‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 42 sur 55 · condamnalioH uniirrsrllc co)i/innt'(' juir l'Ecriture · texte numérisé non relu

condamnalioH uniirrsrllc co)i/innt'(' juir l'Ecriture

Après avoir formulé le résultat qui se dégage des expériences de la vie juive et païenne (v. 9), Paul le confirme par une série de déclarations scripturaiies (v. 10-18) et tire une conclusion (v. 10 et 20), qui forme la transition au sujet suivant.

V. 9: «Quoi donc? Avons-nous une supériorité'? Pas absolument"-. Car nous avons accusé'^ auparavant tous les hommes, Juifs aussi bien Grecs, d'être sous le pouvoir du péché; » — L<^s mots t{ ojv, quoi donc? forment une i)ropos. indépendante. Plusieurs les lient au vepbe suivant pour former avec lui une question unique.

' Au lieu de -coc/o;j.cOa, A L lisent -c.or/w;j.£Oa ; D G : -co/.a-r/oaHv - D G P omeLteul ou -avTf.):.

' D G lisent 7]-ia(ja|i.£0a, au tien de -oor|T'.asa|j.30a.

:\'1'1 LA .Il STillCATION PAH LA FOI

Mais si le mol ti, quelle ehosei était l'objet de T::o£/oy.cOx, quelque sens que Ton donne à ce verbe, la réponse devrait être oO^iv, rien, el non l'adverbe de négation qui porle sur l'acte, non sur l'objet. (>"esl jjiobablemeni à cette l'ausse ronsliMiclion qu'i'sl due la leçon de A L : -pos/ojy.cOa (conjonctir délibératifi : « Que pourrions-nous bien avancer? » — La question : quoi donc? signifie : Quel est donc l'état des choses? évidemment pai- rap|iort au sujet inlro- (luil v. 1. La réponse est maintenant acquise au moyen de la discussion précédente (qui n'est nullement a une digression »), et par le donc Paul invile le lecteur à la foiinuler lui-même. Pour cela il résume d'un mot la question posée au v. 1 : Trpos/oaeOa. Ce verbe a été compi'is de bien des manières. A l'actif, TTpoc'/s'.v peut signifier : tenir devant (pour protéger, abriter); ou bien être en tète, avoir une supériorité, surpasser. A prendre -:or/£cOai, dans le premier de ces deux sens, il signifierait, comme passif : « Sommes-nous protégés (contre le jugement), nous Juifs?» — Mais celte forme n'est point usitée en grec; — dans le sens moyen : « Pouvons-nous nous mettre à rai)ri (du jugement)?» Ce sens est conforme à l'usage grec. On dit : Trcoic/scGai vd;jt.ov, -ûooaaiv, mettre en avant une loi, un prétexte. Ici : ce Quelle raison avons-nous à faire valoir? » Mais dans ce sens moyen, ce verbe a loujuui's un objt'i; il faudrait ainsi en r(nenir à faire dt''pendre -i de -oos/op.eOx, ce que nous avons reconnu iuqtossible. Ce sens de rsoc/ecôai, que j'avais admis avec Metfer, Ewald, Morison, Reuss, Ilolsten, dans la !•■•' éd., me parait donc devoir èlre rejeté. Kssayuns le second sens. Au passif, le verbe signifierait : « Sommes-nous surpassés (nous, Juifs, par les païens)?» Mais ce sens, admis par Wctstein ei Mallliids, dépasse de beaucoup la comlusion que l'on pouvait tirer de la discussion précédente. Il ré-

ciiAi'. III. 9. r]23

siiUait l)ien des v. 1-8 quu les Juifs étaieiil sur la iin'iiic lij^nc ((uc les païons à l'ô^iai'd du juiieinonl, mais non que les seconds l'ussont supéricui's aux premiers. Le sens : «Sommes-nous préférés?» essayé par Reiche et Olshausev, est grammalicalemenl inadmissihie. Il ne rcstr donc dans le second sens que la forme inoi/cnnc. Elle est fréquemment employée en grec. Elle signifie : « Surpassons-nous?» ou pour mieux rendre le moyen : « Avons-nous une supériorité à faire valoir en noire faveur?» C'est le sens admis par plusieurs anciennes versions et plusieurs Pères grecs, Calvin (quid ergof prœcellimiisf), Bèze, T/iokick, de Wctte, Ruckert, Baur, Weiss, Oltrmnare, etc."). Hofmann paraphrase à i)eu près dans le même sens : « Quoi donc? Nous élevons-nous au-dessus de ceux qui sont l'objet du jugement divin? » La leçon de D G (voir note crit.), doit son origine à ce sens. Elle est tirée presque textuellement du commentaire de Théodorel : li oôv /.aTc/oasv -xepiGCîov; — Hofmann pense que le nous désigne les chrétiens, ce qui est conforme à son étrange explication de ce passage (voir fin du morceau). Hulsten entend : « Nous, hommes. » Mais il est évident, par tout ce qui précède, que Paul pose la question, comme au nom du peuple juil auquel il appartient lui-même. Il va conclure en effet en déclarant que le peuple qui seul pouvait se flatter, avec quelque apparence de raison, de faire exception à la règle universelle, y rentre non moins que tous les autres; ce sera le contenu de la propos, suivante.

•La réponse où -avrcoç signifie proprement en grec : jias absolument (pas entièrement ou pas certainement). Ce sens paraît trop faible à la plupart des interprètes qui traduisent comme s'il y avait rav-rw; où, absolument pas. Tliéophy lacté : où^aaco;; Calvin : nequaquàm. Meyer luimême, ordinairement si rigoureux, croit devoir faire ce-

tMA ].\ .IL'STiriCA'IlOX PAR [.A FOI

der dans ce cas la grammaire au contexte. On peut alléguer en laveur de ce sens l'emploi ordinaire de la locution analoiiue où Travj, dans Xiînoplion, Dt'riiostliènes, Lucien; et le sens de où -avToj; lui-iiK-'me dans quelques passages'. Mais, d'autre part, il est certain que Paul distingu;ut parfaitement les deux formes où -xvtôj:, jms (ihi^olninrnl, et TravTtîiç où, absolument pas . On s'en convaincra par la comparaison de deux passaijes de I Cor., à savoir V, 10 et XVI, 1:2. Si donc le sens régulier de où -avrcô: csi comjialihle avec le contexte, il [tarait devoir être préféré, et c'est le cas, me parait-il (contrairement à ce que je disais dans la V^ éd.). L'avantage d'Israél indiqué v. 2 est et reste réel; mais il n'est (jue l'elalif et n'impiiipic point pour ce peuple une place à part au sein de l'humanité pécheresse. La réponse : pas absolument, convient parfaitement à cette idée; elle s'accorde avec le v. 2, comme la question: « Surpassons-nous, » avec le v. I.

M;dgr(' la supériorité théocratiquc du .luif, il y a donc égalité (le situation morale à l'égard du lait décisif, le jugement de Dieu, (l'est ce qu'exprime la proiios. suivante : « Ca7- nous avons accvM auparavant... T) Le mot airiàcOst'., accuser, iiicrinu'ucr, appartient à la langin' ihi haircan. Pour le 7:00, auparavant, comp. le rpoéypa'i/a, Kph. III, ."». t^ette prépos. i-amène la pensée sur les deux grands tableaux cil. 1 et II. Ce terme (Vaœascr, (pii pai'ail LiiMc, s'expliipic p;ii' les sentences scripturaires (|ui vont suivi-c. Tant que l'Ecriluie, ce juge suprême, n'a pas parli-, la voi\ de l'apôtre ne paraît que comme celle d'im accusateur. — L'expression : cire so)is le (pouvoir (luj prchr. ne si-

' Tliôognis, .iO'i : <^ I^os nK^cliiints ne naissent rertaimirwnt pas méciiants où Tiâvri»;). » Ep. ù Biorjn., c. 9 : « Ne prenant ou-tainenient pas plaisir en nos péclies où -âvTO);', mais les siipporlanl. I.o sens pas foui â f"i' v<\ in;uIniis-:ihlo dans les deux pas^ni:»"-;.

CHAI", m, i»-io 325

lénifie pas sfiilcmeul : èlre sous la rcs])unsahiliU' (la cuulpe) dos pédiôs coiiiiiiis, mais encore ôlre sous la puissance du péciié lui-ni(~'iiR' (jui, (•oiiiiihî un principe conslarinuenl actif, accroît incessaïunieut cette coulpe. Ces deux sens, le péché comme faulo et le péché comme puissance, sont tous deux exigés dans le contexte, le premier par la relation avec ce qui précède, le second i)ar le rapport à ce (jui suit. En effet, la colère de Dieu est motivée non-seulement par les fautes commises, mais aussi et surtout par l'élat de corruption de la nature humaine, tel que l'Ecrituie va le dépeindre. Voici maintenant la parole du Juge. Les V. 10-18 énumèrent, si l'on peut ainsi dire, les considérants; les V. 19 et 20 énoncent la sentence.

Paul rappelle d'abord, dans les termes sci'iptuiaires, les traits les plus généraux de la corruption humaine : v. 10-12. Puis il fait ressortir deux classes particulières de manifestalions de cette corruption: v. 13-17. Enfin il clôt cette description par un trait décisif qui remonte jusqu'à la source du mal : v. 18.

V. 10-12 : « selon qu'il est écrit : Il n'y a pas de juste, pas même un seul; 11 il n'y en a pas un' d'intelligent, pas un qui cherche- Dieu; 12 tous ont dévié, ils sont devenus inutiles tous ensemble; il n'y en a pas un qui pratique ' la bonté, non pas même un seul. » — Ces six sentences sont tirées du Ps. XIV, 1-3. Michaëlis, Fritzsche, Ollramare, envisagent la première (verset 10) comme appartenant à Paul et exprimant l'idée générale que les citations suivantes sont destinées à établir. La raison alléguée est que F^aul substitue le terme le juste à celui du psalmiste : celui qui fait le bien (Ps. XIV, 1). Mais

' A B G omettent le o devant auv.rDv.

* B G omettent o devant zy.Çr,Toy/ (B : Çr^Twv.

^ N D E lisent l'art, o devant -onov.

326 LA JUSTIFICATION l'AR LA FOI

les rleux expressions sont équivalentes el la première a été inspirée à l'apôtre par le contexte (le manrpje de toiilo ^ix.aio'T'jv/; humaine devant l)i(Mi). Le v. |(l placé après la formule : comme il est écrit, et suivi d'une citation expresse, ne peut qu'appartenir lui-même à la citation (voir Weiss). — Au pieinier coup d'œil, ce Ps. parait dépeindre uniquement la perveisité des fiaiftis; comp. v. l : « ils dévorent mon jtenplc, comme s'ils mangeaient du pain. » Mais en y regardant de plus prés on compiend que le terme mo7i peuple désigne le vrai p(!uple de Jéliova, « les aftligés )) (v. 6), en opposition aux orgueilleux et aux violents, au-dedans comme en dehors de la théocratie. Ce tableau s'applique donc au caractère moi'al de l'homme en général, aussi longte(iq)s qu'il n'est point encore sous l'intluence de l'action divine. — Le v. 10 renferme la formule la plus générale. Les deux termes suivants, v. Il, ont un sens plus particulier. Le premier se rapporte à Vintellif/ence : la reconnaissance du Créateur dans ses œuvres; le second, à la volonté: l'aspiration à l'union avec cet être parfait. Le Sinait., ainsi que la plupart dos Mjj., lit devant les deux participes l'art, o, qui ne se trouve pas dans les LXX. Il est certainement authentique et a été omis dans quelques )!ss. sous l'influence des LXX. Dans le psaume, Dieu cherche un intelligent...; dans noire épi- Ire, il ne le trouve pas. L'article est aussi iialurt'l ici (pic son omission l'était là. — On peut accentuer cuv.wv, comme partie, inusité de cuviéw, ou 'tuviwv du verbe cruv».», qui remplace parfois le verbe Tuviviai. — Là où le bit^n positif ne se produit pas (la recheichc ^\^' Dieu), le caMir tombe aussitôt sous la dépendance du mal ; cet état est d/'crit en termes généraux, v. \'i.

'E-/.x,7dv£',v, (léi'ier, marcher dans la mauvaise voie, parce (pi'on a volouLiiremenl lui la lionne iv. I h. \/zzwjchx:.

CHAI'. III. I(l-li. ftîtl

(Icrcnir imilUc, imj)ro|ii(' ;ni hieii, i(''|)oii(l à l'iK-brcii iilac/t, s'diijrir, se liàlci'. — La sixièiuo propos. r('|)ro(liiit, coinnu' résumé, Tidi-c do la première. L'Iiiimanilé ressemble à iiiir caraxaiic (''L;an''o (pii iii.iiilic dans le sens opposé au vrai but cl dont les meuibrcs ne savent plus même s'enti"'ai(ler les uns les autres dans leur misère commune (pratiquer lu bonté).

Ici commence un second tableau plus particulier; c'est celui de la perversité bumaine se manileslanl sous la l'orme de la parole.

V. 13 et 14 : « Leur gosier est un sépulcre ouvert; ils ont trompé de leurs langues ; un venin d'aspic est sous leurs lèvres; \i leur bouche est pleine de malédiction et d'amertume. » Ces quatie propos, se rap])ort(Mit aux divers orf/aiws de la parole et les montre tous exerçant, sous l'empire du pécbé, leur laculté de nuire. Le gosier (larynx) est comparé à un sépulcre; il s'agit du langage de l'homme grossier et brutal, dont on dit en termes vulgaires : il semble qu'il veuille vous manger. Wei.'^s (comparant Jér. V, 16) voit dans le sépulcre ouvert l'image de la ruine à laquelle la parole du trompeur conduit sa victime; d'autres, comme Beiu/el, Tlioluck, pensent aux exhalaisons pestilentielles qui émanent des sépulcres. — Le trait suivant parait faire contraste avec le premier; c'est la lanijue doucereuse qui vous charme comme un instrument mélodieux. L'imparf. ii^olioOaav (forme alex.), désigne le fait comme s'élant incessanuTient répété jusqu'à ce moment. Ces deux traits sont empruntés au Ps. V, 10, où ils dépeignent les procédés des ennemis de David. La troisième propos, est tirée de Ps. CXL, 4, qui traite du même sujet; il s'agit ici de la calomnie et de la médisance que déversent les lèvres malignes, comme le serpent inocule son venin. La quatrième (v. 14) décrit la méchanceté

328 LA .irSTlIICATION l'Ai; I.A I 0|

que vous jclle en lace uiut ImiikIh' pleine dij haine ou de fiel; elle esl euiprunlée au Ps. \, 7, où rèfine le contraste entre le lailth; pieux et le iu(''(lianl puissant, au s^-in de la lliéoci'at.ie elle-inèine.

Ce tableau ih\ la perversil»' luiniaine s'exenanl |»ar la parole est coiupliîté par celui de celte même nuklianceté maniJL'stée par les (icles, dans les trois versets suivants.

V. ir)-l(S : (( Leurs pieds sont prompts à répandre le sang; it» l'oppression et la désolation sont sur leurs voies; 17 ils n'ont pas connu le chemin de la paix; " — Ces trois propos, sont empruntées au tableau tracé par Esaïe LIX, 7. (S. Le j)i"ophéle confesse la coriu|itinu d'Israël. Lea pieds, euiblème de la marche, sont par là même celui de la conduite tout entière. Un atiit sans façon envers le prochain, sans crainte de compromettre son bien-être et sa vie même; comp. aussi Prov. I, l(i. — On opprime ((7'JvTpi7.[xa) son frère et remplit de douleur son existence (Ta').ai-(opta), de sorte que le c/tetitih que l'on trace par une telle conduite est couvert de la ruine et des larmes (ratilnii (v. 10). — iNulle jxiij' ne saurait t'xister ni dans l'intérieur de pareils hommes, ni dans leur voisinaije (v. 17). (îelle abondance de |)ervei"sitê et de soulTrances provient d(; rabsencc du s(Mitim(Mil qui aurait dû remplir le cœur.

V. 18 : a La crainte de Dieu n'est pas devant leurs yeux. « — (ie teiiue de ci-aiiilc dr llicu est l'expression normale de la piété dans l'A. T.; c'est la disposition de l'homme qui a toujours présent à sa pensée Dieu, sa volonté el sonju^cmenl. (le |irineipe une |ni> hauni «le leur intérieur, l'être entier esl livre à la puissance du mal. L'expression dcvaid Ic^s i/tnix monlr<^ ipi'il appartient ù l'houMue d'évoquer ou d'éloiiiner cette vue iuterii'ure de l>ieu, d'où dé|)end sa couduile morale. Ce trait linal est

CHAI'. III. ii-i;i. o-i*.)

einpruMti' à Ps. XXXVI, 1, qui signale le coiiIimsU' entre les litlèles et les méchants en Isr.u''! ukmik!.

L'apùli'e, en traçant ce tableau (jui n'csl (|u'iiu assfîuiblage de coups ilc piniM-au dus à la uiaiu des jjsaliuisles et des prophètes, ne veut cerlaineinenl })as dire que chacun de ces traits se trouve éiialemenl développé dans chaquihouun(3. (Juelques-uus, la |)luparl même, peuvent reslei" à l'état latent chez un i^raiid iKunlirc de pei'sonnes; mais ils existent lous eu iiormc dans Fét^oïsme et dans l'orgueil naturels du moi, et la moindre circonstance peut les faire passer à l'état actif, parce que la crainte de Dieu ne domine pas le cœur. TelU; est la cause de la condamnation divine qui pèse sur le genre humain.

Les Juifs pouvaient sans doute objecter à cette conclusion qu'un grand nombre des paroles citées s'appliquaient aux païens et non point à eux, aux persécuteurs des justes et non point aux justes. Paul fait comprendre qu'il ne l'ignore pas, mais que néanmoins il a le droit de les appliquer à tous comme il l'a fait :

V. 19 et 20 : (c Or, nous savons que tout ce que dit' la loi, elle l'énonce- pour ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit livré à la justice de Dieu; "i<> vu que nulle chair ne sera justifiée devant lui par les œuvres de la loi; car par la loi vient la connaissance du péché. » — Par le mot iioils sarons, Paul fait appel, tout comme 11, 2, au bon sens de tous ses lecteurs. En effet, l'A. T., en dépeignant aux yeux des Juifs la méchanceté des païens, n'avait certainement pas pour but de les aigrir contre ces derniers, mais de les mettre en garde contre les mômes péchés, afin de les préserver des jugements qui menaçaient

' N Or. Kalv. pour ÀïYsi.

* D F G L : Acys'. pour ).a/.ci.

330 LA lISIiriCATlON PAU LA FOI

ceux-ci. De tels aveilissemonts .'KJressés aux .liiils ot même aux plus justes d'enli'cux, prouvaient non seulement que Dieu (liseeiiiait dans leurs cœurs les mêmes trermes de corruption, mais qu'il en prévoyait le «iéveloppement inévitaltle, s'ils ne se tenaient pas fidèlement attachés à lui. Ainsi plusieurs des paroles citées pouvaient bien ne pas se rapporter à eux; ce n'en était pas moins à eux qu'elles étaient dites et par conséquent poiii' eux. — La /o/ dési^me ici l'A. T. en ^V'niMal, conune servant tout entier de l'èffle pour la vie Israélite; comp. un emplrii seudjlable du terme A' A;/ Jean X. 3-i; 1 (>»r. .\IV, -Jl. ete. — La différence de sens entre les mots /îy£'.v, dire, et ^yj.iVi, [Kirlcr, ressort distinctement dans ce passage, le premier (que hjous avons traduit par déclarer) se rapportant au amtcnu des paroles, le second au fait de leur cnonciaiion. Ollrnmare, avec |)lusieurs autres, pense qu'il ne s'airit ici ni delà loi mosaïque spécialement, ni de l'A. T. en général, puisque dans les paroles suivantes il est parlé de toute Itouchr lerinée, de tout te monde condamné, de toute chair non justifiée, expressions qui comprennent les païens aussi Itien cpie les Juifs, ce qui conduit à donner au terme de lui un sens plus général et à l'applicpier aussi à la loi naturelle écrite dans le co'ur îles païens. Ultratnarr s'appuie spécialement sur ce (pie l'api'itre écrit, non pas tout siiiipleiiient : «.( le dit aux Juifs, o mais : u le dit </ rrin (jui sont souti la loi, » ce (pii signilie : à Inut t''lre dont la conduite est réglée par une loi, ainsi aussi aux iiaïens. .Mais il ne coiii|tieii(l pas deux choses : h' Oue cette périphrase c( à ceux (|ui soiil sous la loi, » est arguiiieiitative. Paul en appelle au hou sens de ses lecteurs (ouJaaev) : La loi s'adresse aux sujets de la loi ! Il rt'poud simplement ainsi à rolijection qui pouvait lui être faite que dans l'A. T. une partie des passages cités se rapportaient aux païens; 'â^^que

CMAP. III, l'.t. :]M

Unit co iiiorciîaii a coiiirm'ricf'' par la (jiicstioii : « Avdtisnoiis, nous .liiil's, tiiio sii|i(''ii(iiilc siii" les païens?)) (juant an\ [jaïens, leur ijrocès ('lail jugé dès le cli. I ; il n'y avait j)as lien de revenir à eux. l'our ([ue /c moii'lr ciilirv lui leconrui eondanini', il snllisail de dé-niontier la condainHation des .Inil's. Ui", rclle-ci ressortait, ronnne il vient de le prouver, des passages cités. Il (Mail done logique après cela de conclure à la l'ernielure de loide Itoiulie et à la perdition du inonde entier. C'est aussi là ce qui explique le (ifin que suivant, auquel plusieurs interprètes ont donné le sens de eu sorte que et poui" l'explication duquel (Htramare croit devoir recourir à la pensée, absolument éti'angère, exprimée v. 20 et.^l. A notre point de vue, le sens de ce iifin que est celui-ci : L'Ancien Testament a parlé aux Juifs de la méchanceté universelle, afi)i que la bouche des Juifs (qui seuls pouvaient se ci'oii'e en droit de réclamer) étant fermée, toute Inviche le lût par là même. — Le xaî, et, signifie ici : et qu'ainsi. Le fait d'être exposé au châtiment d(i la justice divine résulte de la sentence sans appel que vient de pi'ononcer l'Ecriiure sur le monde entier. — Le mot j-o^i/.o: est un terme judiciaire, employé également chez les classiques, pour désigner l'homme sur la tète duquel est suspendu le châtiment, après que le juge l'a déclaré coupable. Ce terme correspond à celui de aiTtàaôai (v. 9) qui désignait l'acte d'accusation. — Le verbe ycV/irai ne doit pas être pris dans le sens logique : soit reconnu. Il signifie : soit, soit réellement; littéralement devienne. Après le prononcé delà sentence, l'accusé tombe aux mains de la justice.

Il y a une grande solennité dans les derniers mots de ce verset : tout le monde et à Dieu (dans la trad. : de Dieu), qui forment un saisissant contraste. D'un côté, Dieu sur son tribunal, de l'autre, rimmanité tout entière, les Juifs

332 LA .IISTlKlCATinN l'Ai: L.\ HJl

compris, courltanlla lùlf; puur recevoir le coup (Je la justice! El cepeniJanl les .liiils n'avaient-ils pas dans les œuvres lilnrllcs ou iiioralo, (ju'ils aecoMijilissaienI jt»uiiiellement en conloriuilé de la loi divine, un moyen de salut, un mérite capable de conlrebalancer jcuis fautes".'

l/aj)(ili-i' ccarle ce deiiiier jirrlcxte au v. :iO. La c<<nj. è'Ari siiinifie ici, couiiiif toujours, non : eu rai>ou df quoi (de ce qui précède), mais : eu raison de ce que (de ce qui suit). Elle n'équivaut ooint à un donc (Bcze, TIioIikI;/, mais à un rm-. — l*;iul lait ('videmmenl allusion au v. -1 du Ps. CXIJll : « .N'i'iilie poiiil t'U jugement avec l<>n serviteui'; cai' nul liomiiie vivant ne sera justifié devant toi.» Il sul>stilu(,' seulement loiilc chair à tudt homtiie l'iranl, afin de taire mieux ressortir la faiblesse qui est aHacliée à rhomm(\ tant (jue sa vie reste comme isolée de l'Esjiril (le Dieu; il ne faut donc pas conclure, avec Lipsius, de celle expression, que d'a|)rés Paul la notion de péché soit inséparable de la nature corporelle. L'Esprit divin peut pénétrer la chair et la cjarder de souillure, connue en Jésus. — (Ju'euleud l'an! par les œuvres de la loi, et pour quelle raison ne peuvent-elles justifier? Il existe trois réponses, me parail-il, à ces deux questions. D'après quebpies-uns (Aiiisdorf. p. ex.), les œuvres de la loi sont celles (pii sont ((Hitormes à la loi. mais elles ne peuvent juslilier, paice ipie la loi elle-même reste au-dessous de l'idéal moral. D'aiué> d'autres iMelanehtou, RurkerL Meye-r, de Welle, llodije, Murisoa, Oltrantarei, les œuvres de la loi sont tous les actes réclamés par la loi (^parfaite en elle-même), et l'on ne peut |)as être justifié par elles, simplement jiarce (]ue l'honmie [)éiheur est incapable de les accouq)lir. Enfin les troisièmes lAut/u.sliu, beaucoup de calholi(jues, Luiher, dans certains passades, yennder, Okhanseii, llofnuDni, etc.i euteiideiit par les oMures de la loi

ciiAi'. m, i'.t-'2(i. 338

— et colto e\j)licatiun iio dillV'ro ;iii lond que par une nuance (le la prt'cétlonto — les actes cxirricii renient conloiines à la loi (dans le domaine cérémonial ou moral); mais ces œuvres ne peuvent justilicf, panr (pTil y iiianijuc h- principe de l'amour qui esl. le vi-ai accomplissemeni de la loi; ce sont par là même des anivres maries (lléhr. VI, 1), qui ne peuvent satisfaire le i'e<iard de Dieu. — De ces trois explications, la première doit (Mn; rejeti-e sans lit'siter; car Paul al'tirme constamment, de concert avec Moïse (Lév. XVIIl, 5), que « celui qui accouqilirail la loi serait justifié par celte obéissance méiue )> (II, 13; X, 5; liai. 111, H), et cela parce que, selon l'an!, la loi ri'pond à Tidéal de la sainteté parfaite; conq). Vil, \^1 : « La loi est sainte, et le coimnandemeut saint, juste et bon. >> — D'après la seconde interprétation, Paul parlerait uniquement d'œuvres idéales, hypotliétiques, que jamais riiomiue ne pourra faire. Or ce n'est point là l'impression (|ue fjiil éprouver la manière dont il s'exprime. On sent qu'il a devant les yeux, quand il parle des œuvres de la loi, un fait réel, qu'il a expérimenté et qui pèse sur son cœur. 11 pense à cet accomplissement apparent de la loi (jui avait été si longtemps le sien, à ces œ,uvres qui répondaient à la lettre du commandement, mais non à ses exigences supérieures. Ces œuvres légales sont le produit, non de l'amour, mais de la contrainte. Elles ne peuvent plaire à Dieu. Dans le passage Pbilip. 111, 6, Paul parle de la justice qu'il possédait sons la loi et à l'égard de laquelle il était sans reproche. Mais il déclare, v. 8 et 9, qu'il a estimé cette justice comme une perte, ces œuvres comme des ordures, et qu'il a jeté tont cela loin de lui pour saisir «■ la justice qui est donnée de Dieu à la foi. )) D'après cela, la vraie exi)lication est la troisième. Et l'on comprend bien à ce point de vue le pluriel : les œurres de la loi, ou plus littér. : des œuvres

:334 LA JUSTIFICATION l'Ai', LA K »l

de loi (des œuvres telles <|ii'(in f-n [leul produire .sous le régime légal). Les actf'S irohéissance qui accompliraient vraimeiil la lui, auiai(jnl heau être multiples quant à la forme, ils seiaieiil uns dans le fond f»;ir le scntimeiil d<' l'amour qui les inspirerait; comp. 11, 15.

T/ii'(i(loivl, Pcltn/e, Eriisnn', liuœr, Seinler, etc., ont cru que l'aid no vctulail |)aii(,'r ici que des œiiyrescérémonielles, et HOU (l(! rolK'issaticc luorale; et cela dans ce sens : >' Il est cerlain que le nii)nd(; entier est condamné; car l'arcomplissement même des cérémonies prescrit»^ par Dieu ne justifie pas les Juifs qui seuls pourraient prétendre à faire exception. » .Mais celle distinction enliv les commandements rituels et les préceptes moraux de la loi est étrangère à la conscience juive, pour laquelle la loi est une unité; et dans la propos, suivante, le mol de loi est évidemmeiil ciiipluyé au |»oint de vue moral. — Le sens déclaratif du mot ^i/.aio'jv, jusli/ier, est très évident dans ce passage. La notion de être rendu bon par ses œuvres est logiquement absurde. On ne peut être que reconnu et ^/cc/rt/v juste à cause de ses œuvres, (le sens déclaratif ressort aussi de l'expression devant Dieu, qui se rapporte, non à une opération de Dieu dans rii.imme, mais à un /';/- (jernent{ht\yu'\\ sur riiomme. (loiup. Il, L") et l'appendice à la lin de notre verset. — Le [whw scni jnstifir ne se i'a|»jiorle point au jiigi'iiieiil liual, mais à l'arle judiciaire par lequel Dieu jusiilierail dans chatpie cas [lailiculier l'ohservateur de la loi. Lu tel acte n'aura jamais lieu, pas plus que cette observation. — La iK'galion où, selon un hébraïsme connu, porte, non siii' l'adj. -a: ue qui reviendrait à ce sens : a quelque cbair sera justifiée...» jusienient le contraire de ce que Paul veut dire\ mais sur le verbe : <( une cbair quelconque ne sera |)as justi(îée...«

La dernièi'e proposilit>n ivulermeiail, S('lou la plupart

CHAI', m. '20. ^:3^)

tics inloipivLcs, iiiK! (I(''iii(nisli;ili(jii /• contrario, dans ce sens : « Les OMivrcs de la loi nu jiislifienl j)as; caria loi ne (lomi(3 à riioiiiiiic (jiir la coiiiiaissaiice du péché, cl non la victoire sur le peclié. » Si jusle que soi! celte pensée, ce n'est pas, cuiniue le l'ail hieu voir Weiss, celle que Paul a voulu exprimer; car il eût dans ce sens ajouté [xovov, seiilernenl. Taul veut l'aire ressortir, non ce que la loi ne peut pas laii'c, ni;iis ce qu'cllr l'ail réellement. Dés que l'homme étudie sincèrement sa vie morale à la clarté de la loi, il la voit condamnée; caria loi lui révèle le péché qui la souille. C'est cette découverte du péché par le moyen de la loi, même dans la vie la |)his irréprochable, que Paul décrit Vil, 7, loi'squ'il raconte comment le dixième commandement l'a conduit à reconnaitre le péché dans son cœur sous la forme de la convoi lise. Cette action de la loi détruit chez rhomme toute illusion sur la possibilité d'obtenir la justice par sa pi'opre obéissance à la loi. — Le terme sTTÎyvwji;, connoissancc, désigne littéralement l'acte par lequel on met le doigt sur la chose, la connaissance expérimentale du l'ail.

L'apôtre est ainsi arrivé au terme de la démonstration annoncée 1, 18 : La colère de Dieu se révèle sur l'état actuel du monde. Il n'a pas l'ait de distinction entre ce qu'on appellerait les grands et les petits pécheurs, les bons et les méchants. En général, la tendance de tout ce premier morceau de l'épitre n'est pas de prouver la corruption des individus, mais de montrer le courroux divin planant sur le monde entier juif et païen. Quant aux individus, Paul leur laisse le soin de s'appliquera eux-mêmes les grands tableaux relatifs aux nations dont ils font partie, dans la mesure que leur conscience déterminera. Le résultat est celui-ci : Les deux races dont se compose l'humanité, au point de vue religieux, ont, l'une comme l'autre,

:V)6 LA .irSTII-lCATION l'Ali LA |T»|

Itfsoiii (le sailli. Ui- ce salul esl tout autre que ne se le ti<:uraienl les Juifs qui seuls l'attendaient. Ils se représentaient qu'il sulïirait (IT-tf-ndic aux |iai<^ns ce régime légal qu'ils avaient reçu de .Moïse, (jue leur dit l'apùtre en terminant : Piopager la loi, c'est donner au monde le moyen de mieux discerner sa souillure, mais non de se blanchir. C'est là aujourd'hui un lii'u cdniuiuu, \);\i l'effet même de noire (■'pitre. Mais au moment où celle-ci lut écrite, ce lieu commun était une clarl('' divine qui allait faire lever sur le mond(; nu nouveau jour. — Faul passe dès ce moment à rexpos('' (hi viai moyen de salut, offert i)ai- la miséricorde divine à ce monde condamné.

Sur la suite des irh' es dans cette première seetioa. d'après Hofmann et Volkrnar. — Hofmann trouve la division principale de cette section entre les v. 4 et o du ch. III. Jusqu'à ce v. i, l'apùtre prouve que la colère de Dieu pèse sur Ihuinanité. soit païenne [\, 18 — II. 8), soit juive ill. U — III, ii; mais depuis là tout ce (|ue dit 1 ap(jtre s'applique spécialement aux chrétiens, dans ce sens : « Comme nous u"ij.'norons pas. nous-, chrétiens (III. 5), que le péché de Ihouune. même quand Dieu se glorifie par son moyen, peut être justement jugé (v. 5-7k et comme nous n'euseitmoiis- point, ainsi qu'on nous le reproche, (pie le hien (jue Dieu tire du mal excuse ce dernier ( v. 8). nous nous courbons, avec tous les autres hommes, sous les déclarations scripturaires qui attestent le péché connnun. et nous nous appli- (pions à nous-uK-mes la sentence de condamnation i|ue prononce la loi sur le monde entier. Seulement (III. :2I et sinv.) nous non restons pas là; car nous avons le boidieur de savoir (ju'il y a une justice de la loi par laquelle iious échappons à la colère. • — (>ette construction se heurte, selon nous, à trois faits principaux ; 1" L'homme (pii jup* II. I est nécessairement déjà le Juif voir l'exéiièse). "1'^ l/ohjecfion III. '> se lie étroitement à la citation du Ps. Ll. et ne peut être le commenceinent dun développement tout nouveau. :W La (piestion : • Ouoi donc, sonmies-nous siqiérieurs ( v. U) ? » rappelle trop ilaiicinent t<'lli' liii \. 1 ( «quel est

r.ii \i'. m. t>(i. ,),-;/

donc l'aviinlatio du Juif?.), pour ne pas s'appliquer spi-cialcinciif aux Juifs. C'est ce (|Ue conlirnie la lin du \ . 1), où l'apôlre motive la première proposition par cette sentence générale : « Car nous a\(ins convaincu faut Juifs (jne (îrecs. » Il est donc clair que. coninie le cli. I. depuis v. 18. décrit la colère de Dieu déployée sur les pa'iens, le cli. Il décrit et démontre la colère de Dieu s'amassaiit sur le monde juif, et (jue le morceau 111, 1-8 est simplement destiné à (''carter l'ohjection (|ue le Juif pouvait tirer de sa position exceptionnelle. — D'après Volkmar. le ch. I, depuis v. 18, décrit la colère de Dieu sur tout prcJié, et le ch. II cette même colère sur tout pécheur, même sur le Juif, malgré ses excuses (II, 1-10) et ses avantages dont il ne sait pas profiter moralement (v. 17-iU), et enfin malgré le plus grand de ses privilèges, la possession des promesses messianiques (111, 1-8). Ici. 111, î), Yolkmar place le commencement de la nouvelle section, celle de la justice de ia foi. « Puisque le monde entier périt (v. 9-'20),l)ieu sauve le monde par la justice de la foi que confirment et l'exemple d'Abraham et l'antitype de Christ, Adam. » Cette construction dillère de la nôtre en deux points (jui, me paraît-il, ne sont pas à son avantage . 1** l'antithèse de tous les péchés (ch. \) et de tous les pécheurs (ch. Il), qui est trop artificielle pour appartenir à l'apôtre; 2° la ligne de démarcation entre la section précédente et la section nouvelle, fixée à 111, 9 (au lieu de III, t\)^ divisioiijjui sépare maladroitement la démonstration de la colère de Dieu (1, 18 — 111, 8) de son résumé scripturaire (v. 9-20).

Etude sur le sens du mot âtxato'uv, « justifier^^ , et sur son application chez Paul^. — La question est celle-ci : Faut-il entendre le mot BuoLioZy/, justifier, dans le sens de rendre juste ou dans celui de déclarer juste?

Les verbes en ow ont souvent le sens factitif : or^^ôi». rendre clair: oouXo'co, rendre esclave; xucpXow. rendre aveugle. Mais cet emploi de la terminaison ow ne fait pas règle; on le voit par

1 Je renvoie une fois pour toutes, en évitation de citations continuelles, à la dissertation de M. Morison, dans son écrit : Critical Exposition of Romans Third, 1866, p. 16.3-198. Je ne pense pas que la théologie possède sur le sens de ce terme quelque chose de mieux étudié et do plus complet.

338 I.A .TTSTIFICATION l'AH ]A F* M

les verbes ^r^inôw, punir ; aicOôto. jjremfrc a f/ages; /.ooTcot.). baigner; y-acTtyot.). fouetter.

Quant il î'.xa'.oo), il n'existe pas un passaiic dans toute la littérature (lassicjue où il sitiiiifie : rendre junte. Avec les accus, de chose il 'sij.'ni(ie : eatimer juste. Voici quelcjues exemples : Tliucvd. II. 0: « Estimant juste (otxatoûvTe; i de rendre aux Lacédénioniens ce que ceux-ci leur avaient fait. » IV, i6 : « Il ne se fera pas une idée juste de la chose (oOx opO'oç o'./a'.oWEii. » Hérod. I, 133 : « Ils jugent bon (otxatEust) de chariier la table. • Justin, Cohort. ad Gentil. (^H, 4(î, éd. Otto) : « Lor^iqn' if j"gea bon ( sSixaioiffe) de ramener les Juifs d'Egypte. • Enfin. d;ins la lan^Mie ecclésiasti(|ue : « Il a été trouvé bon losotxatwTat) par le Siiint synode. » Avec les accus, de personne, ce verbe siiinifie : traiter justement, et le plus souvent sensu malo., condamner, punir. Aristote, dans Nicorn. V, 9, oppose àotxsTaOat. être traité injustement, à oixatoîlcôat, être traité selon la justice. Eschyle, Agam. 391-393, dit de Paris qu'il na pas à se plaindre ^"\\ ont jugé défacorabler/tent (oixatwOsi;) : il recueille ce qui lui revient. Thucyd. III. 'iO : « Vous vous condamnere: (C'.xa;wcecOe) vous-mêmes. » Hérod. I, 100 : « (Juand quelqu'un avait commis un délit, Déjocès le faisait venir et \e punissait lâoixotîsu). » A l'occasion de la vengeance que Canibyse tira des prêtres égyptiens, Hérodote dit (III, i9) : « Et les prêtres furent punis (foixatsuvTo). » On trouve de même dans Dion Cassius : oixatoûv, et dans Elien : o'.xw'.ouv tw OavaTw, dans le sens de punir de mort.

Ainsi l'usage profane est manifeste : estimer juste ou traiter justement (le plus souvent en condamnant ou punissant): dans les deux cas, par voie de sentence établissant le droit, jamais- par communication de ju>tice. Il résulte de là que des deux acceptions de ce mot (jue nous e\aininons, celle qui se rapproche le plus de l'usage classique est indubitablement celle de déclarer j et non celle de )-c/idrr juste.

Mais le sens du verbe otxa-.ouv. justifier, dans le N. T.. repose moins sur le grec |)rofane que sur l'usage de l'A. T.. soit dans l'original hébreu, soit dans la version des LNX. C'est donc celui-ci i|u'il faut surtout examiner. .\u terme j "-"'''y'"'''* correspondent en hébreu le pilu'l et le hiphil de Isadah, être juste. Le pihel tsiddck dans li'S cinq cas où il est employé signifie, non

CHAI'. III id. .■).)!l

rendre juste int(''ri('UnMii<>tit. mais l'aire paraître on déclarer juste*. L'Iiiphil hitsedik se présente l!^ fois-; dans II cas le sens de justifier. Juridiquement parlant, ne peut être sujet à contestation: par e\. Ex. XXIII, 7 : « Car je ne justifierai pas le méchant. » signitie certainement : je ne déclarerai pas juste le méchant; et non : je ne le rendrai pas juste intérieurement. Prov. XYII, IT) : « Celui qui ./«.*f^///'' le méchant et celui (jui condamne le juste sont en abomination à l'Eternel. » tout autre sens que celui de r^'cMrey juste est absurde. Ainsi des autres. Dans le douzième passage seul, Dan. XII. 3, le mot peut être compris soit dans le sens de rendre juste, soit dans celui de présenter comme j' us te. {Les LXX traduisent tout difl'éremment et sans employer le mot otxaiotiv.)

(Vest sur ce .sens presque constant du verbe tsadah au pihel et à Ihiphil que s'est formé l'emploi du mot Sixatoïïv, justifier, chez Paul et les autres écrivains du N. T. (^>ar ce mot Sixatouvest l'expression par laquelle le mot hébreu était régulièrement rendu par les LXX^.

L'usage du mot otxaioûv, justifier^ dans le N. T. est constaté surtout par les passages suivants. Rom. II, 13 : il s'agit du jugement dernier: à ce moment-là on n'est pas rendu^ mais reconnu et déclaré juste. III, 4 : il s'agit de Dieu : Dieu n'est pas rendu, mais reconnu ou déclaré juste par l'homme. III, 20 : être justifié devant Dieu^ ne peut signifier : être rendu juste p«r Dieu; le terme devant Dieu implique le sens juridique. IV. 2 : être justifié joar les œuvres; cette locution n'a de sens que dans l'acceptation juridique du mot justifier. 1 Cor. IV, 4 : Paul n'est conscient d'aucune infidélité; mais pour tout cela il n'est pas encore justifié ; impossible d'appliquer ici un autre sens que

' JobXXXIl, 2; XXXIIl, 32; Jér. III, Il ; Ezéch. XVI, 54. oi.

« Ex. XXUI, 7 ; Deutér. XXV, 1 ; 2 Sam. XV, 4 ; 1 Rois VIII, .12; 2 Chron. VI, 2.3; Job XXVII, 5; Ps. LXXXII, 3; Prov. XVII, 15; Es. I, 8; V, 23; LUI, 11 ; Dan. XII, 3.

■' Les LXX emploient quelquefois ôtxaiojv là où se trouve en hé-, breu quelque autre verbe, et, dans ces cas-là, 8 fois dans le sens strictement juridique, 7 fois, comme dit Morison, dans un sens demijuridique. Une seule fois ils l'emploient dans le sens de purifier. Ps LXXIII, 13: «J'ai purifié (ziqqiti) mon cœur (iot/.aiioaa xf,v /.apoi'av <xQu). » C'est le seul cas où or/.atoOv ail ce sens chez les LXX clans tout l'A. ï.

340 LA .irSTlFICATION PAl; I.A l-OI

le sens jiiri(li(nie. Oue Ion veuille l»ien consulter enrore Mnttli. XI, 19 et Luc Vil, 35 (« la sai^esse (le Dieu a dié justiflra par ses enfants»); Luc YII, 29 (les péagers ont justifié Uieui; Mattli. Xll. 37 ( « par les paroles tu sevaa Justifié et par tes paroles tu seras condamné » j; Luc X, 29 i « lui voulant se Justifi,er «); X\l, 15 («vous êtes ceux (]ui vous justifiez vousmêmes » ); XVIII, 14 (le péajzer justifié); Act. XIII. 39 (« être justifié des choses dont on n"a pas pu être justifié par la loi » ) ; Jacq. II, 21. 24. 25 [èlre justifié par les œuvres).

Il n'y a pas un seul de ces passages auquel puisse convenir l'idée (I une communication intérieure de justice. On a cité quel(|uefois en faveur de ce sens la parole 1 Cor. VI. 11. Si on a soin d'expli(|uer ce passage d'après le contexte VI, I-IU. on verra bien (|u'il ne fait point exception à l'usage constant du N, T., tel qu'il résulte de la totalité des passages que n(»us venons de citer*.

Nous prions le lecteur de peser en outre les observations suivantes : 1" L'expression i\e justice de Dieu forme I. 17. 18 le pendant de celle de colère de Dieu. Or. comme ce second terme renferme l'idée de condamner, de déclarer mauvais et de traiter comme tel, mais non de rendre mauvais, le [)remier doit exprimer ridée de déclarer juste et de traiter comme tel. mais non de rendre juste (saint). — 2" Au cli. IV. \ . 3. j'aul fonde sa doctrine (!e la justification sur la parole de .Moïse (ien. XV. 6 : « .\braliam ciut à Dieu et cela lui fut imputé à i compté comme) justice. » On voit qu'il s'agit ici, non d'une communication intérieure de justice par l'Ksprit qui sanctifie, mais d'une imputation juridique par laquelle Dieu attri[)ue à la foi d'Abraliam la \aleur d'une vie parfaitement juste. — .\u cli. V. \. 9. 10. Paul oppose à la justification actuelle du croyant par le san;/ (h> Christ son alTranchissement de la colère finale par la participation à la vie de (^ilirist. Kst-il possible de distinguer plus nettement (lue par ce contraste des deux résultats indiques, l'acte |)ar leciiie! Dieu justifie et réconcilie de celui par lequel il sanrtifie et sauve définitivement '^ — Le terme même de /!'/, par

' Il lie loslorail à citer, pour a\oir la liste ooiuplète. cpie Koin. Vl, 7; Mil, .{0. .};}; (lai. Il, IG. 17; III, 8. 11. 24; V, 4. Le premier de ces passages est ol)Sciir ; mais eu tout cas le sens de rendre justr intérieurement est inapplicable.

W'i\{w\ Paul (k''sii;ii(' le moyeu subjeclif de la justilicatioii. s'applique ceilaiueiuetit uiieu\ à I acceptatiou d uu fait oltjectif tel <iue l'œuvre expiatoire de Christ et la promesse de pardon (|ue Dieu y attache, qu'à un acte inU^rieur de Dieu pour transformer l'àme. - — Knlln la structure de l'épître aux Romains reposi; sur la distinction tranchée (jue nous constatons entre la justification et la sanctification. Pour(|Uoi, si Paul faisait consister la justification de riionnne dans la vie nouvelle (|ue Dieu lui comnmni(|ue, renvers<>rait-il dans notre épître l'ordre seul natunM eu ce cas, et ne commencerait-il pas l'exposé du salut par ce (jue nous lisons au ch. YI sur la communion mystique que la foi étahlit entre le croyant et le (christ mort et ressuscité? A quoi bon les cin(| premiers chapitres sur la justification ? Cette marche s'expli(jue au conlriiire tout naturellement si Paul envisage la justification comme la sentence qui place le croyant dans la position d'un juste par rapport à Dieu, ou, comme dit llofmann, (jui fait (|ue l'homme a maintenant Dieu pour lui, et non contre lui. Car par cette nouvelle relation est rendue possible la communication du Saint-Esprit, ce lien vivant par leijuel le fidèle est enté en (^.hrist mort et ressuscité et prend part spirituellement à sa mort au péché et à sa vie pour Dieu. La notion de la ,/h.s///?cation, forensique — expression de M. Sabatier — n'a donc pas été, comme le croit cet écrivain, « élaborée par la scolastique du moyen-àiie » '. Elle est à la fois plus vieille et plus nouvelle; plus vieille, puisque, si elle existait encore au moyen-âge, c'était comme héritage de saint Paul, et plus nouvelle, puisqu'il a fallu Luther et la Réformation pour la rendre à I Eglise, à qui la scolastique du moyen-âge l'avait enlevée en y substituant le mérite des œuvres, qui est son contraire.

Le Concile de Trente a élevé au rang de doctrine officielle de l'Eglise catholique cette définition : « La justification n'est pas seulement la rémission des péchés, mais aussi la sanctification et la rénovation de l'homme intérieur par l'acceptation volontaire de la grâce. » Par là elle n'a fait que consacrer l'œuvre de la théologie scolastique, et M. «S^/^a^/er, en définissant la justification : « la création de la vie spirituelle, » suit précisément les traces des docteurs du moyen-âge qui ont préparé cette décision

' L'Apôtre Paul, 2e éd., p. 27G.

:\'r2 i..\ .irsTiKicATioN \'.\n la F(j1

(lu concile de Trente. (Vest ce (jue faisait déjà ii\ant lui M. Reu.ss et ce que font plusieurs thé»)loi:iens profestanLs modernes. Si M. Sabatier va jusqu'à dire, en parlant de la justification par voie d'imputation : « Paul n'aurait p;is eu de paroles assez sévères pour llélrir une si i^rossière interprétation de sa pensé'e. » ' nous pensons au contraire que tout le poids de la s«*>érifé apostolique serait tombé sur l'altération dont sa pensée est Tobjet de la part des auteurs que nous venons de citer.

Il \audrait mieux déclarer Irancliemenf <|ij On se x'pare d<> la doi;inati(iue de l'apôtre, que de s'inscrire en (aux contre le résultat exégétique le plus évident."- L'expérience prouve d'ailleurs qu'une vie clin'tieinie compl(''ternent saine ne peut naître et une sanctilication radicale du cœur se produire (|ue lorsque le nmi ori!;ueilIeux de I homme a consenti à s'anéantir en acceptant de (le Dieu la justice inq)ut(''e. désii.'n(''e piir le terme oixatouv. justifier, et (|ui \a être exposée depuis le \. :2I à V. 11. — Sur l'élément juridi(|ue dans la relation de l'homme avec IHeti. \oira III. :25et^J(J.

II'>'c SECTION III. 21— V. Il .

LA JLSTniC.Mio.N CM! 1..V Kn|. ACullSE M .Md.NUE E.NTIEH

Ti"(iis idijes [)!'iiici|);tlcï: <(.m\ (l(''vel(iit|H''es ihiiis celle m'cli(»n, [icndaiil rie la pirccMlenle : I" I*aiil (h'-cril le /(/// hisloiiijiic par irciiiej la ju^lilicalioii pai' la Toi a l'ic'- iiiie l'oi- [loiir loLiles acquise au uioude : III, '2\-'2iK -J" Il (h'^uioulrc y/uinnoni(' do ce luochj de juslilicalidU awc la rév(''lali(iu

' L'Apôtre Paul, p. 276.

- M. Sclierjg^ partant du poinl de mk- callioliiiuo, se réjouit au contraire do nous voir revenir peu à |)eu au doijuie de son Eglise, par le lien étroit que nous reconnaissons entre la sanctification et le salut final (Litfrrnri.sche Rioxlschnii. ISS2, n" lit . .Mais il peut \oir que nous lai.ssons à d'autres l'honneur tiu'ii nous attribue de passer a\ec armes et ba.^aj^es au dogme catlioluiue.

CHAI', m. '2<i-^2i. MS

do l'A. T. : III, 47-IV, ^5. :i'> H déiiionlre lu inaiitlien de celle juslilicalioii jusque dans le ju<>emenl même : V, 1-11. C'esl ainsi qu'à rèi'o de la condainnalion universelle a succédé celle de la jnslidealion universelle.

Vlil« MOHCEAU (111, ^-n-^H)).

Le fait historique sur lequel est fondée la justification par la foi.

Au ch. 1, V. 17, l'apùlre avait indiqué le Ihème de celte partie : la juslitication que Dieu donne par la Toi à la foi. Pour l'aire sentir la nécessité de ce moyen de salut extraoi'dinaire, il était remonté à l'état de condamnation dans lequel se ti'ouve le monde (I, 18-111, 20); il revient maintenant à son sujet principal, A la révélation de la colère de Dieu dans l'état actuel du monde, il oppose la manil'estation de sa grâce dans l'œuvre de Jésus-Christ. Les v. 21 et 22, qui sont le thème du passage suivant^ se rattachent donc logiquement à 1, 17.

V. 21 et 22^^ : « Mais maintenant la justice de Dieu a été manifestée sans loi, la loi et les prophètes lui rendant témoignage; 22' justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ ' pour tous ceux et sur tous ceux - qui croient; » — Le ^é, mais, oppose à la révélation de la colère celle de la pistice. Comme celle-ci est un fait nouveau dans l'histoire de l'humanité, on peut être conduit par là à donner au mot vuvi, rnainlenant , un sens tetiijiorel (Calvin, Tholuck, etc.). Ce mot accentuerait l'opposition entre

1 Marcion omettait le mot [r^rso-j que retranche aussi B. - Les mois /.a; tr.x -avxa; sont omis par N A B G P Copt., mais se lisent dans D E F G K L Svr. Vuls:. et les Pères.

oli I.A .irSTIMCATION l'Ai; l.\ lOl

l'èiv; ancienne <'l rèro noiivelli'. Mais la notion (Je- l<,'in|is n'cxisle pas dans le v. ill. Il s'atiit sini)ilein('nl de l'impuissance df la loi pour jnslilii'i'. Il y a ainsi entre v. -JH et 21 contraste d'état phitiM (pie d'(''po(jue. .Nous prél'ri'ons donc donner au mol nimnicwuil lr sens lof/itjnr qu'il a si souvent (Vil, 17; I Cor. .\III, I.5; .\IV, 6, etc.) : « La situation étant telle (pi'elle vient dètie exposée (v. 20). » (Ainsi Jièze, de Welle, Mei/er, OllniiHurr, etc.) — Le réi;ime : sans loi^ est mis en tète, parce que c'est dans cette idée que se concentre le contraste avec l'idée de la justice des œuvi-es (v. 20). Ce ré|j;ijne dépend du vei'lie est ntanifcslee, el non du \n(A jusliee ( une jiisliee sans lui, .\u|;ustin). Le sens est celui-ci: La justice de Dieu a été manifestée sans que la loi ait joué aucun rôle dans ciMte manileslalion. L'article devant le mot li>i est omis jumii' iiidi(pier ([ue la loi a été exclue, non comme niosiininr, maicomme lui. Sous l'ancienne économie, la justice était censée ai'river aux fidèles par les mille canaux île l'oliservance légale ; sous la nouvelle, la loi n'a aucune place dans l'offre laite au monde de la justice. — Nous savons ce que Paul entend \rdr /iistire de Dieu : c'est l'/'lal dans lequel Dieu place par rai)port à lui-même l'Iiomme (pie sa sentence déclare juste (voir à I, 17^ Ici aussi l'article est omis, comme j)Our dire : un élal comme celui (pii est désiii,né de ce nom. — Les mots oavcpoOv et à-o/.aAjrTc-.v, iHanifesler el révéler (I, 17), dilléreiil à |icn piés connni' les deux termes rran(;ais. Dans le |)remier, l'imai:!' e>t celle d'un olijet non aperçu, qu'un rayon de lumière fait ap|)arailre ; ce Icrme se rapjiorte à la manilèstalion (11111 olijet caché, en iiV'niM'al. Dans le second, l'imaiic est celle d'un objet tenu derrière un voile et (pie l'on lait apjiarai- Ire en levant ce rideau ; ce mol désij;ne plus spécialement ce (pii était cache en Dieu el que Dieu lait connuili'e par

CHAI'. III. 2\-'l-l. .'il,»

i'(!vélali«.»ii (\'oiv I lof iHinni ). Le Nfiiic est ici :iii jKirjtiH, laiidis (juc, dans lo |)assaii(3 sciiililalilc I, 17 il ('lail au picscnL (l'esl ([n'aii chap. I l'aiil voulait paiini' {.\m la rôvélalion [toniiam'iilc du saliil par la |ir(''di(ali()ii a|i(isl()li- ((lie, tandis qu'ici le l(!i'nio ii clr niditi/cs/rr se lapporte au l'ail accompli, une l'ois pour touUis, du sacrilice de Chi'ist (V. 24-^27).

Le sens de la seconde partie du v. est celui-ci : a La jusl.icc de Dieu a été nianirestée sans intervention de loi sans doute, ttiai^ non sans être allestcc par la loi et par les jn-ophètes. » L'Ancien Testament tout entier rend homiiiage à cette justice d'une nature nouvelle dont la révélation a eu lieu sans coopération de loi. Il n'y a donc pas d'objection à tirer de l'ancienne révélation contre la nouvelle. L'apôtre montrera dans le passage suivant, v. :27- IV, 25, comment a lieu cette attestation de l'Evangile par l'Ancien Testament.

V. 22''', Il avait ap]»elé au v. 21 la nouvelle justice une justice de Dieu, en tant ([ue résultant d'un acte divin, non de l'œuvre humaine. Au v. 22, il répèle cette expression dans le but de la compléter en exposant le moyen dont Dieu s'est servi pour accomplir ce don (v. 2'i-27) :

« Justice de Dieu, dis-je, juir la fui » — Le ^£, qui en

l'i'ançais ne peut se rendre que par : dis-Je (Osterrah/, Ollramare), est explicatil', comme IX, oO ; Gai. H, 2 ; IMiilip. 11, 27, etc. C'est un sciliœt, à savoir. — Le moyen par lequel Dieu justifie l'homme est énoncé sj)mmaireirient dans ce verset ; il sera développé dans les suivants ; c'est ta foi e)i Jésus-Christ. Le mot Jésus était omis par Marcion, peut-être parce que, niant l'humanité l'éelle de Jésus, cet hérétique n'attachait d'importance qu'à sa dignité de Christ. L'omission de ce mot dans B ne sultit pas poiir le rendre suspect. — H y a littéralement : c( la loi de

:>i(i LA Jl STinCATKJN l'AU LA KOI

Jésus-I^lirisl w; ce compléineut (ir-sitzin- ('Nidciiiinuiil /'o///>/ de lu loi comiiie Marc XI, '22; Gai. Il, Ki; .laf-q. il, I, etc. Les classiques disent aussi -itti; (Jcô>v. Il n'y a donc aucune raison d'entendre ce génitif dans le sens de : la loi que Jésus-Christ a eue en Dieu (Benecke), ou : la fidélité qu'il a ténioiL;née aux hommes (Lanije). Le parallèle I, 17 suffit pour écarter de pareilles interprétations. — 11 nous paraît manifeste que les mots : imr la /ni eu Jcsus-Cltrisl, correspondent au réiiime i/. -ïzinzioK, par la foi, I, 17; comme le second régime suivant : jiuur tuus ceux et sur tous ceux qui croient, correspond au régime d; ttwtiv, jionr la foi. La loi, en effet, a un douhie rôle dans le fait de la justification: 1» eUe remplace l'œuvre et, comme telle, elle est im|)utée à justice ; 2" elle est dans chaque cas particulier pour l'individu le moyen par lequel il s'empare de cette justice de foi. C'est ce que lait n-ssortir avec force le régime suivant. — Les mots : /.v.'. i-': -xvTa;, et sur tous ceux, manquent dans les quali'e plus anciens Mjj. ; mais ils se lisent dans tous les Mjj. des deux autres familles (sauf P) et dans les anciennes Vers. Mei/er et Morison remarquent avec raison (pif loi) ne comprendrait pas leur interpolation, puisqu'il n'y avait rien dans le rég. pour tous ceu.r, (jui exigeât une adjonction explicative. On comprend, au contraire, aisément que ces mots aient ('le oiiiis, soit par confusion des deux -a'vTa; — un sait que le Si}uiit. fourmille de pareilles onfissions ' — soit parce que ce rég. paraissait faire |)léonasme avec le précédent. Il est Irés-confoi'mc à la manière de Paul d'acciimiilcr ainsi les l'i-^imes pour rxpriiiici-, |tai un 5.iiii|t|i' changenii'iil de [trè[»os., irs dillV'renls as|)e(ls du lait (ju il veut fliHiire. Le £•.:, fMiur, désigne la ilcslinaltim giMn-rale

' TiscliondorL (lan.>< la X'' édition, a cédé à l'aiilorité tir ce .Ms. ri irtiiiiirlK' ces inols ([uit avait conservé!; dan? la 7'.

CHAI'. III. ±1. :\\t

(lu C(ille juslice aux croyaiils; (;llu csl là en rue tTriir. Le dm, sur, se rap[)orl(3 à iaindiailioii réelle de ce don, dès qu'un croyant se l'enconlre; conniKi si l*aul disait : <.< (lolte juslice de llieu, il Tenvoie iionr loi aliii ((iie In y ci'oies ; et elle repose sur loi dès que lu crois. » Comp. Philip, m, 1). Théodorct, Hnirjcl, etc., ont pensé que le réi". i>ouy fous ceux s'appliquait aux Juifs, et le règ. sur tous ceux, aux païens. Mais il inq^ortail précisémenl à l'apôtre de l'aire disparaître ici toute autre (pialili' (jue celle de croyant. Celle même raison nous empêche aussi d'admettre l'explicalion de Morisun qui, à l'exemple de Wetslein, Flall, Stuarl, met une virgule après eï; TravTa;, pour tous; ce qui signifierail : pour tous les lioimnes , absolumenl pailant, indèpendanmienl de la loi, en ce sens que la destination de celle juslice est universelle. Ainsi le })arlic. ceux qui croient ne s'appliquerait plus qu'au second tous, en ce sens que, si l'oflre de la justice est laite à tous les hommes, elle ne se réalise que pour tous les croi/(ntts. Mais dans ce sens le second tous n'eùl pas été nécessaiie; et surtout nous veirons au v. 45 que, dans la pensée de Paul, le décret rédempteur implique dès l'abord la condition de la toi. — Ces deux rég. accentuent énergiquemenl l'universalité de la justification comme pendant de celle de la condamnation (v. Ml) : c( destinée à tous ceux et accordée à tous ceux qui croient. » Klostermann fait dépendre ces deux rég. du verbe principal a été mani/eslée. Dans ce cas, le eï; se comprendrait à la rigueur, mais non le iri; et le verbe est séparé de ces deux prépos. paitrop d'idées intermédiaires. — Pour déclarer juste, Dieu ne demande donc pas : Es-tu Juif ou païen ? As-tu ou non obéi à une loi? Mais : Crois-lu en Jésus-Christ? — 11 faut maintenant préciser cet objet de la foi qui justifie. Avant de le faire v. 4-i-40, l'apolre rappelle encore une fois et

.•|4^5 i.A .irsTii-ic.vnoN i'.\i; i..\ loi

résiiiiic (Jans le v. 'lo le Cdiileiiu de tniile la x-clicm |»i-écédenle :

V. 22'' et 23 : <f car il n'y a pas de différence ; li'j car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; » — Il iiy a pas deux chemins, celui de i'a'UMe et celui de la l'oi. Le {)remier est l'eririé pour tous, uièuie poui- les Juifs; le second est ouvert à tous, uièine aux j)aïens.

L'ancienne vei'sion de Genève, (Jslcrnihl, Mnrliu, (ont rentrer le v. 23 dans le v. 22 et ne conijilenL ainsi (jue 30 versets, au lieu de 31, dans ce chai)ilre. Parce clian|iement, on a cherché à l'aire du v. 23 une simple parenthèse, et cela afin de relier directement le partie, rlinit jusli/iés (v. 24) avec le v. 22, ce qui, conuiie nous le verrons, est vrai logiquement. — Pas de diUcrence : quant au moyen de jusliiicalion. Pourcpioi? Le v. 23 le dit : parce (pi'il n'v en a pas quant à la condaiinialion.

V. 23. En disant vîjy.ap-ov, ont [ail ucle de péché, l'apôti'e ne tient pas compte de la question de savoir s'ils ont a^ii ainsi une ou cent l'ois. Il y a eu péché pour tous; cela suffit poui' les priver du litre de justes, et par là de la ffloire de Dieu. — Kat, cl en conséquence. — Le verhe 'jnzzoiirjhy.1, cire privé, exprime l'idée d'un déficil. (le dèlicit |)eul consister soit à se trouver au-dessous (\u niveau normal, soit à rester en arriére des autres, lui il laul appli(iurr le premier sens. Le niveau normal est appelé l;i l/hiirc lie Dieu. (In a appli(pié ce terme à riindijc de Dieu selon lacpujlle riionnue avait été créé et que le pi''rlié a eiïac(''e en nous idulttc, Olshauscn, MtiiKjoldl: ou hien on en a clierclK'' laiiplicalion dans l'avenir : la i/lvirc (iuidr I liè:e, Morison, lieussj. (Htrtnnure \'n\)\A'u\\\c à un étal hypothétique : la gloire qu'aurait [»rocurée aux hommes la justice propre s'ils l'avaient posst''dée. 11 nous ]tarait aussi naliirej, \ule [in''S(.'nl 'jTTspoOvTa'., de pen>er à l'éclat dixin

r.iiAi'. III. ^i2-2i. :îl!>

dont rayonnnrail achiollomenl l'oxistonco humaine, si l'homme était avec Dieu dans une relation filial(\ Son exis- Iciui! ne serait trouhlée ni mocalement par la s<»nillure (lu |»(''('li('', ni physiquement i)ar l'ignominie de la moil. Plusieurs (Luther, (lah'iu, Grolms, Tliohick, Lipsivs) pensent à l'ahsolulion ou à rap[)i'ohation divine assurée à l'homme innocent. Mais il y aurait plutôt dans ce sens Ti[;//i que i^o'^a (II, 10). Le gén. 6eoO, de Dieu, est à la fois celui de la possession et de l'auteur : l'état glorieux cpie Dieu possède et qu'il connuunique (voir Meyer et Ilofnianu). Roi déchu, l'homme est privé de sa couronne. — La conséquence de ce déficit de justice et de gloire est énoncée au v. suivant. Ce n'est pas la ruine; c'est le salut gratuit.

V. !^4 : « étant justifiés gratuitement, par sa grâce, par la délivrance qui est en Christ-Jésus, » — Dans les v. 21 et 22, Paul avait annoncé le sujet nouveau qu'il allait traiter de front : la justification par la foi. Au v. 28, il avait rappelé la présupposilion de ce fait, qui a été développée dans toute la section précédente : l'état de condamnation commun à tous les membres de l'humanité. Maintenant il arrive à l'exposé du fait annoncé. Mais, chose singulière, il passe à ce grand sujet, point essentiel de son épitre, au moyen d'un simple participe : étant justifiés.

Ruckert, qui ne se g^êne pas pour critiquer l'apôtre, trouve que c'est un procédé assez gauche de présenter, sous forme de détermination accessoire, l'idée principale; il pense avec Calvin et d'autres qu'il faut logiquement traduire ce participe comme verbe fini et faire du v. 2.j la détermination secondaire : « Etant tous également piivés de la gloire de Dieu, ils sont justifiés gratuitement. » Plusieurs, comme Tholuck, en appellent à une forme assez usitée chez les classiques grecs, d'après laquelle l'idée

f\^)() \.\ .iisTirir:\TiON pah l\ fth

prinripalo rocoU l.i pl.ife seconrlaiif'. W'riss réjolh^ avcr raison (■()<• (^x|)r(li('nls et pense que \it participe s'explique pai- le lail (jue la justification gratuite est la notion exactement correspondante à la privation (N; la justice, énoncée V. 23. Mais mèine ainsi cette l'orme siihordonnée, appliquée au lait principal, est encore endroit d'étonner; et ce n'est pas sans quelque raison quOlImmnre s'est mis en quête d'une explication nouvelle. Il poiiclue après le V. 2.3 et, recommençant une proposition nouvelle avec le |)artic. »^'./.awj[7.evoi, iHanl justifiés, il clierche le verbe principal de la phrase ainsi commencée flans la question du v. 27 : (h) (li)iii' rsl ht (/Idiiolf/ en d'autres termes : a F'uisque nous sommes justifiés par grâce...., quel droit nous reste-t-il donc de nous vanter? » L'idée est très-ingénieuse, mais insoutenable pourtant. Je ne parle pas de l'incorrection granuiiaticale dans la relation entre le participe au nominatif (v. 24) et la forme de la question au v. 27. L'apùtre n'a pu oublier, comme on le prétend, la manière dont il avait commencé la phrase. Une difficulté plus grave, c'est que par là l'exposé solennel de l'œuvre de Christ pour le salut du monde (v. 25 et 2t)) n'est plus que cuiiune incidenmient interjeté, (le qui enfin rend cette construction entièrement inadmissible, c'est que la principale : Où doue...:' que l'apôtre devait avoir déjà dans sa pensée au commencemenl di' la phrase, suppose le sujet de la justification complètement traité, tandis qu'il va seulement être abordé dès le v. 24. Four expliquer cette forme de participe qui étonne au premier coup d'ieil, il ^ullil de se rappeler (jue lid/'e de la juslilicalidu a\ait ('té positivement tnnionirc v. 21 el 22 et ipie Paul peut par conséquent y revenir maiuleuant. a|>rès l'espèce de [)arenlhèse lormi'c |)ar le v. 23, connue au l'ail à /'l'.ijiosf dnipiel il va passeï". Celle construction se coni-

CHAI', m, ■>'.. .">.M

pi'onflra plus racilemonl oncore, si on l'ail porter le partie, sur la (leinière proposition du v. 22 : // ?/'// a unvnne diffnrnrr, en ajjpliqiiant ectte parole, eomnie nous l'avons lait, à réyalilé, non dans le j)éclié, mais dans la justificalion : c( Il n'y a entre eux aucune différence..., étant justiliés jiraluitement. « Cet emploi du partie, au nomin., après une pro})os. qui comporleiait proj)r<'menl un autre cas, est Iréquent chez Paul; comp. 2 Cor. I, 7; Epli. IV, 2; Col. Il, 2 (vraie leçon), etc. Weiss observe avec raison qu'il est impossible, d'après tout ce qui suit, d'entendre le mot justifies d'une autre justice que la justice inijiiitre. C'est ce que reconnaît aussi Kloslermann , lui qui pourtant avait appliqué, v. 21 et 22, le {evuMd justice de Dieu à la justice infuse. Mais toute diff"érence de sens entre les mots justice el justifiés est impossible, puisque depuis le v. 24 est développée la notion même (]e justice de Dieu qui avait été posée v. 2! et 22.

L'apôtre détermine d'abord la nouvelle justice au point de vue de son oriyine : yratuitement, par sa grâce. Le premier de ces deux termes a une portée négative ; il signifie (( par pur don » ; il est destiné à exclure toute participation du mérite humain au fait de la justification. Le second indique la source positive de cet état. La position du pronom relève l'idée de l'initiative divine : par sa grâce, à lui. La justification du pécheur est un acte de la libre bienveillance divine, s'inclinant spontanément vers riionune, pour lui conférer une faveur. 11 n'y a dans l'action justifiante de Dieu aucune obligation ou nécessité aveugle ; il \ a l'inspiration libre de la compassion et de l'amour.

De la source, l'apôtre passe au moije)i : par la délivrance qui est en Cfirisl-Jésus. L'étude détaillée, cà laquelle se livre Oltramare sur les termes àTrol'JToto'ji;, à-r/AurpoOv,

:]7i^ \.\ .11 i^TIlIflATION l'Ali LA FOI

a |)(Mir n''siillal, iiio soinltlc-l-il, de prouver quo clifz li's ('(•livains grecs ces expiessions se rapportent onliiiaireiiienl, sinon toujours, à une délivrance /wy raie ih' riiclidl (.11 au moyen d'une rançon (a'jtoov). Néanmoins, cet anleur pense que ce sens est inaj>j)licaljle dans ce cas, jiarce que rex|)ression « la délivrance qui est en Jésus-Christ » ne pourrait signifier que : « la délivrance que Jésus-Chris! nous accorde en exigeant lui-iiiéme de nous une ram-un. » Mais cette paraphrase n'est nullement nécessaire. I^ourquoi ne pas exj)liquer : « la délivrance qui est le prix de la rançon offerte pour nous par Jésus-Christ »? L'expression de l'apôtre comporte donc fort hien le sens de : <j délivrance jKir rachat. » Ce sens est conlorme à d'autres passages, tels que Matth. XX, ^8 et I Tim. II, b, où l'apôtre a|ijili(pie au sang de Christ les termes de )wUTpov ou il'àvTtaut:ov (rançon). Nous ne voulons assurément point nier (pie le mot y.-^///j7uon<.ç ne soit employé fréquemment dans II' N. T. dans le sens de délivrance, en général, sans la notion de rachat ; ainsi Vlll, '1S\ I Cor. 1, .30; Eph. 1, li, etc. Mais, d'autre part, la notion de rachat est Tamiliére à l'esprit des apôtres; comp. 1 Cor. M, ^0 ; Vil, :2:3; (lai. 111, 18; I Pierre 1, 18; et, comme l'ohserve Wciss, le moven de la délivrance étant d'après v. :25 le .■<anij de Christ, il est naturel d'y voir, ici aussi bien qu'Eph. 1, 7 et Col. I, I'k le i»ii\ du racli.il. .\ qui a été payée cette rançon? 11 est évident que ce ne peut être qu'à celui envers qui nous étions redevables d'une peine à subir (ù-o^ixoi, V. M)), ainsi à Dieu lui-même. Si l'on objecte que dans ce cas ce serait Dieu qui se paierait à lui-mêiue la rançon, l'apôtre coimail, aussi bien que nous, cette contradiction appareille, il i-lle ne l'arrête |)oint. Car il dit lui-même •2 Coi. V, I'.I: o Mieu était en Christ rtanuiliant \e momie art'c liii-iiii'iiii'. ^^ hhtslnnninn ex|dique celte nulion de d<'-

(.iiAiv m. -i'i-i"). :{5,')

livrnnco par nn<^ nlltisioii ;'i l'anrK'îe (\o jnbilr chez les .liiils, on cou\ qui s'rlaicnl vendus comme esclaves l'ccoiiviaiciil leur lilierlé le preiuier jour de l'année. (!e i'a|)porl esl ingénieux, mais rien (hms le passage suivant ne nous paraît le justifier. — Le terme de Christ est placé avant celui de .h'sus ; d'abord l'ofiice de médiateur (Christ) qui se rattache directement au lait de la délivrance ; j)uis le personnage historique qui a réalisé cet oïûcc (Jésus). — Il Tant expliquer maintenant en quoi a consisté l'œuvre par laquelle ce Christ-Jésus a obtenu la délivrance de l'humanité. C'est ce que fait l'apôtre dans les v. 25 et 26, développant ainsi les mots du thème, v. 22» : justice de Dieu pur la foi en Jesvs-Christ.

V. 25 et 21) : « qu'il avait établi à l'avance comme moyen de propitiation par la ' foi en son sang, pour la démonstration de sa justice à cause de la tolérance exercée à l'égard des manquements précédents 2() durant la patience de Dieu, pour la démonstration - de sa justice dans le temps présent, afin qu'il soit juste et justifiant celui qui est de la foi en Jésus '^ )> — Ce n'est pas sans raison que l'on a appelé ces deux versets « la moelle de la théologie ». Calvin déclare « qu'il n'est probablement pas dans toute la Bible un passage qui expose d'une manière plus approfondie la justice de Dieu en Christ». Et cependant il est si court que tout est déjà dit, quand il semble à peine que l'exposé commence, tant les pensées les plus décisives sont concentrées en peu de lignes ! C'est bien, comme l'a dit Vitringa, « le bref sommaire de la sagesse divine. * »

' N C D F G omettent tt,; devant -tatEw;. 2 N A B G D P lisent tt.v devant svos-.Ç-v.

••DEL lisent Ir,aojv au lieu de lr,ioj. — h^rso'j est omis dans F G It«'*q.

* Qu'il nous soit permis de rapporter ici, daprès M. Morison, une

ÉP. AfX ROM. — TOMK I. 23

854 LA JUSTIFICATION PAR LA lOI

Déjà flans les mois : par su f/n'ice, v. :24-, Paul avait l'ail cnlendie (jiie l'inilialive de l'œuvre rérlcinplrice aj)parleriail à la cliarilé divine. 11 f'ail ressorlir plus claireinenl encore celle pensée par l'expression : ov -20c%-ro, qu'il avait destiné ou rtahli à l'avance. Le salut du iiiondt' n'a pas élé arraché à Dieu par la. médiation du Christ. C'est Dieu qui est l'auteur de celte médiation. La même pensée se retrouve :2 Cor. V, 18 : a Tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Jésus-Christ, » et Jean III, 16 : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donm'' son Fils unique. » Ce point ne doit pas être né^li^é dans l'idée que l'on se l'ait de l'expiation. — Le verhe -poT'.Oî'vai, si l'on prend la prépos. 7:^6 au sens local, siirnifiera : /dacer devant ou e7i avant ; en spectacle puhlic. Si on donne à cette prépos. le sens temporel, avant, le verhe prendra le sens de : poser devant soi; d'où se proposera l'avance. L'on peut citer en faveur de l'un et de l'aulre sens de nondjreux exemples dans le iirec classique. Le second sens existe seul dans le N. T.; conip. Hom. 1, 13; Eph. 1, \), etc. et l'emploi l'réquent du mot -podeTi: pour désigner

expérience de lilluslre poêle anj^lais (^owper, propre à donner une impression de la richesse de ce passage. Celait au moment où Cowper était réduit à un désespoir presque complet. Il s'était longlem|)s promené dans sa chambre dans une profonde agitation. Il \int enfin s'asseoir près de sa fenêtre, et, voyant là une Bible, il l'ouvrit pour essayer d'y trouver quelque consolation et quelque force. « La [larole que je rencontrai, dit-il. fut le v 2") du cliap. III de l'épilre aux Romains. En le lisant je rec^'us immédiatement la force de croire. Toute la plénitude des rayons du Soleil do justice tomba sur moi; je vis la pleine suflisance de l'expiation que Christ a\ait accomplie pour mon pardon et mon entière justification. En un instant je crus et n^v"'' '«* paix de l'Evangile. » « Si, ajoutc-t-il, le bras du Toul-Puissant ne m'eût soutenu, je crois que j'aurais été submergé par la gratitude et par la joie; mes yeux se remplirent de larmes ; les transports suffoquaient ma voix. Je ne |)Ou\ais ipie regarder au ciel dans une crainte silencieuse, inondé d'amour et de sur|irise. .Mais il \aut mieux décrire l'œuvredu Saint-Esprit par ses propres paroles : C'était " la Juil- ineffable et (/lorieuse i Pierre I, 8 . « (Vie de Coicper, par Taylor.i

CHAI'. III. '2.*.. r]55

10 fUim ('Imirt de IHeii (VIII, 28; IX, H ; F.pli. I, 11 ; III,

11 ; 4 Tim. I, W, elc); voir aussi Ad. XXVII, Iri. Kn faveiii' (lu preuiier sens, on ne peut citer que l'expression leclinique, tirée des LXX, iipToi z-lç TrpoBéaeojc, pains de proposition (Matth. XII, 4 et parall.; Hébr. IX, 2). Si nous appliquons ici ce sens, l'apùlre déclare (( que Dieu a exposé publiquement Jésus comme moyen propitiatoire. » Gel acte de présentation publique pourrait se rapporter à l'exposition de Jésus sur la croix, ou bien aussi à la proclamation de sa mort par la prédication apostolique. La forme moyenne irpoiOs-ro, il a exposé pour soi-mcnte, s'expliquerait dans ce cas par le rég. suivant : « pour la démonstration lie sa justice. » Ce sens n'est pas impossible. Il est adopté par la Vulgate, Luther, Bengel, Tholmk, de Wette, PhUippi, Meyer, Hofmann, Morison, Weiss, etc. Le rapport de ce verbe ainsi compris à l'idée suivante : (( pour la démonstration de sa justice, » peut parler en sa laveur. Mais le sens constant des mots -rpoTiÔevai et rpoOeci; dans le N. T. parle fortement pour l'autre explication : se proposer ou déterminer à l'avance, qui convient peut-être encore mieux au contexte. Le long temps, pendant lequel Dieu a laissé passer le péché sans en tenir compte (semblait-il), va être opposé au moment décisif où il a accompli l'expiation universelle et valable pour tous les temps. On comprend que, dans cet ordre d'idées, l'apôtre relève expressément l'idée que, dès avant le temps, Dieu avait désigné la victime au moyen de laquelle il accomplirait, au moment fixé, le grand sacrifice expfatoire qui mettrait en évidence sa justice si longtemps voilée. II y a donc contraste entre le Tvpo, à l'avance, et le dans le temps présent, V. 26. Ainsi placé en tête de tout le passage, ce mot : établi à Vacance, fait bien ressortir l'incomparable gravité de l'œuvre qui va être décrite. La forme moyenne du

X}C) LA JUSTIFiriATION PAH LA 101

verl)e sn nipporte à la résolution intérieure de Dieu : il avait déterminé à l'avance vis-à-vis de lui-même. Ce sens est celui des anciens interprèles grecs, CImjsoslome, Œcnménivs, Théopityladc, et de plusieurs modernes, entre autres Fritzsclie et Oltramare. — Le mot îlacrYiç'.ov, jrropitiatoire, appartient à cette foule d'adj. grecs, dont la t(3rminaison (r,pto;) signifie : qui sert à. Le sens est donc : « qui scrl à rendre [)ropice, favorable. » Le verbe l'Xa'7X£':fja'. correspond chez les LXX kkipper, pihel de kaphar, couvrir. Applifpié à la notion de ])éché, ce pihel peut avoir un double sens : ou bien celui Ae pardonner — le sujet est alors X offensé qui couvre à ses piopres yeux le péché pour ne plus le voir, par ex. Ps. LXV, 4; — ou bien celui iV expier — le sujet est alors la rictime qui par son sang couvre (efface) le péché, afin que le juge ne le voie plus, par ex. Ex. XXIX, 36. Dans le N. T. ce verbe se présente deux fois: Luc XVIIl, io, où le péager dit à Dieu : •AacOr--., rends-loi propice envers moi ; ce qui équivaut à : pardonnemoi ; et llébr. Il, 17 : ei; to [Ictny.echxi -k; âaasTia:, pour expier les péchés du peuple. Nous retrouvons ainsi dans ces deux passages les deux acceptions de ce terme dans l'A. T. Le verbe ila'TxsçOai vient probablement de l'adj. O.ao:. favorable, propice, qui est en rapport avec £>>eo;, miséricorde. r*our expliquer le mot î).aaT-/;piov dans notre texte, un grand nondjre d'interprètes, Origène, Théoplu/lacte, Erasme, Luther, Cal ri n, (ïrotius. Vitrinija, et parmi les modernes, OIshausen, Tholuch, Pliilippi, etc., ont cru devoir recourir au sens technique qu'il a dans les LXX et llébr. IX, T), où il désigne le propitiatoire ou couvercle de l'arche de l'alliance. Le subst. sous-entendu avec cet adj. ainsi couq)ris est i-iOsaa, <ourercle, qui se trouve quehpiefois joint ;\ l'adj., par ex. Ex. XXV, 17. On sait que le grand-préire au jour des expiations oignait ce couvercle

c.iiAi'. m, i".. 357

du sang (le la viclinie (Lév. XVI, 14 et suiv.). C'est par cette raison qu'il serait envisagé ici par Paul comme le type (le Christ dont le sang n'îpandu couvre le péché du monde. Nous ne croyons [las celle intei lur'lalioii admissihle. 1" S'il s'agissait réellement ici d'un ohjet déterminé, connu et unique, comme le couvercle de l'arche, l'article To ne pourrait maïKiuer. 2" L'épiire aux Ivomains n'est pas un livre qui se meuve, comme l'épître aux Iléhieux, dans le symbolisme léviliciue ; rien n'y prépare l'applicalion de ce terme à un objet du culte israélite. 3° (less observe avec raison que, si ce type eût été familier à saint Paul, on devrait le retrouver ailleui's dans ses lettres, et que, s'il ne l'était pas, l'expression aurait été inintelligible pour ses lecteuis. 4" A tous égards l'image serait étrange. Quelle compaiaison que celle de J. -Christ crucifié avec un meuble du tabernacle, d'autant plus que, comme l'observe Olbiiinnie, l'efficace expiatoire n'est jamais rapportée au couvercle de l'arche, mais uniquement à l'aspersion du sang sur ce couvercle. 5° Que l'on donne au verbe rpoeÔsTo celui des deux sens que l'on voudra, fimage du propitiatoire ne peut convenir. Dans le sens iVexpo:icr jntl/liquciHCHf, il y a contradiction entre cette idée de pul)licité et le rôle assigné au pro]»itiatoiie dans le culte juif; car cet objet restait caché dans le sanctuaire; le grand-prètre seul pouvait le contempler, et cela une fois l'an seulement et à travers un nuage de fumée. Que si l'on explique le verbe dans le sens que nous avons admis, celui iVctablir à ravcnice, il est plus impossible encore d'appliquer cette idée d'un dessein éternel, soit à un objet matériel, comme le propitiatoire lui-même, soit à sa relation typique avec J. -Christ. — 11 faut donc entendre le mot îT^aTT-zipiov dans un sens très-large : moyen de propi- (ialiuH. Plusieurs précisent davantage et traduisent : vie-

.■l.'iS LA .HSTinCATION l'Ai; |.A RM

liitie (le iiropUialÙM, en sous-entendanl coiniiie sultslanlil" If! mot OOaa (vidinif). Mais ce sens ne parait pas sullisainiiicnl (léinonlré par les exemples fréquemment cités; voir la ( rili((U(' (lu'cii lail Morisoii. Le commentateur anglais voit lui-même dans ce mot îla'TTY^piov un adj. masculin, s'accordant avec le relatif ô'v: « Jésus-Christ que Dieu a j)résenté comme faisant inojnlialion. » (l'est l'interpiétation de la Péscliilo, Tltatnas d'Aquiu, Kra.sinc, Mi-laiK liloit : elle est admissible. Mais Paul n'eùt-il pas itiuti'it employé dans ce sens le suhst. masc. îlaTTri; ? L'on rencontre l»ien l(! pluriel neutre aaTr/ipia, jamais le masc. il'X'^-r.oi'j'.. Nous nous rangeons donc à l'interprétation généralement admise (pii lail du mol --/.a'^r/ip'.ov un substantif neuli-e (originairement le neutre de l'adjectif; comp. les termes semblables noi-:r,a'.fjv , yoL^icTr^'.fjv , etc.). (juant à l'idée de sacrifice, si elle n'est pas dans le mot lui-même, elle ri'siilte de l'expression suivanl(3 : par suii sain/. Car qu'est-ce (pi'un aiuijen de projalialimt dmis l((ji(r/ inlo vicitl le .samj, si ce n'est un sacrifice? — Un peut objecter que, si, connue il vient d'être dit, c'est Dieu lui-mêuie qui éialdit par sa (/nicc ce moyen de pardon, la gr;ice est supposée acquise antéi"i(!urement au moyen ipii dnil la procurer. Celte objection repose sur l'idée que l'expiation est ib.'slinée à faire naître dans le cœur de Dieu un sentiment ((ui n'y était point. Mais les éléments qui constituent le senti- UK'iil divin envers la cr(''ature sont éternels. L'e\|iialiiiu n'a |>as pour Imt d'en taire surgir un nouveau ; elle di»il seulement prtxluire un cliangeuieni tel dans la iclation enti'e Dieu et la créature, (pie Dieu puisse déployer envers riioiinue |»éclieur l'un (\('< l'iiMnents de sa nature, au lieu de tel aiitie. Par suite de l'anivre ex[>iatoire, l'amour divin, dont la manifeslation était comprimée, peut se déployer, et cela non seulement sous la foiine de la ronipas-

cil A p. III, T). .'$5!)

siini. mais sous cello de la communmi intime. Comme le (lit (icss : (f L'amour divin se manifeste d'abord dans le don du Kils, afin de pouvoir se répandi'e ensuite par le don de rKsj)rit. » 1! y a donc en Dieu : I" l'amour qui précède la piopiliation et qui la fonde ; i^» l'amour tel qu'il se déploie, une fois la proi)itiatiou opérée.

Le réi;'. «^là [Tr,ç| tti'ttsw;, pa)' la foi, mau([ucdans VAIcj\, ce qui no suffit pas pour le rendre suspect. Cinq Mjj. (alex. et gréco-lat.) omettent l'art, t-?,: (la), devant le mol foi. il a prohablement été ajouté pour donner à la noliou de foi un sens plus précis : la foi bien connue en Jésus. Mais ce n'était pas sur telle ou telle foi déterminée que l'apôtre voulait insister ici ; c'était sur l'idée générale de foi, en opposition à celle d'œuvre. — De quoi dépend le rég. : ^là TTicTewç, par foi? Suivant plusieurs anciens et Pliilippi : du verbe il a exposé ou établi. Mais il est difficile de concevoir quelle relation logique il peut y avoir entre l'une ou l'autre de ces idées verbales et un rég. tel que par la foi. Ce rég. ne peut dépendre que du mot D.a<7T-/;p'.ov : ft Dieu a établi à l'avance Jésus connue moyen de propitiation par la foi. » Cette idée est importante : l'efficacité du moyen objectif a été liée dès l'abord par le décret divin à la condition subjective de la foi. L'élément de l'appropriation personnelle fait partie intégrante du décret éternel d'amnistie, de la 7wpo()6r;iç. C'est ce qu'exprimera plus tard cette parole : oOç ■rpor^'vw...; « ceux qu'il a pirœnnus comme siens (par la foi), il les a aussi prédestinés (VIII, "29) ». — Il n'y a aucune raison valable pour briser, avec Klosterniann, le fil de la pbrase en faisant des mots: «moyen propitiatoire par la foi, » une parenthèse. — Le régime : en son sauf/, est rattaché ynr la plupart des commentateurs (Luther, Calvin, Olshausen, Tholvck, Morison) au mot foi: « parla foi en son sa)ig. » Comp. Eph. I, 15.

JOO I>.\ irSTIFlCATiON l'An I.A lui

Plusieurs, HriKji'l, Mei/er, Lipshis, olc, |ir(''l<'i<Mil le fain; (If'IHindi'c «lu \oil)(3 : « qu'il a exposé tout couvert de son sang » ou « établi d'avance au moyen de son san<r. » Dans les deux sens, lexpiession est peu naturelle, dans le premier à cause de son pathos, dans le second à cause de sa dureté (élahlir dans ou par le sang!). Dans la 1"= édit. j'avais envisagé les deux rég. par lu foi et fit son mu;/ connue deux dé'terminations (parallèles) de ù.y.^-r.zw, ; comme moyen de propitiation par la foi (condition subjective) et l'N son mn;/ (condition objective). Mais, comme l'observe OUraniare, le régime en son sani/ eût, dans ce sens, été placé le premier, pour le raltacber j»lus directement à l'idée de propitiation. 11 faut donc s'en tenir à la première explication et le l'aii'e dépendre du mol fui. C'est au .siiinf (jue la loi s'attache {)our saisii' la propitiation que Christ lui a|)porte. — D'après Lév. XVIl, II. l'âme, le principe de vie, est dans le sang. Lt; sang (pii s'écoule, c'est la vie qui s'exhale. Or, le pécheur volontaire a mérité de perdre la vie dont il use pour se révolter contre celui qui la lui donne. De là la sentence : <.< Au jour que tu |>écheras, lu mourras. » Clia(pie acte de péché devrait donc, en droit strict, être suivi de la mort inmiédiale de son auteur par l'efîusion de son sang. C'est ce qui a effectivement lieu pour lui en Clirisl, dès «pi'il croit au but divin de s;i UKirt. Il n'est pas (pieslion ici de lellicace de cette moil pour le renouvellemenl uiitraj de l'homme (lienssi ou pour la ileslrnetiun du pécht- iSahnder, p. ill\)). C'est depuis le cli. M (jue celle nouvelle idi'e sera développée. D'autre part, celle expression : m coiimie moyen île piopilialiim par la loi en son sang..., )^ ne leiilerme pas non plus l'idée d.une etjitiralence quantitative entre le sang versé et la peine méritée par les coupables. L'apùtie dil si.'ulemeni par là quel a élé le moyen em-

i;ii.\i'. III. -s». ."îlil

ployé: (( Glirisl par la lui en son saiiLi. >• Haiis les paroles suivantes, il expli(pi(; le hiil (!ii vue diKpie'l Dieu a choisi ce moyen : pourltuli'imiHsIrdlioii dr f>(i jiislirc.

L'expression de (Iriiioiishdlion esl reiiiaiciiialile. l'^lc ne signifie pas posiliveiiienl : « pour la sdlisfaciion île sa juslice. » Dieu poiii'rail certaiiieiiieiit iiianilesler sa justice en la salisl'aisanl ; mais il })eul em[)loyei' pour la dcmonli'er lui luoyen qui le dispense de la satisfaire. — Le terme de jasticc (le Dieu ne pi'ul désiiiiier ici, comme le veulent Jjdlto-, Munijold, Ollrarnare, elc, la justice de la loi. Le terme qui conviendrai! dans ce cas, ne serait pas celui d'â'v^£i£i.ç, (Irmonstralioit, mais, comme au v. 21 et I, 17, ceux de oavc'pcoTi; ou d'à77o-/.aAu^|;iç, utanijcslalion ou irirliilion. Il s'agit ici de la justice comme d'un attribut divin longtemps voilé, de cette perfection du caractère divin (jui léclame la manifestation du courroux de Dieu contre le péché par le châtiment. Ce (pii le prouve, c'est la suite : « à cause (h; la tolérance dont Dieu avait usé envers les man({uemenls antérieurement commis, » tolérance qui f)araissail à la terre un démenti formel donné à la justice divine. Voilà pourquoi, au moment du pardon surtout, une démonstration de la justice divine a été nécessaire. — Il n'est donc pas possible non plus de donner au mot jastiœ de Dieu les sens de huit té (Tliroduret, Abclard, Grulius, Semler, etc.), de réracité ou de fidclilé (Auibroise, Bl'ze, Tuirelin), ou de suintelé (Nitzseh, Néander, Hofnuuin). La langue grecque et le vocabulaire de Paul, en particulier, ont des termes spéciaux pour expi'imer chacun de ces atfi'ibuls : yp-ziG-roT-/;; (bonté), yS):rfyei7. (rcracite), TiriTTiç (fidctitc), àyuoG'jvTi (sainteté). Et dans le cas présent, c'est une autre idée que Paul veut exprimer. La justice a poiu' tâche de maintenir dans l'univers le droit de chaque étie, avant tout celui de Dieu même, en' bénissant l'être

oi'd LA jrSTIFICATION l'AK l.A FOI

((iii i(js|)L'cl(' l'oi-dre, on répiimanl par un cliàlinienl celui qui le viole, (lel alliihul appartient à l'essence de Dieu, qui est l'airiour absolu du bien, la sainteti' Œs. VI, o : » Saint, Saint, Saint...»). Et le Inen, c'est l'ordre, la relation nornriale enlr^ tous les êtres libres. La justice es\ donc une virtualité éternelleiuenl latente dans la sainteté ; elle passe à l'étal aclil' avec l'apparition de la créature lihre. (Jar du fait de la liberté découle la j>ussifnlih' du désordre. Et en face du désordie, le seul moyen pour Dieu de maintenir l'ordre sans supprimer la liberté, c'est le chàliment. Le cliàtiment est l'ordre dans le désordre. C'est le désordre du pécbé rendu sensible, comme tel, à la conscience du pécheur, par le moyen de la souffrance, .\insi s'explique la notion de \iï juatice de Dieu, si souvent proclamée dans l'Eci-iture (.lean XVII, 25; :2 Thess. 1,5; ^1 Tim. IV, 8; Apoc. .\V1, .5; XIX. -2. H), etc.; et .surtout llom. 11, .5('tsuiv., oîi l'on voit la ^^'./.a'.v/.p'.cia. le /(/.v/f juijemeni, répartii* entre les hommes la roliTe et la Irihulalion (v. 8. 0), la (iloiir et la pnix (v. 7. 10k — (le sens de l'expression justice de Dieu dans notre passade répond seul au contexte et particulièrement aux paroles suivanl(;s : /' cause de lu lolrrunce exercée à l'ëf/ard des prclies précédents.

Dieu avait déclaré ((ue la mori est le châtiment dû au péché ((jeu. Il, 17). Oi', depuis iOOO ans, le spectacle oll'erl par riiumaiiitt'' à Imil ruiH\(Ms moral (coiiqi. 1 Cor. IV, 0) semblait contrediie cette menace. V l'exception de (pielques i^rands exeuq)les de châtiment, la juslici- divine seuddait dormir: plusiinirs se demandaient même si elle existait. On péchait ici-bas, et pourlaiil l'on vivait. On péchait encore, et Ton ai rivait imi paix à la blanche \i.'illesse !... Où (''lait donc le siduire du pec/ie:' C'est cette impuiute relalive (pii a rendu nécessaire, dans la plénitude

CHAI'. III. •!:>. •>v:>

(les leiiips, iiiiL' sdlciinclle iii.iiiircsi.itioii di' I.i justice. — l'ii «^l'aiid Moiiil)re (rinlei[»r(H(!s oui l'aussc le sens de ce passa<'e, en donnant au mol -apeTi:, (|ue nous avons traduit par lolrrcntiv, le sens de purdoii (Oriijèiir, lAither, dalriii, Cdior, voir aussi la Irad. de (ieuève de ir)57, <•( à sa suite Oslervald, Hcuss lui-même : « en laissant passer par son pardon..,»). Ils ont confondu le mot TapsGiç, de 77api£vy.'., ynvIcttuiHerc, laisser passer, avec àcperriç, d'àcptevai, rciiufli'ic, relâcher, libérer, pardonner. Ce second suhst. désigne le pardon (Luc I, 77 ; Act. X, 43; Epli. 1,7; IJébi". IX, 42, etc.); le jtremier, uniquement la tolérance, l'acte de fermer les yeux sur la faute ('jrspif^eiv Act. XVll, 30) . Ce sens de rapiévai ressort clairement des deux passages suivants ; Sir. XXIII, 2: «de peur que les manquements ne restent impunis (y/Àj rapuovTai Ta àaapT-/;aaTa), » et Xénoplion, IlijijKirc/t. VII, 10 : « H ne faut pas laisser passer impunis de tels manquements (xà oùv ToiaOra à[;.ap- T-z-aara où /p>, Trapiivai ày.rjloia-y.). )) Il est remarquable que dans ces deux paroles le péché est désigné par le même mot à[7,3tpTru.a que Paul emploie dans notre passage : le péché sous forme de faute positive, le moiumoneul. Le vrai sens du mot TrapsGi; a été reconnu par Théodoret, Grotim, BeiK/el ; il l'est à peu près universellement aujourd'hui (Tlioluck, Olshaiisen, Mt'i/er, Friizsche, fiiickcrt, de Wetle, Pltilippi, Lipsius, etc.)'. La prépos. ^^ta jH'ut ainsi l'ecevoir son vrai sens (avec l'accus.) : à an(se de, tandis qu'en donnant à TrapsTi: le sens de pardun, on est forcé de lui donner le sens de par qu'elle n'a qu'avec le rég. au génitif: « manifestation de sa justice par le pardon des

' Morison (p. 323 rappelle iétrange malentendu de Clii-ysoslome. reproduit par Œcuménius!, Théophylacte, Ptiolius, d'après lequel -aoca;; (proprement : relâchement des muscles désignerait ici la paralysie, la mort spirituelle du pécheur. De là est probablement pro- \eniie la leçon TToipoja;; Ms. 46).

.")(>i I.A .IL'SÏIKICATION l'AH LA I (JI

péchés. )) — L'idée du p.'jssatio csl celle ci : Dieu a juiié nécessaire, en raison de Tiiiipunilé dont jouissait depuis lon«(lemps celle Ininianilé pécheresse qui s'agitait sur la terre, d»; nianile.-lt'r eiilin sa justice par un acte éclatant; et il l'a l'ait en réalisant dans la mort de Jésus le supplice (pi'aurail mérité de suhir chacun de ces pécheurs. — liil.sr/il qui, en laison de sa théorie sur la justice de Dieu (voii" à 1, IS), ne p(Ui\ail accej»t<'r ce sens-, a iniagin»' dl, p. 217 et suiv.) d'upijoscr la luU'iaitœ (TAzin^z) , non à la jiunilkm méritée par l'homme, mais au jiurdtni que Dieu lui a linaleuK^nl accordé. Jusqu'à Jésus-IlhrisI, Dieu avait sculciiinil ou siuiplviin'iil MX' (le patience sans pardonrifi' ; mais en Christ, la justice de Dieu (sa fidélité à sauver ses élus) a progressé jusqu'au pardon véritahle. .Mais ce scn- IciiK-nl, qui serait nécessaiie pour indiquer la gradation de la tolérance au pardon, où est-il (Ge^s)'/ Et l'opposé de rinqnuiilé n'csl pas le pardon, mais le châtiment (11, i et 5); conip. le |)assage parallèle au nôtre, Act. XVll, oO. 81 : « Dieu ayant fernu' Ir.s yeux .sur les temps d't<jnuianee invite maintenant les hommes à se repentir, purée ijiCW a étaldi un jour aii<ini'l il doit jinirr le monde neecjustue. v Eulin, comment Paid j)ourrait-il dire que le pardon linal a lieu à cause de la longue inqninité jirécédente? Cette idée ne nous paraît pas logiquement justiliahle. Oltnimuie cherche à tourner la chose de cette manière : La simple pali(Mice de Dieu n'ayant pas produit la repentance. Dieu a recouru à un autre moyeu : la justilicalion par la loi. Mais où est-il dit que, pour vaincre rinq)énilence. Dieu ait passi' de riiiipunitt- au pardon ? Kl les derniers mots : ic pour être juste et ju>liliant...,)> ne poseraient-ils pas comme hut ce qui aurait été donné comme moyen ?

Plusieurs intcrpièles ((!(thn\ p. ex.) rapportent l'exprc>^ion de iiimuiuenienls jnceèileuls, non aux péchés di'

cil A p. III, '25, .'^65

rhumanito en <>énéral avanl la venue de ChiisI, mais à ceux (le chtKjnc croyaiil avant sa conversion. .Mais le contraste : (Iniis le Icinjis ])irscut (au v. i(l), ik; penne! pas ce sens loul individuel. L'époque de la justice est opposée à l'ère de la toltraiice. f'/r///))/)/ restreint les «manquements précédents» à ceux du peuple juil'; comj). Iléhr. IX, 15: «les transgressions commises ."îof/.v l(t jDriiiihc (illiaurc. » Mais cette application restreinte, qui résulte naturellemcul du but particulier de l'épitre aux Hébreux, ne l'ail point loi pour l'épitre aux Romains. Nous ne pouvons pas davantage accepter l'opinion de Bèze, Coarhis, Morison, qui appliquent d'une manière plus restreinte encore le terme de ma nqucmeiils précédents aux péchés des /idHcs (\e l'ancienne alliance auxquels Dieu pardonnait déjà dans la prévision du sacrifice de Christ. L'art. tÔjv (« les manquements») ne permet pas cette restriction que rien du reste n'appelle dans le contexte. Le sacrifice du Christ ne saurait être expliqué ici par un but si spécial.

Oue si l'on demande pourquoi saint Paul ne donne pour raison de ce sacrifice que les péchés passés de l'humanité, et non aussi ses péchés à venir, la réponse est celle-ci : Une fois que la justice de Dieu a été démontrée dans le sacrifice de la croix, elle l'est pour tous les temps; cette démonstration demeure. Rien ne peut plus l'elïacer de l'histoire du monde, ni de la conscience de riiumaiiité. L'illusion n'est plus possible : tout péché sera pardonné par la foi à l'expiation — ou jugé!

Envisagé au point de vue exposé ici par l'apôtre, la mort de Jésus est, dans l'histoire de l'humanité, le point lumineux auquel répond, dans la vie d'un pécheur, ce moment de parfaite lucidité où, sa conscience étant associée à la pensée de Dieu sur le péché, il se juge luimême comme Dieu le juge. La démonstration de justice

:\{)i'> LA .II'STIIICATION PAR I.A FOI

(loniiro ;tu monde par la croix tlit (llirist, au terme de la Idii^iic ('conomie du jifc/ié lolctr, a posé, avec la possihilili' dii itaidoii, If principe du lenouvellemenl radical de riiumanilé.

V. 20. Les premiers mots de ce v. ont été rapportés par plusieurs au partie. TGoye-'ovoTc-jv : « qui ont été cuntmis auparavant pendant la patience de Dieu, c Mais l'idée exprimée par ce participe est secondaire et ne seit qu'à compléter la notion principale qui est celle de la tolérance (TrapsGi;) exercée pai" Dieu. C'est donc plutôt sur ce substantif qu'il laut faire porter le régime ev àvoy?. : « la tolérance exercée clin uni lu patience de Dieu. » L'art. n'était point ici nécessaire, car la notion verbale du mot TTapeciç permet d'y rattaclier directement le régime. Un j)eut s'étonner de rencontrer le complément fteoO, de Dieu, dans une phrase dont Dieu lui-même est le sujet; il semble cju'il faudrait le pron. aO-roO, sa tolérance; mais, comme le dit finement Matthias, ce tnot de Dieu est répété pour opposer à l'homme qui pèche le Dieu qui patiente ; comp. 1 Cor. 1,8 (le gén. 'ircjoO XpicToO), Meyer et Weiss donnent à la prép. i-^ un sens logique : « la tolérance qui reposait sur la patience » ; mais l'antithèse suivante : dans le temps présent, réclame le sens temporel de ce régime. — Ici se termine la première indication du but que Dieu s'est proposé dans le déci'et rédempteur. Mais l'apôtre a (Micore de nouvelles déterminations à ajouter pour délinii' entièrement ce but, et c'est aliu de pouvoir le faire sans charger trop la [)hrase «pi'il répète If régime pour la ttènionstratioii, en y raltachani les notions importantes (ju'il lui reste à faire ressoilir. 1! a fxposé le but de cette manifestation de justice })ai' lappoil au passé (les péchés restés impunis] ; il le développf maintenant quant au moniful prt'SfUl fl à Tavfuir. DifU avait à coneilif r df ii\ Ui'-

CHAI'. III, -iS-'iG. .{(i/

C(.'ssil(''s s.iinles : co qiir! i(''clain;iit su justice et ce que voulait ()|)(''r('r sa ^ràcc. Ia' it'j,. xpo; â'vi^siav esl donc la l'épéliliou (lu £Î; âV^eiçiv |»récé(Jent (v. 45). Seulement la démoiislidlioH qui apparaissait comme l»ut au v. !^5, devient, au V. 46, moyen en vue d'un but plus éloigné, qui est énoncé dans les derniers mots du v. : «pour qu'il soit juste et justifiant. » Voilà la raison pour laquelle l'apôtre substitue ici à la prép. si? du v. 45 la prép. -po;. Celle-ci se rapporte au but |)rocbain, en opposition au but plus éloigné auquel est réservé le ei;; comp. Epb. IV, 14 où le rpo; et le £i; sont employés comme nous les trouvons ici. Meyer, Weiss et d'autres prétendent que ce cbangement de préposition est une simple affaire de style; ils citent en exemples Epb. I, 7; Gai. Il, 16. .Mais ces passages ne prouvent quoi que ce soit. Rien n'est accidentel dans le style d'un homme tel que Paul. Jamais joailler ne cisela ses diamants avec plus de soin que l'apôtre l'expression de sa pensée. — 11 ajoute ici l'art, tt,;, la, devant le subst. ^ix.aioG'jvYi;, justice, au moins d'après les documents alex. et quelques Mss. des deux autres familles. La raison en est qu'au v. 45 la notion de justice était employée dans le sens abstrait : a en démonstration de jnstire, » tandis qu'au v. 46 cette notion apparaît comme déjà connue et en quelque sorte concrète. — Les mots : dans le temps présent, font ressortir toute la solennité de ce moment actuel qui avait été fixé à l'avance comme le terme attendu de cette longue impunité accordée au pécbé humain. Comp. ce qui est dit Act. XVll, 30 de la patience de Dieu envers les païens et Hébr. IX, 46 de son long support envers les Juifs.

L'apôtre conclut en indiquant le but définitif We la démonstration de justice donnée dans la mort de Jésus : Dieu a voulu être à la fois juste et justifiant. C'était un

M\X LA .irSTlIFflATlON PAH F.A FOI

Lirand pi-ohlriiH', un itrohlciiie di^inf' de la saticsso divine, (jiio celui que l'IioiMine avait posé à Dieu en tomhani dans Ic péché. Si Dieu punissait simplcnienl le pécheur, où élail sa grâce? 11 éhni juste, mais non jiislifimit. Si, au contraire, il se bornait à le gracier, où était sa justice? \[ c\n\l jusli/iiml, niais non pas j^^s/c. Ou'a-l-il fait? lia présenté à la loi de l'Iioinnie pécheur un objet propre à satisfaire en même temps sa grâce et sa justice. Il a manilcsté dans un lait éclatant son dioit vis-à-vis du pécheur; mais il l'a l'ait de telle sorte que le pécheur croyant trouve dans cette manifestation^ non sa mort, mais son pardon.

Beaucoup d'interprètes donnent au verbe t'ire dans celte expression : « pour qu'il soit juste o, un sens purement logique : (.( poui" qu'il soit reconnu tel. » Mais celte explicati(m n'est pas plus vraie ici que III, A l'explication semblable du mol yivs^jOai, dcrour. Le leime l'tie juste se rajiporte à la manière d'agir de Dieu : « pour qu'il soil juste dans sa conduite aussi bien qu'il l'est dans son essence.)) — Le mol JHsti/iaut aurait pu, semble-l-il, être remplacé par celui de miséricordieux ou de pardonnant. Mais Paul veut dire que la grâce elle-même a agi sous la forme de la justice. Comment cela? Il l'explique par les mots suivants : celui qui est de la foi en Jésus. Le pécheur croyant adhère à la démonstration de justice consommée en Jésus; il s'applique cet hommage douloureux et sanglant lendu eu la personne du ('hrisl au droit dt^ Dieu sui' le pécheur. L'œuvre de Jésus devient pai' là moralement la sienne. Si donc, après cela, Dieu la lui impute, c'est justement : il se l'est réellenient Mp|>ropri(''e. — Tour l'exiiression elvai £/., être de, couqt. il, 8 et (lai. III. 7 el Id. Klle exprime énei'giquement le mode d'existence du ( royant ipii tire tout désormais de sa foi en Jésus. Trois .M[j. lisent l'accus. 'ir'îoOv au lien du gt'U. 'l/'^oO. Cet accus, ne pour-

rail r[\o que rnl)j(3l «le (^ty.aiouvTa : ^( justifiant Jésus pat' la loi. i> ('-elle leçon est naturelleiiient iiiadinissible; elle pi'ovient prohableinent de ce qu'on a lu IX pour IV (forme abrégée sous laquelle était écrit ce nom dans les anciens Mss.). Ce mot 'ir.GoO est retrancln' par Mi'ijcr, OUramare et d'autres d'apiés KG; mais ces deux Mss. du IX*î siècle ne sont pas une y,arantie suffisante en face de tous les autres documents. Ils peuvent avoir omis ce mot par négli- "♦■nce. Uien ne termine mieux ce morceau que le nom du personnage historique à l'amour indicible duqu(3l l'humanité doit le suprême bieidail du salut.

L'expiation d'après saint Paul.

M. Vinet a écrit on 1814 ces paroles : « Je ne puis croire à la substitution*.» Ailleurs il dit: «La translation de la coulpe est décidément contredite par nos notions morales.- )• Ce jugement de l'énnnenf penseur chrétien ne peut être considéré que comme un fait grave, d'autant plus qu'il est partagé à cette heure par un grand nombre de croyants sérieux.

La conscience contemporaine paraît se heurter surtout aux deux difficultés suivantes ; 1° Intliger à l'innocent la peine due au coupable est une injustice; or, comment une injustice seraitelle le moyen propre à satisfaire la suprême justice? S** Si même cette manière de faire pouvait être considérée comme léizitime. comment, après cela, le juirement final serait-il encore possible ? Dieu ne saurait réclamer une s.conde fois le paiement d'une dette déjà acquittée.

Mais n'y a-t-il point une manière de comprendre la substitution qui soit à l'abri de telles objections? Et dans le passage, pour ainsi dire classique, que nous venons d'étudier, l'apôtre lui-même ne nous met-il pas sur la voie d'une conception de ce

' Lettres, l. II, p. 2.o2.

« Ibid., p. 408.

fait sensiblement dilTérente de celle <\u\ répugnait si f<»rt m la conscience de M, Vinet?

Expier, c'est soufïrir pour une faute ((•mmise, de telle sorte (jue Dieu puisse la pardonner. Nous ne pouvons pénétrer dans le for intime de lètre divin. Nous ne pouvons donc détermim^r a ra\ance les conditions du [lardoii. ni ce que devra être la >ouffrance capable de nous le piocurer. Mais ce dont nous pouvons être certains, par la connaissance (|ue nous a\ons du caractère divin, c'est que Dieu n'accordera jamais à I homme d autre pardon que celui qui est propre à le relever, non à le dégrader. Et pour cela le pardon di\ in sern inséparablement lié à uu acte de la conscience humaine condamnant le pt'ché dune sentence aussi sévère que celle dont Dieu le condamne lui-même. En effet, tout pardon accordé à l'homme dans d'autres conditions morales consoliderait le péché et accroîtrait la (N'clK-nnce. au lieu ri en préparer le terme.

Quelle sera donc la vraie souffrance expiatoire sur le londement de la(|uelle Dieu consi-ntira à pardomier'!* Celle-là seule qui remettra la conscience du pécheur à I unisson de la sainteté divine, tellement que la sentence cjue I homme portera sur le péché, ne dillère en rien de celle que la sainteté divine prononce sur cet acte.

Mais la conscience du pécheur est oblitérée, relativement paralvsée. Pouri|u'elle puisse fonctionner a\ec cette saiute énergie, il faut (|ue sa lucidité et sa sensibilité oriiiinaires lui soii'iit rendues. Il faut donc une révélation nouvelle de la sainteté divine: et cette révélation ne peut consister que dans une souffrance qui mette distinctement sous les yeux du [U'cheur le châtiment que Dieu serait en droit île lui inlliiier. cette mort immédiate et sanijlante. cette malédiction sainte (|ue provoque justement tout péché volontaire et personnel, tout acte de révolte de la créature contre le Créateur.

irest là la révélation que Dieu, après des siècles de >iMiple tolérance envers le péclié. a donnée au monde, une fois [)our iDutejs |)ar la croix de Jésus-Christ. Saint Paul appelle cette mort toir di'Dionstratiiyn dr jiistirr. Elle i/rhiiDitre en effet, elle atteste, elle constate aux yeux de l'homme pécheur le supplice (|ue la justice divine était en droit de lui inllii;er. de telle sorte (|U à cette vue chaciue pécheur dctit se dire : t Voila le Iraite.nent (|ui

CHAI*, m, ^it;. 371

correspond ii tna laute! V^oilà I ahîtiic où j ai incrité ilc descendre. ■>

Mais pour atteindre pleinenient son hut, cette démonstration ne doit pas être purement passive de la part de celui en qui elle est donnée. Celui-ci doit y prendre part et la consommer activenjent. Le médiateur en la soudrance duquel Dieu atteste aux yeux de tous son droit sur les pécheurs, doit acquiescer lui-même à ce droit redoutable et le subir avec une soumission filiale et un abandon plein de douceur à la volonté di\ine. Autrement sa soutlrance ne serait pas un réel hommai^e à la justice dont il est appelé à porter le poids. S'identifiant donc avec les hommes et avec leur péché dont son supplice dévoile le caractère criminel, il accepte d'être traité comme chacun d'eux mériterait de l'être.

Ce tï'est pas tout. L'hommage que cette conscience normale rend au droit de Dieu, au sein même de la plus affreuse souffrance, doit encore trouxer un écho dans la conscience des pécheurs en présence et en faveur de qui souffre le médiateur. Comme celui-ci, ouvrant en plein sa conscience à la lumière de Dieu, proclame de concert avec la sainteté divine la condamnation absolue du péché et la justice de la malédiction dont Dieu a le droit de frapper le pécheur, ainsi la conscience du pécheur, s'identifiant à son tour avec celle du médiateur, doit s'approprier cette sentence et en se l'appliquant reproduire cet hommage rendu au droit de la justice divine.

D'un côté donc Dieu, dans l'intérêt moral du pécheur, ou, ce qui revient au même, dans celui de sa propre sainteté, ne peut renoncer à exercer son droit de punir, pour pardonner, qu'à la condition de voir ce droit pleinement reconnu par le pécheur^ Et de l'autre, il ne peut obtenir cette reconnaissance qu'en faisant éclater ce droit aux yeux des pécheurs dans un être dont l'adhésion entraîne celle des coupables.

L'acte expiatoire est donc plus complexe qu'on ne le suppose quand on le définit : la mort de l'innocent en lieu et place du coupable. II faut joindre à cette mort la reconnaissance du droit de Dieu de la part du médiateur, puis la reconnaissance de ce droit par les pécheurs, renfermée dans la première. C'est ce que saint Paul veut exprimer quand il dit : « Jésus-Christ que Dieu avait établi victime propitiatoire joar la foi en son sang. » L'expiation objective, accomplie dans la souffrance à la fois pas-

372 LA JUSTIFICATION l'.\|{ LA Idl

sive et active fie Jésus-Christ, iif (Irvifiit cflitMic et n'cllcinrnt \)vi)\)\{\i\U)\vv (\uo. jjar fa foi du pf'chour (]ui (Mi fait ui()r;ilcrn«'iit la sienne, en y reconnaissnnt la peine r|u il aurait dû sut»ir luimême. Voilà pourquoi (n foi est entrée déjà comme élément intéLjrant dans le décret éternel de la ré(|efn[)tioti. La satisfaction oderte à la justice divine par le sacrifice fie Christ ne consiste donc pas dans la mort seulement, mais dans la mort unie aux deux faits moraux (jui raccom[)a|j;nent et dont l'un s'accomplit dans la conscience tlu médiateur, une avec la sainteté di\ iup. l'autre dans la conscience du crovaiit. unie ;i la conscicnci' du médiateur.

L'expiation ainsi comprise échap[)e. nous p;uaîf-il. a la [)remière des deux difficultés que nous avons indiquées, l^a suh>.litutioti n'est pas un dédommagement payé à Dieu par l'iimocent en faveur des coupables, pour l'eniiager à se désister de son droit de punir. C'est la manifestation par Dieu lui-n)ème aux coupables fie son droit de pimir, afin que. de concert avec le miMliateur, ils reconnaissent ce (iroit. Kn ell'et, accordé dans de telles conditions, le pardon peut devenir la base du relè\ement du pécheur et renfermer la garantie de la fin du [)éché. Ft c'est là le seul pardon digne à la fois du Dieu saint et de riiomine créé à son image et pour s;i ress(>mblance.

Ce mode de substitution est aussi exem|)t d inju>tice (jue tous les autres faits dans lesquels nous voyons Dieu appeler un de ses serviteurs à souffrir et même à mourir pour la manifestation de l'un de ses attributs, seulement avec cette double dilTerence . 1 ' que dans ce cas la manifestation s'opère, non par la parole ou [)ar un miracle ou une onivre quelcf)nque, mais, comme dans le fait du serpent d'airain (Nf)mb. XXI) ou dans les deux visions de Zacliarie relativf^s à .lébosuah (eh. 111 et \\). sous la forme S[)éciale d'une substitution; et i'^ (lue celte substitution n'a pas lieu seulement sous forme symbf)lique — connue dans le cas du serpent d'airain — ou en visifui et l\pi(|iiemeiit — comme lorsque le grand-prétre devient la personnification du peuple souillé et nettoyé (Zacli. III), ou (]ue. royaienuMit couromié. il repr(''senle le Messie sacrificateur et roi (eh. \ 1 1. — mais sous la forme d'un fait apiiartenant à la réalif(' liistorique la plus poi^îiiante. Il n'\ aurait la une inju>tice (]ue dans le cas où cène serait p;is lilirenii-nl que I aL^enf (li\ iii se Nouerait .i cette ini^>i(tn.

GIIAI». III. 20. 378

L'oxpiiiti(»n ainsi comijrisc ii Cst pas non plus en ronfradiction avec le fait (In jiim'incnt final. Bien au contraire, c'est elle <jui rend ce juiienient moralement possible en le faisant pressentir au monde pccheur. C.ela résulte déjà des paroles de l'afiùlre luimême. Il molive, en ell'et, la nécessité de la démonstifition de justice donnée dans l'acte d'expiatoire par l'impunité accordée au péché de l'homme durant les siècles précédents. L'acte d'expiation, dit-il, a eu pour l)ut de déchirer le voile que cette longue im[)unité avait jelé sur la justice de Dieu et défaire éclater au lirand jour la réalité de cette perfection ilivine. Et pour(|uoi donc la rappeler aux pécheurs, si ce n'est pour leur faire comprendre ce qu'est Dieu et (juel est le terme auquel aboutira infailliblement l'histoire du monde :' « Si ces choses ont été faites au bois vert, disait Jésus, que sera-t-il fait au bois sec? » La croix est le ijaiie du jui;ement, l'avertissement, donné au pécheur inqjénitent, de ce qui l'attend. Sans elle, le juiienient serait pour le monde une surprise. Quiconque refii.se de chercher dans la mort de C.hristsson pardon, doit y voir le prélude de son jugement.

Cette manière de comprendre lexpiation me paraît entièrement conforme au vrai sens des sacrifices pour le péché et pour le délit dans l'ancienne alliance. D'après Lévit. lY. i4. 29. 33 et Nomb. V, 7. l'Israélite coupable d'une infraction à la loi amenait la victime devant l'autel des holocaustes. Là, d'après les premiers de ces passages, il posait sa main sur sa tête ; d'après les derniers, il confessait le péché connni.s. Le passage Lévit. XVI, il réunit ces deux actes. L'imposition des mains est dans toute l'Ecriture un symbole de transmission, au moyen duquel celui qui l'opère constitue celui qui le reçoit son substitut, sous le rapport spéc-ial dont il s'agit. Lors donc que, après cela, l'Israélite frappait lui-même la victime du coup mortel, il devait se dire, en voyant son sang couler à flots et l'animal expirer : Ce trépas sanglant, en réalité, c'est le mien : ce sang, n'e^t-ce pas en lieu et place du mien, qu'il coule? — Et que voulait donc l'Eternel par cette lugubre cérémonie? Se faire payer un dédommagement pour la non-exécution de la peine sur le vrai coupable ' Qui peut le penser? Il voulait éclairer la conscience du violateur de la loi sur le droit de mort qu'il possédait à son égard et réveiller ainsi, par la vue du supplice qu'il avait encouru, le sentiment de la gravité de la faute conitnise. Il voulait lui faire

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