CHAP. V, G. A/A
ici spécialement? Il faut rapporter ce régime à aTréOave, est mort, et traduire : au moment fixe ou cm bon moment. Dans le premier cas Paul dirait: «au ynonient fixé f/'«fawce par la sagesse divine; » ainsi Tholurk, Ollramare, Lipsius. etc. Mais cette idée ne serait pas en rapport assez direct avec celle de rameur divin. Dans le second sens, ces mots font ressortir la parlaile convenance du moment choisi par la miséricorde divine pour intervenir enfin dans l'histoire de l'humanité. C'était l'heure où, d'un côté, le mal étant parvenu à son comhlc, l'humanité ne pouvait plus se faire aucune illusion sur sa misère, et où, de l'autre, l'état donné ne pouvait plus se prolonger et réclamait impérieusement ou le jugement ou le salut. C'était donc bien le xatpoç, le moment parfaitement opportun. — Cette totale incapacité était propre à exciter le dégoût; mais il y avait plus. D'où venait cet état? De la révolte contre Dieu. C'est ce caractère criminel que l'apôtre fait ressortir dans les mots : pour des impies^ qui indiquent le côté positif de la perversité humaine. La maladie excitait le dégoût; l'impiété provoque la colère. — C'est quand nous étions plongés dans un tel état d'impuissance et de rébellion, que la plus grande preuve d'amour nous a été donnée, en ce que Christ est mort pour nous. La prépos. ÙTTÉp, povr, ne peut signifier que : en faveur de. Elle n'implique ni n'exclut l'idée de la substitution (à la place de') ; car elle se rapporte au but, non au mode de l'œuvre rédemptrice.
L'apôtre interrompt ici l'argumentation pour mettre en lumière le caractère tout à fait exceptionnel de cet amour témoigné à fhumanité. 11 compare la conduite de Dieu avec les plus nobles et les plus héroïques preuves de dévouement que présente l'histoire de notre race ; et il nous
lait mesurer la tlislance qui sépare ces actes eux-mêmes du sacrifice de Dieu, v. 7 et 8.
Au V. 7 il suppose, dans les relations d'homme à homme, deux cas, dont l'un serait si extraordinaire qu'on le conçoit à peine (p.oAic, à peine), et dont l'autre est bien difficile à supposer, mais est admissible pourtant ("«ya^ 'peul-êlrc). On comprend diversement la relation entre ces deux exemples. D'après les anciens interprètes grecs, puis Calvin, Bèze, Fritzsche, Meyer, OUramare, etc., le rapport serait celui d'une identité complète. L'expression ùrèp ToO àyaOoO, pour celni qui est bon, dans la seconde propos., ne désignerait pas un autre personnage que le 'j-èp ^'//.aïo'j, pour nn juste, dans la première. La seconde propos, ferait ressortir plus nettement ce reste de possibilité impliqué dans le mot à peine de la première : « A peine quelqu'un inuurni-l-il pour un juste ; je dis : à peine; car enfin je ne nie pas absolument que pour un homme de bien quelqu'un ne consentit à l'aire le sacrifice de sa vie. » Mais si c'était bien là la pensée de l'apôtre, pourquoi substituer dans la seconde propos, au mot ^i/taio'j, le juste, le terme àyaÔoO, le bon (ou le bien)? Celle difficulté est d'autant plus grande que la place donnée au rég. To'j àyaOoO l'accentue fortement et en fait une antithèse de ^'.x.aio'j. Puis, pourquoi faire précéder le mot àyaôoù (le bon ou le bien) de l'article qui ne se trouve pas devant le premier {un juste)? Pourquoi enfin ajouter dans la seconde propos, le mot /.ai, eunue, qui établit une gradation et par conséquent une dilTérence entre les deux exemples cités? — Nous n'igiioions pas la raison cpii a poussé tant d'interprètes à une exj)lication aussi insoutenable; c'est la difficulté de démontrer une distinction suflisante entre les deux mois 8v/.c(.wj, juste, et àyaOoO, bon. IVaprès Ohhausen, le premier désignerait riioniiiie qui ne fait de mal à per-
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sonne; le second, celui qui l'ait le bien positivement, c'està-dire plus que ce que l'on a le droit d'exij^er de lui. D'après de WcKe, l'un serait l'homme sim{)lement juste, l'autre celui qui à la justice ajoute la noblesse. Selon Hodge, l'un est celui qui fait tout ce qu'exige la loi et dont, le caractère commande le respect; l'autre, celui dont la conduite est dirigée par l'amour et inspire l'amour. D'après Ewald, le juste est celui qui est reconnu innocent à l'égard de quelque grief particulier ; le bon, celui qui est irréprochable de tous points. Pliilijijn pense qua \e juste désigne Thonnète homme, et le bo)t l'homme généreux et aimable qui fait du bien à ceux qui l'entourent, au sein de sa famille, de sa ville, de son pays, le pater patriœ, en un mol, et il cherche à expliquer ainsi l'article toO. T/iohick, enfin, par\'ient à une distinction plus claire et plus nette^ en donnant, avec beaucoup d'autres commentateurs, à àyaôoç, bon, le sens d'homme bienfaisant, d'abord^ puis, par dérivation, celui de bienfaiteur. 11 explique l'article par l'emploi rhétorique que l'on en fait dans des locutions telles que celle-ci : /'homme de bien, le philanthrope. Mais, malgré l'énorme érudition déployée par les défenseurs de ces distinctions diverses pour les justifier par les écrivains classiques, l'on n'arrive avec la plupart d'entre elles qu'à prêter à l'apôtre une subtilité, et avec la dernière, la seule qui présente une opposition nette' entre les deux termes, qu'à lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. En effet, pour exprimer l'idée de bienfaiteur, il existe en grec des termes consacrés, ceux d'àyaGoroio;, d'sùepysTYi;. Pourquoi ne pas les employer? Au reste l'adjonction de l'art, ne s'explique naturellement dans aucun de ces sens. Aussi Reuss le sacrifie-t-il résolument dans sa traduction : « il se peut que quelqu'un ait le courage de mourir pour un homme de bien. » — Jérôme et, à son
exemple, Erasme, Luther, Mélanc/iton, ont pris les deux termes : le juste, le bon, dans le sens neutre: la justice, le bien. Mais, quant au premier, ce sens abstrait aurait absolument exiiré l'article; 'j-àp <^i-/.aio"j ne peut si^^nifier que : pour un juste. Mais peut-être cette explication appliquée au second terme nous conduit-elle à la véritable solution. Rien n'empêche, en effet, d'appliquer l'idée de Jérôme, celle du sens neutre, au second des deux termes et de prendre ÛTrèp toO âyaOoO dans le sens de : pour le bien (et non pour le bo7i). C'est l'explication de Rûckert, Hof- Tnann, Lipsius, etc. Seulement il laut se garder d'entendre, avec le premier, le bien, dans le sens de Vutile. L'idée de tout ce passage serait faussée si l'on y introduisait une notion étrangère au domaine purement moral. Le bien ne peut signifier ici, en opposition à àot^sX;, des impies, v. 0, et à àjy-apTwAoi, des pécheurs, v. 8, qu'une cause .Çrt////(' ; par ex. l'accomplissement d'un devoir sacré auquel on saci'ilie sa vie, comme Antigone, ou la défense de la loi divine à la(juelle on reste fidèle jusqu'à la mort, comme les martyrs de l'époque des Maccabées, ou le salut de la patrie pour lequel tant d'hommes se sont sacrifiés, même chez les païens, ou le bien de Ihunianité en général, qui a inspiré tant d'héroïques dévouements. C'est sur cette voie que .lulius Miïller, dans sa Christl. Lehre r. d. Silnde, est revenu au sens masculin de toO àyaOoO, mais en ap})liquant cet adjectif au buu par excellence, à Dieu : <L A peine (luelqu'un mourra-t-il pour un juste : mais pour Dieu, oui, peut-être, cela se présentera. » Ce sens serait excellent et le contraste frappant : ^(. A peine les honnues meurent-ils pour Dieu, l'être parfait, et Dieu fait mourir Christ pour les honnnes impies ! » Néanmoins nous croyons que si l'apôtre eût ))ensê à Dieu personni'Ilciiit'iil. il \'cù[ désigné plus clairement. Kn tous cas, ce dernirr sens se
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rapproche du sens neutre, puisque Dieu est le bien flans le sens absolu du mot. Philippi oitjecle contre ce sens neutre que le contraste avec Jésus tomho, [uiisqu'il est mort aussi pour le bien. Mais ce bien est le salut d'èlres méchants, et par conséquent l'antithèse demeure. — La leçon de la Peschito ûrèp ài^ixiov, pour des injustes, dans la première propos.^ donne un sens très-simple, trop simple seulement et qui émousse complètement la force du contraste avec les termes (Vimpies et de pécheurs dans les v. 6 et 8. Elle est condamnée d'ailleurs par tous les autres documents. — ToT^p-àv : oser, avoir le courage de ; d'où : se décider à. — Kai : c'est un cas qui se laisse encore supposer. — Voilà donc jusqu'où peut s'élever, en quelques cas excessivement rares, le dévouement de l'homme dans ses manifestations les plus sublimes. Sacrifier sa vie pour une personnalité dont le caractère honorable inspire le respect? — à peine! S'immoler au service d'une cause dont la grandeur, la sainteté vous a saisi? — peut-être encore (xai) ! Et maintenant, le contraste entre ces actes suprêmes du dévouement humain et la conduite de Dieu envers nous :
V, 8. Le ^£, mais, indique l'antithèse entre ce que l'homme fait si difficilement, même pour ce qu'il y a de plus digne de son admiration et de son amour, et ce que Dieu a fait pour ce qui ne provoquait que son indignation' et son dégoût. — Sur le verbe cuvicxàvat, voir à III, 5; c'est ici l'acte par lequel Dieu manifeste ou établit pour la conscience de l'homme, d'une manière durable et inébranlable (verbe au présent), la réalité de son amour. L'apôtre dit TVjv éau-ro'j àyaTriv : son propre amour; son amour, à lui, afin d'opposer cet amour à tout autre amour. Dieu ne pouvant regarder au-dessus de lui pour aimer, s'incline vers ce qui est au-dessous (Es. LVII, 15), et son amour va
même, envers ce qui est tout à fait indigne de lui, jusqu'à prendre le caractère du sacrifice. — Oti, en ce que; c'est ici le fil II par lequel Dieu a constaté cette manière d'aimer qui lui est piopre. — Dans le mol ây.apTto//J:, pécheur, la terminaison oAo; indique l'abondance. Ce terme était celui par lequel les Juifs désignaient habituellement les païens, Gai. Il, 15. Le âri, encore, renferme cette idée : qu'il n'y avait pas à ce moment dans l'humanité le moindre progrés vers le bien, propre à éveiller une telle sympathie; elle était encore plongée dans le mal, dans la rnorl spirituelle (Eph. H, 1-7). — Dans ce contexte les mots : Christ est mort pour vous, impliquent l'étroite union qui fait de l'amour de Dieu et de celui de Christ pour nous un seul et même amoui'. Si l'auiour de Christ pour nous n'était pas celui de Dieu, mais celui d'un homme, tout le raisonnement de l'apôtre tomberait. — Il faut remarquer enfin comment Paul place le sujet Bsoç, Dieu, à la fin de la propos, principale pour le rapprocher de l'expression ây-ap- TwT.wv, pécheurs, et faire ainsi ressortir le contraste entre notre souillure et la délicate sensibilité de la sainteté divine.
Dans les v. 6-8 se trouvait la mineure du syllogisme : Dieu nous a aimés mauvais, et dans cet état nous a aimés comme nous n'aimons pas, nous, ce qu'il y a de plus excellent. La majeure serait: Or, celui qui a ainsi fait le plus pour ses oinemis, ne manquera pas île faire /<• moi)i^ pour ses ainis. Vdu\ la supprime et passe directement à la conclusion, tout en y introduisant l'idée île la majeure. Reuss dit pour expliquer la transition du v. 8 au v. 9 : « Enfin l'espérance se fonde encore sur une troisième considération. y> L'apôtre est loin d'argumenter d'une manière aussi iliogicpie et décousue 1