‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 43 sur 55 · Î74 LA .IISTIFICATION F'AF< LA K(J · texte numérisé non relu

Î74 LA .IISTIFICATION F'AF< LA K(J

{■ompreiifln' (|Ul' le prchô aboutit à la mort, a celle de la victime, en cas de pardon, à celle du pckheur. si le pardon n'intervient pas. Sans cet acte constatant le droit divin et maintenant vi\ ant. dans le fait môme du pardon, le sentiment de la justice, le pardon tournerait à la ruine morale du pécheur, en d'autres termes, serait impossible de la part dun Dieu saint (Fs. XWl, 10). Ainsi s'expli(iue naturellement ce principe L'énéral pos»"* par l'écrivain du Nouveau Testament qui s'est le plus occupé de la relation entre les sacrifices de l'ancienne alliance et celui de Christ : « Sans effusion de sang, il ne se fait pas de n'inissi' n de péché » (Hébr. IX, i2) ; sans constatation par une mort >arii^lante de la mort satiiilante(|u'a méritée le pécheur, il n'y a pasde pardon saitit, par conséquent, pas de pardon du tout. Ce principe explique et les sacrifices imparfaits et multipliés de lancienne alliance et le sacrifice parfait et uni(|ue de la nouvelle.

Quelqu'un objectera peut-être la notion de droit (|ui s'attache encore à cette conception. Aucun élément juridique ne saurait, dira-ton, trouver place dans la relation, de nature purement morale, entre l'homine et le Dieu de TF.vangile. — Sans doute, l'élément du droit appartient à un domaine inférieur à Tordre parfait de l'amour. Mais il n'en a pas moins son rôle dans l'éducation des êtres moraux, rôle temporaire, mais indispensable aussi longtemps que le développement de l'être libre n'est pas a son terme et (jue sa liberté ne s est pas transformée en sainteté. Le droit est apparu avec la créature libre, parce qu'un tel être peut à cha(|ue instant sortir de sa position et envahir celle dautrui. Il doit donc pouvoir être ramené énergiquement a sa place légitim(>. Le droit est le principe prolecteur qui apparaît dans ce but comme la sauveizarde de la liberté dautrui. et la justice en Dieu est le bras (jui fait [)asser ce piiiicipe abstrait dans la réalité de l'histoire. Sinon, il ne resterait plus bientôt (|u"a supprimer la liberté, ou à laisser l'uniNcrs se transformer et) un t haos et chatjue être libre en un Titan. Si donc le droit e^l un élément indispensable de Tlii>toire. une fois la liberté admise, comment n'aurait-il j)as sa place dans le fait t|iii forme le centre de l'histoire *

( H)jectera-t-<»n enlin (juc Te\|)iation ainsi comprise n a plus qu'une valeur subjective. puis(|ut> ce n'est pas en Dieu, mais dans les besoins de la conscience humaine ijue nous en trouvons la

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raison '.* Mais lo droit de punir auquel l'expiation doit rendre un si éclatant lioniinai^e, n'est-il pas un élément divin, et la justire un attrihui (!<• Dieu que Dieu révèle aujourd'iuii en un un seul pour n'avoir pas l)esoin de l'exercer sur tous, ruais qu'il exercera lrès-réelleu)ent un jour sur tous ceux qui n'auront pas voulu y rendre honimaîze en adhérant à sa manifestation dans le sacrifice du Christ?

Naturellement l'Ecriture sainte ne distingue pas expressément entre les deux modes de suhstitufion rpje nous venons de comparer. Elle se contente d'affirnier clairctnent le fait, sans en donner l'explication, (juant au lait, son teinoignage est positif, unanime. Jésus, les prophètes, les apôtres l'attestent tousdutie voix. ()n peut comparer surtout les passages suivants : Es. LUI. M>; Matth. XX. llH: XXVl. i8 , ^1 Cor. Y. ii : (ial. III. 13; 1 Tim. II. 0: Hébr. iX, 'ii; 1 Pierre III, 18: 1 Jean II. 2: Apoc. I, 6. L'apôtre Paul est le seul qui, dans notre passage, ait tracé les linéaments dune conception rationnelle de ce fait central de l'Evangile.

En face de cette ex[)licatioii apostolique dont la beauté et la convenance morale nous paraissent incontestables, nous ne pouvons nous ranger à aucune des théories actuellement eu cours.

Celle qui ne voit dans la mort de Christ qu un acte de souffrance volontaire n'ayant d'autre but que de prouver à l'homme pécheur combien -il est encore aisné de Dieu, échoue déjà contre cette expression de l'apôtre: n déiiioiiatration de justice, » non pas seulement d'amour. Et n'est-ce pas à bon droit qu'un des penseurs les plus originaux de notre époque a énoncé cet axiome : « Le dévouement pour le dévouement qui ne veut que se prouver lui-même, n'est pas le véritable^. »

Il existe une autre théorie qui, sous diverses formes, possède en France et en .Vllemagne un grand nombre de représentants distingués. La mort sanglante du Christ ne serait que le plus haut point de son obéissance. Elle nous réconcilierait avec Dieu en rallumant dans nos cœurs le flambeau de l'obéissance, en nous entraînant dans labîme de la mort à nous-mêmes et au péché, et en nous élevant au ciel de la vie pour Dieu et pour le bien. Nulle

' Ch. Secret an.

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relation avec une justice à satisfiiin.'. avec un droit de I)ieii a exercer et à reconnaître.

Mais coMinicnt d;uis ce cas ,l('sus et lc> a|)('ities d'uitu'raifiit-ils à la mort, au snuii. une place si s[)(''cial(' dau> IVeuvre rédfrriptrice'.' (lonniK-nt Paul irait-il ius()u'a o|)[)osei- I eflicacitc de la rnori à celle de la \ i(; : lioui. \ . 1), 10 ; c Ayant été réconciliés par sa niorl. à bien |)lus Ibrte raison seion^-nous sauvés par sa vie. » Nous pensons que ce qui a cofiduit tant d excellents esprits à cette conception insuffisiinte, e\éiiéti(|ueni('nt et même moralement parlant, c'est tout simplement le désir d'échapper aux difficultés rationnelles et morales de la conception ordinaiii' avec laquelle Vinet se sentait forcé de r(jnipre.

Nous avons lu tout récennnent avec surprise le.^ découM-rles de M. Méneiioz'. Il a constaté le premier (|ue saint Paul était monistc, n'admettant en l'homme (ju'une seule sulistance: par conséquent cotirlitionaliste. voyant dans la mort dont Dieu menace le pécheur l'arjéantissement complet et ne rai>ant découler l'itnmorlalite des fidèles (]ue de leur réueiiératinn spirituelle. De là. il résulte que Paul, en enseiimant la >ulistiluli<tn dans le sens ordinaire, c est-à-dire connue la st)un'rance de l'ninocent pour les coupables, a connnis un irr-ossier paraloiiisme. Car à ce point de vue, il devait poser coninie équivalent île la peine des hommes pécheurs, non la mort du Clirist. mais son aui'antisseuient. Et c'est ainsi que cet apofre. d'une loi;i(|ue si puissante pourtant, a traîné toute sa vie au centre -même de sa pensée relijïieuse et de son système {k\i:mati(|ue (uie contradiction flaizrante dont il ne s'est jamais douté. Pauvre Paul ! Pauvre Eiilise chrétienne! Pauvre théoloizie patristique. scolastique. protestante, soit réfortnée. s(>it luthérienne! Nul n'a découNt-it la contradiction... jus(|uàce qu'enfin la lumière >»>st laite! — Nous ne demanderons pas à 1\J. Ménejzo/ ce (|ue devient à ce compti»là l'inspiration a|)osloli(|ue, — ce serait assurément prt»v(M]uer son s >urire. — mais il >era permis de lui dentander où e>t reste le hon se:is de l'apôfrequi •» a\ail appli(|ue toute la puissance de son ij;énie à trouver l'explication du sup|)lice île Christ » (p. t\S)\ et qui. «croyant son syllojiisme invulnérable» ip.^'iilt. y a loize une contradiction clxxpiante.

' Ac ih'rhc et la rt'demption d'après saint Paul.

CHAI'. 111. ^n\-'-2i. .177

Nous avons tenté d'élucidcM* la pensée scripturjiiic rclativeiiietit au fait (le la substitution. Nous nOuhlions pns (|ue ce n'est ici (|u'un essai. Le Seit;nenr a dit avec angoisse à (letliséinané. à la vue du décret prêta s'exécuter en sa personne: «Père, toutes choses fe sont possibles ! » (Marc XIV, 'M).) Un voile couvrait donc en ce moment pour son regard la nécessité de ce mode de salut. Il \ a là de (|uoi nous commander la modération dans notre désir de connaître et la réserve dans notre prélention de comprendre. Jésus dut à ce moment marcher par la foi. Nous [)laindroiisnous de ne pouNoir recevoir le don (li\in (ju'cii faisant acte de foi-?'

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