‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 3)Chapitre 23 sur 33 · PRÉAMBULE I · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE I

Cette introduction est destinée à établir entre Tapôtre et les lecteurs une relation qui n'existe point encore, puisqu'il n'a pas fondé cette église et ne l'a pas encore visitée. Elle comprend : 1. L'adresse; 2. une action de grâces pour 'œuvre accomplie à Rome par le Seigneur.

fer MORCEAU (I, 1-7).

V Adresse.

La forme d'adresse usitée chez les anciens renfermait trois termes : « iV. à iV., salut. i> Gomp. Act. XXIII, 26 : c Claude Lysias, au très-excellent gouverneur Félix, salut. » Ce type se retrouve ici, mais «lodifié dans l'exécution conformément à l'intention particulière de l'apôtre. Le sujet, Paul, est développé dans les six premiers v. ; le régime, aux chrétiens de Romey dans la première moitié du v. 7 ; et l'objet, salut, dans la seconde.

152 MiÉAlfBTLE ÉPiSTOLAIRE.

On est surpris de Fexteiisioa tout i fait extraordinaire donnée au développement du premier terme. H en est à peu prés de même dans Tépitre aux Galates. Ce fait s'explique dans le dernier écrit par la nécessité où se trouvaîl saint Paul de donner un démenti immédiat aux calomnies de ses adversaires judaîsants, qui niaient sa vocation divine à Tapostolat. Son intention dans notre épitre est tout autre. 11 lui importe de justifier la démarche exception nelle qu'il accomplit en ce moment, en adressant une lettrt d'enseignement, comme celle qui va suivre, à une églisi qui ne paraissait lui appartenir à aucun titre.

Dans ces six versets, i-6, Paul se présente, d'abord, ea sa qualité d'apôtre^ dans le sens général du mot, conune appelé directement de Dieu à la tache de publier le message du salut, v. i et 2; puis il se livre à une digression apparente sur Vobjet de ce message, la personne de Jésus- Christ apparu comme Messie israélite, mais élevé par sa résurrection à l'état de Fils de Dieu, v. 3 et 4; enfin, de la personne du Seigneur il re>ient à l'apostolat qu'il a reçu de ce Seigneur glorifié et qu'il qualifie comme un apostolat spécial auprès du monde des (ientils, v. 5 et 6.

V. 1 et 2 : a Panl, serviteur du Christ Jésus S apôtre par [son] appel, mis à part pour révangile de Dieu, 2 qu'il avait promis à l'avance par ses prophètes dans les écrits saints, » — Paul se présente dans ce v. i avec une très-grande solennité; il met tout son écrit sous la garantie de son apostolat et celui-ci sous celle de Dieu même. — Sur le nom de Paul, voir Introd., p. 34. — Apres avoir ainsi posé sa personnalité, il l'efface, en quelque sorte, aussitôt par le titre modeste de ^oG>.oç, serviteur.

* B Vulg. Aug. lisent : XpiTcou Itj^ou, au lieu de : Itjtoo Xpioroo que lisent les autres documents.

11 ne faut pas traduire ce terme par le mot esclave, qui réveille dans nos langues modernes une idée plus pénible que le terme grec. Celui-ci renferme les deux idées de propriété et de service dû. Il peut, par conséquent, s'appliquer à la relation de tout chrétien avec le Seigneur {1 Cor. VII, 22). Pris ici dans ce sens, ce titre rappellerait le lien d'égalité dans la foi qui unit Paul à ses frères de Rome. Cependant, comme cette lettre n'est pas une simple communication fraternelle, mais un message apostolique de la plus haute importance; il est plus naturel d'attribuer à ce mot serviteur un sens plus grave, le même qu'il a certainement dans l'adresse de l'ép. aux Philip. I, 1 : « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ^ à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes. » Le terme de serviteur, ainsi opposé à celui de saints, désigne évidemment un ministère spécial. Il y a, en effet, des hommes qui sont appelés à réaliser la soumission générale que tous les croyants doivent au Seigneur, sous la forme d'un office particulier; ce sont les serviteurs, dans le sens restreint. — La leçon reçue : de Jésus-Christ, met d'abord en relief le, personnage historique (Jésus) y puis sa charge de Messie (Christ), Cette forme était celle qui répondait le mieux au sentiment de ceux qui avaient d'abord connu Jésus personnellement et qui avaient ensuite discerné en lui le Messie. Aussi est-ce l'expression usitée et en quelque sorte technique qili régnait dans le témoignage apostolique. Mais le Vatic, et la Vulg. lisent : Xpieyrou 'lYidoO, du Christ Jésus: d'abord la charge, puis la personne. Cette forme paraît ici préférable, comme moins usitée. Elle répondait au développement personnel de Paul qui avait contemplé le Messie glorifié, avant de savoir que ce fût Jésus. — Le titre de serviteur était très-général, puisqu'il Tenfermait tous les ministères établis par Christ; le titre

d'apôtre désigne le ministère spécial conféré à Paul. C'est le plus élevé de tous. Tandis que les autres serviteurs de Christ édifient TEglise, soit en l'étendant (évangéli^tes), soit en la perfectionnant (pasteurs et docteurs), les apôtres, avec les prophètes (chrétiens), ont la tâche de la fonder; comp. Eph. IV, 12. Paul a été rendu participant de cette charge suprême. Et il Ta été, ajoute-t-il, par voie d'appel. La relation entre les deux termes appelé et apôtre n'est pas celle qu'indiquerait la paraphrase : « Appelé à être apôtre. » Il eût plutôt fallu dans ce sens le participe (x^YiOsiç). Au verset 7 l'expression correspondante appelés saints signifie tout autre chose que : appelés à être saints (ce qui supposerait qu'ils ne le sont pas). Le: sens est : saints par voie d'appel, ce qui implique qu'ils^ le sont en effet. De même Paul veut dire qu'il est apôtre et qu'il l'est en vertu de la vocation divine qui seule confère une telle charge. Il n'y a là aucune polémique contre les judaïsants : c'est la simple affirmation de la dignité suprême qui l'autorise à s'adresser à l'église, comme il le fait à cette heure; comp. Eph. I, i ; Col. I, 1. — Cesdeux idées d'apôtre et d'appel ramènent naturellement la pensée au moment de sa conversion. Mais Paul sait que sa consécration à ce ministère remonte plus haut encore; c'est ce sentiment qui se fait jour dans l'expression suivante : à(po>pi(j(jLévoç, mis à part. Ce terme, dans un pareil contexte, ne peut se rapporter à une consécration humaine, comme celle qu'il reçut avec Barnabas, à Antioche, en vue de leur première mission, quoique le même terme grec soit employé Act. XIII, 2. Il n'exprime pas non plus^ la notion d'une élection éternelle qui eût été désignée par le composé irpocopidj/ivoç, « destiné à /'at^ance, » comme dans^ les autres cas où il s'agit d'un décret antérieur au temps. Cette expression me paraît être expliquée par la parole GaL

CHAP. I, 1. ISS»

1, 15, qui a un grand rapport avec celle-ci : «Mais quand il plut à Dieu qui m'avait mis à part (à(popi<;aç [u) dès le sein de ma mère et qui m'a appelé (iMCkéaoLç jxe) par sa grâce. > Dans ce passage des Galates il descend de la sélection à hppel; tandis qu'ici il remonte de l'appel à la sélection. Qu'on se rappelle ce que nous avons dit, Introd. p. 7 et 8, sur le caractère providentiel de toutes les circonstances antérieures de la vie de Saul. 11 pouvait bien reconnaître dans tout cela les signes d'une destination originaire à la tâche dont il se voyait maintenant revêtu. — Cette tâche est exprimée dans les mots : pour V évangile de Dieu, ùç eùayy^iov Oeou. Si par le mot évangile on entend, comme nous le faisons d'ordinaire, te contenu du message divin, alors il faut placer la notion de prédication dans la prép. ttç, pour^ en la paraphrasant ainsi : « pour annoncer l'évangile. > Mais ce sens du mot évangile est peu conforme au caractère vivant de la langue chrétienne primitive. Ce terme désigne plutôt dans le N. T. Vacte de la prédication évangélique; ainsi quelques lignes plus bas, v. 9, et parti-^ culièrement \ Thess. I, 5, où Paul dit : « Notre évangile n'a pas été envers vous en parole seulement, mais aussi en force et en Saint-Esprit et en pleine assurance, comme vous savez que nous avons été parmi vous. ï> Cette parole n'a de sens qu'autant que par notre évangile Paul veut dire : notre proclamation évangélique. Dans ce cas la prép. pour conserve son sens simple. L'absence d'article devant les mots évangile et Dieu donne en quelque sorte à ces termes un sens qualificatif : un message d origine divine. — Le gén. 5eou, de Dieu, désigne ici Yauteur du message, non son objet; car cet objet est Christ, comme cela est dit ensuite. Paul porte donc en lui le sentiment inexprimablement élevé d'avoir été mis à part dès le commencement de son existence pour devenir le proclamateur

d'un message de grâce (evi ayyiXXetv, annoncer du bien) de Dieu à l'humanité. Et c'est comme porteur de ce message <ïu'il s'adresse à l'église de Rome. — Si l'apôtre n'ajoute à son nom celui d'aucun collaborateur, comme il le fait ailleurs, c'est qu'il accomplit cet acte en sa qualité officielle d'apôtre des Gentils, dignité qu'il ne partage avec aucun autre. De même Eph. 1, 1 (dans une circonstance analogue).

Mais cette prédication du salut par les apôtres n'est pas tombée soudain du ciel. Elle a été préparée, annoncée longuement à l'avance, et ce caractère est la preuve de son importance décisive dans l'histoire de l'humanité. C'est ce que fait ressortir le v. 2.

Plusieurs interprètes pensent que les termes : qu'U ^vail promis à l'avance, n'ont de sens que si l'on rapporte le mot évangile, v. 1 , au salut lui-même, non, comme nous l'avons fait, à l'acte de la prédication. Mais pourquoi Paul ne pourrait-il pas dire que le fait de la prédication évangélique avait été annoncé d'avance? «Qui a cm à notre prédication, s'écrie Esaïe (LUI, 1), et à qui le bras de l'Eternel a-t-il été révélé? » Et LU, 7 : « Combien sont beaux les pieds de celui qui annonce de bonnes nouvelles et qui publie la paix! » Enfin, XL, 1-2 : «Consolez mon

peuple, dira votre Dieu Criez à Jérusalem que son

temps marqué est accompli. » L'apôtre cite lui-même ces passages X, 15 et 16. — La prédication évangélique aux Juifs et aux Gentils lui apparaît comme un acte solennel marquant une ère nouvelle, l'heure du salut univei^sel dès longtemps attendue; c'est ainsi qu'il la caractérise aussi Act. XVII, 30; Eph. III, 5-7; Tit. I, 3. Il n'est pas étonnant que son sentiment s'exalte à la pensée d'être le principal instrument d'une œuvre ainsi prédite ! Il devient par là lui-même un personnage prédit, celui qui continue

le travail des prophètes en accomplissant Tavenir annoncé par eux. Le irpo, d'avance^ ajouté au terme promettre, n'est pas un pléonasme ; il fait ressortir énergiquement la grandeur du fait annoncé. Le pronom aÙToO, « ses prophètes, ]& indique la relation étroite qui unit un prophète au Dieu dont il est Torgane. L'épi thète de saints, par laquelle sont caractérisés leurs écrits, est en rapport avec ce pronom. La sainteté est le sceau de la provenance divine. L'absence d'article devant ypa(paî, écrits, a une portée qualificative : « dans des écrits qui ont le caractère de saints. i>

Baur et son école * trouvent dans cette mention des jMromesses prophétiques une preuve de Forigine judéodirétienne de la majorité de l'église et du désir qu'avait fapôtre de lui complaire. Mais l'A. T. était lu et connu dans les églises de la gentilité; et Je but pour lequel l'apôtre rappelle la longue préparation théocratique qui avait frayé la voie à la proclamation du salut, est assez clair pour qu'il ne soit pas nécessaire d'attribuer à ce fait une intention si particulière. — Cette mention de la prophétie forme la transition au v. 3, où Jésus est présenté en premier lieu comme Messie juif, puis comme Fils de Dieu. V. 3 et 4: «touchant son Fils, né de la race de David selon la chair , 4 établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté par sa résurrection d'entre les morts, Jésus-Christ, notre Seigneur, > — L'apôtre désigne d'abord l'objet de la prédication évangélique d'une manière sommaire : c'est Jésus-Christ en sa qualité de Fils de Dieu. La prép. lucpi, touchant, pour- Fait fort bien dépendre du subst. eùaYyé>.iov (évangile) y, V. i, en raison du sens verbal de ce mot; mais on serait

* Paulus, 1, 372; Hilgenfeld, Einl, 3M, etc.

i58 PRÉAMBULE ÉPISTOLAIRE.

amené par là à faire du v. 2 une parenthèse, ce qui n'esta nullement nécessaire. Pourquoi ne pas faire dépendre ce régime du verbe qui précède immédiatement : qu'il aval promis à l'avance? Cette promesse de la prédication évan gélique se rapportait à son Fils, puisque c'était lui qvm. devait être l'objet de la prédication elle-même. — Ici coitm mence une longue période indiquant d'abord cet obj^ d'une manière générale, puis l'analysant dans deux propositions parallèles, qui font point pour point antithèse l'wme à l'autre. Elles ne sont liées par aucune des particules si nombreuses que possède la langue grecque; la simple juxtaposition fait mieux ressortir le contraste.

On a essayé de ne voir dans le titre de Fils de Dieu qu'un nom de charge : le roi théocraiique par excellence, le Messie. Les passages que l'on cite en faveur de ce sens suffiraient au besoin pour le réfuter : Jean 1, 50, par 6X. où la juxtaposition des deux termes Fils de Dieu et Roi d'Israël exclut la synonymie bien loin de la démontrer, et où la répétition du verbe tu es donne à elle seule la preuve du contraire; et Psaume II, 7, où Jéhova dit au Messie : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui. » L'on applique cette dernière expression à l'installation du Messie dans sa royauté. Mais enget^drer n'a jamais signifié: établir roi; ce terme désigne une communication de vie.

Plusieurs expliquent ce titre par la perfection morak exceptionnelle de Jésus et la communion non interrompue dans laquelle il vivait avec Dieu. Ainsi ce nom ne renfermerait rien qui dépasse les limites d'une simple existence humaine. Mais cette explication peut-elle rendre compte du passage VIII, 3 : «Dieu ayant envoyé son propre Fils

dans une ressemblance de chair de péché ï>? On voit

par cette expression que Paul attribue au Fils une existence ^antérieure à sa venue en chair.

On explique aussi le titre de Fils par la naissance mi^

itaculeuse Axjl Seigneur. Ainsi, p. ex., M. Bonnet: ce En \ertu de sa génération par l'Esprit saint, il est réellement Fils de Dieu. i& C'est bien le sens de cette expression dans la parole de l'ange à Marie : « Le Saint-Esprit surviendra

en toi Cest pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi

«era appelé Fils de Dieu. » Mais le passage VIII, 3 que nous venons de rappeler, montre que Tapôtre donnait à ce terme un sens plus élevé encore, lors même que la notion de la naissance miraculeuse se rattache évidemment d'une manière très-étroite à celle de la préexistence.

Plusieurs théologiens actuels pensent que le titre de Fils de Dieu ne convient à Jésus qu'en raison de son éléttUion à la gloire divine, à la suite de son existence terrestre. Mais notre passage même prouve que, dans la pensée de l'apôtre, l'état divin qui a suivi la résurrection est un état recouvré, et non pas acquis, La dignité personnelle de Fils de Dieu, posée dès le v. 3, est antérieure aux deux phases de son existence, terrestre et céleste, décrites ensuite.

L'idée de la préexistence divine de Christ est une notion familière à l'esprit de saint Paul, et rend seule compte du sens qu'il attachait au terme de Fils de Dieu. Comp. (outre VIII, 3) i Cor. VIII, 6 : « Un seul Seigneur Jésus- Christ par lequel sont toutes choses, et nous sommes par lui; "» Paul lui attribue donc la double création physique et spirituelle; 1 Cor. X, 4 : « Car ils s'abreuvaient au rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était Christ; i^ Paul envisage donc Christ comme l'être divin qui accompagnait les Israélites au désert et qui du sein de la nuée opérait toutes leurs délivrances; Philip. II, 6 : « Lequel, étant en forme de Dieu,..., s'est anéanti lui-même, ayant pris la forme de serviteur et s'étant fait semblable

aux hommes. ]» Ajoutez 2 Cor. YIII, 9 : « Lui qui, étant riche, s'est fait pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis. » La richesse dont il s'est dépouillé, selon la dernière de ces paroles, est, d'après la précédente, sa forme de Dieu, son mode d'existenoe divin, , antérieur à son incarnation; et la pauvreté, à laquelle if s'est réduit, n'est autre que sa forme de serviteur^ ou l'état humain dont il s'est revêtu. C'est par sa participation S notre état de dépendance que nous pouvons iHre élevés â son état de gloire et de souveraineté. Reste enfin le passage capital sur cette matière. Col. 1,15-17. — Fils de Dieu par essence, le Christ a passé par deux phases brièvement décrites dans les deux propositions suivantes. Les deux participes qui les commencent toutes deux, servent de points d'appui à toutes les déterminations subséquentes. L'antithèse fondamentale est celle de ces deux partie, yfivo- (xevou et opicÔÊVToç; à celle-ci s'en rattachent deux autres; la première : de la race de David et Fils de Dieu; ht seconde : selon la chair et selon l'Esprit de sainteté. Suivent deux expressions dans la seconde proposition, avec puissance et par la résurrection des morts, qui semblent n'avoir pas de pendant dans la première. Mais le lecteur attentif découvre sans peine les deux idées qui y correspondent dans celle-ci. Ce sont celles de faiblesse, attribut naturel de la chair, et celle de naissance; car la résurrection est pour Jésus comme une seconde naissance.

Etudions d'aboixl la première proposition pour ellemême; On peut donner à y6vo(Jt.Êvoi» le sens de né ou celui de devenu. Dans le second cas, ce mot se rapporte à l'acte de l'incarnation, ce changement mystérieux opéré en sa personne quand il a passé de l'état divin à l'état humain. Mais, le partie. yevopLtvou étant construit ici avec laprépos. Êx, hors de, il est plus simple de prendre ce verbe dans

le sens de naître, comme Gai. IV, 4 : « né d'une femme » (Yevo(Â,evov èx Y^auco;). Le régime xarà dotpxa, selon la chair, sert, comme dit Hofmann, « à restreindre cette affirmation au côté de son origine par lequel il a hérité de la nature humaine. i> Car la notion d'une origine différente était déjà impliquée dans Fexpression de Fils de Dieu. — Que fautil entendre ici par le terme de chair ? Ce mot a trois sens bien distincts dans TA. et dans le N. T. * : i^ Il désigne les parties musculeuses et molles du corps, eh opposition soit aux parties dures, les os, ^oit aux parties liquides, le mg; ainsi Gen. II, 23 : « Celle-ci est chair de ma chair et os de mes os; » et Jean VI, 56 : « Si quelqu'un mange ma chair et boit mon sang. i> 2» Ce mot désigne souvent ^ corps humain (ou animal), tout entier, en opposition à [ Urne; par ex. 1 Cor. XV, 39 : « Autre est la chair des hommes, autre celle des bêtes, i> parole dans laquelle le mot cAair, d'après le contexte, désigne l'organisme complet. Dans ce second sens la partie est simplement prise pour le tout. 3<> Par un procédé du même genre, mais plus étendu encore, le mol chair désigne paifois Y homme tout entier, corps et âme, en opposition au Dieu créateur et à sa toute-puissance. Ainsi Ps. LXV, i : « Toute chair (toute créature) viendra jusqu'à toi; s> Rom. III, 20 : « Nulle c/iair (nul homme) ne sera justifiée devant lui. i Le premier de ces trois sens est inapplicable dans notre passage; car il supposerait que Jésus n'a reçu de son ancêtre David que les parties charnues de son corps, non les os et le sang ! Le second ne l'est pas moins ; car il en résulterait que Jésus n'a hérité de David que la vie corporelle, et non la vie psychique, les facultés supérieures

* Comp. la remarquable dissertation de Wendt: Die Be griffe Fleisch und Geist im hiblischen Sprachgebraitch (1878).

ÉP. AUX ROM. — Tome I. Il

de la vie humaine, le sentimenl, l'intelligence et la volonté. Cette opinion est incompatible avec l'aflirmation de la pleine humanité de Jésus, telle que nous la trouvons chez Paul (comp. V, 15; 1 Tim. II, 5) et chez Jean. Cai^ ce dernier attribue à Jésus, aussi bien que Paul, un^ âme humaine, un esprit humain; comp. XII, 27 : «Moc: dme est troublée; i> XI, 33 : « Il frémit en son esprit. > E. ne reste donc que le troisième sens, qui convient parfaitement à ce passage. Comme créature humaine j Jésus tire son origine de David. Tout ce qu'il y a d'humain en lu/, Yesprit, Ydme, et le corps (1 Thess. V, 23), pour autant que ces éléments, dans l'humanité en général, sont héréditaires, toute cette portion de son être est marquée du caractère davidique, et par conséquent juif. Ce sceau royal et national est imprimé non seulement à sa nature et à son tempérament physiques, mais aussi à ses tendances et à ses aspirations morales ; et cette vie héréditaire seule a pu former la base de sa vocation messianique, sans qu'il faille ouWier cependant que dans le Juif -il y a toujours l'homme, sous l'élément national, l'élément humain. Ce sens que nous donnons au mot chair se retrouve absolument le même dans la parole de Jean qui est comme le texte de son évangile : « La parole a été faite chair (ak^ eyévcTo), » Jean I, 14.

Rapport de cette parole à la naissance miraculeuse, — En s'exprimant comme il le fait ici, saint Paul pense-fc-il à la descendance davidique de Jésus par Joseph ou par Marie? Dans le premier cas, la naissance miraculeuse serait exclue (Meyer et Reuss). Mais cette supposition serait-elle compatible, d'un côté, avec l'idée que se fait l'apôtre de la sainteté absolue de Jésus, de l'autre, avec sa doctrine de la transmission du péché à toute la race humaine? Il dit de Jésus, VIII, 3 : t envoyé dans une ressemblance de chair de péché; i 2 Cor. V, 21 : t Lui qui

n'« point connu le péché; i il lui attribue le rôle de victime eocjpiatoire (Ua^n^piov), qui exclut jusqu à l'idée d'un minimum de péché. Et pourtant, selon lui, tous les descendants d'Adam participent à l'hérédité du péché (V, 12. 19; III, 9). Comment concilier ces propositions, s'il envisap;e que Jésus descend de David, d*Adam, absolument au même titre que les autres Adamites ou Davidides? Paul a donc nécessairement admis la naissance miraculeuse ' ; et cela d'autant plus que ce fait est raconté avec éclat dans l'évangile de Luc, son compagnon d'œuvre. Une contradiction entre ces deux collaborateurs sur ce point est inadmissible. C'est donc par T intermédiaire de Marie, et de Marie seule, que, selon Paul, Jésus descendait de David. Et c'est bien aussi là le sens de la généalogie de Jésus dans l'évangile de Luc (III, 23)*. Rien ne nous empêchera donc de placer le commencernent de l'action de l'Esprit saint sur la personne de Jésus (à hquelle se rapportent les mots : selon r Esprit de sainteté, v. 4) i sa naissance même.

Cependant, ce mode d'existence héréditaire n'absorbe pas tout son être. Le titre de Fils de Dieu, placé en tête, renferme une richesse qui dépasse le contenu de cette première affirmation, v. 3, et qui devient l'objet de la seconde proposition, v. A, On interprète de bien des manières le partie. dpwjÔevTo;. Le verbe opi^eiv (de opo;, limite) signifie : tracer une limite^ séparer un domaine de tout ce qui l'entoure, distinguer une personne, une chose. La délimitation peut n'être tracée qu'en pensée ; le verbe signifie alors : destiner à, décréter, décider. Ainsi Luc XXII, 22, et peut être Act. X, 42 et XVII, 31. Ou bien la limite peut être tracée par la parole ; le verbe signifie alors : déclarer. Ou elle peut enfin être manifestée par un acte extérieur, un fait sensible ; ce qui conduit au sens : instal-

* Voir le beau développement de cette prouve chez Gess : Chviati Person und Wm% 2e éd., t. II, p. 240 et suiv.

* Voir dans mon Commentaire rexplication de ce passage.

1er, établir ou démontrer par un signe. Le premier sens : ^ destiner à, a été essayé ici par Hofmann. Mais ce sens estm incompatible avec le régime : par la résurrection, et il eû^ certainement été exprimé par le terme Trpoopwyôevro;, des tiné à l'avance (comp. VIII, 29. 30; 1 Pier. 1, 20), le décredivin relatif à la glorification de Jésus ne pouvant êtr-e postérieur à son envoi sur la terre. Partant du secoad sens, plusieurs (Osterv.,01tram.) traduisent : « déclaré Fils de Dieu. » Mais la notion de déclaration et même celle plus énergique de démonstration sont insuffisantes dans le contexte. Car la résurrection de Jésus n'a pas seulement manifesté ou démontré ce qu'il était; elle a opéré dans son mode d'existence une réelle transformation. Il fallait que Jésus passât de l'état de fils de David à l'état de Fils de Dieu, pour pouvoir accomplir l'œuvre décrite au v. 5 et à laquelle l'apôtre en veut venir, celle de la vocation des païens. Et c'est la résurrection qui l'a introduit dans cet état nouveau. Le seul sens qui réponde par conséquent au contexte, est le troisième, celui d'établir, Pierre dit pareillement A et. II, 36 : « Dieu a fait (eiroiTice) Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Hofmann a contesté l'emploi du verbe opt^eiv dans ce sens. Mais Meyer allègue avec raison cette parole d'un poète : ce ôeov wpice ^aîji.(ov, ce un démon t'a fait Dieu. » Non que l'apôtre veuille dire, comme le prétend Pfleiderer, que Jésus est devenu par sa résurrection Fils de Dieu. 11 a été replacé et replacé tout entier, c'est-à-dire avec sa nature humaine, dans cette position de Fils de Dieu à laquelle il avait renoncé en s'incarnant. Cette pensée de Paul est identiquement la même que celle de la prière de Jésus mourant, dans l'évangile de Jean (XVII, 5) : ce Père, glorifie-moi de la gloire que j'ai eue auprès de toi avant que le monde fût. D Jésus a toujours été le Fils; dès son baptême il a

recouvré, par la manifestation du Père, sa conscience de Fils. Dès la résurrection il a été rétabli, et cela comme homme, dans Vêlai de Fils. L'antithèse des deux termes finement choisis, né et établi^ paraît ainsi parfaitement correcte.

Trois régimes servent à déterminer le partie, établi. Le premier indique le mode : ev ^uvàpiei, avec puissance; le second, la cause morale : îcarà irvcuaa àywo<yuvyiç, conformément à VEsprit de sainteté; le troisième, la cause efficiente : è^ ava(TTa<yew; vexpôv, par la résurrection des morts. — • Avec puissance signifie : d'une manière éclatante, triomphante. On a voulu faire de ce régime un déterminatif du subst. Fils de Dieu; « le Fils de Dieu dans l'éclat de sa 8a puissance, ï> en opposition à l'infirmité de son état terrestre. Mais l'antithèse des deux propositions est celle du Pils de Dieu et du fils de David, et non pas celle du Fils de Dieu dans la puissance et du Fils de Dieu dans la faiblesse. Le rég. avec puissance se rapporte donc au partie. ^tid)li : établi par un acte dans lequel éclate la puissance de Dieu (la résurrection, opérée par la gloire du Père, Kom. VI, 4). — Le second rég. selon t Esprit de sainteté sl été expliqué d'une foule de manières. On y a vu l'indication de la nature divine de Jésus, en opposition à son humanité ; l'Esprit de sainteté serait la seconde personne de la Trinité; ainsi Mélanch ton, Bengel. Mais quel terme resterait dans ce cas pour indiquer la troisième? La seconde personne divine est désignée par les noms de Fils ou de Parole, non d'Esprit. D'après Théodoret, il s'agirait de la puissance miraculeuse que possédait Jésus sur la terre; mais comment expliquer le complément de sainteté, et quelle relation y aurait-il entre la vertu de faire des miracles, qu'ont possédée tant de prophètes, et l'installation de Jésus dans la position de Fils de Dieu? Luther

166 PRÉAMBULE ÉPLSTOLAIRE.

entendait par là Veffusion du Saint-Esprit dans TEglise, opérée par Christ glorifié. Il faudrait traduire alors : « démontré Fils de Dieu par T Esprit de sainteté qu'il répandu. » Mais ce sens ne convient pas au troisième ré — gime par lequel la résurrection est indiquée comme moyecr du optÇeiv, non la Pentecôte. On pourrait sans doute ^ dans ce cas, traduire : « depuis la résurrection. » Mais La Pentecôte n'a pas commencé dès ce moment-là. Meyer et d'autres voient dans l'esprit de sainteté, en opposition à la chair, Yhomme intérieur en Jésus, Yesprit comme élément de sa nature humaine en opposition à l'homme exté^ rieur, le corps. Mais, nous l'avons vu, la nature humaine, corps et âme, était déjà renfermée tout entière dans l'expression chair, v. 3. Comment donc Yesprit, compris comme élément de la nature humaine, pourrait-il être opposé à cette nature elle-même? Le sens de ces mots est-il donc si difficile à saisir? Le terme Esprit (ou souffle) de sainteté dit assez clairement qu'il s'agit ici de l'action déployée en Christ par l'Esprit saint durant son existence terrestre. A mesure que Jésus s'ouvrait à cette influence, sa nature humaine tout entière recevait le sceau de la consécration au service de Dieu, c'est-à-dire de la sainteté. C'est là le fait moral indiqué Hébr. IX, 14 : « Lequel par l'Esprit étemel s'est offert lui-même à Dieu sans aucune tache. » Le résultat de cette pénétration de tout son être par le souffle du Saint-Esprit a été celui-ci : au moment de sa mort a pu se réaliser pleinement en lui la loi exprimée par le psalmiste : « Tu ne permettras pas que ton Saint sente la pourriture » (Ps. XVI, 10). La sainteté parfaite exclut la dissolution physique. Le corollaire nécessaire d'une pareille vie et d'un pareil état a donc été la résurrection. C'est là la relation exprimée par la prépos. xara, selon, conformément à. 11 a été étabH Fils de Dieu d'une

manière éclatante par sa résurrection des morts, conformément à l'Esprit de sainteté qui avait régné en lui et même dans son corps. Dans le passage VIII, H, l'apôtre applique la même loi à la résurrection des fidèles, en disant : « Que leur corps ressuscitera en vertu du Saint' Esprit qui habite en eux. d Paul ne songe donc point, comme on Ta cru, à établir un contraste entre Yintérieur (icveOjjia, esprit) et Y extérieur {aoifly chair), ni non plus entre le divin (le Saint-Esprit) et l'humain (la chair), dans la personne de Jésus, ce qui ne serait qu'une digression oiseuse dans le contexte. Ce qu'il oppose, c'est, d'un côté, la forme naturellement juive et davidique de son apparition terrestre et, de l'autre, la forme d'existence supérieure dans laquelle il est entré, au terme de cette phase jujve de son existence, en vertu du principe de sainte consécration qui avait marqué toute son activité ici-bas. Car cette forme d'existence nouvelle est la condition à laquelle seule il a pu accomplir l'œuvre décrite dans le verset qui va suivre. La pensée de l'apôtre ne cesse pas un ^Ustant d'aller droit au but. — Le troisième rég. signifie littéral. : par une résurrection de morts (eÇ ava(7Ta<j£coç vexpwv). Il était entré dans la vie humaine par une simple naissance; mais dans cet état de fils de David il a laissé régner sur lui l'Esprit de sainteté. C'est pourquoi il a été introduit par une réswrection dans la vie glorieuse de Fils. La prépos. è$, hors de, peut signifier ici, soit depuis, soit en vertu de. Le premier sens est à peu près abandonné aujourd'hui, et avec raison, sans doute; car l'idée d'une simple succession temporelle ne répond pas à la gravité de la pensée. Paul veut décrire la transformation profonde que les faits de la mort et de la résurrection ont produite dans la personne de Jésus. Il a laissé dans le tombeau sa relation particulière avec la nation juive et

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avec la famille de David, et il a paru, par sa résurrection affranchi de ces enveloppes qu'il avait humblement portée durant sa vie terrestre; comp. l'expression remarquable serviteur de la circoncision, XV, 8. C'est ainsi qu'en vert^ de la résurrection et comme Fils de Dieu, il a pu entrfe.-j désormais en relation avec l'humanité tout entière, oc qu'il ne pouvait faire tant qu'il n'agissait que comme flls de David; comp. Math. XV, 24 : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. i> L'absence d'article devant le mot résurrection et devant le pluriel morts a quelque chose d'étrange et doit s'expliquer dans le sens indiqué par Hofmann : « Par un événement tel que celui qui a lieu quand des morts ressuscitent, d II fallait une mort et une résurrection pour le faire passer de l'état de flls de David à celui de Fils et de Christ de l'humanité. C'est donc sur la qualité de l'événement qu'insiste l'apôtre, plutôt que sur le fait lui-même.

Avant de passer au fait de la vocation des Gentils qui est précisément la conséquence de cette transformation opérée par la résurrection en la personne du Messie, Paul résume en trois termes l'analyse qu'il vient de faire de sa personne : Jésus; ce nom désigne le personnage historique, sujet commun de ces formes différentes d'existence; le titre de Christ ou de Messie qui résume le v. 3 (fils de David), et celui de Seigneur ^ c'est-à-dire de représentant de la souveraineté divine, qui résulte de son élévation à la position de Fils (v. 4). Sur le titre de Seigneur y voir 1 Cor. VIII, 6; Philip. Il, 9-H. En disant no/re, Paul pense à tous ceux qui par la foi ont accepté la souveraineté de Jésus.

L'intention du passage v. 3. 4 a été étrangement méconnue. Les uns disent : C'est un sommaire de la doctrine évangélique que l'apôtre a dessein d'exposer dans cet

écrit. Mais on ne donne pas un sommaire dans une adresse. Le vrai sommaire de Tépitre, d'ailleurs, se trouve 1, 17. Enfin, l'enseignement christologique est précisément riin des points dont l'absence se fait remarquer dans notre épître. — Gess dit : « On doit supposer que l'apôtre tenait à résumer dans cette introduction tout ce qu'il portait de plus élevé en son cœur sur le médiateur du salut. i> Mais pourquoi placer ces réflexions sur la personne de Christ dans l'adresse et entre ce que Paul dit de son apostolat en général (v. i. 2) et ce qu'il ajoute ensuite sur son apostolat auprès des Gentils en particulier (v. 5. 6)? — Hofmann pense que Paul, en rappelant la relation entre Jésus et l'ancienne alliance, veut montrer tout ce que Keu nous donne de nouveau en Christ. Mais cette observation irait mieux partout ailleurs que dans l'adresse. — l'explication la plus singulière est celle de Mangold : « Une ^se judéo-chrétienne, comme celle de Rome, pouvait ^tre étonnée de ce que Paul s'adressât à elle, comme si ^fle eût été d'origine païenne; et l'apôtre s'est efforcé ^atténuer cette impression en lui rappelant (v. 2) que ^on apostolat avait été prédit déjà dans l'ancienne alliance ^t (v. 3) que l'objet de sa prédication est avant tout le Mes- ^^e, fils de David. Une explication aussi artificielle tombe ^'elle-même. — L'apôtre est parti (v. 4.2) de l'idée de ^On apostolat, mais pour arriver à celle de son apostolat ^Uprès des Gentils qui seule est propre à expliquer sa démarche actuelle envei's les chrétiens de Rome (v. 5. 6). I^our passer de la première de ces deux idées à la seconde, il s'élève à l'auteur de son apostolat et le présente, d'abord, comme Messie juif, appelé à rassembler les brebis perdues de la maison d'Israël (v. 3), puis comme Fils de Dieu ressuscité, capable de se mettre désormais en communication directe avec les Gentils par un apostolat spé-

cialement institué en leur faveur (v. 4). En effet, poui:^ opérer cette œuvre toute nouvelle, Jésus devait être affran-ï^ chi de la forme de la nationalité juive et du lien des obli^ gâtions théocratiques. Il devait être placé dans une rel^^ tion égale avec Thumanité tout entière. C'est ce qu'a prc^. duit la transformation opérée en sa personne par la mi^Tt et la résurrection. Ainsi se comprend sans peine la transition du V. 4 au V. 5.

Y. 5 et 6 : « par lequel nous avons reca grâce et apostolat en vue de l'obéissance de la foi, à la gloire de son nom, chez tous les Gentils, 6 dont yous faites aussi partie, vous que Jésus-Christ a appelés; i» — Les^ mots Si' oj, par leqxiel. formulent précisément la transition que nous venons d'indiquer. C'est du sein de sa gloire céleste et de son état de Fils de Dieu, que Christ a fondé le nouvel apostolat et appelé celui qu'il en a revêtu (comp. Gai. I, i). — Le pluriel è>.àpo(jLev, nous avons reçUy est expliqué par les uns dans ce sens : moi et les autres apô^ très; par Ilofmann dans celui-ci : moi et mes aides apos-toliques (Barnabas, Silas, Timothée, etc.). Mais le premier sens est inadmissible parce qu'il s'agit exclusivement ici de l'apostolat auprès des Gentils; et le second, parce que Paul, parlant ici de lui en sa qualité officielle, ne peut associer personne à la dignité que le Seigneur lui a personnellement conférée. Nous trouvons donc ici ce p/uriel de catégorie que les Grecs emploient volontiers lorsqu'ils désirent effacer la personne pour ne laisser paraître que le principe qu'elle représente ou l'œuvre qu'elle est chargée d'accomplir. — Les mots x^^P''^ ^^^ i-izoaroki^y grâce et apostolat, sont envisagés par plusieurs (Chrys.,. Philippi) comme équivalents de : la grâce de V apostolat. Mais si c'eût été là l'idée de Paul, il lui était aisé de l'exprimer de cette manière. Ilofmann applique les deux ter-

€s au ministère de l'apôtre, comme présentant ce ministère le premier, en rapport avec sa personne — c'est liïie grd^e qui lui est faite; — le second, dans sa relation avec les autres — c'est sa mission auprès d'eux. Mais si Von rapporte le terme de grâce à la personne de Paul, il nous parait bien plus simple de l'appliquer au don du %alut qui lui a été accordé à lui - même ; le second terme, Y apostolat ^ désigne après cela tout naturellement sa mission pour le salut du monde. Nous avons vu (Intr.^ p. 26) combien ces deux dons : celui du salut personnel el celui de l'apostolat, avaient été chez Paul un seul et même fait. — Le but de Christ, en le graciant et l'appeliat à l'apostolat, était d'étendre Yobéissance de la foi, 11 est impossible d'entendre ici par cette obéissance la sain- Wé que produit la foi. Car avant de parler des effets de la foi, il faut que la foi existe ; or, il s'agit précisément de l'appel de l'apôtre destiné à la fonder. Le sens de Meyer esl plus inadmissible encore ; l'obéissance de la foi signifierait : la soumission à la foi. 11 faudrait dans ce sens donner au terme la foi le sens de: la vérité chrétienne (objectivement parlant), sens que ce mot n'a jamais dans fe N. T., Meyer le reconnaît. Aussi entend-il : l'obéissance ^u sentiment intérieur de la foi ! C'est là une locution dont M serait encore plus difficile de trouver des exemples. Le seul sens possible est : l'obéissance qui consiste dans la ft>i elle-même. Par la foi, l'homme fait acte d'obéissance^ ^^îvers la manifestation divine qui réclame de lui abandon ^^ concours. Le refus de la foi est appelé par cette raison ^> 3, une désobéissance (oùj^ uircTàyTidav) . — Le rég. sui- ^^nt : chez tous les Gentils, pourrait être rapporté au mot ^postolat^ mais il est plus simple de le rattacher dirccte- '^ent au rég. précédent, l'obéissance de la foi : « obéis- ^^nce qui doit se réaliser chez tous les Gentils. » — Le

terme côvti, que nous traduisons par Gentils^ a été pris -mhj par presque tous les critiques qui admettent l'origine juiy^ des chrétiens de Rome dans une acception plus large. On lui attribue le sens général de nations ^ afin de faire ren- 4.rer dans ce terme les Juifs, qui sont aussi une nation, et par conséquent les chrétiens de Rome. Cette interprétation a été défendue surtout par Ruckert et par Baur. Mais il «st aisé de voir qu'elle est inventée au service d'une thèse a priori. Le terme e^vyi signifie sans doute, dans le sens propre: nations. Mais il a pris, comme celui de gfo/ww, dans l'A. T. (Genèse XII, 3; Es. XLII, 6, etc., etc.), un sens déterminé, restreint, et en quelque sorte technique: les nations^ en opposition au peuple élu (6 Xaoç, le peuple). Cette acception se retrouve d'un bout à l'autre du N. T. (Act. IX, 45; XI, 4. 48; XXVIII, 28; Gai. I, 46; II, 7-9; m, 44; Eph. Il, 44; m, 6)^ Elle est appliquée de la manière la plus constante dans notre épître (II, 44. 45; ID, 29; XI, 43; XV, 9 et 44). D'ailleurs le contexte exige impérieusement ce sens restreint. Paul vient d'expliquer l'institution d'un apostolat spécial pour les Gentils, par une transformation dans le mode d'existence du Seigneur luimême; toute cette déduction deviendrait inutile si son but était de prouver que les croyants de Rome, quoique judéo-chrétiens, appartiennent aussi au domaine de sa mission. Mangold l'a bien senti; car, pour rester fidèle à l'opinion de Baur sur la composition de l'église romaine .sans tomber dans sa fausse interprétation de ce mot c6vïi, il essaie de le prendre dans un sens purement géographi- <[ue. Par ce mot les nations, Paul opposerait les habitants -de la terre, en général, soit Juifs, soit païens, aux Juifs

* Je ne mentionne que quelques passages tout à fait caractërisliques.

proprement dits habitant la Palestine, II dirait : « L'éjlise de Rome, quoique composée de judéo-chrétiens, ap- [Murtient géographiquement au monde des Gentils et rentre, par conséquent, dans mon domaine, comme apôtre des Gentils. i> Mais que devient dans ce cas la répartition des domaines tracée Gai. 11 ? Elle signifierait que Pierre se réservait de prêcher en Palestine, et Paul hors de Palestine! Qui peut donner ce sens au passage fameux Gai. Il ? bailleurs, comme le dit bien Beyschlag, cette répartition mire les apôtres reposait sur une difTérence de dons, qui n'avait rien à faire avec la géographie et se rapportait évidemment au caractère religieux et moral de ces deux, grandes parties de l'humanité, les Juifs et les Gentils. IL hut donc bien reconnaître que les mots : chez tous les GmtilSy se rapportent aux païens et aux païens comme tels. Baur a essayé d'exploiter le mot tous en faveur de son interprétation; mais par ce mot Paul prépare précisément ce qu'il va dire, v. 6, que, quoique si éloignés, les^ Romains font pourtant partie de son domaine, puisque ^us les Gentils sans exception y sont compris. Peu importe donc qu'ils lui soient encore personnellement inconnus, il n'en est pas moins leur apôtre. — Le troisième rég. iffep Tou dvojjiaToç, pour, en faveur ou pour la gloire de son nom, dépend du verset tout entier depuis le verbe : nous awns reçu, Paul n'oublie pas que c'est là le but le plus élevé Je son apostolat : exalter la gloire de ce nom en étendant a sphère de son action et en accroissant le nombre de ceux [ui l'invoquent comme celui de leur Seigneur. Cette pa- 'ole est comme un écho du message de Jésus à Paul par Lnanias : « Cet homme est un vase d'élite pour porter mon ïom en présence des Gentils; » comp. 3 Jean, v. 7. Paul lous découvre dans ce mot à la fois le but de sa mission it le mobile intime de tout son travail. Et quel travail que

celui-là ! De même que Christ a brisé en sa propre p^3A sonne Tenveloppe de la forme israélite, ainsi il a voui/tf briser l'enveloppe nationale dans laquelle le règne de Dieu avait été enfermé jusqu'alors; et, pour faire éclater son nom jusqu'aux extrémités de la terre, il a appelé Paul.

Le V. 6 peut se construire de deux manières : ou Ton peut faire de xT^r-ol I. X. un attribut : « au milieu desquels (Gentils) vous êtes les appelés de J.'C,;i^ ou Ton peut faire de ces derniers mots une apposition du sujet : c du nombre desquels vous êtes, vous^ appelés de J.-C.» La première construction ne présente pas un sens simple; car le verbe : vous êtes, a dans ce cas deux attributs qui .se combattent : « vous êtes au milieu d'eux; » et : c vous êtes les appelés de J. -Christ. » D'ailleurs, est-il beswB d'apprendre aux chrétiens de Rome qu'ils vivent au milieu des Gentils et qu'ils sont appelés par J. -Christ? Ajoutez le xal, aussiy qui devrait signifier : comme tous les autres chrétiens du monde ; adjonction complètement oiseuse et, en outre, peu claire. Ce qui a porté des intei'prètes, tels que de Wette, Meyer, etc., à admettre cette première con- .struction, c'est qu'il leur semblait inutile de faire dire à Paul : « vous êtes au milieu, ou vous êtes du nombre des Gentils. » Mais cette idée est au contraire très-essentielle. C'est la mineure du syllogisme dans lequel Paul enferme, pour ainsi dire, les Romains. La majeure : Christ m'a fait l'apôtre des Gentils; la mineure : vous êtes du nombre des Gentils; conclusion: donc, en vertu de l'autorité de ce Christ qui vous a appelés comme il m'a appelé, vous êtes mes ouailles. Le xai, aussiy à ce point de vue s'explique iians peine : « du nombre desquels (Gentils) vous êtes aussi, vous, Romains, ressortissant par conséquent, comme les autres Gentils appelés par moi personnellement, à mon domaine apostolique. » Le titre xT^titoI I. X., appelés de Jésus-

Christj répond au titre que Paul s'était donné à lui-même V. \ : xXîQTo; airocTToXo;, « apôtre par appel. » lis sont tenus de récouter en vertu de la même autorité en vertu de laquelle il leur écrit, celle de J. -Christ. On peut faire du <»raplément « appelés de J.- Christ ^ » un gén. de propriété : tappelés appartenant à J.-C. » Mais il vaut mieux y voir un gén. de cause : « appelés, dont l'appel vient de J.-C. » Car ce qui importe dans le contexte, ce n'est pas l'idée banale qu'ils appartiennent au Seigneur; c'est celle de Tacte par lequel le Seigneur lui-même a agi sur eux pour en faire des croyants, comme sur Paul pour faire de lui leur apôtre. — La notion de V appel (de Dieu ou de Christ) renferme chez Paul deux idées, celle de la sollicitation tïtérieure par la prédication, et celle de l'attrait intérieur ttnultané par le Saint-Esprit. Il va sans dire que ni l'une » l'autre de ces impulsions ne sont irrésistibles, et que Tadhésion de la foi reste un acte de liberté. Cette adhésion €8t ici impliquée dans le fait que les Romains sont membres de l'église et lecteurs de ces lignes.

Si nous avions besoin d'une confirmation de l'origine Prenne de la majorité de cette église, elle ressortirait avec Wat de ces versets 5 et 6 et surtout de leur relation avec le verset 4; et il faut vraiment une audace peu commune pour tenter d'en faire ressortir l'idée opposée et pour les paraphraser ainsi avec Volkmar : ce Je vous parais sans cloute n'être que l'apôtre des Hellènes; mais je suis cependant appelé par J.-C. à prêcher l'Evangile à toutes les nations, même aux non-llellènes, tels que vous, croyants d'origine juive ! »

Nous arrivons à la seconde et à la troisième partie de

l'adresse, l'indication des lecteurs et l'expression du vœu :

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