V. 11 : c( Ainsi vous aussi, considérez- vous vous
oS LA SANCTIFICATION
mêmes comme étant ' morts au péché et vivants à Dieu en Christ Jésus, notre Seigneur'-. » — Le oOrw, aimi, indique la conséquence à tirer de la conformité entre le cas des fidèles et celui de Jésus. — Vous aussi : vous, tout comme lui. — AoyC^^tafie : supputez, considérez, est évidemment un impératif, non un indicatif; comp. les impératifs suivants, v. 12 et i.3. L'apôtre veut dire : En conséquence de ce que vous contemplez en Jésiis, voici le point de vue auquel vous devez désormais vous placer quand vous vous envisagez vous-mêmes. 11 ne faut plus vous voir tels que vous êtes naturellement : esclaves du péché, morts à Dieu. 11 faut vous envisager tels que vous êtes en Christ, conmie je viens de vous l'exposer : morts au péché, vivants à Dieu. En dehors et au-dessus du vieil homme qui vit encore, le croyant possède un moi nouveau, un avec le Christ qui vil déjà en lui; ce moi a rompu avec le péché, il est sincèrement consacré à Dieu. Voilà rètr(3 qu'il doit envisager désormais comme son vrai être; il doit, en conséquence, le substituer incessamment à sou moi naturel, renié une fois pour toutes au pied de la croix, mais toujours empressé à revivre. C'est là le secret divin de la sanclilication chrétienne, qui la distingue profondément de la simple moralité naturelle. Celle-ci dit à l'homme : Deviens ce que tu dois être. Celle-là dit au croyant : Deviens ce que lu es (en Clii'isl). Elle met ainsi à la base du travail moral un fait positif autpiel le lidèle peut revenir et recourir de nouveau à chaque instanl. Et c'est là la raison pour laquelle son travail ne se perd pas en une stérile aspiration et n'aboutit pas au décourage-
' Le vt'ilx! E'.va-. est |)lac('' par '['. H. et K I. l' après v:x,ooj; a£v ; par N n Ci après c«uToj; ; co mol est retranché par A D E K G II.
- A B l) E l'' G oinellcnl les mots -i» xj^iko rjjitov {)iotre Seigneur). .pic lit T. F{. avec n C K L !'.
ment. On ne se sépare pas peu à peu du péché. On rompt avec lui en Christ une fois pour toutes. On se place par un acte décisif de la volonté dans la splière de la sainteté parfaite; et c'est en dedans de celle-ci que s'opère le travail de la sanctification, le renouvellement graduel de la vie personnelle. Ce second paradoxe de l'Evantiile, la sanctification par la foi, repose sur le premier, la justification par la foi.
Après avoir indiqué au croyant la manière dont il doit s'envisager lui-même en vertu de son union avec Christ, l'apôtre l'invite à ne pas laisser celte position nouvelle à l'état de simple théorie, mais à la faire passer dans sa vie réelle, à en faire sa vie de tous les moments. Gomme le dit Philippi, (( les chrétiens doivent commencer par discerner ce qu'ils sont, puis travailler à le manifester, )) on peut même dire à le réaliser. C'est là le sujet des v. \'l-
V. 1^2-1.) : « Que le péché ne règne donc pas clans votre corps mortel pour obéir à ses convoitises'; 1.) et ne livrez pas vos membres au péché comme instruments d'iniquité; mais offrez-vous vous-mêmes à Dieu comme'- devenus vivants, de morts que vous étiez, et [offrez] vos membres comme instruments de justice pour Dieu. » — Ku Christ tout est fail. Dans le croyant loul esl à l'aire et ne se fera qu'avec le concours
' Trois le(.ons : le T. R. lil avec K L P : v.c -.0 j-ay.ojc'.v auTr, ev -tx.:; c-'.ôjrji'.ai; «uTou (pour lui obéir [au péclié] dans ses convoitises [celles du corps]; ; les gréco-lat. D E F G Ir. Or. Tert. lisent : £-.; to u-a-/.ou£tv a'jTr, (pour lui obéir [au péché]j, en omettant les mois : £v Ta-.; £-;6'j[jL'.ai; auTou (dans ses convoitises); les alex. X A B C Syr-""'' Vg. lisent : st; to ura/ojc-v -at; E-'.Oyaia;; autoj (jtour ohcir à ses convoitises [celles du corps],, en omettant auTr, (lui [au péché]).
2 Au lieu de 01;. A H C lisent tois-..
'iO LA SANCTIFICATION
(le sa volonté. De là l'exhorlation suivante qui se lie par donc. — On aurait pu croire, par certaines expressions précédentes, que Paul n'admettait plus l'existence du péché dans le tidéle; mais il est loin de se livrer à de |)areilles exagérations. L'expression même : «Que le péché ne règne plus, » suppose qu'il est encore là. iMais il ue doit plus être là comme souverain; car, par le crucifiement de la volonté mauvaise, le corps a été soustrait à son pouvoir et devient en Christ l'instrument de Dieu. Ces deux côtés de la sanctification du corps, sa libération du péché et sa consécration à Dieu, correspondent, le [)remier à v. 6 el 7, le second à v. 8-10, et sont dévelo|)pés, le premier dans v. 1^ et IS», et le second dans V. 13^
L'impér. jj:?, [iaaiT.euÉxto, qu'il ne règne pas, s'adresse Liraiiimaticaleraent au péché, mais pour le sens au fidèle lui-même; car c'est lui qui a la tâche de faire cesser ce règne. Cette exhortation ainsi placée, à la suite de ce qui précède, rappelle le passage Col. 111,5: « Vous èles maris (v. 3); fuites donc mourir (v 5) vos membres qui sont sur la terre. » C'est parce que nous sommes morts au péché en (!lhrist que nous pouvons le faire mourir en nous dans la vie journalière. L'impéi'. présent, avec la négation ar,, renferme la notion d'un état qui a exisié jusqu'à mainliinant, mais qui doit cesser. — Il ne faut pas donner, connue on l'a fait, au sv, <lans, le sens de par, comme si dans la pensée de l'apôlre le corps était le mogcn par Ic- (juel le péché exerce sur nous son règne. Le sens naturel convient itarl'aitemcril : a. dans volrii corps morlel. » Le corps est connue le domaine dans lequel s'exerce la domination du péché, en ce sens qu'une fois que la volonté a été asservie jiar le pf'chr, elle lui livi-e le corps doiil elle dispose et que ce maitr»; remploie pour se salisfaiie. —
cnAP. VI. \±
L'épiihéte Ov/iTw, mortel, doit être en relation lo^iqut' ;in>'c l'idée de tout le passade. Calvin y voit une noiion de mépris, comme si Paul voulait dire (pie loute la nature corporelle de l'homme court à la mort et ne doit, par conséquent, pas être choyée. Pliiliiipi pense que celle épilhète se rapporte plutôt au fait que c'est le péché qui a lue le corps, et qu'il a ainsi manifesté son caractère molfdisant. Finit croit que Paul veut faire allusion au caractère passaijer des satisfactions corporelles. Chrijsostome et Grotius trouvent dans ce mot l'idée de la biièvclc des laUiirs qui pèsent ici-bas sur le chrétien. D'après TIwiuck, Paul veut indiquer combien les convoitises mauvaises sont inséparables de l'étal actuel de ce corps destiné à être bientôt glorifié. D'après Lnwje et Sclutlf, la sanctification du corps mortel ici-bas serait mentionnée comme servant à préparer sa gloiilicalioii là-liaut. Il nous parait que l'on peut expliquer plus naturellement celte épithète : Ce n'est pas la partie desii)we à nwuri)' qui doit dominer la personnalité du fidèle; c'est hi vie sujtérieure éveillée en lui qui doit le pénétrer tout entier et dominer même ce coi-ps qui doit bientôt changer de nature. JJufrmmn et Weiss pensent (pie Paul veut faire ressortir la folie qu'il y aurait pour le croyant à se laisser entraîner dans la mort qui attend le corps, tandis qu'il possède une vie qui peut se communiquer même au corps. Ce sens me pai'ail rev(!nir à celui que j'ai présentt';. — Il est évident que dans la dernière propos, du v. la lc(;on reçue : pour lui obéir lions ses convoitises, ne pii-sente pas un sens simple. (Jbéir au péché dans les convoitises du corps est ime expression artificielle et recherchée. La leçon grécolatine: /lour lui obéir, a quelque chose d'oiseux; qu'ajoute ce régime à l'idée exprimi'e par les mois pi-écédents : « (Jue le ()éché ne rt'gne pas dans votre corj)S? » La leçon
alexanrli'ine : iiour ohcir à ses convoitises (aÙToO, du corps), csl, quant au sens, prélérahle aux deux autres; et de plus, elle a l'avanlaiie, comme nous le montrerons, d'expliquer aisément l'origine de celles-ci. — Les convoilises du corps sont les instincts et les appétits du corps qui, en agissant sur l'àme, y déterminent les mouvements passionnés et désordonnés du péché. Le terme i-<Jh'j.iy., convoitise (de i-i, sur, vers, et 6ii[ji,ôç, le cœur, le sentiment, la passion), indique la violence avec laquelle, sous l'empire des appétits sensuels, l'àme se porte vers les objets extérieurs qui peuvent satisfaire les désirs excités en elle. Lors donc que l'instinct égoïste domine encore la volonté, celle-ci met le corps au service des désirs qui procèdent de cet instinct; mais lorsque l'instinct naturel avec ses convoilises a été cloué à la croix de Jésus, comme il ne domine plus la volonté et que c'est la volonté qui dispose du corps, le corps n'obéit plus à la convoitise et ainsi l'instinct mauvais, quoique toujours existant, n'a [ilus d'ins- Irumeul pour se satisfaire. — Cette relation d'idées n'ayant pas été bien comprise par les copistes, il en est résulté une différence de leçons. Comme le péché était le sujet du verbe régner, il leur a paiMi que c'était à lui aussi que l'obéissance devait être rendue; ^\e là l'adjonction du pron. aWr,, à tui, dans les byzantins et par conséquent aussi celle de la prépos. iv, dans, devant le mot Taî; ïTTiO'jaiaiç, les convoitises. Ou bien l'on a jugé plus simple de retrancher tout ce n'-gime final (jui ne paraissait pas conforme au commencement de la i)hrase ; et ainsi s'est formée la leçon gréco-latine, ("/est ici l'un des cas où les leçons et les manuscrits des trois familles sont nettement sépai'és.
V. I."). |)u cor/is en général l'apc^ilre passe, v. ]S\ aux nicnihrcs particuliers, l^hilipjii, (jui avec Calvin a entendu
un V. 12 le corps, non du corps propremcnl ilil, mais du corps et de l'àme réunis (pour autant que ceile-ci n'est pas sous l'aclion du Saint-Esprit), prend le mot membres, V. 13, à la fois au sens physique et moral. Ce seraient non seulement les yeux, les mains, les pieds, la lani^ue, etc., mais aussi le cœur, la volonté, l'inlelligence. Ce sens tombe avec celui du mot corps qui y a donné lieu. La multiplicité des membres répond à la diversité des convoitises (v. 12), auxquelles ils servent d'instruments. — Le terme 07:).a peut se traduire par armes ou par instruments. Meyer insiste, pour appuyer le premier sens, sur le fait que ce terme n'en a pas d'autre dans tout le N. T. (comp. 2 Cor. VI, 7; X, A). Mais celte observation s'applique-t-elle vraiment à Rom. XI 11, 12 (voir à ce passage)? Le sens d'instrument me paraît mieux convenir à notre passage, où il ne s'agit nullement de guerre, mais uniquement d'activitéau service d'un maître (voir Ollramare). — - L'impér. prés. -api-jTavsTe, présentez, offrez, indique, comme le [iaT-./.eOsTw du v. 12, la continuation d'un état de fait : (( Ne continuez pas à présenter.... comme vous l'avez fait jusqu'ici. » ('/est le £7:ia£vei.v du v. 2. Le verbe rapiTTxveiv signifie : présenter pour mettre à la disposition. Le mot à(^i/.ia, injustice, comprend ici tous les actes contraires à l'obligation morale en général. — On peut hésiter sur la question de savoir si le datif t-?, â^aoTia, au iiéclié, dépend du verbe ojfrez ou du suhsi. instrument. Peut-être faut-il le rapporter aux deux simultanément. — De ce c<'ité négatif de la sanclitîcalion du corps, l'apôtre |)asse, V. 13h, au côté positif. Celte gradation correspond à celles de 5" à .> et de v. 7 au v. 8.
L'apôtre emploie ici l'aoriste TrapaTTr.rraTc-, au lieu du présent TTzpirrTavsTe, v. 1.")='. Ce lem[)S indique, comumc le pensent Meycr et Wciss, Vinstanlancitc avec hupirllc
celle consécration du corps doil s'accomplir. Frilzsclic el Bccii y trouvent plutôt la notion de la rcpéliliun continuelle des actes dans lesquels s'exerce cette consécration. Philippi pense que celte forme exprime l'idée d'une consécration accomplie une fois pour toutes. Comme l'aoriste désigne propremenl l'entrée en action, cette l'orme répond mieux ici à la première explication. Le croyant doit accomplii- à l'instant l'acte indiqué par le verbe. Mais le sens de Pliilippi est renfermé dans cclui-Kà. La différence de cet impér. aor. avec les impér. pi'ésenls précédents, est donc celle-ci : ceux-ci exhortaient à ne pas continuer l'étal ancien; celui-là insiste sur le passage innnédiat à l'état nouveau (comp. Hofmann, p. 24(3). — Le cliangemenl doil porter non seulement sur le corps, mais avant tout sur la i)ersonne elle-même : Offrez-vous rous-mêmes. La consécration du corps et des membres résultera d'elle-même de celle de la personne. Le comme qui suit, qu'on lise toç ou fôcici, signitie : comme étant réeltemeut, el non : comme si vous étiez. — On a entendu ici l'expression morts de deux manières. Meyer, Weiss, Oltramare, etc., appliquent le terme de morts, dans le sens de v. 2 et 11, à la mort au péché, la mort avec Christ. L'activil('i nouvelle du lidele serait opposée à la cessation de son action au sei'vice du péché. Il me parait plus natuiel d'expli(juer avec Philippi ce terme de mort comme dans Eph. Il, 1 et 5, en le rapportant à l'état de mort spiiiluelle dans lequel était plongé le croyant avant sa régénération : Offrez-vous à Dieu avec votre corps et tous vos meudjres, connue des ressuscites qui niellent leui' corps arraché à la mort au sei'vice du maître qui leui' a donn('' la vie. — Le; terme de (iv/.'X'.rjG'jYr,, justice, opposé à celui iVy.^i/.iy., iiii<iuitc, ne peut désigner (pie la justice morale, racct)iiij»lissemenl de toutes les obligations humai-
ciiAP. VI. \:i-\'K ■'/■•>
nés. — Le dalif rw heCo, à Dieu, ne dépend probablement pas du verbe sous-enlendu o//re:, puisqu'il eût été inutile dans ce cas de répéter ce rét;ime déjà énoncé dans la liiiiie précédente. Il faut donc le rapporter à l'expression o-rrla (^'aaio'7'jvy;; : instruments de justice pour Dieu; c'est-à-dire (pie c'est Dieu qui se sert de ces membres pour accomplir des œuvres de justice qu'autrement il ne pourrait exécuter qu'au moyen d'interventions miraculeuses continuelles.
V. 14 : « En effet, le péché ne régnera pas ' sur vous; car vous n'êtes pas sous la loi, mais sous la grâce. » — Ce n'est point ici une exhortation déguisée, exprimée au moyen d'un futur qui aurait le sens d'impératif : (( Que le péché ne régne plus...! » Pourquoi l'apôtre n'eùl-il pas continué la forme impéralive employée dans les versets précédents? C'est Taffirmation d'un fait futur, et par conséquent une glorieuse promesse: « Ce que je viens de vous demander (mourir au péché et vous consacrer à Dieu), vous le pourrez; car le péché, lors-même qu'il existe encore chez vous, ne pourra plus vous dominer. »
Celte promesse, renfermée dans la premiéi'e proi)osition, est justifiée dans la seconde. Etre sous loi, c'est, coniNK; le dit bien Gess, « s'efforcer d'obtenir la satisfaction divine par l'obéissance aux commandements de Dieu, et cela dans un état de crainte et de tremblement. Car de CL'Ite satisfaction dépend notre vie et notre salut ; et ce n'est pas là pour un pécheur une tâche facile. » IS'ètre plus sovs la loi, c'est, dit le même auteur, « renoncer à obtenii- la satisfaction de Dieu sur ce chemin-là, chercher son refuge dans la grâce, bâtir sur la grâce. »
' X K lisent 'yjy.t-'. (plus), au lieu di; oj (pas).
^i^* LA SANCTIFICATION
Cet état (le i- race, qui comprend l'enlèvement de la condamnation, la jiisliticalion devant Dieu et la jouissance de sa laveur, et qui aboutit à la possession de son Esprit, communique à l'àme .une force victorieuse, étrangère à l'état légal, puisque dans celui-ci le sentiment du péché et la crainte de la condamnation entretiennent l'esprit servile et empêchent la joyeuse consécration intérieure. Voilà pourquoi le péché peut être surmonté sous la grâce, tandis que sous la loi il règne en maître. L'apùtre n'a pas mis l'article devant le mol vôpjv, loi; car, lors même qu'il pense essentiellement à la loi mosaïque, c'est comme loi qu'il veut la désigner ici, et non comme loi mosaïque. Ca' qu'il affirme ici, s'applique à toute institution ayant le caractère d'un commandement extérieur. « La loi exige, dit Gess, la grâce donne, s) — Mais pourquoi employer la prépos. ùt:o, sous, et non la prépos. sv, dans, qui paraît mieux convenir à l'état de grâce? La grâce serait-elle donc un joug, aussi bien que la loi? N'est-elle pas, au contiaire, une vie intérieure, une force? Assui'ément, dans d'auti'es contextes, Paul se serait servi de la prépos. iv, dans, avec le mot f/râce. .Mais on verra que l'idée de tout le passage qui va suivre, est celle de l'empire que la grâce exerce sur le croyant pour l'assujellir à la justice avec une autorité non moins impérieuse et plus efficace que la loi. Et c'est là l'idée qu'annonce et résume la prépos. jrô, sous, du V. 14. Ce verset est la transition de l'exhortation précédente au développement suivant qui en démontre la convenance morale. Non seulement la foi au Chiisl crucifié et ressuscité renferme en elle un principe de sainteté (VI, l-l i); mais ce principe exerce sur l'àme un enq)ire qui l'assujettit à la justice non moins inévitablement que sa corruption naiuiellc l'avait assujettie au péché.
r.IIAP. YI. IH5. ^^7