‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 45 sur 55 · L.V .IL'SÏIFICATION PAR LA · texte numérisé non relu

L.V .IL'SÏIFICATION PAR LA

qui a été démontré jusqu'ici relativement à l'accord entre la loi et la foi. Le ch. IV sera la seconde partie de celte (léiiionsliation, se rattachant, comme conséquence naturelle, à la première. — La vraie leçon est probablement Irr-ravoaev ; c'est la forme la plus ancienne, que l'on aura remplacée par la forme postérieure i'7tw[jl£v. Ce verbe sii-nifie, non conserver, maintenir, mais faire tenir debout, établir. C'est ce que Paul fait à l'égard de la loi; il Vi'tnhlil comme tout à nouveau par la justice de la foi, qui s'accorde aussi bien avec la condamnation universelle, conséquence de la loi, qu'avec le monothéisme qui en est la base.

Xe MOHCLAL' (IV. I--J01.

La foi, principe de la ju^ti/icalion (l'Abiii/unn.

Abraham était pour les Juifs l'incarnation du salut; son exemple était donc un point capital dans la solution de bi question traitée. Cette conviction était aussi celle tle Paul. Le patriarche avait-il été juslilié par la foi et par la loi seule, sa thèse était démontrée. L'avait-il été par quelque 03uvre propre ajoutée à sa foi, c'en était fait de la doctrine de Paul. Après avoir déclaré 111, '21, que la loi et les prophètes rendent témoiijniK/r à lu justice de lu foi. il était tenu de le prouvei' en montrant |iai' TLc rilurr que cette justice avait été celle du père de tous les justihés.

Dans la piemière partie de ce chapitre, v. 1-1-2, il démontre qu'Abraham a dû sa justice à la foi et à la loi seule. Dans la seconde, v. l.i-lC», il ajoute, comme preuve à l'appui, que l'Iiérilui/e du monde, promis au |)atriarche et à sa postérité, lui a aussi été conféré indépendanum-nt de l'observation de toute loi. Dans la troisième partie, v. 17-

CHAI". III. :;i-iv, i. .IHl

d^l, il prouve que lu iiosifiili' aWt'-iwnm'. h (|iii vi-\ li(''iil;ii:(( (levait apparleiiir, ;i rlr le rniil de la loi. Ainsi : jiislin', /n''iil(t(/(\ jwsln'ilc, Abialiaiii a tout rcrii j)ar la loi. Il ne roslait plus après cela qu'à applicpici" cet ex(Mïq)le déeisir aux croynnts actuels; c'est ce ([iic lait l'apôtre dans la (piali'iènic partie du chapitre (v. ^,1-25).

Ahrahain a été iuslifié par la foi, v. 1-8, et parla loi seule, V. 9-12.

V. 1 el 2 : a Que dirons-nous donc qu'Abraham, notre premier père ', ait obtenu- selon la chair? 2 Car si Abraham a été justifié par les œuvres, il a de quoi se glorifier; mais non par rapport à Dieu. » — La ({uestion qui ouvre cette exposition est liée par donc à ce qui précède, parce que, si la justification par la loi, affirmée V. 27-81, ne se vérifiait pas dans rexem[)le d'Ahraliam, tout serait par là remis en question. Ollramare, sentant bien que ce oOv, donc, ne convient d'aucune manière au sens qu'il a donné au v. 31^ imagine d'en faire un a impulsif eh bien doHc!y> Mais il ne cite pas un exemple valable de ce sens, et l'on ne voit pas ce qui motiverait un si vigoureux appel adressé ici au lecteur. — 11 ne faut point diviser, comme plusieurs l'ont fait, ce v. en deux questions : «Que dirons-nous? Qu'Abraham aobtenu [quelque chose) selon la chair?» Car le verbe a ubieini se trouverait manquer d'objet, et il serait peu naturel d'en sousentendre un, tel que la justice ou le salut. Hofmann donne

< N A B G lisent -oo-aTopa, tandis que T. R. lit avec D E F G K L I* It. "aTcf-a.

2 nCDEFG It. Or. (Irad. lat.) placent s'jprjxsvat immédiatement après Ti £pou[i.sv, tandis que T. R. le place, avec KLP Syr., entre -aTîpa TiiJicov et y.x-(x Tapza ; B l'omet.

à ce verbe pour sujet '/iaàç, novs, sous-entendu, et pour objet Abraham. « Que dirons-nous donc? (jue nous avons obtenu Abrabam pour père selon la chair?» La construction est aussi forcée que le sens aiisuide. Les paganochrétiens obtenant Abrabam pour père selon la chair ! Oui peut comprendre cela ? La suite (v. 2) prouve que c'est d'Abraham et de son mode de justification qu'il s'agit et non point encore de sa paternil(''. Le v. 1 lonin' donc une question unique (voir la trad.). L'apôtre se demande si Abraham a obtenu par son activité propre quelque avantage relatif au salut. Dans la leçon reçue, qui repose sur les byz., les mots : notre père et selon la ihair, sont séparés par le verbe aroir ohiciui, de sorte (jue le rég. selon la chair ne peut porter sui' le subst. jirrc, mais détermine nécessairement le vei'be aroir oblenu. 11 n'en est pas ainsi dans les leçons alex. et gréco-lat. où, le verbe aroir oblenu commençant la seconde propos., le terme noire père précède immédiatement celui de selon la chair, ce qui conduit aisément à faire du second le déterminalil du premier : noire père selon la chair. Mais ce sens ne peut être le vrai ; car il ne s'agit point encore de la nature de la paternité d'Abraham, mais uniquement de la manière dont Abraham est devenu jiisie (v. 2 et 3). il est probable que la leçon a été faussée par la réminiscence de ces locutions fréquentes : père ou nijinit selon la ihair. — La chair indique ici, comme souvent, la nature humaine, dans son iscdemenl du souflle divin, laissée par eonséqueul h ses seules forces naturelles. Le sens est donc : « (jue dirons-nous qu'Abraham a obtenu par son Irarail propre/ y^ L'expression de rhair ]umiI eitmitreudti', connue le pen>r (Hiraniare, la circoncision, sceau de la t'amille élue, (pioiqu'elle soit plut(M Pieuvre «le hieu (pie celle de l'homme, la marque de l'alliance ((u'un acte méritoire. —

\jV lenno rpoTraTwp, luriHicr /irir, qui S(i lit ici clio/ les ;il('x., au lieu du simple 7:y.zr,o (dans les deux a uli'cs ramilles), esl élianger à la laii^inî ilu N. T. et des LXX; mais celle circonslance même i)aile sans doute en laveur de son aullieuticih'. [.es eo})isles n'auraient j)as substitué un terme si exceptionnel au terme ordinaire de père (v. Il, 12, 10). Paul l'a probablement employé pour taire ressortir le caractère prololi/pùiiie de tout ce qui s'est passé en la personne d'.Vbraliam. IMusicufS (Mei/cr, M'ciss, Lipsius, etc.) pensent que Paul s'exprime ainsi uniquement au nom de la poition judéo-clirctienne de l'Eglise, réservant le terme de -a-rr^p pour désit;ner la paternité spililucllo du patiiaiclie qui s'applique à tous les chrétiens. iMème s'il en était ainsi, ce dont nous doutons puisque nulle part ailleurs l'apùtre n'en at>it de cette manière, cela ne prouverait rien encore en laveur d'une majorilè judéo-chrétienne dans l'église de Rome; coirqD. I Cor. X, 1. Poui' nous, nous ne pouvons croii'e que Paul commençât de la sorte un chapitre destiné tout entier à prouver qu'Abraham est le père des païens croyants aussi bien que des Juifs croyants (comp. les déclarations catégoriques V. 12 et 10). — Le pronom notre implique-t-il, comme le prétendent Baur, Volkmur, etc., l'origine y?//t'e des chrétiens de Rome? Oui, si l'on traduisait : notre père selon la chair. Mais nous avons reconnu la fausseté de cette interprétation. 11 n'est pas même juste de dire, avec Meyer (qui admet l'origine païenne de l'église de Rome), que le pronom notre se rapporte à la minorité judéo-chrétienne de cette église. Carie sens de ce pronom est déterminé par le sujet nous de tous les verbes précédents (abolissons-, établissons, dirons); or, celui-ci se rapporte aux chrétiens en général. — Quelle est la réponse sous-entendue, qu'attendait Paul à sa question? Serait-ce, comme on le

:VM) \A .ii'STincATioN I'AI-, la l-ol

suppose sou vont : liicn du toul:' Il se trardiiil d'aller aussi loin. Il voulait (lire seulement (conip. le v. '2) : rien, qannl Il lu jiislificalion devant Dieu et uv suivi; ce qui n'enipécliait point ([MO il' patriarche n'eût obtenu, au point de vue humain et par ses vertus éminenles, certains avantages, tels que la richesse, la considération, etc.

V, 2. Plusieurs interpièles voient dans ce verset la j)r('uve loi;i(jue lao'j de la réponse n(''^ati\e (pi'il l'aul sous-entendre entre les v. 1 et "2: a Bien ; car, s'il eût été justifié par ses O'uvres, il aurait de quoi se Lilorilier, ce qui n'est pas admissible. » Mais pourquoi cela sei'ait-il inadmissible? C'est précisément ce qui est en question; le raisonnement ne serait donc qu'un cercle vicieux, (le car est sinq)lement explicatif. « .l'interroge ainsi, parce qu't'n <'//('/, si Abialiam a été justilié par ses propres œuvres, il a certainement de quoi se glorifier; » ce qui ferait croule)' l'assertion 111, -J7 : « la vanterie a été exclue, » et létablirail la justice des œuvres. — Le rég. iiav les (varies est en léle : La question n'est pas : s'il a été justifié, mais comment il l'a été. Cette expression : }iar les n-anes, est équivalente à celle du v. 1 : selon ta rliair, de même (pie le tei'me être jaslifié lemplace celui de : avoir oblvtia. Les deux termes du v. 1 énonçaient l'idée sous forme abstraite (la chair, ohlenir/-, les deux du v. tî en indi(pient le contenu concret fh'.s irurres, èlre jiislifiri. — \.i' mot y.y.jyr.<j.7., signifie .siiji'l de se i/ldri/ier: il difli-re de /.'xr/rr;:;, l'ai le {\c se gloiiliei' (III, '21). Paul ne dit |ias (ju'Abrabam se glorifierait rt''ellemenl, mais qu'il aurait sujet de le l'aii'c. — Mais comment lapéitre j)eut-il s'exprimei- à la lin du \ . en ces mots: mais non imr rajifiorl ii Jheii :' \oudrait-d lire qu'.Vbraliam a rirllemenl étt' justifit- par ses œuvres, seulement pas par rapport à Dieu? Y aurait-il ilonc une autre justilicalion cpie celle (pie nous obtenons juu' rapport à

Dieu? C'est ce qu'ont julmis plusieurs interprètes (Dcze, Grolius, de Wetic, Uùckerl, Pliilippi), qui croicnl devoir ;ill(''Muer le sens du mot rfrc jihsti/ic en l'appliquant ici à la justitication aux yeux des hommes: «Si Abraham a été justifie par ses œuvres (au ju<ienient des hommes), il a droit de se vanter (vis-à-vis d'eux et de lui-même); mais non vis-à-vis de Dieu. » Mais ce mot JiisUfier pourrait-il avoir ici un sens difTérent de celui qu'il a dans tout le reste du chapitre et partout ailleurs dans notre épître? C(flrin, Fritzschc, Baur, Hudt/e admettent que nous avons ici un syllot^isme incomplet. La majeure serait : « Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a de quoi se L^lorifier; )) la mineure : «Or, il est impossible qu'il ail eu de quoi se glorifier par rapport à Dieu; » la conclusion serait sous-entendue : « Donc il n'a pas été justifié par les œuvres. » Mais la mineure serait précisément ce qui aurait besoin d'être prouvé; car l'exclusion de la vanterie prononcée III, 27 était maintenant soumise à l'épreuve de l'exemple d'Abraham, du patriarche. Déplus, comment la conclusion, qui était la chose importante, serait-elle sousentendue ? Plusieurs modernes, Meyer, Tholuck (après quelques variations), ont fini par revenir à l'explication des Pères grecs, Chri/sostona', Théodoret, etc. : « Si Abraham a été justifié par ses œuvres, il a bien un sujet de se glorifier, mais qui n'a rien de divin ; car il ne le doit pas à la grâce, à la faveur, à la pli Haut liropie de son Dieu : il le tire de lui-même. » Ce sens est très-ingénieux; il n'en est pas moins insoutenable; car l» le terme se glorifier sérail pris dans un sens favorable : Abraham n'a plus à se glorifier d'une faveur divine dont il a été l'objet. Mais dans tout le morceau il s'applique à une vanterie de mauvais aloi, celle dont l'homme trouve le sujet en lui-même et dans sa propre œuvre; 2" Paul aurait dit dans ce sens:

■}^J'2 I.A II STll ICATION l'Ai; l.A KOI

iv Gsô), m Dk'ii^ cl iioii -po; tôv ()cov, jiar rajipoii n Dieu : coiiip. II, 17; .']" le V. 8 ne se rattache point naturellement an V. 2 ainsi compris, puis(pril prouve, non qu'Abraham n'a pas un sujet de se tilorilier en Dieu, mais, au contraiie, qu'il a été justifié par sa foi, c'est-à-dire qu'il a été l'objet de la faveur divine. Scinlci et (i/ôckler ont recouru à un moyen désespéré, celui de faire de -co: tov Oeov une exelamation sacramentelle : « .Mais non, c/f jxir Dieu, il n'en est point ainsi.» .Mais il eût fallu dans ce sens Trpô; toOGso-j; et pour quel motif Paul userait-il ici d'une pareille Ibrmule? La tournure dont se sert l'apôlre a certainement quelque chose de siuL-ulier, même d'un peu embarrassé. Il seul qu'il arrive à un sujet délicat, à l'égard duquel le sentiment nati(tnal juif était particulièrement susceptible. Il ne veul parler d'.\braham qu'avec respect, et pourlaiil il ne faut pas (|ue ce respect porte atteinte à la vérité qu'il enseigne. Après ces mois : « S'il a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorilier, » il faut donc sous-entendi'e ceux-ci : « Kf c'est vrai sans doute vis-à-vis des hommes; ce n'est jtas peu de chosr' (jue d'être devenu un Abraham; mais...,» et ici l'apotre reprend de manière à rentrer dans sun thème : u mais non auprès de Dieu, v Toute cette gloiilication vis-à-vis des hommes n'a rien à faire dans le compte (pTii avait à réglei' avec Dieu. Les mois : pur nipjioil n Dieu, r.yji -rôv Osciv, s'e\pli(pienl donc par l'anlithèse sous-entendue : futr rappurl tiu.i lniinmes en quelque manière. En se conqtarant aux hommes moins saints que lui, .Vbraham pouvait avoir (piehpie sujet de gloire; il était li' juste des justes. Mais dès qu'il se plaçait vis-à-vis de Dieu, sa justice s'évanouissait. La preuve ressort de la pai'ole suivante de Moïse qui raconte de quelle manièiv .Vbraham a obleini la jusiilicalion :

CIIAC. IV. -i-ii. .■)!•.")

V. 0-5 : u Car que dit l'Ecriture : Or, Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté pour justice, 'i Or, à celui qui travaille, son salaire ne lui est pas compté comme grâce, mais comme dû ; 5 mais à l'homme qui ne travaille pas, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est comptée pour justice; » — ^-''s mois ilu \ . ■i : ce Mai^ non par nippoii a Dieu, » donn;iieiit à penser que l'apùtre connaissait le jugement de Dieu sur Abraham. Le v. 3 explique cette connaissance qu'il a d'un fait hors de la portée du savoir humain. L'Ecriture s'est exprimée sur ce point, elle rorgane du jugement de Dieu. La parole citée se lit Gen. XV, 6. Appelé de nuit hors de sa tente, Abraham est invité par Jéhovah à roulcmpler le ciel et à compter, s'il le peut, ces myriades d'étoiles; puis il entend de sa bouche cette promesse : « Aussi nond)i"euse sera ta postérité. » 11 est centenaire et n'a pas d'enl'ant de Sai'a. Mais c'est Dieu qui parle ; cela lui sul'fil : // cr((( à Dieu. La foi consiste à tenir la promesse divine poiu" la réalité même ; et alors il est l'ait au croyant selon sa loi ; la promesse devient réalité. — La particule èé, or, remplace le y.ai, et, qui se lit chez les LXX (la leçon restant pourtant incertaine, puisque le Sinait. et le Valic. ont ici une lacune). Selon Tischendorf, la leçon généralement usitée au temps de Paul aurait été èé, ui , comme dans le texte de Paul. Et en effet, si l'apùtre a conservé cette particule, que rien no réclamait dans son propre texte, c'était sans doute pour constater le caractère littéral de la citation. — Il n'est pas dit : il crut à la inomesse de Dieu, mais : à Dieu. Ceci est important. L'objet de sa foi, en ce moment où il embrassa la promesse, ce fut Dieu luimême, sa véracité, sa fidélité, sa sainteté, sa bonté, sa sagesse, sa toute-puissance, son inuuuahililé. Car Dieu était tout entier dans celte promesse émanant de lui. Peu im-

oDi LA .11 STIFICATION l'Ali I.A lOI

j)orte, en oiïf.M, ruhjel pai ticulier auquel se laiipoi'le, à un moment donné, la ii'vélation divine. Toutes les parlies de celle iV;vélalion ne l'ormenl ((u'un même tout. Kn saisissant une promesse, Abraham les saisissait (ouïes d'avance; car il saisissait le Dieu des promesses: et désormais il était en possession de celles-là mêmes qui ne devaient être révélées et réalisées que dans le plus lointain avenir. C'est là ce qui justifie rapi)lication que fera l'apùtre de celle [)arole à TE-ilise chrétienne v. d'I-'il^). Nous cioyons avoir réjiondu ])ar là .à la critique que l'ont lîlicb'ii, Wriss, L/jinius du sens évanLiélique donné par l'apiHi'e à l'expiession de Moïse, en raison de ce (pie l'objet de la loi d'Abraham (la naissance d'Isaac) était tout autre que celui de la loi chrétienne (l'œuvre de Christ et le j»aidon des péchés). Les promesses de Dieu dans l'histoire du salul sont les anneaux d'une cliaÎMe unique. Le croyant (pii se cramponne à l'un de ces anneaux, la tient tout entière et se trouve placé vis-àvis de Dieu exactement sur le même pied que celui qui en saisit un autre à une époque plus avancée. Quant à l'interprétalidii de liciiss qui explique le terme : ctrr intpnlc à justiœ, en ces mois : « Dieu l'appi'ouva hautement, >> il serait à désirer que cet auteur voulût bien justifier en (pielque manière cette parajdu'ase l'antaisisle. — L'hébreu dit: «et Ilicii le lui coiHpUi pour justice. » Les LXXunl traduit |)ai' le passif : cl cela lui fui cuniplc : Paul cile d'après eux. Le verbe 'koyi'Çv.^, Vjyi'Ce'^dxt signifie nicllrc en conijilc ri Sam. XIX, 1!); 2 Cor. V, 1!); ^2 Tim. IV, l(>: conq>. l'hiléiii. V. 18). On peut mettre en compte à ipirlqu'un ce (pi'il possède ou ce «piil ni' j)0ssède pas. Dans Ir premier cas, il y a simplement acte de justice; dans le second, c'est alTaiie de i;ràce. C'est ce dernier cas qui est celui d'Abrahaiii, puiscjne Dieu lui conq)te sa /o/pour ce ({u'elle n'est

cii.M'. i\. :;-'t. .■»!>.""(

|);is, \)ouv j II s lier. (!c mol de /iislirc désiiiiic ici l'iicocjni- |)liss('ni(Mil piirliiil de l;i voloiilf' de l'icii, en vl'iIii (IikjiicI Al)rali;im eiil élé luul iialurcllcmenl déchti-é juste par Dieu, s'il l'cùl possédé. Coinnie il ne le possédait pas, Uieu lui mil en compte .sa foi coiimic valeur iMjiiivalente. I*(jui(pi(ii cela? D'où venait ce prix incomparable que Dieu attachait ;\ sa foi? Il ne faut pas répondre avec lÀpsins : «de ce qu'elle était une preuve de sa confiance et de sa piété, » ou iwec OUrdiiiarc : c< du sentiment qu'elle révélait chez le patriarche..., » ou avec d'autres : des effets sancliliants dont elle était le principe. Comment accorder ces réponses avec le terme ornzpr',;, rinijiic, du v. 5! Il ne faut pas retomber dans l'œuvre méritoire en expliquant la parole même qui doit exclure tout mérite. La foi esl avant tout une simple réceptivité. Sa valeur ré.side dans l'objet qu'elle saisit et nous approprie : Dieu et sa manifestation en cha([ue moment. Cet objet, c'est la perfection morale elle-même. Croire, c'est donc saisir d'un coup la [iciiection. Il n'est pas étonnant que, saisissant la perfection, la foi soit comptée elle-même par Dieu comme justice. On l'a dit avec bonheur : la foi est tout ensendjie le i)lus jiioral et le plus heureux des coups de main.

La iléinonstration n'était pas achevée par la simple cilalion du passaL^e de la Genèse. Il fallait encore en analyser le contenu (par un widrafich, comme disent les rabbins"), pour prouver que le : iitdis )iu)i pur rapport à Dieu, l'ésultait l'éellement de celle parole. C'est ce que fait l'apùlre dans les deux versets suivants. Dans le v. 4 il prouve par cette parole de Moïse qu'Abiaham n'a pas été justifié à la manière d'un ouvrier qui a fait sa tâche; dans le v. 5, qu'il a été justifié à la manière de l'ouvrier qui ne l'a pas faite.

V. 4. L'expression o èpYa'Coy.cvoç, celui ijui Iraraille, a ici

.■»!M» LA .IISTIIICATION l'Ali LA lUl

un sens luul à l'ail liénôial el ahsliail : l'uiiviicr qin.'konque dans la vie ordinaire qui travaille au service d'un autre. S'il remplit sa tâche, on lui compte son salaiie, non comme laveur, mais connue chose due. Ui", d'apivs la drclaialion de Moïse, Ahraham n'a pas été traité sur ce jiied; donc il n'est pas de ceux qui ont rempli leur tache.

V. 5. Ici l'ajx'itre ne s'arrête plus au sens ^énéial du mol lr<iraillt'r. H prend immédialement ce terme dans le sens spirituel : Ce n'est, dit-il, que lorsqu'un homme ne travaille pas, mais croit...., qu'il est traité comme la Genèse déclare (ju'a été traité Abraham. Donc Ahraham est de ceux (|ui n'oni pas reuq)li leur tache. Les deux conclusions concordantes sous-enlendues se réunissent dans ce résultai : Ahiaham a été traité, non connue hou (v. 4), mais comme mauvais ouviier (v. 5). — La négation subjective u.r, devant epya^ojv.evo; est l'expression d'une relation purement loiiique entre le jiartic. et le verbe itrincipal : lorsque, ou même : parce (ju'\\ ne l'ait pas son œuvre, sa loi lui est comptée pour œuvre. — Paul dit : celui qui justifie Viiiij)ie. Il eût pu dire le pécheur; mais il choisit le terme h' plus énerLiique qu'il puisse tiouver pour désiii;ner l'éiiaremenl du péché, afin qu'aucune catégorie de ])écheurs, même la plus criminelle, ne se croie exclue du piiviléjie d'être justifiée par le même moyen. On a parfois suj(pos('' ([ue pai' ce terme t\lin))ie l'aul Mnilait caractérisei' Abraham bii-nii''me, dans le sens où il est dit (.losut'" XXI V, il) qui' a Taré, père d'Abraham, pt-ndanl <iu'il liabiiait au-ilelà du lleuve, avait servi d'aulres dienj . o .M;iis l'idolâtrie n'équivaut pas précisément à Vhnjiirfr, et l'aul n'aurait cfilaiiu'ment |)as appelé Abraham un iuq»io. — UlIraiiKire ne voit dans cette jiL<tice inqtutêe à la loi que le moyen de condder un délicil dans la justice propre de rhomiiie <pii re.sie toujours im|>ai l'aile, «j Abraham, dit-il.

CHAI', iv. Ki. 397

par son oluMSsancc iirlail pas clran|>er à la justice pro- })re; mais il lui fallait plus. Cela [ce ;>/?/\] lui fut impnir à cause de sa foi. » Nous laissons le lecteur juger de l'accord de cette explication avec le terme (Vy-czir^c, impie, qui désigne l'iiouniir à tpii la justicrdc la l'nj est imputée. Après cette explication le même auteur croit pouvoir accuser de parti pris dogmatique ceux qui trouvent dans ce passage la notion de l'imputation juridique : « La dogmatique, (lit-il, vient ainsi l'aire irruplion dans l'exégèse. » Encore sur ce point le lecteur décidera sans peine quel est l'interprète dont la prévention dogmatique trouble l'exégèse. Lipsius est plus impartial. Il constate la vraie pensée apostolique sans l'admettre. « La foi est envisagée comme une prestation morale pleinement suffisante, non parce qu'elle renferme en elle les germes de la nouvelle vie, mais parce qu'elle se fie absolument à la promesse divine du pardon des pécbés. »

Imputer au croyant la justice qu'il ne possède pas, c'est par là même ne pas lui imputer les péchés dont il est chargé. Paul éprouve le besoin de compléter à ce point de vue négatif l'exposé du fait de la justification. Voil.à la raison pour laquelle à la parole de Moïse au sujet d'Abraham il en ajoute une de David qui, comme chacun le savait, avait commis de nombreux et graves péchés.

V. 0-8 : <i précisément comme ' David aussi célèbre le bonheur de l'homme auquel Dieu impute la justice sans œuvres : 7 Bienheureux ceux dont les transgressions ont été pardonnées et les péchés couverts ! 8 Bienheureux l'homme auquel - le Seigneur n'impute point le péché! » — David ne joue point le rôle d'un second exemple. La position régulative d'Abraham est unique, et

• > An lieu de ■/.xQx-tz, D E F G lisent y.-Ju.i;. 2 Au lieu de o. N BD E G lisent oj.

:|!)S I.A .irSTH-ICATION PAR LA FOI

Paul y roviendrn sans lanlor. SfiiilerneiU il trouve fleiix traits dans la parole de David qu'il rajjpelle ici par lesquels elle complète celle de la Genèse : I" Ce n'est plus seulement de l'histoire, c'est un hymne. « David célèhre le bonheur. » 2'^ Dans l'imputation de justice ressort ici plus explicitement la nun imindnlion du pèche. — La conjonction de comparaison x-aOà-ep est plus énergique que /.aOcoç; elle indique une conl'ormitè frappante : exacteuictd lunmn'. — Le mot [j.a/.ap'.Tao;, que nous avons traduit pai' /c honheiir, signifie proprement: la célébraliou du buniieur. Le verbe Isysi (dil) signifie donc ici : prononce (la béatification). Les paroles suivantes^ tiiées d'un psaume, sont comme le chant du pécheur justifié. Ce passage est le coirmiencement du Ps. XXXII, que David composa probablement après avoir obtenu le pardon de Dieu à la suite des crimes odicMix aux(|uels la passion l'avait entraîné. De là les expressions de Iransgressions pardonnées, de péchéa courots, de péché non imputé. L'expression de Moïse indiquait le bien coniéré; et ce bien conféré comprend le mal enlevé, que l'ail ressortir celle de David. — Le rapport entre les termes [/.ay.àpio; et jy.ay.api(7[xo; saute aux yeux.

Cette obseivation faite, l'apôtre revient à Abraham. Les défenseurs de la gloire que l'homme tire des œuvres pouvaient, même après rargumenlation précédente, alléguer en faveur du patriarche que c'était en lanl que tirmnris qu'il avait été jugé digne de pouvoir être justifié par sa foi. Si celte prétention subsistait, la réponse à la question du V. 1 : ce Ou'a obtenu Abraham [quant à sa justification devant Dieu] par le moyeu df la chair"!' )> n'était plus : rien, mais beaucoup, et même loul. Car si c'était en vertu (le la circoncision cpi' Abraham avait été Inuivé digne d'être déclaré juste |)Our sa loi, le privilège de la justilication dépendait en di-linitive de ce rite matériel, cl li's

CHAI'. IV. (i-U. 399

croyanls non ciicoiicis se Uouvjiiciil ainsi exclus de la pailicipation à la justice de la loi. La justice des œuvres chassée |)ar la porte rentrait par la fenêtre, et toute l'œuvre de Paul dans le inonde païen était ainsi déclarée nulle. l/apr)tr(' aborde résolument celte question décisive dans le passage suivant (v. 8-12), qui est le complément indispensable de la démonstration v. 1-7. Le patriarche a étV; justifié non seulement pai* sa foi, mais par sa foi seule.

V. 9 et 10 : a Cette béatification donc est-elle pour la circoncision ou aussi pour l'incirconcision? Car nous disons ' : La foi fut comptée à Abraham pour justice. 1 0 Comment donc lui a-t-elle été comptée ? Lorsqu'il était en état de circoncision ou d'incirconcision ? Non pas en état de circoncision, mais d'incirconcision. » — Le donc est condv.sif (contre Weisa, Ollniii(iin\ moi-même, i'"^ éd.) : « Je demande <^/ay^c maintenant, en conséquence de cet exemple d'Abraham, qui fait loi, si cette célébration du bonheur des justifiés par David s'applique aux croyants circoncis seulement ou aussi aux croyants incirconcis?» Tout dépendait de là en etïet. Car, dans la première alternative, il ne restait plus aux Gentils qu'à se faire Juifs pour pouvoir être admis au privilège d'être justifiés par la foi ; et c'en était fait de l'évangile de Paul. M. Pieuss envisage tout cela comme un exemple « du scolasticisme des écoles juives du temps » et d'une ft science théologique » qui n'était en état de fournir à fapôtre que « des procédés extrêmement précaires. » On verra s'il en est réellement ainsi. — La seconde partie du V. : (Lcur lions disons..., » nous paraît simplement destinée à ramener le lecteur de la personne de David à celle

' N B D omettent le o-.i que lit le T. R. avec tous les autres documents.

400 LA JUSTIFICATION PAR LA lOI

(l'AbrahaMi : (lar enfin nous prétendons qu'Abraham a t''l<; justifié par la loi. Eii bien donc, comnninf l'a-t-il été? Kn étal de circoncision ou d'incirconcision? Dans ce second cas, la question est résolue. Car c'est là l'exemple typique. Tel est le sens très-simple des v. 0 et 10. Les derniers mois du V. 10 contiennejit déjà la réponse. Elle était aisée; car elle était fournie péremptoirement par la Genèse. C'est au ch. XV qu'Abraham est justilié par la foi, et c'est au cii. XVll, environ quatorze ans après, qu'il reçoit l'ordonnance de la circoncision! L'apôtre peut donc répondre avec une pleine assurance: « non comme circoncis, mais comme incirconcis. » Ainsi il y a eu un temps, dans la vie d'Abraham, où encore incirconcis il se trouvait dans la position des Gentils; et c'est dans cette période de sa vie qu'il a été justifié par la foi... La conclusion sautait aux yeux, et Paul ne l'épargne pas à ses adversaires. 11 l'expose avec toutes ses conséquences dans ce qui suit. V. 1 1 et H : .< Et il reçut le signe de la circoncision ' comme sceau de la justice de la foi qu'il avait eue en état d'incirconcision, afin d'être père de tous ceux qui croient en état d'incirconcision pour que la justice leur soit aussi imputée, I- et père des circoncis, de ceux qui ne sont pas seulement de la circoncision, mais qui marchent aussi sur les traces de la foi qu'Abraham notre père a eue en état d'incirconcision. » — Kaî, (•/ .• «et ensuite ï) ou «et en conséquence. » Oltrainitrc : (^ Puis il » — On peut faire de

ireçiToa-?,:, ih' ht < iitoiicisio)!, un <iénitir d'apposition : « If si<j;ne (jid cal la circoncision, ï> ou un génitif de qualité : « un si^ne sous forme de circoncision. >^ Le premier sens est plus siiiiplt'. Le ni.uKpii' d'articlt' devant les >nli>t.

' .\ii lion fie -;;;TO ar,ç, A D Syr. Ii<(>iit -3 ciTo;xr,v.

s'explique parce (pTil s'ii^il de riiilioductioii (riiii rite nouveau, et non de ce signe coninic déjà connu (voir Wciss). La leçon 7r£ptTop//;v dans deux Mjj. est certainement une correction. IlofiiKUin, qui l'adopte, traduit : «11 reçut comiiic siiiiw la circoncision. » Mais l'artichî Wv ne pourrait manquer dans ce sens. — La circoncision est présenlée (îen. XVII, 11 comme le sianc de l'nlliduvc entre Dieu et le p(Hij)le, et les i ahbitis s'exprirnenl ainsi: «Dieu a mis le signe de la dileclion dans la chair. » Il n'y a là, (juoi ({n'en dise JJpsivs, aucune différence essentielle avec le sens que l'ajxjtre donne à ce rite. Car Dieu ne pouvait faire alliance avec un homme qui aurait été encoie en état de condamnation. Le signe de l'alliance conclue est donc aussi celui de la justification accordée. — Le terme de cvi- [;.£îov, sifjnc, se ra[)porle au fait matériel ; celui de «rcppayi;, sceau ^ à la valeur relitjicuse du fait. — Bien loin donc que la circoncision ait été la condilion pirnlahle de la justification d'Abraham, elle en a été Veffct et le sceau. Dieu commença par le justifier pour sa foi; puis il lui donna le signe de cet état nouveau. — L'arlicle Tr,ç (après les mots justice de la foi] que nous avons traduit par : qu'il avait eue, peut porter sur la locution justice de la foi tout entière ou sur le mot foi seul. Si l'on considère l'expression suivante : « père de tous les croyants (non : de tous les justifiés), y< et surtout la fin du v. 12, on ne peut douter que l'article ne porte sur le mot foi uniquement : « la foi qu'il avait eue en état d'incirconcision. » Le afin de, qui suit, ne peut se prendre, comme le veut encore 01tramare, dans le sens affaibli de en sorte que; ce sens est aujourd'hui reconnu impossible. Encore moins peut-on faire de si; to loy.rjFryy.i l^ohjel de -igts-jovtojv, comme le veut Hofmann : «qui croient à ce que cela sera imputé...» On ne peut trouver un seul exemple d'une construction

semblable du verbe Tr'-'^Te-Jeiv. il est peu naturel de faire de ce membre de phrase une apposition explicative du eï; To elvai précédent (Bûckert, Thohtck, etc.); l'apôtre ne juxtapose pas de la sorte. Dans la l^c éd., j'avais essayé de faire dépendre ce second tl: du partie. -rri'îTe'jovTtov : croyant pour que..., en attribuant l'intention indiquée dans le et;, non aux croyants, mais à Dieu. Mais ce sens est égaleniont l)ieu ])eu naturel. H iiir paraît (|iii' la relation la plus convenable est celle (pi'admet lieiiss. 11 fait dépendre ce second ei; de raTapa : afin qu'il fût le père des croyants incirconcis pour que la justice de la foi leur fût aussi imputée : « Leur entrée dans la famille du père des • croyants avait pour but leur participation au même mode de justification que le sien. » Ainsi s'explicjue le -/.ai devant aÙToî; : aussi à ceux..., tout comme à lui, leur père sjtirituel. — Sur le sens du ^la, en elaf de, voir à 11, -27. — Le pronom a-jTov (((afin qu'il fut, /'//»), a jxtur but de relever fortement ce persoimaiic unique d'Abrabam, qui doit remplir le double vù\e de père des païens croyants (v. 1 \) et de père des Juifs croyants (v. 12).

11 est bien étrange que rajxMre place ici, parmi les membres de la postérité spirituelle d'Abraham, les croyants lV or\Q;[ne paie)ine en première ligne. .Mais ce renversement apparent n'est que le retour à l'ordre véritable. N'étaienlce pas eux en effet qui, en v(Mtu de ce (pii précède, se trouvaient dans l'état le plus semblable à celui du patriarche au moment où il obtint jiar la foi la justification, et qui étaient par const'quenl comme ses lils les |»lus légitimes? S'il y a iiiic pir>lèrence à accorder, (■fs! donc aux croyants païens pluti'>t qu'aux chrétiens circoncis. Quel total bouleversement des notions juives !

V. 12. Ce verset caractérise sans aucun (loiilf les croyants d'origine juive, qui forment l'autre moitié de la

ciiAP. IV. ii-i'>. 403

fîimillc spirituelle d'Abraliaiii. Mais il présente un(; difficiillé grammaticale. L'exj)rossion t^recque est telle qu'il semble que Paul veuille parler ici riirme de deux classes d'individus. En efTet, la Iradiiclion IiH/;rale parait devoir être celle-ci : « père de la ciiconcision, à l'égard de ceux qui ne sont pas sculi;menl de la circoncision, mais aussi à l'égard de ceux qui marclient sur les traces de...» Partant de là, Théodoret, Luther et d'autres ont appliqué le pi'emier membre de phrase aux croyants jtiifs, et le second aux croyants païens. Mais pourquoi revenir à ces derniers qui avaient déjà été sulllsamment caractérisés au v. il? Et comment, en parlant des croyants juifs, Paul se contenterait-il de dire qu'ils ne sont pas de la circoncision seulement, et ne mentionnerai l-il pas la loi, comme condition de leur qualité d'enlants d'Abraham? Enfin la construction ne serait pas non plus correcte dans ce sens; au lieu de xoî; où... pvov, « pour ceux qvi n'appartiennent pas seulement..., » il eût fallu où toîç [y.ovov « non pas seulement

pour ceux qui » Cette ancienne explication doit donc

certainement être abandonnée. 11 ne peut élre question ici que d'une seule classe de personnes, les chrétiens d'origine juive, qui sont désignés par deux attributs distincts. Le premier est la circoncision; le second, une foi conforme à celle d'Abraham. Seulement l'expression de Paul paraît incorrecte dans le second membre, puisque le toîç semble indiquer une seconde classe de personnes et non un second caractère de la même classe. Tlwluck, Meyer, etc., avouent l'incorrection. Philippi se tranquillise en rappelant que des négligences de style se rencontrent chez les meilleurs écrivains. Mais l'incorrection serait ici un réel manque de logique. D'autre part, les expédients imaginés récemment par Hofmcmn et Wieseler sont tellement alambiqués qu'ils ne méritent pas même d'être dis-

cutés. Comme l'apôtre ne nous a pas liahilués à des inexactitudes indijjçnes m«}me d'un écoliei' inlelliiient, il sera permis de chercher une solution à cette difficulté. Nous croyons que Paul ajoute ce second toi; (devant ttoi- •/oOc7iv, cetd: qui marchentl, pour faire mieux ressortir ce second caractère (la foi) sans lequel le premier (la circoncision) ne servirait de rien, 11 fait par ce toÎ: rentrer lellenient celui-ci dans l'ombre qu'il l'efface presque totalement. Ajoutons que tirammaticaleinent ce second toiç n'est pas un pronom comme le premier, mais le simple article délerminatif : aies marchant sur les traces de...» La phrase grecque complète serait celle-ci : oî ov/. i/. -zeu-o^i-r,:; |i,ovov [ovTeç], olVkx xai [ovre;] oî CTOtyo-jv-e;...

Paul ne se contente pas de dire : «qui marchent aussi sur les traces de la foi d'Abraham ; « il iap|telle encore expressément — car c'est ici la pointe de son argumentation — que cette foi, Abraham l'a eue en étal d'incirœncision. .Vbraham était donc encore au rang de païen quand « il crut et que sa foi lui fut comptée pour justice. » D'où il résulte que ce n'est pas, à proprement parler, aux croyants païens à entrer par la porte des Juifs, mais aiix croyants juifs à entrer parla porte des païens. Il était impossible d'écraser plus complètement l'adversaire. Mais telle est Ictujours la logique de Paul ; elle ne se contente pas d(i moiilrcr Terreur de l'opinicm qu'elle combat, elle ne la quitte qu'après avoir piouvé que la vérité en est précisément l'antipode.

Le personnage d'Abraham a[ipaiait ici dans tiuite la grandeur de son ic'ile, comme celui en (pii commence l'œuvre continue du salut et dont l'histoire en réalise déjà les principes fondamentaux. Paul découvre dans sa vie, antérieurement au moment où pai" la naissance d'isaac et par l'ordonnance de la circoncision lut fondée l'existence

de la nalion théocraliqiic, une jx-riodo <lans laquelle le palrianhc apparlcnail encore à riiuinanilé en i^énéral, puis il déniontie (jue ce lui durant celle période que par la loi il recul la juslificalion et le salut. Ainsi se déj^atre des faits la grande et sublime idée d'une paternité d'Abraham qui se lapporle non seulement à Israël, mais à tous les croyants, soit circoncis, soit incirconcis, d'une l'amille spiriluelle imiverseUe à laquelle appartiennent avec une égale légitimité tous les justifiés, Juifs et païens. Dieu, déclare saint Paul, avait dirigé les circonslances de cette vie modèle « afin qu'Abraham fût le père des uns aussi bien que des autres. » Cai', comme le dit Hofniarm, .\braham est autre chose que le premier exemple de la foi, — il y avait eu des croyants avant lui (Hébr. XI), — il est celui en qui a été fondre pour toujours la communauté de la foi. — Et toute cette admirable déduction par laquelle Tuniversalisme de Paul trouvait sa base inébranlable dans l'Ancien Testament lui-même, ne serait que de la scolastique rabbinique ! — Non seulement l'époque de la justification d'Abraham ne permet pas de restreindre aux croyants d'origine juive le privilège du salut par la foi et de la filiation spirituelle par rapport à ce patriarche; mais l'héritage même, assuré par Dieu à Abraham et à sa famille, a été promis indépendamment de toute loi, uniquement en raison de la foi à la promesse, et par conséquent tous sont héritiers aussi bien que justifiés. C'est ce qui est exposé V. 13-16.

V. 13 et 14: «Car ce n'est pas par la loi que la promesse d'être héritier du ' monde a été faite à

' Le T. R. avec K L P lit tou devant xoiaou ; omis [)ar tous les autres.

-iOO [,.\ .IISTIKICATION l'AH LA KOI

Abraham et à sa postérité, mais par la justice de la foi. » — Dieu, après avoir juslilié Ahraliaiii el par là lait de lui et de toute sa postérité ses enfants, les a aussi institués héritiers. Kli bien, la promesse de cet héritage n'a pas été soumise à une autre condition que celle de la justice de jla foi conférée à Abraham. Ce mode tout y;ratuit d'hérédité est par conséquent la mn/irmation du mode semlilajilc (le jiistilicalion exposfi plus haut. Telle est l;i ivlation d'idée exprimée par le car qui lie le v. 13 au v. 1:2. — L'absence d'ail, devant voy.o-j montre que Paul veut parler d'une loi quelconque, n;nfermanl l'expression de la sainl('l('' divine, et non pas de la loi mosaïque comme trilc II veut exclure tout moyen de nature légale, sous quelle forme que ce soit. — II ajoute avec une intention marquée au mot : à Abraham, ceux-ci : ou à sa posterilc. Même après avoir accordé gratuitement à Abraham j)our bii-iiir-Mie la promesse de l'héritage^ Dieu aurait pu tiduver bon d'ajouter une condition à l'égard de ses descendants, par exemple, l'accomplissement de la loi qui devait être donnée. Il ne l'a pas fait et n'a pas pu le faire; les V. 14-I() diront jHiiir(pioi. — U'c/.s'.v et d'autres entendent ici par sa postérité le peuple juif uniquement ; Mei/rr, Philippi, etc., y voient la grande famille spirituelle des justifiés, Juifs et païens (v. 11 et 1^). Dans ce contexte, il nous (larait difficile de ne |tas réunir les deux sens, connue ils fêtaient dans les promesses de l'A. T., que rappelle ici l'ap(')tre. Dieu adressait ((Mlaiiiement ses promesses à la race d'Abraham selon la iliair, avant tout, mais «v/ rur de toute la famille, plus iioinlircuse encore, (pii devait se grouper un joui" autour de l'Israël cidyaiit.

Qu'entendre par la promesse île riirrUdijc du nioiidr, qui ne se trouve éiu)ucée nulle part littéralement dans l'A. T.? Dans cette notion nous paraissent converger trois lignes

r.iiAp. IV. i;{. AOl

(le promesses. 1" La promesse de la terre de Canaïut l'aile au patriai'che à plusieui'S reprises pour lui et pour sa postérité. En vei'tu du courant prophétique et messianique qui domine dés le commeiicr'iiii'iit riiisloii'c pati'iarcale, Canaan doit être le point de départ de la sanctification de la terre entière; elle est donc l'enihlème de l'univers tiioi'ifié. C'est dans ce sens que le Tanclmma (Commentaire sur le INintateuque, peut-être du IX'^ siècle) dit : « Dieu a donné à notre père Abraham la possession du ciel et de la terre.» Comment, si les païens doivent être un jour agrénés à la l'amille d'Ahraham, la terre de Canaan pouirait-elle ne pas devenir alors la teri'e enliére? *^" La promesse d'un salut universel partant d'Abraham ef de sa postérité. La pailicipalion des })aïens au régne de Dieu par le moyen d'Israël était expressément annoncée Gen. XII, t) : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi, )) ou, comme on lit un peu plus loin au v. 18 : en ta poslérilé. Dans la parole ch. XXVI, 3, 4, les deux expressions sont réunies, comme dans notre verset, à l'occasion des deux promesses relatives à la possession de Canaan et à la bénédiction du monde entier par Israël... Comparez aussi, XXll, 17, la promesse d'un caractère en apparence tout différent : (cTa postérité possédera la porte de ses ennemis. » 3» La promesse du Messie. La domination future d'Israël sur le monde se rattachait naturellement à l'attente du Messie; comp. la promesse Ps. 11, 8: «Je t'ai donné pour héritage les bouts de la terre. » L'espi'it charnel d'Israël avait donné à cette suprématie finale et universelle une teinte plus politique que religieuse; mais Jésus, conformément au sens de cette expression primordiale : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi, » ainsi qu'au véritable esprit de la prophétie, avait traduit cette idée de la possession du monde en celle du régne de l'humble charité

408 LA .irSTIMCATlON l'Ai! L.\ lui

qui domine en servant. «Heureux les débonnaires; car ils possédeionl lu terre i> (Mallh. V, 5). Par ces trois lijines de promesses converiientes s'explique sulfisamment l'expression de Vim\ : l'Iirnltif/e du monde. — Celte expression ne doit donc pas être ahsolumenl sj)iritualis(''e, comme elle l'est par Ollmmare, qui entend par là : « la justice qui vient de iJieu, le salut, m Le salut réalisé spiriluellemenl sera la puissance qui transformera {ilorieusement la terre. Il y a dans le terme dlienlayc un côté eschalologique qu'il ne faut pas méconnaitre. — Le terme ôlinilaf/e est la reproduction du mot hébreu nachnla (Deiit. I\ , '1\), qui désigne la terre de Canaan comme don Liiatuil dr .léliova à Israël, son fih aine.

\)'u-A\ a fait dépendre la possession de l'iiéritaiie pnur Abraham et ses descendants, juifs ou païens, uniquement de la justice de la foi. C'est en tant que justifiés par la foi qu'Abraham et sa postérité doivent devenir possesseurs du monde. On peut objecter à cela qu'une partie des promesses que nous avons rappelées appartiennent à une époque antérieure à Gen. XV où il est parlé de la justification d'.Vbraham ; comp. (îen. XII. 1-3; XIII, It-IT. Mais la foi d'Abraham ne datait pas du fait laconté au eh. XV. Elle remontait juscpi'au moment où il avait accepté le premier ap})el de Dieu, lors même cpie l'efficace justifiante de celte foi n'a été proclamée dans le récit de la Genèse qu'au ch. XV, à l'occasion de l'une de ses manifestations les plus éclatantes.

Les v. 14-l() démontrent la raison pour la<pit'lli' Hicu en a agi avec la promesse de l'héritage absolument comme avec le don de la justification; et d'abord v. 1 1 et 15 : la raison pour laquelle il ne l'a pas lié.' à une loi; puis v. 10: la raison pour laquelle il la lait dépendre de la justice de la foi.

CFiAi'. IV. i.;-ii. W.)

V. 1 1 cl If) : « Car si ce sont ceux qui sont de la loi, qui sont héritiers, la foi est rendue vaine et la promesse annulée; l") car la loi produit la colère; mais ' là où il n'y a pas loi, il n'y a pas non plus transgression. » — l.c mode de démonslralion eiriployr ici p;ir l'apiUre a été conlbnclii à tort par Mri/cr, IIolIi/c cl d'aiitn»s inlorj)rélcs avec celui dont il se sert (ial. III, lô et siii\ . pour prouver la même thèse. Là son art'umentation est lii'éc (le riiisloii'c, de même (jue celle dont il vient de se servir dans notre chapitre même (v. 8-12). La loi, ayant été donnée hien des siècles après que les promesses avaient été faites au.x patriarches, n'a pu ajoutei' au contra! (lès longtemps conclu sur le seul fondement de la foi une condition nouvelle. Ici, rien de semblable. L'argument est tiré de la nature intrinsèque de la loi qui, dans l'i'tat de péché où se trouve maintenant l'homme, ne peut être accomplie à la pleine satisfaction de Dieu et ])roduil la colère qui condamne, ainsi précisément l'opposé de la jusiificalion. Si donc le don de l'héritage était lié à l'accomplissement d'une loi, spécialement de celle qui a été donnée à Israël sur Sinai, les croyants n'auraient plus qu'à mener deuil, car leur espérance serait vaine; et Dieu n'aurait plus qu'à retirer sa promesse, car, liée à une condition impossible, elle serait irréalisable. — Le terme oî ix vojzou, ceux qui sont de [la] /o/, désigne simplement les ressortissants d'une loi (III, 26 et Gai. III, 9. 10). Ce sont les Juifs, comme tels, non comme croyants. Jamais pour aucun d'entre ces sujets de la loi ne se réaliserait la promesse : toute la prophétie aboutirait donc à néant s'il ne s'agissait que d'eux. — Les verbes y,v/.i\o)-y.<. et x-aTYÎp-j'viTai signifient l'un : êti'c privé de son objet ; l'autre : être privé

' T. R. lit yap avec D E F G K L P Syr; N A B C Or. trad. lat. lisent lî:.

A\0 LA .lUSTIFICATlON PAlt LA loi

(l'efricacilé. — L;i première proposition du v. IT) explique coinmenl se produirait ce lésultat.

V. 15. La loi : toute loi en tçénéral, et spécialement la loi mosaïque, ne peut manquer de j)roduire lu colère, non, comme le pensait Mrldnchton, la (.oléri.' de l'Iiumme contre le Dieu qui condamne le péché — l'aul j)arle dans ce sens tVhoslilUc, non de colère — mais la colère de Dieu contre l'homme (pii transgresse volonlairemenl la barrière qu'il avait placée devant lui, et commet ainsi un acte positif de révolte, ce que l'A. T. appelle le péché à main levée.

La seconde propos, est liée par la plupart plus ou moins étroitement à la première, soit qu'ils lisent yap, au\ avec le texte reçu, soit qu'en lisant ^s, avec les alex., ils le traduisent par or. Le sens dans le premier cas est celui-ci : « La loi produit la colère; car c'est par elle que le péché prend ce caractère de transgression, de révolte ouvert!!, par lequel il alhinie le courroux divin.):» .Mais {Pourquoi, dans ce cas, la l'orme négative donnée à la seconde proposition du v. 15? On a en vain cherché à l'expliquei'. Dans le second cas, le sens serait : « La loi provoque la colère ; or là où il n'y a pas loi, il n'y a pas transgression»; la conséquence sous-entendue serait : t*. Donc il ne peut y avoir de colère que là où il y a loi.)) Mais nous doutons que cette conséquence puisse s'accorder avec tout le ch. I (la colère (le Dieu sur le monde païen» et avec V, 1."». 1 i. Puis la seconde propos, du v. ainsi conqn'ise ne serait plus qu'une digression inutile, l'aul dirait (L'v») : a La loi produit la colère, )) après quoi il ajouterait 15'' : ic Ov elle est même sfiih' cai)ahle de la [jroduire, car sans elle pas de transgression, ni non plus de colère. )) .Mais cette dernière idée est ('tivingèic à la suite du raisoimeuM'Ut ; elle l'interronqirait bien k)in de \o l'ortiliei-. Il faut ilonc lire ^i avec les alex., et traduire cette paiticiile, non par (/r, mais

par mais: cl cela en ratlnchanl celte proposilion, non à ce qui précède, mais à ce qui suit : « Si la promesse, dit Paul, dépend de la loi, elle est par là même annulée; car la loi produit non la bienveillance, mais la colère. Mais, au contraire, là où il n'y a pas loi, il n'y a pas non plus transgression, de sorte que, dans ce cas, rien ne vient entraver la réalisation de la promesse. C'est pourquoi (v. 10) l'héritage a été rendu indépendant de toute loi et lié à la foi seule. »

L'on comprend ainsi parfaitement la l'orme ucijative de la seconde propos, du v. 15. — Le mot rapafiamç, trimsyression, de -Kapafiaiveiv, outrepasser, désigne le péché quand il se produit sous la forme de la violation d'une loi positive. L'absence d'art, devant ht mot vo;xoç. loi, montre que Paul veut exprimer un principe général. — i)\j^é, pas non. plus : a Sans défense, pas ikhi plus de violation. )>

V. 16 : « C'est pourquoi c'est par la foi, afin que ce soit par grâce, pour que la promesse soit stable envers toute la postérité, non seulement celle qui est de la loi, mais aussi celle qui est de la foi d'Abraham, lequel est le père de nous tous ; » — L'idée do ce verset, lié comme il l'est aux piécédents, est celle-ci : « C'est pourquoi l'héritage est donné, non par le moyen d'une loi, ce qui ferait échouer la promesse pour tous, pour les Juifs non moins que pour les païens, mais par le moyen de la foi, ce qui rend la promesse stable, et cela pour tous, pour les croyants, non seulement juifs, mais aussi païens.» — A cause de cela : à cause des conséquences déplorables qui résulteraient de l'intervention d'une loi. — Avec le régime £x TTiGTeto;, il faut sons-entendre : •/.>/■, povoi^.ia yiveTai, l'héritage a lieu, est donné. — Les mots : afin que ce soit par grâce, signifient : « afin que l'héritage soit donné, non comme salaire, ce qui le ferait tomber, mais comme don

412 LA .MîSTIFICATloN l'Ali LA KOI

£n";i|iiit, ce qui est l;i coridilion df son riiainlicn. » La foi, (le la part (Jr riiuiiiiiic, foiicspond à la //»/a', de la part <i(^ i)i<Mi (coiiiiik; salaire l'époiid à (j'uvres). Dieu vouiaiit par celte raison ne l'aire (Irpciidn- l'Iiérilage que de su f/nia% a donc dû n'y mettre d'autre condition de la |iart de l'homme que lu foi, qui n'est point un mérite, mais une simple réceptivité pour le don di\iii. Aussi, comme le rapjx'lle Philipj)!, les doLiiiiatieieris pi'olestaiits ont-ils eu raison (h; dire : }>i'r fidcin, non jnDpti'r (i(lr)ii . Il ne jaut pas vouloir l'aire un nii''rile de la i'oi (pii (;si piécist'Muent le renoncement à tout mérite. — On voit combien il est important de maintenir strictciiKMil la iiolion de hul renl'ermée dans les mots ti; to slvai (pour qiio In ftroiucsse fui), et de ne pas traduire, comme le l'ait Ollrumarc, cnsorle que. — .\insi lorsque Dieu a l'ait d('q)endre le don de Tliérilaiic uniquement de la Toi, il le Taisait dans l'inliMilion arrèli'e de rendre celle j)romesse v/f/Z^/c de contraire d'/7rt' annulée, v. 14-); et de la rendre stable pour qui? Non jias seulement pour les Juilsù qui elle était laite directement, mais pour toute celle j)0stérilé d'Abraham selon la foi, à laquelle se rapportaient ces mois de la promesse : « // loi et à la poslérilé. » Les mots : slable pour loule la poslérilé, sont dévelop|)és dans ce qui suit : l'apôtre reprend chacune des deux classes de croyants renfermées dans ce ternie ^t''n(''ial : la jtostérilt''. D'abord « celle (jui est Je la loi, » les croyants d'origine juive, poiii- (jiii l'héritage eût été pei'du s'il eût été lié à la loi; « mais nussi pour cellr qui esl de la foi, » les chrétiens d'orij^nne |)aiemie à qui la promesse ne devient accessible (prautani (pi'elle ne di'-pend (rancune condition h'-^ale. I>n voit cpie l'expression emplov(''e ici a un sens tout ditli'ienl de la forme, semblable en apparence, employée au v. h2. Il y a réellement ici deux classes de peisomn's iiidiqui'es, el non pas deu.r

ciiAP. IV, i(i. -i18

qualilès des mêmes personnes. Le second tw est pronom aussi hien qno le premier. On peut objecter, il est \r;ii, qu'iMi désiiiiiant la première de ces deux classes, Paul ne mentionne pas le caractère de la loi. C'est ce qui a l'ait penser à plusieurs qu'il s'agissait ici des Jriifs, dans ce sens : « non pour la postérité qui est de la loi uniquement (sans la foi), d Mais ;q»iés tout ce qui avait précédi', le caractère de la foi était naturellement impliqué dans le terme môme de poslcrilc d'AhralKim . Pour hien comprendre l'expression de l'apôtre, il faut l'aire porter le [xovov, sculcuicnl, non sur le réiiime i/. toO vo[;,o'j, de la loi, mais sur la locution tout entière : tÔ) iv. t-jO votj.ou, celle-là seulement (jui csl de la loi : c'est ce que montre la position du x.at, aussi, devant le second tco : « non seulement la postéi'ilé (croyante) juive, mais aussi la postérité croyante païenne. » Le caractère de la loi est expressément relevé chez ces derniers, parce qu'il se présente chez eux dégai>é de toute enveloppe légale et comme leur unique titre à taire partie de la descendance d'Ahraham. — Les mots : qui est le père de nous Ions, résument tout le développement précédent ; oç, qui: qui, en vertu de ce lien de la foi qui nous unit, est le père de nous tous, le tronc d'où procèdent les deux hranches, juive et païenne, des justifiés et des héritiers du monde. — Mais après tout cela, un Juif ne pouvait-il pas dire: «C'est hien; mais pour que ce plan divin se réalisât, il a cependant fallu qu'il y eût un Israël, et pour qu'il y eût un Israël, il a fallu qu'il naquît un Isaac. Or, ce fils est né à Ahraham par la voie de la naissance physique, naturelle; et qu'a de commun ce mode de naissance avec la justification par la foi?» Et voilà en un instant le domaine conquis par l'apôtre reconquis par l'adversaire. *< Ou'a ohtenu Abraham par la chair?» avait demandé l'apôtre, v. 1. 11 a ob-

MA LA .II:STIF1(;ATI0N I'AH la KOI

tenu son fils Isaac, pouvait répomlre le Juif, par conséquent le peuple élu, par conséquent tout. Un espi'it aussi familiarisé que celui de F^iul avec les pensées du cœur israélife ne pouvait nétiliger ce côté important du sujet. Il entre dans cette troisième discussion aussi hardiment que dans les deux précédentes, et, sapant par l'Ecriture la dernière racine du préjugé judaïque, il démontre que la naissance d'isaac, non moins que la grâce de la justification et la promesse de l'héritage, a été un don accordé à la loi. Il est ainsi hien prouvé qu'Ahraham n'a rien obtenu par la chair ; (jiiod cmt demonstrundum (v. 1). Telle est l'idée du troisième morceau V. 17-21, préparée par les derniers mots du v. 10.

Le récit scrij)turair(,', (hjnl le souvenir est censé présent à l'esprit de tous les lecteurs, prouve que le premier héritier des promesses est né, non comme un fruit de la chair, mais grâce à la foi d'Abraham.

V. 17 : »( selon qu'il est écrit: ^( Je t'ai établi père d'un grand nombre de peuples, >• en présence du Dieu auquel il crut comme à celui qui vivifie les morts et qui appelle comme étant les choses qui ne sont pas; » — La première propos, de ce v. jnsiilio le titre de père de nous tous, donné à .Vbraham, par la parole Gen. XVI, 5. C'est ici le moment où Dieu substitue au nom d'Abram (père élevé) celui d'Abi'aham (père d'u)ie uiultilude) et où il motive ce changement en disant : ^^ Car je l'ai établi père de peuples nombreux. )> Plusieurs pensent que dans le sens de FA. T. celle expression ne s'applique qu'aux tribus Israélites. (Juelques-uns consentent à y faire rentrer encore les autres peuplades descendant d'Abraham. iMais cette extension est contraire à la limite tracée Gen. XXI, 1::^ : a C'est en Is(nic que sera appelée la postérité. »

CM. M'. IV, it;-i7. 4-15

Oiianl au premier sens, il est (liflicilc fie croire que le re- 'jianl de Dieu, quand il disait à Ahi'aliaui : « Ta postérité sera nombreuse connue les étoiles du ciel,» ne s'étendit pas au-delà des limites du peuple d'Israël. Dieu ne lui avait-il pas dit déjà: ce Tontes les fcniiilles de la terre seront bénies (ou se béniront) en toi. » — Mais il y avait dans cette parole divine une expression que semblait contredire positivement la réalité : Je t'ai établi . (îonniicni Dii'u pouvait-il parler, comme d'un fait déjà accompli, d'une chose qui ne devait se réaliser que si longtemps après? C'est précisément de cette expression paradoxale que l'apôtre se sert pour pénétrer jusqu'à l'essence de la foi d'Abraham. Aux yeux de Dieu, le patriarche est déjà ce qu'il doit devenir. Eh bien, Abraham n'hésite pas à se placer au point de vue de la pensée divine et à s'envisager comme étant déjà ce que Dieu affirme qu'il deviendra. Tel est, si nous ne nous trompons, le sens de la parole suivante, assez diversement expliquée : en présence du Dieu auquel il crut. Plusieurs rapportent ce régime en présence de... aux mots qui précèdent la citation biblique : qui est le père de nous tous; c'est-à-dire : « qu'il l'est aux regaids (ou au jugement) du Dieu auquel Abraham a cru. d Mais ce verbe qui est au présent se rapporte dans l'épître au moment où écrit l'apôtre et non à celui où l'Eternel s'entretenait avec Abraham. Il faut donc rapporter ce régime : en présence du Dieu..., à : je t'ai établi, en tirant de ce verbe actif l'idée passive : et il fut établi tel en ce moment, aux yeux de Dieu. Abraham, en vertu de sa foi, était là déjà, aux yeux du Dieu qui lui parlait, ce que la promesse devait le faire devenir un jour. On résout de deux manières la construction y.a-c'vavTi où Gsou. Les uns l'expliquent ainsi : /.ars-

vavTi ToO Oeo'j y.axévavTi où s-tcTeuas (en présence du Dieu en présence duquel il crut). Les autres : /.aTc'vavTi toO Geou

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