H» LA JlISTinCATION l'A H LA Fol
oj ÈTTi'STsurre (en présoncf; du Dieu Jiuquel il crut;. La première solution (Je rfilliaeliori t;sl peut-être pins conforme à l'usa'pio t^rce (quoiqu'il rn; l'ailli' pas citci en sa faveur, comiiH! le fait Meye?', Luc J, i, (|ui s'explique mieux autreruenl); mais elle ne présente pas un sens bien convenable. Autant il est naturel de rappeler qu'.\braliam chiil lu en pr(''senci; d(; Dieu, autant il est su|ii'rtlu de mentionner eu (jutre cpie ce l'ut eu sa présence <jiiitcrul. La seconde soliiliou, (juoique moins usitée quand il s'ai^^il d'un datif, n'est contraire ni à la grammaire, ni à lusaiic du i^rec classi([ue; et l'iiii-e qu'elle exprime est liitm plus simple et plus conforme au contexte: « le Dieu auquel \l crut comme à celui qui rcssutnile t;\ (iji/ii'lle,y> ces deux jiarticipes expiimaut les deux attributs de l'èlre divin auxquels la foi d'Abrabam s'attacha en ce moment décisif où Dieu faisait la jtromesse. — Deux .Mjj. F (1 et la Desciiito lisent irwTS'j'îa:, lu u.s cru. Erasme avait admis celle leçon dans ses premières éditions; elle a passé dans la traduction de Luther. On voulait faire ainsi de ces mots une contimiation de la citation. Le mieux sei'ait dans ce cas d'ex[)liqucr lex.a-revavTi o-j dans le sens de stv6' oj : « en raison (le ce que lu as cru. » Mais ce sens est sans exemide, et celte leçon n'a pas l'ombre de vi-aisemblance.
Le premier des deux at!ribiiL< divins est celui de /■//■/fier ou de ressuaciler. On l'a appliqué parfois i\i\i'< faits qui n'ont aucun rapport direct avec le contexte, comuie la résui'rection {\cs nioris, spirituellement p;tihuil i()ri(ii'ue, Olslnnisctii, ou la conversion des païens lEu'al(1l.in\ iiK'me le saciilice d'Isaac {Knismc, Mduijdldi. Mais je \. |!l ne dit-il pas clairement quelle est la pensi-e de l'apiilre? ('/est dans la personne même du palriar<lie, di-jà centenaire, et de sa feimne pi'csque aussi vieille (jne lui. (piuiie vraie résurrection devait s'opérer |tour (|iie la promesse s'accom-
CKAP. IV. 17. 417
plîl. — Mais en disant à Ahraliam : Je t'ai cUddi, Dieu se présentait à lui, non seulement comme viviOant ce qui est mort, mais encore comme disposant de œ qui n'est pas. Dans l'explicalion de ce second attribut, on a aussi cherché à donner au mot appeler un sens spirituel (appeler au salut) ! Ou bien l'on a appliqué celte expression à l'acte de la ci'éation : appeler et par là tirer du néant. Mais au lieu de w; ovTa, comme clant, il devrait y avoir dans ce sens ôiç scJp.eva, coMme devant être, ou si; to sïvai, pour être. Le sens simple du mot : inviter à paraHre, suffit pleinement. L'homme appelle à paraître les êtres qui existent; à la voix du maître le serviteur se présente. 11 appartient à Dieu seul d'en agir ainsi avec les êtres qui ne sont pas. Et voilà comment Dieu a parlé à Abraham de cette multitude de nations futures qui devaient former sa postérité. 11 l'évoquait à ses yeux comme une multitude aussi réellement existante que ce ciel étoile auquel il la comparait; car il disait : « Je t'ai établi père de celte multitude. » La négation subjective p-v), devant ô'vTa, exprime cette idée : (( il appelle comme étant ce qu'il sait bien lui-même ne pas exister. » — Les deux partie, présents, vivifiant et appelant, désignent non des actes, mais des qualités permanentes de Dieu. — Ce passage montre admirablement en quoi consiste la foi. Dieu par sa promesse nous instruit de ce qu'il veut faire de nous, en d'autres termes de ce que nous sommes déjà à ses yeux; et nous, faisant abstraction de l'état réel et par un élan sublime prenant la position que nous assigne la promesse, nous répondons : Oui, c'est ce que je veux être, et même je le suis déjà ! Comp. VI, \\. Voilà ce que fit Abraham à l'égard du Dieu qui lui parlait face à face. L'apôtre cherche à rendre sensible cette vraie notion de la foi en analysant plus exactement ce qui se passa dans le cœur du patriarche au moment où
418 LA .II'.STII-IC.ATION l'AK LA FOI
il accomplit celacle auqiK^l devait se rattacher la fonflalion du rètiiie de IJieii sur la terre.
V. 18 : « lequel contre espérance crut sur espérance qu'il deviendrait père d'un grand nombre de peuples^ selon ce qui avait été dit: Ainsi sera ta postérité; s>
— 11 crut à la proinesse, sa loi prenant le caiatleiede l'espérance dans le moment même où loute espérance semblait folie. C'est ici l'idée de la loi telle qu'elle est lormulée Ilél). XI, 1. La différence que l'on statue souvent enire la notion de la foi chez Paul et celle de l'épitre aux Hébreux est donc une fiction. — Le è-i doit se prendre à peu prés dans le mkmiic sens que dans les locutions s-'sLvoîa, /lur bienveillance, itz' é'yôpa, par haine, sttI Çcvia, }iar hospilalilé. — L'expression ei; to yevecôai, pour devenir, ne désignerait selon OUramare qu'un simple résultai. Ce sens affaibli de sic to... n'est pas possible. iJun autre cùté, celte expression ne peut dans ce cas-ci désioner un bul, soit le but d'Abraham en croyant, soit le but de Dieu en le laisant croire; ni l'un, ni l'autre de ces deux sens n'est naturel. Couuiie la construction du verbe -in-v'jv.-i avec la prép. £Îç, ])our désigner l'o/^/e/ de la foi, est trés-usitée chez Paul, c'est celle qui nous parait devoir être préférée ici : « // crut à ce que Dieu lui promettait, à ce qu'il deviendrait
père » — Les versets suivants développent ces deux
notions contre espèi\mce (v. 19) et sur espérance (v. -20 et21).
V. l'.)-:20 : « et sans faiblir en la foi il considéra ' son corps déjà - amorti — il était à peu près centenaire
— et la vieillesse du corps de Sara; -»• mais ayant égard à la promesse, il ne douta point par incrédu-
' Le ou que lit ici le T. II. ;uoc D K I" (1 K L P II. csl retranclié par N ABC Syr. Or. (trad. laL .
* B F G II. Syr. oineltent r^r^ (dcjà), que lisent tous les autres.
GHAP. IV, 17-19. A\{)
lité, mais se fortifia dans la foi, donnant gloire à Dieu,» — Ahralinin est représenté dans ce passage coiriine placé entre rleux puissances contraires, d'un coté, la foi qui a le reoard attaché sur la promesse, et, de l'autre, la vue qu\ s'all;i(li(! aux circonslaiices extérieures propres à anéantir l'espérance. Le Se, mais, du v. 20 annonce le triomphe de la foi sur la vue. — Nous rencontrons au v. 19 l'une des variantes les plus intéressantes dans le texte de ré|)îlre aux liomains. Deux d'cMitre les trois lamilles de Mss., l'occidentale et la byzantine, liscnl la négation où devant y-aT£vor,G£v : « il ne considéra pas. y> Il l'audrail dans ce cas rendre la force de la négation subjective [j-rl devant, le partie, âcôsv/i'jaç (aya)U faibli), au moyen de la conjonction parce que : « Parce qu'il ne faildit pas... il ne considéra pas... , il ne jeta pas même un l'egard sur » Ce
sens qu'admettent Meyer, Beuss, Oltramarc, est bon en soi. Mais il ne répond pourtant pas au vrai sens de la négation [v/t. Voir Weiss et, Hofmann. Gomme l'observe le premier, Abraham ne peut être représenté comme réfléchissant lui-même sur le mode d'action de sa propre loi. 11 eiJt donc fallu la négation de fait, oùx àaôevrirraç : « n'ayant point faibli, il ne considéra pas... » 11 faut donc adopter la leçon alexandrine qui retranche le où : « il considéra.» La fermeté d'Abraham, d'après l'apôtre, consista non dans ce qu'il ne regarda pas, mais au contraire en ce que, tout en regardant, il ne faiblit point. iiSans faiblir... il regarda. » Cette leçon doit d'autant plus être préférée qu'elle se trouve dans les deux plus anciennes versions, ritala et la Peschito. — On a allégué en faveur de l'autre leçon le passage Gen. XVII, 17 : « Abraham sourit en son cœur, disant : Naîtrait-il un fils à un homme âgé de cent ans, et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, aurait-elle un enfant? » Parole qui aurait donné lieu, dit-on, au retran-
chemcnt de la négation. La chose ne serait pas impossible, sans doute; mais une fois que l'inauthenticité du oj paraît démontrée par des autorités suliisantes, l'accord un peu plus facile de celte leçon avec le récit de la Genèse ne saurait être une raison pour la rejeter.
V. 20. Le 7nais annonce le contraste avec le doute qui eût si facilement pu résulter de la vue. — La vraie antithèse de cet affaiblissement possible de la foi se trouve dans le second verbe, ève^uva[;.co6r,, il se fortifia. Seu\emcn[, avant d'énoncer cette idée, l'apôtre éprouve le besoin de rappeler encore expressément l'idée de l'incrédulité qui eût pu se produire chez Abraham : « il ne douta point par incrédulité. » Le rég. si; Tr,v è-ay/eAiav, à l'égard de la -promesse, placé en tète, porte également sur les deux verbes il ne douta point et il se fortifia. A mesure qu'il considérait la décrépitude et de son corps et de celui de Sara, se tournant d'autant plus vers la promesse, il ne douta pas..., mais se fortifia. Le complém. de Dieu explique ce qui donnait une telle puissance sur lui à la promesse. Pour le sens du tïc, comp. Act. XXV, 20. — Le verbe ^laxcive'jôa',, douter, signifie propr. se partager, se diviser soi-même en deux hommes, l'un qui affirme, l'autre qui nie, l'un qui espère et se livre, l'autre qui attend pour voir : « mais à l'égard de la promesse, il n'y eut en lui aucun partage. » Dans le rég. par incrédulité, le substantif grec est précédé de l'article : par /'incrédulité; celle qui est ordinaire chez les honunes. — Le à>.>.a, mais, est forlemont adversatif : « mais tout au contraire. » Il oppose énergiquement l'idée de la force puisée dans la vue de la promesse à la faiblesse résullaiit du doute. Le vei'be £v£^uva[jt.to9r pourrait se traduire comme passif: il fut fortifié: comp. Iléb. \1, 3-4; mais il peut se prendre aussi dans le sens moyen et réfléchi : il se fortifia, se renforça; Act. IX, 22; Eph. VI,
10. L'anlilhèso du f^.a/tpiGyivai, douter, parle pliitôl en laveur de ce sens moyen. La promesse contemplée le lit croître en force intérieure (le èv, dans la composition du verbe), tellement qu'il put ainsi braver le spectacle décourat>eant que lui oflVait la vue. — Dans la l'" éd. j'ai rapporté le réiï. TTiGTet, par ou dans la loi, au partie, qui suit : «.donnant par la foi gloire à Dieu. » Mais la locution donner yloire à Dieu étant dans l'Kcrituie une expression en quelque sorte technique, il vaut mieux la laisser telle qu'elle est, sans y rien ajouter, et par conséquent rapporter le datif riGxsi, à : il se fortifia; non dans ce sens : qu'il se fortifia par la foi, mais plutôt : par rapport à la foi, dans la foi qu'il possédait. C'était le regard fixé sur la promesse (et; t-/iv eTvayye^.tav) qui faisait cela. — L'homme a été créé pour glorifier Dieu. Il devait le l'aire par son obéissance ; mais il a échoué dans cette tâche ; et c'est maintenant en cioyant qu'il peut accomplir celte glorieuse destination. Donner gloire à Dieu signifie dans l'Ecriture : rendre hommage, en parole ou en action, à l'un ou l'autre des attributs de Dieu ou à sa perfection en général. Dans le cas d'Abraham, l'hommage consista dans l'inébranlable confiance dont il fit preuve à l'égard de la fidélité de Dieu à sa parole et de sa toute-puissance pour la tenir; c'est ce qu'indiquent les deux v. suivants.
V. 21 et 22 : « ^ étant pleinement convaincu que «e qu'il a promis, il est aussi puissant pour le faire. 22 C'est pourquoi aussi - justice lui fut imputée. » —
n"Xyipù(pop£tv, remplir un vase jusquau bord; ce mot employé au passif et appliqué à une personne désigne une conviction qui ne laisse plus place dans son cœur au moindre
* E F G II. ometlenl ici le xat (et) que lisent tous les autres. '^ B D P" G Syr. omeUenl /.at (aussi) après oio.
422 LA .ILSTIFiCATlON PAR LA FOI
iloute. La relation entre les li'ois verbes : ii ac furUfia..., donnant..., t'ianl œnvaincu... est donc celle-ci : «En se fortifiant dans sa foi, il lit un acte qui contribua à l'honneur de Dieu par la conviclion inébranlable de la fidélité et de la toute-puissance de Dieu dont il fut la preuve.» — On peut donc omettre le premier /.ai avec quelques byz. comme aussi le maintenir avec la plupart; cela ne modifie pas réellement le sens. Quant au second, devant -oiT.ca-., il fait ressortir la relation inséparable que la perfection morale de Dieu établit entre son dire et son faire, il ne prometirail pas ce qu'il ne se sentirait pas le pouvoir de tenir.
V. 22. C'est ici le résumé de tout le développement renfermé dans ce chapitre, comme transition à l'application. Le <^to, à cause de quoi, siirnifie que la valeur justifiante que Dieu attacha à la foi d'Abraham provint de l'hommage qu'elle renfermait à son caractère moral et à sa puissance. Et le /.at, aussi, s'il est authentique, fait ressortir la corrélation entre la manière d'agir de Dieu et celle du croyant. Il y a ici comme une divine revanche: «Ta loi a été ma gloire; j'en ferai ta justice, » sans {louitant que la moindre nuance de mérite vienne troubler la noble pureté de celte relation. Ce n'est donc pas arbitrairement que Dieu a choisi la foi connue le moyen de la justification. — On peut faire du verbe -ig-vjcoli sous-entendu le sujet de èXoyîcOr. ou voir dans celui-ci un verbe impersonnel : <t il y eut à son égard imputation de justice. » — Ainsi nous sommes ramenés au siiji'l essentiellement traité dans ce chapitre {hjusli/icalion d'Abraham) et à la citation du v. .]. Et de là l'ajtitlieation aux croyants actuels, v. 2o-25. i. V. 2:î-25.
V. 2:{ et 21 : « Or, ce n'est pas seulement pour lui qu'il est écrit qu'imputation lui a été faite, - i mais
ciiAP. IV. 2\--ii. A^2:]
c'est aussi pour nous, à qui imputation doit être faite, à nous qui croyons à celui qui a ressuscité Jésus, notre Seigneur, d'entre les morts;» — L';ii»<)lic (lét'at;e de rcxciii|il<' (rAliialiaiii un principe permanent qu'il applicpie aux (M'oyanls île la nouvelle alliance. Le <^e, or, marque ce progrès d'Abraham à nous. — Le rég. ^l'aù-rov, pour lui, pi'opremenl : en raison de lui, ne siirnifie pas : à fioii honneur (Bi'ie, Tholuck), mais: en raison de ce qui s'est l'ait à son égard. La justificalion d'Abraliani était déjà mentionnée dans l'histoire de ce patriarche en vue de la place qu'elle devait prendre dans celle de tous les croyants.
— On iteut doMMcr })Our sujet au verbe D^oyiaGy] le iriot TziGzvjziv (croire) sous-entendu, ou bien l'envisager, ainsi que dans le v. suivant, comme verbe impersonnel : « il y eut imputation de juslicç faite à son égard. »
V. 24. Kal (il r,y.àç : (( aussi en raison d(^ nous, » en tant que nous devons, nous aussi, être justifiés par le môme moyen. — Le toi; tcittsuouciv, à nous qni croyons, rappelle simplement l'identité du moyen dans les deux cas.
— Et ce n'est pas seulement le moyen subjectif, la foi, qui est identique, c'est aussi V objet de la foi. Cet objet n'est pas proprement, comme on pourrait le conclure de ce qui suit, le fail de la résurrection; c'est Dieu lui-même ^m' ressuscite. Gomp. Col. Il, l':2 où l'apôtre s'exprime absolument de la môme manière, et nos remarques sur le vrai objet de la foi d'Abraham, v. .S; comp. aussi le v. 17 où Dieu a été désigné, en tant qu'objet de la foi d'Abraham, comme celui qui vivifie les morts. 11 faut se garder d'isoler ici la toute-puissance qui ressuscite, de la grâce au service de laquelle elle opère et de l'œuvre du salut qu'elle travaille à accomplir. Si l'apôtre rapproche, comme il le fait, l'acte de Dieu par lequel il a fait naître Isaac, de celui par lequel il ressuscite Jésus, c'est que ces deux actes di-
vins sont l'un avec l'autre dans une relation étroite, l'un comme principe de l'histoire du salut, l'autre comme consommation de celle histoire et réalisation du salut luimême. Ces deux anneaux extrêmes de la même chaîne se touchent par leur essence même. En faisant naître miraculeusement Isaac comme père du peuple élu, d'où devait sortir le Christ, iJieu préludait à la manifestation plus extraordinaire de son pouvoir de vivifier en la personne du Christ lui-même. Le second de ces deux actes était donc naturellement renfermé dans le premier. — Le partie, passé syeipavTa, qui a ressvscilé, montre la différence entre la foi d'Ahraham et la nôtre. Ahraham a cru à un fait promis; c'est pourquoi sa foi a eu le caractère de Y espérance (v. 18). Nous croyons à un fait déjà accompli ; c'est pourquoi notre foi a le caractère .de la possession.
V. 25 : « Lequel a été livré à cause de nos offenses et a été ressuscité à cause de notre justification. - — Ces mots ex|)li(}U(')il la raison en veilu di' liKindle la justification nous est acquise par la loi à racle de résurrection opéré par Dieu en la personne du Christ. C'est que le salut lui-même est renfermé tout entier dans cet acte. Nous le saisissons donc à mesure que nous saisissons la résurrection dans son véritable sens. — Le sujet de l'acte de livrer est éviih'nimenl Dieu. Peut-être y a-l-il ;ilhisi(Mi à Es. LUI, H: «Son à me a été livrée (Tcaps^oOr.) à la mort; » comp. iîom. Vlll, 32; ce qui n'empêche pas que dans un autre sens il ne puisse être dit que Christ s'eM livre lui-même (Gai. II, 20; E|)h. V, 2). C'est le décret du Père qu'exécute le Fils, mais librement. — La prèpos. 8\di, en raison de, se rapporte à la nécessité morale de la moit du Uédem})teur. Celte nécessité provient du fait de nos peehes : TOi —y.^%—-i'i\j.oL-y. : les (/e/('A' de lu'clie. les cliules particulièi'cs et iiidiviiluelles (nos}. Connue il a eti' dit
m, 25, ces péchés que Dieu n'avait pas punis immédialemcnt par la mort violcnlo (I(îs coupables, ont dû aboutir un jour à une uianilestalion éclalanle de la justice, c'està-dire du droit de Dieu, afin que sur ce Ibndenienl d(; la justice manifestée, du droit rétabli, le pardon pût intervenir sans avoir pour eflel une déchéance plus profonde. — Mais comment se rattache à ce j)remier acte divin le second, dont il s'agit essentiellement dans le contexte, celui de la résurrection du Christ? La plupart des interprètes prennent le second r^iâ, en raison de, dans le sens de en vue de. L'apôtre voudrait dire, d'après eux, que Jésus a été ressuscité, afin que notre justification pût avoir lieu. Voici comment on (explique cette relation d'idées. La foi est la condition de la justification; or, la résurrection de Christ est le seul moyen de faire naitre la foi ; car elle seule nous donne la garantie et la preuve que la mort de Christ a été acceptée comme l'expiation de nos péchés. Jésus serait ainsi ressuscité pour que nous croyions à l'expiation et que par cette fol nous puissions être justifiés. Mais est-il permis de torturer cette simple prépos. ^la, de manière à y faire rentrer une série d'idées aussi com))liquée? D'ailleurs cette prépos. ne signifie nullement en vue de; il eût été tout simple de mettre dans ce sens ek ou ÙTcÉp. Oltramare cite sans raison pour prouver un emploi analoo-ue du ^la 2 Cor. XllI, Kl et 1 Tirn. 1, IG, deux passages dans lesquels le ^là toOto, à cause de cela, porte sur ce qui précède (comme cause morale), et nullement sur le afin que(\m suit. Enfin, à supposer même que dans quelque autre contexte le ^la pût se rapporter au lut de l'action, ce sens serait exclu dans ce cas-ci par le parallélisme de ce second ^ly. avec le précédent qui exige impérieusement que le même sens soit donné à cette proposition dans les deux cas. Oltramare pense que Paul, en subs-
126 LA JUSTIFICATION l'AK LA FOI
liUiant è'Ah tic dans ce cas, a voulu donnera la phrase (( uni- l'orme parallèle qui ne manque pas d'éléfrance, » et X qui sied bien poui' clon* un para^çraphe. » Nous douions fort que le style de Tapôlre ail jamais été déterminé par des considéralions rliétoriquc'S. D'aulres pensent que Paul a sacrifié à « la manie du parallélisme » en réparlissanl ainsi l'accomplissemenl du salut entre les deux faits de la morl el de la l'ésuiMeclion de Jésus. Un ]»eu plus de confiance en la puissance pneumatique de l'apôtre eût sulli pour écarter toutes ces suppositions, f'renons ses expressions telles qu'elles sont là. Elles si'^mifient que, comme nos péchés o)it morali.MiM'iil ahoiiti à la mort du Christ, ainsi notre justification (/ moralement abonli à sa résurrection. Notre condamnation l'avait tué; notre justification l'a ressuscité. Voilà le sens net de sa parole. Une pareille pensée est-elle incompréhensible et inadmissible? Bien loin de là; c'est par elle que nous pénétrons dans l'essence la plus prol'onfle du fait rédempteur. La justification objective de rimmanité pécheresse a été prononcée par liieu sur le l'ondement de la mort expiatoire du Christ, comme base pleinement suffisante d'un pardon saint. Celte mort une fois accomplie, une dédaiation de justice a donc été rendue une fois pour toutes en faveur de tous ceux qui s'approprieraient cette expiation par la foi ; et c'est en vertu de celte sentence divine (l'acte divin de la (îixaûaciç), que Christ est ressuscité. Non seulement, en elTet, son retour sur la terre n'eût pas eu lieu, si Jésus n'avait pas eu la bonne nouvelle du pardon à nous appoi'ter : «Etant venu, dit s.iinl l';iul, il nous a annoiui' la paix p (F^pli. 11. I7i. Mais Jésus n'eût pas même }ni ressusciter si la justification objective de l'humanilé n'eût pas été prononcée à la suite de sa mort. Car la victoire sur la moil suppose la victoire sur la couilanmalion du péché
CIIAP. IV, "25. •4'27
(1 Cor. XV, 56). Par conséquent, si la résurreclion de Jésus (!sl, couiiiie on le dit avec raison, la preuve do l'absolution du monde obtenue, c'est qu'elle est /V//J'/ de celte absolution. Notre condamnation a été la cause de la mort du Christ; c'est notre justilicaliou (pii h- lamène à la vie. Car sa dette, c'est la nôtre. Celle-ci accjuittée, notre répondant doit sortir de la j)rison du tomb(;au où il n'est descendu que pour nous. Tel est le lien de solidarité, l'entrelacement étroit, si j'ose ainsi dire, ([ue le plan (li\in avait t'tabli entre nous et notre Christ, entre son sort et le nôtre. — Ce n'est donc pas au lait de la résurrection seulement qu'il faut croire pour être justifié par la foi, c'est au Dieu qui a ressuscité le médiateur après avoir accepté sa médiation et qui déclare par cet acte notre condamnation enlevée. Si la mort de Christ est le paiement de notre dette, sa résurrection en est la quittance, dont la foi s'empare et se prévaut. On comprend par là le progrès de la position d'Abraham croyant à celle du chrétien croyant. Comme Abraham, malgré la mort qui déjà l'envahissait^ s'était reconnu père avant de l'être, sur la simple promesse divine (i(Je t'en établi... »), ainsi le croyant, tout en se reconnaissant condamné en lui-même, se voit justifié et vivant en Christ ressuscité, et il lui est fait selon sa foi. L'objet de la foi pour Abraham n'était pas encore le salut lui-même ; c'était un fait qui n'en était que la condition historique, tandis que pour le chrétien, l'objet de la foi, c'est le salut pleinement accompli. C'est pour cela que sa justification prépare son cœur à de toutes autres conséquences que celles que pouvait avoir la justification d'Abraham et des saints de l'ancienne alliance (ch. VI à
viin.
11 faut donc bien se garder, si l'on ne veut pas effacer des Ecritures leur plus magnifique révélation, de donner
ici avec plusieurs interprètes, Dôtli)ujer, p. ex., au mot âtxauociç, jualificalion, le sens entièrement arbitraire de sanctification : Jésus a été ressuscité en vue de notre amélioration morale ! Il ne faut pas non plus introduire avec plusieurs exégètes (Calvin, Tholuck, Philippi) dans la notion de la résurrection celles du règne céleste et de l'intercession du Christ, faits étrangers au contexte. La résurrection de Christ est présentée ici dans sa relation, non avec l'existence glorieuse qui suivra, mais avec sa mort. Ainsi est donc pleinement démontré l'accord de la justification par la foi avec la loi et les prophètes. Cette vérité fondamentale de l'Evangile, sommairement é-nowc^je III, i\. ^lit, a d'abord été replacée sur sa base historique, l'œuvre de Dieu en Christ, III, 23-26; puis elle a été confirmée par son accord avec l'A. T. (avec l'esprit de la loi, III, 27-.j1, et avec l'exemple d'Ahrahaui, IV, 1-2-i). Une question cependant pouvait s'élever encore : Celte justice de la foi .•^ulfiia-t-cllc pour nous sauver au jour suprême? Saint Paul lui-même n'a-t-il pas appelé le jugement un juste jugement, déclaré qu'il aurait lieu selon les œuvrer et que celui-là seul (pii aura accompli la liti sera justiliè en ce jour-là (II, 5-0; 10. 13)? Le sujet de la justification n'était pas épuisé, tant que celte question si grave restait en suspens. L'apôtre y consacre donc ce dernier morceau qui clôt l'exposé didactique (le la jusliliealidu par la foi.
Xle MORCEAU (V. l-iU.
La certitnile du salut final pour les croyants.
Le tilriî (]ne nous venons de donner à ce morceau suflil j)0ur indiquer la dillV'rence entre l'idée que nous nous en faisons et celli' (pii règne iMi gc-ut-ral dans les coiiinii'n-
tairns fil dans les explicalions pratiques. On trouve ortlinairernenl ici le comincnceinenl du tableau des fruits de la juslilicalion, à savoir: \a paix v. 1, V espérance de la gloire v. 2, la patience v. 3 et suiv., cl le scntinictit de l'amour de Dieu v, Setsuiv.*. Mais si le passai>e V, 1-11 était réellement destiné à ce but, pouiquoi le séparer, par le parallèle d'Adam et de Cbrist, du cliap. VI, où la sainteté est présentée en elï'el comme le fruit de la juslilicalion? Un passage aussi capital que ce parallèle ne peut jouer le rôle de simple parentbcse. Or, il n'y a aucune ex[)lication logique de la place qu'il occuperait enli'e la paix et la sainteté, et Reuss auiait raison de pi'étendre dans ce cas que l'ordre systématique laisse à désirer dans notre épitre (Gesch. cl. N. Tliclten Schr., ^ 108). Pour échapper à celle difficulté. Lange et Schaff, suivant l'exemple de Rot/ie, terminent avec le v. Il l'exposé de la justification, et le parallèle des deux Adams commence selon eux le sujet de la sanctification. Mais nous exposerons les motifs qui nous empêchent absolument de rattacher le passage V, 12-21 a ce qui suit (VI- VIII). Pour le moment, nous rendons seulement les lecteurs allenlifs à la particule 8'.x
' Calvin : « l'apôtre commence à démontrer par les effets ce qu'il a affirmé de la justification. » — Tholuck intitule ce passage : « l'influence bienfaisante, patliologico-religietise, de ce moyen de salut. » — OIshausen : Des fruits de la foi. tout en ajoutant que l'apôtre pe pouvait sans doute qu'esquisser ici ces conséquences de la toi, mais qu'il les dévelo[)pcra plus lard. Philippi : « Les conséquences bienfaisantes de la justification. » Reuss dit : « Ce morceau signale les etTets de la justification sur l'homme qui en est l'objet. » Lange et Schaff : «Le fruit de la justification. « Hodge : «Les conséquences de la justification : io la foi; 2° le libre accès auprès de E)ieu ; 3° nos afflictions, auxiliaires de i espérance: 4° la certitude du salut final. » Renan dit: «Le fruit de la justification, c'est la paix avec Dieu, l'espérance, ^t par conséquent la patience. « Hofmann résume ainsi : <> Entrons dans cette relation de paix avec Dieu dans laquelle nous avons l'espoir de la gloire, la consolation dans les é()reuves, l'amour pour Dieu et la certitude de la délivrance de la colère finale. »
/|-30 LA .irSTlFlCATION l'Ai! LA FOI
ToùTo, à cau>ie de cela, v. 1-2, qui ouvre ce parallèle elle lie étroitemenl à ce qui précède. Quant au désorflre que M. Iicuss alliihuf.' à l'enseignement apostoliqu»;, >airil l'.nil en est conij)lèlernenl innocent, (lar il n'a jjas du tout songé à exposer, dans le morceau que nous allons étudier, les fruits de la jusiilication ; il acliève sinq)lemfint, comme nous l'avons dil, de traiter le sujet de la juslificalion ellemême. Il porte ses regards sur l'avenir de luttes, d'épreuves, de chutes même, qui s'ouvre devant l'àme justitiée, et il se demande : que lui arrivera-t-il au tf.'rrne? Notre justilicalioii actuelle ne viendra-t-ellc pas échouer «outre r<'( ii.'il du jugement? Le sentiment de la colère divine existe au plus jjrolond du cœur de l'Iionmit'; un rien sul'til pour le l'aire renaître. Lejustitié peut-il être àTahri de toute anxiété, et s'assurer qu'au jour de la justice la colère ne se rèveillei'a pas? comp. v. 9. LaixMre répond: La justification obtenue par la foi ne nous léra certainement pas délaut au jour suprême; et c'est à démontrer cette vérité consolante qu'est consacré le passage suivant, qui est comme le point final apposé à l'enseignement de la justification par la foi. — Ainsi qu'il le fait d'ordinaire, Paul résume dans les deux premiers versets l'idée qu'il développera dans la suite du morceau.
V. 1 et "2 : « Ayant donc été justifiés par la foi, nous possédons ' la paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ, 2 par lequel aussi nous avons obtenu - accès à cette grâce dans laquelle nous sommes ; et nous nous glorifions dans l'espérance de la
' Le T. l\. lit r/oijL$v (nous avons) avec FG P et, de plus, le premier correcteur de N et le lroi>ième de H. Les huit autres Mjj. II. Syr. lisent £-/(o[j.ev (ayons).
* Les mots Tr, r.i'^-zei (par la foi) sont ajoutés ici par ("- K L t' .n\ r.
— A lit: £v tr -ta-r£i.
cil. M'. V. I. ^M
gloire de Dieu. » — Si ce que nous venons de dire est exact, la vcrilahle pensée de ces deux versets ne se trouve pas encore tout entière au v. I ; pour l'avoir complète, il l'aul ajouter au â'/oy.ev, nous (irons, du v. 1, le /.ai v.yMfô)p.£ra, et nous nous (glorifions, du v. "1. La première de ces idées sert de fondement et de transition à la seconde : « .louissaul de la paix avec Dieu, nous nous [glorifions de l'avenir qui nous est assuré auprès de lui. -o — Le |)ai'tic. aor. (^ix.aiwOivTe;, étant lié au présent é'/op.ev, doit se traduire par le partie, passé: tn/nnl été justifirs ; c'est un fait pleinement accompli en vertu de l'acte simple de la foi. Par là nous nous trouvons ])lacés dans une nouvelle relation avec Dieu que l'apfMre formule litt(''ra!ement en ces termes : «Nous avons paix par rapport à Dieu. » La prépos. TCpo:^ par rapport à, indique que Paul ne pense pas seulement à un sentiment subjectif de paix, de sécurité; mais à une relation nouvelle, oûjective et active. La colère divine, qui nous barrait le chemin, ayant fait place à la sentence de justification, la réconciliation est conclue; la paix règne, de Dieu à nous d'abord, puis de nous à Dieu. Comp. pour le -poç indiquant la relation morale Act. Il, 47, et les exemples du grec classique cités par Meyer. — L'intermédiaire de cette relation nouvelle est et reste le Christ qui nous y a introduits. 11 ne s'agit donc point dans ces mots : par notre Seigneur Jésits- Christ, de son œuvre d'expiation, mais de la médiation constante que Christ exerce en faveur des fidèles eux-mêmes ; comp. au V. 10 l'expression: par sa vie. Paul veut parler de l'activité du Christ glorifié par laquelle il entretient la relation nouvelle entre Dieu et le fidèle fondée sur sa mort. C'est ce que confirment les termes suivants: par lequel aussi (v. % où le mot aussi force à donner à la médiation dont parle le v. 1 un sens différent de