‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 13 sur 97 · I->î- l.A SANCTll-ICATKlN · texte numérisé non relu

I->î- l.A SANCTll-ICATKlN

loi (le Christ, (lui exiee sa fécoiiditi', demeure (Jean XV). Voilà i\oi\c l'expérience du Juif qui recommence pour lui. Et cet état fst d'autant plus fréquent et naturel que nous, chrétiens d'aujourd'hui, n'avons pas passé, comme Paul, de la loi à la foi par cette crise profonde et radicale, (lui avait fait sacokler chez lui l'un de ces réjiimes à l'autre. Par le fait de notre éducation chrétienne, il se trouve hien plutôt que nous apprenons à connaître l'Evaniiiie à la fois comme loi et comme grâce et que les expériences du Juif et du chrétien se mêlent dans notre vie morale, souvent même, là où il n'y a pas eu conversion tranchée, jusqu'à la lin de notre vie. Mais il faut hien se garder de conclure de là t|ue cet état à demi-juif et à demi-chrétien soit normal et puisse se justifier par le passage Rom. Vil. C'est contre cette pensée énervante, appuyée sur une fausse interprétation de notre chapitre, qu'a justement cherché à réigir le mouvement religieux le plus récent. Il a fait ressortir avec force la dilîérence entre

I état spirituel décrit au ch. VII et celui que décrit le ch. VIII. et réclamé pour ce dernier seul le nom de chrétien. L'un, en eiïet, n'est-il pas ce que Paul appelle la lùeillesse de lettre. l'autre, la nouveauté d'Esprit (VII, ()) ? Ce ne sauraient être là. comme le veut Philippi, les deux aspects d'un même état : ce sont deux états opposés. Nous devons nous humilier des derniers vestiges du premier, lorsque nous les rencontrons chez nous, comme de quelque chose d'anormal, et aspirer à la prise de possession complète des glorieux privilèges (|ui constituent le second.

D'entre les diverses int«'rprétations indiquées p. 87 et ss., nous écartons donc les applications de ce passage à l'humanité en général : au peuple juif, (juant à son histoire extérieure et nationale; enlin à Paul, comme représentant des chrétiens régénérés. Nous ne saurions partager non [)lus l'opinion de Ilofiuann. qui prétend n'y trouver que les expériences conqilètement j.ersnnnelle-s^W Paul lui-même. En quoi ces expériences intéresseraientelles l'Eglise et mérileraient-elles une place dans le tahleau de Xordre du salut, retracé par l'épître aux l\omains, si elles n'avaient à ses yeux im caractère pn)fotypi(|ue'.' Ce caractère. Paul lui-même le leur attrihue Eph. 111, (S-IO et I Titn, I, \±\{S.

II recoimaîten sa personne l'exenqjle normal de ce qui doit arrivera tout hormne qui. ne connaissant pas le (Christ ou prétendant

i:ii.\i'. vil. -2:.. \oh

se passer de lui, voudra cepeiioant prendre la loi au sérieux. C/est uniquement comme tel qu'il peut songer à se mettre en scène par le pronom, yV. dans une oeuvre capitale comme notre épître. — .Nous ne pouvons pas davantage accepter l'explication proposée dans l'essai de M. Pearsall Sniitli : Servitude; et liherté. D'après cet écrivain, nous lavons dit, l'apôtre présenterait ici le récit d'une triste expérience qu il aurait faite, un certain tenq)s après sa conversion, en se livrant à la tentative de « se rendre parfait par ses elforts propres, " de telle sorte qu'à la suite de cette aberration le péché reprit vie en lui ; il se vit privé momentanément de sa communion intime avec Christ, et par conséquent aussi de la victoire sur le péché (p. 14). — Cette idée assurément ne mérite pas réfutation, surtout quand cet exemple du prétendu égarement de l'apôtre est opposé à celui d'un prédicateur américain qui pendant quarante ans n aurait fait l'expérience que des ch. VI et YllI des Romains, ceux de la victoire, et jamais celle du ch. VU. celui de la défaite ip. :28).

C'est ici le lieu d examiner les interprétations proposées |)ar MM. Wahnitz ci Westphal (\o\v \i.'6^-'6^)).

Le premier veut prouver que la prétendue lutte intérieure que se seraient livrée dans là me de Saul, avant sa conversion, la conscience de la sainteté de la loi et le sentinjent de son péché, est une pure invention des exégètes. Jusqu'à la grande révolution qui s'opéra chez lui. Saul est resté bon pharisien et n a pu admettre par conséquent que les enseignements de cette secte. Or, comme pharisien, il n'a pu reconnaître ni le caractère tdupable de la convoitise, ni le rôle fâcheux qu'il attribue ici à la loi. Car si les rabbins admettaient l'existence de l'instincl mduvais, jetser hara. chez l'enfant, ils n'en reconnaissaient le caractère coupable qu'après qu'une transgression positive de la loi en était lésultée : et quant a la loi, bien loin d'y voir un auxiliaire du péché, elle était au contraire selon eux le seul moyen d'en triompher. Ce que renferme ce morceau, ce ne sont donc ni les expériences de lancien pharisien, ni celles de Paul régénéré; r'est l'expression de souvenirs douloureux relatifs à son passé de pharisien, mais compris et jugés par le régénéré de .lésus-Christ. — Si, par cette explication, (|ue .M. Wahnitz appelle « toute nouvelle, » il veut dire simplement (|ue ces lignes n'ont |)u être écrites que par Paul chrétien, et non par San! phari>ien. je

LA SANC.TIl ICATION

pense que nul exéiiète sensé ne s'est jamais imaginé le cotjtraire. (ïoninient Paul aurait-il pu analyser et expliquer ainsi les expériences plus ou moins confuses de son état d'autrefois avant d'être émergé à la pleine lumière de son état nouveau'.' Mais si M. NVabnitz va plus loin, comme il le semble, et soutient que les expériences ici décrites sont incompatibles avec son état pharisa'ique, la véracité de l'apôtre ne peut par là qu'être gravement compromise. Enfin, s'il pense que Saul a réellement fait ces expériences, mais tout à fait inconsciemment, il dit là une chose qui est psychologiquement impossible et que contredit le premier mot de l'apôtre, v. 7 : <^ Je n'eusse pas connu le 2)<^ché, si la loi ne m'eût dit : Tu ne convoiteras point. » Car, comme le reconnaît M. AVabnitz. ce l^/vor/ fait manifestement allusion au passé de l'apôtre. Il s'agit donc non seulement du fait du péché existant chez lui. mais de la reconnaissance du fait comme datant de ce moment-là. Du reste, à quelles interprétations M. Wabnitz n'est-il pas contraint d'avoir recours'' Je ne sais pas ce que je fais, signifierait : .le comprends maintenant combien mon ignorance était grande alors, quand je pensais à me justifier au moyen de la loi. Je ne fais pas ce que je veu.c, signifierait : Je ne faisais pas alors (comme homme irrégénéré) ce que je cherche à faire aujourd'hui (comme homme régénéré). Je fais ce que je hais, signifierait : .Je faisais (comme irrégénéré) ce (jue je déteste aujourd'hui (comme homme régénéré), par ex. persécuter les chrétiens. Je prends plaisir en la loi de Dieu, signifierait : Je reconnais que je sympathisais alors à la loi divine, tout en faisant le contraire de ce qu'elle commande, etc. (îominent M. Wabnitz ne voit-il pas (jue ces présents juxtaposés dans la même phrase, sans aucune détermination temporelle qui les oppose, ne peuvent se rapporter à deux moments entièrement dill'(''rents, et même opposés, de la vie de celui qui parle'.' Il est peu prudent de prendre les discussions rabbiniques conservées dans le Talmud pour norme de ce qu'a pu penser ou ne pas penser Saul pharisien. Celui-ci avait lu le Ps. LI et avait pu. par conséquent, être amené à la connaissance du péché inhérent au ca«ur de l'homme. Jésus ne reprochait-il pas à Nicodème de n avoir pas appris par V\. T. que « ce qui est né de la chair est chair'.' » Et à l'égard de l'action de la loi. les expériences de Saul ne pouvaient-elles pas avoir dépassé celles des rabbins de

CHAI', vil. To. 137

son temps, aussi bien que celles liu moine Luther dépassaient celles «le tous les professeurs de théologie, ses contemporains? Quand Dieu se prépare des instruments d'élite, il les fait passer par des voies appropriées à la mission qu'il leur destine.

-M. Westphal reconnaît que les expériences décrites dans ce chapitre sont bien celles de Saul pharisien : mais il en comprend autrement que nous la nature. Elles ne consistent nullement dans une lutte morale entre la sainteté de la loi et l'impuissance de Saul à y répondre dans sa conduite. Lapôtre veut uniquement prouver qu'en vertu du caractère charnel du cœur naturel le .fuif est incapable de comprendre le vrai sens de la loi. qu'il y cherche à tort un moyen de propre justice, qu'elle le tue ainsi spirituellement en le |)oussant sur une fausse voie : — d'où la conclusion, déduite au ch, VIII : qu'il faut une toute nouvelle révélation du vrai moyen du salut. C'est donc l'impuissance du .luif à coniprendre la loi, et non son impuissance à l'accomplir, que Paul développerait. Le Juif ne fait pas ce qu'il veut : il veut la justice, et il arrive, par l'inintelligence de la loi. à la propre justice qui est l'antipode de la vraie justice. Il fait ce qu'il hait : il persécute en la personne des chrétiens ce qu'il cherche à atteindre : la vraie justice. C'est que son sens charnel l'aveugle sur la vraie pensée de la loi. — Mais si Paul envisageait réellement la loi comme incompréhensible pour le cœur irrégénéré des. luifs. comment l'appelierait-il ailleurs un pédagogue pour les amener à Christ <Gal. III. :^;i-!^4). à moins d'admettre que c'était par son incompréhensibilité même que ce pédagogue devait remplir sa tâche <le conducteur? Puis le moment de prouver la nécessité d'une révélation supérieure de la vraie justice est passé : il se trouvait au ch. III, entre v. iO et il. Avec le ch. Y s'est terminée la tractation du mode de justitication révélé par l'Evangile. Il serait impossible de comprendre ce que dit Paul deson accord profond avec la loi, de sa sympathie intime pour elle durant son passé de pharisien, si à cette même époque son sens charnel lui en avait absolument voilé le vrai sens. Qu'il nous soit permis de le dire à M. Westphal : il nous paraît difficile que l'Eglise entière se .soit abusée sur la portée de ce passage. — Nous ne saurions mieux formuler notre conclusion que par ces paroles de M. Bonnr.l ^Comment, p. 85) : « Lapùlre ne parlé ici ni de l'homme naturel dans son état d'ignorance et de péché volontaire, ni de

Page 1