LA JUSTIFICATION PAR LA FOI ACQUISE AU MONDE ENTIER
Trois idées principales sont développées dans cette section qui forme le pendant de la précédente :
lo Le fait historique par lequel la justification par la foi est acquise au monde : III, 21-26.
ll^ \J harmonie de ce mode de justification avec la révélation de l'A. T.: m, 27-IV, 25.
3^ La certitude de la justification, non pour le présent seulement, mais pour tout Vavenir^ y compris le dernier jugement : V, 1-11.
C'est ainsi que la sentence de condamnation est effacée par celle d'absolution.
Ville MORCEAU (III, 21-26).
Le fait par lequel nous est acquise la justification
pO)* la foi.
Nous avons déjà démontré que le v. 21 se rattache directement pour le sens à I, 17 (voir p. 206-207). Dans l'intervalle, depuis I, 18 à III, 20, l'apôtre a prouvé que la colère de Dieu pèse sur l'humanité,, d'pù il résulte que, si le inonde ne doit pas. périr, une manifestation divine en sens opposé et capable de ^surmonter la première est ia* dispensable. C'est cette révélation nouvelle qui fait l'objet du passage suivant. Les v. 1 et 2 renferment le thème du premier morceau et en même temps de toute la section. Le V. 23 résume encore une fois la pensée (16; la section
précédente, et les v. 24-26 sont le développement du sujet, l'exposé du nouveau moyen de justification.
V. 21 et 22» : <ic Mais maintenant la justice de Dieu est mise en évidence sans la loi, la loi et les prophètes loi rendant témoignage, 22 la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ^ pour tous ceux et sur tous ceui^ qui croient. » — Le ^e, maiSj est fortement adversatif : il oppose la révélation de la justice à celle de la colère. La première est présentée comme un fait nouveau dans l'histoire de rhumanité ; on peut être conduit par là à donner au mot maintenant un sens temporel; comp. le dans k temps actuel, v. 26, et Act. XVII, 30. Ce n'est là pourtant qu'une apparence. Le contraste avec ce qui précède est moral plutôt que temporel; c'est l'opposition entre la condamnation prononcée par la loi (v. 20) et la nouvelle justice acquise sans la loi (v. 21). Il vaut donc mieux donner ici au mot maintenant le sens logique qu'il a si fréquemment dans le N. T. (VII, 17; 1 Cor. XIII, 12; XIV, 6, etc.) et chez les classiques : « La situation étant telle. » Les mois : sans la loi, sont en tête, comme ayant l'accent. Ils dépendent évidemment du verbe est mise en évidence^ et non du moi justice (une justice sans loi, Aug.^. L'absence d'art, devant le mot loi ne prouve pas que dans la pensée de l'apôtre ce terme ne désigne pas la loi mosa^ique; seulement la loi est exclue de la coopération à la nouvelle justice non parce qu'elle est mosaïque, mais parce qu'elle est loi. Dans l'ancienne économie, c'était par les mille canaux de la légalité que la justice arrivait à l'homme; dans la nouvelle, la justice lui est donnée sans la moindre coopération de
* Marcion omettait le mot Irjaou que retranche aussi B.
* Les mots xat £;:t Tcavxaç sont omis par N ABCP Copt., mais se lisent dans D E F G K L Syr. Vulg. et les Pères.
ce qui s'appelle une loi. — Nous savons ce que Paul appelle la justice de Dieu : c'est l'étal de réconciliation avec Dieu dans lequel l'homme est placé par la sentence qui le déclare juste (voir à I, 17). — Le verbe çovepoOv, mettre en lumière, diffère du verbe âTroxaXuwretv, révéler ^ employé I, 47, au point de vue de l'image, non du sens. Le second s'applique à un objet qui était 'Caché par un voile et que l'on fait connaître en tirant ce voile; le premier, à un objet placé dans l'ombre et sur lequel on fait tomber le rayon de lumière. La seule différence réelle avec 1, 17 est donc celle-ci : là le verbe était au présent; car il désignait la révélation permanente de l'Evangile par le moyen de la prédication évangélique, tandis que le verbe est ici au parfait^ parce qu'il se rapporte, comme dit Morison, 4L au fait même que proclame cette prédication. » Ce fait, maintenant accompli, est celui qu'exposent les v. 25 et 26; c'est par son moyen que la justice de Dieu est mise en lumière pour tous les temps.
Mais, si l'observance légale est exclue de toute coopération à cette justice, il n'en résulte pas que celle-ci soit en contradiction avec la révélation de l'A. T. sous la double forme de la loi et de la prophétie. Ces deux manifestations de la volonté divine, le commandement et la promesse, comprises dans leur vrai sens, renferment au contraire la conûrmatioh de la justice de la foi, comme l'apôtre le prouvera dans la suite de cette section: v. 27 — IV, 25. La loi, en dévoilant le péché, creuse dans le cœur le vide que remplit la justice de la foi ; la prophétie complète l'œuvre de préparation en promettant cette justice. Ainsi, il n'y a pas d'objection à tirer de l'ancienne révélation contre la nouvelle. Comme la nouvelle accomplit l'ancienne, celle-ci confirme celle-là.