‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 3)Chapitre 12 sur 33 · II. La date · texte numérisé non relu

II. La date

Les circonstances extérieures dans lesquelles cette lettre a été composée sont aisées à constater :

1. Paul n'a point encore visité Rome (I, 10-13); ainsi est exclue toute date postérieure au printemps de l'an 62, où il arriva pour la première fois dans cette ville.

2. L'apôtre touche au terme de son ministère en Orient. De Jérusalem jusqu'en lllyrie, il a tout rempli de la prédication de l'Evangile du Christ; il ne lui reste plus à cette heure qu'à chercher un champ de travail du côté de l'Occident, à l'extrémité de l'Europe, en Espagne, XV, 18-24-. Paul n'eût pu écrire ces paroles avant la fin de son séjour à Ephèse, qui dura probablement de l'automne 54- à la Pentecôte 57.

3. Au moment où il écrivait, il disposait encore librement de sa personne; car il discutait ses plans de voyage, XV, 23-25. C'était donc à une époque antérieure au moment il où fut arrêté à Jérusalem (Pentecôte de l'an 59).

L'espace qui reste disponible est ainsi réduit à la courte période de Tan 57 à l'an 59.

4. Au moment où il écrivait, il allait partir pour Jérusalem, à la tête d'une députation nombreuse chargée de remettre à l'église-mére le produit d'une collecte organisée

l/ÉPiTRE. loi

en sa faveur dans toutes les éjrlises «le la «rentilité (Hom. XV, i4-28). Lorsqu'il écrivait aux Corinthiens sa l»'**é|>itre (Pentecôte 57), et un an et demi plus tard (si je ne fais erreur) sa 3*^ (été 58), la collecte n'était pas encore achevée, et il ignorait «ilors si elle serait assez ahondante pour qu'il allîit lui-même TolTrir à l'église de Jérusalem {\ Cor. XVI, 1-4.; ^ Cor. ch. Vlil et IX). Tout est terminé quand il écrit i'épitre aux Romains, et la question de sa participation personnelle à cette mission est décidée (XV, 28). Cet indice nous conduit aux derniers temps qui précédèrent le départ de Paul pour Jérusîdem, lequel eut lieu depuis Corinthe, en mars 59.

5. Enfin, nous sommes frappés de l'espèce d'anxiété qui s'exprime dans les paroles XV, 30-32 : ce Adressez vos prières à Dieu pour moi, afin que je sois délivré de la main des advei-saires en Judée. » Nous reconnaissons dans ce passage les pressentiments inquiets qui se faisaient jour dans toutes les églises, en ce moment de la vie de l'apotre où il allait affronter pour la dernière fois la haine des habitants et des autorités de Jérusalem (comp. Actes XX, 22 et 23; XXI, A, 10-12). L'épître aux Romains a donc été écrite bien peu de temps avant son départ pour cette ville. Il ne nous reste, pour préciser tout à fait, qu'à essayer de déterminer le lieu de la composition.

1. XVI, 1, il recommande Phébé, diaconesse de Cenchrée, le port de Corinthe sur la mer Egée. Il est donc probable que, si ce passage appartient réellement à I'épitre aux Romains, Paul écrivait de Corinthe ou du voisinage de cette ville.

2. Il désigne comme son hôte Gaïus, XVI, 23. C'est probablement le même personnage que mentionne la l^^^ épitre aux Corinthiens (1,14), comme l'un des plus anciens convertis de cette ville.

3. Il salue de la part d'Eraste, trésorier de la ville, XVI, 23. 11 est vraisemblable que ce personnage est le même que celui qui est mentionné 2 Timothée IV, 20, en ces termes : a Eraste est demeuré à Corinthe. »

Ces indices nous conduisent à désigner avec une grande vraisemblance Corinthe comme le lieu de la composition. Ce résultat s'accorde avec le précédent, relatif au temps. En effet, il est parlé dans les Actes, XX, 3, d'un séjour de trois mois que Paul fit en Hellas, c'est-à-dire dans la parlie méridionale de la Grèce dont Corinthe était la capitale. Ce séjour précéda immédiatement le départ de Paul pour Jérusalem et eut lieu par conséquent dans les mois de décembre 58, janvier et février 59. C'est donc durant ce moment de repos que l'apôtre, après tant d'agitations et de travaux, trouva le calme nécessaire pour composer un tel écrit. Ce moment était solennel. La première partie de sa tâche d'apôtre était achevée. L'Orient, évangélisé en quelque sorte tout entier, était derrière lui ; il avait devant lui l'Occident encore enveloppé des ténèbres du paganisme, mais qui appartenait aussi au domaine que le Seigneur lui avait assigné. Au milieu de ces ténèbres il discerne un point lumineux, l'église de Rome. C'est sur elle qu'il fixe ses regards avant de prendre en personne le chemin de l'ItaHe.

On verra si l'épître aux Romains répond à la solennité de cette situation.

m. Le but.

Autant les interprètes sont d'accord sur l'authenticité et la date de notre épitre, autant ils diffèrent quand il s'agit d'en déterminer le but. Depuis Baur, ce sujet est même devenu l'un des plus controversés dans le champ de l'étude critique du Nouveau Testament.

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Voici la question : Si l'on assigne à Tépitre aux Romains un but pratique particulier, on se met, semble-t-il, en contradiction avec le caractère très-général et en quelque sorte systématique de son contenu. Si, au contraire, l'on attribue à cet écrit un but didactique et de nature tout à fait générale, il se trouve par là différer des autres lettres de saint Paul qui, toutes, sont nées d'une occasion particulière et se proposent un but déterminé. L'auteur de la plus ancienne étude critique du N. T. que nous possédions, du fragment dit de Muraton, s'exprimait ainsi vers le milieu du ll<î siècle : « Les lettres de saint Paul révèlent ellesmêmes assez clairement à qui veut comprendre, en quel endroit et par quel motif elles ont été composées. » S'il eût été témoin des discussions actuelles, il ne se fut certes pas exprimé de la sorte au sujet de notre épître. Ce qui accroît Ja difficulté, c'est que cette lettre n'est pas adressée à une église que Paul eût lui-même fondée et qu'elle ne peut point être envisagée, ainsi que ses autres épîtres, comme la continuation de son travail missionnaire. Ajoutons enfin l'espèce d'obscurité qui, comme nous l'avons vu, plane sur la fondation de cette église et, par suite, sur le mode de sa composition et sur sa tendance religieuse; et l'on comprendra la multitude presque innombrable d'opinions qui se sont fait jour, surtout dans ces derniers temps, sur la destination de cet écrit. Nous croyons pouvoir répartir les solutions proposées en trois groupes principaux :

L'un part du fait que toutes les autres épîtres de l'apôtre sont occasionnellement motivées, et attribue à celle-ci un but pratique et précis. Dans la situation où se trouvait l'œuvre de Paul, et au moment où il se disposait à transporter sa mission en Occident, il lui importait de conquérir ou de s'assurer la sympathie de l'église romaine,

destinée à devenir dans ces contrées nouvelles son point d'appui, comme Antioche Favait été en Orient. Notre épitre serait le moyen choisi pour obtenir ce résultat. Son but serait ainsi apologétique,

A l'antipode de ce premier groupe s'en trouve un autre, qui tient compte surtout du caractère général et systématique de cet écrit. Un semblable contenu ne parait pas compatible avec l'intention d'obtenir un résultat pratique particulier.. L'apotre se proposerait donc tout simplement d'instruire et d'édilier l'église de Rome. Le but de la lettre serait didactique.

Entre ces deux groupes s'en place un troisième, qui admet bien le but d'enseignement, mais dans une intention déterminée, celle de combattre le judéo-christianisme légal, déjà régnant, ou du moins menaçant, au sein de l'église romaine. Notre épître aurait, par conséquent, une destination polémique.

Nous allons reprendre ces trois groupes qui renferment chacun de nombreuses nuances. Celui que nous avons indiqué en troisième lieu formant évidemment la transition entre les deux autres, nous lui assignerons dans l'exposé suivant la seconde place.

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