‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 49 sur 55 · CHAI'. V, S-9. AM · texte numérisé non relu

CHAI'. V, S-9. AM

nant justifiés en son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère; 10 car si, étant ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, beaucoup plutôt, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie; » — Le ojv, dune, coiichil île la preuve d'amour (jue nous avons déjà reçue, à l'amour sur lequel nous pouvons complei" à l'avenii'. Le -oVàw p-àlViV est assurément pris dans le sens logique: beaucoup \)\\xicerlainemenl, et non : beaucoup plus (ibondammcnt. — Meyer a raison de dire que la conclusion va, non du moins au plus, mais du plus au moins. Celui qui a fait le plus, et cela pour des ennemis, ne manquera pas de l'aire le moins pour ces mêmes êtres devenus ses afhis. L'œuvre déjà accomplie est exprimée par les mots : ctanl maintenant justifies en son sang. Le mot maintenant oppose l'état actuel de justification à l'état précédent' de condamnation (le : encore pécheurs, de V. 6 et 8). L'état nouveau répugne évidemment bien davantage à la colère finale que l'état ancien dont nous avons été tirés. — Quelle est cette colère âoni il nous reste à être délivrés encore? Celle dont parlait saint Paul II, 5. 6, en ces mots : « le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu ; » la colère du jour où (( Dieu rendra à chacun selon ses œuvres; » comp. 1 Thess. I, 10; 2 Thess. I, 8. Le Seigneur parle, Luc XII, 47 et 48, du châtiment réservé au serviteur, qui, ayant connu la volonté de son maître, ne l'aura pas faite : il sera battu de beaucoup de coups. Sujet de sérieuse vigilance pour le justifié, mais non pas de crainte! Et voici pourquoi : Il y a chez le Christ Sauveur non seulement le sang versé, auquel nous devons notre état actuel de justification, mais encore sa personne vivante, le Christ luinnhne, glorifié, puissant pour faire intervenir des moyens nouveaux en faveur de ses justifiés et conduire à bonne

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fin l'œuvre de salut si bien commencée en eux. C'est là ce qu'exprimenl les mots : « nous seions sauvés par lui (81 a'jToO). )) Com[). VIII, oA : « Lui (|iii est mort, hioi plus qui est ressuscité, qui est à la droili; de Dieu et qui aussi intercède pour nous ; i> Gai. Il, '20 : « .le vis, non plus moi, mais Christ en moi; » Iléhr. Vil, 25: « Etant toujours vivant pour intercéder pour nous; » Jean XIV, 11) : « Parce que je vis, vous vivrez aussi.» Voici donc de nouveau cette double médiation indiquée dés l'abord v. i et 2 au moyen des deux régimes : « par notre Seigneur...» et « par lequel aussi... » Celle qu'indiquent les mots : par lui, correspond à celle du V. 1 ; et celle qu'indiquent les mots : en son sang, rappelle celle du'v. 2. On voit combien est profondément méditée l'œuvre de l'apôtre et que nous ne nous trompions pas en }»réten(lan( que dans ces mots : anous avons... etnous nous glorifions...» (v. 1 et 2 ^), était renfermé tout le développement qui allait suivre.

Le v. 10 n'est réellement (quoi qu'en dise Ollra)nare) qu'une répétition de l'argumentation du v. 9 destinée à la renforcer par de nouveaux traits. Paul rend le raisonnement plus évident: 1» en ajoutant le ferme iVcnnnnis qui rend 1'^/ [urliori de la preuve plus saillant ; 2*^ en substituant au terme de justifiés (v. 9) celui de rcœnciliés qui est en rapport avec celui iVciniriuis ; 3^' en caractérisant la mort de Christ conmie celle du Fils ilc Dieu, ce qui en fait mieux ressortir le prix ; A^ enfin, en expliquant le terme indéterminé : par lui (v. 9), par l'expression plus précise: par sa rie. — Le car provient ilc la continuation (|ue le raisonnement tire de ces divers changements. C'est notre en effet ; comp. la relation entre v. :] et v. 5, dans Jean IIL — Trois degrés sont in(liqu(''s : ennemis, réconciliés, sauvés. L'amour divin, après ikmis avoir l'ail pas^ei" du jtremier au second, nous iVi'a bien pins ct'i'laiiiriiirnt encoi'e

CHAI*. V, '.1-10. Vl-!^

passer (lu second an troisième. — Les termes: infinnes, ùtijncs, péclinns (y. 0 cl 8), sont résnmrs ici dans celui (Venni')nis. Ce mol désigne-t-il l'inimitié de l'homme envers Dieu ou celle de Dieu envers l'homme? haïssant Dieu (Dei osores), ou haïs de Dieu (l)eo odiusi)? La première notion est évidemment insuffisante dans ce contexte. L'inimitié doit appartenir à celui à qui a été attrihuée dés le commencement la colère et à qui elle est attribuée encore dans ce passage même. Car qui pourrait prétendre qu'au V. 9 ce n'est pas de la colère de Dieu qu'il s'agit? OUramare le reconnaît; mais il dit que la colère de Dieu n'est qu'une l'orme de son amour. Ouoi ! même sa colère contre les damnés dans le jugement final? Or c'est de celle-ci qu'il s'agit au v. 9. D'ailleurs quand Paul parle du sang par lequel nous avons été justifiés, il ne songe certainement pas à un changement opéré dans nos dispositions à l'égard de Dieu, mais d'un changement opéré dans la conduite de Dieu à notre égard. Autrement cette mort sanglante aurait dû être appelée par Paul une démonstration à'amour, et non pas de justice ; comp. 111, 25. Sans doute, le mot è)(^Opoç, ennemi, pourrait s'appliquer à la disposition hostile de l'homme à l'égard de Dieu (VIII, 7; Col. 1, 21 ; Jacq. IV, 4). Mais il peut aussi s'appliquer au sentiment de Dieu envers l'homme pécheur; comp. la parole XI,' 28, où le terme ennemi de Dieu est opposé à celui à' aimé de Dieu, et où le premier signifie par conséquent : non aimé, ou haï de Dieu; comp. aussi Eph. II, 3, où les hommes pécheurs sont appelés « enfants de colère par nature. » Il faut évidemment éloigner de cette notion de l'inimitié divine tout alliage impur, tout élément égoïste, et prendre celle haine dans le sens dans lequel Jésus parle de haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, sa propre vie, Luc XIV, 26. C'est la haine sainte, qui frappe tout

ce qui est vraiment haïssable en nous et chez les autres, le mal et ce qui est propre à y entraîner. Et il ne suffit pas de dire ici, comme h' lonl beaucoup d'interprètes, que ce que l)i(ju bail, c'est le péché et non le pécheur. Dieu hait sans doiile avant tout le péché dans le ])écheur; mais le pécheur devient lui-même l'objet de celte sainte haine dans la mesure où il s'identifie volontairement avec le péché et en (ait le principe de sa vie personnelle. Aussi lontitemps que ce développement n'est pas achevé, le pécheur est encore, il est vrai, l'objet de la compassion divine, parce que Dieu discerne toujours en lui le trait primitif de sa créature destinée au bien. Mais la simultanéité de ces deux sentimenis de désapprobation et d'amour, dont XI, 28 nous offre un exemple trés-IVappant, ne peut appartenir qu'à un état de transition. Au terme de son développement en bien ou en mal, riiomme est identifié avec le principe du bien ou celui du mal, et l'un des deux sentiments doit seul demeurer en Dieu (voir à 1, 18). Nous maintenons donc, comme notion fondamentale dans le terme ennemis de Dieu, celle de l'inimitié divine; mais nous pensons qu'à cette notion se rattache nécessairement, comme son corollaire, celle de l'inimitié de l'homme contre Dieu. Notre cœur repousse l'être qui nous repousse. C'est dans ce double sens que se prend, dans le langage ordinaire, le mot enneuti. 11 implique une réciprocité; comp. l'expression àv £-/^Opa ôvts;, employée île Dilate et d'ilérode (Luc XXlll, H). — l'ne question analogue s'élève sur le sens de l'expression /.x-r.u.xyr.iKv^ tw Ô£(o, nuiis avu)ts clé rccuncHics avec Dieu. Kst-ce riiomme seulement que Dieu ramène à de meilleurs sentiments par rapport à lui? Ou est-ce Dieu lui-uiême qui change sa colère en amour vis-à-vis de llmiiiiiu^? (Irannuaticalemenl, le teruie <i:\i\' [teruiet les ileu\ sens; couip. 1 i'.ov. \'ll. il.

niiAP. V, K». /<-.')'!

où celui qui se réconcilie le fait en renonçjinl h sa propre ininiilié (a. si la femme se sépare, qu'elle reste sans se marier ou qu'elle sr rcconcUie itrrr son mari ») et 1 Sam. XXIX, A et Matth. V, 24 où domine l'autre sens. Mais le sens des mots opyri, iyP^ôç, que nous venons de constater, décide en faveur de ra|»plicalion de l'idée de réconciliation à Dieu lui-même, comme le reconnaît Weiss. (ï'est ce que démontre aussi le contexte. Il est évident, en effet, que l'apôtre ne veut pas diie : « Si autrefois haïssant Dieu votre cœur a été changé vis-à-vis de lui par la mort de son Fils, combien plus certainement aimant niainlenanl Dieu serez-vous sauvés par sa vie ! » Le raisonnement ne repose pas sur l'amour de l'homme pour Dieu, mais sur celui de Dieu pour l'homme. Le voici tel que l'indique le contexte : Si, quand vous étiez objets de la colère, Dieu vous a néanmoins fait la grâce de vous justifier par le sang de Christ, bien plus certainement, actuellement justifiés, Dieu ne fera-t-il pas de vous les objets de sa colère, et consommera-t-il votre salut par la vie de son Fils ! Il est exact que, comme le remarque Oltramare, l'expression se réconcilier n'est nulle part appliquée à Dieu dans le N. T. Il est dit seulement 2 Cor. V, 18. 19 : « qu'il nous a réconciliés, qu'il a réconcilié le monde avec luimême, en ne leur imputant point leurs péchés. » Mais il n'est pas difficile d'expliquer ce fait. Les écrivains sacrés sentaient qu'on ne peut comparer la manière dont Dieu se réconcihe avec les hommes, avec la manière dont un homme se réconcilie avec ses semblables. Dieu doit commencer lui-même par tout accomplir pour assurer sa justice et sauvegarder la majesté de sa position, afin de pouvoir pardonner ensuite. Il y a là un mode d'action qui ne rentre pas dans les procédés de réconciliation humains et qui tient à la position souveraine et unique de Dieu

connue représentant fin Bien. Voilà ponrquoi les apôtres ont évité, en parlant de Dieu, d'employer l'expression ordinairement appliquée aux relations liumaines.

Au lermi; de sang le v. 10 substitue celui de mort qui est plus i^énéral et qui rappelle mieux tout l'ensemble de la scène de la Passion. Les mots : de son Fils, l'ont ressortir l'immensité de ce sacrifice accompli pour des ennemis ! — Le rég'. £v t-1ô Cw(i «'jtoO, en sa vie, ne doit pas être envisagé, ainsi que le pense Weiss, conune indiquant le Iml final du salut : « introduit dans la vie glorieuse de Christ. » Le iv, en, ne peut avoir que le sens instrumental, après le £v tw aify.axi, en son sang, qui précède, v. 9. C'est ce qui ressort aussi de l'expression <^'-' cf:jz(/j, jtar lui, dont celle-ci est l'cxplicalion. 11 s'agit de l'action de Christ glorifié venant s'ajouter à celle de Christ mort pour nous. La justification n'est pas tout le salut; elle n'en est que l'entrée. Si le péché continuait à régner dans les croyants comme avant leur pardon, la colère se retrouverait au terme. Car « sans la sanctification nul ne verra le Seigneur» (llébr. XII, U); comp. Vlll, 13; 1 Cor. M, 9 ; Gai. VI, 7. 8. Mais la communication de la vie complète la médiation du sang et assure la sanctification et par là la délivrance finale. Comp. les chap. Vl-Vlll, en pailiculier Vlll, 2 : (( La loi de VEsinit de vie qui est en Jisus-Chrisl m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. » Xous ne serons sanirs en ce jour-là que si, après avoir été réconciliés par la mort, nous sonunes trouvés sanctifiés jxn- la vie du Christ. Pour l'une et l'autre de ces grâces, la foi est et reste la condition permanente d'a|tproprialion persoimelle. S'il n'en est pas lait mention exj)ressément dans notre passage, c'est qu'il se ra[)puile iléjà à des croi/anis justifiés (v. 1).

A la lin du v. 2, Paul avail alliibuo au lidèlo un senli-

ment d'espéi-anco triomphante. Puis dans les versets 0 et 10, il semblait avoir l)aissé le ton. 11 avait parlé d'une œUre à laquelle il l'aiidrait échapper encore, d'un salut dont il landrait éti"c mis en possession. L'apôlre lient à montrer qu'il se maintient à la même hauteur de triomphante espérance d'où il était parti : ])as seulement sauvés, dit-il, comme des réchappes de la damnation, mais entrant dans la t^loire comme des enfants entonnant le chant de l'adoption :

V. 11 : «et non seulement |cela|', mais même en nous glorifiant - en Dieu par notre Seigneur Jésus- Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation. » — La construction présente une difficulté. (Jue l'aire du partie. y.auywiJLevoi, se glorifiant, qui ne repose sur aucun verbe fini? Les anciens et plusieurs modernes (Tlwluck, Philippi, Rnckerl, Fritzsclie, Hodge, OUramare) l'envisagent comme l'équivalent d'un verbe fini, en sousentendant ecrj^iv : nous sommes nous glorifiant, pour: nous nous glorifions. C'est le sens qu'indique la leçon de L et que rendent les anciennes versions. 11 faut dans ce cas sous-entendre après non seulement un autre verbe fini (le nous sero)is sauvés, du v. lO). Le sens est : & Et non seulement nous serons sauvés ; mais à cette heure même nous nous glorifions déjà en Dieu de ce salut assuré. » On a objecté l'impossibilité de faire d'un simple partie, un verbe fini, au moins en prose (car la poésie fournit des exemples nombreux de cette licence). Mais comment expliquer autrement 2 Cor. Vil, 5? La difficulté est plutôt dans le désaccord entre le futur nous serons sauvés (v. 10) et le présent nous nous glorifions. 11 faudrait nécessairement

* D E F lisent touto après os.

- Au lieu de •/.au/wtj.cvo'., L 30 Mnn. It. Syr. lisent xauytojjicôa ; F G : ■/.aLiy(^o)[jLev.

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