‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 40 sur 97 · V. \V)-M : Avertissement aux païens · texte numérisé non relu

V. \V)-M : Avertissement aux païens

L'apôtre prouve dans ce morceau la parfaite convenance, au point de vue des antécédents israélites, de l'événemiMit qu'il vient d'annoncei' conuru! le couronnement de l'histoire d'IsraT'l. Sa réhabilitation fuDirc est confoi'tue au caraclère saint qui lui a èD' inipriiiiè Ai-^ l'abord ; elle est

cil Al'. XI. i:.-itj. •5-H

donc, non senlemenl possible, mais moralement nécessaire (V. 10). (îelle pensée, ajoute-t-il, doit inspii'er aux païens, d'un côté, un sentiment de respect profond pour Israël, même dans son état de déchéance (v. 17. 18); de l'autre, un sentiment de crainte vigilante par rappoi't à eux-mêmes; car si un jugement de réjection a frappé un pareil peuple, combien plus facilement le même châtiment ne peut-il pas les atteindre (v. 19-21)! 11 termine par une conclusion confirmant cet avertissement (v. 22-24-).

V. 10 : «Or si les prémices sont saintes, la masse l'est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. » — Le peuple juif est consacré à Dieu par son origine même, c'est-à-dire jjar la vocation d'Abraham, qui renfermait la sienne (v. 28). — D'après Nomb. XV, 18- 21, charpie fois que les Israélites faisaient du pain, ils devaient mettre de côté avant lout une portion de celle pâle provenant des produits de la terre que Dieu leur avait donnée, pour en faire un gâteau desliné aux prêtres. Ce gâteau porlait le nom de à-ap/-,-, punnices ; c'est à cet usage que l'apôtre fait allusion dans la première partie de noire V. On a quelquefois prétendu qu'il lirait l'image employée ici de l'usage d'ofîrir dans le temple, le 10 nisan, lendemain de la Pâque, la gerbe sacrée cueillie dans un champ de Jérusalem, comme prémices et conséci'alion de la moisson loul entière; ou bien l'on a vu ici une allusion à l'ordonnance Lév. XXIII, 10 (le don à faire au sacrificateur de la première gerbe de la moisson); ainsi Hofmann. Mais l'expression de O'Jparj.a, pdle, conduit plutôt au piemier sens. Le gâteau offert au représentant de Dieu imprimait le sceau de la conséci'ation à la masse entière d'où il était tiré. Ou'est-ce qui répond à cet emblème dans la pensée de l'apôtre? Plusieurs répondent : les Juifs convertis âims les premiers temps de l'Uglise; car ils sont le

oiH LA MABCIIE IH' SAU'T DANS I/HUMAXITi;

gnge (le la conversion fniale dn peuple entier. Mais on pourrait dire exactement la même chose des premiers païens convertis, comme étant le gage de la conversion successive de tous les Gentils. Or, par cette image, Paul vent précisément l'aire ressortir une qualité particulière aux Juifs. Quelques Pères (Or., Théod.) appliquent cet emblème à Christ, comme garantie de la conversion du peuple dont il est sorti. Mais ce raisonnement s'appliquerail également à l'humanité païenne, puisque Jésus est homme, et non pas seulement Juif. Il faut donc, avec la plupart des interprètes, voir dans ces prémices saintes les patriitrcltcs, en la personne desquels toute leur postérité se trouve originairement consacrée à la mission de peuple du salut; comp. IX, 5.

Mais celte image, par laquelle la nation tout entière élait comparée à une masse de pâle consacrée à Dieu, ne fournissait pas à l'apôtre le moyen de distinguer entre Juifs et Juifs, entre ceux (pii avaient fidèlement conservé ce caractère national et ceux qui l'avaient effacé par leur incrédulité personnelle, (l'est ce qui l'oblige à ajouter une seconde comparaison au moyen de laquelle il pour-ra établir la distinction à faire ici entre ces deux parties si différentes de la nation. Il n'y a donc nul besoin de chercher un autrr sens à la seconde image qu'à l.i première; seulement il tant remarquer que d'après la première la communauté de consécration repose sur un rapport de représentation; d'après la seconde, sur une relation d'unité organique (voir IFt'm). — Oritjènc ap|)lique reudtième île la rucinc à Christ, en tant que par son origine céleste il est le vrai auteur dn peuple juif ; mais celle notion de la préexistence du Christ n'a aucun rapport avec le contexte. — Il résulte de ces deux comparaisons (pie, pour obtenir le salut, le |teu|)|e juif n'a (pi'à demeurer sur le sol où il esl naturel-

c:nAi'. XI. 1<;-IT. .■)9.'i

lement eiiiaciné, tandis que le saliil des païens ne peut s'accomplir que par une Iransplaiilalion. De là un double avertissement que F*aul se sent piessé de donner à ces derniers. Et d'abord celui de ne pas s'enorgueillir.

V. 17 et iS : ce Mais, si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais olivier sauvage, tu as été enté parmi elles et tu es devenu participant de la racine et ' de la graisse de l'olivier, \^ ne te glorifie pas par rapport aux branches ; et si tu te glorifies, ce n'est pas toi qui portes la racine, mais c'est la racine qui te porte. » — Le Si me paraît signifier mois: ((Mais si, malgré leur consécration naturelle, quolques-unes des bianclifs ont élé rompues...» il peut aussi être pris dans le sens de or et indiquer la continuation de l'argumenlalion qui va jusqu'au v. 18. — Sans doute, il est arrivé un l'ail qui semble en contradiction avec le caractère de sainteté de ce peuple : un certain nombre de ses membres, semblables à des branches abattues par un coup de hache, ont été retranchés. Le pronom T'.vi;, quelques-unes, indique une fraction quelconque du tout, soit faible, soit considérable (voira 111, ."]). — '^'j Si, cl si toi. (Juelqnes inlerprèles supposent que cette allocution s'adresse à Vér/Usc pagano-clirétienne tout entière personnifiée. Mais il eût fallu dans ce sens l'article ô devant àYp'.i).a'-o:, Volivier suvvofje. Sans article, ce mot est adjectif et désigne la qualité, non l'arbre lui-même. Weiss objecte v. ^i, où àypiiAa'.o: esl cerlainemenl substantif et non adjectif. Mais là il y a l'article, l'ar cette allocution, Paul s'adresse donc à chaque chrétien d'origine païenne individuellement, et lui rappelle <{ue c'est malgré sa quatitc d'arbre sauvage qu'il a pu prendre place sur cet orga-

' T. I{. lit avec A E L P : Tr.: yZr,; y.x: (de la racine et): ]) I' (1 II. omettent ces trois mots ; n FJ C lisent Tr,: o^r,; sans /.a; let).

•j9i LA MAUCllK \)V SAUT DANS LIICMAMTÉ

iiisme consacré auquel il était primitivement étranger. — Nous avons rendu les mots iv xjtoîç, par : parmi elles, au milieu d'elles, c'est-à-dire des branches restées sur le tronc, des convertis d'oritiine juive. On pourrait aussi entendre : dans le lieu occupé par elles, en (juelque sorte dans le tronçon qui est demeuré d'elles, c'est-à-dire des hranches abattues. Mais ce dernier sens est un peu forcé. — Une fois entées sur ce tronc, les branches sauvages sont devenues co-participnnlfs ;'7-jy/.o'//oivoi) de la lacine. Cette expression est expliquée par les mots suivants : cl de la (/misse de Vvlivier : Comme de la racine monte dans l'arbre entier une sève féconde et onctueuse qui en pénètre tous les rameaux, de même la bénédiction assurée à Abraham (r, ejAoyta toO 'A'icaay., Gai. III, \ \) demeure inhérente à la vie du peuple israélife el se communique même par les Juifs croyants à ceux des Gentils qui deviennent les enfants du patriarche par la foi; comp. Gai. III, 5-9. Les alex. retranchent le mol x.ai, el, après cur.:, nicinc : a la racine deln graisse de l'olivier » Il faut dans ce cas laltacherà la notion de racine celle desoarce, ce qui n'est pas impossible. En tout cas il faut rejeter la leçon des gréco-lat. (|iii uiiietliMil les mots d.c la rarine el de: « co-participant de la graiss(! de l'olivier. » Le sens serait acceptable; mais celle leçon parait être une correction du texte après qu'il avait élé altéré par la leçon alex. — Ce passage démontre l'accord complet entre l'intuition de saint Paul et celle (\(iS: douze apôtres sur la relation de l'Eglise avec Israël. L'école de Tubingue ne cesse d'opposer- l'une à l'autre ces deux conceptions. D'après elle, les Douze auraient envisagé les chrétiens d'origine païenne comme de simples agi-ègés, une espèce de plehs dans l'Eglisr, i;milis <jue Paul aurait fait d'eux les meiidires du p.Miple nouveau, parfaitement i"j.:\[]\ à ci'ux de rancieii. Le l'ail est

r.HAP. XI. 17-18. -^95

qLi(3 d'après ce pas.sage, pour Paul coiiinie pour les Douze, les croyants d'Israël sont le noyau qui s'assimile les convertis d'entre les païens. L'ancien peuple de Dieu est à leurs yeux le ti'oupeau auquel sont incorporés les Gentils; comme le disait Jésus: «J'ai encoïc d'autres brebis qui ne sont pas de celle bergerie; il faut aussi que je les amène, et il y aura un seul troupeau, un seul berger » (Jean X, IG).

On a objecté contre la comparaison dont se sert ici l'ap('»lre, que jamais on n'ente une brancbe sauvage sur un tronc franc ou déjà ennobli, mais qu'au contraire on insère l'ejile d'un arbre ennobli sur un Ironc qui possèd*; encore \nu\c la vigueur de l'élat sauvage. Il y a deux manières de répondre à celle objection. On peut rappeler que, d'après les rapports de plusieurs voyageurs, on procède parfois en Orient comme le suppose la comparaison de l'apôtre. Un jeune rameau sauvage est inséré dans un vieil olivier épuisé et sert à le raviver. .Mais il y a une réponse plus simple : c'est que l'apùlre use de l'image avec liberté et sans crainte de la modifier en vue de l'application. Ce qui le prouve bien, c'est qu'au v.:2.S il représente les brandies abattues comme devant être entées de nouveau. Or, c'est là un procè(Jè qui, pris au sens propre, est impraticable (v. 18). De cet état de choses, l'apôtre conclut par asi/n- (letoH, ce qui indique une certaine vivacité d'impression : « Ne te r/lurifie pas ! tu as été ailmis par grâce; l'orgueil pourrait le faire tomber aussi, tandis que les tombés pourraient être relevés. » Quand Paul parle de ne pas s'enorgueillir vis-ù-vù (les braiic/ics, il faut sans doulo entendre par celles-ci avant ioul les branches ahdtlno^: ainsi les Juifs dans leur état de réjeclif»u. C/csl sur eux que nous voyons de tout temps les chri'lieus jrter un r.'gard de suprême mépris. .Mais ce di'dain pouvait aussi s'étendre aux

;306 I.A MARCHE l)|- SA UT DANS l/IUMAMTK

jiKléo-clirélicns cux-inèmes; et pciU-iMre esl-ce la raison pour laquelle Paul a dit tout court : Ips bninches, sans ajouter l'épithète d'ahatlurs. Il rejaillit toujours quelque honte du nom d'Israélite, même sur les plus honnèles convertis. C'est donc tout ce qui s'appelle Juif que Paul entend mettre sous la protection de cet avertissement.

Cependant l'apôtre, supposant que malgré sa recommandation la présomption du chrétien païen persiste, ajoute : «Que si malgré cela lu dédaignes...» Il n'est pas nécessaire de sous-enlendre un verbe tel que : s((chp que ou pense que. L'idée sons-entendue est: «Soit! Dédaigne! Le fait n'en reste pas moins celui-ci. » Et ce fait (jue l'ieii ne peut changer et qui devrait bannir un tel sentiment, c'est que le salut dont jouit le croyant a été préparé par une histoire divine et que cette histoire est celle d'Israël; que par conséquent si le chrétien d'origine païenne entre en possession d'une bénédiction, cette bénédiction est celle (i'isiael dont il est rendu participant. Comme le dit Hodge : «Ce sont les Juifs qui sont le canal des bénédictions à l'égard des Gentils, et non pas l'inverse. » Les Gentils deviennent peuple de Dieu par le moyen des patriarches juifs (la racine), e| non l'inversi'. En face de ce fait, le dédain de leur pari devienl absurde et même périlleux. Car s'ils comprenaient leui* position, nmi seulement ils ne dédaigneraient pas les Juifs, mais la vue de ce peuple rejeté pour son orgueil leur a|iprendrail (|ucl danger ils courent (Mi\-mèmes.

V. I'.l-i>l : .(Tu diras donc: Des' branches ont été abattues afin que je sois enté. '-^<> Soit! Elles ont été abattues - pour leur incrédulité, et toi tu es de-

' '!'. I{. lit o: flrs) (levant /IxW a\oc I) seul et plusieurs Mnn. - \i \) y C, : :ylx-j')T,'sx'/. ;ui lieu de :;:/.Aa70Tiav.

cil Al*. XI. \x--ii\ 3U7

bout par la foi; ne t'enorgueillis' pas, mais crains! '21 Car si Dieu n'a point épargné les branches naturelles, [il pourrait arriver |- qu'il ne t'épargne- pas non plus. >) — L'ohjeclion (jut' Paul met dans la bouche (Je son lecteui- est tirée de la réponse même qu'il vient de lui faire au v. 18; de là le donc : «Tu reconnais dune que des branches ont été retranchées du tronc pour me faire place, à moi qui y élais étranger de nature : la préférence de Dieu envers moi j)arail ainsi plus éclatante encore que si Dieu s'était borné à m'enler sur le tronc au milieu d'elles. » — L'article o-, les, devant le mot branches, doit être retranché conformément à la majorité des documents. Paul veut diie : «des êtres qui avaient le caractère de branches. » Il l'aiit remarquer l'accent particulier qui repose sur le ïv«, afin que, et sur le syoj, moi: « retranchées tout exprès pour me fiiire place, à moi! »

V. :20. Paul accorde le (ail; mais il nie la conséquence qui en esl tirée. Il n'y a pas faveui' arbitraire en Dieu. Si les Juifs ont été rejetés, c'est par suite de leur incrédulité; et si les (ientils occupent présentement leur place, c'est par un effet de la foi, c'esl-à-dire de la grâce divine, t^ai- il n'y a pas de mérite dans la foi, puisqu'elle ne consiste qu'à ouvrir la main poui- recevoir le don de Dieu. Le terme : lu es debout, fait allusion à la position favorisée de la branche enlée qui se dresse maintenant sur le tronc, tandis que celles qu'elle a remplacées gisent sur le sol. — S'enorgueillir, se hausser dans ses pensées serait précisément le contraire di; la foi et par conséquent le pré-

* N A H lisent jyr./.a -isov:'. au lieu de •ylr^tjj-:,yj'i:'. {\w' lisent tous les autres.

- T. R. lil <,xr-.oi-, ojoi wj a\e^ D F G L Syr.; n A B C P Or. retranclient ar.nw:. — T. R. lit r^v.Tr-.x: avec quelques .Mnn. seulement;

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