te reposes sur la loi, et te glorifies en Dieu, IS et connais la volonté, et sais discerner les cas différents, instruit que tu es par la loi, H' et t'estimes toi-même capable d'être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans l'obscurité, 20 l'éducateur des insensés, le maître des ignorants, parce que tu possèdes la formule de la connaissance et de la vérité dans la loi....; y> — - Au lieu de u^i, roici, que lit le T. H. avec un seul Mjj., il faut certainement lire el ^i; c'est la forme de transition naturelle des principes à l'application; l'autre leçon paraît être une conséquence de Vitacisme (si prononcé t). — Ce ^É pourrait être traduit par mais (Tholuck, Meyer, Weiss, Reuss); il indiquerait l'opposition entre la conduite du Juif et la règle du jugement vrai qui est de ne justifier que l'observateur de la loi (v. 13). Mais ^é me paraît plutôt indiquer la transition du principe à l'application, comme dans la relation entre la majeure et la mineure d'un syllogisme, et devoir être traduit par or. C'est au fond la même idée, mais moins brusquement expri-

' T. R. lit avec L : '.os (voici); les autres autorités : ti ôe (o?- si).

niée. — Mais où est la principale dont ilépend ce Or si:^V\usieurs, Winer et OUrattiarCy p. ex., pensent rpi'à cause de la longueur de la propos, subordonnée (v. 17-20), Paul oui)lie la construction commencée par or si et intr(Mluil au V. 21 la principale par un doic qui ne convient plus à ce commencement. Seulement, d'après Wincr, le sens de cette principale devait être : « Tu dois donc, toi Juif, agir conformément à la loi; » ce qui n'est pas du tout l'idée exprimée v. 21-2'4. D'après OUrumare, l'idée serait : «.Tu pèches dans ta conduite. » Mais cette idée des péchés du Juif (v. 21-24) n'est encore qu'une prémisse qui doit préparer la conclusion (dans la prop. principale); ce ne peut donc être la principale elle-même. Nou^ avons la même objection à l'aire à la construction de Mri/cr, Volkitinr, Philippi, Weiss, qui trouvent également la principale au v. 21, mais cherchent à justifier la correction syntaclique du doue en en faisant une parlicuiii de reprise ou de rèca[)itulation. Le vrai mouvement de la pensée exige que, comme l'a bien vu Hofmann, le passage v. 21-2'f appartienne encore aux promisses du raisonnement, non moins que le v. 17-20, et que la conclusion logique n'ait sa place qu'après le v. 24 : « Si tu possèdes la loi et la prêches au monde entier (v. 17-20), et que néanmoins tu la violes hai'diment loi-même, comme c'est sans contredit le cas (v. 21-24)...;» voilà les deux prémisses ([ui [lar leur réunion seulement peuvent motiver la conclusion à liierdans la jtrincipale : tu seras condamné en jugement aussi bien que le païen. Celte principale, il faut la sous-enlendre entre le v. 24 et le v. 25, où, dans nos formes modernes, nous l'indiquerions par des points suspensifs. Paul aime mieux en effet la laisser tirer que l'énoncer lui-même. Le tort de llofnunui est de n'avoir pas osé être conséquent jusqu'au bout et de placer la principale au v. 23 qui n'est

évidemment que la continuation des v. 21 et 22. Nous verrons ail V. 25 comment le air qui counnimce le passaiie sur la circoncision (v. 25-29), porte précisément sur cette conclusion sous-entendue.

Les propos. d(!'pendantes de Or si forment une double série : i" l'énuméralion des aranlages dont se glorifie le Juif, V. 17-20, et 2" celle des contradiclions de sa conduite avec ces privilèges, v. 2'i-2i; ce sont là en quelque sorte les considérants de la sentence que l'aul laissera à sa conscience le soin de prononcer.

Les avantiujes sont répartis en trois groupes : d'abord les dons reçus par le Juif (v. 17); puis les capacités supérieures qui en résultent (v. 18); enfin le rùlc qu'il se croit appelé à jouei" vis à vis des autres hommes (v. 19-20j. On ne peut méconnaître une certaine ironie dans cette accumulation de titres, sur lesquels doit en définitive reposer la condamnation de celui qui en tire sa gloire.

V. 17. Il est évident que l'apostrophe : toi, Juif, est une simple forme oratoire et que Paul ne songe pas à s'adresser par là aux membres judéo-chrétiens de l'Eglise. — Le nom de Juif, 'lou^aîo;, usité seulement depuis le retour de la captivité, n'est pas employé ici sans allusion à son sens étymologique : Jehoudah, le loué. La prép. sri, qui entre dans la composition du verbe, sert à faire de ce nom un véritable titre. — Mais Israël possède plus qu'un nom glorieux ; il a en mains un don réel : la loi. C'est là un signe manifeste de la faveur divine, sur lequel il peut par conséquent «<? reposer. — Enfin, ce signe de faveur spéciale fait de Dieu sou Dieu, à l'exclusion de tous les auties peuples. Il a donc de quoi se glorifier en Dieu, c'est-à-dire de tout ce que Dieu est pour lui. A la gradation des trois substantifs, Juif, loi, Dieu, correspond celle des trois verbes : se nommer, se reposer, se glorifier.

De là résultent (v. 18) deux capacités qui distinguent le Juif de tout autre homme. Il connaît la volonté, et par là il parvient à discerner ce qui resle confus pour d'autres. On a toujours droit d'être fier de connaître ; mais quand il s'agit (!'■ /" rolontr, c'est-à-dire de la volonté absolue, parfaite, qui ordonne tout et juge de tout souveraineiuent, une telle connaissance constitue une supériorité incomparable. Par cette connaissance de la volonté divine, le Juif peut apprécier 0v/,i[j.'x'itv^) les nuances les plus délicates de la vie morale. Plusieurs ont pris ici ce mot dans le sens (V approuver qu'il a aussi par dérivation ( T?////.. Bengel, Meyer, etc.). Il faut dans ce cas donner à l'objet -zx ^lacpéûovTa le sens de : les choses meilleures, dignes d'être préférées (meliora probarej, d'après le sens do surpnsser qui est souvent celui du verbe «^'.aoépeiv. Mais il vaut mieux traduire : les choses différentes (d'après le sens de différer qui est aussi celui de ce verbe); car l'apôtre fait allusion à ces discussions de casuistique légale dans lesquelles excellaient les écoles juives, comme lorsque les deux éminents docteurs Ilillel et Schammaï discutaient gravement sur la question de savoii' s'il était permis de manger un œuf pondu le jour du sahbal. 11 s'agit donc ici (comme aussi IMiii. 1, 10) des différents partis entre lesquels il faut choisir pour rester autant que possible fidèle à la volonté suprême. Ollraniare entend : ji'(jer de ce qui vaut le mieux, et Hof'mann : juger de ce qui diffère de la volonté de Dieu; sens moins naturels, me semble-t-il. \yciss oppose avec raison cette faculté du Juif au voO: xr^jy.iao:. auquel sont voués les païens (I, 28V — Les derniers mots du v. : inshiiils par la loi, iudiqut^nl la source de cette (acuité d'appi't''(iation supr'rieure. Le terme xaTr/'-yjasvo;, d»' x.zTr./sÎT- Gai, être fuhiétrr d'un son, fait île chaque Juif une loi j>ersonnillée.

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De cette connaissance et (Je celle l'acuité d'appréciation découle le ruir (jue le Juit s'attribue à l'égard des autres hommes, et que décrivent les v. 19 et 20, en le ridiculisant l(''Liéi'eiii('nt. Les (piatie premiers termes cxj)osenl le traitement moral que le .luil', comme médecin-né de l'humanité, l'ait subir à ses patients, les païens, jusqu'à entière guérison. Le tei'me 77£770'.6a;, tu t'estimes capable, caractérise son assurance prétentieuse. Il prend d'aboid par la main ce pauvre aveugle pour le guider; puis il lui ouvi'e les yeux par la lumière de la révélation; ensuite il Xédu- <jue, comme un être encore destitué de raison ; enfin, quand par tous ces soins il en a t'ait un jielil enfant, vr-ioc, qui ne sait pas parler (c'était le terme pai" lequel les Juifs désignaient les prosélytes; voir Tholuck), il l'initie à la pleine connaissance de la vérité en se faisant son docteur. Le T£, V. 19, au lieu de -/.ai, montre que tout ce qui suit n'est que la conséquence de ce qui précède. — La seconde partie du v. 20 explique le secret de ce ministère que le Juif exerce auprès des autres hommes. Il possède dans la loi Vesquisse précise ((jt-op^cocri;), le tracé exact, la formule rigoureuse de la notion et de la réalité du bien. La connaissance est la possession subjective de la vérité et celleci la réalité objective du bien. Le Juif possède dans la loi, non seulement la vérité en elle-même, mais encore sa formule exacte, et c'est par là qu'il peut transmettre cette vérité à d'autres. Oltramare, avec Œcumenius, Olshausen et d'autres, voit dans le terme y.opfpcocri; l'idée de l'apparence vaine, des dehors trompeurs, d'après 2 Tim. III, 5 (exemple discutable); dans ce sens : ce bien que tu n'aies que l'ombre de la science. » Le mouvement du morceau exige, au contraire, l'idée d'un privilège qui justifie le rôle glorieux que s'attribue le Juif, v. 19. 20: oc comme possédant seul la vérité et sa formule précise. » Le même

2î>4 LA JUSTIFICATION PAR LA FOI

interprète a eu l'idée de faire dépendre le rég. dans la loi des deux subst. précédents : « la science et la vérité (qui se trouvent) dans la loi. » Il eût fallu, dans ce sens, l'art. TT,;; et la relation avec l'idée de possrder va mieux au contexte.

V. 2l-2i: « et si donc, enseignant les autres, tu ne t'enseignes pas toi-même, si, préchant de ne pas voler, tu voles, 2:2 si, disant de ne pas commettre adultère, tu commets adultère, si, ayant horreur des idoles, tu pilles les objets sacrés, •-*■! si, toi qui te glorifies de la loi, tu déshonores Dieu par la violation de la loi — car le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les Gentils, comme il est écrit.... >) — C'est ici l'exposé de la contradiction entre cette connaissance théorétique que possède le Juif et sa conduite pratique (v. 21-24). Le ojv, donc, fait contraster ironiquement le fruit réel que le Juif tire de sa connaissance de la loi, avec celui qu'un tel privilè<ie devrait produire. — Le terme enseigner, v. 21, renferme toutes les fonctions honorables que le Juif vient de s'arro<rer par rapport aux autres hommes. 'O ^-.(^àT/.wv : Toi, le docteur du monde! — L'apôtre choisit deux exemples dans la seconde t'ible de la loi, le vol et l'adultère, et deux dans la première, le saciilége et le déshonneur infligé à Dieu. — Le vol comprend toutes les injustices et toutes les tromperies auxquelles se livraient les Juifs dans les affaires conuuerciales. — 11 v a dans •/.r,c'j'7cojv, jirèehant, une notion impèrative qui explique l'infin. suivant, sans qu'il soit nécessaire de sousentendre un ^eîv. — V. 22. L'adultère est un crime que le Talmud constate chez les trois rabbins les plus illustres, .\kiba, Mèhir et Elèazar. La sensualité est l'un des tiaits saillants du caractère sémitique. — Le pillage des objets sacrés ne peut se rapporter à rien de ce qui concerne le

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culte célébré à Jérusalem, comme le refus de payer l'im- \)n\ (lu leniple ou l'ofFrande de victimes de mauvais aloi, ou la soustraction des sommes recueillies pour l'impôt du temple. Il ne peut s'ai^ir non plus des atteintes portées à la gloire de Dieu par le sentiment de la propre justice, ou par quelque autre l'orme de l'orgueil humain (Luther, Calvin, Jknqcl, etc.). Le sujet de la propos.: toi qui as en horreur les idoles, prouve clairement que Paul pense au pillage des temples et des temples d'idoles. Le sens est : « Ton horreur de l'idolâtrie ne va pas jusqu'à t'empècher d'envisager comme de bonne prise les objets précieux qui ont servi au culte idolâtre, lorsque tu peux te les approprier; )) ou, comme dit Klostermcmn : «Le Juif conspue l'or et l'argent en tant que servant à représenter Dieu, mais en même temps les convoite en tant qu'or et argent. » Sans doute les Juifs ne pillaient probablement pas euxmêmes les temples païens; mais ils faisaient l'office de receleurs; comp. Act. XIX, 37. La parole de Josèphe, Anliq. IV, 8, 10, ordinairement citée ici, est sans valeur.

Au v. 2o, la forme interrogalive continue; elle n'est interrompue que par la citation, v. 24. Le déshonneur infligé à Dieu par les Juifs résulte de leur àpreté au gain, de leurs tromperies et de leur hypocrisie, que constataient aisément les populations païennes au milieu desquelles ils vivaient.

Au V. 24-, Paul fait rentrer le reproche prophétique dans le tissu de son propre discours, mais il rappelle après coup par le : comme il est écrit, que c'est ici un emprunt à l'Ecriture inspirée. Il fait allusion à Esaïe LU, 5 (qui se rapproche plus de notre texte pour la lettre que pour le sens), et peut-être aussi à Ezéchiel XXXVI, 18-24. Ces deux passages se rapportent aux moqueries des païens qui accusent Dieu de n'avoir pu protéger contre eux son

296 I-A .lISTll-ICATION l'Ah I.A KOI

peuj)l(j. -Mais comme c'est pai- ws jwchrs qu'Israël s'est attiré ses iléCailes, l'application laite par l'api'ilrê reste in'.inmoins fondée.

Nous avons envisagé tout le j)assa<ie v. 17-24 comme dépendant de la conjonction d èé, or si, v. 17 : « Or, si lu te nonnues.... (v. 17-20), et qu'enseijinanl ainsi, tu.... (v. 21-24). » Après cela, la principale se formule aisément, connue propos, à sous-entendre entre v. 24 et 20 : « à quoi te servira cette loi dont tu te fais un honneur auprès des autres et que tu violes toi-même si effrontément? Klle te condan niera au lieu de te sauver. » Cette conclusion sous-entendue est C(dle à laquelle se rapporte le air du V. 25 : (( (lar ne compte pas sur la circoncision pour te disculper; elle ne l(! servira pas plus que la possession de la loi, » (v. 25-29.) l'aul arrache ainsi au Juif le dernier appui sur lequel reposait sa sécurité en face du ju^remenl.

V. 25-27 : « Car la circoncision t'est utile sans doute si tu pratiques la loi; mais si tu es violateur de la loi, ta circoncision n'est plus qu'incirconcision. --il Si donc l'incirconcis observe les ordonnances de la loi, son incirconcision ne lui sera-t-elle pas comptée comme circoncision? 27 Et lui, incirconcis de nature, qui accomplit la loi, ne te jugera-t-il pas, toi qui la violes tout en possédant la lettre et la circoncision? •> — 1-a ( irconcision l'tait le sceau de l'alliance, et par conséquent les rahhins l'envisageaient souvent comme un signe infaillible de salut (p. 257) ^ Mais, hien loin d'être un ahri contre

' Notons ici d'ai)rès Eiscnmengor, Eiitdcc/^h-s Jiutcntlnnu. qiioi- (jues paroles des ral)biMS, inontiant jusqu'où va clioz les Juifs le fanatisme de la circoncision. A'. Brchai déclare (jue les Israélites circoncisent dans leur tombe les petits iiarrons n)orts avant le jour de la circoncision. D'après R. Sahmo» Jarcfii. Jacob a été circoncis dès le sein maternel. Midrasch Tillim attribue le nitMiio privilojzo à

CHAI'. II. '2V--2(i. ^97

le jugement en cas tic désolicissance et de souillure morale, elle était au contraire, dans son vrai sens, un en»a- <ieinenl à la purification el, en quelque sorte, à la circoncision lin cœur (Dcut. X, 10; XXX, G). .\in.si comprise, elle avait son utilité; car elle garantissait au Juil' la participalion aux bénédictions et aux promesses de l'alliance; au- I rement elle ne diflëiait en rien de l'incirconcision, comme l'avait déjà déclaré Jérémie (IV, 4); comp. Es. LXVl, o.

— Il2pi-:o|7//i, sans l'arlicle : un l'ait tel que la circoncision.

— Le parlait yeyovs indique un résultat acquis. « C'est chose faite ! Ta circoncision est devenue par ta faute incirconcision aux yeux de ton Juge. »

Les V. 26 et 27 décrivent le cas inverse : la transformation, aux yeux de Dieu, de l'incirconcision extérieure en circoncision réelle par l'accomplissement de la loi. Cette transformation est un corollaire de la précédente; de là, le o-jv, donc. — La circoncision : res pro personù (Calvin). (L L'abstrait met mieux en relief le principe, » dit fort bien OUramarc. — Plusieurs interprètes, p. ex. Tlioluck, Mei/er, OItraniare, admettent qu'il s'agit ici de cas réels (ce que ce dernier démontre très-justement par la liaison de iav avec le verbe principal au futur, '//jyir;hr,m-:y.i), c'est-à-dire de païens qui accomplissent assez bien la loi pour juger par leur exemple les Juifs transgresseurs, et selon eux, les expressions : obscrrer les ordonnances de la loi, accomplir la loi (v. 27) sont équivalentes à celle de xà toO vop.o'j TTOicîv, faire les choses de la loi, v. \A. Mais Paul

douze autres (Adam, Selti, Enoch, Noé, Sem, Téracti, Jacob, Joseph. Moïse, Samuel, Esaïe, Jérémie, David). Tholedoth Jizchah : Celui qui seulement est circoncis ne va pas en enfer. Bereschit Rabba : Abraham est assis à la porte de l'enfer et ne permet pas qu'un circoncis la passe. Mais, ajoute le même livre d'après R. Lévi : Si un circoncis a trop péché, Abraham prend le prépuce d'un enfant mort avant la circoncision, il le lui met, puis le jette en enfer. — Voilà les ijens à qui Paul avail affaire, quand il discutait.

pourrait-il dire d'un païen quelconque que son incirconcision lui scrii coniplrr ranime rirronri.siou, c'e?l-àdire fera de lui un rnemhi'e réel de l'alliance v. 20), qu'il sera un vrai .luif cii-foncis di' cœur en esprit, et obtiendra la louange de Dieu, c'est-à-dire sera sauvé (v. 27. 29)? D'après l'apôtre, aucun païen, aucun homme, ne se sauvera par son obéissance; comp. ill, 10 et 10-20. Ou bien faut-il admettre avec Calvin, Weiss et d'autres, que ce sont des cas purement hypothétiques (Calvin : In/pothesin proponii) et reconnaître en même temps que le sens des expressions dont Paul se sert ici est beaucoup plus énergique et plus absolu que celui de faire les choses de la loi, V. 14? Ce second point est exact, mais le premier est inadmissible; car comment Paul pounait-il sérieusement dire qu'un païen purement imaginaire jugera par son oxem[)le le .luit violatcui' de la loi (v. 27)? — Philijipi a cherché à parer à ces inconvénients en appliquant ces versets aux païens prosélgtes de la Parle, c'est-à-dire professant le judaïsme, qui trouvaient dans l'allianc»^ di^^ne les forces nécessaires pour confondre par leur conduite celle des Juifs infidèles. C'était un pas dans la bonne voie; mais évidemment c<'la ne suffit pas. Car il est iuqiossible d'appliquer à un tel homme les expressions si fortes du V. 20. I.e terme de circoncision du cœur en esprit, expliqué par la parole parallèle Philip. Ill, :^ : a Nous sommes la circoncision, nous ([iii servons Pieu en esprit, >> nous parait montrer clairemeni à qui Paul pense dans ce passage V. 27-20. C'est aux durtiens d'origine funenne et à eux seuls. 11 faut prendre dans toute leur énergie les expressions de garder les prescrijitions de ta loi et d'aceoinplir la loi. Oue l'on compare, pour la premiéic, Vlll. ;>. où elle s'appli((ue à raccomplissement de la loi par le croyant dans la force du Sainl-Ksprit [70 ^-aaùoaa toO vouo-j ttat;-

CIIAI'. 11. -20. 29^

poOv), et, pour la seconde, ,lacq. II, 10, où elle caractérise raccomplissf'iiient spirituel de la loi par roli<''issance provenant de l'amour, et l'on comprendra comlden elles flillérent de celle du v. i i, qui ne désignait qu'un accomplissement accidenici et momentané des choses prescrites par la loi. Cette différence de sens est parfaitement conforme à l'intention de chacun de ces deux passages qu'il faut bien se gartier d'identifier et même de rapprocher. Dans les versets 1-4 et IT), Paul veut jirouver par l'accomplissement partiel de la loi, qui se rencontre parfois chez les. (gentils (oTav, quand il arrive que), que le païen a aussi une loi écrite dans le cœur, mais nullement qu'il sera sauvé par l'obéissance qu'il lui rend parfois. Ici, au contraire, il prouve que l'incirconcis qui sera parvenu à accomplir la loi [\[ n'explique pas encore par quel moyen), condamnera dans le jugement le circoncis qui ne l'aura pas observée (comp. v. 7 et 10). C'est pour avoir confondu ces deux contextes si différents que Michelsen (Stud. u. Kritik. 1873), a cru pouvoir appliquer aux croyants païens les V. 14 et 15, tandis qu'il n'est réellement question d'eux que depuis notre v. 26. — Sur ^i/.a«ou,a, voir à I, 32. — tI>u"Xà(7<7etv, garder, accomplir d'une manière constante; plus fort que roieîv, faire, v. 1 i. — Sur se)Yi comptée comme, Hofmann observe avec raison que Paul ne dit pas ici : est devenue circoncision (comp. l'inverse v. 25). Ce païen ne devient pas réellement un membre de l'ancienne alliance; seulement il sera traité comme s'il l'était ; comp. Gai. VI, 16: V Israël de Dieu . Le futur Vjy-cOr'GeTai, sera réputé, se rapporte évidemment au jugement final en vue duquel est éci'it tout ce chapitre et auquel croit échapper le Juif (v. 3; 5; 6; 12-13; 16.) Comment, dans un tel contexte, Hofmann et Oltramare peuvent-ils voir dans le AoywOrTs- Tai uniquement le futur de la conséquence logique? Re-

levons fjncorc une très judicieuse remarque (ïOllramare sur les V. '25-:27 : c'est que lorsque vo'ao: se rapporte au Jiiil, le mot est sans article, parce que son sens de loi mosaïque ressort de ce rapport même, tandis que loisqu'il est appli(jué au païen (pour qui cetl<3 loi n'est i)as la sienne], l'article est ajouté. C'est avec ce soin que Paul écrivait.

On peut commencer au v. 27 une propos, affirmativi- : cl auisi il le Jnf/ern. Mais il nous parait plus conforme au ton vif du morceau de continuer au v. 27 rintcrroi:ation du V. 20: «Et ainsi (en vertu de celte imputation; ne le jugera-l-il pas...? » La pensée est analogue à celle de Luc XI, :\\. 32 et iMatl, XII, 41. i2, lors même que les cas difTérenl : là des païens condamnant les Juifs par l'exemple de leur repentance et de leur amour de la vérité; ici des chrétiens d'origine païenne condamnant les Juifs par leur accomplissement de la loi. — Oslrreuhl et OHnnnare substituent au terme de /«Y/e>v, qu'emploie l'apùti'e, celui de condamner. C'est à tort; comp. v. I, où les deux verbes sont expressément distingués. La j)rétention des Juifs était d'échapper, non seulement à la condanmalion, mais au juf/emenl ; et il est poignant pour eux d'entendre qu'ils seront jugés, non-seulement annme les païens, maisy«/r eux. — Sur l'expression tÔv voaov tsasîv, accomjilir la loi, voir au V. 20. L'amour que l'Evangile met dans le cœur du païen croyant est le vrai acconiplissenieiit de la /u/, Kom. Xlll, 10; Gai. V, li. — La prép. '^.x, j)ropr. an trarers de, désigne ici comme souvent Vclal, le milieu dans lequel s'accomplit un acte; comp. 2 Cor. 11, i; I Tim. Il, 15; llcl>. 11, IT). Le sens est donc : ((en pleine possession de la lettre et de la circoncision. »

La dégiadation du Juif désobéissant au rang de j)aieu (^v. 25) et l'élévation du païen obéissant à celui de Juif (v. 20), par If jugement de Dieu, sont justifiées dans le> deux V. suivants, l'une d.nis \. 2S, l'autre dau> \ . 2!'.

ClIAI'. II. t2r.--.>9. • ."]0I

V. -2>< et 50 : « Car ce n'est pas celui qui est Juif extérieurement, qui est Juif, et ce n'est pas la circoncision faite visiblement dans la chair, qui est circoncision; 'J'.t mais c'est celui qui est Juif au-dedans, qui est Juif, et c'est la circoncision du cœur par l'Esprit, et non dans la chair, qui est circoncision; et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. — Le piiiicipe que Dieu regarde au cœur, forme la hase du spiritualisme liiblique ; comp. Lév. XXVI, il; Deut. X, H»; Jér. IV, \A\ l Sam. XVI, 7. Voilà pounpioi l'apùlie peut en faire le point d'appui de son argumentation. — Les deux termes décisifs sont £v -rw -/.pjrTw, en serret, au-de- (l(i)is, et x.ac^ia;, iv -vs-jaaTi, du C(i'ii)\ par rEsjirit. Paul lui-même a rappelé au v. 16 qu'au jour du jugement, ce seraient les choses c/:iclu'es des hommes qui formeraient l'objet essentiel de la sentence. — La construction grammaticale de ces deux versets ne peut être expliquée naturellement que d'une seule manière. Au v. :28 il faut tirer les deux sujets, 'lo-j^aîo; et -zz>-ou:r,, de l'attribut ; et au V. 29, les deux attributs 'lo-jf^aîo; (in-i) et -rrepi-rou./; (s'tti), du sujet. — Le complément •/.af(^iaç, du cœm\ est le gén. de l'objet : la circoncision qui nettoie le cœur. Le régime £v 77V£'jaaTi, ne peut signifier : conformément à l'esprit de la loi (OUramare) . Car celte notion du moi esprit est étrangère au langage biblique, et ce second terme ne ferait que répéter ce que dit déj.à le complément xap^iaç, dn cœur. Déjà dans l'ancienne alliance, l'Israélite fidèle pouvait éprouver le secours du Saint-Esprit (Ps. LI, 12. LSii combien plus le païen qui avait cru à l'Evangile! C'est lui qui est la vraie circoncision par l'Esprit (Philip. III, 3). Tandis que l'Esprit renouvelle du dedans, la lettre est une règle extérieure qui ne change ni le cœur ni la volonté; comp. VII, 6. — Mcj/er fait de oj, duquel, un neutre qui se

rapporterait au judaisinr en général. Mais à quoi bon dire que la louange du judaïsme ne vient pas des l)omme^, mais de Dieu? Cela s'entendait Att xti-inèm»', puisque c'était Dieu qui l'avait établi et que tous les peuples le détestaient. Ce pronom se rapporte donc au mol Juif qui précède, et aussi au terme : la cirœiicision , employé dans tout ce morceau pour : le circoncis. — Le mot louanije fait jteut-ètre albision au sens étymologique du mot 'Ioj- -^aîo;, Juif {\'o'iv au v. 17). L'idée de la louange venant tie Dieu est opposée à la gloriole juive, purement bumaine, détaillée v. 17-20. — H y a un remarquable parallélisme entre ce passage de Paul et la déclaration de Jésus, .Malth. VIII, 11. 12 : « Plusieurs viendront d'orient et d'occident el seront à table au royaume des cieux..., etc. » Cependant rien n'indique chez Paul l'imitation. La même vérité se crée dans les deux cas une iormc originale.

Mais l'apôlre pressent une objection à la vérité qu'il vient de développer dans ce cbapilre. Si le Juif pécheur ^sl exposé à la colère de Dieu aussi bien que le païen pécheur, que reste-t-il de la prérogative que paraissait lui •assurer l'élection divine? Avant de passer, comme il le fera, III, 9-20, à la conclusion générale des deux morceaux précédents (I, 18-32 et IL 1-21)), Paul sent le be- «;oin d'écarter cette objection ; et c'est là le but du morceau suivant.

YI« MORCEAU (III. i-S).

Jm condiiinnulioit tlu Juif drntcufr nnilijrr //• /»/>;» que Dieu lire de sou péché.

La marche de ce morceau, l'un des plus dil'tieiles pi'ul- 'étre de l'épilre, est celle-ci :

CMAP. II, '2<)-III, 1. ."îOo

1" Si le Juif doil èlie jugé absuluincnt comme les païens, quel avaiita|ie a-t-il donc sur eux? llép. : Le Juif a élé mis en possession dos oracles divins (v. 1. 2).

2» Mais si celte possession n'a pas abouli au but auquel elle devait servir (celui d'amener Israël à recevoir le salut), la lidélilé de Dieu envei's ce peuple n'est-elle pas annulée par ce résultai'.' Rép. : Nullement; elle n'en sera que mieux silorifiée (v. S. A).

3" Mais si Dieu se sert ainsi du péché de rhonnne (spécialement du Juif), pour se lilorifier, comment peut-il après cela faire du pécheur (du Juif en particulier), l'objet de sa colère (II, 5)? Rép. : Si le bien que Dieu tire du péché de l'homme l'empêchait de châtier les pécheurs, le juLremenl final du monde serait impossible (v. 5-8).

Ainsi trois idées principales : 1° Le Juif possède certainement un avantage ; 2» Son infidélité dans l'usage de ce privilège n'en a pas entraîné le retrait, mais ne fera que rehausser l'éclat de la fidélité divine envers ce peuple ; 3° Cependant le juste jugement pour tout pécheur juif et païen n'en reste pas moins inévitable. — On voit non seulement combien l'argumentation est suivie et serrée, mais encore que l'apôtre n'abandonne pas un instant (comme le croit Oltramare), la question traitée au ch. II, celle de savoir si, comme qu'il se conduise, le Juif est à l'abri de la colère à venir. Il n'est nullement besoin de faire intervenir expressément un opposant, soit Juif, soit judéo-chrétien, comme l'ont fait bien des interprètes. Paul ne se sert point ici de la formule : « Mais, dira quelqu'une, qu'il emploie en pareil cas. Les objections naissent d'elles-mêmes de ses affirmations, et Paul les prend pour ainsi dire au compte de sa propre logique.

V. 1 et 2 : a Quel est donc l'avantage du Juif, ou quelle est l'utilité de la circoncision? ïl Cet avantage

30i LA .irsTiP'icA'iiDN l'Ai; la foi

est grand en toute manière; avant tout', en ce qu'ils ont été faits dépositaires des oracles de Dieu. " — C'était une chose généialement concédéL', <\\u; le peuple élu (levait avoii' un avantage sur les païens; di' là l'article To, If, (levant le mot repiTTov, auanfaffe. Oi terme dési<:ne lilté-r. en grec ce que les Juifs ont de plus que les autres. S'ils doivent être jugés au même titre que les païens, qu'ont-ils ilonc ('j-jv) de plus qu'eux? — La seconde question porte sur le symbole matériel de l'élection d'Israël, la circoncision. « Le peuple que Dieu marque de ce sceau, sera-t-il traité comme tous les autres? » Cette objection ressemble à celle que ferait aujourd'hui un cbrélien de nom, qui, mis par le prédicateur de l'Evangile en face du jugement de Dieu, demanderait à quoi lui servent donc sa croyance et son baptême, s'ils ne doivent pas le préserver de la condamnation?

V. ■!. L'avantage du .luif, sans consister dans l'exemption du jugement, n'en est pas moins réel et même fort grand. — L'adj. toIu, que nous avons traduit par grand, signifie nunibrenx. Comme neutre, il se rapporte au sujet de k\ première question {V avantarje) ; la seconde question n'était, en effet, qu'un appendice propre à préciser la première. — En ajoutant : en toute luanière, Paul veut dire que l'avantage est non seulement considérable, mais rarié, « s'étendant à toutes les relations de la vie» (}forison); comp. IX, \-i. — De ces avantages nombreux et divers, il n'en relève qu'un seul qui lui parait, si l'on peut ainsi dire, central. Des interprètes, tels que Tholud;, P/iilijipi, Meyer, etc., se figurent qu'en écrivant le mot j>rt'niièrenicnf, rpcoTov, l'apôtre se proposai! d'i'iiuuu'rer tous les autres avantages qu'il avait en vue, mais qu'il s'est laissé

' B D E (i Syr^'' It«"'i. onu-ttonl le vac, ([uo lit après usv lo T. R. avec les autres documents.

CllAP. III, 2. 305

détourner }iar la discussion suivante de l'expression coml»lèt(; (l(! sa pensée. On cite, coirime exemples de cette manière de l'aire, outre 1, 8 et suiv. dont nous nous sommes déjà occupés, 1 Cor. VI, 12-1.1 et XI, 18 et suiv. Mais l'apôtre a un esprit trop logique et ses écrits portent la marque d'une élaboration trop sérieuse, pour que l'on puisse admettre dans leur tissu de pareilles solutions de continuité, et aux yeux d'une saine exégèse les passages cités ne prouvent absolument rien de semblable. D'autres pensent qu'on peut donner ici à premièrement le sens de principalcinent ; mais le grec a des termes pour cette idée. Les mots précédents : eii toute manière, nous mettent sur la voie; ils signifient : « Je pourrais vous dire sur ce point beaucoup de cboses; mais je me bornerai à une seule qui est en première ligne. » Cette manière de s'exprimer, bien loin de signifier qu'il se j)roposait d'indiquer les autres avantages, fait déjà entendre le contraire et en indique la raison : c'est qu'ils découlent tous de celui qui va être indiqué. — La particule piv (de [Aevetv, demeurer) n'a pas non 'l)lus dans ce qui suit son pendant ordinaire (^é). Elle signifie : « Quand cet avantage serait le seul, la supériorité du Juif n'en demeurerait pas moins. » Le yap, car, est omis par plusieurs Mjj. de deux familles et par les anciennes Vss. Si on le maintenait, le oti qui suit devrait prendre le sens de parce que, ce qui n'est pas naturel. Il vaut donc mieux le retrancher et traduire oti par en ce que. — Cet avantage, qui prime et renferme tous les autres, est la qualité de dépositaires des oracles divins accordée aux Juifs. Le sujet de £7vtcrTe'J6-/io:av est oî 'lou^aî^ot sous-entendu, d'après une construction grecque bien connue; comp. \ Cor. IX, 17. Le sens du passif iTTiTTa'JGvicav est proprement : être estimé fidèle, de telle sorte que l'on vous confie un dépôt. — Le dépôt confié, ce sont les oracles divins. Le

806 LA .irSTIFICATION PAR LA FOI

terme Xoyiov, oracle, a un sens plus '^n'ave que ").oyo;, parole, (Jonl il n'est nullement un iliminutil', comme le pense Philippi; car il vient de l'adj. V^y-o:, idoquenl. il di-si^ne toujours, mt'me chez les classiques, une parole divine; ainsi : Ad. VII, 38, la loi de Moïse; Hébr. V, 12, la révélation évangclique ; 1 Pier. IV, 11, les communications divines immédiates, dont l'Eglise était alors l'objet. Dans notre passage, où il s'agit en généial du privilège accordé aux Juifs, ce mot doit être rapporté à l'A. T. tout entier; mais il n'en est pas moins vrai que l'apcMie pense spécialement aux promesses messianiques (Volkmur, Grafe et d'autres). — Si Paul avait voulu exposer en détail linlluence salutaire, religieuse et morale, exercée i)ar ces révélations divines sur la vie nationale, domestique et individuelle des Israélites, il est évident qu'il. aurait eu énormément de choses à dire. Mais il eût été détourm- par lit de la question traitée. Il se borne donc à énoncer le point essentiel. — C'est là la première phase de la discussion. Mais aussitôt s'élève une objection : Cet avantage, la possession des promesses messianiques, n'a-t-il pas été lendu ■ vain par le fait de l'incrédulité d'Israël? Ici commence la seconde phrase :

V. 3 et \ : c( Car que dire? Si quelques-uns n'ont pas cru, leur incrédulité annulera-t-elle la fidélité de Dieu? 4- Que rien de semblable n'arrive, mais que plutôt Dieu soit trouvé véridique et tout homme menteur; selon qu'il' est écrit : Afin que tu sois justifié dans tes paroles, et que tu triomphes - quand tu es mis en cause. " L'objection naît tout naturellement du l'ail que Paul vient d'anirmcr. Israël possédait les promesses; mais quand elles

' N B lisoiil /.aOa-:c au liru do xaOf.);.

* T. K. lit, avec B G K L : v.xr.jr,; ; n A II K : v;xr,3£t; la môme variante existe clie/. les L\X .

CHAI'. III. '2-:i. 307

se iM'.iIisciit, il s'on trouve (;xclii, et ce sont les païens ([iii en ont la jouissance! — On pourrait mettre le point interrogatii après le mot nvi;, fjiirltjiir.s-uns : « Car que penser, si quelques-uns n'ont pas cru? » Mais il nous parait préférable iji' ponctuer après zi yap. ciir quoi:' car qu'en esl-il? et (le ratlacliei' la proposition : « Si queUjues-ims n'ont pas cru, » à la question suivante (voir la trarl.). Paul aime dans la discussion ces questions brèves : car quoi? mais quoi'/ pi'opres à réveiller l'attention. S'il emploie ici la particule car, au lieu de mais, c'est qu'il veut dès l'abord caractériser l'objection, comme déjà résolue dans sa pensée. — Quelle est l'incrédulité des Juifs, à laquelle pense ici rap(^itre? D'après plusieurs, de Wettc, Philippi, de Weiss, etc., ce seraient leurs continuelles désobéissances à Jéhova durant tout le cours de l'ancienne alliance; et la fidélité de Dieu, que n'a point annulée cette infidélité constante, consisterait dans l'envoi bnal du Messie, conformément aux anciennes promesses divines. Mais l'aoriste rtT:iGxr,GOiv, n'ont pas cru, désigne un fait historique positif plutôt qu'un état de chose permanent, et le pron. tivô;, quelques-uns, ne s'applique pas bien à un peuple entier plus ou moins désobéissant; comp. III, 19, :20. On ne comprend pas non plus comment après l'envoi du Messie une pareille question pourrait être posée par l'apôtre, ou du moins il aurait dû dire, au lieu de annulera-t-elle : al-elle annulé? Philippi cherche à résoudre cette difficulté en donnant à la question ce sens : « Les anciennes révélations de Dieu n'étaient-elles pourtant pas dignes de confiance, devrais moyens de salut?» Mais cette question n'a jamais été soulevée; et pourquoi le futur annvlera-t-elle dans une pareille supposition? Il eût fallu le passé ou le présent. — L'incrédulité dont Paul parle ici comme d'un fait historique, actuellement consonuné, ne peut être que

le rejet du Messie par Israël et l'endurcissement persévérant de ce peuple envers le témoit,fna«i:e apostolique depuis la Pentecôte. Le Tivé;, quelques-uns, peut paraître un peu faible pour désigner la grande majorité du peuple; mais ce pronom s'emploie pour désigner une partie quelconque du tout; comp. XI, 17 m quelques-taies des branches »), Hébr. 111, 10 (le peuple entier, à l'exception des seuls Caleb et de Josué) et 1 Cor. X, 7. IMaton dit : T-.và; x.al -oaaoi ye. — Introduite par pi, la question suivante attend une réponse plus ou moins négative : « Leur incrédulité n'annulera jwurtaul })as...? » Cette question peut s'entendre de trois manières : l» On peut la rapporter au passé : cette infidélité n'empêchera pourtant pas que Dieu n'ait tenu fidèlement aux Juifs ce qu'il leur avait promis (en envoyant réellement le Messie)? » Ainsi Oltramare et d'autres. .Mais le terme annulera porte la pensée vers l'avenir et non vers un fait déjà accompli; 2» On pourrait entendre : « Si, après une telle infidélité de la part des Juifs, Dieu les rejetait à toujours, ne resterait-il pourtant pas fidèle à lui-même? » Car enfin la parole divine ne renferme pas seulement des promesses, mais aussi des menaces; comp. ! Tim. 11, 1.]. Mais ce sens excessivement sévère qu'il faudrait donner ici au mot fidélité de Dieu, devrait être plus nettement indiqué. 3" Le sens vraiment naturel de cette question est celui-ci : « Parce qu'Israël n'a pas cru au Messie et au salut qu'il apportait. Dieu retirera-t-il toutes les promesses qu'il lui avait faites? ^> En d'autres termes: ce Israël seraitil rejeté à toujours? » La réponse qui ressort du v. 4 est celle-ci: Nullement; la fidélité de Dieu se manifestera au contraire avec plus d'éclat \y,\v l'infidélité même de son peu[>le. L'apùtre a devant les yeux le mystère qu'il dévoilera tout entier au ch. XI, celui du salut final des Juifs après que leur réjection partielle et momentanée aura servi au salut (les païens.

CMAP. III. 3-4. 809

V. 4. La réponse négative à la dernière question, déjà prévue au v. :} par le yap et pai' le [>.-/,, est donnée au V. A, et cela avec l'accent de l'indignation : « Que cela n'arrive point (que la fidélité de Dieu soit annulée»). C'est la traduction du Chalihtli hébreu. L'apôtre ajoute même : (c Et que ce soit le contraire qui arrive. Vérité, rien que vérité, du côté de Dieu! mensonge, tout le mensonge, du côté de l'homme! Que ce soit là le résultat final de cette crise, comme de toute l'histoire! » Il y a antithèse entre le yevoiTo et le yivscôw : « Que cela 7i' arrive point, mais que ceci arrive. » — L'apôtre dit littéralement : « Que Dieu devienne vrai, » et la plupart appliquent ce mot devienne au fait de la reconnaissance de la véracité de Dieu par les hommes. Mais on peut entendre le mot devenir dans un sens plus strict. Dieu devient vrai, sa véracité se réalise, à mesure que ses promesses ou ses menaces s'accomplissent dans l'histoire par des faits nouveaux. — Cette réalisation croissante de la véracité divine contraste avec celle du mensonge humain qui déploie de plus en plus sa perversité. Le mensonge désigne le plus souvent dans l'Ecriture la mauvaise foi du cœur qui résiste au bien moral connu et compris. Paul paraît faire allusion à cette parole du Ps. CXVI, M : «J'ai dit dans ma précipitation : Tout homme est menteur. » Seulement cette accusation, qui échappait au psalmiste dans un moment d'amertume, Paul la reproduit ici avec une douloureuse humiliation à la vue du péché de son peuple. Il dit : tout homme, non tout Israélite seulement, parce que ce jugement est d'une application universelle. C'est l'homme, comme tel, qu'il oppose ici à Dieu. — La véracité qu'il attribue à Dieu au v. A est une notion plus large que celle de la fidélité dont il parlait au v. 3; et il en est de même du mensonge de l'homme au v. A, par rapport à linjidélité qu'il lui a im-

putée au \ . 3. — L'infidélité d'Israël dans le rejet du Messie a fait surgir entre le mensonge humain et la véracité divine un conflit qui semble insoluble : Dieu ;i promis, et il est mis par l'homme lui-même dans l'impossibilité <le tenir! Mais ce conflit se résoudra à la gloire de la fidélité de Dieu. Ce résultat futur est fornmlé dans la seconde {larlie du v. au moyi-u dune déclaration de David provoquée par un conflit analogue dans l'histoire de ce roi. Par un mensonge et un forfait horribles, David avait mérité d'être rejeté malgré les promesses faites à lui et à sa race. Dieu se trouvait ainsi vis-à-vis de lui dans la position où il se trouve aujourd'hui par rapport à Israël. Cette position a été voulue, affirme David, nafiu que Dieu soit justifié dans ses paroles. » 11 a semblé impossible à jtlusieurs traducteurs (Osterv., Oltnim.) de maintenir ce afin que. David pourrait-il din' qu'il a dâ pécher afin de faire éclater la pureté du caractère divin? Une telle déclaration porterait au contraiie atteinte à l'honneur de Dieu. On a donc traduit la conj. ottwç par de sorte que; il ne s'agirait plus que d'un résultat, non d'un but. Ce sens est naturellement inadmissible. Hemjslenberfi et Philippi distinguent entre la volunlé pécheresse de David et la nnniièrc dont elle s'est réalisée ; la première appartient à David seul, la seconde est le fait de la Providence (jui a dirigé les choses en vue du but indiqué. Mais cette dislinrtion théologique ne pouvait se présenter à l'esprit de David dans le moment et dans la disposition où il composait son jisannir. Il nous parait plus simple de faire porter ce njin que sur ce qui précède ilans le Ps. : anilre fui proprement et ee qui drplait à tes i/eur. Dieu avait manifesté clairement à David le déplaisir (pie lui causaient de pareils actes, (i/iii que, si, malgré cela, il venait à les comniellre, riieu t'u fût rccomiu futièriMiifut innocent et David seul

ciiAP. m. i. 311

responsahie ; c'est l'idco qui ressort encore au v. 8 : « Tu itr avais enseigne la vérité dans le secret de mon cœur. » Ce afin que a donc le nnême sens que cidui de 1, 20 : « J'ai l'ail ce que lu m' a rais déclaré être odieux à tes yeux alin que, s'il y avait un coupable, ce fût moi seul. » — Dans le cas de David, les mots : « afin que tu sois justifié dans les paroles^ » se rapportaient aux reproches que lui avait adressés ÎN'athan et au châtiment (pii avait suivi; dans le cas d'Israël, ils s'appliquent à la sentence de réjeclion qui ^frappait ce peuple en ce moment. — Dans l'hébreu, la seconde proposition signifie : « Et que tu sois trouvé pur quand tu juges. » Les LXX on! traduit : « VA que tu sois vainqueur (que tu gagnes ta cause) quand tu es en procès, ou quand tu es Jugé (selon que l'on prend le verbe -/«pivecOai dans le sens moyen ou passif). L'apcjtre, qui suit ici leur texte, a probablement entendu ce mot dans le sens de : être en procl's, qu'il a souvent (1 Cor. VI, 1-6), et même au passif (Matlh. V, ^O). Les Juifs soulevaient réellement un procès contre Dieu en l'accusant d'infidélité envers eux, s'il les rejetait pour les remplacer par les païens. Paul répond, en se servant des paroles du psalmiste, que le caractère de Dieu sortira victorieux de ce procès que l'homme lui intente (comp. ch. IX-Xl). La différence entre le sens de l'hébreu et celui des LXX n'a donc aucune importance dans l'application du passage; car il est égal de dire que Dieu sera trouvé pur clans ses jugements ou qu'il vaincra dans le procès qui lui est intenté (à cause de son jugement sur Israël). — L'apôtre venait d'annoncer que la fidélité de Dieu remporterait un triomphe à l'occasion de l'infidélité d'Israël. C'est celte pensée, déjà renfermée dans la parole du psalmiste, qui donne lieu à l'objection nouvelle dont l'examen forme la troisième phase de cette discussion.

312 LA .MSTiriCATION l'Ali LA lOî

V. 5 et f» : <( Mais si notre injustice sert à démontrer la justice de Dieu, que dirons-nous? Dieu n'est-il pas injuste quand il se livre à la colère? Je parle à la manière de l'homme. •• Qu'ainsi n'arrive! Car, dans ce cas, comment Dieu jugera-t-il le monde ? " — Paul st'iiihlail (lire ([iie I*i"'u avait voulu la chute d'Israël afin dt' iiiaiiiiesler avec plus d'éclat ses propres perfections. Se mettant alors au point de vue de l'homnie ainsi traité, il demande comment Dieu peut déchaîner sa colère contre un être dont il exploite les actes au profit de sa gloire. F'iusieurs mettent cette objection dans la bouche, soit d'un Juif incrédule (Oltramare), soit d'un judéo-chrétien (Lipsiusj. Cela n'est point nécessaire, et les mots suivants : « Je dis ceci à la manière de l'homme, » prouvent bien (jue Paul parle en son nom et se fait cette objection à luimême. Le contraste entre jitstiœ et injustice remplace ici l'antithèse de vrrficitc et de mensou(je au v. i, coiimie celle-ci avait remplacé celle fie fidélité et tVinlidelile au V. 3. En partant du cas donné, Paul avait naturellement dû commencer par cette dernière. Puis la question s'èlargissant, il y avait substitué la seconde. Il s'élève maintenant à une antithèse plus générale encore, au contraste entre Vinjiistice humaine et la justice morale de Dieu, qui implique sa véracité (v. A), comme celle-ci sa fidélité (v. S). Ce terme nouveau lui est évidemment suggéré par le mol : « Que tu sois justifié (reconnu ']i\s[e) )^ dans la citation du psaume (v. 4). Le nwi justice ne peut donc désigner ici ni la justice rétributive de Dieu, ni, comme le pensent Van Hcngel et Lipsius, la justice donnée à riionmie parla foi (I, 17). C'est ce que confirme l'opposition avec oè^-aia, y injustice humaine. — Le verbe cjv.'^txvx'. signifie proprement : mettre ensendile les parties d'une chosi.% puis: l'établir fermement; et, dans le sens logique: »lé-

CHAI'. III, 5-6. .'il.'i

montrer clairement un lait, une vérité. — La question ti èpo'jj^.ev, (jue diruna-nous:' ne se rencontre dans aucune autre lettre de l'apùtre; en écliange elle se trouve six fois dans celle aux Romains (IV, 1; M, 1 ; Vil, 7; Vlll, 31 ; IX, 14 et 30). S'il était dans l'intérêt d'une certaine critique de nier l'authenticité de cet écril, on comprend quel parti elle tirerait de ce fait; mais on voit par là même ce que valent de semblables arguments. Cette formule d'interrogation sert à fixer fortement l'esprit du lecteur sur le point auquel la discussion est parvenue. — La colère est celle qui s'allume en Dieu à la vue du pécheur, plus spécialement celle dont l'apùtre avait expressément menacé les Juifs, II, 4 et 5. — Il y a toujours quelque chose de révoltant à rattacher, même par simple supposition, la notion d'iujusiice à celle de l'être divin. Cette impression que devait produire la question : Dieu est-il donc injuste? Paul veut l'effacer immédiatement. C'est là le but de la parenthèse : « Je parle à la façon de l'homme, » c'est-à-dire de l'homme qui se livre à son sentiment naturel, à la vue des châtiments divins qu'il ne comprend pas. Ce sens ordinaire et tout naturel est bien préférable A celui que propose Oltramarc : « Je parle de Dieu comme les hommes parlent les uns des autres. » Hofmann rapporte cette observation incidente à ce qui suit. Mais le u:h yévoiTo rend cette relation impossible.

V. 6. Selon Meyer, Weiss, Gmfe, etc.^ le raisonnement de Paul dans ce verset reviendrait à ceci : Si Dieu n'était pas juste, il ne jugerait pas le monde. Or le jugement est un fait certain, attesté par la conscience humaine ; donc Dieu est juste. Mais ce serait là un cercle vicieux : la foi ^u jugement final repose, dans la conscience humaine, sur le sentiment de la justice de Dieu; il ne saurait donc servir à la prouver. Si l'apôtre avait ainsi raisonné, Riïckert au-

31 i LA .ILSTIKICATION PAR LA FOI

rail raison de déclarer son argumentation insufïisanle. Olshinisen a mieux compris le raisonnement que ses successeurs : « S'il suffit que Dieu tire d'un acte mauvais une conséquence salutaire pour qu'il perde le droit de ju^rer cet acte, le jugement final devient impossible; car comme Dieu tourno fontinnellf'ment en bien tout ce que l'homme pense en ni.il, <lia([uij pécheur pourrait alléguer à la lin la même excuse et dire : Mon péché a servi à quelque chose (le bon; donc Dieu n'a pas le droit de me punir. ï> — Il est donc parlailement logique de dire, comme le t'ait l'apôtre, que si cette excuse était valable pour les Juifs, elle le serait également pour tout pécheur dans le monde et ferait pai' conséquent tomber le jugement final. C'est ce que Paul développera précisément au v. 7, où il explique par un nouveau cfirXe car an v. 6. — Mais non, le jugement ne tombei'a ni poui- Irs uns ni pour les autres. Car Dieu peut tirer le bien des plus grands crimes, sai\^ perdre pour cela le droit de juger leurs auteurs. — On pourrait être tenté d'a[)pliquer le terme de monde uniquement aux j)aïens. A ce croyant juil cpii, dans le v. 5, prétendrait qu'Israël doit être soustrait à la colère en raison de la tournure salutaire que Dieu a donné à son crime contre le Messie, Paul répondrait que dans ce cas les païens (le monde) sont aussi au bénéfice <le cette excuse, ce qui rendrait l(^ jugement des païens impossible. Mais ce n'est point un ju(l(''o-chrélien qui jiarle au v. ."); et si au v. !> le mot A' iinmdr faisait antithèse aux Juifs, il devrait m'Cr'ssairement être placé en tète, cl avant le verbe. — L'idée ipii se dégage des v. 5 et 1» ost donc celle-ci : Si les conséquences bienfaisantes d'une faute justifient son auteur, il n'y a plus de jugement possible; celte idée est précisément celle que développe le verset suivant, auquel se rattache, connue pai' une gi'adatiou logique, le v. 8.

ciiAi'. m. c.-T. .'115

V. 7 et S : « Car' si la vérité de Dieu a abondé à sa gloire par mon mensonge, comment moi aussi suis-je encore jugé comme pécheur? S Et que ne faisons-nous le mal — comme nous sommes accusés de faire, et comme quelques-uns prétendent faussement que nous enseignons — pour qu'il en résulte du bien? Gens dont la condamnation est juste! » La leçon ^e, ///"/y, du Vatic, et de VAIt'.r., qu'admet Tischendorf, et qui li-ud à l'aire de cette question une objection à la réponse du v. 0, doit être rejelée. Car cette objection ne serait qu'une répétition de celle du v. 5 à laquelle il vient d'être répondu. Il faut donc lire Car. — Cal ri», Grolius, Philipin, voient ici une confirmation de l'objection du v. 5. Mais, nous venons de le voir, la réponse a été faite au v. G d'une manière pleinement satisfaisante, et à quoi servirait-il de reproduire l'objection comme })reuve d'elle-même (car), et pour n'y plus répondre cette fois que par un anathéme (v. 8)? Meyer pense avec plus de raison que l'apôtre veut confirmer la réponse donnée au v. 6. Mais de quelle manière? Voici l'argument selon Meyer-: « Si réellement Dieu était injuste, il ne pourrait juger le monde qu'en raison des conséquences fâcheuses que produit le mal ; car dans cette supposition le mal, comme mal, lui serait indifférent. Mais les conséquences du mal servant, au contraire, à la gloire de Dieu, il n'y aurait plus aucune raison pour lui d'exercer le jugement. )) Peut-on citer dans tous les écrits de fapôtre un raisonnement aussi alambiqué que celuilà? Weiss propose l'explication suivante : En disant : mon mensonge, et : }Hoi aussi, Paul parle de lui personnellement. A ces Juifs qui accusent sa prédication d'imposture et qui le menacent lui-même du jugement de Dieu^

• N et A lisent si oï, au lieu de v. -'ac.

r*aul répondrait qu'il se met au bénéfice du principe qu'ils revendiquent pour eux-rnènies, c'est-à-dire que son péché doit lui être pardonné fout connme à eux le leur, en raison des conséquences bienfaisantes que Dieu ne manquera pas d'en tirer. Cette explication ne nous parait pas mériter l'admiration qu'elle inspire à Grafe. Pour qu'elle lût fondée, il faudiait d'abord que le Juif, auquel répond Paul {selon Weùs), reconnût que son peuple a réellement péché en rejetant Christ; puis, que quelque chose dans le contexte annonçât les heureuses conséquences pour la vérité de Dieu, que pouvait avoir le mensonge de Paul. Et enfin, quel étrange argument, de la part de l'apùtre, que de dire aux Juifs : Si vous échappez au jugement pour votre crime, je dois y échapper, moi également, pour l'imposture que vous m'imputez. Jamais l'apôtre a-t-il écrit quelque chose d'aussi absolument plat? Ce verset, comme nous l'avons déjà fait entendre, confirme simpl»»ment la justesse de la conclusion tirée au v. 6. Paul avait dit : Si le bien que Dieu tire du mal ôtaità Dieu le droit lie punir (v. 5), le jugement du monde tomberait i»ar là même (v. 6). Il ajoute très logiquement à l'appui de cette conclusion : «. Cor (v. 7) chaque pécheur peut à ce conqHelà se présenter devant le tribunal en disant à Dieu : Et ntui aussi, j)ar mon péché j'ai contribué à exalter ta gloiie; » et il devrait en conséquence être renvoyé absous. — Paul revient ici aux termes de irrite ilr Dieu et de nwiisonf/e humain dont il s'était servi au commencement de la discussion, ceux dcjuslia' et A'i))/i(slirr n'y ayant été substitués qu'à l'occasion des expressions de David dans le psaume. Reiche a appliqué le terme rerite de Diet( au monothéisme juif et celui de menson(/e au paganisme (comp. I, 25), et l'on pourrait en effet mettre toute cette parole 4lans la bouche des païens qui réi)ondraient aux Juifs :

« Vous voulez être préservés de la colère par les conséquences bienfaisantes de votre crime; nous en faisons autant poui" notre j)a^anisine; t> cornp. le terme de ây,apTcoAo;, pécheur, à la lin du v. ((ui est précisément le nom (pie les Juifs donnaient aux j)aïens. Mais pour que ce sens fût vraisemblable, il faudrait que Paul eût fait ressortir en quelque manière dans ce qui précède l'accroissement de gloire que le paganisme pouvait apporter à Dieu. — ■ Le /.àyw, moi aussi, signifie : « moi, aussi bien que tous les autres pécheurs. » On les voit tous apparaître successivement devant le tribunal et jetant à Dieu cette même réponse qui fait tomber leur jugement. — Le exi, encore, signifie : « même après que mon péché a produit des effets aussi salutaires. »

V. 8. L'apôtre pousse sa réfutation jusqu'au bout, en réduisant à l'absurde ou plutôt à l'odieux le principe opposé au sien : qu'il suffit du fait que Dieu tire le bien du mal, pour excuser le péché. S'il en est ainsi, non seulement le jugement tombe (v. 6 et 7); mais il faut aller plus loin encore et dire : Fournissons à Dieu, en péchant plus abondamment, d'autant plus d'occasions de faire du bien ! Chaque péché ne sera-t-il pas une matière qu'il transformera en l'or pur de sa gloire? — Les mots xal [xvi, et quene, devraient [)ropr, être suivis immédiatement du verbe : faisons-nous le mal? TrotviGcofy.ev toc. /.oLxoi, placés à la fin de la phrase. C'est ainsi qu'en français nous avons dû traduire. Mais en grec la phrase est interrompue par l'insertion de la parenthèse destinée à rappeler que c'est précisément là le principe odieux que les calomniateurs de Paul et de ses adhérents l'accusent de pratiquer et d'enseigner. Et lorsque, après cette parenthèse, il veut reprendre la propos, commencée par : et que ne, au lieu d'en faire dépendre grammaticalement l'idée : faisons le mal, il la rattache.

S\X LA .irSTIFICATION PAR LA FOI

selon une lorine d'anacolonthie In-quenle chez les fuiletirs classiques, au dernier verbe de l;i parenllièse : cmeiguer : <f Comme on nous accuse d'ensei^rner : faisons le mal. » Le oTi est le fjnc récitatif si fréquent en ^irec quand l'écrivain passe du discours indirect au discouis direct. Hofmann propose une autre construction. Il sous-entend après xal [jM le verbe ècTi, dont il fait dépondre le y-aOw; : « Et n'eu esl il pas conuTie on nous accuse de pratiquer et d'en-

sei^'uer : « qu'il n'y a qu'à faire le mal pour ? » Mais il

est dur de faire dépendre xaOco:, comme, de ic-i, et comme l'observe Meye)\ il eût fallu dans ce sens /.al où plut<H qui^ •/.al ij:/,. — Le verbe (iAa'iÇ'ry.oJy.eOa, nous sommes calommeusemenl accusés, pourrait avoir jjour objet sous-ent.: de (lire : mais les mots suivants : et comme quelqnes-inis disent que.... ne seraient plus qu'une répétition oiseuse. Jl faut donc sous-enlendre comme objet du premier verbe l'idée non de <//re, mais de faire : « Nous sommes caloumieusement accusés (Wifjir selon ce principe. » Puis les mots suivants ajoutent à l'accusation de jrratiquer cette maxime impie, celle de la professer, ce qui esl pire. Elever le mal à Iriat de principe, est plus criminel que de le faire à l'occasion, l'eul-èlre le choix du terme ^").a<7- ^r.aeîcOai fait- il allusion à ce que cette maxime même qu'on r accuse de pratiquer, est un l/lasfihi'me. — Les accusateurs auxquels pense Paul sont les plus haineux d'entre ses adversaires judaïsants, qui ne lespeclenl pas même le caractère moral de sa persoime et de sa prédication ; comp. VI, I. La malveillance pouvait aisément trouver dans des paroles comme V, 'H\, un prétexte à celte inculpation. — La sentence de condamnation tjui termine ce verset, esl appliquée par la |tlupart des inlerj)retes à ceux (pii j)rati- <piei;iient et ensei^neraienl léellement la maxime imputée à Paul el à tous ses adhérents (nous). Mais dans quel

CHAI', m, 8. 31!)

lerme ranlécédoiil du pronom wv, dont, serail-il éiioiicr' dans ce qui prôcèdi'? Dans le mot tivé;, qndqnes-uvs:' .Mais ce pronom désiiine au contraire ceux qui reprochent à Paul une lidlc maxime. Dans le no\is, sujet {\q, souDtws accusés et de faisons? iMais ce sujet, c'est l^iui et les siens! Le wv ne pourrait donc se rapporter dans ce sens qu'à un antécédent qui n'existe pas. Cela nous paraît inadmissible; et voilà pourquoi avec Grolins, Tltohicl;, UafiiHOin, nous rapportons ce pronom anx tivéç, à ces calomniateurs, ces Juifs incrédules qui, mal et méchamment, en attribuant à rai)ôtre cette maxime inlViine, appelaient sur lui la condamnation qu'ils méritaient eux-mêmes, ainsi que l'a jjrouvé ce passage et le chapitre précédent tout entier. Seulement il faut bien remarquer que l'apùlre ne s'exprime ainsi qu'après avoir satisfait pleinement aux exigences de la logique. Il ne supplée pas par une malédiction au manque d'argument, comme beaucoup le croient'.

' Lipshis a présenté dans la Protestanten-Bihel une explication de ce passage que nous ne devons pas passer sous silence. V. \ : Paul demande à son interlocuteur judéo-chrétien quelle est donc la supériorité du Juif sur le païen. La réponse dans sa pensée est naturellement que cette supériorité est mdlc. — V. 2 et 3 : L'interlocuteur 7»rf(;o-c/!;'t'Ï!é;» répond au contraire que le Juif a en premier lieu l'avantage de posséder les oracles divins, avantage qui, en raison de la fidélité de Dieu, ne peut être annulé par le fait (juc les Juifs n'ont pas cru au Messie. Puis il allait continuer à énumérer les autres privilèges des Juifs, quand Paul lui coiqie la parole. — V. 4 : Paul répond : Assurément non ; Dieu ne saurait être infidèle à ses promesses; le mensonge d'Israël fera au contraire d'autant mieux ressortir sa véracité, selon la parole du psalmiste, en ce sens que Dieu réalisera le salut par la foi chez les païens par le fait même de la réjection des Juifs chap. IX à XI). — V. o : nouvelle réclamation du judéo-chrétien : Si l'injustice des Juifs sert à mettre en lumière la justification gratuite accordée par Dieu à la foi, ne résulte-t-il pas de là que Dieu serait injuste de s'irriter contre eux et de les punir? — V. 6. Paul répond : Nullement; car la qualité de juge du monde que possède Dieu, ne lui permet pas de laisser passer sans punition l'incrédulité des Juifs. — V. 7 et 8 : L'adversaire reprend et soutient sa thèse du v. 5, en la développant : Si dans la main de Dieu

Ohsen- citions sur le morceau III, 1-8. — Malgré son application temporaire au peuple juif, ce morceau, qui tirera son jour com[)let (lu ch. XI. possède une actualité pertna tient»'. On a toujours cherché a justifier les plus grands forfaits de Ihistoire en faisant ressortir leurs conséquences avantageuses pour le progrès humanitaire. Il n'y a pas de Robespierre qui n'ait été transformé en saint au nom de l'utilitarisme. Mais pour qu une telle canonisation fût valable, il faudrait commencer par prouver que la conséquence utile est sortie du mal commis comme un effet de sa cause. C'est bien là ce qu'enseigne le panthéisme. Mais le théisme vivant professe, au contraire, que cette transformation de l'acte mauvais en moyen de progrès est le miracle de la sagesse et de la puissance de Dieu, qui s'empare continuellement du péché humain pour en tirer un résultat opposé à sa nature. Dans le premier point de vue, toute responsabilité humaine tombe et le jugement est anéanti. Dans le second, l'homme reste complètement responsable devant Dieu de l'acte mauvais, comme expression de la volonté mauvaise de son auteur, et malgré le bien que Dieu sait en tirer. Voilà l'optimisme scripturaire qui seul concilie la responsabilité morale de l'homme avec la doctrine du progrès providentiel. L'apôtre a posé les bases de cette vraie théodicée dans le morceau remarquable que nous venons d'étudier.

mon mensonge, à moi Juif, a donné à la vérité divine de la justification par la foi l'occasion de se répandre, pourquoi moi, Juif, dois-je être frappé par le jugement, tout connue le pécheur païen? Ici v. 8) « le discours de l'adversaire se transforme insensiblement en celui de l'apôtre.» Et, en conséquence de la thèse du v. 7 i)0ur un instant admise, Paul continue disant ; Ne devrions-nous pas dans ce cas faire comme on nous accuse réellement d'agir et d'enseigner? Puis, par les derniers mois: dont la condamnation.... Paul rompt l'entretien en déclarant juste le châtiment de ceux qui, comme les Juifs incrédules, peuvent soutenir une opinion si blasphématoire. — Nous avons reproduit, aussi clairement qu'il nous a été possible, cette interprétation ingénieuse. Il nous paraît qu'elle se heurte dès le commencement à la relation évidente entre le v. I et le v. i: au milieu, à celle du V. 4 avec le v. 5, ainsi qu'au sens donné au terme de justice de Dieu; plus lard à la relation du v. 7 avec ceux qui précèdent v. 5 et 6); et à la lin à l'impossibilité que le Juif incrédule à f Evangile allègue même par supposition celle excuse : que son incrédulité a servi à réaliser les plans de Dieu à l'égard des païens. — Cette interprétation, imaginée pour prouver l'origine juive des lecteurs romains, démontre rim[)ossibililé d'expliquer ainsi notre épitre.

ciiAi'. m. x-i».| .-521

L'iipiUrc a l'clracr le récrie de la colère de Dieu 1" sur le nidiide païen (eh. I), :2" siii' le peuple juif (cli. 11). Gomme appendice, il a ajnulé au second tahleau ini morceau destiné à montrer rpi(! l'avanlai^e du peuple juif n'en est pas moins réel, que la (idélilé de Dieu envers lui démesure et ressortira même d'aiilani mieux par son inlidélité; mais rpie le bien que Dieu veiil liier de celle-ci n'empêchera point (pic le .luil u'ail à [xtrler le poids de la colère divine, connue tout pécheur. Après avoir ainsi placé par l'étude des faits h; monde entier, païen et juif, sous la colère, il ne lui reste plus qu'à conclure par ki preuve scriptmairc, la seule alisolument valable à ses yeux.

Vile MORCEAU (III, t)-:20j.

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