C.IIAP. X. :i
Mais ce nialenlemlii, avec la n'-volir qui en esl résultée, a coulé cher à Israél : c'est sur ce point que sa pensée et celle fie Dieu se sont heurtées.
V. 'i. « Car Christ est la fin de la loi en justification à tout croyant. » — Les mots tîao: vjy.o-j, fin dr la loi, sont placés en tête comme renlermanl l'idée principale. La venue du Messie devait mettre tin au régime iégal et par là à toute tentative de l'homme de fonder sa propre justice sur l'observation de la loi. Mais, au lieu de comprendre cela, les .luir> s'étaient représentés que l'œuvre du .Messie aurait pour effet d'étendre !<• régime mosaïque à l'humanité afin de la faire juive tout entière. Tous les peuples devaient être annexés à Israid par le Christ. C'était dans celte pensée qu'ils « parcouraient, comme dit Jésus, la mer et h terre pour fain- (les prosélytes » (.Matlh. XXIII, 15), croyant préluder ainsi à l'œuvre du .Messie. On comprend le mécompte et l'irritation qui dureut s'emparer du peuple et de ses chefs, quand par son spiritualisme décidé Jésus parut compromettre la stahilité de la loi des ordonnances (Mallli. V; IX. 1 1-17 ; XV, 1 el suiv.) et déclara sans détour qu'il ne venait p;is rapiécer au moyen de nouvelles observances le vieux vêtement judaïque, mais substituer à ce régime, usé désormais, un vêtement complètement neuf. Sous celt»forme familière il énonçait la même vérité profonde qu'exprime saint Paul dans noli'e v. : La loi tombe avec la venue de celui qui apporte au croyant la justificatiou giatuite, une justice toute faite. — Le mot tsao: peut signifier//n ou but: mais non, comme quelques-uns l'ont entendu ici fOrif/., Er.j, accomplissement (-:i.lz<Mr:i:), sen> que ce mot ne saurait avoir. Celui de Inil, admis pai' Calov, Grot., Lange, etc., esl conforme à Gai. III, iU, oii la loi est appelée le prdatior/ur (jui doit conduire les Juifs
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à Christ. Mais le conloxle parait i-éclaiii(,M- phihH le sens de (In (Anij.^ ^li'll-, I*liil-, Wriss, (lilnini., etc.;. Il y a opposition ('litre ce mot et le terme TTr.rrai, uuiiiilcnir debout (V. o). Le sens (Je fin renlerme, il est vrai, celui de but; car la loi ne finit avec CIn-ist que parce ({u'en lui elle atteint son but. iMais il n'en est pas moins vrai que l'opposition étahlic dans le développement suivant entre la justice de la loi et celle de la foi e.xige, comme explication proprement dite, le sens de fin, et non celui de but. De deux choses contraires, l'une apparaissant, l'autre doit prendre fin. Il n'y a plus à gagner la justice quand Christ l'olTre à la simple loi. Par conséquent avec lui tout le régime légal tombe. Il est faux de prendre ici, comme llofmann, le mot Xçirrrôç dans le sens de Messie en général, abstraction faite de la personne de Jésus ; il eût fallu l'art. '\ devant Xcicttô; (voir Weiss). Il est faux aussi d'entendre voao; de toute loi en général, comme le font IFmv et OUramanre, et non de la loi mosaïque. Le manque d'article ne prouve absolument rien (voir à p. 7S). La loi de la conscience ne tombe pas avec Jésus-Christ! — Le tic indique à la fois la destination et le don réel de celle justice nouvelle indéj)endaiile de la loi. — Ces deux mots : tout croi/ant, expriment les deux idées corrélatives l'une de l'autri', (pii vdul être tb-veloppées dans le passage suivant: cflle de la f/ratuUr du salut renfermée dans le mot cnn/iinf (V. Ti-ll) el celle de son nnirersalitf; renfermée dans 1»; mot tOKl (V. \:l-\:]).
V. ."» : (( Car Moïse décrit ainsi la justice qui vient de la loi : L'homme qui l'a accomplie vivra par elle ' . »>
' i.i'S n(»inl)r(Mise> \;ifi;inti's de ci' \. se liiiiiiMirnt à ces U-ois |M-in- (•i|talLS :
Lo 'r.:.f/>(>.'. i'M \^hu^^' |.;ir T. K.. ;i\ec H K t" ( 1 K I. V il. S\i-.. apics
— Dans celte traduction nous avons suivi, quant à la première des variantes siLinalées en note, la leçon du T. Pi. qui est appuyée non seulement par les documents Ityz., mais encore par le Valic. et les deux anciennes versions, latine et syria(pie. On s'explique facilement l'origine de la leçon opposée qui a placé le oti, que, après le verbe ypaosi, parce qu'il semblait que ces mots devaient signifier : Moïnt' écrit ijue. Ouant à la seconde variante, les autorités en faveur du ï. H. qui lit v-j-y., ces choses, après o -o-.r^rja:, celui qui a fait, sont moins fortes, et il est assez vraisemblable que cet objet a été ajouté sous l'influence du texte des LXX. On ne comprend pas pour quelle raison il serait omis dans le Sinait., l'Alex., le Claromunl., etc. Si nous le retrancbons, l'objet de 6 -oir^Taç, celui qui a fait, ne peut être que le mot f^,/.aio'7'jvriV (la justice, à tirer de ce qui précède, à moins qu'on ne prenne ô -oir.cy.; dans le sens absolu : celui qui a agi). Enfin à l'égard de la troisième variante nous pensons qu'il faut également abandonner le T. \\. qui lit à la fin du verset £v ajToîç, par elles (ces choses), et préférer la leçon èv '//jt-?,, par elle (celle justice). Cette dernière leçon a pour elle les mêmes l'aisons qui nous décident à l'égard de la seconde variante et de plus l'autorité du Vaticcnius. — Nous ari'ivons ainsi au texte dont nous avons donné la traduction : .Mwjgy,; yap vpy-oei r/^v f^-./.aior70vr,v TY,v SX. vo[7.o'j OTi 0 TTO'.r.cra: avOcw—oç jr.m'n.'. sv a'JTr, . ("i'est le texte de Tischemlorf. Le Siiunl. a ti'ansposé à tort le mot OT',; le T. II. supph'C à loil d'après les LXX le aù-a et substitue à tort ySj-rjl; à y.'j-r,, et le Valic. ajoute à tort
les mois ot/.. Tr,-; i/. vo[j.o'j (In justice de In loi). Uindis i|iii' x A D le placent après yp*?^' (ccrit ou décrit). — Le au-ra. ces clioses, dont T. R.. avec B F G K L P,fail l'objet de o -o-./.aa;, est omis |)ar x A DE. — Au lieu de cv ajTo-.:. pnr elles (ces choses > que lit T. \\. avec D E F G K L P Syr., on lit dans n A B vi xj-.t^. par elle (la Justice;.
SÛ^ LA MAHCllK I>r SAIAT UANS I.IUMANITI;
le ajTa, loul en maintenant le aO-?,, qui contredit le ajTa. Son léxto est nièlé'. L'ohjel du verbe -.'zy.oz'.^ n'est donc lias la parole de Moïse citée ensuite; c'est : la justice qui vient de la foi, de sorte qu'il faut prendre ici, avec 6^//vin, le inol ypioeiv dans le sens de décrire (Moses describil). Si on prend le partie, celui qui a fait au sens absolu, on peut comparer le o ipY^Côy-îvo? de IV, 4- et Luc XII, 4-7. Enlln le h ySj^r, par elle, se lapporle à la locution : « la justice qui vient de la loi. » C'est là le moyen de salut et de vie pour celui qui a réellement accompli la loi.
Mais s'il est certain que cette voie du ttoisîv, le faire, est impraticable pour l'homme déchu, comment expliquer que Moïse l'ait sérieusement proposée au peuple de DieuV Faut-il penser qu'il y a eu là comme une sorte d'ironie : « Essaie, et tu verras que c'est trop fort pour toi?» Il suffit de relire le passade de la loi, Lév. XVllI, T), pour se convaincre que ce sens ne pouvait être celui dans lequel cette invitation était adressée au peuple parle législateui'. Or, si cette exhortation et celte promesse étaient sérieuses, il faut bien admettre que la voie ainsi tracée était praticable. El en ellet il faut se rappeler (jue la loi de .léliova n'était point donnée isolément de sa «ii'àce. Prise dans son plein sens, elle renfermait tout un ensemble de moyens de pardon et de secours qu'elle offrait à l'Israélite pieux el qui étaient compris dans le aOr-/, ces rhofics (Eév. XVIII, .'>). fiés (|u'il venait à pécher, il pouvait it.'courir buinbleiiit'iit au pardon de son Dieu, soit avec, soit sans le sacrifice, si'lon les cas; comp. l's. IJ, IS. Itl : « Tu ne prends point plaisir
' \oici pour plus (le clarlé le sens des trois |)riiu'ipales lerons : 'I'. H. : Moïse flécril la justice qui est de la loi. [en disant «pie riioinnie qui a fait ces choses, vivra par elles. Vaticaniis : Moïse décrit la justice qui vient de la loi. [en disant] que celui qui a t'ait ces choses vi\ra par elle cette Justice — Sinaïticus : Moïse écrit (|ue l'homme ipii a f.iit la justice (pii est de la loi vivra par elle.
l'.II.M'. X.
au s-iei'ifice... ; 11* sacrifice de Dieu, c'est l'espril Iroissé. » Et le secours du saint Esprit (tel que l'ancienne alliance le possédait déjà) lui était acquis; v. '\H et 1.') : aO Dieu, crée en moi un cœur pui-; (jue l'esprit d'aflVanchissenient me soutienne... ; rends-moi la joie de ton salul. » La loi ainsi humblement et sincèrement appliquée était certainement le chemin du salut pour le .luif'croyant ; elle devait et pouvait le conduire à une communion toujours plus intime avec Dieu, comme nous en avons tant d'exemples dans l'A. T.; et ce qui manquait encore à ce salul théocratique, devait être accordé par la venue du Messie et de son salut parlait qui formait le terme de la perspective Israélite. Rien donc de plus sérieux pour le Jiiif/qui compienait et appliquait la loi dans son véritable esprit et dans sa pleine largeur, que la parole de Moïse. Mais il y avait une autre manière d'entendre la loi et d'en user. On pouvait la prendre dans un sens plus étroit, uniquement en tant que commandement, comme nuda lex, ainsi que dit Calvin, et se l'aii'e de celte institution comprise de la sorte un moyen de propre justice et de complaisance en son mérite propre C'était là r<'sprit qui régnait en Israël au moment où l'aid écrivait, et particulièrement celui de l'école dans laquelle il avait ('Mé élevé. Le pharisaïsme, opposant le commandement à la gi'àce, voyait dans l'accomplissemenl du premier pai' la propre Ibice de l'homme un titre à la faveur divine. C'est contre ce point de vue que Paul tourne ici la loi elle-m(''me. 11 la prend telle que r(Mivisagcnt ceux (pi'il veut convaincre, comme une sinq)le biltre qui interdit ci qui commande, ni f)lus ni moins. El il raisonne ainsi : Vous prétendez être justifiés par votre propre faire. Bien! Mais 'Ml ce cas, que votre [aiic ne présente pas de lacune. Si votre obéissance doit vous l'aire vivre, il faut qu'elle soit digne de celui à (jui elle est olferte, c'est-à-dire coin-
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plèto. ('.Y'Uiit là riiii|>;issi3 où rap^itre avait ôlé poussé luimême par la loi ainsi comprise et piati(|ué).' ; il y pousse à son tour les pharisiens de son temps. Si l'homme veut élever i'éijitice <ie sa propre justice, qu'il lasse abstraction • le tout élément de liràce dans la loi; car, dés qu'il a recours à la iiràce, pour peu ou pour beaucoup, c'en est fait de l'œuvre : « l'œuvre n'est plus œuvre; » comp. XI, 6. Cne fois arrivé à ce point, l'homme doit prendre un parti : <)u rompre radicalement avec le courant légal et s'abandonner sans réserve au courant évangélique, ou renoncer à parler de grâce. Car, mêlée au mérite de l'œuvre, cela grâce n'est plus grâce. » Calvin, qui est admirable dans l'explication de tout ce passage, dit très-bien : Lex hifariam uccipiliir, c'est-à-dii'e : « La loi peut être envisagé-e sous deux aspects, » selon qu'elle désigne tout l'enseignement mosaïque funivcrsam doclriiiam a Mosc prodihnnj, ou bien cette partie seulement qui était le Irait saillant de son ministère, celle qui consiste en commandements et en promesses faites à l'obéissance et en menaces adressées aux violateurs ^fjtid' prii'cepth-, pru'iiiiis et pœnis coniinelur). En effet, quoi de plus différent de la vraie loi mosaïque n-nfermant toutes les offres de grâce en vue d'une justification préalable et rl'une sérieuse sanctification couunençantc, que la bii d(''pouillt''e de ces (déments évangéliqucs, rt'duitr au commandement pur, exploitée en vue du mérite de l'œuvre et ne servant plusjpi'à la salislacliou de l'orgueil humain ! La viaie j)eiisée de Moïse a toujours été celle à iaqurlle répond le |»remi('r de ces deux points di; vue; et c'est cette penser ipii s'cxpiime nettement dans la parole suivante citée [);ir l'aul. De cette parole il ne fait (pn' dégager, au moyen de la nhélation plus complète qui a suivi, la pensi'f liMii t;vang(''li(pii' (pii y /'lait n'idlement n^dèrnn'i.'. V. c .'I 7 : ■< Mais la justice de la foi parle ainsi : Ne
dis pas en ton cœur : Qui montera au ciel ? — c'est faire descendre Christ; — ' ou qui descendra dans l'abime? — c'est faire remonter Christ d'entre les morts. » — f^aul ne peut avoir eu riiilenli<ui de iloniier dans ces mots une ej-jiHculion pruprerneni dite du {lassaiiv cité, comme l'ont prétendu Anij., Ahall., Bucer, C<ilot\ Olsli., Frilzs., Mey., Reuss, que celte explication soil envisagée comme vraie par les uns, ou, par les autri*s, comme une violence faite au texte de Moïse (voir Met/ei , qui trouve ici une application de la méthode rabbinique de chercher îles sens cachés dans les textes les plus sim|)les, nu Reuss, ((ui s'exprime ainsi : Paul trouve un passaiiiauquel il extorque le sens désiré... au moyen d'explications qui conlredisenl la pensée di' l'original). Paul connaissait trop bien le contexte liu Deutéronome pour ne pas savoir que .Moïse parlait de la loi, non de TEvangile. On ne peut admettre non plus quil ail voulu simplement se servir des expressions de Moïse, en leur donnant un sens que selon lui-même elles n'avaient point, eomuip lpensent C/irj/s., Dèze, Benijel (ce suavissima parodia»), Thohuih («eine lieisinuige l^arodie »), et l'/nUpjn ((( ein lieiliges und liebliches Spielen dits (leistes Goltes im Worte <\t'.s Herrn »); voir aussi Riich., flnfin., Weit;s, Oltram., etc. L'ai^Ure n'a certainement pas \oulu citer .Moïse avec l'intention de lui l'aire dire le contraire de sa vraie |tensée. 11 faut donc admettre, avec une troisième classe d'interprélf'S (Cahin, Lnufji', Hudiji'), que Paul a reconnu dans cette parole de .Moïse une pensée essentiellement analogue à la pensée fondamentale de l'Evangile, et qu'en conséquence il a cru pouvoir prendre cette parole pour texte de la vraie formule évangélique, tout en lui faisant subir quehpies changements de forme cadrant avec celte application nouvelle.
•^'^'i I.A M A lie.! Il-; M SAM T hANS I.IUM AN1TI-:
Keiii.irquons que l*;ml ne dit pas, coimiie |)réc(''(Jemnieiil : (( Moïse décrit... » C'est la justice de la Coi elle-même qui parle et qui révèle son essence en usant des expressions de Moïse (Deul. XXX, 11-14). Celle liilTérence, dont Meyer cherche en vain à atténuer la portée, provient précisément de ce (pi'il ne veut pas donner cet empriinl comme une citation [)roprement dite.
En s'exprimant tie la sorte à l'égard de sa piopre loi. Moïse voulait engager le peuple à ne pas se livrer à dr vaincs inquiétudes à l'égard de l'intelligence ou à d'injustes murmures à l'égard de l'observation de celle loi. Il n'y aura pour lui nulle nécessité d'envoyer, comme le faisaient parfois les peuples païens, des messagers au bout du monde pour consulter les oracles célèbres et les sages les |)lus émiiicnts afin de savoir s'il y a un Dieu et quel il est, l'I quel culte ou doit lui l'cudre poui' lui être agréable, et quels moyens il faut employer pour accomplir sa volonté. .\on! tout est là dans cette loi, si aisée à graver dans son cœur et à réciter de ses lèvres. Moïse, en parlant ainsi, se placait-il au point de vue d'une morale indépendante qui fait procéder de la bonne volonté et de la simple force humaine la connaissance ei l'accomplissement du bien? Il voulait bien |tlut('tt amener son peuple à compter sur la proximilé et sur rassistauce de .lèbova, (pii lui avait doimé la loi. el à se reposer sur la possession assurée de son secoius, dans la mesure propre à l'alliance conclue à Sinaï. Ce n'i'-tait pas en vain (pie la pioclaiiiaiion de celte loi cdmiiic'Hi'ail par ces mots : «.bîsuis ri"'li'i'iiel ton Hieu, (pii l'ai tiré du pays (l'Kgyple, de la maison de servitude. » L'accomplissiMuent de la loi, tel que Moïse l'entend, doit être le fruit de la loi israélite, de la confiance en l'Kleriiel, de la coiiimiiiiion du coMirlidèle avec lui. Ce point de vue es! inliiiiiiienl plus rapprocln'' de celui de l'Cvaugil.', (pie
cil AI', x. (;. S:k^
celui «le l'œuvre inériloire ([ue conibal Paul et dans lequel il voit avec raison l'anlipode de l'Evan^zile et de la loi ellemême bien comprise. De même que Jésus a mis en relief <lans le sermon sur la monlagne le sens spirituel du commandement, caché dans la lettre du Dtkalogue, Pauldéiiaiie ici des expressions du Deutéronome l'élément de siràce qui était déjà déposé, comme ^ernie de l'alliance future, dans le sol de l'alliance mosaïque, et il a pleinement le droit d'envisaiier cet élément de liràce, qui accompaf>nait la loi bien comprise, comme préfiouranl le salut évan^élique et comme conforme à son essence.
Il y a plusieurs différences entre le texte de Moïse el celui de Paul. .Moïse dit : « Ce commandement n'est pas au ciel, en haut, disant (c'est-à-dire : pour que lu dises)... » Paul ajoute : dans Ion cœur, expression qui, comme le dit PInUppi, fait ordinairement allusion à une pensée mauvaise que l'on craint de mettre au jour; comp. .Malth. 111, 9; Apoc. XVlIi, 7. .Moïse continue ainsi : « et l'ayant entendu nous le ferons. » Paul retranche ces mots comme n'appartenant pas directement à son but, qui est uniquement de faire ressortir l'élémenl de la grâce renfermé dans ce passage. Il en fait autant à l'égard des mêmes expressions lépétées v. I.') et [A. Enfin à l'expi-ession au delà de la mer, il substitue celle-ci : du7is l'ahirne, mot qui désigne évidemment le séjour des morts. le schéol; comp. le v. 7. S'esl-il cru autorisé à ce changement par le fait que le mot abime d('signe i)arfois l'immensité des mers ou bien par l'idée païenne que les Champs-Klysées étaient situés au delà de IMJcéan? Assurément non; mais plutôt, comme le iemarf|ue bien (lalrin, .Moïse avait vnidii parler de lifux inaccessibles el les avait figurés jiar ces images: les hauteurs du ciel, le fond des mers. Paul remplace cette <lerniére image en y substituant 1»^ lieu rpii est le plus bas
■V)-i- i,.\ .M.\i;i:iiK iiL' sAi.rr ha.ns i/iirMANin-;
lie luii<, cl (]iie récriture elle-rntMiie oppose si soiivenl ;ni ciel, le schéol; (comp. Joh XI, 8; Ainos IX, :> ; Ps. CVII, 'lit, etc.). Ce cliani^emenl, sans importance quant à l'idée, aura sa valeur dans l'application chrétienne (jue l'aul ieia tout à l'îieure de la parole de .Moise.
(juanl à la citation en clle-méuie, il l'aul se rappeler que, si sans doute la loi bien comprise renfermait déjà la j)romesse du pardon (avec ou sans sacrilice) en cas de péché, ainsi que celle de l'assistance du Saint-Esprit iPs. Ll, !•-!:]; CXLlli, 10), ce n'était pourtant que dans la mesure compatihie avec l'état spirituel du i)eiiple de la première alliance. L'cpitre aux Hébreux montre assez tout ce (pi'il manquait aux moyens de grâce de cette économie préparatoire pour réaliser le pardon délinitilet permanent et le renouvellement réel du cœur. La réconciliation n'était (jue temporaire et devait être renouvelée; la réiiénération n'allait pas jus({u'à produire l'obéissance filiale. Eh bien ! cet état de Liràce que la loi n'offrait qu'imparfailemeni, mais <pie Moïse avait inauguré et déjà foiniulé, la justice de la loi le réalise complètement et, personnitiée par Paul, elle l'oiïre à tout pécheur en s'a[)propriant dans leur sens le plus riche les termes de Moïse lui-même. — II était piquant de fermer la bouche aux fanati(iues tlu régime <\t:s oeuvres par la bouche de Moïse, comme l'avail fait autrefois Jésus lui-même (comp. Jean V, i"») et de leur dire: Ce que Moïse a dit pour glorifier la loi, c'est cet Evangile, (jue vous rejetez, qui seul a le droit de se l'appropriei' pleinement.
(juel est l'inteilocuteur au(|uel s'adresse l'aul en ces mots : « Ne dis pas.? » De ce que l'ensendde du passage est dirigé contre le léjialismc juif, on a conclu (Meyor et d'autres) que ce devait être un Juif incrédule ou sceptique qui n'admettait ni la venue du .Messie ni sa résurrection
CHAI'. X. <•-. OoO
on la personne de Jésus, el déclarait ces laits inadmissibles ou du moins impossibles à contrôler. Mais on ne convainc pas un homme qui ne croit pas en lui interdisant d'énoncer ses doutes. Paul parle bien pliihU à un liomnir qui est censé admettre les laits du salut, mais qui n'en déduit pas les conséquences pratiques salutaires auxquelles ces faits devraient lotiiquement le conduire. 11 lui dit : En ne tirant pas ces conséquences, tu donnes un démenti à ta propre croyance; tu nies ce que tu déclares affirmer. « Mi
dis pas car en parlant de la sorte, lu contredirais, sans
t'en douter, un fait auquel tu fais profession de croire. » Après qu'il a rappelé le langage de la loi (de la loi prise isolément de la grâce, comme dit Calvin), Paul expose le langage que la justice de la foi adresse à ceux qui sont disposés à l'écouler, c'esl-à-dire à tout homme ajoutant foi aux faits du salut accomplis en Jésus-Christ. (!et homme ne s'esl pas encore approprié le salut gratuit el la justification par la foi renfermés dans ces faits; il envisage encore ces privilèges connue devant être acquis par se> propres efforts et se plaint de les voir tellemenl au-dessus de la j)ortée de l'homme; Paul lui montre que ce langage inquiet et mécontent que Moïse interdisait aux Juifs à l'égard de la loi, la justice de la foi, mise au grand jour par l'Evangile, l'interdit avec plus de raison encore à tout croyant à regard d'elle-même, el cela au nom des grands faits du salut accomplis eu Jésus-Ehrisl. a. Ne te plains pa> de ne j)ouvoir pas accomplir des choses niei'veilleuses ; elles sont dés longtemps accomplies en la personne An Christ. Demander en ton cœur comment tu peux les accomplir, c'est défaire (logiquenif-nt) tout ce que le Cbri>t a déjà fait. y>
En expliquant de la sorle, il est clair que je donne au toOt's'tt'.v, f'rsl là, le sens de : « cela étpiivaul à, » et que je
ooO i^A .MAKC.iii-: nr sai.it dans i.iumamtk
le mt'ts dans la houclie de Paid kii-tnèiiie, ((iii e\pli([ii(' ainsi son u/r, ^i~r,;, ne dis pan! (7esl rinicri)rélalion comniunéni(3nt admise. Mais plusieurs coniinenlaleurs f 6^ro/., T/ioL, (le W., l'^ritzs., Mri/., lîeuss, Hofin., Holsl., elc.) voient dans ces mots l'explicalion de la pensée de l'inlerlocnteur de l'apùlre, comme si cet homme voulait exposer luimême dans ce qui suit ia raison de son niurmui'e secret: « (jui montera...' Je veux dire par là : pour aller chercher le C.hrist dans le ciel et le faire descendre sur la terre. « Mais ce to0t£'7-:w est complètement parallèle à celui du v. 7 tpii ne peut s'entendre ainsi et ne comporte d'auti'e sens que celui que nous avons donné en premier lieu. Puis, si les infin. xaTaYayeïv et àvaya*;^^'' '^s^'^'^nt être pris connue intin. de hul, ils auraient dû être, pour plus de clarté, précédés d'un toO ou d'uji £■-; tô, indiquant cette l'onction. Kufin ce qui a hesoin d'être justifié, ce n'est pas le hut de la question de l'interlocuteur qui se comprend sans peine, c'est la raison pour laquelle, selon Paul, la justice de la toi lui interdit d'inlerroiier de la sorte : par là il nierait, sans s'en douter, des laits qu'il admet théoriquement. — (Jueis sont ces faits? Selon la plupart : le premier est Yinrdiiialioii. li'après Calvin, GUkldei et moi-même (dans la !'''■ éd.), c'est y ascension. Cette seconde réponse est celle f(ui se présente logiquement à l'esprit : «Ne dis pas: Oui montera? Pourquoi? Parce que quelqu'un est déjà monté pour toi. w .Mais Wdss prétend que l'application que nous faisons ainsi de ces mots à l'ascension y met heaucouj) plus que ce (pii y est; et avec la plupart des interprètes il les ap|ilique à l'incarnation : « Tu parles d'un elï'oi't surhumain à faire (monter au ciel) pour le procurer la justice... Mais ne vois-tu pas que c'est là vouloir faire descendre le (ihrist du ciel |ttiiir nous proei:rer un hien que par son ineMrnaliitn il nous a di-jà apporti' il'en haut'.'» A cette
(HAÏ'. X. li. S'M
explication je réponds 1" que dans celte application la réponse de Paul supposerait chez l'interlocuteur précisément le contraire de sa pensée réelle. Il ne songe pas à faire descendre le Christ du ciel pour lui a|)porler la justice, puisque au contraire il voudrait pouvoir se la procurer lui-même. C'est à cette pensée que l'apotre répond : Ce que tu le plains de ne pouvoir aller chercher là-haut, est là devant toi ! ■'2" \'n homme a-t-il jamais pu concevoir la pensée étrange, que Paul prêterait ici à l'interloculeur, de vouloir inonlei- au ciel pour opérer là-haut le prodige de l'incarnation? La justice de la foi a-t-elle jamais eu, aura-t-elle jamais à combattre une pareille idée? S'il s'agit d'obtenii l'incarnation par la prière, l'homme peut prier de la terre sans monter au ciel ; s'il s'agit d'e.Kercer dans le ciel un réel pouvoir afin d'opérer l'incarnation, quelli' idée absurde ne prête-t-on pas à l'interrogateur ! .> Ce Christ, qu'il s'agirait dans celle explication d'aller chercher dans le ciel, devrait être non le Chiist histori(pie dont il est parlé dans la question parallèle, v. 7, mais le Christ préexistant avant sa venue ici-bas. Or c'est là un sens auquel nul lecleur dans ce contexte ne pouvait penser. 4" Enlin dans l'idée de l'incarnation seraient renfermées toute la vi»' et toute l'œuvre du Christ; et cependant nu v. 7 nous trouvons un faire monter qui est le pendant du faire descendre et qui montre bien que le premier de ces fails u'dait que la moitié de l'œuvre de Christ. Ce dernier point a été parfaitement saisi par Calvin : « L'assurance de noire salut, dit-il, repose sur deux fondements : la vie acquise et la mort vaincue. La parole évangélique nous rassure des deux côtés : en mourant, Christ a absorbé la mort (v. 7); en ressuscitant [et montant au ciel], il a reçu la vie [et peut nous la communiquer] (v. 0). Dans ces deux faits est donc compris tout ce qui est exigible |)our le salul. »