V. 1-5: La doidertr de Paul
L'apôtre exprime la profonde douleur que lui cause le rejet de son peuple (v. 1-3); puis il la juslilîe i)ar les prérogatives magnifiques dont Israël avait été honoré (v.
V. 1 et :2 : (( Je dis la vérité en Christ — je ne mens point, ma conscience me rendant témoignage dans le Saint-Esprit — - que j'éprouve une grande douleur et qu'un gémissement incessant est dans mon cœur. » — Aucune particule de liaison ne rattache cette partie à la précédente. Vasi/Ndeton est ici comme toujours l'indice d'une vive émotion qui brise le lien logique; mais celle forme alleste en même temps avec d'autant plus d'énergie la relation profonde de sentiment qui unit ce morceau au précédent. L'apùtre vient de faiie aj)parailre avec une émotion triomphante, à la fin du cli. Vlll, ce peuple d'élus justifiés, sanctifiés, glorifiés, qui a surgi à l'appel divin du sein de l'humanité perdue — et Israël presque tout entier manque dans ce |)euple! Telle est la relation, toute de sentiment, entre ces deux parties. Le malheur d'Israël rejeté lui apparaît comme le somhre levers du bonheur incomparable des fidèles atloptés en Jésus-l^hrist. — L'apédre ne prononce pas le mot qui exprime le sujet de sa douleur. Ce n'est pas un oubli, comme le croit Reuss ; mais il lui en coûte trop de prononcer ce mot fatal ; chaque lecteur doit le deviner par ce silence
CHAI'. IX. I. '2il
mriiie. — Il laiil joindre les mois en Christ aux précé- (leiils : .le dis la vérité, et non à ce qui suit : En Christ je ne n)e)is point. Vaive dire à l'aul : « En Christ je ne iiK-ns point, » sérail lui aietlre dans la houclie une banalité. Le V. 2 et surtout le v. ;} diront ([iiel est le l'ait qu'il tient à arfirmer si solennellement. — L'n homme, même véridi- ([ue, peut s'e.xatiérer ses propres sentiments; mais Christ est pour Paul un être si saint que, dans le milieu pur (i lumineux de sa [)résencc sentie, aucun mensonge, aucune exagération même ne lui parait possible. — On voit généralement dans la parenthèse suivante : « je ne mens point.., » une seconde déclaration confirmant sous l'orme négative celle qui précède. J'ai flans la l^e édition proposé de taire porter plutôt le témoignage de sa conscience et du Saint-Esprit sur le fait même du èv Xpi<7Tto As'yetv, de son parler en Christ. Le témoignage de sa conscience, renforcé par cidui de l'Esprit, lui attesterait la réalité de cette connnunion avec (.hrist du sein de laquelle il déclare parler. ^Liis je dois reconnaître qu'il est plus naturel de voir dans le : « Je ne mens pas..., etc., » la confirmation sous forme négative de la déclaration qui précède. Seulement il devient malaisé dans ce sens — c'est la difficulté à laquelle j'avais cherché à échapper — de comprendre la ri'lation que Paul veut établir entre les trois témoins de ce qu'il affirme ici : Christ, sa conscience et le Saint-Esprit. Hemai'quons d'abord que le sv Xpicr-w, en Christ, porte sui' la véi'ité de son dire: c'est dans la communion de Christ, en sa présence et sous son regard qu'il parle, par conséquent avec une entière sincérité. Mais il peut se tromper lui-mèrne sur ses propres sentiments : or c'est la réalité de l'état d'âme dont il parle (v. ^1) et dont il va donner une preuve si extraordinaire qu'elle est presque incroyable (v. 3), que lui attestent à lui-même les deux
KP. AUX ROM. — TOME U. 1 (i
"2^1 LA MARCIIK 1J|- SAI,rT DANS I.IHMAMTK
autres If'iiioiiis : oj '|£Ô«^oay.i ; il ne trompe ni les antres ni lui-même : sa conscience et sa conscience éclairée par le Saint-Esprit lui rend témoignage à Im-iuéme (y.ot, à moi) que ce qu'il va dire est exactement vrai, dénué de toute exagération volontaire ou involontaire. La loi disait : (( Sur la parole de deux ou de (rois témoins » ; il semble que l*aul veuille appliquer ici cet adage. — Pourquoi tant de solennité dans celte entrée en matière ? On le comprrnd si l'on se rappelle comment les Juifs accusaient Paul d'être mù dans toute son œuvre par un esprit d'hostilité contre son peuple. Voici l'expression de ses vrais sentiments attestés pai- tout ce qu'il y a pour lui de sacré.
V. 2. Les v. 2 et 8 renferment le contenu de cette vérité dont Paul a |)arlé au v. 1. Le parallélisme (\es deux propositions du v. est comme toujours l'indication d'un sentiment qui s'exalte. On remarque une triple gradation entre ces deux pi'opositions. D'abord, entre les deux sujets : ^.ut:-/;, douleur, qui indiqu(î une tristesse intime; or^jvr,, lamrnldliou, qui se rapporte à l'explosion violente de la douleur, lors même qu'elle n'a lieu que privément; puis gradation entre les deux épitbètes : [j-e^dlr,, grande, et à^ialeiTTToç, incessante; elle est si intense qu'elle accompagne tous les moments de sa vie; enfin, entre les deux régimes : [xot, à moi, et tt, y.aci^ta u.w, à mon cwur, ce dernier terme désignant le foyer le plus profond des émotions du moi. — Encore ici Paul laisse lire entre les lignes le mot tragique qui exprime le sujet de cette douleur.
V. :\ : (( Car je souhaiterais d'être anathème moimême ' loin de -' Christ en faveur de mes frères, mes parents selon la chair; » — Ce fait intime est la preuve
' T. R. lit avec C K 1. Syr"^'' «jto; cyo ;i\imt x'^xOvxx -.va;, tandis que tous les autres le |)lacont après.
* D E G : j-o (par), au liou de x-o (loi)} île).
CHAI'. IX, \-;i. 24:3
île rintensité du sentiment exprimé ;m v. il (air) ; et Ton €ompiend à l'ouïe de celle parole étr;ui|ie les affirmations exceptionnelles du v. I. — L'impartait indic. rr/oy.riv, litlér. je souhaitais, a en grec la vertu de reporter ce vœu dans le passé, et dans un passé qui reste à jamais inachevé, de sorte que cette expression relire à ce vœu toute possibilité de réalisation '. Le sens es! donc : « Je souhaiterais, si un tel vœu était réalisable. » Si l'apùtre eût voulu parler d'un vœu qu'il l'ormail réellement, quoique sous certaines conditions, il eût expiimé cette idée par le présent optatif : £'>/oiy.r,v, ou par l'aoi'. e'j£atv//iv avec xv (Act. XXVI, 29); comp. Gai. IV, 20 et même Act. XXV, 22 (OÙ Agrippa énonce son désir en le présentant comme irréalisable pour n'avoir pas l'air d'empiéler sur l'autorité de Festus). C'est pour n'avoir pas compris ou appliqué le sens de l'imparf. indic. grec que l'on a recouru à tant d'explications contre nature, afin de ne pas mettre sur le compte de l'apùtre un vœu qui paraissait avoir quelque chose de choquant pour le sentiment chrétien. Ainsi l'interprétation de Vllala (optahamj, iVAmbrosiaster , de Pélat/e, de la Vuhjale, de Lulhur, de Chalmers : « Je souhailai.s (autrefois, quand dans mon aveugle fanatisme Je persécutais l'Lglise du Christ). » L'apùtre rappellerait que c'était son ardent amour pour son peuple qui l'avait alors poussé à faire divorce avec le Christ (apparu en Jésus). .Mais c<' n'est pas de ce qu'il fut autrefois, c'est de ce qu'il est aujourd'hui comme apôlre des Gentils que Paid veut reuflre témoignage; et pour que l'expression loin de Christ
' Curtius. Schulffrarnm., § 509 cl 610: « L'indicatif dos temps liisloriqucs indique le contraste avec la réalité, dans les désirs qui doivent être signalés expressément comme étant dun accomplissement impossible ; ainsi r,poyXojxirv, je- voudrais assurément, mais
(■(•l;i ne peut ;i\oir lieu. »
•ZVt LA MAHCIIK 1)1 SAI.I T DANS I, IIIMAMTK
prouve la vivacité de son aiiioiii' pour Isiad. il laut qu'elle parte d'un cœur rpii a reconnu Jésus coiume le (ilirisi et sail l'apprécier à sa valeur. Kn(in, une iudicalion quelconque du temps où il f'oriuail ce vœu eût ('té nécessaire (xots, autrefois, Vil, {)). Lam/e a fait, à l'exemple (\r Michaëlis, une [c\\\;\ù\i' malheureuse. Il traduit: «J'avais lait un vœu, » et rapporte cette expression à un entiageuient, accompagné sans doute d'imprécation, qu'il auiait pi'is entre les mains du souverain sacrificateur lorsqu'il se préparait à partir pour Damas afin (l'aller y persécuter les chrétiens (Act. IX, 2). Il se serait engagé, en quehpie sorte sur- son l»onheur messianiqrie, à sauver le judaïsme en extirpant l'hérésie. Pour écarter une telle explication il suffit, au hesoin, de rimparf'ail rJ/ôy.r,vqui devrait — car il s'agirait d'un fait positif — être remplacé par l'aor. r/j^xy.r.v ou du moins être accompagné d'une détermination chronologique quelconque. — Il n'y a donc pas à rechercher comment ce vœu pourrait jamais se réaliser. Paul luimême déclare que c'est uiv^ impossihilité; mais, si son accomplissement ne dépendait que de son amour, il formulerait certainement un tel souhait devant le Seigneur. Il est faux de comparer ce vœu non formé avec la piiére de Moïse XX.XII, 32. Celui-ci ne demande pas d'être rejeté pour éloigner du peuple le malheur qui le menace, mais il demande, si Israël doit périr, de périr avec lui.
Le mot àvàOejy.a. anathèmc, de àvaTtÔ-/;jU.i, e.rjioser, mcllrc en rue, désigne toujours un ohjet puhliquement consacré à iJieu. Mais celle ccmsécralion peut avoir pour hut sa conservation, comme offrande pieuse, dans un sanctuaire (doiiarid), — dans ce cas, les LXX et le N. T. emploient la formi! ivyJi-nu.'x, p. ex. 2 Macc. V, 16 et Luc XXI, "> ; — ou liieii elle peut s'accomjdir par !a destruction de l'objet consacré, comme dans le cas (ïiiik'idit (vliércni) ; \cs LXX
ot le N. T. emploient alors jtlus volontiers la l'orme y.'^-j.hvyj. <p. ex. .les. Vil, 12; Gai. I, 8. !J ; 1 Cor. XVI, 22). Cette distinction entre les rleux formes tlu mot n'existe pas dans le lirec classique. — L'expression est si forte, surtout avec le rcLiime à-ô t. Xoi^toO, loin du Christ, qu'il est impossible de l'appliquer, avec Grotius, à l'excommunication ecclésiastique. Jérôme pense à une mort violente iniliiiée par Christ, selon la leçon peu probalile j~i, par. Paul [)ense évidemment à la rujilure du lien qui l'unit à Christ, comme Sauveui'. Il consentirait, si cela était possible, à reloml)er pour toujours dans l'état de coîidamnaiion où il vivail avant sa conversion, si par le sacrifice de son salut il p(juvait obtenir la conversion de son peuple. Les mois : loin de Christ, expriment lout ce qu'aurait de poiouani pour son cœur un semblable ana- Ihème; et pourtant il l'affronterait si cet échange de sort avec son [)euple était possible. C'est ici comme le paroxysme de son dévouement" patriotique. — Le pronom moi-même, si on le place, comme dans le texte byz., avant le terme rtre anathème, oppose Paul aux Juifs qui sont en effet dans cet état : « Je voudrais être moi (plutôt qu'eux) analliéme. » Mais si avec les autres documents on le place après les mots : cire anathèmc, il sert à opposer le Paul léel au Paul que l'on représentait comme l'ennemi acharné des Juifs, en raison de la mission qu'il accomplissait auprès des Gentils : « être auatlième moi-même, moi cet ennemi prétendu de ma nation, t.'l (jui ai, rii effet, la douloureuse mission de consacrci- le divorce entre Israël et son Dieu ! » — \ la notion de parenté religieuse, théocrati(pie, ex|)rim('(' par la litre de fri'res, le terme de parents selon la chair ajoute l'idée de la parenté humaine naturelle par le sang et la nationalité
Les V. 4 et 5 sont destinés à justifier le vomi énoncé au
'2M) i.A MAHcut; lie salit dans LUr.MAMTl-:
V. :>, par l'éiiuiiiération des prérogalives Lilorieusos accordées à Israël et qui rendent ce peuple précieux par-dessus tout à un cœur vraiment israélile. L'apùti'e les répartit en trois catégories (wv, (ov, s; wv) : les instilulions, les ancêtres, le grand descendant.
V. ^ : « eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l'adoption et la gloire et les alliances ' et la législation et le culte et les promesses - ; » — l.e pron. oiTiveç, eux qui, les (jualitie comme des èlres pour lesquels il vaudrai! la peine d'accepter la dainnalion même. — Le nom (.Vhraélites est le nom d'honneur du [)euple ; c'est un titre reposant sur le t'ait glorieux raconté Gen. XXXIJ, :28. Il renferme toutes les prérogatives qui suivent. — Ces prérogalives sont énumi'rées dans le v. 4- au nombre de six, toutes liées par des -/.ai, et, l'orme d'accumulation en rap])orl avec l'exaltation croissante du sentiment. — V'oOscia, l'udopiion : Israël est toujours représenté comme le fih ou le fils ahié de l'Eternel entre tous les peuples, Ex. IV, -l-i\ Deul. XIV, I ; Us. XI, 1. — AJ^a, la <jloire : ce terme ne désigne nullement, comme le pense Rcuss, la (/loin' fmalc du l'ègne de Dieu; car celte gloire appartient aux Gentils aussi liicn (ju'aux Juifs. Ce terme est |)ris ici dans le sens spécial (piil a souvent dans I A. T. : l'apiuirilion risihlr, lumineuse, de la |)résence de l'Eternel au sein d'Israël {E\. XXIV, Hi; XL, :\A-:]:^\ I Kois VIII, Il ; Ez. I, 28). Les rabluns avaient inventé un ferme particulier pour désigner cette ap|tarilioii liloiieuse, celui de Sc/irl^ithi, de schakan, hahiler. — AiaOry-a-., les (tlliunces : ee mol désigne les nombreuses alliances conclues par Dieu avec
' H I) M \' a listMll /, o:xQr,y.r, (l'alliance), iiii lieu (le a- o:xf)r,y.x: fies alliances).
* l) E F G lisent r, c-ayvcX-.a (la promesseK au lieu «le a; ir:A';-n'i.:3.: (les promesses).
CHAP. IX, t-:.. 2ii7
les patriarches. La leeoti de quelques Mss. : lalliance, est une correction lautive. On pensait au ternie : l'ancienne alliance. — Noy.oOîGÎa, la législalion : ce terme comprend, avec le don de la loi elle-même, la promulgation solennelle qui en a été faite sur le mont île Sinaï; comp. la pa- ,iole du psalmiste (IXLVll, 20 : ^( Il n'en a pas lait ainsi à toutes les nations. » — AaTpeîa, le culte : c'est l'ensemble des céiémonies instituées par la loi, fêtes, sacrifices, assemblées de culte, etc. — 'E-a- -;£>'•'• y-'-, les promesses : ce terme rappelle les grâces à venii', plus grandes encore que les bienfaits déjà accordés, que les prophètes promettaient au peuple. La leçon : la promesse, dans les grécolat , est encore une coi-rection erronée.
V. 5 : « à qui appartiennent les pères, et desquels provient le Christ, lui qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement, amen. » — Aux bienfaits de nature impersonnelle Paul ajoute, comme couionnement, les dons qui consistent dans des peisonnes vivantes et qui ont été accordés avant ou après les précédents: les patriarches, desquels est sorti le peuple et qui en sont comme la racine, et le Messie, qui est sorti du peuple et qui en est comme la fleur. — La première propos, signifie littéralement : « desquels (Israélite?) sont les pères, » c'est-à dire : auxquels les pères appartiennent comme propriété nationale. Les héros d'un peuple sont envisagés par lui comme son trésor le plus précieux. — .Mais l'apôtre se garde bien d'appliquer la même forme au .Messie, ce qui signifierait que le Christ est la propriété des Juifs. 11 dit ici â; wv, du sein desquels ; il provient d'eux, quant à l'origine, mais il ne leui- appartient point exclusivement, quant à la destination. L'antithèse entre les deux formes «-jv, ii (fui, et £ç oy/,dii sein desquels, est certainement intentionnelle; comp. Jean IV, 2'2: a Le salut vient des Juifs, n) Ultra-
''UX l..\ MAKCHK hC SALIT l>.\NS Llir.MAMTi:
ninrr pense que le terme He Christ doil se prendre dans le sens ahstmil fie Messie, sans application à la personne de Jésus. Le verbe à soiis-enlendre sérail : vient (en principe ou d'après l'éleclion divine), non : est venu. Mais la détermination suivante to /,y.~x Tapxa, quitnl à la chair, ne permet pas de douter que Paul n'entende par le terme de Christ la personne de Jésus que ses lecteurs, aussi bien que lui, envisagent comme le Messie : l'oiigine juive du Cdirisl est mentionnée comme un fait historique aussi certain (jue celle des patriarches. C'est le plus haut titre (riionneiii' d'Israël, d'avoir donné au monde celui qui doil régner sui' le monde. L'expression : to /.aTa «japy.a, quant à la chair, peut être comprise de deux manières : ou comme simple affirmation, ou comme détermination restrictive : « du moins quant à la chair. » OUramarc insiste en faveur du premier sens. Pour prouver (jue cette expression ne suppose point une antithèse dans ce qui suit, il cite Act. II, riO : « Parce (|ue Dieu avait promis que Dieu ferait naître de lui selon la chair (tô /.aTa '7a:x.a) le Christ,» et le passage suivant de la I"' ép. aux Cor. de Clément Romain: « De lui (Dieu) est provenu le Seigneur Jésus selon la chair.. » Ces deux exemples prouvent sans doute que l'antithèse peut ne pas être toujours exprimée, mais non qu'elle n'existe pas dans l'esprit de celui (pii parle. Comp. les formes semblables 1, 15; XII, 18, où l'antithèse du tô y.axà... se comprend d'elle-même. — La seule question dans notre passage sera donc de savoir si l'antithèse est ici exprimée ou seulement sous-entendue. Avant d'examiner ce point, nous devons déterminer le sens du mol ax^c, dans cette phrase. OUramarc prétend que 'îa'p;, la chair, désigne ici, comme toujours, la subslanre corporelle en opposition à TrveOaa, la nature spirituelle; comp. 1. ."{. .Mais ce dernier ])assa^e renfei'iiie uni'
CIIAIV IX.
analyse des éléments coiistitiilils de l;t pcysonne de Jésus, dans le but d'expliquer par le mode de son existence terrestre le fait de sa résurrection. Ici il s'agit de tout autre chose, de la relation de Jésus Messie avec le peuple d'où il est issu. Il est donc plus naturel de donner au mot chair dans ce contexte le sens que, quoi qu'en dise OItramare, il a très-souvent et d'aprèc lequel il désigne la personne humaine tout entière; ainsi dans les expressions fréquentes: toKle chair, nulle chair (Gen. VI, 1-2; Matth. XXIV, 22; Ilom. III, 20; 1 l',or. 1, 29), et dans le v. 3 qui précède immédiatemeni : « mes parents selon la chair. » Jean I, i-i, le terme de chair est em])loYé pour désigner la nature humaine tout entière de Christ lui-même, en opposition à son ètie divin : « La Parole a élé faite chair; » ce qui signitie bien cerlainemenl que l'être divin est entré dans uni^ exis-tence humaine complète, qu'il est devenu homme (corps, àme et esprit), comme nous le sommes nousmêmes. 11 est bien évident que c'est également ici le sens du y.y-y. ly.^y.y.. Paul n'a pas voulu dire que Christ n'ait du à son origine juive que l'élément corporel de sa personne, à moins qu'il ne prétendît nier chez lui l'existence des éléments supérieurs de la nature humaine ou qu'il ne supposât qu'il les avait puisés directement dans l'espèce liumaine sans l'intermédiaire de la nationalité juive!
Ce qu'il reste à examiner, c'est si l'anlilhèse sous-entendue de cette origine juive de Vhommc Jésus est dans ce qui suit exprimée ou sous-entendue. Depuis Erasme, il existe une manière d 'interpréter les derniers mots du v. qui rompt tout lien logique entre (;ux et ce qui précède. Sous l'impression Irès-vive de la grandeur des prérogatives dont Dieu a honoré son peuple, Tapôlre s'écrierait dans un élan d'action de grâces : «Que le Dieu (pii est au-dessus de tous soit étiMiiellement béni de ce (pTil a l'ail pour Is-
::^50 LA -MARCiii-: di; sali t dans liic.nlvnitk
rni'l ! » (le sens a été adopté par SemL, rrilzs., Ew., Holst.y Mey., Iki/schL, Otlo, Tiscli. (8^ éd.); il est énerLiiquenient défendu par OUramare, par les raisons suivantes : Si on rallacliail direcleinent ce qui suit à ce qui jjrécède, le partie, ô (ov, fpii est, se rapporlerail à l-hrisl, et ces mois devraient énoncei- ranlitlièse de to /.y-y. n%y/.y, selon la chair; or celle aniitliése ne pourrait être que l'expression TO AOLzà. TTvêOaa, selon l'esprit ; mais il n'y a |)as trace d'une telle expression dans les mois suivants. i*uis Christ sérail ici appelé Dieu, ce dont il n'y a pas un seul exemple dans les épitres de Paul. Kntin une exclamation de reconnaissance envers le .Messie serait déplacée dans le contexte, oîi il s'agit des bienfaits de Dieu envers Israël. D'ailleurs il n'y a pas d'exemple chez Paul d'une doxolotiie en l'honneur de Jésus-Christ ; toutes celles que l'on rencontre chez lui se rapportent à Dieu. — A la première objection j'ai déjà répondu : l'anlilhèse de l'origine humaine de Jésus (selon la chair/ ne peut pas être ici sa natui'e spirituelle, mais ne peut être que son origine, sa nature et sa dignité divines. Kl c'est par là que se résout l'objection qu'Ollramare tiie du conlexle : la grandeur divine du .Messie, devenu membre i\\\ peuple juif selon sa nature humaine, est le titre d'honneur suprême conféré à ce |»euple, et convient ici parfaitement comme point culminant des prérogatives énumérées. Ultramare a raison de dire ((u'il ne peut être ici question d'une expression de reconnaissance envei'S le Christ. Aussi n'y a-l-il pas liace île ce sentiment dans les paioles ({ui nous occupent : c'est devant la </iiiiideiir divine de Ji'sus que s'incline Paul, et cela dans un sentiment non de reconnaissance, mais d'.idoralion. — Le titre de Oeôc, Dien, n'est jamais donné à Jésus par- Paid Cela est-il bien sur en face de deux passages tels que Tite II, 1.» et Cpli. V, ."» ? Kl si méuie ce
titre ne lui était donné qu'une seule fois, d.ins ce passage-ci, y aurait-il là rien d'impossible? Personne ne conteste que Jean appelle Jésus Oeo; dans son prologue (1, 1); or ce titre ne reparaît qu'une l'ois dan> son évangile, et en quelque sorte incidemuieni, dans l'exclaniation de Thomas. Toute la question est de savoir s'il est incompatible avec le sentiment que Paul portait à Jésus; et comment le prétendre quand on lit ces mots F^liilip. 1, (i : « Lui qui était en forme de Dieu, » et cette parole : « Toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement » (Col. II, 9); ou quand on le voit identifier le Christ avec Jéhova qui accompagnait Israël dans la nuée (I Cor. X, 4) et parler de lui comme du Créateur de toutes choses (1 Cor. VIII, (3)? (juanl à l'assertion que l'on ne trouve dans les écrits de Paul aucune doxologie en l'honneur de Jésus, sans parler du dernier verset de notre épitre (voir à ce passage), il ne faut pas oubliera Tim. II, 18; ou bien l'inauthenticité de cette épitre serait-elle envisagée comme tellement certaine, que cet écrit ne puisse plus compter dans l'exégése ?
Ajoutons que l'interprétation défendue par Oltrarnare est sujette elle-même à des difficultés bien plus considérables. E\ d'abord, celle locution limitative, to /.arà '7ap/ca, scluii lu chair, qui, malgré les exemples cités par Oltramare, fait naturellement attendre l'énoncé d'un autre élément de la personne de Jésus, par lequel il est autre chose ((ue le descendant d'Israël. Puis, l'épithéte ô oiv sxl -àvTcjv, (jiù est nu-dessus de tous, appliquée à Dieu, et qui n'aurait dans ce contexte aucun à-propos. En quoi était-il nécessaire de faire ressortir la souveraineté de Dieu, et cela avec l'insistance particulière qu'ajoute à cet énoncé la forme ô wv? Oltrarnare interprète ces mots dans ce sens : le Dieu qui est sui- tout, qui gouverne toul, et à qui par conséquent Israë-I doil les privilèges dont il a été
-J-)l' I.A M\|;c.liK Kf SAUT liANS I/lll.MANlTK
lionoré. .M;iis les locutions (jiril cite comme analogues : ô i-X z-l; oï/.ia:, celui qui esl préposé à la maison, oî i-\ Twv 77ûaY;y.aTcov, ceux qui sont aux affaires, etc., supposent toujours que l'individu dont il est ainsi parlé, a été placé là comme préposé par une autorité supérieure, ce qui ne s'applique pas à Dieu. Il faudrait donc plut('il voir avec Meyer dans cette forme une paraphrase de l'expression ô Osoç 7:avToy.pâT(op, je Dieu lout-puissant, dans les LX\ ; mais, encore une fois, l'altribulde la puissance {\'\\'\nQ. n'est pas celui que l'on s'attendrait à voir relevé dans ce contexte; et ces exemples ne justifient pas l'emploi du partie. (•)v, surtout appliqué, comme il l'est ici, à Dieu. L'mterprétation qui fait de cette fin du v., depuis les mots o (ov i-\ ràvTwv, une exclamation à l'honneur de Dieu esl d'ailleurs Irés-peu naturelle. « (-ette doxologie est, comme dit Reuss, suspendue en l'air. « Quelle différence avec la doxologie si naturellement amenée de I, 45 ! Knlin il esl une raison (|ui rend cette explication grammaticalement inadmissible : c'est la position de l'adject. t'jlovr-6ç, béni, après le siihst. Ôeôç, Diev. Dans de pareilles doxologies le mot exprimant le sentiment qui a dicté l'exclamation, le terme eOXoyvîTÔç ou ejVjyvif^-évo;, bthii, est naturellement placé en tète, avant le substantif. D n'y a pas dans tout le N. T. une seule exception à cette règle; comp. .Maltli. XXlll, .-{'.); Marc XI. U; Luc I, BS; XIII, 85; XIX, :)8 ; 4 Cor. I, ."); Epli. I, :)\ I l'icr. I, :\. (îet usage esl également constant dans l'A. T., soil en hébreu, soit en grec; voii- les :\A exenq)les cités par Moris<»i, de toutes les parties de l'.V. T. (tien. IX, ^C; XIV, i>() ; Ps. XVIII, i6; XXVIII, G; XXXI, -21; XLI, ]:)■ LXVl, 40; LXVIII,8(i; LXXll, IS l'.l; LWXIX, 54, etc. La seule exception que l'on puisse citer est Ps. LXVIil, 40 : x.jpio; ô Osô; côV^yr-ô;, £j"XoYr,TÔ: x.'jp'.oç r.ij.izy.v y.y.h'r,yA^y.'t /.al x.y.TS'Jor'JwTci r,y.îv ô Ôeo: tojv
CllAI'. IX, 5. 253
noi--/]zU-yj r,awv. Mais d'abord tout ce texte est vraiseiiihlablenienl corrompu. Puis le futur fera réussir, qui suit l'expression doxoloiiique, parle plutôt en faveur de la trarluction est béni que soil béni : (( le Seigneur est béni et fera réussir...» (le qui le confirme, c'est que dans le psaume voisin, LXVl, -20, le barouk Elohim est traduit réi-uliérement par s'jAoy/i-oç ô 0e6?. Cet usage repose tellement sur la nature des cboses qu'il ne peut guère y être réellement dérogé.
;V côté de l'interprétation dont nous venons de reconnaître l'impossibilité, Erasme en avait proposé une autre: C'f^st de rattacher les mots 6 wv i~\ -TravTwv, celui qui est au-dessus de tous, à la propos, précédente; ce serait là l'antilbèse que t'ait naturellement attendre l'expression tô •/.arà Gapxa, selon la chair. La doxologie en l'honneur de Dieu ne commencerait dans ce cas qu'avec les mots : Oeo; sj^Xo-j'-ziTÔç, Dieu soil béni..., et les mots précédents, exprimant la souveraineté universelle de Christ, feraient ressortir toute la portée du privilège d'Israël du sein duquel il est sorti. Cette construction a été admise par Clarke cl de Welle; elle est bien détendue par lieuss. bille est certainement préférable à la pn'-cédente, en ce que l'énumération des privilèges d'israél se termine ainsi beaucoup mieux que dans l'autre, et que la mention de la souveraineté universelle du Christ est mieux appropiiée au contexte que celle de la souveraineté de Dieu. Mais elle se heurte aux deux mêmes écueils que la précédente : 1" le caractère brusque de la doxologie, qui est encore plus «suspendue en l'air « que dans l'autre construction; et :2° la position du eùT^oy/iTÔç après ôeoc, qui reste tout à fait irrégulière, et qui est plus choquante même que dans la première construction parce que l'apparition du nouveau sujet Oeôç est encore moins préparée.
204 I.A MAnClIE lU" SAI.IT HANS L'IIUMANITK
Il laiil donc, avec la grande majorité des interprèles modernes rT/<o/., O/.sA., Beck, Phil., Rilscld, Gess, Weiss, .s'c//«//:', Lvlhardt), maintenir la construction qui s'était déjà imposée à tous les anciens interprètes /"/r., Tert.. Or., Allimt., Chrys., Tlicod., etc.) ainsi qu'aux Réformateurs (Luth., Culv., Bèze, etc.), d'après laquelle les derniers mots du V. sont une apposition du mot Xz<.r:zôc, Cltrist, destinée à faire ressortir toute la grandeur du privilège accordé au peuple qui a eu l'honneur d'enfanter et de compter parmi ses membres celui qui possède la souverainelé universelle et même la nature divine. — Je ne pense pas, avec plusieurs de ceux qui admellenl cette explication, que toute la fin du v. ne forme qu'un seul membre de pbrase : « lui qui est Dieu au-dessus de toutes choses béni à toujours. » Il me parait qu'il y a là deux idées qui se nuisent si on les réunit si étroitement : mi- (lessiis de loutes choses et Dieu, et qu'il vaut mieux les distinguer nettement en les séparant par une virgule : D'abord : ô wv =77!, ràvTojv, Itii qui est au-dessus de toutes choses. Ce premier prédicat, qui désigne la souveraineté universelle (Eph. I, 2^ : -/.BOoCki j-èo xavra), est opposé à il (ov, desquels : ce personnage issu d'Israël est en même temps le souverain de l'univers. Puis : Dieu Ijéni à toujours : ce second prédicat renferme l'antithèse réclamée par To /,y.TOL cràp/.a, quant à la chair : « Israélite quant à son existence humaine et à son apparition terrestre, Dieu éternellement béni quant à sa véritable essence. » Non seulement on obtient ainsi la corrélation désirable entre les deux parties du verset, mais on peut se rendre conq)le de la forme ô (ôv, lui qui est. Ce partie, fait ressortir énergiquement l'identité de la personne qui
' Dan- -un Iravail iTinarqiial)lc. Jahrh. /'. deufsche Ttieol. 1868
CHAI'. IX. 5. ^y;>
réuiiil (les Jttlriliiil.s si conliaii'es en Jipparencc: élaul (en inènie temps qu'Israélite) Seiijneur sur toutes choses. Si le i-l TTocvTwv faisait partie du même prédicat que Oeô;, Dieu, ou ne comprendrait pas pourquoi Paul n'aurait pas dit plus simplement : 6 •j-rrèp ttkvtwv Oeo: vA^j-^-i:.. Le oiv serait ois(Mi\.
Aller plus loin et diviser avec Gess et d'autres cette apposition en trois termes : qui est sur toutes choses, Dieu, béni à toujours... (souveraineté, divinité, adoration due), me paraîtrait plut<')t affaiblir cette conclusion solennelle. Une phi'ase si brisée ne répondrait pas bien à la solennité du senliment qui inspire ce morceau. — nàv-rtov peut être pris comme masculin, lous les hummes, tous les peuples en opposition au peuple juif (comp. Eph. IV, (1), ou bien comme neutre, toutes clioses, comp. le JTrèp tA^-ol, Eph. 1, 22. D'après le contexte l'apôtre veut plutôt désigner l'univers dans son ensemble, hommes et choses, afin de caractériser Jésus comme le représentant absolu de la souveraineté et de la majesté divine.
Il me parait très-vraisemblable que l'acte d'adoration renfermé dans les paroles de l'apôtre, tout en ayant le but ci-dessus indiqué et réclamé par le contexte, en a secondairement un autre, celui de laver l'aftront fait au Messie par l'incrédulité juive qui le taxe de vil imposteur, de même que la doxologie de I, 25 était une protestation indiiinée contre l'injure ftUte au vrai Dieu par l'idolâtrie païenne.
Schultz. tout eu (léinoiitraiit adinualtlernent. dans sou travail sur ce passage, rimpossil)ilité d'attribuer à un autre sujet que XptdTo; la (iii de ce v., insiste cependant sur ce point : que dans la pensée de Paul cette aflirmation de la divinité du Christ ne s'applique qu'à .lésus rjloriflr, c'est-à-'dire que le titre de Dieu ne lui convient qu'en vertu et depuis le moment de sa i;lo-
'^5G LA MAliCllE ht; SALIT DANS LIIIMAMTK
rilicatioii : ce titre le tlésijj:iierait uniquement comme l'homme élevé à la souveraineté universelle. Mais 1° il s'agit dans le contexte d'opposer à son origine et à sa natare\\x\sQ une autre origine et une autre nature ; la notion de l'él(''vation du Messie à telle ou telle position ne suffit pas pour justifier cette antithèse: il faut ici l'idée de la prée.cistence et de la divinité de nature, "l" Les passajies que nous avons cités il Cor. VHI et X et Col. 1) énoncent clairement la vraie pensée de Paul sur ce sujet. '^^ Au point de vue du monothéisme biblique, derenir Dieu est une monstruosité. On Vesf de nature ou on ne le sera jamais.
Tellt'S onl été les prérogatives extraordinaires conl'érées à la nation israélite; néanmoins «'lies ne mettaient point ce peuple à l'abri de la possibilité d'une léjection. Il y avait même dans son histoire si riche en bénédictions des antécédents propres à le mettre en garde contre ce sérieux danger. C'est ce que l'apôtre l'ail voir dans le passage suivant, v. 6-13, où il emprunte à l'histoire israélite deux laits qui prouvent que dès les origines Dieu a procédé par voie d'exclusion à l'égard de toute une portion de la race élue. Ainsi, lorsque Isaac seul reçut le caractère de postérilé à l'exclusion d'Ismai'l qui était pourtant aussi enfant d'Abraham, v. 0-9; et de nouveau, lorsque d'entre les deux fils d'Isaac Jacob lut préféré et son aine rejeté, V. lO-l.). — L'apôtre en vient ainsi au fait qui avait motivé l'introduclioii douloureuse v. \-~).
V. (j-l3 : Deux antécédents prouvcmt lu Id^erte de Dieu même à l'égurd de la rare élue.