I.A CLORIFICATKW
nier lien. Ce^l iwnsi (jiie dans les tiuis questions de ce passaiic se trouve réellfiiicnt résumée l'épitre entière. La lornie loiiique ne fait pas un instant défaut à l'esprit de l'aul, même au moment où le sentimnil le plus surahon- (lant entraîne sa plume.
V. :\d-:M : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ' ? La tribulation ou l'angoisse ou la persécution ou la faim ou la nudité ou le péril ou l'épée, .'30 selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le jour; nous avons été envisagés comme des brebis de boucherie? •'>" Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés -. » — Le i)r()nom -<.;, qui:', se rapporte proprement à des personnes ; ici il est appliqué à toutes les épreuves de la fidélité chrétienne qui vont être énumérées, comme si Paul voyait dans chacune d'elles un ennemi qui en veut au lien qui l'unit à Christ. — Utunour du Christ, dont rien ne le séparera, n'est pas celui que nous avons pour lui (Orifi., Ew.j; ni non plus le sentiment que nous avons du sien pour nous (de 11'., Thol., etc.). D'après le v. 37 (« celui qui nous a aimés ») el le V. :][), c'est l'amour même que le Seigneur a eu et a pour nous, dans le sens dans lequel Paul dit il (lor. V, \i : « L'amour de (Ihrist nous étrcini (nous tient i)ressès). » Dès le moment où par la foi nous avons ouvert notre cœur à cet amour, il exerce une puissance irrésistible sur notre cœur el sur notre volonté et forme entre la personne de Christ et la niMre un lien auquel nous ne pouvons nous soustraire. — La séparation à laquelle pense ici rap(Ure est par <-(mséquenl crllc qui l'ésulierail
*AH : Toj Osoj (de liieu), au lieu de lou Xc'.atoj (du Christ j. -DEI'GIt. : o'.a Tov ayan/i-iav-a (à cattse de celui qui nou.s " aiiiic-x). au lieu de oia toj ava-T,'javTo; (par cehn qui >ii)ifs a aime.s).
CHAI-. VFU. :ii-37. 2:20
de noire infidélité, si en face de fhostilité du monde et par crainte de la persécution et des supplices nous venions, comme Pierre, à nous soustraire à l'action de l'amour du Seigneur sur notre cœur, afm d'être libres de renier son nom. — La leçon toO ÔeoO, de Dieu, dans le Vatic. et VAIcj:. est probablemenl provenue du v. 32 et surtoul du V. 39. C'est ce que confirment les mots t-?,; sv X^ia-C/lr^Gr/j qu'ajoute ici le Valic. Les anciennes versions sont en faveur de la leçon toO Xpw-oO, du Christ. — ^IvUc, la tïihnlalion : les circonstances extérieures accablantes ; TTcvo/copîa, l'aïu/oisse, liltér. le serrement de cœur : c'est la pression intérieure que produit la tribulation; ^«oyaô;, la perséculion juridique. Pour comprendre les mots : la faim, la nudité, le péril, ii suffit de relire le tableau de la vie de saint Paul tracé dans les passages 2 Cor. VI, i-l(l et XI, 23 et suiv. Vépée : le symbole delà peine capitale. En écrivant ce mot, Paul désigne, comme l'observe Bengel, son futur genre de mort.
V. 36. L'apôtre cite ici la plainte douloureuse mise par un psalmiste dans la boucbc des fidèles de l'ancienne alliance dans un temps de cruelle oppression, Ps. XLIV, 23. La citation est faite d'après les LXX. Tout le jour : à foute lieure du jour f'J/e^/erj. Cliaque beure est bonne pour les traîner au supplice. Pou)' Vautour de loi : Jébova dans l'ancienne alliance correspond à Cbrist dans la nouvelle. i\ous (tuons été turisagés : il y a longtemps que la sentence csl prononcée par la haine et plane sur leur tète, lors même qu'elle n'est pas encore exécutée.
V. .37. F*aul exprime la certitude que tous ces elforts ne n'ussironl pas à arracber le croyant des bras de l'amour du Cbrist qui le tiennent enserré. Il y a dans cet amoui' une puissance qui surmontera toutes les faiblesses du dé- (•(luragiMiieiil, toutes les défaillances du douli', toutes les
^•'30 I,A GI.ORIFICATION
craintes de la cliair, loiites les horreurs du supplice Paul ne dit pas seulemenl v/z-ôjasv, nous sommes vainqueurs, mais JTTcov'.y.ôiy.sv, )wus sommes plus que vainqueurs, ce qui peut signifier soil qu'il reste après chaque victoire de la force de surplus, pour surmonter même des épreuves plus dures encore si Dieu les envoie, soit que non seulemenl nous supportons sans laillir les souffrances, mais que nous les changeons en bénédictions (Weiss), soil enfin, et peut-être mieux, que notre victoire est plus qu'une victoire, qu'elle est une joyeuse victoire^ un triomphe (Lvthardt). — El conmient cela? L'apùtre l'explique dans les mots suivants : par le Seif/ueur qui nous a aimés; ce n'est pas seulement son amour, c'est sa vivante personne elle-même qui agit en nous et qui nous soutient. Son amour n'est pas une simple pensée de noire esprit; c'est une force émanant de lui, qui devient notre victoire. La leçongréco-lat ^là tov ày..., à cause de celui..., ferait de Jésus la cause morale seulement de cette victoire, (l'est évidemment trop faillie. — On demandera peut-être si l'on n'a jamais vu un chrétien renier sa foi dans la souffrance et dans la persécution. Il est vrai; et ce n'est pas non plus une certitude mathématique que l'apùtre veut exprimer ici. il est clair qu'il s'agit d'un fait de vie uiorale, et dans lequel par conséquent la liheité a loiijoui's son rôle, comme elle l'a eu dès le premier moment de la foi. Ce que [*aul veut diie, c'est que rien ne nous arrachera des hras du Christ contre notre gré, et tant que nous ne refuserons |)as nous-mêmes d'v demeurer; comp. Jean X, -2S-.;(I.
V. :IS et .-;!! : ,< Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni dominations ', ni choses présentes, ni cho-
' T. |{. lit ici rjj-i o-j'/aa:-.;: (»i pins.fanres) avec K L S\r"'''.
r.HAl'. VIII. 37-38.
ses à venir, ni puissances ' . • )9 ni hauteur, ni profondeur, ni quelque autre création ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Christ Jésus, notre Seigneur. » — Le défi que l'apôlre vennit de jeter à l.i condaiiinalion, au péché et aux souffrances de toutes sortes, il l'étend dans ces derniers mois à toutes les puissances possibles de l'univers. Le car renl'ernie un raisonnement a forlion : « Aucun des ennemis indiqués..., car même aucun être dans l'univers réel ou possible. » — Paul levicul à la forme ye, qu'il avait abandonnée depuis le v. 18; c'est qu'il s'agit ici comme là d'une conviction personnelle, de nature morale plutôt que logique. Il ne faut pas oublier, en eiïet, le : « sida moins vous persévérez, » sorti de la main de Paul lui-même, Coloss. 1, 2."), ni les exemples tels que celui de Démas, 2 Tiiu. IV, 1(1. 11 faut, coimn(! il l'a dit V. 25, l' JTToy.ov/:, la constance dans la foi en l'amour de Christ pou»- nous, pour que cet amour exerce son irrésistible puissance sur nous. — Au v. 31) il étend cette conviction h tous les fidèles (r,aàç, nous).
Les adversaires qui se présentent à son reiiard, semblent s'avancer par paires. La première est celle de In mort et de la )'ie. La mort est placée la première, en relation avec les v. 35 et 3G. L'ordre inverse que nous tiouvoiis 1 Cor. III, 22 est motivé là par la différence du conleNlc La mort : l'apùtre pense au martyre, dont la crainte peut entraîner au reniement. .\ la mort et à ses angoisses il opposfi lu rie avec ses distractions, ses intérêts et ses séductions, qui peut conduire à la tiédeur et à l'infidélité, comme dans le cas de Dénias. — La seconde paire : am/es et (loininalions. On |:)ourrait voir dans celles-ci (les àp/ai) un ordre d'anges supérieur aux anges ordinaires, les ar-
' N* A B C D E 1^" G II phu'ciU ici oj-i ojvaaci; (ni puissances).
-■-»'-i LA f.LOKlFlCATlOX
clianges; ainsi Mo/er cl OUnuiKire. Mais dans les auties j)aires il y a loujours entre les deux termes un contraste de (jualité; il est donc plus naturel d'appliquer ici le preiniei' aux bons animes (quoique ce sens ne soit pas exclusivement celui iVy.y-fi'koi^ comme le prétend Meyer; comp. i (îor. IV, 1) et VI, 3); le second aux anges maifaisanls, comme 1 Cor. XV, 24; Ephés. VI, 12; Col. 11, 1.") (Hojmann). ^Vciss préfère appli(juer le mol «p/ai aux puissances terrestres; mais les passages cités prouvent combien ce terme était familier à Paul pour désigner des puissances invisibles. On demandera comment les bons anges pourraient travailler à nous séparer de Christ; mais ce peut n'être ici qu'une hypothèse telle que celle de Cal. I, 8. Et le bien même ne peut-il pas contribuer à nous égarer, si notre attachement ou notre admiration s'arrête à la créature, au lieu de s'élever jusqu'à Dieu ; il est parlé Col. Il, 18 du culte des (bons) anges. — Les byz. lisent ici un troisième terme à peu près synonyme : ^uvà^.stç, les imissances, et un Mj. (C) avec quelques Mnn. en ajoute même un quatrième : sçouTiai, les souverainetés. Ce derniei- terme est évidemment une interpolation pour former une paire avec le troisième. Quant à celui-ci, d'après les Mjj. (I(;s deux autres familles, il a sa place, s'il est vrai- HKMil authentique, apiès la paire suivante. — Trt»isiénie jtain' : r/wscs iirésentes et choses ii venir. Le premier terme peut ilésigner les choses iniminenles (inslanlici), en opposition à de plus éloignées encore, ou bien aussi les circonstances présentes, en opposition à celles qui suivront. Dans ce second sens on pourrait ajipliquer les premières à toutes les choses de la vie présente en général, et les secondes aux circonstances inconnues de la vie future, quoiqu'il soit difficile de comprendre conum-nt l'apôtre se représenterait ces dernières comme pouvant com[)ro-
CHAI'. VIII. ;J8-IW.
mettre notre relation avec le Seigneur. — Si le terme : le.^ jiuissanccs, Swàixeiç, est authentique en cet endroit (alex. et Liréco-lat.), il doit, comme le pense Weiss, être pris dans le sens le plus Liénéral {puissances personnelles et impersonnelles, terrestres et supraterrestres) et envisagé comme résumant la paire précédente, de même que le dernier terme: ni cjuelqu'aiilre crèalnre, résumera, selon le même, la paire qui va suivre. Cette construction est ingénieuse. Si l'on veut maintenir dans le texte le mot ^uvay-ei:, c'est la seule manière plausible de le justifier. Mais, malgré les autorités, il y a lieu de suspecter son authenticité.
Le contraste dans la quatrième paire est eiTiprunté à l'intuition de l'espace, comme celui de la troisième l'était à celle du temps. Mais il n'en résulte pas qu'il l'aille voii' là un coQtraste local, comme celui de ciel et terre, ou de ciel et enfer (ou scheol); ce qui ne présente absolument aucun sens dans le contexte ; car il s'agit de dangers pour la fidélité. Lii/iantenr est donc l'endjlème de tout ce qui nous élève spirituellement, les visions par ex , telles que celle dont il est parlé i. Cor. XII, I et suiv. ou les succès remportés, les Ibrces déployées qui nous exaltent jusqu'au troisième ciel, mais qui en un instant, |»ar un elîet de l'orgueil ou même de la sensualité violemment réveillée, peuvent être pour le pauvre cuMir humain l'occasion des plus affreuses chutes. La profondeur désigne en échange les circonstances déprimantes, les revers humiliants, les atteintes subites d'une mystéi'ieusc et indicible angoisse, comme celle de Jésus à Gethsémané, quand il s'écrie : (( .Mon àme est triste jusqu'à la mort, y> et qu'il ajoute bieiih'it a|)rès : « C'est ici votre heure el ht piiissinuc (les léni'hres. « il est à peine besoin de rèl'uter les interprétations suivantes qui ont étt' |)ropos(''es : le boidieur et le malbeuiYAo/)//./,- les honneurs et rignoiiiinie (Grot.); la sa-
'i-î'i LA C.LORII-ICATIOX
iicsse (les liéréliqnes et les préjugés vulgaires (MrL); les hauteurs d'où l'on précipitait les martyrs el les profondeurs de l'océan où ils restaient ensevelis (77/omr/s tVAquin)\ ou enfin les dimensions de l'espace fil/é-ycrj. — On traduit ordinairement le dernier terme xtiti; sTepa par: aucune autre créature ; ce qui en ferait une espèce de : et coûtera. Mais, même si l'on acceptait ce sens assez trivial, le terme de créature ne conviendrait pas. Car la hauleur et la profondeur ne peuvent point èlre l'angces dans cette catégorie. Il me parait donc que le terme de xti'tiç doit signifier ici non créature, comme s'il s'agissait de quelque être particulier à mettre à côté de beaucoup d'autres, mais création. Paul voit en pensée disparaître cette création tout entière, sur le théâtre de laquelle s'est accompli le plus grand prodige de l'amour divin; et il se demanrle si, une création nouvelle venant à surgir et de plus magnifiques merveilles s'étalant aux regards de l'homme, dans ces siècles nouveaux la croix ne risquera pas d'être éclipsée et l'amour de Dieu en .lésusChrist d'ètie relégué dans l'ouhli du passé. Et il affirme hardiment que, quelles que soient les créations nouvelles qui pourront se succéder, à jamais la première place restera dans le cœur des fidèles à l'amour rédempteur dont ils ont été les objets ici-bas. — Paul parle ici de l'amour de Jésus, comme étant celui de liieu même; car c'est dans le premier que le second s'incarne pour nous el devient l'ancre élernelle que saisit notre foi poiii' l'f^'ternité; comp. V, '15 et Luc XV, où la compassion de Dieu est complètement identifiée avec celle de Jésus. Jamais \c sentiment d(î saint Paul ne s'est déployé avec une pareille suiabondance, et pourtant, nous l'avons constaté, le fil de la déduction logique ne s'est pas rompu un instant, (^e morceau résume tout le salut individuel, tel (pie Paul l'a exposé jus([u'à pn'^seiil. Il nous laisse, ;iu
CHAI'. VIII. 18-lX. I. -•»"••
terme de ce chapitre, en lace de ce don divin complet et assuré, à saisir et à ressaisir toujours de nouveau par la seule foi. Puis, apiès ce moment de contemplation et de repos, il nous prend de nouveau par la main pour nous conduire sur le théâtre de l'histoire et nous montrer l'œuvre divine, qu'il a décrite sous son aspect individuel, se déroulant en urand dans les destinées de l'humanilé.
Ile PAIiTIE
LA MARCHE DU SALUT DANS L'HUMANITÉ OU LE PROBLÈME [)E LA REJECTION DES JUIFS.