‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 38 sur 97 · V. I!) : «Mais je dis: Israël ne l'a-t-il pas su · texte numérisé non relu

V. I!) : «Mais je dis: Israël ne l'a-t-il pas su

• T. I{. avec t. S\r. pince bsar,/. après oj/. 37"""- tandis que les autres le plaeent avant ces mots.

CflAP. X. 17-19. :iôS

Moïse dit le premier : Je vous provoquerai à jalousie par un peuple qui n'est pas un peuple, je vous exciterai à colère par un peuple sans intelligence. ») — Mv; 'j'y/, : « Il n'est pourtant pas arrivé qu'Israël n'ait pas su? » Pas su; quoi donc? Les interprètes répondent très-diversement à cette question. Les uns, depuis Cltrysosiome jusqu'à Philippi, Weiss^ Lntliardt, sous-entendent : l'Evanyile. Mais, dans ce cas^ où est la diftèrence entre celte objeclion et la précédente:'' PfiiUppi la cherche dans l'opjiosition entre âV/w et -/i/.o'jTav, comprendre et entendre; Luthardt de même : « Ils ont entendu, non compris. » Mais la relation entre la réponse ainsi expliquée et le pas- >-d'j.e 'cité ensuite qui doit la confirmer, ne saute pas aux yeux. Weiss essaie d'expliquer ainsi cette relation : Si les païens ignorants ont pu comprendre l'Evan^iile, dés qu'il leur a été annoncé, comment les Juifs, plus développés spirituellement, n'auraient-ils pas pu le comprendre? il faudrait ainsi meltre tout l'accent de la citation sur le mot à'T'jvcTw, inintellifjent, appliqué aux païens. Mais il n'y avait pas besoin d'une citation de Moïse et d'une citation si solennellement annoncée et distinguée par l'épithéte le premier appWquén à ce législateui-, pour prouvei- le fait patent que les païens étaient en religion moins intelligents qu'Israël. 11 n'y avait qu'à répondre simplement : Si les païens ont compris, à {)lus forte raison les Juifs auraient-ils pu comprendre. Cette citation, sui'toul suivie, comme elle l'est, des deux passages d'Esaïe par les- (juels Paul juge l)on de confirmer celle de Moïse conduit à une tout autre réponse. Hofmunn recourt ici à un tour de force à sa façon. Au lieu de rapporter ttcwtoç, le pre)iurr, à .Moïse, il le lie à la propos, précédente : ft Isl'at-l n'a-t-il pas entendu le premier? » C'est-à-dire : comme c'était juste en vertu du droit de priorité qui lui appar-

tl'. AUX RuM. — TOME II. L'.!

354 LA MARCHF. 1)1' SALIT DANS L'HLMAXITK

tenait à l'égard des païens, d'après I, 16. A l'observation qu'on lui oppose que, dans ce cas, la citation suivante n'est pas en rapport avec l'objection, il répond qu'une solution était superflue, à quoi Weiss répond à son tour que dans ce cas il était inutile de poser la question. Il me parait que l'objet sous-entendu de ri/.o'jTav doit être tiré de ce qui précède; or l'idée dominante dans ce qui précède, c'est celle d'une prédication évangélique universelle. Paul demande donc: Serait-il arrive qu'Israël n'eût pas été averti de ce fait qui devait avoir lieu? que par conséquent la prédication du salut aux Gentils ait été une surprise qui puisse lui servir d'excuse? La réponse, tirée de la bouche de Moïse, est dans ce cas toute naturelle : Mais non ! Moïse lui-même et plus nettement encore Esaïe avaient annoncé la conversion des païens, conversion qui avait pour condition l'appel par le moyen de la prédication. Ainsi, ou à peu près ainsi, de Wetic, Tholnch, Holsten, OUramare. — Moïse est désigné comme le premier, non pour rappeler un fait d'antériorité que chacun connaissait, mais pour dire que dès les premiers livres renfermés dans le volume sacré la pensée de Dieu sur le point en question a été franchement déclarée à Israël. 'ic^y.-n'k est en tète d'après la vraie leçon, car ce mot a l'accent. — La parole citée se lit dans Deut. XXXIl, -il : (( Comme Israël a excité l'Eternel à jalousie en adorant ce qui n'est point Dieu, ainsi l'Eternel à son tour l'excitera à jalousie par ce qui n'est point son peuple. » 'Eyto, moi : à mon tour, en réponse à votre provocation. Il est inconcevable que des interprètes tels que Meyer puissent rap- ))orter ces derniers mots aux restes des Cananéens que les Israélites avaient laissés subsister au milieu d'eux et que Dieu se proposerait de bénir jusqu'à rendie les Israélites jaloux de leur bien-èlre. Voilà les monstruosités exégé-

CHAP. X. ly-tiO.

tiques auxquelles peut conduire un système préconçu d'interprélalion prophétique. Moïse annonce certainement aux Juii's par cette parole, comme le constate Paul, que les païens les devanceront dans la possession du salut et que ce sera là le moyen humiliant par lequel Israël devra être ramené lui-même cà son Dieu. Le premier des deux verbes (-apa"Cr,"XoOv) indique que Dieu emploiera le stimulant de hjdiousie, et le second (-rx^oz^Zv.v)^ que celte jalousie ira chez eux jusqu'à la colère! Tout cela cependant en vue d'un résultat favorable, la conversion d'isi'aël. Les mots : par ce qui n'est pas peuple, ont été entendus dans ce sens : que les païens ne sont proprement pas des peuples, mais de simples rassemblements d'hommes. Cette idée est forcée et en dehors du contexte. 11 faut expliquer : ce qui n'est pas peuple^ dans ce sens : ce qui n'est pas peuple par excellence, mon peuple.

Israël, qui connaissait les Ecritures, aurait donc dû savoir que les païens seraient appelés un jour à participer au salut et que sa position priviléiiiée prendrait fin (au moins sous ce rapport). Bien plus encore : il avait été averti du danger qui le menaçait de se privei- lui-même de la possession de la grâce. Ce que Moïse n'avait annoncé au commencement qu'à mots couverts, Esaïe l'avait proclamé plus tard à pleine bouche : Dieu se manifestera un jour aux Gentils par une prédication de grâce qui sera joyeusement acceptée, tandis que les Juifs s'obstineront à repousser les bénédictions qui leur seront ofTer'es.

V. -20 et 21 : « Mais Esaïe s'enhardit tout à fait et dit : J'ai été trouvé ' par ceux qui ne me cherchaient pas; je me suis manifesté à ceux qui ne s'inquiétaient point de moi; '1\ tandis qu'à Israël il dit: Tout le

' IJ D F G lisent 3v après :jc:0/,v el v^v^'yi-r^K

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jour j'ai étendu mes mains vers un peuple rebelle et contredisant. » — 'A-oToXaa : « Il déclare sans ménageiiioiii. >) Le passage cité est Es. LXV, 1. La plupart des interprètes actuels appliquent cette parole d'Esaïe à la portion infidèle du peuple juif qui ne cherchait point l'ElerneL les péagers de son temps, tandis que Paul la rapporte aux païens. Tout en partant de l'explication moderne, Hofmaui) cherche à justifier la citation de Vi\u\; naturellement il n'y réussit que d'une manière forcée. Meycr admet la différence entre la pensée d'Esaïe et celle de Paul. Mais il pense que Paul a vu dans l'Israël infidèle îin type du monde païen. Mais que serait-ce, dans ce cas, que cet Israël obstinément rebelle du v. il qu'Esaïe oppose à l'Israël infidèle du v. 1, lequel se convertit? Il y aurait donc deux Israëls infidèles, l'un qui se convertit, l'autre qui ne se convertit pas. C'est à cette conclusion absui'de qu'est poussée l'exégèse moderne qui se refuse à voir les païens dans les convertis du v. 1. L'étude simple et sans parti pris du passage d'Esaïe conduit à reconnaître que le prophète a voulu opposer dans le v. 1 les païens, qui arriveront au salut malgré leur ignorance, aux Juifs du v. '2. qui restent obstinément rebelles à Dieu lors même que Dieu s'est révélé à eux depuis si longtemps. Le terme de ;/oï (v. 1) distingue expressément comme Gentils ceux auxquels se rapporte ce v. I, de même que le terme de am (le peuple) , au v. 2, caractérise jjositivement Israël. Cette antithèse est d'autant plus manifeste que le prophète ajoute au terme goi, la nation, du v. 1, le commentaire : ((qui ne s'a[)pelait point de mon nom. » Pourrait-il donc parler ainsi d'Israë-l? Le contraste établi par le prophète entre (■eux (jui ne lecherchaient point l'Eternel , mais auxtpiels il se lévèle, et le peuple propriMuent dit, qu'il ne cesse d'ap|)eler et (pii repousse obstinément ses avances

CHAP. X. '2i)-<2ï. 357

(v. 2), n'esl-il donc pas assez clair? Encore, si l'idée de l'incrédulité future des .Inifs envers le Messie et celle de In vocation des païens destinés à les remplacer dans le règne de Dieu, étaient des choses ahsoliimenl étrangères à l'esprit du prophète, on pouirait comprendre l'erreur de nos exégèles modernes; mais ces deux idées se retrouvent dans plusieurs passages du même livre; ainsi Es. LU, !;»- 15, où nous voyons les rois et les peuples païens, qui n'avaient entendu aucune prophétie, s'attacher au .Messie souffrant, puis exalté, ce .Messie que rejettent les Juifs à qui il avait été clairement annoncé (LUI, I); ainsi encore XLIX, i, où l'insuccès de l'oeuvre du serviteur de l'Eternel auprès d'Israël est annoncé et présenté comme l'occasion du riche dédommagement que Dieu lui accorde [)ai' la conversion des Gentils (v. 6). Certes les prétendus progrès de l'interprétation moderne de l'A. T. sont hien souvent de vrais reculs! Paul a donc fort hien compris la pensée d'Esaïe, et l'histoire en offre la confirmation. L'ignorance et la corruption naïves des païens ont été pour la lumière divine un voile moins difficile à percer que l'orgueilleuse obstination des Juifs qui s'était accrue par les grâces qui leur avaient été faites. — Les mots: je me. suis rendu manifeste, reproduisent l'idée de la [)i'(''dication universelle développée plus haut. — Le ;v que lisent le Viitic. et quelques Mss. devant les deux régimes, peut aisément avoir été omis d'après les LXX.

V. ili. Celte seconde citation d'Esaïe achève de l'aire ressortir le contraste entre la conduite d'Israël et celle tk'S païens. L'Eternel est représenté. Es. LXV, il, sous l'image d'un père qui dès le matin jusqu'au soir tend les hras à son enfant et ne rencontre en lui que froideur et refus. Dans le système préilestinatien, il faudrait admettre que c'est le même Dieu qui aui'ait décrété celle conduite du peuple

■>'>^ LA MAHCHK 1)1' SALIT HANS I.Hr.MANlTF.

(il qui le supplierait d'y lenoncer ! — La prépos. -cô; pourrait bien siiinifier sans doute par rajiporl ii ; comp. Luc XIX, 9; XX, 19; Iléhr. I, 7. Cependant le sens ordinaire de à peul se justifier. Car, lors même que Dieu parle d'Israël à la troisième personne dans le livre du prophète, c'est pourtant à celui-ci que la parole prophétique est adressée; comp. Ill, 19. — Tout le jour : durant toule la période théocratique qui n'est pour l'Eternel qu'un longjour de supplication. Les mots y-oà oiv':ilévrjvToi, et conf redisant, ont été ajoutés au texte hébreu par les LXX. Ils caraclérisent les arguties et les sophismes par lesquels Israël cherche à justifuir son refus persévérant de revenir à Dieu; comp. dans le livre de Malachie ce refrain : « Et vous avez dit...! »

.\insi, Israël, afin de maintenir sa propre justice et de perpétuer son monopole, a repoussé le salut gratuit et déclaré la «iuerre à l'universalisme évangéliqne. Aucune excuse imaginable ne peut atténuer celte double faute. Les messagei's du salut roiit poursuivi lui-même jusqu'aux bouts du monde |)Our lui offrir la grâce aussi bien qu'aux Gentils. Dieu l'avait averti d'avance dés le commencement de son histoire du danger qu'il courait de se voir devancé par ces païens qu'il méprisait (v. 18-^0). Rien n'y a fait. Il a persévéi-é dans sa résistance... (v. 51). Le procès est désormais instruit. Les faits prouvent que Dieu ne l'a pas arbitrairement exclu, mais que, s'il le rejette aujourd'hui, ce n'est qu'après qu'Israël s'est «distinéiiieiit rel'usè à entrer dans ses voies.

Cependanl avec tout cela le dernier mot de celte histoire n'est pas encore dit. Lech. XI va nous montrer comment Dieu, par surcroit de grâce, s'est réservé de faire aboutir celte ilispensalion sévèie au résultat le plus excelleul, pour le monde d'abord, et eiifiu pour Isriië-I Ini-nième.

CHAP. X. -il-Xl.

XXIII" MUP.(:EAU(ch. XI).

Linnlcs et cuméqucaces salulaire.s de la nijcction iNsmii.

L'apôtre a prouvé au cli. IX que Dieu par l'éleclioii d'Israël n'avait pas perdu le droit de prendre contre ce peuple, quand il le faudrait, la mesure la plus sévère. Puis il a montré au cli. X que, s'il a réellement pris cette mesure, elle était motivée et moralement nécessaire. Il montre maintenant au ch. XI qu'elle n'a été prise (pravec tous les égards dus à la position de ce peuple et dans les limites dans lesquelles elle doit concourir au salut du monde entier et au sien propre. La relation de ces trois cliap. est bien formulée par Scliluller : ce L'apôtre a réduit au silence l'accusation d'Israël contre Dieu et y a substitué l'accusation de Dieu contre Israël. Mais ce n'est pas encore là la consolation. Après nous avoir conduits dans la pi'ofondeur, il nous relève en nous montrant dans le jugement même de Dieu sa bonté et son œuvre salutaire. »

Ce cliapitn- comprend le développement de deux idées principales, puis une conclusion. La première idée est celle-ci : Le rejet d'Israël n'est pas total, mais partiel (v. 1-10); il ne porte que sur celte portion charnelle du peuple visée par les exemples rappelés au cli. IX. La seconde : Ce rejet partiel lui-même n'est que temporaire (v. I 1-3:2); api'és (pTil aura servi aux buts divers que Dieu s'est proposés en le décrélaul, il prendra fin, et la nation tout entière sera réhabilitée et réalisera avec les Gentils l'unité finale du régne de Dieu. La rondusioii est un coup d'œil jeté sur tout ce vaste plan de Dieu et l'expression du sentiment d'adoration qu'inspire à rap('itre cette conlenqilation (v. ."{."{-.lO).

•"'<>•> LA MAIlCIli; 1)1' SAI.IT KANS I/IIIMAXITK

Le rejet d'israt'l n'est que partiel : v. 1-10.

Le caractèi'e partiel de la réjr-ction du peuple (!•' Dieu est prouvé, d'altord par la conversion de saint Paul luimrme (v. 1); puis par l'existence de toute une église judéo-chrétienne (v. :^-6). Que si cette église ne renlernie pas le .peuple juif entier, c'est l'efTet d'un jugement d'endurcissement qui a i'rappé la masse du peuple et qu';-. rendu nécessaire son état moral (v. 7-10).

V. 1 : (( Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple' ? Qu'ainsi n'advienne ! Car je suis moi-même Israélite, de la race d'Abraham, de la tribu de Benjamin. » — Selon Weiss, Paul reviendrait p;ir le ojv, (lu)ic, à la question générale posée au ch. IX. La relation avec ce qui précède me parait plus directe. De tout ce qui précédait, cil. IX et X, sur le droit de Dieu et le péché d'Israël, le lecteur aurait jm conclure que Dieu avait complètement et définitivement rompu avec tout ce qui portail le nom d'Israël; de là le donc. — La l'orme de la question est telle (y//;) que l'on ne peut attendre qu'une réponse négative. C'est ce qu'indique également le pronom aoToO, son, qui à lui seul implicjue déjà l'impossibilité morale d'une pareille mesure. — L'expression sou peuple ne se rapporte point, comme l'ont pensé plusieurs, à la partie ébie du peuple seulement, mais, comme le dit l'expression ellemême, à la nation tout entière. Il est évident, en etTel, que tout le reste du chapitre traite, non du sort des Israélites qui ont cru en Jésus, mais de celui de la nation dans son ensemble. — L'ajx'tlre lire une première réponse préalable de son |>ropre exfMnpJe. Lui, .lui!', de descendance israélite bien constatée, n'est-il pas, par la vocation qu'il a reçue d'en-haut, une preuve vivante que Dieu

' A I) ;ij()Ml(Mit >j-> -yjz'-^no ('ju'il n i,r<:runyiv ) : tiré du \. '2.

ClIAl'. XI. 1-1

n'a |)as rejeté en masse el sans discernement la totalilé de son ancien peuple? De Welle el Mei/rr donnent un sens tout différent à cette réponse. Selon eux, Paul voudrait dire : «. Je suis trop bon patriote pour affirmer une chose semblable. » Comme si les intérêts de la vérilé ne dominaient pas chez Paul toutes les affections nationales! Et que siLinifieraient dans ce cas les épithèles de descendanl cV Abraham et de Benjamin'? Sans doute Mei/er les allègue conti'e notre explication, mais bien à tort; car avec l'état civil Israélite le mieux en règle, on pourrait se comporter en mauvais patriote. Ce que Paul veut dire par là est ceci : « J'ai beau être un Israélite du plus pui'sang; Dieu n'en a pas moins fait de moi, tel que vous me voyez, un croyant. » Meyer objecte encore la position exceptionnelle d'un homme comme Paul. Mais l'apôtre ne se borne pas à alléguer ce fait personnel ; il y ajoute immédiatement, dès le V. :2, le fait patent de tout un résidu sauvé en Isi'aël. — WeizsOcker fait à l'occasion de ce v. 1 celle remarque importante : «Il serait impossible que Paid tirât ainsi sa démonstration de sa propre personne, si la massi* des chrétiens de Rome avait. été judéo-chrétienne et eût ainsi présenté elle-même la meilleure réiulatidn de l'objeclion soulevée. »

V. -1 el ."'. : « Dieu n'a pas rejeté son peuple qu'il a préconnu. Ou ne savez -vous pas ce que dit l'Ecriture dans le passage d'Elie; comment il intercède auprès de Dieu contre Israël ' : .) Seigneur, ils ont tué tes prophètes, - ils ont renversé tes autels, et je suis demeuré seul, et ils cherchent ma vie. » — La dénégation positive cpii commence le v. ^ résulte de l'exemple

' T. \{. lit ici >.r;(.)v uHso„l) ;ufC N L Syr<^i'. - T. I^ lit ici /.a; (•;!) avec D E I. .^vr.

.■î<''2 LA MAIlClll!: Ur salit HANS LIUWLWnK

•Miiinenl cilé v. I cl Irnuvcra sa démonslration plus générale dans ce qui suit iiiimédiatenient : Ou ne savez-ious pas'? FMusieurs commenlateuis fOr., A«r/., Clirf/s., Lnlli., Calv.. elc. > onl interprété les mois : ipiil a prnconnu, comme une restricliou apportée à la notion générale de peuple d'Israël : « 1! a bien pu sans doute rejeter la masse du peuple, mais non pas l'élite préconnut' qui forme son peuple proprement dit. » O sens n'est pas possible, car, comme nous l'avons vu déjà au v. 1, il ne s'agit pas ici du soi't de celle élite, mais de celui du peuple dans son ensemble. N'est-ce pas du peuple entier que parle l'ap^iire quand au v. "IH il dit : i( Selon rdedion ils sont aimés à cause des pères; car les dons et la vocation de Dieu sont irrévocables. » Ces paroles rentérmenl l'explication authentique de l'expression du v. "2 : sun peuple qu'il ii precoiinu. Entre tous les peuples de la terre un seul a été choisi et connu d'avance, par un acte de la prescience et de l'amour divins, comme le peuple dont l'histoire serait insépar.ible de l'œuvr*^ du salut. Chez tous les autres, le salut est uniquement l'afîaire de certains indiridus plus ou moins nombreux; mais ici la notion du salut est en rapport avec la nalion comme telle; non que la liberté des individus soit le moins du monde compromise par cette destination collective. Les Israélites contemporains de Jésus ont pu le rejeter; une série de générations indéfmie pourra perpétuer durant des siècles ce l'ait de l'incrédulité nationale. Dieu n'est pas press('' ; les tem|is s'allongent, autant qu'il Lui plait. H ajoutera, s'il le faut, des siècles aux siècles, jusqu'à ce que vienne la génération Israélite disposée enliii ;'i ouvrir les yeux et à acclamer libi'ement son .Messie. Dieu a précomm ce peu|)le comme croyant et connue sauvi-, et t(H ctu tard il ne peut maïKjuer d'être l'un et l'auti'e. Il est à i'eniarf|nei' (jiie le mol preconnai-

CHAP. XI, '■l-.i. SQo

tre, n'étant point opposé, comme VIII, 29, à celui de iirédesliner, peut plus aisément reniermer ici la notion de prédétermination si naturellement liée à celle de préconnaissance. — Mais il est certainement faux dans ce contexte de rapporter, comme le veulent v. Henijel et Weiss, la notion de préconnaissance aux résistances futures et à l'esprit rebelle d'Israël, dans ce sens : « Dieu l'a choisi malgré qu'il connût à l'avance tous ses péchés. »

Comme d'ordinaii'e, la locution : Ou ne savez-wus luis:' signifie: «Ou, si vous prétendez le contraire, oubliezvous...?» — L'expression iv 'H/ia, littéral, en Elle, est une forme de citation fréquente dans le X. T. (Marc XII, 26 ; Luc XX, 87) et chez les rabbins, pour dire : « dans le passage des Ecritures qui contient l'histoire d'Elie. » — La prépos. y,y-x ne peut signifier ici autre chose que contre. Intercéder contre est une expression étrange, mais propre à faire sentir l'étal anormal du peuple au sujet duquel le prophète ne pouvait prier que de la sorte, c'eslà-dire en protestant devant Dieu contre sa conduite. C.omp. I Rois XIX, 10. 14. 18.

V. 3. Dans le texte hébreu, la secomie phrase du v. est placée la première; l'intention particulière que cherchent à cette inversion Hofmann et Weiss ne se justifie pas, comme nous le verrons. L'expression : les autels de Dieu, paraît contradictoire avec la loi, qui n'admettait qu'un seul autel légitime, celui du sanctuaire. .Mais la loi elle-même autorisait l'érection d'autels dans tous les lieux où Dieu s'était visiblement révélé (Lx. XX, 24), à Bélhel, par exemple. De |)lus, comme la participation à l'autel légitime dans le temple de Jérusalem élail inlerdile dans le l'oyaume (les dix tribus, il est piobable cpTen de telles cii'constances les fidèles adorateurs de .léhova se permettaient de sacrifier ailleurs que sur raiilcl noiinal. — Met/er et Wriss

LA MARCni: [)!' SALIT HANS LHI'MAXITL

iiilcrprî'tenl le vwol seul chez le propliéle dans le sens de «seul d'entre les prophètes, » tandis que chez Paul il signifierait «seul d'entre les fidèles. » Mais la réponse divine ne comporte point une telle différence, car les sepi mille dont elle affirme l'existence ne sont évidemment pas des prophètes; ce sont de simples adorateurs. Elie, dans l'état de profond décourat'ement oîi l'avaient plongé les événements précédents, ne voyait plus en Israël que des idolâtres ou des fidèles ti'op lâches pour mériter encore Ir nom de croyants.

V. i- ei r» : a Mais que lui dit la déclaration divine? Je me suis réservé à moi-même sept mille hommes, qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. "> Ainsi donc, il y a aussi dans ce temps un reste selon l'élection de grâce. >> — X^r.u.y-icij.iç : la dir<»clion d'uni' alVaire; d'où: une décision de l'autoriti'; puis: une déclaration divine, un oracle (xMallh. Il, 1:2). — Il est iuipossihle d'applique!' les mots : « Je nie suis réservé, » à la conservation Icmjiorclh' d'une èlile d'Israélites pieux au milieu des jugements qui vont hicnlôl fondre sur israi'l. ('/est dans le sens .'>piritvel, comme fidèles adorateurs au milieu de l'idolâtrie régnante, que Dieu se les réserve. Ils sont le levain que sa fidélité maintient au sein de sou peuple dégénèrt'', \r /.y-y'uvj.'j.y., le resle sauvé, de l.\, ill . — On ne saurait comprendre ce qui pousse Hofniaiin à prendre x.aTcAiTTov comme :\^ pers. du pluriel : « Ils (les persécuteurs; ))ionl laisse sept mille hommes. » Ce ne peu! pas être le sens de l'hèhreu, où la grammaire s'y oppose, ni celui d.' sailli l'aul, chez (|ui les mots à moi-mcmc al selon rdectiou (le (jràce, v. 5, prouvent (ju'il s'agit d'un acte de Dieu; comp. IX, 21) (ày/taTAi-sv). Le pronom ii muiiiu'ine n'appartiiMit pas au texte hèhrcu ; il est ajouli' |)ai' Paul |)our faire mieux ressoitir le dessein aiiiMi' d'' la

cil Al'. XI. .{-

'Ah)

grâce dans celte coiisei'vution, — Le siibsl. JîxaA, ISaul^ est précédé de l'article ieminiii rr, : « la Baal. )) Cette lonrie étonne, puisque Baal, le dieu du soleil chez les Phéniciens, était une divinité masculine à laquelle correspondait, comme divinité féminine, Aslarté, la déesse de la lune. Chez les LXX, le nom Baal est' soit au iéminiii, soit au masculin. Dans notre passage ils l'emploient au féminin. Pour expliquer cette forme, on a pensé que Baal était parfois envisaiié comme divinité androgyne. .Mais nous trouvons, I Sam. Vil, 4-, Baal au féminin nommé à côté d'Astarté. Il serait plus naturel de sous-entendre simplement le substantif féminin six.ov., l'iniar/p, dans le sens de : «la statue Baal. » Meyer objecte qu'il faudrait dans ce cas l'ait. Toj devant BdyJk. Mais les Juifs se plaisaient à identifier les faux dieux avec leurs images, comme pour dire que le dieu n'était rien de plus que sa représentation matérielle. Comp. une locution analogue Act. XIV, IS : le mot Jupiter désignant le temple de ce dieu. Les rabbins, dans un même esprit de dédain, avaient inventé pour désigner les idoles le terme Eloholh, pluriel féminin d'Elohim; et plusieurs ont été amenés jjar là à penser que l'article féminin pourrait s'expliquer par un sentiment i\u même genre. Dillmann a proposé une autre explicalioii qui parait plus vraisemblable à Weiss et à Lnlliardt (i>apport à l'Académie royale des sciences, Berlin lcS8l) : Les Juifs palestiniens et hellénistiques auraient évité de prononcer le nom de Baal et y auraient substitué dans la lecture publique le mol féminin aicy-jv/i (honte) ; et afin de rendre le lecteur oflieiel attentif à cette substitution, on aurait fait précéder dans le texte le nom Baal de l'article féminin.

V. ."». Ce V. appli(pie aux circonstances actuelles l'exemple des sept mille. — Les trois paiticides qui le lient

.3(i6 i.A >fAi!(:iii-: nr sai.it dans i/iuMANm-;

MU pi'écédt.'iil : o'jtojç, (////,s/, ojv, donc, /.ai, aussi, se rapporlenl, la première, à la ressemblance interne des deux faits, le nnèine principe se réalisant ilans tous deux; la seconde, à la nécessité morale avec laquelle l'un résulte de l'anlrr en vertu de cette analogie; la troisième indique simplement Tadjonction d'un nouvel exemple à l'ancien.— Le reste, dont parle l'apôtre, désigne évidemment la petite portion du peuple juif qui en Jésus a reconnu le Messie. Le terme de lei'j.u.y., reste, est en rapport avec le verhe précédent •a.oi.-ùstzo-^ , je me suis réservé. Il ne s'agit point des membres du peuple juif qui survivront à la ruine de Jérusalem et seront conservés pour s'en aller en exil. Ceuxci forment, au contraire, la partie rejetée à laquelle s'appliquent les paroles v. 7-10. Les mots : selon l'élection de t/r/ice, pouri'aient s'appliquer aux individus plus ou moins nombreux que comprend ce saint reste qui a été le noyau de l'Eglise et dont Dieu avait prévu la foi (Vill, "Id cl oO). Mais, comme il s'agit dans tout ce cbapitre du sort du peuple ']u'iï en général, c'est plutôt à lui dans son ensemble, que se rapporte l'idée de l'élection divine; comp. v. -2 et :28. Ce qui résulte, en effet, de l'élection de grâce du peuple entier, ce n'est pas le salut de tels ou tels membres du peuple, mais l'existence indestructible d'un reste croyant d;ins ce peuple unique, à toutes les époques de son bistoire, même dans les périodes les plus désastreuses d'incrédulité, comme au temps du ministère d'Elie ou à celui de la venue de Jèsus-Cbrist. L'idée renfermée dans ces mots : «selon l'élection de g-ràce, » est donc celle-ci : En vertu de l'élection du peuple d'Israël, comme peuple du salut, Dieu ne la pas laisse' manquer de nos jours d'un reste fidèle, pas plus (pi'il ne l'avait fait dans le royaume des dix tribus à l'époque de la victoire du plus grossier paganisme. Mais où se trouve dans les paroles

rjo:

citées la notion de finke qui va être si spécialement relevée dans le v. suivant? Elle ne peut se tirer que des mots /.aTî- 7.'.77ov iaa'jTw, je me suis conservé à moi-même : c'est Dieu qui a fait cela et pour lui-même. Voilà pourquoi l'apriirc peut continuer comme il le lait au v. (i.

V. Il : « Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par œuvres, puisque la grâce ne serait plus grâce '• » — L'apôtre veut faire ressortir cette idée que, si Israël possède ce privilège de conserver toujours dans son sein un reste fidèle, ce n'est point par l'effet d'un mérite particulier que ce peuple se soit acquis par ses œuvres; c'est purement affaire de grâce de la part de Celui qui l'a choisi. Introduire dans cette dispensation une cause méritoire, que ce soit pour peu ou pour beaucoup, c'est ùter cà la grâce son caractère de gratuité; elle cesse d'être ce qu'elle est. Paul ajoute ici cette idée, parce que ce n'est qu'en tant que le maintien du reste fidèle est une grâce, que le rejet de la masse n'est pas une injustice. S'il y avait de la part d'Israël, comme peuple, le moindre mérite d'œuvre motivant son éleclion, le rejet, même parliel, dont parle l'apôtre, serait impossible. — Le mot oO/.iT-., jdus, doit se prendre dans le sens logique : une lois le principe de la grâce posé. — Le verbe r-i^rc-y.: (littér. non esl, mais devicnl) doit être expliqué comme le fait Meyer : La grâce cesse de se montrer comme ce qu'elle est, de devenir dans sa réalisation ce qu'elle est dans son essence. Voir p. ."kîO.

La seconde proposition, parallèle à celle-là, lelle qu'on la lit dans le T. I»., est rendue suspecte par son omission

' Le T. R. lit ici, avec B L. les Mnn. et Syr. : v. oe s; sovov, oj/.i-<. zri~'. fjt^'-i. ZT.Z'. TCi coyov ou/.ît! eiT'.v îovov /'mais si c'est par œuvres, ce n'est plus grâce, puisque l'œuvre ne serait plus œuvre). Ces mots sont omis dans n A C D E F G P It. Vg.; ouli-e cela cette phrase présente beaucoup de variantes.

o(\H LA MAHCllK DU SALLT DANS LIUMAMÏK

dans le plus liraiid nombre des documents et en paiticulierdans les textes alex. et tiréco-lat. réunis (sauf le Valicani(s). De plus, il est difficile d'iniayiner une raison pour laquelle les copistes auraient retranché cette phrase. Enfin elle énonce une idée étrangère à ce contexte auquel Weiss cherche en vain à la rattacher'. Volkmar, pour rester fidèle au Valic., allègue pi'éciséincnl ce lait de l'absence de relation avec le contexte, qui aura frappé les copistes et motivé le retranchement. C/esl leur faire trop d'honneur. Nous aui'ions de bien plus graves et nombreuses variantes dans le N. T., si les copistes eussent procédé si habilement. Il est bien plus vraisemblable qu'un lecteur aura composé une proposition parallèle et antithétique à la j)récédente et l'aura écrite en marge, d'où elle a passé dans le texte. Les cas de ce genre sont fréquents. — Il n'est donc nullement besoin, pour expliquer ce v., d'admettre avec l'école de Tubingue que l'apùlre veut réfuter le principe judéochrétien du mélange des œuvres et de la grâce. Si d'ailr leurs l'apiUre avait eu en vue ses lecteurs judéo-chrétiens, pourquoi ne se serait-il pas adressé directement à eux, comme il s'adresse directement à ses lecteurs paganochrétiens dans le passage v. I."» et \ï, que Volkmar met lui-même en parallèle avec celui-ci?

Ce passage est le pendant du morceau l\, 13-1.). Celuici se rapportait à la portion charnelle de la nation cl démontrait le droit que Dieu avait de la rejeter (aussi bien qu'lsmaid et Esaii); notre passage se rapporte à la porlion fidèle et établit ce fait que Dieu n'a pas manqué de maintenir une pareille élite en Israël. Ces deux points de vue

' En et' sens ijue rd-iivrc. une luis le prin(,'i|u' de la irri'ice posé. L'essei'ait d'être ceqnelle est [le moyen de niériler la faveur de Dieu). M.iis il s'agit uni(|ueinenl de la nature de la grâce (v. 5). Westcoll- Hni-t ;djaiid(jnn(' ici le Vrrjiranu.'i.

réunis renl'erinenl la vérité complète sur la conduite de Dieu à l'égard d'Israël.

Reuss pense que nous avons ici deux théories juxtaposées (( que la logique estime être contradictoires. » L'une serait celle de la grâce inconditionnelle; par elle Paul explique l'existence du saint reste; l'autre, celle des œurrcs ; par elle il justifie le rejet de la nation en général. Mais il n'y a là aucune contradiction. L'initiative de la grâce envers les élus n'exclut point chez eux la condition de la foi; et le crime de la nation consiste précisément dans sa résistance volontaii'e et persévérante aux sollicitations de la grâce.

L'apôtre s'est posé la question de savoir si la relation actuelle entre Dieu et Israël était celle d'un divorce absolu; cl il a commencé par répondre : non, en ce sens qu une partit' au moins d'Israël a obtenu grâce et forme dès aujourd'hui le noyau de l'ELilise. Mais, ajoute-t-il, — car c'est ici l'autre côté de la vérité, qu'il ne pense point à nier — il est certain que la plus grande partie du peuple a été frappée d'endurcissement. C'est ce qu'il expose dans les v. 7-10, en montrant, selon son habitude, que celle mesure sévère élait conforme aux antécédents de l'histoire théocratique et aux déclarations scripluraires. C'est l'élément de vérité renfermé dans l'idée écartée au v. :! : que Dieu ait pu rejeter son peuple.

V. 7 et cS : <( Qu'est-ce donc? Ce qu'Israël recherche', il ne l'a- pas obtenu, tandis que l'élite l'a obtenu; mais les autres ont été endurcis; N selon ' qu'il est écrie : Dieu leur a donné un esprit de torpeur, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour

' !•" (i It. Syr. : cr.iXr,-v. (recherchait) aa lieu d'i-:Zr-z: (recherche). - T. l{. lit tojtoj au lieu de TOJto, avec fies Mnn. seulement. ■' N B : /.aOa-îc, au lieu de y.aO'o:.

o70 LA MAHflHE Itl' SAMT DANS LIUMAMTÉ

ne pas entendre jusqu'à ce jour. )■> — Par la question : Ou est-ce donc? Paul veut dire : Si, comme je viens de le montrer, Isra('l, comme tel, n'est pas réellement rejeté, que s"esl-il flonc passé? Comment envisager cette situation? Voici la clef du mystère: Celte justification, que la masse cherchait à obtenir sur le chemin de la propie justice, lui a été refusée, pour être accordée uniquement à ceux qui forment le reste «'lu pai' grâce. — Le présent sri'Cr.Teî, recherche (auquel il ne faut pas substituer avec F G et la Pesch. l'imparf. z-tir,zv., recherclutil), désigne ce qu'Israël a fait et fait oncore au moment même où l'apôtre écrit. Les autres, o': Vjittoi; c'est la masse; ils ont été frappés d'un jugement d'endurcissement. Le terme rwcciOv, endurcir, signifie au sens propre : priver un organe de sa sensibilité naturelle; au sens moral : ôtei- au cœur la faculté d'être touché par ce qui est saint, divin, à l'intelligence la faculté de discerner entre le vrai et le faux, le bon et le mauvais. C'est en vain quOltramare cherche à donner à sTTwcwOrcrav le sens moyen : ils se sont endurcis. Comment soutenir ce sens affaibli en face du v. 8 et du cy.oTi'j^riTcoGav au v. 10, qui pst nécessairement passif. Nous retrouvons ici le n/.Xrr/rrcvt , cudurcir, de IX, 18, appliqué expressément au fait j)articulier que Paul avait déjà en vue dans ce passage-là (voir à la fin du v. 10).

V. 8. Ce jugement. Moïse le constatait chez les Juifs, ses contemporains, lorsqu'il leur disait, Deut. XXIX, 4: « L'Eternel ne vous a point donné un cœur pour connaître, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, jusqu'à aujourd'hui. » Et pourtant (v. :2), «ils avaient vu tout ce que l'Eternel avait l'ait sous leurs yeux! » Mais tous ces prodiges opérés dans le désert, ils les avaient vus sans les voir; ils avaient entendu les avertissements journaliers de .Moïse sans les entendre, parce qu'ils étaient sous l'empire

CHAF. XI. 7-8. •■)'71

<riui espiil (^insen^illililé; el co jii^emenl qui avait pesé au (iésert sur les pères pendant les quarante années de leur rejet, continuait à peser sur les enfants au moment où ils se préparaient à entrer en (Canaan : jusqu'à ce jour, dit Moïse dans les plaines de Moah, après la sortie du désert. En citant celte parole si remarquable, Paul la modifie légèremenl; il substitue aux premiers mots : ce Dieu ne vous a pus donné un cœur pour connaître, » une expression un peu différente qu'il emprunte à Es. XXIX, JO: « L'Eternel a répandu sur vous un esprit de torpeur. » La forme nèliative dont s'était servi .Moïse (« Dieu ne vous a pas <lonné... ») convenait parfaitement à l'époque où ce loui: ju<iement était près de cesser : « Dieu ne vous a pas encore fait cette p^àcc jusquà ce jour; mais il va l'accorder enfin ! » tandis qu'au moment où écrivait l'apôtre, la forme affirmative employée par Esaïe pour exprimer la même idée était plus à propos : « Dieu a répandu sur vous.... » L'état d'Israël au moment où écrivait Paul, ressemblait de tous points cà celui du peuple à l'époque d'Esaïe, lorsqu'il courait en aveugle au-devant du châtiment de la captivité. — Il y a quelque chose de jjaradoxal dans l'expression : un espril de torpeur ; car ordinairement l'Esprit excite et réveille au lieu de rendre insensible. Mais Dieu peut aussi faire agir une force qui paralyse. C'est lorsqu'il veut livi-er momentanément un homme, qui a [tersévéré dans la résistance à sa volonté, à un aveuglement tel qu'il se punisse en quelque sorte de sa propre main; voir l'exemple de Pharaon (IX, 17) el celui de Saùl (I ^am. XVIII, 10). — Le terme de -/.aTâv-j;'.? ne se trouve que deux l'ois chez les LXX (Es. XXIX, 10 et Ps. LX, 5); dans le premier passage il répond à lliardénia, S(unmeil profond, comalique; dans le second, à tharréla que Gesenius rend par tilubalion. Ce un»! provient de /.aTxvoT'^oi, piquer, prrrry ,-

-yrl \,\ MAIK.HK DU SALIT llA.NS I.UL.MAMTÉ

d'où au moral (Act. Il, 'M) transpercer de douleur; et comme une trés-vive douleur peut avoir pour effet un état momentané de complète insensibilité, on arrive ainsi au sens de frapper de stupeur ou de torpeur, de telle sorte que, tout en ayant les yeux ouverts ou en entendant, on ne voie ni n'entende plus. C-etle dérivation, savamment démontrée par Frifzsclu', est préférable à celle qui fait provenir ce mot de vjco, rZoi, v'jcToc'Cw, pencber la tète pour dormir, d'où : s'assoupir, qui est encore défendue par Volkmar. Les œuvres de Dieu ont deux faces : l'une extérieure; c'est le fait matériel; l'autre intérieure; c'est la pensée divine renfermée dans le fait. Il peut donc arriver que lorsque les organes spirituels sont paralysés, l'homme voie les œuvres de Dieu sans les voir et entende ses paroles sans les entendre; comp. Esaïe VI, 10; Matth. XIII, i^ et 15; Jean XII, 40, etc. — L'apôtre ajoute dans les v. suivants une seconde citation, tirée du Ps. LXIX, 2r} et "lU :

V. 9 et 10 : « Et David dit : Que leur table devienne pour eux un filet et un piège et un trébuchet, et un juste salaire! H> Que leurs yeux soient obscurcis pour ne pas voir; et tiens leur dos courbé constamment!» — Paul attribue ce Ps. à David, d'après le titre et la tradition juive; il ne fait pas de la critique. (îe titre est-il erroné, connue le prétendent nos savants modernes? On allègue les v. 8i-."î7 qui terminent le Psaume et où il est question des captifs libérés qui rebâtiront et possédel'onl les villes de .luda, expressions qui s'appliquent naturellement au temps de la captivité. Mais, d'autre part, rautetu' parle « du zèle pour la maison de Dieu qui le dévoi-e » ; ce qui suppose l'existence du temple. Dieu plus, les adversaires qui l'oppriment sont expressément désignés comme mend)res du peuple de Dieu : ce sont « ses frères, les enfants de sa mère» (v. 9); «ils seront clYa-

IJIAI'. XI. S-9.

ces Jii livre de vie » (v. :29) ; leur nom y était donc inscrit; ce ne sont certainement pas là les Chaldéens. Enfin, ces ennemis, ses propres compatriotes, jouissent d'un complet bien-être extérieur; pendant qu'ils abreuvent de fiel le psalmisle, objet de leur liaine, eux-mêmes sont à table et cbantent en buvant de la cervoise (v. io et 12 l.l); sin- •iuliére description de l'état des Juifs en captivité! il faut donc afimeltre que les derniers v. du Ps. (v. M-Sl) ont été, comme les derniers v. tout semblables du Ps. Ll (v. 20 et 21), ajoutés à ce cantique quand le peuple l'appliqua plus lard à ses souflrances nationales. Le tableau pi'imitif décrivait un ou peut-être le juste israélile souf- IVant pour la cause de Dieu ; et ses adversaires, auxquels se rapportent les malédictions renfermées dans les deux v. cités par Paul, sont tous les ennemis de ce juste au sein de la théocratie elle-même, depuis Saiil persécutant David, jusqu'aux Juifs ennemis de Jésus-Christ et de son Eglise. La table est, dans le sens du psalmiste, l'emblème des jouissances matérielles dans lesquelles vivent les impies. Leur vie de voluptés grossières doit devenir pour eux ce (jue sont pour les animaux les pièges de toute sorte par lesquels l'homme les surprend. 11 est bi^n difficile de penser que l'apôtre n'applique pas ici cette image dans un sens spirituel; car le châtiment qu'il a en vue est de nalui'e spiiiluelle; c'est l'endurcissement moral. La cause d'un tel jugement doit donc être autre chose encore que la simple jouissance mondaine : c'est, comme nous l'avons vu, l'orgueilleuse confiance d'Israël flans ses œuvres cérémonielles. La table est donc, dans le sens de Paid, l'emblème de la sécurité présomptueuse fondée sur la fidélité aux actes du culte, soit qu'il s'agisse de la table des pains de proposition, comme symbole du culle lévitique en général, ou i\es repas de sacrifice. Ces œuvres sur lesquelles ils

■)/ t LA MAHCIIK DU SAI.UT DANS I/IIIMANITH

comptent pour les sauver, sont |)iéciséineiit ce qui les perd. Ainsi Thol., Phil., Weiss. — Le |)salmiste n'exprime l'idée de la ruine que par deux termes : ceux de pièije et de filet (dans les LXX -ayi;, (ilct, et n/Aih'xiJj^i, trcbuchcl). Paul y en ajoute un troisième, Or.pa, proprement proie, d'où : tout moyen de saisir une proie, (^e troisième terme est tiré du Ps. XXXV, 8 (dans les LXX), où il est employé comme parallèle de -ayi:, filel, dans un passatie tout à lait semblable à celui du I\s. LXIX. [*ar cette accumulation de termes presque synonymes, Paul veut exprimer éner;j;iquement l'idée qu'il leur sera impossible d'échapper, parce qu'aucune espèce de piège ne manquera : d'abord le filet {-cnyiç), puis les armes de chasse (Oripa), et enlin la trappe qui l'ail tomber dans la fosse (T/.àv^a'/.ov). — L'hébreu et les LXX ne renferment, comme nous l'avons dit, que deux de ces termes, le premier et le troisième. A la place du second les LXX lisent un autre régime : elc àvTa- -ô^ociv, eu rémunérution. D'où vient celle expression? Ils ont évidemment voulu rendre par là le mot lischeloinim, pour ceux qui sont en sécurité, qui dans le texte hébreu est placé entre les mots jiièi/e el trébuchet. SiMilement, pour le rendre comme ils l'ont tiadiiil, il faut (|u'ils aient lu li'schilloumim (probablement d'après une autre leçon). Ce subsl. es! dérivé du verbe sclKilani, être complet, d'où au pihel : rétribuer. Il siiinilie (\onc rétribution ; de là ce ei; àvTa-o«^o'7iv, eu rémuitériiLiou, dans les LXX. Paul leur • ■mprunte cette expression ; mais il la place à la lin comme une espèce de conclusion : « et ainsi en juste lélribulion. » Au V. 10 l'apùtre continue à appliquer au jugement actuel d'Isr.iel (l'enilurcissement) les expressions du ps.ilmiste. Il s'agil de iuhscuirisseincHt de l'iulelligence <|iii vient s'ajouter à rinsensibilih' du ((eur (v. îl), à tel point que les païens avec leur bon sens naturel conqjren-

«:h.\i'. XI. 'J-io. ^75

lient mieux l'Evaniiile que ces .luils instruits et cultivés par la révélation divine. — Les derniers mots : Courbe leurs reins, sont une invocation. Ils se rapportent à l'état servilf et craintif dans lequel les Juifs seront retenus aussi lontitemps que durera ce jugement d'endurcissement qui les lient en dehors de l'Evangile. Cet aveugle qui se traîne par le monde, courbé sous le lourd fardeau de la crainte et de l'obéissance servile, c'est bien l'imaiie des Juifs talmudistes, esclaves «le la loi, de leurs rabbins, de Dieu et des hommes (VUI, J.j).

Il faut se garder de croire, comme le fait Mei/er, que ce châtiment soit la punition du rejet du .Messie. Le rejet du Messie est bien plutôt, aux yeux de rapôtre, comme à ceux de Jean (XII, 37 et suiv.), la réalisation du jugement d'endurcissement prononcé antérieurement sui' eux. Les Juifs n'auraient pas rejeté Jésus si déjà leurs yeux n'eussent été aveuglés et leurs oreilles boucliées. Il fallait être sous le poids d'un de ces jugements qui frappent l'homme d'un (^.s^/^n/ de torpeur pour ne pas discerner le rayonnement de la gloire de Dieu eu la personne de Jésus-Christ, comme le déclare Tapntre '2 Cor. IV, A. Dans ce dernier passage, Paul attribue l'acte d'aveugler au Dieu de ce monde qui jette un voile sur l'esprit de ses sujets. C'est que, comme on le voit dans le livre de Job et dans la vision de Michée ( I Rois XXII, 10 et suiv.) Dieu éprouve ou punit en laissant agir Satan, (juoi qu'il en soit, le rejet de Jésus par les Juifs a été Xelfcl, non la cause de rendurcissement. La cause — F\aul l'a dit assez clairement IX, ."31-33 — a été l'entêtement de la propre justice et la prétention de maintenir à tout prix la prérogative théocratique israélite et le régime légal sur lequel elle était fondée. Dans cette situation Dieu a dû prévenir la relation étroite du peuple avec la foi messianique. Car devenu croyant avec ces dispositions, ce

^/•i LA MAliCHK DF SALIT DANS LlirMANITi;

peuple aurait imprimé à l'Eglise une marche légale et ihéocratiquc qui lui eût fermé tout accès auprès du monde païen. Ou Israël devait consentir à se séparer de sa loi, ou il devait être séparé de rEvantiile. S'il no prenait pas le premiei' parti, Dieu ne pouvait manquer de lui imposer le second. S'il voulait persister à être le peuple de la loi, il ne pouvait devenir celui du Messie, qui devait être la fin de la loi (X, A). De là la nécessité de l'exclusion momentanée de la masse du peuple et de ses chefs, exclusion que Dieu a lui-même réalisée par l'aveuglement dont il l'a frappé en face de la personne et de l'œuvre de Jésus-Christ ; voir mon Conimenlaire sur le passage Jean XII, .ST-iO.

Le rejet d'Israël, une mesure purement teinporaii'e el bienfaisante dans ses résultats : v. 1 1-3::^.

Dieu a donc réellement endurci cl rejeté son peuple dans sa majorité. Mais, comme ce jugement n'est que partiel, il n'est aussi que lempomire. ('/est cette seconde idée que dévelopj^e le morceau suivant. On voit combien est fausse la pensée de Ikiiss qui appelle ce second morceau « une seconde explication. » .Vinsi toujours chez ce critique l'idée de deux points de vue contradictoires, juxtaposés dans l'écrit de l'apùtre ! Le morceau suivant esl bien plutôt le complément logique du précédent; à une première limite tracée à l'étendue du châtiment, s'en ajoute une seconde relative à sa durée. Ainsi est complètement justifiée la réponse négative à la question du v 1 : «. Dieu a-t-il rejeté son peuple? »

(le passage comprend quatre sections :

La première, v. 1 1-15, indique le double but de la réjection lies Juifs; son but prochain : faciliter la conversion d(>s païens; son but final : r(''bai)ililer les Juifs eux-mêmes |)ar le iiutveii des païens eouviMlis, r(''liabiliLilinn (pii seule

amènera sur ces derniers la plénitude des liénédiclions divines.

La seconde section, v. i0-5i, est un averiissemenl adressé aux p.iiens croyants contre l'orgueil que pourrait leur inspirer la position qui leur est laite présentement dans le régne de Dieu et contre le mépris auquel ils pourraient se laisser eniraincr à l'égard des Juifs iiiomtMil.inément rejelés.

Dans la troisième, v. •iô-il\), Paul annonce posilivemenl, comme contenu d'une rrrélulion, le fait de la conversion finale d'Isniél.

La quatrième enfin, v. 30-3:2, contient une vue générale de la marche de l'œuvre divine d;ms l'accomplissement du salut.

Il n'était pas possible d'apporter dans une malien.' aussi compliquée un ordre plus simple et plus logique.

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