‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 39 sur 97 · V. 11-15 : Le but divin · texte numérisé non relu

V. 11-15 : Le but divin

V. 1 1 et 1-2 : « Je dis donc: Ont-ils bronché afin de tomber? Qu'ainsi n'advienne! Mais par leur chute le salut est parvenu aux Gentils, afin de les exciter à jalousie. 12 Or, si leur chute est la richesse du monde et leur réduction à un petit nombre la richesse des Gentils, combien davantage le sera leur plénitude ! » — l'ar le Acyco o'^v, je dis (Jonc, l'apùtre l'eprend U' j)rohléme posé au v. I ; mais, comme la question suivante le l'.iil voii-, en relevant par l'expression : Ont-ils bronché'/ l'idée du jugement d'endurcissement qui vient d'étie ('uoncée : cet endurcissement est-il définitif? La ques'ion par [j/r, fait prévoir une réponse négative. D'après Am/., McL, liiirl;., Ilufni., les deux termes hroncher et lonihcr .iiir.iicnt à peu près le même sens, et la question signifierait : ((Sontils tombés uniquement dans le but de tomber?» .Mais ce sens eût exigé l'adverbe ao'vov, seiilcnirnl, et de plus il est

•"{"/«s I.A MMÎCIIE Dr SALUT ItANS I.IUMAMTK

contraire à la difiéreiice nalurelledii sens des deux verbes: T.-'x\i\M, broncher, indique le choc contre l'obstacle; tittte'.v, tomber, la chute qui en résulte, l'ar conséquent, le sens ne peut (Mn; que celui-ci : « ()nt-ils bronché (par leur incrédulité actuelle) de manière h être exclus à jamais de leur position de peuple de Dieu et à rester en quelque sorte gisants sur le sol (plongés dans la perdition), au lieu de se relevei'? » Homp. les images de heurter, IX. .'12, et de trébucher, V. 9. — « .\on, répond l'apôtre, Dieu a bien d'autres vues. Cette dis|)eusation tend à un premier but rapproché; c'est d'ouvrir plus largement aux Genlils l'accès du salut. » D'après Reuss, Tapùtie, en disant que Dieu « a endurci momentanément, les Juifs, afin que l'Evangile soit porté aux Gentils, » reviendrait à l'idée du décret inconditionnel par lequel Dieu dispose des hommes indépendamment de leur liberté morale. .Mais, d'après l'apiUrc, si la prédication de l'Evangile passe aux (ientils par l'edet de la rupture ('e Dieu avec Israël, c'est uniquement le résultat de la faute de celui-ci. Si Israël se fût prêté avec intelligence et amour à la pensée de Dieu envers le reste de l'humanité, qu'il eût consenti à laisser tomber ses prétentions thêocraliques et à substituer la justice de la foi à celle de la loi, il serait devenu lui-même l'instrument de salut des païens, et ainsi il eût sauvé sa position supi'ême entre les peu[tles en la sacriliant. Mais, son orgueil national l'ayanl emp('cli('' d'agir de la sorte. Dieu a dû pourvoii' à ci' (|ue ri".vangil(] ne se judaïsat pas et à ce que les païens ne fussent pas obligés de se faire prosélytes d'isi'aël avant d'avoir part au salut, car une pareille marche eût fermé le salut au monde et le monde au saluL. En ellet, par suite de l'orgueilleux m(''pris des Juifs pour les païens, il s'était Itiriui' entre eux et ceux-ci une relation d'inimitié telle (pie, si le christianisme s't'iait (itleii au nu)ud(; sous le cou-

CHAP. XI. 11. 'Wy

vert de ce judaïsme détesté, il eùi '^;ii:né sans doute quelques adhérents, mais il fût devenu l'objet de l'anlipalliie générale que l'iiumanité païenne éprouvait pour le [)euple juif. C'est pourquoi Dieu, qui voulait le salut du monde, a dû, par le jugement dont Paul vient de parler, dégager la cause de l'Evangile de celle du judaïsme et [nême les opposer pour un temps l'une à l'autre. .Mlrancliie par ce douloureux divorce, la prédication du Christ a pu, libre de toute entrave, prendre son vol à travers le monde. Mais le vrai plan divin n'exigeai! point qu'il en lut ainsi, et sans la faute d'Israél le monde eût dû sa conversion à la loi de ce peuple, non à son rejet. Nous l'avons vu au cli. IX : le plan de Dieu suit dans sa réalisalion les écarts de la liberté hiimaine et les fait servir au but lixé à l'avance.

-Mais ce n'est encore là que le premier but de la misél'icorfle divine. Les mots ci: to T.'y.zy/i-rjMnv.'. aÙToô:, four les exciter à jalousie (les Juifs), nous en dévoilent un second. Ces mots, tirés de Moïse (voir X, 19), nous montrent les Juifs surpris et jaloux en voyant les biens du régne de Dieu, la justification, le don du Saint-Espril, l'adoption, l'espérano»,' de l'héritage lulur, répandus abondamment sur les nations païennes par ia vertu de la fui • •Il (^elui qu'ils ont rejeté. Comment ne finiraient-ils pas |)ar se dire : « Ces biens sont les in'dies, » (;t n'ouvrit aientils pas les yeux? Comment ne reconnaitraient-ils pas à la fin que Jésus, en qui s'accomplissent les grandes œuvres prédites du .Messie, est bien le .Messie lui-même? Comment le fils aîné, en voyant son cadet assis et célébrant la fêle à la table de son père, ne se décid<'rait-il pas à demander la rentrée dans la maison paternelle, et, après s'être jeté dans les bras de leur pèrtî commun, ikj vicndrail-il pas s'asseoir à côté de son frère à la table du festin ? C'est

WO

l,A MARCHE IH- SAUT HAXS LIILM ANITE

a'Ale perspective, développée plus lard (v. ^5 et siiiv.), que nous ouvrent les mots : pour les exciter à jalousie.

V. 12. Le Se est ici particule de gradation : or. C'est une perspective nouvelle et plus réjouissante encore qu'ouvre l'apôtre. Si le rejet des Juifs, en permettant à l'Evaniiile de se présenter au monde dégat>é de toute forme légale, lui a ouverl une large porte auprès des Gentils, que serace de la réliahililation de ce peuple, si jamais elle vient à se réaliser? Quelles bénédictions plus cxcellenles pour le monde entier ne doit-on pas en attendre ! Ainsi FapiMre avance de degré en degré dans l'explication de ce mystérieux décret de réjection. — n«paTCTcoaa : leur faux pas: c'est leûTaieiv, broncher, du v.ll. — La richesse du monde désigne l'état de grâce dans lequel les païens ont été introduits par la foi au salut gratuit. — Les deux expressions abstraites chute et monde sont reproduites d'une manière plus concrète dans la seconde proposition, parallèle à la première; le terme de cliule dans celui de r-Tr,|j.x, que nous traduisons par : réduction à un petit nonibrr: et celui de monde dans le terme plur. les Gentils. — Le mot ■?-r-nu.y. vient du verbe ■riTxoi'yhui, dont le sens fondamental est: être en état d'infériorité. Celle intériorité peut avoir lieu par l'apport à un ennemi; dans ce cas ce verbe signifie : être vaincu {2 Pier. II, lî)), et le subst. qui en dérive signifie défaite (clades). Ou bien l'infériorité peut se rapporter à un étal posé comme le niveau normal et au-dessous duquel se trouve être l'état réel: ce subsl, désigne dans ce cas un déficit, un dommage subi. Ce mot, pris dans ce second sens, désignerait ici soit l'abaissement de vie spirilurllc dont a été alleini IsraT'l (ainsi I Cor. VI, 7 : a C'est tléjà une infériorité, » un «lèlicil moral; conip. aussi ^1 Cor. XII, 13), soit mieux la défaite qu'il a subie par le rejet du plus grand noiiibrc (01 tram.), ou bien enfin le

CHAI'. XI. ll-l-J.

dommage nioi-al donl ils sont frappés par leur exclusion (lu salul (Wfiss, Hofm., Luth.). La seule objection à celte explication fort bonne en elle-même est le sens à doimer ;tii mol To -Aïi'pcoy.a, leur plénitude, dans la propos, suivante. Il faut dans ce cas prendre aussi ce terme dans le sens qualificatif: le plein état de grâce ou de salul au- (piel aboutira ce dommage momentané subi par eux. Mais ce sens de -'/.r.zi-yj.T. aJT(ôv, leur plénitude, est bien peu naturel; Oltranune \m-mm\e, y renonce el admet pour ce second terme le sens numérique. .Mais c'est surtout le V. :25, dans lequel le mol -/.vipcjy.a est réellement pris au sens numérique pour désigner la totalité des peuples païens, qui me parait décisif. Si ce terme a au v. ih et par conséquent au v. 1::^ le sens numérique, le mot ■r,"-rj.y. doit être pris dans la même acception, à moins que, comme Oltramare, on ne se résigne à entendre l'un qualitativement, l'autre quantitativement, ce qui est invraisemblable. Donnant donc à r--r.'j.x le sens numérique, nous l'appliquons à la réduction momentanée du peuple élu à un petit nombre d'individus; non que ce mot désigne à nos yeux les Juifs crovants eux-mêmes (Chrysostome et d'autres); nous l'appliquons au fuit de la réduction du peuple élu à ce simple reste. Paul ne veut point dire ici que le petit noyau de Juifs croyants est devenu la richesse du monde, c'est-à-dire le moyen de sa conversion; mais que la douloureuse réduction de ce peuple que Dieu a opérée, par cela même qu'elle a dégagé rKvan;:ile des formes judaïques, l'a rendu plus acceptable à la multitude «les Gentils. — L'apùtre substitue le pluriel àO-Kov, des Gentils, au sing. collectif /.oTao'j, du monde, parce qu'il voit en esprit la série indéfinie des peuples païens entrant successivement ilans l'Eglise dulant la période qui commence; ce sont les /.aiçol iOvwv, les temps des Centils dont parle Jésus, Luc XXI, -2i. Leur plé-

SS^ I.A MAltUlit: l>r SALUT DANS l/HUMAMTK

nitude: la lolalité tlos membres vivanls du peuple d'Israël, au moment où aura lieu sa réliaiiililalion. Le lerme de •jrV/icojfxa, employé par les écrivains du X. T. dans des acceptions en apparence très-diverses, a pour sitinification londamenlale, dont toutes les autres ne sont que des applications variées : ce dont un espace vide est rempli (id quo rcs ùnpletur) ; comp. P/iiUppi simplifiant Fritzsche. Dans notre passage la notion abstraite de peuple est envisagée comme mi cadre vide à remplir, el la totalité des individus dans lesijuels celle notion se réalise, comme le tableau (pii remplit le cadi'e. — Un a tiré une objection à rinterprétation que nous venons d'exposer, (\u sens différent donné au pron. aÙTwv (leur) dans les trois propositions du verset. Dans la première {« leur faute ))) leur ne peut se rapporter qu'à la partie rejeléi' d'Israël; dans la seconde (« leur l'éduclion ») leur ne parait pouvoir se rapporter qu'à la partie lidèle de ce peuple; enlin dans la troisième (ce /e«<r plénitude») leur se rapporterait au peuple entier. Mais ce n'est là qu'une apparence. Au fond aO-wv, leur, se rapporte dans les trois cas au peuple élu tout entier, cet Israël dont le sort remplit l'esprit de l'apùtre. C'est ce peuple qui a été rejeté (dans sa majorité infidèle); c'est ce même peuple qui a été réduit à un très-|tetil noudjre (à la partie croyante); et c'est lui aussi qui rentrera un jour en totalité dans le vi'gne de Dieu. C'est ainsi qu'on dirait d'une armée qui s'est laissée battre : su faute, su)i laible reste, sou rassemblement au couqtlet

Philippi a essayé de donuer pour e(»ni|il(''nieu[ aux deux mots r--r,'j.y. et -lr,^ovj.oi. l'idée sous-entendue de l'ègne de Dieu; il arrive ainsi à ce sens : « la lacune produite dans le règne de Dieu par leur rejet » et a le remplissement de cette lacune par leur réailmissioii. » Mais l'idée du

règne de Dieu n'est nulle part indiquée dans ce passage, et le sens qu'il faudrait donner aux gén. ajTÔJv, complémenls de ces deux subst., serait forcé.

Les V. 1:2-15 sont une application que Paul fait en passant, et comme sous forme d'exemple, à son propre ministère, des idées qu'il vient d'exprimer v. 11 et 12. Cette application est naturellement motivée par le rôle si décisif que son apostolat avait à remplir dans l'accomplissement du plan divin, tel que ces deux versets venaient de l'esquisser. Paul devait tenir à montrer que l'esprit dans lequel il remplissait sa mission était en pleine harmonie avec la marche générale de l'œuvre divine. C'est précisément ce qu'il fait dans ces trois versets.

V. 13-15: «Car' je vous déclare à vous, les Gentils : Pour autant que- je suis apôtre des Gentils, je glorifie mon ministère 1 i afin de tâcher d'exciter ma propre chair à jalousie et d'en sauver quelques-uns d'entre eux. 15 Car si leur rejet est la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une résurrection d'entre les morts? » — Il est difficile de se décider enire les leçons yxi (carj et ^i (or). Les autorités se balancent. 11 me paraît vraisemblable que le r^i, or, a été substitué à car, parce que l'on rapporlait la remarque qui commence le v. 1.") au v. précédent, dans ce sens : (( Or, je vous dis cela (ce qui précède) spécialement à vous, les Gentils. » Mais cette relation est fausse; car c<>tte remarque de l'apiMre se rapporte manifestement à tout ce qui suit (v. i."M5); il y a donc lieu de croire que la vrair liaison est celle qui est exprimée par mr. Voici en eflet la

< T. K. lil va; irai-) avec 0 K F (i L II., lamli.-^ (nie x A B V Syr. lisent 0= (or), et C ojv (donc).

* T. H. lit rjiçv aprè-S o-jov avec L et Miin. ; n A B C V lisent ;j.;v ojv ■ D E F G omettent toute p;irticiile.

."384 LA MARCHE LU' SALUT DANS Llir.\L\NlTH

transition iialiirelle des v. Il et 12 aux v. 1:3-15: «Ce que je viens de vous dire des effets maiinifiques que produira un jour chez vous, païens, la réliabilitation des Juils, es! tellement vrai que c'est même dans votre intérêt et comme votre apôtre, à vous. Gentils, que je m'efforce de travailler au sahil des Juifs; car je sais tout ce qui résultera un jour pour vous de leur conversion nationale : une vraie résurrection spirituelle. » H y a une manière toute différente et très-répandue de comprendre le sens de ces trois versets. C'est de faire des v. \S et 14 une parenthèse et du V. 15 la répétition fortement accentuée de l'idée du V. 12. Voici, dans ce cas, ce que diiait l'apôtre: « Si je travaille avec tant d'ardeur à la mission chez les païens, c'est pour stimuler par là mes compatriotes, les Juifs, à se convertir. » C'est la pensée inverse de celle que nous venons d'exprimer. O sens est celui qu'indiquent presque tous les commentaires. .Mais 1° il est impossible de comprendie comment Paul pourrait dire cela en tant qu'apôtre des Gentils ; il le dirait plutôt quoique apôtre de ces derniers et COW///C Juif d'origine; 2" après une interruption, comme celle des v. 1.3 et 14, il est peu naturel de faire porter le car du v. 15 sur le v. 12. En étudiant de plus près notre texte, nous serons certainement ramenés au premier sens. L'accent n'est pas sur ce qu'en travaillant à la conversion des Gentils, il travaille finalement à celle des Juifs, — ce qui est vrai sans doute (v. 13 et 14), — mais sur ce qu'en travaillant ainsi à la conversion des Juifs, il travaille par là au bien des païens eux-mêmes, objets de son apostolat.

.1 rous, les Gentils : liaur Volkmar, Jlolslen, Mamiold expliquent ainsi ces mots : «Je m'adresse à ceux d'entre vous qui êtes païens d'origine », d'où ils concluent que la lï'action comprenant les membres d'orit^ine païenne

ciiAP. XI. i:i. S^î)

n'était dans l'église de Home qu'une faible niinorilé> Mcyer répond avec raison que dans ce cas Paul eût dû écrire : Toîç ïH-iin<M èv ûaîv ^^r/w, « je m'adressi; aux païens (l'entre vous. » Les mots -ol; â'OvsTiv doiveni être [)ris comme apposition explicative de j;v.îv, à vous : « A vous, les Gentils. )> Faul s'adresse donc ici h l'église de Home comme représentante du monde des Gentils. Weizsœcker, dans le travail souvent cité (p. 257), observe avec justesse que, la tournure employée ici étant la seule allocution directe faite aux lecteurs dans tout ce morceau, il est naturel de l'appliquer à l'église entière; que l'on peut, par conséquent, conclure de ces mots avec la plus grande certitude que les païens d'origine formaient l'élément prépondérant dans cette église. On se demande si, dans le cas contraire, Paul eût pu appeler les Juifs ma chair, comme parlant uniquement au nom de sa propre personne, tandis que la gi'ande majorité de ses lecteurs aurait partagé avec lui la qualité de judéo-chrétiens. — Et que dit l'apôtre à ces Genlils devenus croyants? La conj. i-j' 0-70'/ peut signifier aussi longlenifs que, ou bien pour autant que. La notion de temps n'a ici aucune application; le second sens seul est possible; comp. Mallb. XXV, 40. Par cette expression Paul distingue en sa propre personne deux hommes : d'abord, V apôtre des Gentils, puis le Jia/ d'origine et de cœur. C'est ce que dit l'expression suivante u.cj Tr.v cx^aol, ma propre chair. Et que signifie donc celle distinction? Que si, en tant que Juif devenu croyant, il éprouve certainement le désir de Iravailler au salut de ses compatriotes (sa chair), il s'efforce davantage encore de le faire en tant qu'apôtre des Gentils, vu que la conversion de son peuple pourra seule finalement amener sur les Gentils toute la richesse des bénédictions évangéliques. La suite expliquera comment (v. I.")).

.:{86 LA .MARf.HF DU SALUT DANS LHUMANITÉ

Dans celle relation d'idées il n'est pas douteux que le aÉv, que le T. U. lit après âcp' ocrov et que retranche la leçon <;réco-lal., appartienne réellement au texte. Car cette particule est destinée à fixer et à relever avec force la qualité d'apôtre des Gentils chez Paul, en opposition à celle de Juif et de Juif fidèle à son peuple, qu'il possède aussi. Ce mot est appuyé d'ailleurs par les alcx. eux-mêmes qui lisent (^iv o'jv. Quant à ce ojv, donc, qu'ajoutent les derniers, Weiss et Luthardl l'expliquent en disant que Paul tire l'idée de son apostolat de celle de la conversion des Gentils indiquée v. 11 et 12. C'est recherché. Cette particule est hien plutôt, comme Meyer le reconnaît lui-même, une glose motivée par le fait que l'on rapportai! la première propos. : je vous le déclare, à ce qui précède et que l'on commençait ensuite une touti^ nouvelle phrase avec le £<p'ô<jOv ij.iy....

Qu'entend Paul par cette expression : Je (jlorifie mon ministère? On pourrait appliquer ces mots aux apologies qu'il était constamment obligé de faire de son apostolat, aux récits dans lesquels il proclamait devant les églises les succès merveilleux que Dieu lui accordait (Act. XV, J2; XXI, lO; l Cor. XV, 9 et 10). Mais au lieu de contribuer à amener les Juifs à la foi (v. 14), de pareils récits ne faisaient que les aigrir. C'est donc au zèle et à l'activité déployés par lui au service de sa mission que pense l'apùire. Glorifier son ministère comme apôtre des Gentils, c'est convertir autant de païens que possible. Et à quel l'ésidlal plus éloigné vise-t-il par là? 11 le dit au v. 1 i.

V. 1 i. Il veut essayer si en quelque manière (st-co: ; comp. Philip, m, 11) il ne |)arviendra pas, à force de succès auprès des païens, à réveiller son peuple, su propre ehair, de sa torpeur, ne fùt-ee que par im etïet de la jalousie. U emploie, comme v. Il, l'expression dont s'élail

CHAI'. XI. i;j-i5. '187

seivi .Moïse (voir à X, 19). Sans doute il ne se fait pas illusion ; il ne compte pas sur une eonvei'sion en masse d'Israël avant les derniers temps; mais il voudrait au moins, ajoute-t-il, en sauver quelques-vus, comme prémices de la moisson. Toutefois cela même n'est pas encore son but dernier. Ces conversions de Juifs isolés ne sont pour lui qu'un moyen. Le but futdl est énoncé au v. 15.

V. 15. Quand enfin la conversion nationale d'israrl, donl ces conversions particulières sont les prémices, aura eu lieu, c'est alors seulement que l'œuvre de Dieu atteindra sa perfection au milieu des païens eux-mêmes, et que le fruit de son travail d'apôtre des Gentils se produira dans toute sa beauté. Voilà l'explication complète des mots du v. l.-}: «en tant qu'apôtre des Gentils.» C-omme Juif il désire certainement la conversion des Juifs; mais il la désire encore davantage, si possible, comme apôtre des Gentils, parce qu'il sait ce que sera cet événement pour l'Eglise entière. On voit ainsi que le car, au commencement de ce V., le lie étroitement aux v. 13 et 14, et combien il faut se garder de faire de ces deux derniers une parenthèse et du v. 15 une simple reprise du v. 12. On voit aussi combien Daur et sou école s'égarent en trouvant dans ces v. un babile artifice par lequel Paul cbercbe à rendre sa mission chez les Gentils acceptable à l'église de Rome soi-disant judéo-chrétienne D'après cette inieiprétation il voudrait dire : «Vous avez bien tort de vous irriter contre ma mission chez les Gentils; eHe est tout ;iu profit des Juifs, qu'elle doit finir par amener à l'Evangile; » moyen adroit, si l'on ose ainsi dire, de leur dorer la pilule! Non seulement une pareille supposition est indigne du caractère de l'apôtre; mais elle est juste l'opposé de sa vraie pensée. Voici celle-ci, telle qu'elle ressort des li'ois V. réunis: «Aie bien prendre, c'est comme volie

•■»'S8 LA MAHCHK 1)1' SALI T DANS I/HIMANITÉ

apiUre, à vous, Gentils, que je travaille, en cherclianl à exciter les Juifs à jalousie par votre conversion; car ce n'est que quanti ils rentreront en grâce que vous serez comhlés vous-même de la plénitude de la vie. » Celte parole n'estdonc pas une caplalio benevolenlw' indirecte à l'adresse des lecteurs judéo-chrétiens; elle est un trait de lumière à l'usage des pagano-chrétiens et doit servir à les préserver de l'orgueil auquel ils pourraient se laisser entraîner. Le leime à-o^o7//; désigne proprement l'acte de jeter loin de soi; d'où la perte d'un objet qu'il faut sacrifier; comp. A et. XX Vil, 2^ : y-ojio)//; <]/u-/r,ç, la perle de hi vie; ce qui fait que plusieurs appliquent ici ce mot à la perte dont est atteint le règne de Dieu. Mais l'antithèse -h -zin\%^\.^, l'accueil, la réadmission, conduit plutôt au sens de rejel : l'acte de rejet des Juifs par Dieu même. Comment ce rejet est-il la réconcilidlion du inonde? Selon Ollo, en ce que ce sont les Juifs qui par leur incrédulité ont amené la mort de Jésus, laquelle a été la réconciliation du monde. Mais ce n'est pas l'incrédulité des Juifs qui a été la cause de la rédemption. L'incrédulité juive a seulement ouvert la porte plus grande à la prédication du salut et à la foi à l'expiation de la part des Gentils. — Que si tel est l'effet bienfaisant du rejet d'Israël, quel ne sera pas celui de sa réintégration? Le mot 77c6'7>-/i'i/!,ç (traduit faussement par Ollram. «leur acceptation du salut») désigne l'accueil que Dieu fera aux Juifs lors de leur conversion. Maudits, ils ont servi à la réconciliation du monde; que ne feront-ils pas, bénis? Il semble y avoir là une allusion à ce que Christ lui-même a fait |)Our le monde, d'un côté par sa mort expiatoire, de l'autre par sa résurrection. Il y a toujours dans le peuple de Christ quelque chose du Christ lui-même, mnlalis niulandis. — Une foule d'interprètes, depuis Orifjlme ci Chrt/soslonie, jui^quh Mef/er, Hofmann,

CIIAP. XI. 15. 389

Weis.s, LuHiardt, appliquent rrxpression ; irne vie d'entre les morts, à l'entrée de l'Eglise dans la tiloire par la résurrection des morts, dans le sens propre. Mais pourquoi dire une vie, au lieu de r. Coyr,, la rie, la vie élernellf connue el attendue, ou pins simplement encore r, àvaTTaT-.;, la résurrection? Et d'ailleurs quel rapport si étroit peut-il y avoir entre le fait de la conversion des Juifs et celui de la résurrection des corps, que Paul fût amené à faire de l'une la cause de l'autre, ou même qu'il les réunil les deux comme un seul et même événement? On comprendrait encore qu'il dît que le second événement suivra de près le premier; mais les identifier comme il le fait en disant : «Que sera leur rentrée, sinon une vie? )> cela me paraît de loule impossibilité. Je pense donc, avec un assez petit nombre d'interprètes (Theoph., Met., Calv., Bèze, Philip. i qu'il faut appliquer ce terme si particulier à une puissante révolution spirituelle qui s'opérera au sein de la cbrétienté d'origine païenne par l'effet de la conversion d'Israël. Si déjà la conversion des quelques Juifs qui ont cru durant les siècles écoulés a été une source de grâce pour des millions de membres de la chrétienté (Xéander, dWcosla, etc.), que sera-ce de l'entrée en masse d'un Israël croyant et possédant la pleine lumière et la pleine puissance de l'Esprit saint? Ne sentons-nous donc pas que dans notre état actuel il nous manque quelque chose et beaucoup, pour que soient réalisées dans toute leur plénitude les promesses de l'Evangile; qu'il y a comme une entrave mystérieuse à l'efficacilé de la prédication, une débiliti' inhérente à notre vie spirituelle, un manque de joie el de force qui contrasti; étrangement avec les éclats d'allégresse des prophètes et des psalmistes; que la fêle dans la maison paternelle, enfin, n'est pas complète.., pourquoi".* Parce qu'un voile de tristesse plane sur la famille de Dieu

'■3*.I0 LA MARCHK DU SAUT DANS LllU.MAMTK

aussi longtemps qu'il lui manque la pré&ence du lils airiô.

On objecte à ce sens que s'il s'agissait uniquement d'une rénovation spirituelle, elle se confondrait avec la x.y-aA- Aa-rr,, la réconciliation déjà accomplie [Weiss, Lulhardl, Bonnet lui-même). Il faut être étonnamment satisfait de l'étal actuel de la chrétienté pour élever une telle objection ! L'apôtre ne parle-t-il pas constamment d'un progrés de l'Eglise et de son arrivée bienheureuse à l'unité de la foi et de la connaissance du FiU de Dieu et à la pleine stature du Christ? Et cela sans faire intervenir la Parousie, mais par le simple moyen des ministères établis dans l'Eglise (Eph. IV, H-ki)? Mcyer et Weisa objectent encore que d'après saint Paul les derniers temps seront des temps d'angoisse (ceux de l'Antéchrist», et non une époque de prospérité spirituelle. Nous ne savons comment l'apôtre concevait la succession des faits; il me parait que, d'après l'Apocalypse, la conversion des Juifs, au moins d'une partie d'entre eux, doit précéder ou accompagner la venue de l'Antéchrist (XI, \S; XIV, 1), par conséquent aussi le letour de Christ. Paul ne s'exprime pas sur ce point parce que, comme toujours, il ne fait ivssorlir que ce qui appartient rigoureusiMiK'iil 'AU sujet qu'il traile. Mais en tout cas rien n'empêche qu'une époque de puissante vie spirituelle ne soit en même temps une époque de lutte ardente. Au contraire; la vie appelle la lutte comme la lutte retrempe la vie. — OUramnn', après avoir combattu notre sens (p. 405), ne tiouve rien de mieux que d'y revenii' (p. iOC»).

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