‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 24 sur 97 · V. 33 : (( Qui intentera accusation contre les élus · texte numérisé non relu

V. 33 : (( Qui intentera accusation contre les élus

CHAI». VI II. '&2-:i3.

de Dieu? Dieu est celui qui justifie. » — F'aiil n'ignoix» pas coinltieii chaque cioyanl peut avoir il'accusaleurs ; la conscience, la loi, Satan, l'accusateur de nos frères (Apoc. XII, 10), toutes les personnes offensées ou scandalisées painous : autant de voix qui à chaque moment peuvent suhitemcnl s'éh'ver contre nous ! Lui-même, en écrivant ces mots^ pouvail-il ne pas se souvenir des cris de douleur qu'avaient poussés tous ces chrétiens traînés pai- lui en prison et qu'il avait fait fouetter, et surtout de ce sang d'Etienne qui, semblable à celui d'Abel le juste, réclamait vengeance ? Tous ces griefs ne sont que trop réels. Mais de la bouche de Dieu est sortie une parole qui sert au croyant de bouclier et contre laquelle se brisent en s'éteignant ces Iraits enflammés : Dieu l'a déclare juste. C'est bien ici que l'on voit le sens juridique du terme justifier chez saint Paul. Ces mots : Dieu est celui q^ii justifie, sont le sommaire de toute la première partie de Pépître, ch. I-V. — L'expression les élus de Dieu, littéralement : des élus de Dieu, a une valeur argumentative ; elle démontre d'avance l'impuissance de l'accusation : Ils ont été préconnus de Dieu; le décret a commencé à se réaliser à leur égard; ils peuvent compter sur Dieu jusqu'à la fin. Celte expression d'élus repose sur ce qui vient d'être dit, V. 28-80, de l'éternelle prédestination des croyants au salut et à la gloire; i/Je/.To;, élu, de s/.T^éye'rÔai, tirer hors de. Arrachés par l'appel de Dieu lui-même à la solidarité d'un monde plongé dans le mal, Dieu pourrait-il les y replonger ?

Depuis saint Augustin plusieurs interprètes (en dernier lieu Olshausen, de Wettc, Deuss) ont pris la dernière proposition du v. dans un sens interrogatif : « Qui accusera'.' Serait-ce Dieu, lui qui justifie! y> Ce serait un argumeni ad ahsvrdnm. Ce sens paraît au premier coup d'o:!il plus

-Jl't LA (if.()i;l|-|C,AT10N

énergique. .Mais le rôle (ï accusateur peut-il, nKnrie par siipposilion, ètic allrihué à Dieu? Accusateur auprès de (\m '.' demande Weiss. Il est d'ailleurs plus simple, plus grave et, en réalité, plus fort de voir dans celte proposition une calme affirmation. C'est ici le rocher contre lequel toutes les accusations se briseront.

Les accusateurs sont réduits au silence... aujourd'hui; mais en sera-t-il encore ainsi au moment suprême, quand le trihunal se dressera, au jour de la •^ix.aio/.p-.Tia, ce du juste jugement de Dieu, » où la sentence sera rendue <( sans acception de personnes » et « selon l'œuvre de chacun » (II, 5. 6. II)? Alors l'absolution des croyants liendra-t-elle encore? On se rappelle que c'était la questionp osée à la fin de la |)remière partie (V, 9 et id) et résolue dans la seconde (Vl-VIll). Saint r\aul la relève dans ce sommaire, et d'un Ion également triomphant, parce que, sur ce point aussi, il sait que la victoire est remportée.

V. 3i : «( Qui sera celui qui condamne ? Christ Jésus ' est celui qui est mort, bien plus - qui est ressuscité'', qui aussi ' est à la droite de Dieu, qui aussi ^ intercède pour nous. » — La forme -i; ô y.aTa/.avwv, litléi-. (lui sera Ir (ô) condamnant '! ne laisse supposer qu'un seul juge possil)le, tandis (jue la l'orme de la question précédente : (Jai accusera ? admettait une pluralité d'accusateurs. Pourquoi cette différence? Quand il s'agit d'accuser, tous les étrps peuvent élever la voix. Mais jui/cr ■/

' N A ('. V (i L lisent Ir.^joj; (Ji-.sitsi. i\\)\v> Xhito:; omis par T. 1{. a\(c B D E K Syr.

- X A l{ C i-ctrimcliciit /.a; a|)i'ès aa/./.ov. ([uc lil T. it. axcc j) E !•' (i K I. II.

' X A C ajouleul t/. vj/.ofov ides mm-tsj.

' a A C omotlejil /.at entre o; ot iz-.vk

'■' Ka; se lit dans tons les Mjj. et prescuw tous les Mnn.

(.iiAi». VIII, ;«-:rK "^^o

l'n seul esl établi pour cela, celui qui esl a|)pelé par Pierre (Acl. X, Ail) « le juge des vivants el des uiorls» et à qui, selon Jean, «Dieu a donné tout pouvoir de juger» (V, 27); comp. aussi Act. XVll, .'M el Kom. XIV, 10; de sorte que la question posée revient à celle-ci : Comme juge, celui qui a été pour nous le Sauveur nous condamnera-t-il? Le verlx; sous-entendu doit être sera, non est; comp. v. S:^ et .i5. La réponse négative ressort de chacun des quatre faits, énumérés dans ce v. même, que Christ a accomplis en notre faveur. Une condamnation finale serait en contradiction avec celle série d'opérations miséricordieuses. — Le nom Jésus, qui est omis dans le Valic, ne me paraît pas être une adjonction des copistes; il convient trop bien au contexte; il a pu aisément être omis. — On a été suipris de ce qu'à ces mots : Christ est mort, Paul n'ait pas ajouté « pour nous;» mais il s'agit uniquement de sa (jualilé personnelle de victime en opposition à celle de juge : Celui qui a expié, ne saurait condamner (naturellement : à la condition que cette expiation n'ait pas été repoussée). L'article ô devant àroOavow rappelle que lui seul a accompli et pouvait accomplir cette œuvre expiatoire ; comment après cela serail-il celui qui condamne ? — Si la résurrection esl mentionnée avec une gradation marquée (et bien plus) par rappoil à la mort, ce ne peu! être qu'au point de vue exposé au ch. VI ; il a repris vie pour ajouter une nouvelle œuvre salutaire à celle qu'il avait accomplie par sa mort, c'esl-à-dire pour nous élever à une vie affranchie du péché. Weiss pense plulùl que la résuri'ection esl mentionnée dans le but de prouvei' que Christ n'est pas mort pour ses propres péchés. .Mais le [jÂllov 8i, el Inen plus, s'explique bien plus naturellement si la résurrection esl mentionnée ici comme gage d'une nouvelle victoire qui doit s'ajouter à celle déjà obtenue par

-2-J(> !..V CLOIUFICATION

la inoil. — Le /.ai, après [;.àX).ov ^é, n'e>l })eiil-èliL' pas aullienlique. — La séance à la droile de Dieu est rappelée ici comme le lait qui a placé enlre les mains de Christ le Liouvernement (lu monde et la direction des événements de notre vie. — Enfin X inlercession du Christ glorifié rappelle sa précieuse intervention dans les monienls comme ceux auxquels s'applique ce mot de Jean (1'^' Epil. il, I) : « Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste, » ou celui de Jésus à Pierre : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. » Comment celui qui a parcouru pour nous toute cette carrière dont chaque pas est un acte de salut, détiuirail-il son ouvraiic en prononçant sur ceux pour qui il a ainsi souffert et travaillé, une sentence finale de condamnation? — (juelques interprèles ont donné à toute cette énuméralion une tournure inlerroiialive : Oui condamnera? Sera-ce ce Christ qui est mort, ressuscité... etc? S'il ne s'agissait (jue (l'une seule question, cette tournure pourrait être admise, car elle a quelque chose de vif et de piquant; mais cette longue série de questions qui se succéderaient dans un sens interrogatif touchant à l'ironie, ne nous paraît guère compatihle avec le sentiment si sérieux et si profond de tout ce morceau.

A l'exemple A' Erasme, plusieurs (Mei/er, Gess, Lulluinll) adoptent une division toute différente des questions et des réponses renfermées dans ce passage. Us y voient deux questions principales; celle du v. :>.i : Qui accusera? et celle du v. 35 : Qui nous séparera :^ La réponse à la première serait contenue dans les mots : Dieu esl celui qui justifie : Qui [donc] condamnera :' La seconde serait préparée par V. SA '' : Christ esl celui qui est mort, bien plus ressuscité..., etc., ou, si on y voit une interrogation : Christ u'est-il pas )nurf, hien plus ressuscité... etc? Puis,

CHAI', vui. ai. ^:27

comme conséquence, la question : Oui [ilonc| )wus séparera ? avec loule l'énumcralion suivante. Mais qu'on prenne ces mots : « Clirisl est celui qui est mort,» interrogativemenl ou affiimativemenl, cette mention des œuvres (le Christ arrive en tout cas dans ce sens Irés-brusquement, sans que l'on puisse comprendre qu'elle va devenir l'occasion d'une nouvelle question. D'ailleurs pour expliquer la relation entie le v. 34 el la question du v. 35 F^uil n'eût pu se dispenser d'ajouter au -i;, qui:' un o-jv, donc; car la liaison entre le v. 3i et la question suivante était loin de sauter aux yeux. De plus, si l'on admet au v. 35 la leçon toO /pi-jToO, a l'amour du Christ, » comme cela me parait le plus naturel, la relation si étroite qu'on établit avec le v. précédent est exclue, car il eût fallu dans ce cas le pronom aÙToO, « son amour. » Enfin, dans ce sens, la réponse à la question du v. 35 serait renfermée d'avance dans le v. 34, tandis qu'elle est donnée plus lard au v. 37, cà la suite de la série de questions qui développent le TÎ:, qui:' Nous eu restons donc avec Weiss à la construction la plus oi'dinairement admise, celle qui divise le tout en ces trois questions : Qui accusera? qui condaumera '? qui séparera?

L'apùtre a défié les accusateurs; leur voix s'est brisée contre la semence de justification dont les fidèles sont couverts. Puis il s'est demandé si au jour suprême le juge ne finira point par condamner, et il a vu l'objet de la condanmalion, le péché, disparaître au souffle de l'Esprit du Christ ressuscité el glorifié. Keste à savoir si quelque puissance hostile ne parviendra pas à rompre violemment ie lien qui nous unil au Seigneur et sur lequel reposent ces grâces de la justification el de la sanctification. Cette troisième question a rapport aux 7:aOr,aaTa, aux souffrances du temps présent, dont il vioul de traiter en der-

Page 1