‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 3)Chapitre 31 sur 33 · CHAR V, 6. 7. MS · texte numérisé non relu

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expérience de sa misère, elle devait être disposée à accepter avec foi le salut divin; soit parce que c'était le moment suprême où, le temps de la patience étant arrivé à son terme (111, 26), Dieu, s'il ne pardonnait pas, devait juger. Ce dernier sens nous parait, d'après III, 25. 26, être celui qui répond le mieux à la pensée de l'apôtre. — L'incapacité de l'humanité pour le bien, sa maladie morale, provenait de sa séparation d'avec Dieu, de sa révolte volontaire contre lui. C'est ce que l'apôtre fait ressortir dans ces mots : pour des impies y qui indiquent le côté positif de la perversité humaine. La maladie excite le dégoût; l'impiété attire la colère. Et c'est quand nous étions encore plongés dans cet état repoussant d'impuissance et d'impiété, que la plus grande preuve d'amour nous a été donnée, en ce que Christ est mort pour nous. La prépos. uirep, pour, ne peut signifier que : en faveur de. Elle n'impHque ni n'exclut l'idée de la substitution (à la place de); elle se rapporte au but, nullement au mode de l'œuvre rédemptrice.

Pour mettre en lumière le caractère tout à fait excep-^ tionnel de l'amour témoigné à l'humanité dans cette mort du Christ, l'apôtre compare la conduite de Dieu en cette circonstance avec les plus nobles et les plus, rares preuves de dévouement que présente l'histoire de noire race ; et il nous fait mesurer la distance qui sépare encore ces actes d'héroïsme du sacrifice de Dieu, v. 7 et 8.

Au V. 7 il suppose, dans les relations d'homme à homme, deux cas, dont l'un serait si extraordinaire qu'on le conçoit à peine (pXiç, à peine)^ et dont l'autre est bien difficile à supposer, niais est admissible pourtant (Toya, peut-être). On comprend diversement la relation entre ces^ deux exemples. D'après les anciens interprètes grecs, Calv., Bèze, Fritzs., Mey., Oltram., etc., ce rapport serait celui d'une identité complète. L'expression ûiràp toO ayoôou,.

pour celui qui est bon, dans la seconde propos. , ne désignant pas un autre personnage au fond que le urèp ^ucaiov, pour un juste, dans la première. La seconde propos, serait simplement la justification de ce reste de pos- .sibiiité qu'impliquait le mot à peine dans la première : < à peine quelqu'un mourra-tril pour un juste; je dis: à peine ; car enfin je ne nie pas absolument que pour tel homme de bien quelqu'un ne consentît à faire le sa- <îrifice de sa vie. > Mais si c'était bien là la pensée de Fapôtre, pourquoi substituer dans la secon<le propos, au mot ^ixaiou, le juste, le terme ôyaOoO», le bon (ou le bien)f Pourquoi faire précéder ce dernier mot de l'article, qui ne se trouvait pas devant le premier : un juste..., le bon (ou le bien) ? Pourquoi mettre ce mot ayàôoiï en tête de la propos., ce qui indique évidemment l'intention d'établir une antithèse entre ces deux idées : le bon (ou le bien) et un juste f Pourquoi enfin ajouter dans la seconde propos, le mot xat, encore, qui établit une gradation et par conséquent une différence entre les deux exemples cités? — Nous n'ignorons pas la raison par laquelle tant d'interprètes ont été poussés à cette explication, qui se heurte à chacun des détails du texte. C'est la difficulté de démontrer une distinction suffisante entre les deux mots ^otaiou, juste, et ayaôoO, bon. D'après Olshausen, le premier désignerait l'homme qui ne fait de mal à personne; le second, celui qui fait le bien positivement, c'est-à-dire plus que ce que l'on a le droit d'exiger de lui. D'après de Wette, l'un serait l'homme simplement juste, l'autre celui qui à la justice ajoute la noblesse. D'après Hodge, l'un est celui qui fait tout ce qu'exige la loi et dont le caractère commande le respect; l'autre celui dont la conduite est dirigée par l'amour et inspire t amour. D'après Ewald, le juste est celui qui est reconnu innocent à l'égard de quelque grief

particulier; le bon, celui qui est irréprochable de tous points. Philippi pense que \e juste désigne rhonnéte homme, et le bon Thomme généreux et aimable qui fait du bien à <îeux qui Fentourent, au sein de sa famille, de sa ville, de sa patrie, le pater patriœj en un mot. Tholuck, enfin, parvient à une distinction plus claire et plus nette, en donnant, avec beaucoup d'autres commentateurs, à àyaôo;, bon, le sens d'homme bienfaisant, d'abord, puis, par dérivation, celui de bienfaiteur. On explique dans ce dernier cas l'article le en disant qu'il s'agit du bienfaiteur de celui qui se dévoue, ou, mieux, selon Tholuck lui-même, par l'emploi rhétorique de l'art. 6, le, dans le sens de notre locution : /'homme de bien, le philantrope. Cette dernière explication de l'art, pourrrait s'appliquer aussi aux autres sens. Mais, malgré l'énorme érudition déployée par les défenseurs de ces distinctions diverses pour les justifier par les écrivains classiques, l'on n'arrive avec la plupart d'entre elles qu'à prêter à l'apôtre une subtilité, et avec la dernière, la seule qui présente une opposition nette entre les deux termes, qu'à lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. Pour exprimer en effet l'idée de bienfaiteur, il avait en grec les termes consacrés d'âyaôoicoio; ou d'eùepyéTviç. Pourquoi ne pas les employer? D'ailleurs l'adjonction de l'art, ne s'explique naturellement dans aucun de ces sens. Aussi M. Reuss l'a-t-il résolument sacrifié dans sa traduction : « il se peut que quelqu'un ait le courage de mourir pour un homme de bien. ^ — Jérôme et, à son exemple, Erasme, Luther, Mélanchton, ont pris les deux termes, le juste, le bon, dans le sens neutre : la justice, le bien. Mais, quant au premier, ce sens aurait absolument exigé l'article ; le sens de ùxèp ^ixaiou ne peut être que : pour un juste, — Par cette dernière exphcation nous touchons cependant à la solution. Rien n'empêche, en effet, d'appliquer l'idée de

Jérôme au second des deux termes et de prendre wèp toï oyaôoO dans le sens de : pour le bien (et non pour le bon). C'est Texplication qu'a particulièrement défendue Rùckert et que Hofmann a fini par accepter. Non que nous entendions, avec le premier, le bien^ dans le sens de YulUe. L'idée de tout ce passage serait faussée si Ton y intœduisait une notion étrangère au domaine purement moral. Le bien ne peut signifier ici, en opposition à âae^eiç, des^ impies, v. 6, et àjiiapTwW, des pécheurs, v. 8, qu'une cause sainte; par ex. l'accomplissement d'un devoir sacré auquel on sacrifie sa vie, comme Antigone, ou la défense . de la loi à laquelle on reste fidèle jusqu'à la mort, comme les martyrs à l'époque des Maccabées, ou le salut de la patrie pour lequel tant d'hommes se sont sacrifiés, même chez les païens, ou le bien de l'humanité en général, qui a inspiré tant d'héroïques dévouements. C'est sur cette voie que Julius MuUer, dans sa Chrisil, Lehre v.d. Sûnde, a fini par revenir au sens masculin de tou âyaôoO, en appliquant cet adjectif au bon par excellence, à Dieu : « A peine quelqu'un raourra-t-il pour un juste ; mais pour Dieu ^ oui peutêtre, cela se présentera. y> Ce sens serait excellent et le contraste frappant : « A peine les hommes meurent-ils pour Dieu, le bon parfait, et Dieu fait mourir Christ pour les hommes, des impies ! y> Néanmoins nous croyons que si l'apôtre eût pensé à Dieu personnellement il l'eût désigné plus clairement. En tous cas, ce dernier sens rentrerait dans celui de Rùckert, puisque Dieu est le bien dans le sens absolu du mot. — La leçon de la Peschito wèp a^txwv, pour des injustes, dans la première propos., donne un sens très-simple, trop simple seulement et qui émousse complètement la force du contraste avec les termes d'impies et de pécheurs dans les v. 6 et 8. Elle est condamnée d'ailleurs par tous les documents. — To>.pLav : oser, avoir

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le courage de; d'où : se décider à. — Kai: c'est un cas qui se laisse encore supposer. — Voilà donc jusqu'où peut s'élever, en quelques cas excessivement rares, le dévouement de l'homme dans ses manifestations les plus sublimes. Sacrifier sa vie pour une personnalité dont le caractère honorable inspire le respect? — à peine! S'immoler au service d'une cause dont la grandeur, la sainteté vous a saisi? — peut-être encore (xai) ! Et maintenant le contraste entre ces actes suprêmes du dévouement humain et la conduite de Dieu envers nous.

V. 8. Le ^é, mais, indique ce contraste. Ce que l'homme fait à peine pour ce qu'il y a de plus digne d'admiration et d'amour, Dieu l'a fait pour ce qui ne méritait que son indignation et son dégoût. — Sur le verbe cuvwTavai, voir à III, 5; c'est ici l'acte par lequel Dieu établit d'une manière inébranlable la réalité de son amour. L'apôtre dit rriv éauToO ayamiv : son propre amour ou son amour, à lui. Cette expression oppose la manière dont Dieu aime à la nôtre. Dieu ne saurait regarder au-dessus de lui pour se dévouer, comme nous, à un être qui vaudrait mieux que lui. Son amour s'incline vers ce qui est au-dessous de lui (Es. LVII, 15) et prend même le caractère du sacrifice en faveur de ce qui est tout à fait indigne de lui. — "Oti, en ee que; c'est ici le fait par lequel Dieu a constaté son propre mode d'aimer. — Dans le terme àpiapTca^ç, pécheurj la terminaison (oloç indique l'abondance. Ce terme était celui par lequel les Juifs désignaient habituellement les païens, Gai. II, 15. Le en, encore^ renferme cette idée : qu'il n'y avait pas encore dans l'humanité le moindre progrès vers le bien qui fût propre à lui mériter un tel amour; elle était encore plongée dans le mal (Eph. II, 4- 7). — Ces mots : Christ est mort pour nous^ dans un tel contexte, impliquent l'étroite relation d'essence qui unit,

aux yeux de l'apôtre, Christ et Dieu. Avec l'homme se sacrifiant lui-même, Paul compare Dieu sacrifiant Christ. Ce parallèle n'a de sens qu'autant que le sacrifice de Christ est pour Dieu celui de lui-même. Autrement le sacrifice de Dieu serait inférieur à celui de l'homme au-dessus duquel pourtant il doit être élevé infiniment. — Il faut remarquer enfin comment Paul place le sujet 6eoç, Dieu, à la fin de la propos, principale pour le rapprocher de l'expression a(jLapTa>^ûv, pécheurs, et fait ainsi ressortir le contraste entre notre souillure et la délicate sensibilité de la sainteté divine.

Dans les v. 6-8 a été exposée la mineure du syllogisme: Dieu nous a aimés mauvais, et comme nous-mêmes n'aimons pas ce qu'il y a de plus excellent. Ici se placerait . proprement la majeure : Or, quand on a fait le plus pour ses ennemiSy on ne refuse pas le moins à ses amis. Mais Paul passe directement à la conclusion, tout en y introduisant l'idée de la majeure. M. Reuss dit, en passant du V. 8 au v. 9 : « Enfin l'espérance se fonde encore sur une troisième considération. » L'apôtre ne compose pas d'une ^manière aussi décousue.

Y. 9 et 10 : (( Beaucoup plutôt donc, étant maintenant justifiés en son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère; 10 car si, étant ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Ih beaucoup plutôt, étant réconciliés, serons-nous sauirés par sa vie; » — Le ouv, donc, conclut de la preuve d'amour déjà reçue à la preuve d'amour à espérer. Le iroWft> [LOLkloy est certainement pris ici dans le sens logique: beaucoup plus certainement, et non : beaucoup plus abondamment, — Meyer a raison de dire que la conclusion va, non du moins au plus, mais du plus au moins, — L'œuvre déjà accomplie est résumée dans les mots : étant /w-^-

iifiés maintenant en son sang. Ce mot maintenant oppose rétat actuel de justification, d'un côté, à l'état ancien de condamnation (le : encore pécheurs, de v. 8), et, de l'autre, à l'état de salut futur (nous serons sauvés). L'état où nous sommes maintenant répugne bien davantage à la colère finale que celui dont nous avons déjà été tirés. — Mais <ïuelle est cette colère dont il nous reste à être délivrés encore? Celle dont parlait saint Paul II, 5. 6, en ces mots : <L le jour de la colère et de la révélation du juste jugement <le Dieu,:» jour où cDieu rendra à chacun selon ses œuvres; » comp. 4 Thess. I, 10; 2 Thess. I, 8. Le Seigneur parle, Luc XII, 47 et 48, du châtiment réservé au serviteur, qui, ayant connu la volonté de son maître, ne l'aura pas faite : il sera battu de beaucoup de coups, a. On redemandera davantage à quiconque il aura été donné davantage. ^ Il y a là un sujet de sérieuse vigilance pour le justifié, mais non pas de crainte. Paul explique pourquoi : il y a en Christ plus que l'expiation (le sang) par laquelle il nous a introduits dans l'état de la justification ; il y a sa personne vivante, actuellement glorifiée, capable par conséquent d'intervenir par des moyens nouveaux en faveur •des justifiés et de conduire à bonne fin l'œuvre de salut si bien commencée en eux. C'est là ce qu'expriment les mots : < nous serons sauvés par lui{è%' «ùtoG).ï> Comp. VIII, 34 : « Qui est mort, bien plus qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu et qui aussi intercède pour nous; > Gai. II, ^0: <Lie vis, non plus moi, mais Christ en moi ; » Hébr. VII, 25 : « Etant toujours vivant pour intercéder pour nous; ^ Jean XIV, 19 : « Parce que je vis, vous vivrez aussi. ^ Paul s'explique ici clairement sur cette double médiation indiquée (v. 1 et 2) au moyen des deux ^la, par: «par notre Seigneur... (v. 1), par lequel aussi.,. (v. 2). > L'une, celle du v. 1, était celle qui est renfermée

ici dans les mots par lui : nous sommes délivrés de toute crainte par lui (quant à notre avenir). L'autre, celle du v. ^ ((H par lequel aussi nous avons obtenu accès...») était celle de son sang, par laquelle nous avons été justifiés, délivrés de la condamnation (quant au passé). On voit combien est profondément méditée Fœuvre de l'apôtre et que nous ne nous trompions pas en prétendant que dans ces mots : « Nous avons paix par rapport à Dieu, » il avait déjà les yeux tournés vers l'avenir, le salut final.

Le V. 10 n'est à proprement parler qu'une répétition renforcée de l'argumentation du v. 9. Paul rend le raisonnement plus évident : i^ en ajoutant le terme d'ennemis qui rend l'a fortiori de la preuve plus saillant ; 2<> en substituant au terme de justifiés (v. 9) celui de réconciliés qui est plus en rapport avec celui d'ennemis; 3® en caractérisant la mort de Christ comme celle du Fils de DieUj ce qui en fait mieux ressortir le prix; ifi en expliquant le terme indéterminé : par lui (v. 9), par l'expression plus précise : par sa vie. — Le car provient de la force nouvelle que le raisonnement puise dans ces divers changements. C'est notre en effet; comp. la relation entre v. 3 et v. 5, dans Jean III. — Trois degrés sont indiqués : ennemis, réconciliéSy sauvés. L'amour divin, qui nous a fait passer du premier au second, nous fera plus certainement encore passer du second au troisième. — Les termes : infirmes^ impies, pécheurs (v. 6 et 8) sont résumés ici dans celui d'ennemis. Ce mot désigne-t-il l'inimitié de l'homme envers Dieu ou celle de Dieu envers l'homme? haïssant Dieu (Dei osores) ou haïs de Dieu (Deo odiosi) ? La première notion serait évidemment insuffisante dans le contexte. L'inimitié doit appartenir avant tout à celui à qui est attribuée la colère; et le sang de Christ, par lequel nous avons été justifiés, n'a pas coulé premièrement pour

opérer un changement dans nos dispositions à l'égard de Dieu, mais pour en amener un dans la conduite de Dieu à notre égard. Autrement cette mort sanglante devrait être appelée une démonstration d'amour, et non pas de justice (III, 25). Il faut d'ailleurs comparer ici la parole XI, 28, où le terme ennemi de Dieu est opposé à celui d'aimé de Dieu; le premier signifie donc : non aimé, ou haï de Dieu; comp. Eph. II, 3 : c enfants de colère par nature. i^ Il faut évidemment éloigner de cette notion de l'inimitié divine tout alliage impur, tout élément égoïste, et prendre cette haine dans le sens dans lequel Jésus parle de ha^lr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, sa propre vie, Luc XIY, 26. Cette haine est sainte; car elle ne s'applique qu'à ce qui est vraiment haïssable en nous et chez les autres, le mal et ce qui est propre à y entraîner. Mais l'on ne saurait pourtant se contenter de dire, avec beaucoup d'interprètes, que ce que Dieu hait dans le pécheur, c'est le péché et non la personne. Car, comme l'observe avec justesse M. Oltramare (qui rejette par cette raison le sens passif du mot ennemis que nous défendons), c'est précisément la haine contre les pécheurs, et non contre le péchés qui se trouve exprimée dans l'expression ennemis de Dieu, si on la prend dans le sens : haUs de Dieu. La vérité est, à ce qu'il me parait, que Dieu hait avant tout le péché dans le pécheur, et que le pécheur devient, en même temps, l'objet de cette sainte haine, dans la mesure où il s'identifie lui*méme volontairement avec le péché et en fait le principe de sa vie personnelle. Aussi longtemps sans doute que ce développement n'est pas achevé, le pécheur est encore l'objet de la compassion divine, en tant que Dieu discerne toujours en lui sa créature destinée au bien. Mais la simultanéité de ces deux sentiments opposés, dont XI, 28 nous offre un exemple particulier très-frappant, ne peut appar-

tenir qu'à un état de transition. Au terme du développement en bien ou en mal, l'un des deux sentiments doit seul demeurer (voir à I, 18). Tout en maintenant, comme notion fondamentale, dans le terme ennemis de Dieu, celle de l'inimitié divine^, nous ne croyons pas inadmissible d'y rattacher comme corollaire celle de l'inimitié de l'homme contre Dieu. Notre cœur repousse l'être qui nous repousse. C'est dans ce double sens que se prend, dans le langage ordinaire, le mot ennemi. 11 implique une réciprocité; comp. l'expression ev Ê)^ftpaovTtç, employée de Pilate et d'Hérode (Luc XXliï, 12). — Une question assez analogue s'élève sur le sens de l'expression xaTn>.Xay7i(«v Tô 6eâ, nau-s avons été réconciliés avec Dieu. Ces mots peuvent signifier deux choses : ou bien que rhomme renonce à l'inimitié qui l'avait animé contre Dieu, ou bien que Dieu renonce à son inimitié à l'égard de l'homme. En soi, les deux sens sont grammaticalement possibles. La parole 1 Cor. VII, 11 présente un cas où celui qui se réconcilie le fait en renonçant à sa propre inimitié (« si la femme se sépare, qu'elle reste sans se marier ou qu'elle 5e réconcilie avec son mari »); 1 Sam. XXIX, A et Matth. V, 24 offrent deux exemples du sens contraire. Dans le premier de ces passages, les chefs des Philistins, suspectant les intentions de David qui demande à se joindre à eux pour aller combattre contre Saûl, disent à leur roi : « Comment se réconciliera-t-il (^iaX>.ayYî<xeTat, LXX) avec son Seigneur (tô xupiô aÙToû), si ce n'est en lui livrant les têtes de nos gens? » Dans le second, Jésus exhorte celui qui veut apporter son offrande à l'autel et qui se souvient que son frère a quelque chose contre lui, à aller se réconcilier auparavant avec lui. Dans les deux cas, il est évident que l'inimitié et par conséquent l'abandon de l'inimitié sont attribués à celui avec lequel la réconciliation doit avoir

lieu (Saûl et le prochain qui se croit offensé). Dans notre passage, le vrai sens ne nous parait pas douteux. Le mot étant réconcilié reproduisant le étant justifié du v. 9, il résulte de ce rapprochement que c'est Dieu, et non pas l'homme, qui abandonne son inimitié. De même que par la justification Dieu efface toute condamnation, de même par la réconciliation il se désiste de sa colère. Ce sens ressort également de celui du mot i^^foç, ennemi, que nous venons de constater, aussi bien que du terme de colère, v. 9. Si c'est Dieu qui est hostile et irrité^ c'est en lui, avant tout, que doit s'accomplir l'acte de la réconciliation. C'est ce que confirme le passage capital III, 25. Si c'était l'homme qui devait être amené premièrement à l'abandon de son hostilité, l'acte réconciliateur consisterait, conHne nous venons de le dire au sujet du mot ennemi, dans une manifestation d'amour, non de justice^ Enfin, comme l'observe Hodge, faire signifier à cette parole que c'est nous qui, dans la réconciliation, déposons notre inimitié contre Dieu, c'est la mettre en contradiction avec l'esprit de tout ce passage. Car le but de l'apôtre est de faire ressortir la grandeur de l'amour témoigné par Dieu envers des êtres indignes, afin d'en conclure à celui qui leur sera témoigné par le même Dieu dans l'avenir. Tout le raisonnement repose donc sur l'amour de Dieu pour l'homme, et non sur celui de l'homme pour Dieu. D'un autre côté, il est vrai, comme le remarque Oltramare, que l'expression se réconcilier n'est nuUe part appliquée à Dieu. Il est dit seulement, 2 Cor. V, 19 : ^ qu'il a réooncUié le monde avec lui-même en ne leur imputant point leurs péchés.]» Comment expliquer ce fait? Assurémeot les écrivains sacrés sentaient qu'il n'est pas possible die comparer la manière dont Dieu se réconcilie avec les hommes, avec la manière dont un homme se réconcilie

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avec un autre homme. C'est Dieu lui-même qui a commencé par tout accomplir pour assurer sa justice et sauvegarder la majesté de sa position, afin de pouvoir pardonner ensuite. Il y avait là un mode d'action qui ne rentrait pas dans les procédés de réconciliation humains, et voilà pourquoi les apôtres ont é^ité, en parlant de Dieu, l'expression ordinaire.

Si au terme de sang le v. 10 substitue celui de mort, qui est plus général, c'est pour mieux rappeler l'ensemble de la scène de la Passion. Les mots : de son Fils, font ressortir l'immensité de ce sacrifice accompli pour des ennemis ! Conclusion : Si Dieu (humainement parlant] n'a pas reculé, en faveur de ses ennemis, devant le sacrifice douloureux de son Fils, comment se refuserait-il, envers des êtres désormais reçus en grâce, à une communication de vie qui n'a rien que d'inefTablement doux pour lui-mêine et pour ceux qui la reçoivent ! Ainsi est prouvée la certitude de la délivrance finale (celte du jour -de ia colère) à laquelle tout visait dès les premiers mots : nous avons paix. — Le rég. sv ttî ^wtj a{»Tof>, en sa v/e, ne doit pas être envisagé comme indiquant le but du être sauvés (introduits dans sa vie). Le ev, en, ne peut avoir que le sens instrumental, comme celui du ev tô at(jLaTt, en son sang, v. 9 : sauvés par sa vie à laquelle est désormais puisée la nôtre; comp. VIII, 2 : « La loi de l'Esprit de vie qui est en Jésus- Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. » En effet, la justification n'est pas tout le salut; elle en est l'entrée. Si le péché continuait à régner comme avant, la colère se retrouverait au terme. Car <( sans la sanctification nul ne verra le Seigneur, » Héb. XII, 14. Mais la médiation de la vie complète celle du sang et assure la sanctification et par là la délivrance finale. Comp. les chap. VI-VIII, destinés à développer la pensée qui est ici énoncée seule-

ment en relation avec la grâce de la justification. L'expression être sauvé désigne donc le salut, dans le plein «ens du mot, la sentence finale qui suppose, avec la justification, le rétablissement de la sainteté. Un malade n'est pas sauvé, quand la faute qui a provoqué sa maladie lui a été pardonnée ; il faut encore qu'il soit guéri. Il y a donc bien, comme nous l'avons développé ailleurs^, une sentence de grâce initiale, la justification, dans le sens ordinaire du mot, fondée uniquement sur la foi ; et une sentence de grâce finale, qui tient compte non seulement de la foi, mais aussi des fruits de la foi. La première est le fruit de la mort de Christ; la seconde découle de la participation à sa vie. Pour l'une et l'autre de ces grâces, la foi est et reste naturellement la condition permanente de l'appropriation personnelle. S'il n'en est pas fait mention ^expressément dans notre passage, c'est qu'il se rapporte uniquement aux croyants déjà justifiés (v. 4).

Nous devons faire observer ici, avec Olshausen, combien la doctrine catholique à laquelle s'associent aujourd'hui un si grand nombre de protestants, en faisant reposer la justification sur la nouvelle vie éveillée dans l'homme par la foi, est en désaccord avec la pensée de l'apôtre. Aux yeux de celui-ci, la justification est complètement indépen- -dante de la sanctification, et la précède; elle ne repose que sur la foi en la mort de Christ. La sanctification émane de la vie de Christ par l'œuvre du Saint-E&prit.

A la fin du v. 2, Paul avait passé de l'absence de crainte (€nous avons paiœ, » v. 1) à l'espérance positive de la gloire dans laquelle déjà nous triomphons. Cette même gradation se reproduit ici dans le passage du v. 10 au v. 41, après quoi le thème renfermé dans les deux premiers

* Etudes bibliques, II, p. 150; 229 et suiv. (3» éd.).

V. sera épuisé, et la propos. : € l'espérance ne confond point » (v. 5) pleinement démontrée.

V. 11 : cet non seulement [cela] S mais même en nous glorifiant ^ en Dieu par notre Seigneur Jésos- Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la léconciliation. > — La gradation générale du v. 10 au v. 11 est bien expliquée par Philippi : € le salut n'est pas seulement négatif : la délivrance de la colère; nous espérons mieux : la participation à la gloire. » C'est par cette idée de l'entrée triomphante dans la gloire que l'apôtre devait couronner tout cet exposé de la justification. Car c'est alors que celle-ci deviendra complète et définitive. — La construction présente une difficulté. Que faire du pa^ tic. xau)r<k>{uvoi, $e glorifiant^ qui ne repose sur aucun, verbe fini? Les anciens et plusieurs modernes (Tbd.» Philip., Rûck., Fritzs., Hodge) l'envisagent comme l'équivalent d'un verbe fini, en sous-entendant i^idyt; noMSonh mes nous glorifiant, pour : notis nous glorifions. C'est le sens qu'indique la leçon de L et des anciennes versions. U faut dans ce cas sous-entendre après non seulement un autre verbe fini qui ne peut être que le : nous serons sauvés^ du V. 10. Le sens est : « Et non seulement nous serons sauvés; mais nous nous glorifions en Dieu à cette heure même de ce salut assuré. » La gradation logique va de l'avenir au présent. On a objecté l'impossibilité de faire d'un simple partie, un verbe fini, au moins en prose (car la poésie fournit des exemples nombreux de cette licence). Mais comment expliquer autrement 2 Cor. VII, 5? La vraie difficulté est de résoudre le désaccord entre le futur mus serons sauvés et le présent nous nous glorifions. Il semble

* D E F lisent iouto après ôe.

* Au lieu de xau/tojjiEvoi, L 30 Mnn. It. Syr. lisent xau/^io{x£6a ; FGi

Xau/^(0{JL£V.

CHAP. V, il. 4i7

qae si la gradatîoB à laquelle pensait Tapolre poriûl réellement SOT le temps, le v>Vy maintemmi, qui se trouTe dans la propos, suivante, aurait dû être phoé dans celle-ci : < non seulement nous serons sauTés, mats nous en sommes si certains que dès mamiemmU déjà nous triomphons en Dieu. Y Si Paul ne s'est pas exprimé ainsi, c*est que œ n*était pas là sa poisée. Une seocMide construction est adoptée par Meyer, HofioDann et d'autres : elle consiste à suppléer, après nom semlemenl^ non : le verbe «i«ftQ90(icAst« noms serons sauvés^ mais le partie. xsmùXrjémç^ éimU rioonci^ kiSy de telle sorte que ce partie, aussi bien que le xdrj/«*> |uvoi, noiis glorifianiy reposent tous deux sur le nous serons sauvéSj du v. iO : c Nous serons saurés, et cela non seulement comme réconciliés^ mais aussi eotnme nous glorifiani. » La gradation va dans ce cas, non de l'avenir an présent, mais de la joie de la réoondlialion à celle du triomphe. L'objection à iaire i cette construction est celleci : Le partie, étant réconciliés^ au v. 10, n'est point une simple qualification de nous serons sautés; c'est un partie, d* argumentation, comme dit très-bien Qltramare (voir aussi Hiilippi). 11 ne peut donc être mis logiquement en parallèle avec le partie, nous glorifiant. Que faire, si Ton ne veut pas revenir i la première construction? 11 ne reste, ce me semble, qu'à tirer du verbe «uftno^itAeAa, nous seront toitoâ, ridée de satut, en suppléant le partie, «w^oftevo^ «Ottûér, sûprè^ non seulement^ et à rapporter ce partie., aussi bien que le suivant xauyéfuvai, nous glorifiant^ au Bioment du salui final : c Bien phis certainement nous serons sauvés (v. iO), et cela non seulement comme sauvéSy itiais comme nous glorifiant en Dieu, » Le sens est à peu près le même que dans la construction précédente, maisplus net : c Et quand viendra cette heure du salut, ce ne sera pas comme de simples sauvés, comme les réchappes

d'un naufrage ou d'un supplice mérité, que nous franchirons le seuil du salut étemel; ce sera dans l'attitude triomphante d'hommes que le Fils de Dieu a couronnés de sa propre sainteté, renouvelés à sa glorieuse image, et que le Père a marqués du sceau de son adoption, YIII, 15. 39.» On peut objecter sans doute qu'en rapportant ce partie. nous glorifiant au moment final, nous nous écartons du sens de ce même verbe au v. 2, qui contient le thème de tout le passage. Mais Paul, en arrivant au terme de ce développement, peut bien substituer à la glorification actuelle dans l'espérance le chant de triomphe à l'heure de l'entrée dans la gloire. — 5c glorifier en Dieu était le privilège dont s'honoraient les Juifs en vertu de leur révélation monothéiste (II, 17). Saint Paul applique ici cette expression au chrétien sanctifié qui non seulement n'a plus rien à craindre de Dieu, mais qui, comme son enfant ^ est aussi son héritier (VIII, 17). — Cependant, il prend soin, à l'instant même, d'abattre ce qu'il pourrait y avoir, dans cette espérance du triomphe futur, de contraire à l'humilité, en ajoutant : par notre Seigneur J.-ChrisL Dans la possession même de la sainteté parfaite et sur le seuil de la gloire, le chrétien ne pourra point oublier que c'est à Christ qu'il doit tout, son éternel triomphe aussi bien que sa réconciliation passée qui en a été la condition. Les derniers mots : par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation, pourraient avoir pour but de rappeler au fidèle dans quel triste état il a été trouvé et par quel douloureux moyen il a dû en être tiré. Le mot maintenant opposerait son état présent à son état passé. Mais ce sens n'est pas le plus naturel à la suite de tout ce qui précède. Paul oppose plutôt en terminant l'état présent à l'état futur : « par lequel vous avez déjà maintenant reçu la réconciliation, ï> ce premier gage de la délivrance à venir. Celui qui

GHAP. V, M. 429

ous a acquis par ses souffrances la première de ces gràes, celle qui est la condition de toutes les autres, ne lanquera pas de conduire l'œuvre à son terme, si nous li restons attachés par une foi persévérante. Ce: par lequel ous avons reçu, est le parallèle du par lequel aussi du v. , comme le : par notre Seigneur ]. -Christ, qui précède,. 5t le parallèle des mêmes mots du v. 1 . Le cycle se ferme.

est maintenant démontré, par cette argumentation somlaire, que la justification par la foi renferme les ressour-^ es nécessaires pour nous assurer la justification définiive — celle dont parlait II, 13 — et même le triomphe inal, et que, par conséquent, la grâce de la justification est complète.

Il ne reste plus à l'apôtre, après avoir ainsi exposé dans une première section (I, 18 — III, 20), la condamnaim universelle^ dans une seconde section (III, 21 — V, W) hi justifi^cation universelle, qu'à comparer ces deux vastes dispensations en rapprochant leurs deux points de départ. C'est le sujet de la troisième section qui clôt cette partie fondamentale.

Hofmann pense qu'après avoir tracé le tableau de la colère divine dans la section I, 17 — III, 4, Tapôtre y oppose, de III, ^ — IV, 28, celui de Tétat de justification dont jouissent, sans s'en glorifier, les chrétiens; cet enselguenient est entièrement <^nforme au monothéisme, affermit la vie morale au lieu de Vaffaiblir (III, 3i), et n'est nullement infirmé par Vexeraple d'Abra- ^^^< La conclusion est tirée V, i-ii : c'est d'engager \e^ -l'oyants à jouir, sans crainte et pleins d'espérance, de ce bien- »eureux état. Cette construction se heurte aux faits suivants : " S ne peut pas commencer une section nouvelle; III, 9 ne ^"^ pas être uue question de la conscience chrétienne; III, 31 ^ Se rapporte pas à l'accomplissement moral de la loi ; Texem- '^ ^* Abraham ne saurait avoir une portée aussi réduite que celle

«que Hofmann est obligé de lui attribuer; Y, i n*est point une exhortation sous forme de conclusion. — La construction de Yolkmar est toute différente. Selon lui l'exposé de la justification par la foi, commencé III, 9, se termine à III, 30. Ici commence la confirmation de ce mode de justification par TA. T. Elle va de in, 31 — Vni, 36. Et d'abord : confirmation par le livre de la loi, cb. lY (le texte de la Genèse relatif à Abraliam); puis oonfîr* mation par la loi elle-même, le récit biblique de la condamnation de tous en Adam, qui correspond à renseignement de la justification de tous en Christ, ch. Y, i-21 ; enfin, confirmation par l'accord des conséquences morales de la justification avec Vessence delà loi, ch. YI-YIII. Mais, indépendamment du faux sens <lonné à III, 31, comme titre général des ch. lY-YIII, comment placer le morceau Y, i-ii dans une même subdivision que le parallèle d'Adam et Jésus-Christ, et comment ne voir dans ce dernier morceau qu'une confirmation de la justification par la foi, au moyen du récit de la chute dans l'A. T.? Enfin, cette distinction entre le livre de la loi, la loi et l'^^^^nc^ morale de la loi, «st certainement étrangère à l'esprit de rajiôtre. Holsten dit avec raison : « Il n'est pas nécessaire de démontrer que ces pensées et <ïette marche appartieiment à Yolkmar, non à Paul. » Notre construction se rapproche beaucoup de celle que vient de publier Holsten lui-même (Jahrb, fur protest, TheoL^ 1879, n<** 1 et 2>. La différence essentielle ne commence qu'avec le morceau suivant sur Adam et Christ. Ce passage, tout en formulant le résultat de la partie précédente, appartient néanmoins, selon Holsten, à la partie suivante, ch. YI-YIII, dont il serait le fondement.

Sans méconnaître un certain caractère de trayisition dans ce passage, nous devons y voir avant tout une conclusion. C'est ainsi que l'envisage aussi Lipsius dans son récent travail sur Tépître aux Romains (Protestanten-Bihel).

III«« SECTION — XUo MORCEAU — (V, 42-24).

l'universalité du salut en christ prouvée par l'universalité

DE LA mort en ADAM.

La justification par la foi venait d'être exposée ; le fondement historique sur lequel elle reposait, son accord avec la

Tévélation israélite, la certitude de sa durée jusqu'à la fin, tous ces points avaient été mis en lumière ; et la plus grande partie du thème, III, 21 et 22, était ainsi développée. Une notion restait cependant, et la plus importante de toutes, «celle qui était énoncée dans le thème par cette expression •saillante : et; iràvraç stal em irocvTa; touç luwjTeuovTo^, pour iotis et sur tous qui croient. L'universalisme était le caractère propre de l'évangile de Paul ; la justification par la foi, exposée jusqu'ici, en était la condition nécessaire. Né- ;gliger de développer expressément ce trait décisif, c'eût été renoncer à recueillir le fruit après avoir laborieusement cultivé l'arbre. L'apôtre ne pouvait commettre une .semblable faute. Il accomplit cette tâche finale dans le dernier morceau, dont la nature très-particulière suffit à démontrer l'importance.

Les interprètes ont compris de diverses manières l'idée •et le but de ce passage. Selon Baur et son école, ainsi que 4^1on plusieurs autres commentatetTrs, l'apôtre a en vue le judéo-christianisme régnant dans l'église de Rome. Il veut à la fois le réfuter et le gagner, soit en exposant une conception de l'histoire dans laquelle la loi n'a plus de place (Baur), soit en démontrant que le salut, tout comme la condamnation, ne dépend nullement de la conduite des individus et de leurs œuvres, mais uniquement d'une norme objective, de la dispensa tion de Dieu inconditionnelle et absolue (Holsten). Mais ce morceau ne répond exactement ni à l'une ni à l'autre de ces deux manières de voir. L'observation faite au v. 20 sur le rôle secondaire de la loi ne saurait être la révélation de l'intention du morceau tout entier. Cette remarque, que rendait indispensable, dans ce coup d'œil d'ensemble, le rôle important de la loi mosaïque dans l'histoire religieuse de l'humanité, est jetée trop en passant pour qu'en elle ait pu se concentrer l'intérêt

d'un exposé aussi vaste. L'autre point de vue, celui du déterminisme absolu que Holsten prête à saint Paul, serait propre sans doute à couper par la racine le système de la justification par les œuvres; mais ce serait un de ces remèdes qui détruisent le mal en tuant le malade. Car le déterminisme n'exclut le mérite humain qu'en supprimant la liberté morale et la responsabilité. Ce n'est point ainsi que procède saint Paul. En tout cas, il est aisé de voir que le but direct de l'apôtre dans ce morceau n'est point d'exclure la justice légale; il en a fini avec cette idée. C'est l'universalité du salut chrétien qu'il veut démontrer. Ëwald^ Dietzsch, Gess font ressortir avec raison la différence frappante qu'il y a entre l'argumentation de l'épître aux Calâtes et l'enseignement de celle aux Romains. Dans la première, où Paul attaque le judéo-christianisme, son argumentation part de l'histoire théocratique, d'Abraham; dans la seconde, qui expose le rapport de l'Evangile à la nature humaine, juive et païenne, l'argumentation part de l'histoire générale, du père de toute l'humanité, Adam. Dés le commencement de l'épître, le point de vue est universel (les païens, ch. 1; les Juifs, ch. 11).

Un grand nombre d'interprètes pensent que l'apôtre se propose de remonter jusqu'à la source des deux courants, soit de condamnation et de mort, soit de justification et de vie, qui dominent la vie de l'humanité, ou, comme s'exprime Dietzsch, jusqu'aux puissances qui déterminent les faits actuels, le sort des individus. Le but pratique de cette investigation serait celui que Chrysostome indiquait en ces termes : « Comme les meilleurs d'entre les médecins mettent tous leurs soins à rechercher la racine des maladies et arrivent ainsi à la source même du mal, ainsi en agit saint Paul. » Chaque lecteur serait donc invité par ce passage à rompre le lien de solidarité qui l'unit natu-

rellement au chef de Thumanité perdue, et à contracter par la foi le lien nouveau par lequel il peut communiquer avec le chef de Thumanité justifiée. Nous ne méconnaissons point ce que renferme de vrai ce point de vue, qui est le plus répandu. Mais deux difficultés nous arrêtent quand nous essayons de faire de cette idée la clef de tout ce passage. Il ressort évidemment du v. 12 que Tapôtre se préoccupe plutôt de l'origine de la mort que de celle du péché, et qu'il ne mentionne celle-ci que pour arriver à celle-là. C'est également au fait de la mort qu'il revient le plus souvent dans le cours de ce morceau, comp. v. 15; 16; 17; 18; 21. En serait-il ainsi, si son but direct était de remonter à la source du mal, au péché? Puis nous ne le voyons nullement insister sur la gravité du péché et sur la nécessité de la foi pour le salut. Aucune exhortation à s'attacher à La personne du nouvel Adam ne révèle cette intention directement pratique que lui attribuent spécialement Hofmann et Th» Schott. Il faut bien conclure de là que nous ne sommes pas encore sur la vraie trace.

Rothe part de l'idée que la première partie du ch. V a déjà commencé l'exposé de la sanctification^ comme fruit de la justification par la foi, exposé qui continuera au ch. VI. Le passage v. 12-21 serait donc un simple épisode destiné à prouver que, comme les hommes sont devenus pécheurs en commun par le péché d'un seul, ils ne peuvent aussi devenir saints qu'en commun, c'est-à-dii'e en Christ. Ce morceau traiterait ainsi de Y assimilation morale par les individus humains soit de la corruption, soit de la sainteté. C'est aussi l'opinion de Lange et de SchafF, qui font de V, 12 le commencement de la partie de l'épître relative à la régénération morale par l'appropriation de la sainte vie du nouvel Adam (VI-VIII). Il est certainement parlé dans le passage V, 1-11 de la sanctification, nous

raccordons à Rothe (comp. v. 9. 10 : par lui; par sa vie), mais, comme nous l'avons vu, uniquement en rapport avec la justification finale qui repose sur la continuité de l'action du Christ vivant dans l'àme justifiée. Quant au sujet de la sanctification, ainsi annoncé à l'avance, il n'est traité en réalité que depuis le ch. YI. Les relations avec les ch. VI-VIII sont réelles et profondes sans doute. Lange les démontre parfaitement. Mais c'est en exagérer la portée que de détacher par cette raison le passage V, 12-21 de ce qui précède, pour en faire le préambule de l'enseignement sur la sanctification. Les idées qui dominent dans ce passage ne sont point celles du péché et de la vie nouvelle; ce sont uniquement, comme nous le verrons, celles de la condamnation et de la justification, qui avaient été le sujet de toute la partie précédente. Ce morceau doit donc être envisagé comme la clôture de celle-ci.

Par le premier terme de la comparaison (la condamnation commune en Adam), ce parallèle rappelle certainement toute la section de l'ôpy/f, la colère^ I, 18 — III, 20, comme par le second (le salut commun en Christ) il rappelle le sujet de la seconde section, la justice de la foi, III, 21 — V, 1 1 . Mais ce rapprochement est loin d'épuiser le rapport de ce morceau à tout ce qui précède. Les deux termes de la comparaison, Adam et Christ, ne sont pas seulement juxtaposés l'un à l'autre; ils sont mis en relation logique; et c'est dans ce vivant rapport qu'est renfermée la vraie idée du morceau. Par la plus inconcevable hardiesse de pensée qu'il soit possible d'imaginer, Paul découvre dans l'extension et la puissance de la mystérieuse condamnation, prononcée en Adam, la divine mesure de l'extension et de la puissance du salut accordé en Christ, de telle sorte que l'intensité même des effets de la chute se transforme, entre ses mains habiles, en la démonstration

irrésistible de celle du salul. El ce morceau final se trouve être par là tout à la fois le pendant de la première section (la condamnation) et le couronnement de la seconde (la justification).

Quatre paragraphes se dessinent, comme d'eux-mêmes, . dans le parallèle suivant :

io V. 12-14 : la diffusion universelle de la mort par le fait d'un seul homme ;

2® V. 15-17 : la supériorité des facteurs agissant dans l'œuvre de Christ sur le facteur correspondant dans l'œuvre d'Adam ;

3® V. 18-19 : la certitude de l'égalité d'extension et d'effet entre la seconde œuvre et la première;

¥ V. 20-21 : l'indication du vrai rôle de la loi entre ces deux universalismes de mort et de justice.

L'exégèse a de plus en plus été conduite au groupement •que nous venons d'indiquer (voir Dietzsch et surtout Hodge), quoique l'idëe de ces quatre paragraphes et leur relation logique soient encore très-diversement saisies.

lo V. 12-14.

Y. 12 : <i C'est pourquoi, de même que par un seul liomine le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort ^ a passé à tous les hommes €n raison de ce que touls ont péché; ^ — La liaison logique qui unit ce morceau à ce qui précède, est exprimée par ^li ToOto, c*e$t pourquoi. Les uns, comme Meyer, rapportent cette expression uniquement aux derniers mots du Y. 11 : nous avons reçu la téconciUàtion. Mais nous avons vu que cette propos, incidente, que le contexte en lui-

^ DEG It. omettent les mots o ôavaTo; (la mort).

même n'exigeait point, avait été ajoutée là dans le but de récapituler toute la section précédente, avant et afin de passer au morceau suivant. Le terme même de xaTaWK^ï}, réconciliation, qui fait allusion à celui d'opyïf, colère^ est choisi de manière à rappeler non seulement la seconde section (celle de la justification), mais aussi la première (celle de la condamnation); de sorte qu'en réalité dire que le : c'est pourquoi, se rapporte à la dernière propos, du v. a y c'est reconnaître, avec Tholuck, Rûckert, Holsten, etc., qu'il porte sur tout ce qui a précédé depuis I, i 7 : « Puisque, condamnés comme nous Tétions tous, nous avons trouvé la réconciliation en Christ, il y a donc, entre notre relation avec lui et notre relation avec le chef de l'humanité naturelle, la conformité suivante. » Hofmann et Schott rapportent le c'est pourquoi au morceau Y, 1-11 seulement : c En raison de cette assurance du salut final que nous possédons en

Christ i> D'après Hofmann,. le verbe manquant devait

renfermer une exhortation à réaliser la sainteté (le contenu du ch. Vlll, 1 et suiv.), exhortation censée correspondre à celle du prétendu ejç^wjxev, ayons, de V, 1. Tout cela est un pur roman. Schott tire le verbe plus naturellement de ce qui précède : ce C'est pourquoi nous serons sauvés par lui seul (v. 9. 10), tout comme nous avons péri par

Adam » (Mais voir plus bas.)

Le wcrirep, de même que\ a été construit grammaticalement d'une foule dé manières : 1^ On a supposé que la proposition principale (le verbe du cest pourquoi) avait été oubliée par l'apôtre, distrait qu'il était par la foule de pensées qui se sont présentées successivement à son esprit (voir Rûckert et Hofmann, par ex.). J'espère que nos lecteurs sont convaincus de l'impossibilité d'une telle explication, ou plutôt d'une telle absence d'explication. Nous avons suffisamment reconnu jusqu'ici que l'apôtre ne com-

posait pas sans s'être bien rendu compte de ce qu'il voulait dire. — 2<> La principale corrélative serait sous-entendue ; elle devrait se tirer de ce qui précède. De Wette allègue dans ce sens Matth. XXV, 14, où nous trouvons un : de même que^ auquel ne correspond aucune principale, et qui repose uniquement sur la phrase précédente. Lange tire, à peu près de même, le verbe sous-entendu du v. \\ : « C'est pourquoi nous avons la réconciliation par Christ, de même que par un seul le péché et la mort, sont venus sur tous; > Umbreit et Schott, du v. 10 : « Nous serons sauvés par Christ, comme nous avons péri en Adam ; > van Hengel sous-entend simplement le verbe : « C'est pourquoi il en est en Christ^ comme il en a été en Adam. » Dietzsch comble l'ellipse en tirant le verbe de ce qui suit : « C'est pourquoi la vie est venue par un homme y de la même manière que par un homme sont venus le péché et la mort.» L'explication de de Wette se heurte au c*est pourquoi qui distingue notre passage du passage cité. Dans les autres sens, on se demande comment, dans un morceau didactique si sévèrement rédigé, l'apôtre, au lieu de faire une pareille ellipse et de tenir ainsi l'esprit du lecteur en suspens jusqu'à la fin, sans le satisfaire plus tard, n'aurait pas écrit tout simplement une courte phrase comme celleci : Âmc toOto éy^vero h yuf^c'^^ ^xep... «C'est pourquoi il en est en Christ de même qu'en Adam...» — S® On cherche le verbe principal, d'où dépend ô<nrep, dans les mots suivants; Erasme et Bèze, dans la phrase : c et par le péché la mort, > en donnant à toi le sens de : aussi. A toute rigueur la construction serait admissible, quoiqu'il eût été plus correct d'écrire : oStok x«i, ou de placer le xai après le régime (ainsi aussi ou par le péché aussi); mais ce qui exclut absolument ce sens, c'est que Paul ne pense pas à comparer l'entrée du péché avec celle de la mort. 11 est

évident qu'en écrivant le de même que il avait en vue, comme second terme de la comparaison, l'entrée de la justification et de la vie par Christ. Une raison semblable s'oppose aussi à l'explication de ceux qui, comme Wolf, trouvent la principale dans la [^rase plus éloignée : € et ainsi la mort a passé à tous. i> Paul ne pense pas davantage à comparer le mode d'entrée de la mort avec celui de sa diffusion. D'ailleurs il eût fallu oStcoç xat et non, xal oÛTwç. — ¥ Une explication plus généralement admise est celle de Calvin (Thol., Philip., Mey., Holst.), qui trouve la principale indiquée, du moins pour le sens, à la fin du V. 14, dans ces mots : <c qui est le type de celui qui devait venir. > Le sens de ces mots est en effet celui-ci : « De même que..., ainsi par un nouvel Adam, dont celui-là était le type, la justification est venue sur l'humanité, i^ Il faudrait admettre que l'explication intervenue dans les v. 13 et 14 a fait abandonner à Paul l'achèvement de la construction commencée au v. 12. Mais ce serait une forme de style bien étrange que de présenter la propos, principale qu'attendait le lecteur après le : de même qtie, du v. 12, sous la forme de cette propos, incidente : qui est le type de celui qui devait venir. Puis dans ce qui suit immédiatement, V. 15, Paul n'expose point cette idée de l'égalité entre Adam et Christ, qu'avait annoncée le : de même que, et que devait rappeler pour le sens la dernière propos, du V. 14. Il expose, au contraire, la différence entre les deux termes de la comparaison, de sorte qu'il ne relèverait (fin 14) l'idée de l'égalité que pour l'abandonner àj'instant même (v. 15-1.7); quel procédé contre nature ! — 5° Nous passons rapidement sur les hypothèses de Mehring et de Winer, qui cherchent la principale, l'un dans la première propos, du v. 15, en la prenant interrogativement, l'autre dans la seconde propos, du même v.,

deux essais également impossibles, puisque v. 15* ne peut être une interrogation (voir plus bas), et que v. 15** ne peut correspondre qu'à la propos, subordonnée qui précède dans le même v. : « car si, etc. » — Il n'y a qu'une explication admissible, celle de Grotius, Bengel, Flatt, au mieux défendue par Hodge, qui trouve la principale au v.' 18. C'est là, en effet, que nous obtenons enfin l'achèvement de la comparaison commencée au v. 12 sous forme d'égalité. Les V. 13 et 14 avaient été une explication exigée par les derniers mots du v. 12, une de ces digressions que, dans nos formes modernes, nous mettons en note. Les v. 1 5-1 7 avaient été amenés par cette expression : « type de celui qui devait venir » (fin 14), qui exigeait une modification ou restriction immédiale; de sorte que ce n'est qu'au V. 18 que l'apôtre est libre d'achever la comparai^ son commencée. Ce qui prouve qu'au v. 18 Paul renoue enfin avec l'idée du v. 12, ce sont ces deux traits carac^ téristiques : a) le àpa ouv, ainsi donCj qui signale la re^ prise d'une idée antérieurement énoncée; b) la réapparition de l'opposition de un à tous {elç et iroévT^;), qui était celle du v. 12, mais qui avait été abandonnée, dans l'intervalle, pour celle du un et des plusieurs (eîç et oi 7roX>.oi, v.' 15-17). Quant à l'idée, il est évident que le v. 18 complète logiquement le v. 12. Les mots : comme par icne seule chute la condamnation est venue sur tous les homfnes, reproduisent l'idée de même que, etc., du v. 12; et les suivants : ainsi aussi par une seule justice la justification de vie est venue sur tous, sont manifestement le second terme de la comparaison si longtemps attendu. Quant à cette fin du v. 14, dans laquelle tant d'interprètes ont trouvé l'indication de l'idée principale, elle était simplement un moyen d'annoncer au lecteur cette seconde partie

de la comparaison qui devait encore être préparée (v. 15- 17) avant d'être énoncée (v. 18).

Le V. 13 décrit l'entrée de la mort dans le monde. L'accent est sur les mots : par un seul homme. Adam est caractérisé ici, non point seulement comme le premier d'entre lés pécheurs, mais comme celui qui a ouvert à la puissance du péché la vie humaine. Si Paul ne parle pas d'Eve, comme 2 Cor. XI, 3 et ailleurs, c'est que la chute de la race n'était pas nécessairement liée à celle de la femme. Adam seul était le vrai représentant de l'humanité, à ce moment encore renfermée en lui. — Le terme de péché doit être pris ici dans sa plus grande généralité. Il ne s'agit spécialement du péché ni comme penchant ni comme acte, ni comme acte individuel ni comme fait collectif; c'est le principe de révolte par lequel la volonté humaine se soulève contre la volonté divine, sous toutes ses formes et avec ses manifestations diverses. Holsten voit dans le péeki une puissance objective dominant l'existence humaine, même chez Adam. Mais, au point de vue biblique, le péché n'existe que dans la volonté. 11 n'a pas de place dans l'existence objective et en dehors de la volonté de la créature. Julius MùUer arrive à un résultat à peu près pareil en pai^tant d'un point de vue opposé; selon lui, la volonté des individus humains a été corrompue par une faute libre antérieurement à leur existence terrestre. Dans l'un et dans l'autre de ces points de vue, l'apôtre devait dire : le péché est apparu avec ou dans le premier homme ; mais non : le péché est entré par lui. Le mot entré indique l'introduction d'un principe jusque là extérieur au monde, et le mot par fait retomber la responsabilité de ce fait sur celui qui a comme percé la digue par laquelle l'irruption s'est opérée; comp. le terme de désobéissance^ v. 19. — Le mot xo<7[Ao;, le monde, ne désigne évidemment ici,

eomme Jean III, 16 et aill., que le domaine de l'existence humaine. Paul admet certainement avec l'Ecriture l'existence antérieure du mal dans une sphère surhumaine. — Assurément aucune faute subséquente n'est comparable à celle-ci. Elle a créé ici-bas un état de choses, que les péchés subséquents ne font que confirmer. Si l'on demande comment un être créé bon a pu accomplir un pareil acte, nous répondons qu'une décision semblable ne suppose pas nécessairement l'existence du mal chez son auteur. Il y a, •dans la vie morale, conflit non seulement entre bien et mal, mais aussi entre bien et bien, bien inférieur et bien supérieur. L'acte de manger du fruit de l'arbre sur lequel portait la défense, n'avait rien d'illégitime en soi. Il ne devenait coupable que par la défense elle-même. L'homme se trouvait donc placé — et c'était bien là la condition nécessaire du développement moral qui devait s'opérer chez lui — entre le penchant à manger, penchant innocent en soi, mais destiné à être sacrifié, et l'ordre divin positivement bon. Sous l'action d'une puissance de révolte déjà existante, l'homme tira des profondeurs de sa liberté une décision par laquelle il adhém au penchant plutôt qu'à la volonté divine et créa ainsi, dans toute sa race encore identifiée avec sa personne, la pente permanente à préférer l'inclination à l'obligation. Comme toute l'espèce eût péri avec lui, s'il eût péri, elle fut atteinte tout entière en lui de l'esprit de révolte auquel il avait adhéré en ce moment. Il ne nous est point dit cependant que ses descendants soient individuellement responsables de cette tendance maladive. C'est dans la mesure où chaque individu s'y livre volontairement qu'il en devient personnellement responsable. — Mais était-il compatible avec la perfection divine de laisser venir au monde cette .succession de générations entachées d'un vice originel ? Dieu

pouvait sans doute anéantir Tespèce gâtée en son chef et la remplacer par une nouvelle; mais c'eût été s'avouer vaincu par l'adversaire. Il pouvait, au contraire, l'accepter telle que le péché l'avait faite et la laisser se développer, selon la voie naturelle, en se réservant de la guérir; et c'était là remporter la victoire sur le champ de bataille où il semblait avoir été vaincu. La conscience dit à laquelle de ces deux marches Dieu devait donner la préférence, et l'Ecriture nous apprend quelle est celle à laquelle il l'a donnée en effet.

Mais le point de mire de Paul, dans cette déclaration^ n'est pas l'origine du péché, c'est celle de la mort. C'est pourquoi il passe immédiatement, et en se servant du même verbe sous-entendu, à ce second fait : et par le péché la mort. Il en eût été tout autrement s'il eût voulu traiter déjà le sujet de la sanctification ; il se serait, dans ce cas^ arrêté au moins un moment à ce fait si grave de l'introduction du péché. Si le péché n'est mentionné par lui que comme transition à la mort, c'est parce qu'il est encore dans le sujet de la justification et que le fait correspondant à celle-ci est la condamnation, c'est-à-dire la mort. La moi*t est le monument d'une condamnation divine qui a frappé l'humanité. — Le terme de mort est pris par l'Ecriture dans trois sens : 1^ La mort physique ou la séparation de l'âme d'avec le corps; à la suite de cette séparation d'avec son principe de vie, le corps est livré à la dissolulion. ^ La mort spirituelle ou la séparation de l'âme d'avec Dieu ; à la suite de cette séparation d'avec son principe de vie, l'âme se corrompt dans ses convoitises (Eph. IV, ii). â<^ La mort éternelle ou la mort seconde; c'est dana TàUre humain la consommation de la séparation d'avec Dieu par la sépai'ation de Ydme avec Y esprit^ ce sens de Mme pour le divin. L'âme et le corps privés alors de

CHAP. V, 12. AiS-

ce principe supérieur, élément originaire de Tàme, de-^ viennent la proie du ver qui ne meurt point (Marc IX, 43- 48). De ces trois sens du mot mort^ le dernier ne s'applique pas à ce passage ; car la seconde mort ne commence qu'avec le jugement. Le second ne convient pas non plus, parce que l'idée de mort se confondrait avec celle de péché^. qui en est distinguée dans ce passage même. Il ne reste donc d'applicable que le premier sens. 11 est confirmé, d'ailleurs, par l'allusion évidente au récit de la Genèse (II, 17; III, 19), ainsi que par l'explication renfermée dansles v. suivants (13 et 14), où le terme de mort est pris évidemment dans le sens propre. Nous devons ajouter cependant que la mort, même prise simplement comme mort physique, implique toujours un état anormal par rapport, à Dieu, état qui, s'il persiste et se développe, ne peut qu'entraîner pour l'homme des conséquences fatales.

Quelle est, dans la pensée de l'apôtre, la relation entre le péché et la mort renfermée dans cette prépos. ^va, par y dont il se sert une seconde fois? On pourrait dire que la mort est tout simplement la conséquence naturelle du péché, puisque. Dieu étant la source de la vie morale et physique, une fois que le lien est rompu entre lui «t l'homme, l'homme doit mourir. Cependant au v. 16 l'apôtre fait dériver la mort du péché au moyen d'une sentence positive; ce qui prouve qu'il n'y a pas ici de conséquence naturelle qui ne soit en même temps voulue. — On peut, il est vrai, objecter deux choses contre l'opinion qui fait de la mort une suite du péché. La première est ce que dit Paul luimême, 1 Corinth. XV, 42, que notre corps terrestre est semé corruptible^ faible, ignoble, et cela parce qu'il est psychique. Un peu plus loin, v. 47> fais^at allusion à Gen. III, 19, il ajoute que le premier homme est de la terre^ formé de poussière, ce qui parait faire de la dissolutioa

AiA LA JUSTIFICATION PAR LA FOI.

^u corps une conséquence naturelle de sa nature. La seconde objection est celle-ci : On constate, bien avant la •création de Thomme, l'existence de la mort dans le domaine de la vie animale. Or, le corps de Tbomme appartient à ce grand ensemble de l'organisation animale dont il est le couronnement; donc la loi de la mort devait exister déjà pour l'homme, indépendamment du péché. La parole de saint Paul dans l'épître aux Cor. , ainsi que celle <ie la Genèse dont elle reproduit le sens, prouve bien sans ^oute la possibilité naturelle de la mort, mais non la nécessité du fait lui-même. Si l'homme fût resté uni à Dieu, ^on corps, naturellement sujet à la dissolution, eût pu être glorieusement transformé, sans passer par la mort et la •dissolution. La notion de Yarbre de vie, comme qu'on l'explique, ne renferme pas autre chose. Ce privilège d'une transformation immédiate sera celui des fidèles qui seront vivants au moment du retour du Seigneur (1 Cor. XV, 5i. 52); et c'est probablement ce mode de transformation qui était sur le point de se produire dans la personne du Seigneur lui-même au moment de la transfiguration. Ce privilège destiné à l'homme saint fut retiré à l'homme coupable : ce fut là la sentence qui le livra à la dissolution. Elle -est formulée dans cette parole : « Tu es poudre (c'est-àdire : tu peux mourir), et tu retourneras en poudre (c'est- ^-dire : tu mourras en effet). » Le règne de la mort chez les animaux ne prouve également qu'une chose : c'est qu'il était dans la condition naturelle de l'homme d'aboutir à la dissolution. Demeuré au niveau de l'animalité par la préférence accordée au penchant sur l'obligation morale, l'homme est resté assujetti à cette loi. Mais s'il se fût élevé par un acte de liberté morale au-dessus de l'animal, il ja'eût pas eu à partager son sort (voir encore à VIII, 19- ^).

De Torigine du péché et, par le péché, de la mort, Tapôtre passe à une troisième idée : la diffusion de la mort. Une fois entrée dans l'humanité, la mort a atteint tous le& êtres qui la composent. Les deux prépos. tiç (dans) et ^i« (au travers de), dans les deux verbes eiç^^Scv et Ài^Xôev,^ indiquent nettement ce rapport entre Feutrée et la propagation. Comme le poison, une fois avalé, pénètre dans toutes les parties du corps, il en arriva ainsi en Adam, en qui était renfermée la virtualité de la race entière ; en lui, la tendance à la dissolution s'empara victorieusement de tous les individus futurs, de sorte que chacun d'eux naquit mourant. — Le mot oStwç, ainsi, peut s'expliquer de trois manières : ou bien il rappelle, comme le pensent Dietzsch, Hofm., l'idée : par un seul homme : « la mort, après être entrée par un seul, s'est répandue de la même manière (par ce seul). » Ou bien, comme l'admettent Meyer et Philippi, ce ainsi fait allusion à la relation de cause et d'effet, qui vient d'être signalée entre le péché et la mort : « et ainsi, par l'effet de cette connexion entre péché et mort, la mort a passé à tous, i> ce qui suppose, comme prémisse, ridée sous-entendue que le péché aussi s'était étendu à tous. Ou bien enfin n'est-il pas plus naturel d'expliquer le mot ainsi par le rapport entre les deux verbes? « Et une fois entrée, elle a obtenu par cette entrée même le pouvoir de passer à tous. » Le seuil franchi, l'ennemi a pu frapper im-^ médiatement tous les habitants de la maison. Quel aurait été le mode opposé à celui qui est caractérisé par ce ainsi? C'est que la mort fut arrivée à chaque individu par une porte qu'il lui aurait lui-même ouverte. — Le tous est expressément relevé en opposition à un seuly parce que dans cette^ opposition d'un et de tous se concentre l'idée de tout le morceau. — Les Mss. gréco-lat. omettent ici 6 SovaTo;, la mort. Il faudrait, dans ce cas, ou prendre le verbe ^i^>.6ev

dans un sens impersonnel : ce et qu'ainsi cela (cette connexion de péché et de mort) est arrivé à tous ; i> ou, ce qui •serait préférable, prendre comme sujet toute la proposition suivante : « et qu'ainsi a passé à tous ce en vertu de 4^uoi ou en vue de quoi tous ont péché. » On sent ce qu'il y a de forcé dans Tune et l'autre de ces constructions. 11 ^st probable que l'omission de 6 Sovaroç est provenue, comme l'a bien supposé van Hengel, de ce que l'on rapportait le V. tout entier au péché; Ton n'envisagea par conséquent les mots : et par le péché la morty que comme une incidente ou une parenthèse, et l'on donna pour sujet ;à 8iri>At Yi «(/.apria, le péché, de la première proposition.

Mais dans quel but Paul ajoute-t-il les derniers mots : èç' (0 -ïToévre; -JifiLapTov, que nous avons traduit par : en raison de ce que tous ont péché? Ils semblent contredire l'idée exprimée dans la première partie du v., et faire provenir la mort de chaque individu, non du péché d'Adam, mais du sien propre. Les très-nombreuses explications que Ton a données de ces mots peuvent, nous paraît-il, se ramener à trois principales; elles reviennent en effet à l'une de <5es trois idées : l» la mort des individus provient entièrement de leurs péchés propres; 2» la mort des individus provient en partie du péché d'Adam et en partie de leurs péchés propres ; 3® la mort de tous les individus humains résulte uniquement du péché d'Adam.

Commençons par l'étude de la locution 2<p ' w * . Dans le

* 'ErJ. avec le datif désigne : 1» dans le sens primitif (local) : l'objet su7^ lequel ou prés duquel se trouve placée une chose ; ainsi if' ai xarsx£ixo, le grabat sur lequel il était couché; hzi ratç OiSpaïc, prés de on ^ la porte; 2o dans le sens temporel : à l'époque de, en Texistence de; par ex. stcI Mo>Ua7j, au temps de Moïse; srt vexpotç, quand on est mort; 3o dans le sens moral : sur le fondement de, c'est-à-dire en raison de, ou à la condition de, ou en vue de; 4» dans le sens logique : comme on peut le reconnaître à.,,. Tous ces différents sens peuvent s'appliquer à la locution èo* ot.

N. T., on la rencontre dans le sens local (Luc V, 25); au sens moral, elle se trouve appliquée, soit au but : eç' w Tcapet, a dam quel but es-tu ici? ^ soit à la cause déterminante de l'action ou du sentiment; ainsi certainement 2 Cor» V, A: içr' oi où BAojjLev sx^tidaorôai, « en raison de ce que nous ne voulons pas nous dépouiller, mais revêtir par-dessus; » probablement aussi Philip. III, 42 : èç' oi xai xaTsXvfçÔTiv, « je cherche à saisir en raison de ce qu'aussi j'ai été saisi ; » peut-être aussi Philip. IV, 40 : è(p' w xal èçpoveiTe, «(je dis •cela) en raison de ce qu'aussi vous y pensiez; > mais Ton peut aussi entendre ce eç' w comme un pronom, se rapportant à ce qui précède : « relativement à ce qui me concerne, de quoi aussi vous vous occupiez. » On comprend, €n effet, que cette locution peut avoir deux sens différents, selon qu'on l'envisage comme pronominale ou comme conjonctive. Dans le premier cas, elle porte sur ce qui précède : en raison de quoi ou en vue de quoi, (c'est-à-dire de l'idée qui vient d'être exprimée (propterea). Dans le second, elle porte sur ce qui suit : en raison ou en vue de ce que^ c'est-à-dire de l'idée qui va être énoncée (propterea qudd). C'est une différence analogue à celle de 5io et de ^lon. On verra que nous aurons besoin de tous ces sens dans l'étude de la phrase suivante.

La première explication est celle d'après laquelle l'apôtre veut expliquer la mort de tous par le péché individuel de tous. C'est le sens de Calvin, Mélanchton et plusieurs autres, et en particulier de M. Reuss. Celui-ci s'exprime ainsi : <r Pas question de l'imputation du péché d'Adam, ni de péché héréditaire; ce sont là des thèses scolastiques. Ils ont tous été frappés de la même peine qu'Adam, donc ils doivent tous l'avoir méritée comme lui. i> L'idée serait donc que tous les hommes meurent par un effet de leurs péchés individuels. Trois raisons rendent cette explication

448 LA JUSTIFia^TION PAR LA FOL

impossible : l^ Le xoù oStmç, et ainst\ signifie évidemment que chaque individu meurt par suite de l'entrée du péché, et par conséquent de la mort, dans le monde par un seul. 2» Cette idée serait en contradiction avec le but même de tout le passage, qui est de faire reposer la mort de tous sur Adam^ de même que la justice de tous sur Christ 3^ La mort des petits enfants serait inexplicable dans cette interprétation; car ils n'ont certainement pas attiré la mort sur eux-mêmes par leurs fautes individuelles. Calvin, Thoiuck et d'autres appliquent par cette raison le ^Spiaprov, ont péchéy non aux actes particuliers, mais à la disposition mauvaise : sont devenus pécheurs, ce qui pourrait se dire aussi des petits enfants morts sans péchés actuels. Mais le verbe àixaproeveiv ne peut avoir ce sens. Il désigne toujours le péché comme acte, non comme état. Paul eût dit: à|iiapT<x>Wt iy&fïi^ccc^y OU, comme au v. 19 : àpiapTcd^ol 3caTe(7TàÔ7j<y«v. Mangold prétend que Paul n'a pas tenu compte des petits enfants en s' exprimant de la sorte, et qu'il n'a voulu parler que de l'humanité qui pêche réellement. Mais Paul n'explique pas la mort de tel ou tel individu; il explique le fait de la mort en lui-même. S'il y a des exemples de mort, et en très-grand nombre, qui ne rentrent pas dans l'explication qu'il en donne, il ne suffit pas de dire qu'il n'en tient pas compte ; il faut déclarer son explication insuffisante.

Une seconde classe d'interprètes cherche à mitiger Texplication précédente, évidemment inadmissible; ils donnent un sens restrictif ou déterminatif à sç' w, en lui faisant signifier : vu quen outre, ou : à cette condition que, ou : en tant que; ainsi Julius MuUer, Rothe, Ewald. Le but de tous ces efforts est d'arriver à cette idée : que la diffusion de la mort dans le monde par l'effet du péché d'Adam n'a eu Ueu que sous certaine condition et en raison d'une

cause subsidiaire, les péchés particuliers commis par chaque homme. Il y aurait dû côté de la mort un acte d'appropriation personnelle, comme il y en a un du côté du salut, la foi. Mais un pareil sens de sç' J) ne peut se démontrer; il eût fallu ètp' o<7ov ou quelque autre tournure. Puis ce sens est contraire au v. 16, qui oppose précisément la condamnation, comme venue par un seul, au don de grâce, comme s'àppliquant aux péchés de la multitude. Serait-il d'ailleurs possible que Paul ne cherchât à établir , aucune relation logique entre ces deux causes, l'une principale, l'autre secondaire, et se contentât de les juxtaposer, malgré leur contradiction apparente ?

La troisième classe d'interprétation peut se diviser en deux groupes : 1° Celles qui font de èç' ^> un pronom relatif. Ainsi Hofmann, qui le rapporte à ôavaro; (la morty dans le sens physique et moral), et qui donne à im dans iç'c!) le sens temporel; «en l'existence ou en la présence de laquelle (mort) tous ont péché; » c'està-dire que lorsque tous les individus humains ont péché, le règne de la mort était déjà établi ici-bas, ce qui prouve bien qu'il l'a été non par suite de nos péchés particuHers, mais en vertu de celui d'Adam. Dietzsch înteiTprèt« à peu près comme Hofmann, seulement il écarte le sens temporel de em pour y substituer la notion de la condition sous laquelle ou de l'état de choses dans lequel s'accompUt le fait. Même rapport du eç' ^^ à OavaTo; chez Gess, seulement en appliquant le mot ôovaTo; à la mort spirituelle, au péché : « Sur tous est venue la riiort (spirituelle), sur le fondement de laquelle tous les individus humains ont fait ensuite acte de péché.» Nous omettons d'autres nuances moins saisissables*. Mais

* Ainsi Wendt, p. 196, qui, si nous le comprenons bien, fait dire à Paul : « sur tous est venue la mort pa7^ laquelle on peut voir que

450 LA JÛSTlFtCAÏlON PAÎl LA FOt.

Pourquoi recourir à cette locution é<p' w, qui a ordinairement chez Paul un tout autre sens, et ne pas dire tout simplement, si c'était sa pensée, que la mort a précédé ici-bas les péchés individuels et que par conséquent elle n'en est pas l'effet? D'ailleurs, ce fait même, dont on prête l'affirmation à l'apôtre, est inexact. Car la première mort ici-bas, celle d'Abel, a certainement été précédée d'une multitude de péchés particuliers. Dans l'explication de Gess l'idée est beaucoup plus simple : a Sur tous est venue en Adam la mort, la corruption morale, par un eflfet de laquelle tous ont ensuite individuellement péché. i^ Mais cette idée est en dehors du contexte; car Paul, comme nous l'avons vu, ne traite nullement ici de l'origine du péchéy mais dé celle de la mort et de la mort prise au sens physique. La mort figure ici comme la preuve visible du jugement invisible qui plane sur l'humanité. Les v. 13 et 44, ainsi que les v. 15 et 47, ne peuvent laisser de doute à cet égard. Sur cette voie il nous paraîtrait plus simple de donner à èç* w le sens neutre : sur quoi, à la suite de quoiy tous ont péché. Seulement ce sens de é<p'co serait, nous le craignons, sans précédent. 2» La seconde forme d'interprétation, dans cette troisième classe, prend le e?*w comme locution conjonctive : en raison de ce que, et le rapporte à l'idée suivante : tous ont péché. Péché comment? Par l'intermédiaire de cet unique qui a introduit le péché. Ainsi Bengel : quia omnes Adamo peccante peccaverunt. Il faut admettre que la pensée du ^t* évo; àvôpcoiuou, par un seul homme, qui commence le v. domine tellement l'esprit de Fapôtre qu'il n'estime pas nécessaire de la répéter expressément. Ce sens est conforme à l'usage le mieux constaté

tous ont péché (idéalement, c'est-à-dire ont été traités comme pécheurs sans l'être réellement). » II nous est impossible de comprendre la possibilité de ce sens de S9* ai.

cttAP. V, là. 451

du è(p' (j) dans le N. T. (voir plus haut) et chez les classiques (voir Meyer). Et Tidée exprimée dans celte «propos, ainsi comprise se retrouve incontestablement dans la première partie du v. 15 : <c par la faute d'un seul les plusieurs sont morts; :» et dans celle du v. 17 : c par, la faute d'un seul la mort a régné par un seul; » comp. 1 Cor. XV, 22 : « Gomme tous meurent en Adam. » — On objecte sans doute que l'idée essentielle dans ce cas : « enJldarn, » serait précisément omise ; mais nous croyons avoir rendu compte de cette omission. Et nous constatons, comme l'a déjà fait observer Bengel, une ellipse assez semblable dans le passage, non parallèle, mais analogue, 2 Cor. V, 15 : «Comme un seul est mort pour tous, tous d9nc sont morts; » sous-entendez : en lui. — On demande, il est vrai, s'il est possible que le sort éternel d'une personnalité libre et intelligente soit placé dans la dépendance d'un acte auquel elle n'a pas pris part avec volonté et conscience. Non, assurément; mais il n'est point question ici du sort éternel des individus. Paul parle avant tout ici de la mort physiqtie. Rien de ce qui se passe dans le domsdne où nous avons Adam pour père, ne peut être décisif pour notre sort éternel. La solidarité des individus avec le chef de la première humanité ne dépasse pas le domaine de la vie naturelle. Ce qui se rapporte à la vie supérieure de l'homme, à son existence spirituelle, éternelle, n'est pas affaire d'espèce, mais d'individu. — La Vulgate a admis une interprétation de ce passage, mise en cours par Origène et répandue par saint Augustin, qui par une voie grammaticalement fausse arrive cependant au même résultat que la nôtre. On prend eç' w dans le sens de èv w : <L dans lequel (Adam). i> Mais &m ne saurait avoir le sens de ev et si même w était ici pron. relatif, il ne pourrait se rapporter ni à Adam qui n'a pas été nommé, ni à : un

seul homme, dont il est séparé par tant de propositions intermédiaires.

Le mystère le plus impénétrable dans la vie de la nature est la relation entre l'individu et Tespèce. Or, c'est à ce domaine qu'appartient le problème soulevé par ces mots : « en raison de ce que (dans ce seul homme) tous ont péché, » Adam a reçu la mission unique de représenter l'espèce entière concentrée dans un seul individu. Une apparition semblable ne saurait se renouveler, du moins dans le domaine de la nature. La relation de chacun de nous avec cet homme, incarnation de l'espèce elle-même, n'a rien de commun avec celle que nous avons à soutenir avec tout autre homme. Dans la révélation du salut, donnée à l'apôtre, ce rapport mystérieux était supposé, mais non expliqué. Car il appartient à une sphère sur laquelle ne tombe point le rayon révélateur. Et c'est pourquoi, dans les deux v. suivants, l'apôtre juge nécessaire de démontrer la réalité du fait qu'il venait d'énoncer : la mort de tous par la faute d'un seul. Nous verrons que le sens de ces deux v. ne s'éclaire qu'en les abordant avec l'explication que nous venons de donner des derniers mots du v. 12; ce sera la meilleure preuve de sa vérité.

Y. 13 et 14 : « Car jusqu'à la loi le péché était dans le monde ; mais le péché n'est pas imputé, s'il n'y a pas loi; 14 et pourtant la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'avaient pas péché ^ à la ressemblance de la transgression d'Adam, qui est le type de celui qui devait venir. y> — D'après les deux premières interprétations de la propos, précédente, qui établissent comme cause unique ou secondaire de la mort de chaque individu les péchés commis par lui-

* 3 Mnn. plusieurs Lectionn. Or. omettent [xr< devant afiapTT.iavTi?.

même, le raisonnement renfermé dans les v. 13 et 14 serait celui-ci : « Tous meurent parce qu'ils ont tous péché ; car même durant le temps qui s'est écoulé jusqu'à la loi, le péché était là; or, le péché n'est pas compté sans doute en l'absence de loi ; mais cela n'empêchait pourtant point que la mort ne régnât pendant tout le temps qui a séparé Adam de Moïse, ce qui prouve bien qu'il était néanmoins imputé en quelque mesure. Comment cela pouvait-il se faire? En raison de la loi naturelle écrite même dans le cœur des païens. i> C'est là l'interprétation de de Wette, Lange, Reuss. Dans ce sens il faut voir dans la seconde propos, du V. 43 une objection faite à Paul ou qu'il se fait à lui-même. Puis il répondrait dans ce qui suit, en se bornant à alléguer le fait même du régne de la mort. Mais il s'agit précisément de l'explication de la mort; comment ce fait lui-même pourrait-il être donné en preuve? Puis un simple ^8 n'aurait pas suffi pour indiquer un revirement semblable dans la pensée. Le texte fait plutôt l'effet d'un raisonnement suivi. Enfin, au terme d'une pareille argumentation, l'apôtre n'eût pas pu sous-entendre la solution qu'il donnait lui-même de ce problème au moyen de la loi naturelle écrite dans le cœur des païens. Cette idée, sur laquelle tout reposait, était à la fois trop essentielle et trop peu familière à l'esprit des lecteurs pour la passer sous silence, comme une chose qui s'entendrait d'ellemême. On a cherché à remédier à ces difficultés en donnant au mot e^oyeiv, mettre en compte^ un sens purement subjectif, et à faire ainsi de la propos. 43 ^ une simple observation jetée en passant. Ambroise et Augustin, puis Luther, Calvin et Mélanchton, et de nos jours Rùckert, Rothe, J. Mûller, appliquent en effet l'imputation indiquée par iXkoyeX^, non au jugement de Dieu, mais au compte que le pécheur se rend à lui-même de la faute qu'il a com-

mise : « Chacun mourait pour son propre péché, car le péché était là, même avant la loi, lors même que les* pécheurs ne s'en rendaient pas compte et ne s'estimaient pas coupables. Mais la mort, qui régnait cependant, prouvait bien que Dieu, lui, en faisait l'imputation au pécheur. » Mais cette signification purement subjective du terme é^^oyetv ne saurait se justifier. Elle devrait être indiquée en quelque manière. Comment d'ailleurs Paul eût-il pu affirmer d'une manière si générale que les pécheurs, durant le temps d'Adam à Moïse, ne s'imputaient pas à eux-mêmes leurs fautes, après qu'il avait dit des païens, II, 15, que « leurs pensées s'accusent ou se défendent mutuellement, » et I, 82, que ces mêmes païens ^ont connu la sentence de Dieu qui porte que ceux qui font de telles choses sont dignes de mort...î> Enfin, l'idée que, malgi'é ce manque d'imputation subjective, l'imputation divine subsistait toujoui's, aurait dû être plus fortement accentuée au v. 14 En général, toutes ces formes d'interprétation d'après lesquelles Paul expliquerait la mort des individus par leurs propres péchés, vont à rencontre du but qu'il poursuivait dans tout ce morceau, le parallèle entre la justification de tous en un et la condamnation de tous en un.

Reprenons donc notre explication de la fin du v. 12; et cherchons à nous rendre compte à ce point de vue des v. 13 et 14- : et La mort est venue sur tous en raison de ce que (en Adam) tous ont péché. i> Le cours de Targumenlation suivante devient aussitôt facile à suivre : « Le péché était assurétnent là à cette époque (et vous pourriez me dire par conséquent : c'était pour cela qu'on mourait) ; mais je réponds : fe péché nest pas imputé s'il n'y a pas loi (il ne pouvait donc être la cause de la mort dont tous les individus étaient frappés); et pourtant la mort régnait même sur ces gens qui n'avaient pas violé, comme Adam,

une loi positive. » La conclusion est évidente : cDonc tous ces individus mouraient, non par leur propre péché, mais en vertu de celui d'Adam, » ce qu'avait affirmé la fin du V. 12 et ce qu'il fallait prouver. Nous pourrions raisonner aujourd'hui absolument de la même manière pour expliquer la mort des païens ou celle des petits enfants, en disant : Puisqu'ils sont encore sans la loi, ils meurent non parce qu'ils ont péché personnellement, mais parce qu'ils ont tous péché en Adam. On voit aussi combien le raisonnement ainsi compris est conforme au but de ce morceau. Tous ayant été, comme le prouve la mort de tous, condamnés en Adam, tous aussi peuvent réellement être justifiés en Christ. — Hofmann et Dietzsch qui ont expliqué l<p' S dans le sens de : « sur le fondement de laquelle (^mort) tous ont péché, » sont naturellement obligés d'interpréter les v. 13 et 14 d'une manière différente de la nôtre, quoique pour arriver au même résultat. Nous croyons inutile de discuter leur explication qui tombe d'elle-même avec celle qu'ils donnent des derniers mots duv. 12^

* Notons encore deux explications qui, tout en différant considérablement de la nôtre, s'en rapprochent par le résultat, celles de Tboluck et de Holsten. D'après le premier, Paul veut, dans les v. 13 et 14, prouver le fait du péché originel. Il le fait par l'existence de la mort durant le temps entre Adam et Moïse. Car le péché, qui existait certainement à cette époque, n'était pas imputable vu l'absence de loi. Or les hommes mouraient alors, cela est certain ; ce ne pouvait donc être qu'en raison de la prédisposition à la mort qu'ils avaient héritée d'Adam, en recevant de lui la disposition au péché. C'est ainsi du moins que nous comprenons ce commentateur. Mais cette explication se heurte : 1^^ au sens du TJfxapTov, qui ne peut signifier sont devenus pécheurs, et âlo à tout le contexte qui tend, non à démontrer le fait du péché originel, mais à expliquer l'universalité de la mort. — D'après Holsten, le péché dont parle ici Paul, et dans lequel il voit la cause de la mort, existe d'abord dans la nature humaine comme ^rmcipe objectif; il ne devient péché personnel (Tcapà^avtç) que lorsque le

L'ensemble du raisonnement expliqué, reprenons les détails du texte même. Le car^ au commencement du v.

13, porte non seulement sur la propos, dont il fait partie, mais sur l'argumentation tout entière jusqu'à la fin du v.

14. — Les mots o^pi vopu, jusqu'à la loi, pourraient signifier, comme le voulaient les anciens interprèles : «Aussi longtemps que la loi était là, > c'est-à-dire : depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ. Car o^pi peut avoir le sens de pendant. Mais le v. 14 qui paraphrase ces mots en ces termes : « depuis Adam jusqu'à Moïse, > ne permet pas ce sens. — L'absence d'article devant vo[jlou, /ot, n'empêche pas sans doute que ce mot de loi ne désigne ici la loi mosaïque; comp. V. 14 : jusqu'à Moïse. Mais ce n'est pas en cette qualité de loi mosaïque, c'est comme loi proprement dite, que

principe latent passe à Tëtat d'acte antilëgal, comme en Adam. Or entre Adam et Moïse cela* n'était pas possible. Le péché objectif était là, mais sans faute personnelle proprement dite. Si donc la mort a régné alors, ce ne pouvait être que comme punition de ce péché objectif, manifesté pour la première fois comme transgression par le péché d'Adam, et non comme punition des péchés subjectifs ou individuels. Mais: 1» le péché d'Adam, d'après Paul, a été Yintroduction, et non une première manifestation du péché. Wendt dit avec raison : « Entrer dans le monde signifie que quelque chose qui n'était pas là y arrive, et non que quelque chose se montre.» (p. 494). 20 Ce que Paul fait ressortir comme cause de la mort, c'est précisément ce fait particulier, le péché d'Adam, qui, dans l'explication de Holsten, se perd complètement dans le péché objectif. 3» L'idée de Holsten, formulée en langage ordinaire, revient à ceci : la nature humaine a pour élément inhérent dès son origine le péché, et le péché a pour consépuence nécessaire la mort. Donc la mort ne s'explique pas par le péché des individus, mais elle appartient à l'essence de l'espèce' "humaine . Ce sont là des propositions appartenant au déterminisme et au panthéisme, mais non au théisme de saint Paul.

Cependant ces deux interprétations, celle de Tholuck, en accentuant l'universalité du péché comme disposition, et celle de Holsten, en faisant de la mort un élément de la nature humaine, sont négativement d'accord avec la nôtre puisqu'elles excluent, aussi bien que celle-ci, l'explication de la mort par le péché des individus.

^ GHAP. V, 13. 14. 457

la loi juive est ici mentionnée. On pourrait donc fort bien traduire : jusqu'à une lai, c'est-à-dire une loi du même genre que le commandement qu'Adam a violé. L'absence d'article devant «[xapria, péché, a une portée analogue; il y avait péché à cette époque-là parmi les hommes. Dans la propos, suivante c'est aussi le péché comme catégorie qui est désigné (manque d'article). Si le substantif àfxapTia, le péché, est répété (au lieu du pronom), c'est que, comme le dit Meyer, il s'agit ici d'une maxime générale. — Le verbe èWoyetv ne se retrouve que dans l'épître à Philémon v. 18, où Paul invite ce chrétien à lui porter en compte, à lui, Paul, ce qu'Onésime, son recommandé, peut lui devoir encore. Entre ce terme et celui de ^oyi^^eiv qu'il emploie plus fréquemment, il n'y a d'autre nuance que celle du sv, dans, qui entre dans la composition de sX^oyeiv : inscrire dans le livre de compte. Il est absolument arbitraire de rapporter ce mot à l'imputation subjective de la conscience. Le parallèle de l'épître à Philémon montre bien quel en est le sens. — Mais l'apôtre voudrait-il donc enseigner la nonresponsabilité des pécheurs qui, comme les païens, n'ont pas possédé une loi écrite? Non ; car tout le livre de la Genèse, qui présente le tableau de la période entre Adam et Moïse, protesterait contre cette assertion. Il s'agit d'une imputation immédiate et personnelle, reposant sur une menace telle que celle-ci : a Au jour que tu pécheras, tu mourras. i> L'application de la peine de mort, dans le sens de cette parole divine, suppose nécessairement une loi positive violée ; elle suppose, en général, un gouvernement théocratique constitué. Dans ces conditions seulement, le violateur peut être tiré en compte pour être immédiatement jugé et soumis, soit à la peine capitale, soit à l'obligation d'un acte expiatoire, tel que le sacrifice (remplaçant la peine de mort). En dehors d'une telle organisation, il

458 LA JUSTinCATION PAR LA FOL '

peut bien y avoir encore de grandes dispensations collectives et disciplinaires, telles que le déluge, la ruine de Sodome et Gomorrhe, ou l'abandon des païens à leur propi*e corruption (chap. I). Ces dispensations historiques sont de vastes mesures pédagogiques prises en vue de rhumanité tout entière ; elles n'ont pas le caractère de sentences juridiques et individuelles, telles que celles qui reposent sur un article de code violé par un individu en pleine connaissance de la loi; comp. l'opposition entre le ÔTro^ouvrai, périroniy et le xpiW^yovrai, seront jugés^ II, 12. — La négation subjective (tyi, devant ovro; vo(aou, transporte le fait dans l'esprit de l'auteur de la maxime.

V. 14. kXki : et néanmoins; contraste fortement accentué avec l'idée de la non-imputation (v. 13). — Le terme régner indique un pouvoir solidement établi, reposant sur le fondement inébranlable de la sentence divine prononcée à l'égard de la race entière. La mort ne peut désigner ici que le fait de la perte de la vie, dans le sens ordinaire du mot. Il ne s'agit ni de la mort spirituelle (le péché, Gess), ni des souffrances et des infirmités de la vie (Hodjçe); mais tout simplement de ce fait qu'entre Adam et Moïse les hommes mouraient, lors même qu'il n'y avait pas de loi. — Cette imputation du péché d'Adam, comme cause de mort pour tout individu humain, serait absolument incompréhensible et incompatible avec la justice de Dieu, si elle dépassait ce domaine de la vie naturelle que détermine la relation mystérieuse entre l'individu et l'espèce. La suite montrera que dés que l'on s'élève au domaine de la vie spirituelle, l'individu n'est plus dépendant de celle solidarité de l'espèce, mais qu'il préside lui-même librement à son sort étei'nel. — Les mots : a aussi (ou même) sur ceux qui n'avaient pas péché, » sont rapportés par Meyer à une partie seulement des hommes qui ont vécu entre

Adam et Moïse, ceux qui n'ont pas participé aux révélations positives accordées durant cette période, aux commandements noachiques, par exemple, Gen. IX, 1-17. Paul rappellerait que les hommes de ce temps privés de ces prescriptions, ont été, aussi bien que leurs contemporains jouissant de cette lumière, soumis à la mort. Mais tout le passage implique, au contraire, l'idée de l'absence de toute loi positive qui eût pu être violée entre Adam et Moïse ; par conséquent l'expression : « même sur ceux qui n'ont pas péché, etc., » comprend toute l'espèce humaine depuis Adam jusqu'à Moïse, sans distinction; l'humanité durant cet intervalle est opposée à Adam, d'une part, et au peuple d'Israël depuis Moïse, de l'autre. Tous ces gens-là, qui n'étaient pas dans les conditions d'une pénalité capitale (v. 43), sont morts néanmoins. — Les mots : à la ressemblance de la transgression d'Adam^ ne dépendent certainement pas, comme l'ont pensé les anciens interprètes grecs, du mot a régné : « la mort a régné sur le fondement d'un péché semblable à celui d'Adam. » Ce sens laisse les mots : même s^ir ceux qui n'ont pas péché, sans explication raisonnable. Il faut donc rapporter ce régime à xal èm Toiiç [jl*^ àpLapTrfdovra;, dans ce sens : « même sur ceux qui n'ont pas péché à la façon du péché d'Adam, > c'est-à-dire en transgressant, comme lui, une défense positive.— Hofmann insiste sur le sens strict de l'expression qu'emploie Paul, 6(Aoict)[jLa, l'objet semblable (différent de i[xoK)T7iç, la ressemblance) , et prenant le gén. •7rapapà(7e<dç comme gén. subjectif, il explique : selon la forme qui fut celle de... ou sur le type offert par la transgression de... Pour rendre en français cette nuance, il faut traduire, non à la ressemblance, mais à la façon de la transgression d'Adam.

Il ressortait de tout ce raisonnement qu'Adam avait été

Tauteur unique du règne de la mort. C'était précisément en cela qu'il était le pendant de celui qui devait venir pour être ici-bas le principe unique de la vie. On comprend donc coniment Tapôtre, après avoir expliqué l'origine de la mort, termine par ces mots propres à préparer l'exposé de l'autre membre du parallèle : qui est le type de VAdwn futur. Il ne faut point donner avec Bengel au partie. (xA^ov- To; le sens neutre : de ce qui devait venir (en faisant du masculin oç une attraction de two;). Le mot Adam, qui précède immédiatement, conduit plus naturellement à faire de {jieX^wv un masculin. On pourrait plus aisément envisager avec Hofmann ce partie, comme substantif masculin : celui qui devait venir, dans le sens où le Messie est appelé le èppjuvo;, te venant. Le sens, au fond, ne diffère point. Si les paroles rabbiniques dans lesquelles le Messie est désigné comme le second ou le dernier Adam étaient plus anciennes que le VII^ siècle de notre ère (Targoum des Psaumes) ou le XVle (]>}evé schalom), on pourrait conclure de ces passages que la représentation du Messie comme FAdam à venir était déjà reçue dans les écoles juives, et que l'expression de l'apôtre fait allusion à cette notion reçue. Mais il est fort possible que ces paroles elles-mêmes aient été influencées par les textes du N. T. Aussi M. Renan dit-il positivement : « Dans les écrits talmudiques, Adam ha-risclî6n désigne simplement le premier homme, Adam. Paul crée Ha-adam ha-aharôn par antithèse. i> On doit certainement écarter l'idée de de Wette qui rapporte l'expiession : VAdam futur, à l'avènement final du Christ. Ce terme (xi^^wv, futur, est en rapport avec l'époque du premier Adam, non avec le moment où écrit l'apôtre. — L'expression de type désigne dans la langue scripturaire (I Cor. X, 11) un événement ou une personne réalisant une loi du règne de Dieu qui se réalisera plus tard d'une ma-

nière plus complète et plus saillante dans un événement ou un personnage futur correspondant. Adam est le type du Messie en ce que, comme dit Ewald, «chacun d'eux entraîne après lui toute Thumanilé, y> en sorte que «de ce que l'un a été pour l'humanité on peut conclure à ce qu'est l'autre pour elle » (Hofmann). — Cette proposition est comme une apodose provisoire pour le : de même que, du V. 12. Elle rappelle la comparaison commencée et en maintient la pensée présente dans l'esprit du lecteur, jusqu'à ce que cette comparaison puisse être achevée et grammaticalement complétée parla vraie principale (v. 18).'

Une supériorité d'action est attribuée à l'œuvre de Christ, comparativement à celle d'Adam, dans ces trois v. Quel but l'apôtre se propose-t-il d'atteindre par cette démonstration ? Pourquoi interrompre de la sorte l'exposé de h parité entre les deux œuvres commencé au v. 12? On a supposé que Paul donne tout simplement satisfaction à un besoin de son cœur en faisant ressortir dès l'abord la supériorité infinie de la seconde œuvre sur la première, afin de ne pas compromettre la dignité de celle-ci en se livi'ant sans réserve à l'idée de l'égalité. Mais quelle que puisse être la surabondance du sentiment chez saint Paul, elle est toujours dominée, nous l'avons vu, par les exigences de la logique. Nous pensons donc que ces trois v., qui sont parmi les plus difficiles du N. T., ne seront compris que lorsqu'on sera parvenu à en faire un chaînon nécessaire de l'argumentation.

On peut dire que la sagacité des interprètes s'est usée à ce passage. Tandis que Morus prétend que depuis le v. 15 au V. 19 l'apôtre ne fait que répéter cinq fois la même

462 LA Justification pah la foi.

chose avec des mots différents^ tandis que Rûckert suppose que Paul lui-même ne s'est pas rendu parfaitement compte de ses propres pensées, Rotbe et Meyer trouvent dans ces v. les traces de la méditation la plus profonde et une mathématique précision. Malgré le jugement favorable de ces derniers, il faut avouer que la variété considérable des interprétations proposées pour rendre compte de la marche et de la gradation des pensées semble encore donner raison jusqu'à un certain point aux plaintes des premiers, Tholuck trouve dans le v. 15 un contraste de quantité entre les deux œuvres, et dans les v. 16 et 17 un contraste de qualité (l'opposition entre droit et grâce). Ewald pense que le contraste du v. 15 porte sur la chose elle-même (un effet triste et un effet heureux, — ce serait la qualité), celui du v. 16 sur le nombre et V espèce des personnes intéressées (un pécheur condamné, des milliers justifiés); puis il passe au v. 1 7 en disant simplement : ce pour conclure, ^ et cependant il y a un car. Meyer et Holsten trouvent au v. 15 le contraste des effets (la mort et le don de grdce)^ au v. 16 un contraste numérique, comme Ewald, et au v. 17 le sceau apposé au contraste du V. 16 par la certitude de la vie future. Dieztsch trouve la gradation du v. 15 au v. 16 dans le passage de l'idée de la grâce à celle du rétablissement de la sainteté chez les fidèles pardonnes; c'est ainsi qu'il entend le 5ixauDp.a du V. 16. Reuss voit au v. 15 l'opposition du jiLSte salaire et de la libre grâce (contraste de qualité) ^ au v. 16 celle d*un seul pécheur et de toute une multitude de pécheurs (contraste de quantité), et au v. 17 enfin celle de degré de certitude (une gradation logique), Hodge trouve au v. 15 le contraste entre le caractère plus mystérieux de la condamnation et le caractère plus intelligible du pardon en Christ (contraste évidemment importé dans le texte), et au

V. 15 ridée que Christ nous délivre d'une culpabilité plus grande encore que celle du péché d'Adam, c'est-à-dire qu'outre celle d'Adam il nous ôte encore celle que nous y avons ajoutée nous-mêmes; enfin, au v. 17, il trouve cette gradation que non seulement Christ nous sauve de la fnort, mais qu'il nous introduit dans un état de félicité positive et éternelle. — Après tout cela, il faut un certain courage pour s'engager dans ce double labyrinthe, l'étude du texte et celle des interprétations exégétiques.

Nous avons vu que l'argumentation de l'apôtre tend à iprouver la parité entre les deux œuvres. C'est l'idée du v. i^ (de même qw... la mort.,, sur tous..,) y aussi bien que celle du V. 18 qui le complète (ainsi.,, sur tous en justification de vie). Il résulte de ce rapprochement entre le V. 12 et le V. 18 que le développement de la supériorité d'action de l'œuvre de Christ, v. 15-17, doit être un moyen logique de démontrer V égalité d'extension et de résultat, qui forme le contenu de la conclusion formulée dans les V. 18 et 19. Le rapport entre la première propos, du v. 15 et la première du v. 16 nous fait attendre deux contrastes, le premier exposé dans le v. 15, le second dans les V. 16 et 17.

V. 15 : c Mais il n'en est pas de Pacte de grâce comme de la faute ; car si par la faute d'un seul la multitude a été frappée de mort, beaucoup plutôt la grâce de Dieu et le don fait par cette grâce du seul homme, Jésus-Christ, ont abondé envers la multitude« » — Ce que l'apôtre compare ici n'est point, comme' plusieurs l'ont cru, l'abondance des effets, c'est plutôt le degré d'extension des deux œuvres ; car l'accent est sur ce terme les plusieurs, des deux côtés du parallèle ; et ce degré d'extension, il le mesure très-logiquement d'après le degré de l'abondance des facteurs, degré indiqué d'un

464 LA JUSTinCATION PAR LA FOL

côté par le régime de la première propos. : par la faute d'un seul, de l'autre par le sujet de la seconde : la grâce de Dieu, et le don fait par cette grâce d'un homme unique et de sa grâce. Du contraste entre ces facteurs il est aisé d'arriver à cette conclusion : Si du premier facteur, si chétif en quelque sorte, — la faute d'un ! — a pu provenir une action qui s'est étendue sur toute la multitude des hommes, ne conclura-t-on pas a fortiori que du cumul des deux facteurs si puissants et si riches agissant du côté opposé a dû résulter une action dont Yeœtension ne sera pas moindre que celle du premier facteur et atteindra par conséquent aussi toute la même multitude ? Telle est l'idée générale de ce v. On peut la rendre claire par une comparaison. Si une source ti*ès-faible a pu inonder toute une prairie, ne doit-on pas conclure de là qu'à plus forle raison une souixe beaucoup plus abondante, étant venue à se répandre sur le même espace de terrain, n'aura pu manquer de le submerger aussi tout entier?

Le terme de TrapàTTTwjxa, chute, faute, n'est pas synonyme de irapapaai;, transgression. 11 est appliqué, Eph. 1, 7; II, 1, au péché des païens. Il a quelque chose d'atténuant; c'est comme un simple faux-pas. Voilà le principe actif dans lé premier cas. De Tauti-e côté, c'est le )(^àpic(Aa, l'acte de grâce, dont Paul exposera le contenu dans le double sujet de la propos, principale. Quelques interprètes ont pris cette première propos, du v. 45 dans le sens interrogatif. Mais la construction de la phrase ne conduit pas naturellement à l'idée d'une interrogation. Et ce qui s'oppose plus fortement encore à cette explication, c'est que la phrase ainsi comprise annoncerait le développement d'une ressemblance, tandis que le reste du v. expose une différence. — Les deux membres parallèles offrent un terme commun : oi izoXkoiy littér. les plusieurs. Cette ex-

GHAP. V, 15. 465

pression a été souvent mal comprise ou mal rendue; ainsi lorsque M. Oltramare traduit par la plupart dans la première propos, et un plus grand nombre dans la seconde; ce qui peut donner lieu à plus d'une sorte d'équivoques. Ostervald traduit : plusieurs, ce qui n'est pas non plus exact. Par cette expression Paul désigne, tout aussi bien qu'il Taurait fait par le pronom tous, la totalité de l'humanité; c'est ce que prouve l'ait, ot, les, qu'il ajoute, précisément pour indiquer cette idée d'une totalité, devant •7ro>.>.ot, plusieurs. Seulement ce terme plusieurs est choisi dans le but d'établir le contraste avec le un seul, de qui est partie l'influence. Tous serait opposé à quelques-uns^ et non pas à un. Ce terme ne conviendrait donc pas ici. Paul y reviendra au v. 48. 11 s'agit dans le v. 15 de la possibilité de l'action de un sur plusieurs. Nous avons cherché à rendre le sens de ce ot TzoKkoiy en traduisant : la multitude. — Une faute d'un seul, dit l'apôtre, a suffi pour amener la mort de cette multitude. Cette expression confirme le sens que nous avons donné à la dernière phrase du V. 42; c'est bien par le péché d'Adam, et non par leur propre péché, que les hommes meurent. Ce fait, établi par la démonstration des v. 43 et 44, sert de point d'appui à la conclusion tirée dans la propos, suivante* — Le terme de yapwyjjLa, acte de grâce, employé en commençant le v., réunissait les deux idées que Paul distingue maintenant : la grâce de Dieu et le don par lequel elle s'est manifestée, Jésus-Christ. La grâce est la source première du salut. La richesse de cette source, qui n'est autre que la charité infinie de Dieu même, contraste déjà avec la faiblesse du facteur opposé, la faute d'un seul. Mais combien davantage éclate le contraste, lorsqu'à l'amour de Dieu nous ajoutons le don par lequel cet amour s'est déployé! Comp. Jean 111, 46. Le subst. iq ^(opea, le don^ dé-

signe non la chose donnée (^cdpYi[jia, v. 16), mais racle de donner, qui est en rapport plus direct avec l'idée de grâce. — Les interprètes dififérent sur la relation grammaticale de 8v x^p^'^S rf^^ (ou par) la grâce du seul homme. Meyer et d'autres font dépendre ces mots du verbe sirepîcffeodÊv : « Le don a débordé par la grâce du seul hommCy Jésus- Chmi, » Mais l'expression : le don^ peut difficilement rester sans régime explicatif. Et l'idée : par la grâce, rapportée au verbe a débordé^ affaiblit le sens de la phrase, au lieu de le fortifier. Car elle détourne la pensée du mol essentiel : sur les plusieurs. Meyer allègue qu'il doit y avoir dans le second membre un pendant pour ces mots : par la faute d'un seul, dans le preniier, et que ce pendant ne peut se trouver que dans ceux-ci : par la grâce ài seul Jésus-Christ. Il méconnaît par là l'une des plus grandes beautés de notre verset, je veux dire le renversement de construction qu'introduit l'apôtre en passant de la propos, subordonnée à la principale; là, la forme intransitive : Par.,, les plusieurs sont morts; ici, la forme active: La grâce de Dieu et le don... ont débordé sur les plusieurs. Dans le premier cas, il y a eu comme un accident fâcheux, involontairement subi; les plusieurs sont tombés, frappés; dans le second, au contraire, ils sont les objets d'une double action personnelle qui s'est exercée en leur faveur. En réalité donc, le pendant de l'expression : par la faute d'un seuly se trouve bien dans le second membre, mais sous la forme du sujet lui-même, et non plus comme simple régime. Nous trouverons de nouveau un changement de construction semblable au v. 17; comp. aussi 2 Cor. m, 9. Le régime £v yapiTt, est donc la qualification du mot le don : a le don consistant dans la grâce du seul homme, Jésus-Christ.» L'amour de Dieu est un amour qui donne un autre amour; c'est la grâce d'un père qui donne

GHAP. V, 15. 467

l'amour d'un frère. L'absence d'art, entre ^wpeà et év yapiTi s'explique par l'étroite relation qui existe entre ces deux substantifs n'exprimant, pour ainsi dire, qu'une seule notion. L'idée de la grâce de Christ est développée dans toute sa richesse 2 Cor. VIII, 9 : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui étant riche s'est fait pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous soyons rendus riches. » Cette relation de solidarité et de fraternité entre Christ et nous est fortement relevée par l'expression : du seul homme^ évo; avôpwTuoo. Comp. les expressions semblables \ Cor. XV, 21 : (kPar hmnme {^C avôpwirou) est venue la mort, et par homme (^i ' «vâpcoirou) la résurrection des morts; ^^ et 1 Tim. Il, 5: « Il y a un

seul médiateur Jésus-Christ, homme, -» L'incarnation a

eu pour effet d'élever toute la race humaine au rang de sa famille. — L'adjectif évdç, d'un seul, est ajouté pour opposer Christ, aussi bien qu'Adam, aux plusieurs. Et après ces expressions accumulées, toutes propres à faire ressortir la grandeur du don de la grâce divine, est enfin prononcé le nom qui, dans l'histoire de l'humanité, peut seul figurer à côté de celui d'Adam : Jésus-Chrisl; comp. Jean I, 47, où ce nom, longtemps attendu, est énoncé enfin avec une solennité particulière (en opposition à Moïse), et Jean XVII, 3, où il est joint, comme ici, à celui de Dieu pour caractériser la source du salut et l'objet suprême de la foi. Quelle n'a pas dû être l'impression produite par l'apparition de Jésus sur ses contemporains, pour que vingt et quelques années seulement après sa mort, il pût être mis en parallèle, de l'aveu de l'Eglise entière — car on sent que l'apôtre compte sur l'assentiment absolu de ses lecteurs — avec le père de la première humanité ! — Le rég. etç toùç ro>.>.ou; est placé immédiatement avant le verbe, parce que c'est sur cette idée qu'est l'accent. —

'E^epter^ieoerev, a abondé; on pouri'ait traduire : a débordé. Ce verbe désigne proprement l'effusion du liquide qui déborde tout autour d'un vase plus que rempli. Christ est le vase rempli de grâce d'où le salut déborde sur les plusieurs. L'aor. indique un fait déjà accompli ; il s'agit donc, non d'une grâce future, mais de l'œuvre de la justification exposée depuis III, 21. Si la faute d'Adam a été assez puissante pour rejaillir sous forme de mort sur toute la multitude humaine, à plus forte raison une grâce, comme celle de Dieu, et un don, comme celui de Jésus, ont-ils dû être capables d'agir sur le même cercle de personnes ! La supériorité d'abondance, dans les facteurs de l'œuvre de Christ, fonde donc aux yeux de l'apôtre une conclusion a fortiori en faveur de V égalité d'extension des deux œuvres ici comparées. Il résulte de là que le iroT^Xw [jLa^^ov, beaucoup plutôt, doit s'entendre dans le sens logique: beaucoup plus certainement, et non dans le sens quantitatif: beaucoup plus abondamment (comme le veulent Er., Calv., Rûck., Rothe, Hofm., Dietzs.). Chrysostome, Meyer, Philippi, ont été conduits au même sens que nous. 11 ne s'agit nullement pour l'apôtre de démontrer qu'il y a plus de grâce en Christ qu'il n'y a eu de mort en Adam. Ce qu'il veut prouver, c'est que si une petite cause a pu attirer une sentence de mort sur toute l'humanité, cette même humanité ressentira à plus forte raison tout entière l'effet salutaire d'une cause bien plus puissante. L'idée de quantité surabondante (plus richement) n'est pas dans i:oXk(ù jj.SXkov, comme l'ont cru tant d'interprètes trompés par la relation entre cet adverbe et le verbe èircptcceu^, a abondé. Elle est indiquée uniquement, comme prémisse du raisonnement, dans le double sujet de la seconde propos, (la grâce de Dieu et le don de Christ); tout au plus peut-on en voir une indication, en quelque sorte involon-

taire, dans le sens du verbe éxepiGdeiKjfc, a abondé. — Nous avons déjà vu le sens logique de iro^Xw ^LoXkoy dans les V. 9 et 10 de notre chapitre; il se trouve peut-être aussi dans 2 Cor. III, 7. 9. 14.

Le raisonnement est d'une grande hardiesse; c'est comme si quelqu'un argumentait ainsi : La faute d'Adam est parvenue jusqu'à moi puisqu'elle a eu la puissance de me faire mourir; combien plus certainement la grâce de Dieu et la grâce de Christ réunies n'auront-elles pas le pouvoir de parvenir jusqu'à moi pour me sauver !

Une seconde différence est évidemment annoncée dans les premiers mots du v. 46; la fin du v. 46 est destinée à V exposer et le v. 47 à la démontrer.

V. 46 : ce Et le don n'a pas lieu comme par un seul qui ait péché ^ ; car la sentence va d'un seul à condamnation ; mais le don de gr&ce va des fautes de plusieurs à justification. ]» — La plupart des interprètes admettent avec nous que l'apôtre expose ici un second contraste entre l'œuvre d'Adam et celle de Christ ; seulement il faut bien remarquer que la forme du v. 46 est fort différente de celle du v. 45. Nous ne retrouvons plus ici l'argument a fortiori indiqué là par le TçoXkiù (iit>.>.ov, beaucoup plutôt, tandis que, chose étrange, cette même forme d'argumentation reparaît au v. 47, qui se présente ainsi comme une reproduction renforcée de l'argumentation du V. 45. Cette différence entre le v. 46 et le v. 45 et cette relation toute particuhère du v. 47 avec le v. 45 ne permettent pas d'envisager le v. 46 comme un second argument complètement parallèle à celui du v. 45, pour faire ensuite du v. il la conclusion de tous les deux. Hofmann

* Le T. R. lit avec A B G K L P Mnn. ap^pTTjaavTo;; D E F G II. Syr. Or. (trad. lat.) lisent a[jLapTrj|x«To;. n est douteux, la syllabe qui suit TT) manquant.

l'a si bien senti qu'il s'est refusé à voir dans les premiers mots du V. 16 l'annonce d'un second contraste et qu'il les a rattachés directement à la fm du v. 45. En effet, il supplée uniformément dans les trois propos, du v. 16 le verbe et le régime : a abondé sur plusieurs du v. 15 : < Et le don n'a pas abondé sur les plusieurs^ comme là où l'imputation avait eu lieu par un seul qui avait péché ; car la sentence a abondé dun sur plusieurs en condamnation ; et le don de grâce a abondé d'un sur plusieurs en justification. i> On sent combien une telle ellipse trois fois répétée rend la marche de l'argumentation lourde et embarrassée. Ce qu'il y a de vrai dans cette manière de voir, c'est que le don mentionné au v. 16 n'est autre que celui que rappelaient ces mots du v. 15 : tq ^cdpeà èv j^apiri..., le don dans la grâce de..., et que, par conséquent, le second contmste v. 16 et 17 doit être envisagé comme servant à relever un aspect particulier du contraste général signalé au V. 15. Le xai, et, au commencement du v. équivaut donc à une espèce de noia-benè : « Et remarquez bien cette circonstance...!) On pouvait faire une objection au TZfùCk^ (AoXXov, beaucoup plus certainement, du v. 15. Quelqu'un pouvait dire : 11 est vrai, les facteurs agissants du côté de Christ (15^) sont infiniment plus abondants que le faible et unique facteur opérant du côté d'Adam (15*); mais aussi combien l'œuvre à opérer du côté de Christ n'était-elle pas plus considérable que celle qui s'était accomplie en Adam ! Si la source était plus riche, le vide à remplir était plus profond : En Adam un seul pécheur effectif; tous les autres ne jouant qu'un rôle inconscient et purement passif; en Christ, au contraire, une multitude de pécheurs à justifier, non moins conscients et responsables que le premier, ayant tous ajouté volontairement leur contingent de péchés propres à la faute primitive. Sans

doute, répond Tapôtre; mais aussi le rôle des intéressés est tout autre du côté du salut. Là ils ont été passivement et collectivement l'objet de la sentence de mort; ici ce sont des êtres qui saisissent tous individuellement et personnellement la sentence qui les justifie. Là une seule et unique condamnation qui les enveloppe toi\s par le fait d'un seul; ici une justification, collective aussi, mais que chacun s'approprie individuellement, qui se transforme en autant de justifications personnelles qu'il y a de pécheurs croyants et qui ne peut manquer de fonder le règne de la vie plus solidement encore que n'a été fondé sur la condamnation de tous en Adam le régne de la mort.. Cette antithèse, établie comme fait au v. 46, est démontrée au V. 47 par une argumentation a fortioriy toute semblable à celle du v. 45.

Il n'y a pas autre chose à sous-entendre dans la première propos, que le verbe yiverat, a lieu : «Et le don n'a pas lieu par un seul pécheur » (ainsi qu'avait eu lieu la condamnation). Plusieurs ont supposé une elUpse plus considérable : « Le don n'a pas eu heu par un seul (comme la condamnation avait eu lieu) par un seul pécheur. » Mais cette ellipse est inutile, et altère même un peu le sens du contraste, car les mots : par un seul qui à péché, dépendent directement du verbe : n'a pas lieu. — La leçon àp.apT>f(jLaToç («par un seulp^cAeD), quoique appuyée par les anciennes versions, est cependant une correction dont Torigine est aisée à comprendre; elle est tirée du ex tco^- UàN waparTcdfjLaT&iv suivant, que l'on comprenait dans le sens de : de plusieurs péchés. L'idée d*un seul péché paraissait contraster mieux que celle d'un seul péchant^ avec cette expression ainsi comprise. L'opposition que Paul a maintenant en vue exige certainement la leçon reçue. 11 a opposé V. 45 à « /a faute, »/iu seul » la grâce de Dieu et de

Jésus-Christ, dans sa double richesse. II oppose maintenant au seul péchant, dans le premier cas, la multitude des pécheurs, objets de la justification, dans le second. Quelle différence entre la puissance de l'étincelle qui met le feu à la forêt en allumant une branche sèche et la puissance de l'instrument qui éteint l'incendie au moment où chaque arbre est en feu, et les fait revivre!

Le subst. ^wpYijjLa désigne le don concret, le bien donné; c'est ici le don de la justification par Christ, telle qu'elle a été décrite III, 24 — V, 44. — Les deux propos, développent le contraste annoncé (car). Le terme tô xpifxa signifie proprement : Vacie judiciaire^ la sentence prononcée, en opposition à j^àpwifjLa, Vacte de grâce (dans la seconde proposition). — Le rég. e^ évoç, d'un seul^ indique le point de départ de cet acte judiciaire, la matière sur laquelle il a opéré. Ce un seul n'est pas neutre (une seule faute), mais masculin, conformément à la leçon à(jLapTYî<yavToç : ce seul qui avait fait acte de péché et dont le péché était devenu l'objet de la sentence. C'est sur le mot s^ évoç qu'est l'accent. Son pendant, dans la seconde propos., est h. TcoXXwv 7:apa7UTco(;.àTwv ; on peut traduire ces mots soit par : de beaucoup de péchés, soit, en faisant de iroXXcov un pronom et un complément : des péchés de plusieurs. Dans le premier cas, il faudrait voir dans chacune de ces nombreuses fautes l'indication sommaire de la chute d'un individu particulier, en opposition à un seul péchant. Mais dans le second, le contraste est plus clair : la pluralité des individus est nettement exprimée par le pronom ttoXXwv, de plusieurs. Dietzsch nie que cette dernière construction soit possible. Mais elle se trouve très-probablement Luc II, 35 (ex TzoXkOy^ xapÀicjv, des cœurs de plusieurs) et 2 Cor. I, 44. — Comme la prépos. è>c se rapporte à la matière de la sentence, et; désigne le résultat auquel elle a abouti :

<L à condamnation. j> Il s'agit de la sentence de mort prononcée sur rhumanité en raison d'un seul qui avait péché; car ce seul renfermait en lui la race entière. — L'antithèse de ce xaTaxpijia, sentence de condamnation, se trouve dans ^ixatwjia, qu'il faut traduire par sentence de justification. Ce sens ressort de cette opposition elle-même, ainsi que du sens des mots ^aatoOv et ^Mcaio<7uvYi (justifier^ justice), dans toute cette partie de l'épître, et en général chez saint Paul. Seulement on peut se demander si l'apôtre pense ici à la justification accordée au pécheur à l'heure même où il croit ou bien à la justification dans le sens absolu, telle qu'elle sera prononcée au jour du jugement (II, 43). Deux raisons nous paraissent décider en faveur de la seconde alternative : 1° le passage V, 4-11 , dans lequel la sentence d'absolution finale est présentée comme le complément indispensable de la justice de la foi, celle-ci ne devenant éternellement valable qu'au moyen de celle-là; ^o le V. 17, qui est lié par car au v. 16 et dont la seconde partie se rapporte à l'avenir le plus lointain (le règne dans la vie), 11 faut donc conclure de là que le terme de ^ocaîwjjLa, sentence de justifi.cation, comprend aussi cette sentence suprême d'absolution par laquelle nous échapperons définitivement à la colère (V, 9. 10). Il est manifeste que ce parallèle entre Adam et Christ suppose tout l'enseignement sur la justification depuis III, 21, y compris le morceau final sur la justification à venir, V, 1-11. Le sens absolu que nous donnons ici à ^wtaiwjxa est donc conforme à la position de tout le morceau. Dietzsch s'est assurément fourvoyé en appliquant ce mot ^txai(o(jLa à la sanctification du pécheur par le Saint-Esprit. Il n'en est pas moins vrai cependant que si nous étendons le sens de ce terme à la justification finale, à l'entrée de la gloire, il implique l'œuvre de la sanctification accomplie (voir à V, 9. 10). Mais

Ali LA JUSTIFICATION PAR LA FOL

cela ne modifie en rien le sens du mot lui-même (sentence justificatoire), tel qu'il résulte du sens du mot ^txoioGv et du contexte (opposition à xaTotxpifJwc, sentence de condam-nation), — 11 n'est pas nécessaire de réfuter les constructions divergentes proposées par Rothe et Dietzsch, d'après lesquelles to (jlev et to 5é seraient les sujets des deux propos, et auraient xpi(Aa et yàpiGfjLa soit pour attributs (Rothe), soit pour appositions (Dietzsch). — On a souvent pensé que l'accent dans ce v. était sur l'idée du contraste entre la nature des deux résultats : condamnation et justification. Il n'en est rien. La vraie opposition, indiquée par la construction grecque, est celle de ê$ évo;, un seul (qui a pétîhé), et de ex luoX^ôv 7rapa7rTO)(jLàT(ii>v, les péchés de plusieurs. Là, par l'acte judiciaire, d*un seul péchant sort une condamnation; ici, par l'acte de grâce, des fautes d'une multitude sort une justification. — Nous arrivons au point le plus difficile de tout ce passage : la relation du v. 47 à ce qui précède et l'interprétation de ce verset luimême.

V. 1 7 : (( Car si par la faute du seul ^ la mort a régné par ce seul, beaucoup plutôt ceux qui reçoivent la surabondance de la grâce et du don de la justice régneront dans la vie par le seul Jésus-Christ. » — Le car en tête de ce v. a fait la torture des interprètes, car il semble qu'il faudrait plutôt : donc, puisque ce verset paraît présenter la conclusion à tirer de la différence signalée au v. 16. Meyer cherche à surmonter la difficulté du car, en le faisant porter sur l'idée de âi/cauofxa, v. 16, et en trouvant dans la certitude du règne futur (fin de v. 17) la joyeuse confirmation de la grâce de la justification (v. 16); Philippi à peu

* Au lieu de ko toj cvo; que lit le T. R. avec N B C K L P Syr. It*''*i., on lit dans A FG : £v sv: TraparitoixaT'., et dans DE It"^-T. : sv tco svt "apaTrrojfjiaTi.

près de même : « Les justifiés régneront dans la vie (v. 47), ce qui prouve qu'ils sont bien justifiés (v. 46). ï) Mais estil bien logique d'argumenter d'un fait futur et espéré pour démontrer la certitude d'un fait actuel? La justification n'est-elle pas aussi certaine pour le moins que le règne futur des justifiés? Hofmann admet ici un tour de force de dialectique. Selon lui, le v. 47 ne prouve pas le fait allégué au V. 46; mais le raisonnement de ce v. 47 est destiné à démontrer que la seconde partie du v. 46 (depuis to [A£v yip..., car la sentence..,, jusqu'à la fin) a réellement prouvé la vérité de la première (xal oùj^ <î>ç..., et le don na pas eu lieu comme par...). Le sens serait : « J'ai bien raison de dire qu'il n'en est pas de la sentence... comme du don de grâce...; car si.., (v. 47). d Dietzsch répond avec raison que la démonstration fournie au v. 46 serait bien faible, si elle avait besoin d'être étayée après coup par l'argumentation compliquée du vereet 47. Dietzsch lui-même, partant de son sens de ^ucaud(/.a, le rétablissement de la sainteté, v. 46, comprend ainsi le raisonnement : ^ Cette sainteté sera réellement rétablie chez les croyants; car d'après les promesses divines, ils doivent entrer un jour dans le royaume de la vie (v. 47), ce qui ne peut avoir lieu sans la sainteté. » Tout est erroné dans cette explication : 4° le sens de ^ixauojjwc; ^^ l'intervention des promesses divines, dont il n'a pas été question dans le contexte; 3^ l'idée de la sanctification qui n'est pas à sa place dans ce passage. Rothe a désespéré totalement de découvrir une liaison logique entre le v. 47 et le v. 46. 11 a donc essayé de faire porter le car du v. 47 sur le raisonnement du V, 45, en faisant du v. 46 une espèce de parenthèse. Cette solution a quelque chose de séduisant. Nous avons déjà vu aux v. 9 et 40 de ce chap. deux verserts qui se suivaient, commençant l'un et l'autre par car.

et dont le second n'était que la répétition (renforcée de quelques nouveaux éléments) du premier et, par là, sa eonfirmation. On pourrait donc supposer qu'il en est de même dans ce cas, seulement avec la différence que le v. 46 serait intercalé afin d'énoncer ces éléments nouveaux qui doivent jouer un rôle au v. 17. C'est ainsi que, poursuivant la voie ouverte par Rothe, nous nous sommes longtemps flatté d'avoir résolu la difficulté. Cependant nous avons dû abandonner cette solution par les considérations suivantes : 1» Le car du v. 17 peut-il, après l'intercalation d'un nouveau contraste, spécialement annoncé 16» et exposé 16^, être purement et simplement parallèle au car du V. 15? 2» Comment se fait-il qu'au v. 17 il ne soit plus fait mention des plusieurs^ ni par conséquent de V extension des deux œuvres, mais uniquement de l'égalité de V effet produit (d un côté un règne de la mort, de l'autre, un règne dans la vie), et, surtout, qu'au lieu du passé iwepiacrcucev {v. 15), nous soyons tout à coup transportés dans l'avenir par ces mots : ils régneront (fin 17)? On pourrait enfin — et longtemps nousnous sommes arrêté aussi àcette idée — faire porter le car du v. 17 sur l'affirmation (15» et 16») des deux <liffërences : « // 7i'en est pas de la chute comme du don,,. (15»); y> (Lie don na pas eu lieu comme par,.. (16»). > Mais la seconde partie du v. 16 serait ainsi sacrifiée; or, elle est trop importante pour n'être qu'une parenthèse. Il faut donc en revenir à la tentative de Meyer et de Philippi, qui consiste à rapporter le car au v. 16; c'est aussi la seule supposition vraisemblable; seulement il faut tacher de justifier, mieux qu'ils ne l'ont fait, la relation logique établie par ce car. Et cela ne nous paraît pas impossible si l'on tient compte de ce que nous avons fait observer sur le sens de ^ucatwjiLa, la sentence de justification, v. 16. Le parallèle de Christ et d'Adam plonge ses racines dans tout

l'enseignement précédent sur la justice de la /bt, 111, 21 — V, 41; preuve en soit le : c est pourquoi (V, 12). Or, Paul avait démontré, V, 4-11, que, une fois justifiés par la mort de Christ, à plus forte raison nous pouvons être certains d'être sauvés et glorifiés par sa vie. Cette idée fait précisément le fond de la seconde partie du v. 47, qui renferme ainsi la paraphrase du terme ^txaiwjjia, sentence de justification, à la fin du v. 16. La relation entre les v. 46 et 47 est donc la suivante : Deux faits sont parallèlement affirmés au v. 46 : wn pécheur, objet de l'acte de condam-^ nation; une multitude de pécheurs, objets de l'acte de justification. La réalité du premier de ces faits était démontrée par V. 42-44. Il restait à démontrer celle du second. C'est le but auquel est consacré le v. 47. Voici le mode d'argumentation : L'apôtre part (47») du premier fait comme certain, et par son moyen il conclut (47 **) à la réalité plus certaine encore du second. Le v. 47 se place ainsi logiquement comme entre les deux propositions du V. 46 pour prouver par la première la vérité de la seconde. Non seulement cela. Mais en reproduisant 4 6» dans la première propos, de 47», il combine avec 46» le contenu de la première propos, du v. 45 (45»); et en reproduisant, dans la conclusion 47 ^, la seconde propos, du v. 46 (46 ^),. il combine avec elle le contenu de la seconde propos, du V. 45 (45**), et cela afin de donner une double force au raisonnement a fortiori par lequel il arrive de la prémisse à la conclusion; en d'autres termes : 46», renforcé de 45», lui sert dans 47» de prémisse pour arriver par un double a fortiori à la conclusion 47^, renfermant 46** combiné avec 45**. Voici le sens, plus simple qu'on ne le croirait possible, de ce tour de force de logique : Si une faible cause, l'unique péché (45») d'un seul péchant (46»), passivement subie, a pu amener la mort de chaque individu

{47»), bien plus certainement la cause plus puissante (16^), que s'assimile personnellement chaque individu (16 ^), produira chez lui un effet qui ne restera point inférieur à reflfet produit par la première cause (17^). Si une faible cause délétère, passivement subie par moi, a pu me donner la mort, une cause vivifiante beaucoup plus puissante, que je m'approprie activement, me donnera bien plus certainement la vie. — Nous saisissons en même temps par là la relation entre les v. 16 et 47 et le v. 15. Au v. 45 il s'agit des deux cercles influencés ; ils ne peuvent que se recouvrir parfaitement l'un l'autre (les plusieurs, des deux côtés); car la cause plus puissante ne peut avoir atteint moins loin que la cause moins forte. Au v. 16 et 17 il s'agit du résultat obtenu chez chaque individu, rentrant dans ces plusieurs, dans le sens soit de la mort, soit, de la vie. Le second de ces effets (la vie) ne pourra être moins réel que le premier (la mort), puisqu'il a été produit par une cause plus puissante et individuellement appropriée. V. 45 : autant d'individus; v. 46 et 47 : autant d'effet produit chez chaque individu. Entrons maintenant dans l'étude détaillée de ce v. dans lequel l'apôtre est parvenu à combiner avec l'argumentation qu'il avait en vue toute la richesse des antithèses déjà renfermées dans les v. 45 et 46.

11 y a dans le premier membre de phrase une différence de leçon. Au lieu de : par la faute d'un seul, quelques copistes gréco-latins ont écrit : par une faute on aussi por tunique faute. Cette leçon, contraire à celle des deux autres familles et aussi de la Peschito, ne peut être considérée que comme une correction erronée. On a retranché l'idée d'un seul (pécheur) parce qu'elle semblait faire double emploi avec l'expression qui suit immédiatement : par ce seul. Mais on n'a pas compris que les mots : par k faute d'un seul, sont destinés à reproduire l'idée de lapre-

miére propos, du v. 45, de même que l'expression : par ce seul^ reproduit Tidée du eÇ évoç, d'un seul, dans la première propos, du V. 16. Ces expressions ont quelque chose d'atténuant : un seul acte, un seul acteur. L'apôtre veut faire <;onlraster la faiblesse de ces causes avec la grandeur du résultat : un règne de mort établi dans le monde. On voit toute une race d'esclaves la tête passivement courbée, par le fait unique d'un seul, sous le sceptre impitoyable de la mort. Les mots : par un seul, sont ajoutés, comme après coup, afin de bien faire ressortir la passivité des individus soumis à cet ordre de choses. L'apôtre ne mentionne pas ici, comme au v. 45, les plusieurs, en opposition à ce seul. 11 n'est pas préoccupé de Vextension du règne de la mort, mais du rôle des individus par rapport à cette situation tragique. 11 les voit tous comme absorbés dans le seul qui a agi pour tous. — L'expression : la mort a régné, désigne un ordre de choses solidement établi et contre lequel il n'y a pour les individus aucune résistance possible. Rien de plus désespérant en apparence que ce grand fait historique du règne de la mort, et pourtant c'est ce fait même qui devient aux yeux de l'apôtre le principe du plus puissant encouragement et de la plus glorieuse espérance. Car ce règne terrible de la mort étabh sur la faible base d'un seul péché et d'un seul péchant peut nous servir de mesure pour établir la plus grande certitude du régne de la vie qui éclatera chez les justifiés par le don de Dieu librement accepté. C'est là l'idée de la seconde partie du verset. Au lieu de cette multitude impersonnelle, enveloppée dans l'acte et, par là, dans la condamnation d'un unique péchant, Paul contemple une pluralité d'individus distincts, s'appropriant avec conscience et liberté la plénitude du don de la justice; et il se demande avec un accent de triomphe si un glorieux règne de vie ne jaillira pas de

pareilles conditions plus certainement encore que le régne sinistre de la mort ne s'est établi sur la faible base qu'il vient de rappeler. — L'expression saillante dans cette seconde partie du verset est le oi >.a(x^GcvovT8;, œuœ qui reçoivent (littér. les recevants, les acceptants). Le verbe >.a(jipàvetv peut signifier prendre^ saisir, ou aussi recevoir (plus ou moins passivement). Comme il désigne évidemment ici le fait de la foi, il exprime l'idée d' une /)me de possession reposant sur une libre acceptation (voir à I, 17). La forme du partie, présent est expliquée de différentes manières. Selon Philippi elle indique la continuité de l'acceptation du salut parles fidèles durant tout le temps de la grâce. D'après Meyer et d'autres, le présent se rapporte à l'époque actuelle y comme station intermédiaire entre Tordre de choses naturel et le règne futur. Mais qu'ont à faire ces deux idées avec l'intention de Paul dans le contexte? 11 me parait que ce présent est plutôt celui de la condition morale par rapport à l'état qui en doit logiquement sortir. Quiconque se met au nombre de ces acceptants, deviendra roi dans la vie. — L'art, défini ot, les, pose tous ces acceptants comme des personnalités distinctes, capables d'accepter ou de repousser individuellement ce qui doit décider de leur sort éternel. Ce n'est plus cette masse indivise qui avait désobéi et péri en un. Nous retrouvons ici ces TzoXkoi, les nombreux pécheurs, mentionnés au v. 46, qui, sous le poids de leurs fautes personnelles, ont accepté pour eux-mêmes l'acte de grâce et deviendront individuellement les objets du 5ixaio>(xa, de la sentence de justification. 11 est à remarquer que déjà au v. 16 l'article n'avait plus été ajouté au mot izoXkCù^t (plusieurs; non : « les plusieurs, 5)) et que Paul ne parle plus même ici de izoXkoi, de plusieurs. Les acceptants ne sont pas la totalité des hommes condamnés à mourir; Paul ne dit pas même qu'ils soient

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nécessairement en grand nombre. Sa pensée s'arrête ici sur chacun d'eux, autant qu'il y en aura. — Il y a déjà dans ce fait de l'acceptation individuelle, du côté de la grâce, une différence complète de position, comparativement à la passivité des individus, du côté opposé. C'est une première différence propre à fonder une conclusion a fortiori. Mais il est un autre fait qui vient se combiner avec celui-là : c'est la puissance infiniment plus grande de la cause, de ce même côté. L'apôtre l'avait déjà signalée au V. 15 : la grâce de Dieu et le don de Jésus-Christ, On discerne sans peine le rapport des expressions employées avec celles de 15^ : Et d'abord tviv 7cgpi<j<r8tav, Vabondance^ qui reproduit l'idée du verbe srfipiGGguere, a abondé; puis T^; jràpiToç, de la grâce, cpii rappelle la double grâce de Dieu et du seul homme Jésus-Christ; enfin le terme ^copeà, le don, qui paraît dans les deux versets. Le complément TTiç SwtatoGuvYiç, dc la jiLSticey est seul ajouté ici, parce qu'il s'agit du don accepté par la foi ef transformé en justice individuelle. La destination (v. 15) est devenue possession. On comprend donc la pensée de l'apôtre : comme le terme oi >.a(jLpocvovTe;, les recevants, fait antithèse à ^li toO évo;, par ce seul, de même les expressions : l'abondance de la grâce et du don de la justice font antithèse au par la faute du seul. Non seulement donc il y a de ce côté appropriation individuelle (v. 16); mais cette appropriation porte sur une cause plus puissante (v. 15).

On voit ainsi la justesse de cette observation : que dans ce v. 17 sont combinés à dessein, pour fonder un double a fortiori, les deux contrastes précédemment indiqués : « Si une faible cause objective sans appropriation personnelle de la part des intéressés a pu fonder un régne de mort, à plus forte raison doit-on être certain qu'une cause objective plus puissante encore et individuel-

lement appropriée, sera capable de fonder un glorieui règne de vie. » flepi^Geix : abondance, ou plus exactement surabondance y de sorte que le trop-plein déborde ; yi^txf^y de grâce y s'applique à la fois, d'après v. 15, à la chaiité de Dieu et à celle Jésus-Christ. Le don de la justice est cette justification objectivement réalisée en Christ pour les plusieurs (l'humanité) et saisie par la foi de chaque acceptant. — Lorsque le vase vide du cœur humain s'est une fois rempli par la foi de cette plénitude de grâce et de justice, le pécheur est élevé à la fonction de roi dans la vie. Cette dernière expression fait aussi antithèse à une expression analogue dans la première propos. : ta mort a régné. Mais l'apôtre a un trop vif sentiment des réalités spirituelles pour dire ici : la vie régnera. La mort règne; c'est un tyran. Mais la vie ne règne pas; elle n'a pas de sujets; elle fait des rois. Aussi Paul transforme sa construction comme il l'avait fait déjà, dans une intention semblable, au v. 15. Ce changement conrient admirablement à la pensée du contexte. Au lieu du sombre état de choses qui s'impose comme régne de la mort, ce sont ici les individus eux-mêmes, qui, après s'être personnellement approprié la justice, régnent personnellement dans le domaine lumineux de la vie. Comp. sur ce règne ce que Paul a dit IV, 13 de Vhéritage du monde; puis le xxjyci- (jLÉvoi, nous glorifiant, V, 11; enfin VIll, 17.

Le rég. iv ^wt., dans (la) tvc, ne désigne pas une époque, comme lorsque nous disons : dans la vie éternelle. Si le mot vie était pris dans ce sens, il serait sans doute déterminé par l'art, tt.. La prépos. ev ne peut pas être prise non plus dans le sens instrumental, comme V, 10 (par la vie). Opposée, comme elle Test à celle-ci : régne de la morty cette expression désigne le mode ou la nature du règne des croyants. Une vitalité nouvelle, sainte, inépui-

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sable, victorieuse, pénétrera ces acceptants de la justice et fera d'eux autant de rois. Si la condamnation collective a pu faire de chacun d'eux un sujet de la mort, on doit en conclure que leur justification individuelle fera de chacun d'eux un roi dans la vie. — Le sens de 'nro)c>.w itÂXkov, beaucoup plutôt, est, comme au v. 15, purement logique : beaucoup plus certainement. Il n'est point douteux, sans doute, qu'il y a une plus grande abondance de vie en Christ qu'il n'y a eu de puissance de mort en Adam. Mais ce n'est pas là ce que l'apôtre dit ici. 11 ne veut établir ni un contraste de qualité (entre vie et mort), ni un contraste de quantité (plus de vie que de mort). C'est un plus haut degré de certitude qu'il énonce et qu'il démontre. Justifiés, nous régnerons plus certainement encore en Christ que, condamnés, nous ne sommes morts en Adam. Notre gloire future est plus certaine que notre mort même; car une cause plus puissante et individuellement assimilée nous fera vivre plus certainement encore que la cause plus faible et non appropriée n'a pu nous faire mourir.

Reste un dernier mot qui, placé au terme de cette période si riche et si compliquée, a une solennité particulière : par le seul, Jésus^Christ. ToO évoç, le seul, est pronom, et non adjectif: l'unique, opposé à l'autre unique. Le nom : Jésus-Christ est apposition : « par le seul, qui est Jésus-Christ. i> Cette parole finale rappelle qu'il a été l'unique organe de l'amour divin et que si les acceptants ont une justice à s'approprier, c'est uniquement celle qu'il leur a acquise.

Encore en ce point (v. 45 et 46), l'argumentation de l'apôtre est de la plus étonnante hardiesse. C'est comme si un pécheur justifié osait trouver dans la puissance même de la misérable convoitise qui l'a entraîné dans le mal, la preuve iiréfragable de la puissance qu'exercera plus cer-

tainemenl encore sur fui la grâce de Dieu et de Jésus- Christ, pour le sauver et pour l'élever sur le trône.

Résumons ce passage unique en son genre :

Le V. 45 démontre la destination universelle de la justification en Christ. L'argumentation est celle-ci : Si uQe cause aussi faible que l'unique faute d'Adam a pu influencer un cercle aussi vaste que celui de la multitude humaine tout entière, à plus forte raison une cause bien plus riche (la double grâce de Dieu et de Jésus-Christ) n'a pu manquer d'étendre son action sur cette même multitude. — C'est Yuniversalisme évangélique, le eiç ttocvtoç, pour tous..., de III, 22, prouvé par l'universalité même de la mort.

Les V. 46 et 47 démontrent la pleine réalité et l'efficacité vivifiante de Yapplicalion personnelle, faite à chaque croyant, de la justification obtenue par Christ. Affirmée V. 46, cette efficacité individuelle est prouvée au v. 47: Un seul agent, servant d'organe à une cause très-faible, a pu amener la mort de tant d'individus qui n'avaient pas pris personnellement part à son acte. Par conséquent, et bien plus certainement ^ chacun de ces mêmes individus, en s'appropriant personnellement une force très-supérieure en action à la précédente, deviendra par elle possesseur de la vie. — C'est l'individualisme évangélique, le em irovra; Toiiç mcTeuovTaç, sur tous les croyants^ de III, 22, pleinement établi par le fait même de leur mort individuelle en Adam.

Nous sommes ainsi arrivés à la complète démonstration de ces deux mots iràvTi et tw (TricTeuovTi), tout et chaque (croyant), qui sont les traits essentiels de l'évangile de Paul d'après I, 46.

De même que l'argumentation des v. 42-44 était une prémisse logique nécessaire pour celle des v. 45-47, celle-

ci en était une non moins indispensable pour la conclusion que tire enfin Tapôtre v. 48 et 49. En effet, pour avoir le droit d'affirmer, ainsi qu'il le fait dans ces deux v., Tuniversalité de la justification en Christ, comme pendant de l'universalité de la mort en Adam, il fallait avoir prouvé d'abord que tous les hommes mouraient en Adam et non par leur propre fait — c'est le contenu des v. 42-44, — puis, que de cette mort universelle et individuelle en Adam résultait à plus forte raison la certitude de la destination universelle et de l'application individuelle de la justification en Christ — c'est le contenu des v. 45-47. 11 ne reste plus après cela qu'à tirer cette conclusion : tous (quant à la destination) et chacun (par la foi) sont justifiés en Christ (v. 48); cette conclusion est en même temps la seconde partie, si longtemps attendue, de la comparaison commencée au V. 42. L'apôtre ne pouvait l'énoncer qu'après en avoir acquis logiquement le droit.

V. 48 et 49 : (n Ainsi donc, comme par une seule faute il y a eu condamnation pour tous les hommes, de même aussi par un seul acte de justification il y a eu pour tous les honmies justification de vie; 49 car, comme par la désobéissance d'un seul honmie le grand nombre ont été constitués pécheurs, ainsi aussi par Tobéissance d'un seul le grand nombre seront constitués justes. » — Le résultat du côté de la justice est au moins égal à celui qu'atteste l'histoire du côté de la condamnation : l'apôtre pouvait l'affirmer après la démonstration précédente et clore enfin le parallèle ouvert au V. 42. — Le àpa, en conséquence, introduit cette déclaration comme conclusion de l'argumentation qui pré-

cède, et le ouv, donc, renoue le fil de la phrase inten^ompue dés le v. 42. Ces deux particules réunies épuisent ainsi la relation logique de ce v. avec tout ce qui Ta préparé.

La première propos, est la reproduction sommaire du contenu du v. 12. Le verbe sous-entendu est ii^é^-ny a abouti, pris ici dans un sens impersonnel (il y a eu, re$ cessit, Mey.). Philippi prend ?voç comme pronom masculin : ce par la faute (ïun seul. i> Mais il faudrait dans ce cas prendre le 2voç de la seconde propos, dans le même sens, ce qui, comme nous le verrons, n'est pas possible. — Le 3caTàxpi[Aa, sentence de condamnation^ désigne la condamnation à mort qui a frappé l'humanité, le : <iTu es poudre et tu retourneras en poudre. ï> Il n'est pas question ici de la condamnation éternelle (râ7:co>.eta).

Les particules oSto) et xat, ainsi et aussi^ se rapportent, l'une à Vanalogie morale des deux faits; l'autre, simplement à la répétition des deux faits semblables. — Un grand nombre d'interprètes appliquent l'expression : par un seul acte de justice^ Si' evo; ^wcaiwjxaTo;, à la vie sainte de Jésus qui n'a été tout entière que comme un grand acte de justice, ou à sa mort expiatoire, comme point culminant de cette vie parfaite. Le sens du terme grec, qu'Aristote (Nicom. V, 10) définit è7ravop6co(xa toù a^DcvipiaTo;, réparation de Vinjustice, pourrait convenir soit à l'un, soit à l'autre de ces sens. Ils n'en sont pas moins inadmissibles l'un et l'autre par les raisons suivantes : l^ Il n'est pas naturel de s'écarter du sens qu'a ce mot au v. 16; or, il forme là (dans une propos, rigoureusement symétrique) Tantithèse de xaTobcpijjia, sentence de condamnation; ce qui détermine positivement son sens : sentence de justification, 2*^ Si l'on apphque ce terme à la sainte vie ou à la mort expiatoire de Jésus-Christ, il résulte de là une tautologie

complète avec la seconde propos, du v. 49 où tjttoxoyî, obéissance, a précisément le sens que l'on donne ici à ^wcauojAa. Et cependant le car, qui lie les deux versets, implique une gradation logique de l'un à l'autre. 3*^ Dans la terminologie de Paul c'est Dieu, et non Jésus-Christ, qui est le juslifiant; Vlll, 33 (Sso; 6 Âixaiwv). Nous devons donc entendre par év Âwtaio>[;.a un acte divin. C'est par conséquent la sentence de justification unique, collective, qui, à la suite de la mort de Christ, a été rendue en faveur de tous les pécheurs, et dont, comme nous l'avons vu IV, 25, la résurrection de Jésus a été à la fois l'effet et la preuve. C'est toujours cette même déclaration divine qui devient valable pour chaque pécheur à mesure qu'il croit. Si c'est là le sens du mot ^ucaicojAa, il est évident que le 2vo; est adjectif, et non pronom : « par un seul acte de justification. » — Le verbe à sous-entendre n'est ni au présent ni au futur : il y a ou // y aura. Car il s'agit d'un fait accompli. C'est donc le passé il y a eu, comme dans le premier membre. — La sentence déjà rendue est destinée à tous les hommes en vue de leur justification personnelle. C'est cette destination qu'indique le ei; ^ocaiwaiv !^co^;, en justification de vie, absolument comme le eiç mcTiv, I, 47, et le ei; Tovraç (pour tous), III, 22. L'apôtre ne dit pas que tous seront individuellement justifiés; mais il déclare qu'en vertu de la sentence unique qui a été rendue, tous peuvent l'être, à la condition de la foi. Le sens fortement actif du mot ^ixaiwciç (l'acte de justifier) le rend très-propre à désigner la sentence individuelle par laquelle la justification collective est appliquée à chaque croyant. — Le gén. !^to^; est celui de l'effet : ^ la justification qui produit la vie. » Par ce mot de vie Paul désigne ici, avant tout, la vie spirituelle (VI, 4. 44. 23), le rétablissement de la sainteté; puis, au terme, la restauration et la glorification

du corps lui-même (VllI, 11). Ce mot fait donc pressentir tout le contenu de la partie suivante (ch. VI — VIII).

V. 19. Au premier coup d'œil, ce v. semble n'être qu'une répétition inutile du précédent. En y regardant de près, on reconnaît que, comme l'indique le yap, car, il est destiné à expliquer la cause morale d'où procèdent les deux faits mis en parallèle au v. 18. En effet, 19» sert à expliquer 18 J^, et 19 ^ à expliquer 18 ^. Cette relation logique fait comprendre deux modifications, en apparence accidentelles, apportées aux expressions parallèles, dans le V. 19. Au simple w;, commey du v. 18, est substitué ici w(77U8p, qui est plus insistant et plus précis : car précisément comme. C'est que le nouveau contraste est destiné à donner la clé du précédent. Puis à l'antithèse de une faute ou une sentence de justification avec la notion d'umrer^o/i/é (tous), V. 18, est substituée l'antithèse de et; et ol izo^k^^x, un et les plusieurs. Pourquoi la réapparition de cette locution employée v. 15, mais abandonnée dès les v. 16 et 17? C'est que l'apôtre veut remonter ici des effets historiques aux causes morales, aux principes cachés. Deux faits historiques dominent la vie de l'humanité (v. 18) : la condamnation qui la tue et la justification qui la vivifie. Ces deux grands faits reposent sur deux actes moraux individuels : un acte de désobéissance et un acte (Vobéissance. Or, dans les deux cas, l'extension à tous de l'effet produit ne s'explique qu'à une condition : c'est la possibilité de l'action de un sur plusieurs. Cette seconde antithèse : un et plusieurs^ appartient donc à l'exposé de la cause (v. 19), comme la première : un acte et tous, appartient à l'exposé du fait historique (v. 18). Voilà pourquoi au v. 15, où il s'agissait de l'antithèse des deux causes^ l'apôtre avait laissé de côté le pronom Tràvxe;, tous, employé au v. 12, pour appliquer la locution eï; et oi 7:o>.>.oi, un et les plusieurs, et pourquoi

il y revient ici où il remonte de Teffct à la cause. Nouvelles preuves du soin minutieux avec lequel Tapôtre veillait ^ux moindres détails de ses écrits. — Le mot irapaxoY)', désobéissance, désigne l'acte moral qui a provoqué la sentence de condamnation (18^). Il y avait eu chez Adam ûbcovî, audition: une défense positive avait retenti à ses oreilles. Mais cette défense avait été pour lui comme nulle et non avenue (irapaxovO. — Le ^erbe xaTedTaÔYi^jav, que nous avons traduit littéralement par : ont été constitués, signifie, quand il est appliqué à une charge : être établi dans cette charge (Luc XII, 14; Act. VU, 40. 27, et même Héb. V, 1); mais quand il s'applique, comme ici, à un état moral, c'est une question de savoir s'il faut y voir l'idée d'être envisagé et traité comme tel, ou celle d'être rendu tel. Le second sens est, si je ne me trompe, le plus fréquent dans le grec classique : Tivà dç âiropiov -^aôicTavai, mettre quelqu'un dans l'embarras; xT^aiovra xaradT^cai Tiva, faire pleurer quelqu'un, etc. Dans les deux exemples principaux tirés du N. T., on peut éprouver quelque hésitation; Jacq. IV, 4 : « Celui qui veut être ami du monde est constitué ennemi de Dieu, j> peut signifier : « est constaté, ou bien : se rend ennemi...» Le dernier sens est plus naturel. Dans 2 Pier. I, 8 : «Ces vertus-là ne vous constitueront pas oisifs et inutiles, » le second sens est le plus vraisemblable. C'est aussi celui que me paraît exiger ici le contexte. Il 5'agit d'expHquer la cause morale du fait constaté 18 ». Le sens : être envisagé ou traité comme.., ne nous conduirait qu'à une tautologie avec le fait à expliquer. La gradation réelle d'un v. à l'autre est celle-ci : « Ils ont été traités comme pécheurs (par la sentence de mort) (v. 48); car ils ont été rendus réellement pécheurs en Adam (v. 49).» Les derniers mots du v. 42 impliquaient déjà la même idée. « Ils ont tous mystérieusement participé à la faute

(£(p' w rocvTg; yifAapTov) ; » premier fait d'où est résulté Tinclination au péché qu'affirme notre v. 49. Du reste, il suffirait du ^là construit avec le génit. (par) pour démontrer le sens effectif du xaôicTavai, constituer y au v. 49. Dans l'autre sens, le ^ta avec l'accus. (à cause de) eût été plus convenable.

A la désobéissance d'un seul est opposée Vobéissance d'un seul. Plusieurs entendent par là le sacrifice expiatoire de Jésus. Mais, de même que dans le culte lévitique la victime devait être sans défaut, ainsi dans le vrai sacrifice expiatoire la victime a dû être sans péché. On ne peut donc isoler ici la mort de Christ de sa vie sainte ; et le terme d'obéissance embrasse l'une et l'autre; comp. Phil, II, 8. — Si le mot ^ixaiot, justes^ désignait ici un état moral, comme le i[AapTw>.oi, pécheurs^ dans la première propos., la même question se reproduirait ici pour le sens de xaôtfjTaçôai. Mais si le mot juste est appliqué, comme l'exige le sens de cette partie toute entière, à la justice imputée^ alors le verbe prend tout naturellement le sens de être établi juste^ lors même que rien n'empêcherait de le traduire, comme dans le premier membre, par : être rendu juste. Car comme il s'agit d'un état obtenu par voie déclarative, être rendu revient au même que être établi. Le futur : seront rendus ou établis justes, est rapporté par plusieurs à la justification successive des pécheurs qui pendant l'économie actuelle arrivent à la foi; par d'autres, à la déclaration finale au moment du jugement. Dans les passages 46^ et 47^rapôtre s'était transporté, comme nous l'avons vu, au terme de l'économie d'épreuve. Ce rapprochement décide en faveur du second sens. Il s'agit du moment décrit V, 9-44. Si donc l'idée de justice morale n'est pas celle de ce mot justes, comme le veulent Dietzscli et d'autres, le fait de la sanctification n'en est pas

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