‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 34 sur 97 · V. 19-24 : La dislance rie l;i créa lu re au Créateur · texte numérisé non relu

V. 19-24 : La dislance rie l;i créa lu re au Créateur

Le discussion continue. Comme l'apôtre avait argumenté au moyen de l'Ecrilure, l'inlerloculeur supposé est iiien obligé d'accepter sa démonslralion. Mais, tout en acceptant le point de vue de Paul, il se retourne et s'écrie : (c Dieu a le dr-oit de m'endurcir; bien ! Je ne le nie pas. Mais dans ce cas, qu'il cesse de s'irriter contre moi, puisque c'est lui-même qui m'a endurci. y> La réclamation parait juste. L'apnire y i'(;pond [)ar la comparaison du potier (v. I!)-'2I), (ju'il a|)pli(tii(' cnsiiilc au cas donné (v. -22-2i).

V. \d-'2\ : « Tu me diras donc : Pourquoi donc ' se plaint-il encore ? Car- qui peut résister à sa volonté?

' Le ojv (doue) entre t; et f.'., que lisent B I) E F G, est omis jiar N A K I. P.

2 Le -;ap est omis par T. W. non par ç) avec (piclciues .Mnn. seiili-mcnt.

'JN-i i..\ MAitciiK L>r sAi.rr dans i/iir.MAxmi

-J<» 0 homme, bien plutôt', qui es-tu pour répliquer à Dieu? Le vase d'argile dira-t-il à celui qui l'a formé: Pourquoi m'as-tu fait ainsi? '21 Ou le potier n'a-t-il pas pouvoir sur l'argile, pour faire de la même masse tel vase comme vase de prix, tel autre comme vase destiné à un usage vil ?» — Le premier donc prouve que rinlerloculeiic part de la réponse de l'aiil, V. 1 i-18, pour élever une nouvelle objecdon. Leâ'Ti, cncun\ après Tt signifie : encore après m'avoir endurci. Le second donc esl douteux. Comme il est possible qu'il ait été supprimé à cause du premier, je le maintiens sur la loi du Valic. et des gréco-latins. Le terme [j.sy.oscOai, se plaindre, parler avec colère, s'applique à la perdition dont Dieu menace les pécheurs endurcis par lui. Dieu peut-il demander, quand il endui'cil, qu'on ne s'endurcisse pas? La question traduite par: ()(// peut )^^s■^\<f<t'>•:^ signifie littéralement : Qui (I résisté:' ou plutôt : Qui résiste... ? Car le parfait du verbe tc-rr.tj.i et de ses composés a réellement le sens du présent. Cette question signifie naturellement : Qui est-ce qui peut lui résister? Hofmann et Ollraniare pensent au contraire que l'interlocuteur veut dire : Oui, dans ce cas, a résisté à Dieu ? Réponse : En tout cas ce n'est pas moi, piiisqu'en in'endurcissant je n'ai fait que lui obéir. Ce sens n'est pas iiiipossilde ; il est ingénieux, mais [»lus rechei'clié (\\\'i le précédent ; et il a une teinte ironique qui ne serait guère en place.

V. ^20. La plupart des interprètes n'admettent pas que dans la ré|)onse suivante l'aul en vienne à discuter sérleuscnH'iit rolijeelion. MniDiipit (pursiioncni , dit Mclanchton. Jlol.steii dr-clarc que i*aid soulève la (pieslioii, non pour la l'èsuuilrr, ( e qui serait impossible, mais pour l'èeraser.

• Mevo-jv;- (>st |il<ut- |i9i- T. l{. ;i\(."c K 1, 1' S\i-. ;iv;iiit o avOio-:. |.ai- X A H ii|iro> ces mois: il est omis \n\v \) I" (i II.

(.MAI', ix. i'j--20. 28:1

Nous reconnaissons que clans les v. 10 el i20 Paul plaide uniquement rincompétence de l'homnrie à discuter la conduite de Dieu. Mais il n'en reste pas là et tôt après (v. 2:2 et suiv.) il entre réellement dans le fond de la question. Ne serait-il pas surprenant qu'une pure tin de non- recevoir se trouvât être le derniei' mot de sa logique? 11 eût mieux fait, dans ce cas-là, de ne pas se faire pousser par son interlocuteur dans cette impasse. — La particule y.svoOvye, que je traduis par bien plutôt, esl omise par les gréco-lat. ; assurément à tort. Klle se décompose en trois mois: uiv, certainement ; ov;, donc, et y^) dit moins; c'est-à-dire que ce qui suit demeure en tout cas viai (uiv), en raison de ce qui précède (oov), lors même que tout le reste serait faux (yi)'. De là le sens : bien plus certainement encore; comp. Philip. III, <S ; ce qui veut dire ici: « Je n'examine pas la véritjî intrinsèque de ce que lu allègues; mais, quoiqu'il en soit, ce qui est plus ceilain encore que tout ce que tu peux dire, c'est que tu n'es pa.s en position de contester avec Dieu. >> L'allocution : 0 homme ! rappelle à l'adversaire le motif de celle incompétence; c'est son infériorité humaine par rapport au (>i"éateur. C-elte exclamation esl placée par les hyz. après, mais par les alex. avant u.iWrr-c, ce qui vaut mieux 5>ans doute, puisqu'elle justifie l'emploi de celle particule, et que [)ar là l'antilhèse des deux termes homme et Dieu l'essorl plus nettement. C'est précisément par l'opposition de ces deux mots qu'est justifi('' le pcocéihî sommaire par lequel Paid ferme ici la houclie à l'adversaire, le terme

' Sur uc'v Yî Passow dit : « I.e contenu de la phrase esl relevé par là comme un fait reconnu. » Sur ;a=v ojv. il dit : « Le plus souvent dans les répiicpies cette expression confirme le dire de l'interlocuteur ; mais parfois aussi elle l'écarle nettement et doit se rendre par un : "i< contraire. •> C'est à cela que revient notre bien plutôt.

:2Si LA MAHciii; dl' salit hans lihmamtk

d'hotunif iin|iliqiinnl les notions d'ignorance et de faillibiiilé, el celui de Dieu toutes les notions de sni;esse, de bonté et de justice qui sont inséparables du caractère de la divinité dans l'Ecriture. Le terme àvTa-o/.pîvcTOai ne siiinifie pas siinpleuieut répondre, mais, comme le prouve le seul parallèle dans le N. T. (Luc XIV, (i), répondre ii une réponse, en quelque sorte diipliqner. Dieu, en effet, avait déjà répondu une première lois dans les paroles précédentes. (V. 17). Ce mol implique chez Topposaiil un esprit de conleslalion.

La comparaison du rapport enire l'iiommc el Dieu avec celui du vase et du potier parait au premier abord tout à fait défectueuse. Car l'homme libre cl responsable ne saurait être assimilé à une pure matière entre les mains de Dieu. De plus, doué de sensibilité pour la douleur et pour la jouissance, il ne peut élre traité comme un être indifférent aux conséquences du traitement qu'il subit. Et cerlainement, si la question qu'adresse le vase au potier: (( l'ourquoi rn'as-lu fait ainsi? » signifiait: (c Pourquoi m'as-lu fait argile bonne ou argile mauvaise?» et dans l'application au rapport de l'homme à Dieu : « Pourquoi m'as-tu créé avec la disposition au bien ou la tendance dominante au mal?» la comparaison serait sans valeur. Car le potier ne commet pas l'absurdité de tenir l'argile pour rcsponsiéle de sa ([ualité supérieure ou inférieure, l'i il ne prétend ni l'honorer ni la dégrader par l'usage qu'il en fait, comme si elle avait inésusé de ses qualités naturelles. .Mais il n'est point question ici de la crénlion de l'ai-gile, ni par conséquent de la cause à laquelle est due sa nature bonne ou mauvaise; il s'agit uniquement de Venijdoi qui en est fait par le potier. Celui-ci ne crée pas l'argile; il l'acceplo lelle (pi'il la truuv.', et il radajite le mieux (pi'il peut aux dillèrents usages ipi'il a en vue.

CHAI'. IX. -20. "iHb

Aussi n'est-ce pas l'îii-oile, dans son état naturel, qui (iemantle : « Pourquoi ni'as-lu faite ainsi?» C'est le vase fléjà fabriqué (to -AâTu-a) qui interro<>e de la sorte celui '//// lui a donné sa forme (tw ttaxgkvt!.). Par conséquent, dans l'application au rapport de l'Iiouime à Dieu, celte question ne signifie pas : « Pourquoi ni'as-tu créé hon ou mauvais?» — dans ce cas la question ne pourrait être somniairement écartée par Paul — mais: «Pourquoi, dans le développement de ton œuvre ici-bas, m'as-tu assigné soit un emploi honorable en me favorisant de ta grâce comme Moïse, soh an emploi vil, en m'endurcissant comme Pharaon ? Pourquoi tel homme sert-il à ta gloire par son salut; tel autre à ta gloire par son opprobre? » Voilà la question à l'égard de laquelle Paul rappelle à l'homme son incompétence. Ce n'est pas une question de création, mais une question de Providence. C'est ici que se trouve l'erreur dans l'exposé de M. Sabalier, quand il dit : (L'apôlre Paul, p. 181) : «Dieu est libre de créer des vaisseaux de colère... et des vaisseaux de miséricorde... )) .Mais Paul ne représente pas Dieu sous l'image d'un potier qui créerait l'argile avec ses qualités bonnes ou mauvaises — l'image serait grotesque et absurde

— mais il le montre faisant simplement usage, comme le potier, non arbitrairement, mais librement, selon les règles de son art, avec l'habileté et d'après l'expérience qu'il a acquise, de l'argile bonne ou mauvaise qui lui est fournie. De même qu'il n'appartient qu'au potier de juger de l'emploi qu'il doit laii'e i\G^ différentes parties de la masse qu'il a sous la main, pour tirer de chacune le meilleur parti possible, de même c'est à Dieu seul qu'il appaitient d'assigner aux différentes parties de l'humanité — et cela s'ap[)lique aux Juifs non moins rpiau reste des hommes

— le r(jl(' qui convient le mieux au but final qu'il veut

-28(> |,.\ MARCHE \)V SAUT DANS LIirMANlTK

alteintire. La question de savoir si, dans celte détermination, il aiiira sans rime ni raison, ou bien au contraire s'il accommodera ces différents rôles, qu'il distribue, aux dispositions des individus, n'en est pas une aux yeux de quiconque comprend que les perfections de Dieu aiiissenl toujours de concert, et que, par conséquent, l'action de sa puissance est constamment réglée par sa bonté, sa justice et sa sagesse. Ce qui justifie la liberté d'action du potier à l'égard de la masse d'argile n'est pas la supériorité de sa force, c'est celle de son intelligence; cà plus forte raison ce qui motive la souveraineté de Dieu et son droit de disposer de l'humanité, ce n'est pas seulement sa toute-puissance, c'est surtout sa suprême intelligence et sa parfaite justice. Ce qui suit, v. 22-24, où l'apôtre montre les attributs moraux de Dieu déterminant sa manière d'agir, ne permet pas de douter que ce ne soit là sa vraie pensée. L'on comprend aisément que Vnsage que Dieu fait de Pharaon, par ex., au moment de la sortie d'Kgypte, comme vase de déshonneur, bien loin d'exclure la liberté morale de celui-ci, la suppose et l'implique; car le parti dégradant que Dieu tire de lui en cette occasion n'est point indépendant de l'altitude que lui-même avait prise auparavant vis-à-vis de Dieu. L'usage que Dieu fait en ce cas de sa force supi'rieure n'est pas moins réglé par sa sagesse que le travail du potier par son habileté. Telle est la pensée complrlc de l'apte ic. .\lais il est bien vrai que, comme le dit Lani/e, « lorsque l'homme en vient à se faire un Dieu (fu'il prétend lier par des droits qui lui sont |)ropres, Dieu se redresse alors et se pose dans sa souveraineté absolue conmie un Dieu libre, en face duquel l'homme n'est qu'un néant send)lable à l'argile dans la main du potier. » Telle était la position de l'aul, l'avocat de Dieu, dans son procès avec le pharisaïsme juif. C'est là

c:iiAP. ix. -20- -21. 2S7

la raison pour laquelle il n'exprime ici qu'un cote rie la vérité. Le morceau suivant, v. 30-X,2l, montrera qu'il est bien loin de méconnaitre ou d'oublier l'autre.

Le r,, ou, du V. 21 signifie : « Ou, s'il en était autrement, il i'andrail admettre que le potier n'a pas...? » (]omp. Mallli. XX, 15. — Le génitif toù T.r,lvj, de la musse d'argile, dépend, non de 6 y.spaae-jç, le potier, mais de àço-j-riav, le pouvoir : le pouvoir qu'il a sur l'argile. Le sujet, le potier, est placé entre les deux mots, comme pour les mieux dominer. — Que représente la masse d'argile ? Quelques-uns pensent que c'est le peuple d'Israël, dont Dieu aurait le droit de tirer soit des élus, soit des rejetés. Ce sens ne convient pas aux v. 2:] et 24, où nous voyons que les vases à honneur sont élus d'entre les Gentils aussi bien que d'entre les Juifs. La masse représente donc \liiimanité tout entière, non l'humanité telle que Dieu la crée, mais dans l'état où il la trouve, à chaque moment où il la fait servir à son règne. Cet étal donné renferme chez chaque homme toute la série des libres déterminations qui ont contribué à le former. Qu'Israël ne dise donc pas à Dieu: Tu n'as pas le droit de faire de moi autre chose qu'un vase de prix; et tu n'as pas le droit de l'aiie de celle autre partie-là (les païens) autre chose qu'un vase ignoble. Il appartient h Dieu lui-nième de décider d'après sa sagesse le rôle qu'il veut assigner à chaque être humain. Comp. 2 Tiin. 11, 20. 21, où les mots : a Si quelqu'un se purifie de ces choses, il sera un vase à lioimcMii-, t> montrent clairement la vérité du point de vue Ion! moral que nous maintenons ici. Il ^"e^l ilonc [tas nécessaiie de réclamer pour l'argumenlaliou de Paul le bénéfice des circonstances atténuantes et de dire avec OUrarnare, comme pour l'excuser, « qu'il s'abandonne à un mouvement esthétique. » — La locution o y.év, o <^i, pourrait

'288 i,.\ MAHcm-: du sai.lt dans i/iii'mamtk

s'expliquer comme un reste de la forme la plus anlique (le rarticle grec; mais il esl peul-iMre plus vrai d'adiiiellre une elli[)se : o i^iv -o'.eî zi; T!.ar,v, sic Tvj.ry —o'.r.ny.'., elc. — Ajoutons que la comparaison développée ici par saint Paul esl lamilière aux écrivains de l'A. T. (Es. XXIX, 10; XLV, 9. JO; .1er. XVIll, (i, etc.) et qu'elle avait ainsi la valeurd'unecitalionscriiiluiaire. — Application de l'iinage: V. ^yi-U.

V. il'l-'l'^ : « Or, si Dieu, voulant démontrer sa colère et faire connaître son pouvoir, a supporté avec une grande longanimité les vases de colère déjà tout prêts pour la perdition; '2.) et ' [si|, afin de faire connaitre la richesse de sa gloire dans les vases de miséricorde qu'il avait préparés à l'avance pour la gloire, '2 i nous qu'il a aussi appelés, non seulement d'entre les Juifs, mais encore d'entre les Gentils... » — Il y a plus; ce droit que possède Dieu, comme l'être non seulement tout-puissant, mais parfaitement sage et l)on, de disposer de l'homme, il n'en a usé dans le cas donné qu'avec la plus grande longanimité. Tholuck, Weiss, donnent à ^i le sens adversatif, mais : « Mais hien loin d'user de ce droit ahsolu du potier, voici connnent Dieu a agi.» Paul opposerait ainsi au droil abstrail de Dieu (v. 10-21) l'usage m'/ qu'il en a fait dans l'histoire du peuple juif. Mais une telle opposition eût exigé la particule adversalive {à-lloi). Il est plus simple de voir dans V. 2-2-24' l'application de la comparaison que Paul vient de faire et dans le ^i, o)\ la transition à cette application. N'est-il pas évident, (juoi (lu'cn dise ircm, qu'à l'image </t'.s- cases à dés/ionncur, v. 21, ré[)ond l'expression (le vases de colère, v. 22, de même qu'à l'image des vases

' B Vulir. t'I iiiK'lqiics .Mnii. oiiiellent /a', /•■'i.

.;iiAi". i.\. -11. -2S\)

Il honneur, v. ïl\ , répond le ternie de vases de misériconle, V. '2o ? II n'est pas moins maniiestc qu'au libre emploi de la ma3se d'argile, dans ses diverses parties, de la part du potier, correspond dans les v. 22 et 2.i la souveraineté divine déployée soit sous la forme de la colère, soit sous celle de la ^n-àce. Seulement il faut bien remarquer que la forme : or si, indique une gradation qui s'ajoute à la comparaison et en renforce l'application : Dieu avait à l'égard d'Israël aussi bien qu'à l'égard de tout homme le droit du potier sur l'argile. Mais, au lieu de se prévaloir de son droit, il n'en a usé qu'avec la plus grande clémence et longanimité. Or, s'il en est ainsi, à bien plus forte raison qu'auras-lu à dire?

Où se trouve la proposition principale dont dépend ce or si..."! Celle principale est certainement la question: (( Qu'auras-tu à dire? » sous-entendue; comp.Jean VI, ()2; Act. XXlll,U.Xous verrons plus tard à quel point du passage suivanl elle a sa place logique. Luther et quelques modernes font de v. èi une propos, complète, en sous-enlendanl un oOto; â'yei, «s'il en est ainsi» (derhalben, Luther). Olle construction, destinée à éviter une anocolouthie dans ce qui suit, ne soutient pas l'examen.

Le V. 22 décrit la conduite de Dieu envers les vases à déshonneur; les v. 28 et 2i sa conduite envers les vases (le pri\. On peut expliquer ie rappoi't du partie. Of/.ojv, routant, au verbe rvcyxev, il a supporté, de trois manières, exprimées chacune par l'une des conjonctions lorsque, parce que ou quoique. D'après la première liaison le sens serait : Lorsque déjà il avait l'intention de..., au lieu de frapper immédiatement, comme il se [)roposait de le faire, il patienta. La relation, ainsi comprise, ne se dislingue qu'à peine de celle qu'exprime quoique. La liaison exprimée par : parce que {Calv., Bikh., etc.), signifierait que le

-200 I.A MAUCHK UV SAUT DANS l.llUMANlïi:

but (lu lonii support a été (ramener un plus yrand déploiemenl de colère. Un tel support mérilcrait-il encore ce nom? D'ailleurs il ressort du passaiic II, A que la longanimité de Dieu envers Israël avait réellement pour but de le conduire à la repenlance et non d'accroître son châtiment. La vraie liaison d'idées me paraît être celle qu'exprime la conj. quoifjuc (Frilzs., l'Iiiiip., Meyer, Weiss). Paul oppose au déploiement de puissance et de colère que Dieu se proposait d'exécuter envers un peuple qui s'était, comme Pharaon, endurci dans son orgueil, son avarice et son hypocrisie, le long support dont il a usé enveis lui en le laissant subsister longtemps encore dans cet état et cojitinuer à profaner son nom qu'il était appelé à sanctifier. Ce support avait pour but le salut des individus encore capables de répondre à l'intention divine. Cette parole de Paul fait penser à celle de Jésus, Luc XIII, 6-9 (le délai dans la destruction du figuifr stérile). N'est-il p;is également évident, lors même que Weiss ne veut pas en convenir, que les expressions vjfitilccfjhy.: Tr,v opy/fv. manifester la colère, et yvcopiTai -ro^uvarov a-JToO, faire çonnaitre sa puissance, reproduisent ici le o-toç ivr^eiaoaai àv COI Tr,v (^'jvaaiv y.ou, afhi que je manifeste en toi ma puissance, de la parole v. 17 relative à Pharaon? C'est qu'en effet le judaïsme incrédule s'attire aujourd'hui un jugement sendjiable à celui dont Pharaon fut autrefois l'objet. Car il y a de l'impartialité en Dieu et il est aussi libre de frapper Isra/'l que Pharaon. L'un et l'autre son! de cette même argile (r^AÔ;) humaine dont Dieu dispose librement selon sa justice et sa sagesse. Au moment où écrivait Paul, les manifestations menaçantes de la colère divine planaient sur Isra('l (II, 5; i Thés. II, 15, Ki) pour le double crime du meurtre de Jésus et de l'opposition haineuse à l'établissement de son règne chez les païens. Le déploiement de la

CIIAP. IX. ±2. 291

puissance ue peut se rnpporti'r dans la pensée de l'apùlre qu'à ladeslniclion prochainedu peuple par les Romains; tô ^•jvarôv, non proprement sa puissance, mais : ce qu'il peut faire (VHI, 3). — Celle destruclion méritée dès le jour de la croix et annoncée déjà par Jésus lui-même, Dieu tardait encore après tant d'aimées à l'exécuter; c'est là ce que Paul entend par la aa-/.co^'jaîa, le long support dont il parle, il semblait qu'au moment où Israël portait sur la personne du Messie son bras déicide, Dieu eût dû l'anéantir d'un coup de foudre. .Mais Jésus disait en ce moment même : « Père, pardonne-leur, » et une époque entière leur fut «ncore accordée, époque non seulement de support, mais d'invitation tendre et pressante par la prédication des apôtres, (loriip. II, i, les expressions accumulées ôe bonté, de patience et de long support. D'après J/<7/^;-, ce lonii support n'aurait eu en vue que le salut des païens et nullement celui des Juifs; Dieu, selon Paul, n'aurait différé le jugement du peuple juif que parce que la ruine de Jérusalem devait être le signal de la fin du monde. Cette idée se lie à l'explication que donne .Meyer du *///» fy*/c, v.:2."3. Mais Paul qui, d'après 1 Thess. II, 10, attendait comme procbainc la destruclion du peuple juif, plaçait néanmoins, d'après le cil. \l de notre épitre, la conversion de tous les peuples .païens et la réintégration des Juifs avant la fin des clioses; il ne pouvait donc se représenler toutes ces phases du grand drame bumanitaire accomplies en un temps si rapprocbé. Le su|)port a donc certainement, comme II, i, les Juifs eux-mêmes pour objet.

Cependant, ces Juifs, que Dieu supporte avec une si étonnante longanimité, n'en sont pas moins déjà des vases de colère prêts pour la perdition. Le terme vases de coli're signifierait d'après Lange : a. Vases sur. lesquels tombe la ■colère, » c'est-à-dire qu'il brisera dans sa colère. .Mais le

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