DISPOSITION ET PLAN DE L'ÉPÎTRE
Disposition et plan de Tépitre
Ainsi que les autres lettres de saint Paul, Tépître aux Romains commence par un préambule (I, 4-45) qui comprend l'adresse et une action de grâces, et qui est destiné à établir la relation entre Fauteur et les lecteui's. Mais dans cette lettre, Vadresse est plus développée que d'ordinaire. Cette différence s'explique par la circonstance que l'apôtre ne connaissait point encore personnellement l'église à laquelle il écrivait. Voilà la raison pour laquelle il a accentué très - énergiquement sa charge d'apôtre des Gentils; car c'est sur elle que repose le lien officiel qui justifie sa démarche (v. 4-7). V action de grâces qui suit et qui a pour objet l'œuvre déjà accomplie chez eux, le conduit tout naturellement à s'excuser de n'y avoir pas encore concouru lui-même et à leur exprimer le désir constant qu*il éprouve de pouvoir exercer bientôt chez eux son apostolat, soit pour l'affermissement de leur foi et son propre encouragement, soit pour l'accroissement de leur église (v. 8-45).
Après ce préambule, d'un caractère épistolaire, commence, de même que dans les autres lettres, la tractation du sujet, le corps de l'écrit. Mais encore ici Tépître aux Romains se distingue de toutes les autres, en ce que cette partie centrale se détache d'une manière beaucoup plus tranchée des deux morceaux épistolaires, l'introduction et la conclusion. L'épitre aux Romains n'est donc à proprement parler, ni un traité ni une lettre ; c'est un traité renfermé dans une lettre.
Le traité commence avec le v. 16, dont les premiei^ mots sont la transition, très - habilement ménagée, du préambule à la tractation. Celle-ci s'étend jusqu'à XV, 13, où le retour à la forme épistolaire indique le commencement de la conclusion.
Avant d'entrer dans le développement de son sujet, Tapôtre Y expose en quelques lignes qui sont comme le thème du traité tout entier. Ce sommaire est renfermé dans les V. 16 et 17 : L'apôtre se propose de montrer que le salut de tout homme, quel qu'il soit, réside dans la justice que procure la foi; il appuie immédiatement cette thèse sur une déclaration scripturaire.
Avec le v. 18 commence le développement de ce sujet; il est réparti en deux enseignements, l'un de principes, — c'e^t le traité doctrinal; — l'autre d'application, — c'est le traité moral. Le premier va de I, 18 jusqu'à la fin du chapitre XI; le second de XII, 1 à XV, 13.
Le traité doctrinal est la démonstration positive et négative de la justice de la foi, 11 comprend trois parties. L'une fondamentale, de I, 18 à la fin du ch. V; les deux autres complémentaires (ch. VI-VIIl et ch. IX-XI).
Dans cette première partie, Paul donne la démonstration positive de la justification par la foi. Il développe les trois pensées suivantes :
lo I, 18 — III, 20 : Le besoin qu'a le monde d'une telle justice. Car tout entier il est sous la colère de Dieu; ce fait est patent quant aux païens (ch. I); il n'est pas moins certain à l'égard des Juifs (ch. II), et cela malgré leurs avantages théocra tiques (111, 1-8). L'Ecriture sainte est là
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au surplus pour fermer la bouche à rtiumanité tout entière (v. 9-20). Résumé : La colère est sur tous, même sur les Juifs.
2® III, 21 — V, 11 : Le don gratuit et universel que Dieu fait aux hommes de la justice de la foi. Ce don a été rendu possible par Toeuvre expiatoire de Jésus-Christ (111, 21-26). Il est offert aux païens aussi bien qu'aux Juifs, conformément au principe du monothéisme juif (v. 27-31). Ce mode de justification est de plus conforme à l'exemple décisif, celui d'Abraham (ch. IV). Ënfm, le fidèle est assuré que, quelles que soient les tribulations actuelles, cette justice de la foi ne lui manquera jamais. 11 a même été pourvu, par la médiation fidèle de Jésus-Christ, à ce qu'elle ne lui fasse point défaut au jour de la colère finale (V, 1-11). Résumé : La justice de la foi est pour tous, même pour les païens.
3© V, 12-21 : Cette condamnation universelle et cette justification universelle (qui ont fait le sujet des deux sections précédentes) sont ramenées l'une et l'autre à leur point de départ historique, Adam et Christ. Ces deux personnalités centrales étendent leur influence contraire, l'une de condamnation et de mort, l'autre de justification et de vie, sur toute l'humanité, mais de telle sorte que l'action salutaire de l'une surabonde infiniment sur l'action délétère de l'autre.
La justice de la foi, sans œuvre de loi, est donc étabUe. Mais une objection redoutable s'élève contre elle : Sera-telle en état de fonder un régime de sainteté^ comparable à celui qui résultait de la loi, et sans avoir recours à cette dernière? Après avoir exclu la loi comme moyen de justification, ne faudra-t-il pas y revenir quand il s'agira de fonder la vie morale des croyants?
La réponse à cette question est le sujet de la premièri des deux parties complémentaires (ch. VI- VIII).
Ch. VI-VIII.
Cette partie contient, comme la précédente, le développement de trois idées principales :
4» VI, i — VII, 6 : La relation avec Christ, sur laquelle repose la justification par la foi, renferme en elle un pruH cipe de sainteté. Elle entraine le croyant dans la comma-> nion de cette mort au péché et de cette vie à Dieu, qu^l si parfaitement réalisées Jésus-Christ (VI, 4-44). Ce priiJ cipe nouveau de sanctification s'impose à Tâme avec uncl force telle que la chair est disposée à qualifier d'esclavagf
cet assujettissement à la sainteté (v. 45-23). Et le croyaiÉ trouve, en vertu de la loi même, dans cette union aveà! Christ, le droit de rompre avec la loi pour ne plus dépend»; que de son nouvel époux (VII, 4-6).
2» VII, 7-25 : Cette rupture avec la loi ne doit noa^ inspirer aucune crainte et aucun regret. Car la loi était aussi impuissante à sanctifier l'homme qu'elle s'est mon^ trée (voir la 4re partie) impuissante à le justifier. En nom découvrant notre péché intérieur, la loi l'irrite et nous tuespirituellement (v. 7-43). Une fois qu'elle nous a plongé$ dans cet état de séparation d'avec Dieu, elle est impuissant© à nous en tirer. Les efforts que nous faisons pour secouer le joug du péché ne servent qu'à nous en faire mieux sentir l'insupportable pesanteur (v. 44-25).
3® Ch. VIII : Mais l'Esprit de Christ est la puissance libératrice. C'est lui qui réalise en nous la sainteté exigée par la loi et qui, en arrachant nos corps à la puissance de 1^ chair, les consacre par la sainteté à la résurrection (v. 4- 44). C'est lui qui, en nous rendant fils de Dieu, nous rend en même temps héritiers de la gloire qui doit être mani-
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festée (v. 42-47). Car les souffrances actuelles ne durent pas toujours. Le renouvellement universel qu'appelle le Iriple soupir de la création, des enfants de Dieu et du Saint-Esprit lui-même, approche, et malgré les tribulalions du temps présent, cet état de gloire n'en reste pas moins le terme assuré des plans étemels de Dieu en faveur de ses élus (v. 48-30).
De même qu'à la fin de la partie précédente l'apôtre, dans le parallèle entre Adam et Christ, avait jeté un coup d'œil d'ensemble sur le domaine parcouru, ainsi du point culminant qu'il vient d'atteindre, il embrasse encore une fois d'un regard tout ce salut par la justice de la foi, que rend pour jamais inébranlable la sanctification de l'Esprit; tt il entonne le chant triomphant de l'assurance du salut (t. 34-39).
Mais derrière cette première objection résolue s'en dresse une autre plus redoutable encore : Si le salut repose sur h justice de la foi, que deviennent les promesses faites au peuple d'Israël qui a repoussé cette justice-là? Que devient Fétectfon divine dont ce peuple a été l'objet? La fidélité fcDieu n'est-elle pas anéantie? La seconde partie compléi Witaire (ch. IX-XI) est destinée à jeter la lumière sur cet èscur problème.
Ch. IX-XI.
Saint Paul résout cette objection par trois considérations dont il nous est impossible de reproduire ici, même approximativement, le détail :
i® La liberté de Dieu ne peut être liée par aucune entrave extérieure à elle-même, en particulier par aucun droit et privilège acquis (ch. IX).
2° L'usage que Dieu a fait, dans ce cas, de sa liberté est parfaitement motivé : Israël s'est obstinément refusé à en-
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trer dans sa pensée; il a tooIu maintenir sa propre justice et il a repoussé la justice de la foi qu'il aurait fallu posséder en eommun avec les païens (ch. X).
S^ La réjeetion partielle et purement temporaire d'Israël a eu pour le monde et aura un jour pour Israël lui-même les conséquences les plus salutaires. Car l'incrédulité de ce peuple a ouvert toute grande aux Gentils la porte du salut, et la conversion des Gentils sera le moyen de celle Israël, de sorte que ces deux moitiés de l'humanité, après avoir fait toutes deux tour à tour l'expérience humiliante de la désobéissance, se trouveront réunies dans le sein de l'éternelle miséricorde (ch. XI).
Ainsi Dieu était libre de rejeter son peuple; en le faisant il a usé justement de sa liberté; et cet usage, limité à tous égards, comme il l'est, sera salutaire et fera éclater la sagesse de Dieu. Tous les aspects de la question sont épuisés par cette discussion que l'on peut appeler le chef-d'œuvre de la philosophie de l'histoire. Aussi, en la terminant, l'apôtre, de ce nouveau point culminant jetant une troisième fois le regard en amère et parcourant ce labyrinthe de voies et de jugements par lesquels Dieu parvient à réaliser ses plans d'amour, éclate en face de cet océan dé lumière en un cri d'adoration (XI, 3'2-36).
La justification par la foi, après avoir été positivement établie, est sortie victorieuse des deux épreuves auxquelles elle a été soumise. On lui a demandé si elle était capable de produire la sainteté ; elle a montré qu'elle Tétait et que c'était la loi qui était à cet égard l'impuissance même. On lui a demandé si elle pouvait expliquer l'histoire; elle a prouvé qu'elle le pouvait. Que reste-t-il à faire ? Une seule chose. Montrer le principe nouveau aux prises avec les réalités de l'existence et tracer le tableau de la vie du fidèle qui par la foi a obtenu la justification.
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C'est là le sujet du second des deux enseignements renfermés dans le corps de Tépître, du traité moral.