XIV MORCEAU (VI, I
Le pouvoir du principe nouveau de sanctification pour assujettir à la justice.
Le principe nouveau venait d'être posé. L'apôtre l'avait trouvé dans ïobjet de la foi justifiante. Mais un principe aussi spirituel pourra-t-il, en l'absence de toute rèi^le extérieure et positive, s'imposer à la volonté avec assez de force pour la dominer et la tenir à l'abri du pouvoir du mal? A celte objection naturelle, formulée v. 15, saint Paul répond de la manière suivante : Par l'acceptation de la grâce, un maître nouveau s'est substitué à l'ancien, au péché (v. 16-19); et le croyant est obligé à servir ce nouveau maître au moins aussi fidèlement qu'il a servi l'ancien, sous peine de recevoir son salaire de celui-ci, qui paie ses ouvriers en leur donnant la mort, tandis que le premier les rétribue en leur communiquant la vie. Ainsi l'autorité du principe nouveau, quoique purement interne, n'en suffira pas moins pour dominer la vie du croyant et l'assujettir à la justice.
V. 15 : « Quoi donc! voudrons-nous pécher ' parce que nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce? Q'ainsi n'advienne! » — La question du v. 15 n'est pas une répétition de celle du v. 1. La discussion a marché. Le principe de sainteté inhérent au salut par grâce a été démontré. L'apôtre se demande seulement s'il aura la force nécessaire pour dominer l'Iionune sans le concours d'une loi? C est là le point au(|uel la questi(m Ti ojv, quoi donc? reprend la discussion. Ainsi s'explique
' Tous les Mjj. lisent aaap7r,7ft)|j.îv (voudrons-non s péchera), au lieu (le a;jiapTr|ao;v.cv (pécherons-nous?) que lit T. H. avoc plusieurs Mnn. seulement.
K> I..\ SANITIKICATION
l.i (liHV'rencc de teneur enire la qtieslioii du v. 1 ri celle du V. 15. Là Paul deinandail : Voudrons- nous demeurer dans le péché 7 Ici il dil siinplenrient : Voudrons-nous pécher'/ Il est hors de doule que la leçon du T. \\. et des Mnn. â;v.apTY;'70[x£v, péc.'ierons-noiis / doit être écartée, el qu'il faut lire âixapTriCcoty-ev, l'aor. conj., qui ne désigne pas, coiume le ferait le présent, l'étal permanent, mais l'acte isolé, ce qui convient ici. (îar la question n'est [dus de savoir, comme au v. 1, si le croyant justifié demeurera dans la vie de {)éché qu'il menait aupai'avant, mais si le nouveau régime sera assez fort pour exclure le péché dans chaque cas juirticulier. De là la forme de l'aor. conj.: Voudrons-nous faire acte de pèche/ Pourrons-nous volontairement péciier une seule Ibis? Un croyant ne dira pas aisément: En vertu de la grâce je vais rester, sans changement aucun, ce que j'ai été jusqu'à présent. .Mais ce qui ne lui arrivera (pie trop facilement, c'est d'envisager connue admissihle, au nom du pardon gratuit, certaine condescendance particulière envers le péché. A cela se rattache la seconde différence entre la question du v. I et celli; du v. 15. L'apôtre ne dit plus : « afin que la grâce ahonde,» paiole qui ne pouvait sortir que d'un cœur ahsolument étranger aux ex|)ériences de la foi; mais il dit: a parce que nous sommes sous la giïice. » Le piège est moins grossier sous cette foiiue. Vinet disait un jour à celui qui écrit ces lignes : « Il y a un venin suhtil qui se glisse dans le cœiii' du meilleur chrétien ; c'est de dire : Péchons, non a/in que, mais parce que la grâce ahonde. » Il ne s'agit plus d'un calcul odieux, mais d'un simple laisseraller. — Lu quoi serail-il hesoin, pour expliquer cette question, d'admettre que l'apôtre ait en vue une ohjection soulevée jiar le judéo-christianisme légal? La question nait d'fdle-mr-me ilés (jue rLv.uigile se tiouve eu contacl avec
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le cœur désespércmenl malin de riiomine. (le qui prouve bien que l'apùlre ne pense pas ici au scrupule judéoclirélien, c'esl que dans sa réponse il ne lail pas la moindre allusion à l'assujellissement du Juif à la loi; il parle uniquemeni du joui: que le péché laisait origiuairemenl peser sur lui. .Vussi la traduclion lillérale de l'expression de Paul n'est-elle pas : « Vous n'èles plus sous la loi, » mais : « Vous n'èles plus sous loi. » Il va sans dire qu'en disant loi, il pense au réizime mosaïque, aussi hien qu'en disant ffràce, il pense à la révélation évaniiélique. Mais il ne mentionne pas la loi de Sinaï comme telle; il rappelle seulement son caradin-e de loi.
Le qu'ainsi n'advienne, du v. 15, est justifié par les V. 10-19 qui décrivent l'assujettissement à la juslire, par lequel la iiràce a remplacé chez les croyanis de Home l'assujettissement au pérhé.
V. 10 ; « Ne savez-vous pas que, à l'égard de celui auquel vous vous consacrez vous-mêmes comme serviteurs pour lui obéir, vous êtes ses serviteurs, lui devant obéissance, si c'est le péché, pour la mort, ou si c'est l'obéissance, pour la justice ? >> — La question du V. 15 provient d'une manière complèlemenl erronée de comprendre le rapport entre la volonté morale de l'homme et les actes dans lesquels elle se manifeste. A entendre l'objection, il semble qu'un acte libre ne soit qu'un fait isolé dans la vie, et qu'après que la t;ràce a annulé un acte de péché, il n'en reste plus de trace. C-'esl ainsi qu'un pélagianisme superficiel comprend la liberté morale. Après chaque acte accompli, celle-ci revient à l'état oii elle était auparavant, exactement comme si rien ne s'était passé. Une élude plus sérieuse de la vie humaine conslate, au contraire, que tout acte de volonté, dans le sens du bien el dans celui du mal, en se réalisant, crée
Kl'. AUX ROM. — TOMK II. ^
LA SAXCTIFirATION
OU renforce un penclinnl qui entraîne l'homme avec une force croissante, jusqu'à devenir tout à fait irrésistible. (Iliaque acie libre engage donc à un certain degré l'avenir. C'est cette loi psychologique que l'apùlre applique ici aux deux principes du péché, d'une pari, et de la grâce, de l'autre. Il fait observer qu'il en appelle à une expérience que cbacun peut faire : A'e savez-vous pas que...? Jésus avait déjà formulé celte loi en prononçant la maxime suivante : « Celui qui fait le péché est esclave [du péché], » Jean VllI, 34. — Les mots : celui à qni vous vous consacrez vons-mcmcs comme esclaves, se rapportent aux premiers pas faits dans l'une des deux directions opposées, A ce moment, l'homme jouit encore, par rapport au principe qui tend à s'emparer de sa volonté, d'un certain degré de liberté morale : il se consacre, se livre lui-même, comme dit l'apôtre. Mais, à mesure que par une suite d'actes de condescendance il s'est abandonné à ce principe, il tombe de plus en plus sous son empire : Yous èles esclaves de celui à qni vous obéissez. Ces mots caractérisent l'état de choses plus avancé dans lequel, le lien de la dépendance étant désormais formé, la volonté a perdu toute force de résistance et n'est plus là que pour satisfaire le maître de son choix. Les mots : (} JTTaxo'Jere, auquel vous obéissez, sont proprement un pléonasme; car celte idée était déjà renfermée dans l'expression : f^jO^oi i-îTE, vous êtes esclaves; mais ils ne sont pas superflus cependant. Ils signifient : « Ce maîtie auquel il s'agit d'obéir maintenant bon gré mal gré.» On ne se met pas au service d'un maîtie pour ne rien faire pour lui. Kn d'autres termes, la liberté absolue ne saurait être la condition de l'homme. Nous sommes faits, non pour nous donner à nous-mêmes un princi|)e moral quelconque de notre pro|)re rn'alion, mais siiiiplcinent |)(mii- adbérei" à
CHAP. VF. Ki
l'une des deux puissances morales opposées qui nous soUicilent. Chaque concession faite libremenl à l'une ou à l'autre est un précédent qui nous lie vis-à-vis d'elle et dont elle se prévaudra pour en exiger de nouvelles. Ainsi se fonde graduellement chez nous, par une série de décisions libres, le régime de dépendance dont parle l'apôtre et qui aboutit, soit à l'impuissance absolue de faire le mal (I Jean 111, 9), l'état de la vraie liberté; soit à l'impuissance totale de vouloir et de l'aire le bien (Matth. XII, 32), l'état de la peidition finale. Comme Paul ne parle pas en philosophe moraliste, mais en apôtre, il énonce cette expérience psychologique en l'appliquant immédiatement aux deux principes qu'il veut opposer ici et qu'il appelle le péché et l'obéissance. Des deux particules disjonctives xtoi (soit c^rlainemcni) et r (soil),^ la première a quelque chose de plus insistant, comme si l'apôtre voulait appuyer plus fortement sur la première alternative : « soit certainement du péché pour la mort, soit, si ce résultat ne vous agrée pas, de l'obéissance pour la justice. » — Le péché est placé le premier, comme le maître auquel nous inclinons naturellement à obéir dès l'cnlance. C'est son joug que la foi a rompu; et, par conséquent, le chrétien doit se rappeler constamment qu'en faisant à ce principe une concession particulière, il commencerait par là à se replacer sous son empire et sur la voie qui peut le ramener au terme de sa vie précédente : la mort. — Le mot de mort ne sautait désigner ici la mort [)hysique, puisque les serviteurs di' la justice meurent aussi bien que ceux du j)éché. •Nous ne sommes plus dans la partie di' l'épîlre qui traite de la condamnation et où la mort apparaissait comme
' Nous les avons rendues en vue de la clarlé [)ar : si c'est... ou si c'est...
.yi I.A SANCTIFICATION
l'exéculiuii (i(j l;i seiileiice prononcée siii- le péclié primilif, par conséqiienî coriiiiie inori piopremeni dile. C'est le roiilrasie enlre péclK' el sainlelé qui préside à celle pallie, rliap. Vl-Vlll. Il s'aiiil donc de la morl dans le sens de la corriiplidii d de la peidilion morale, de la sépaialion d'avec Dieu ici- bas el là-liaul. C'est là l'abime que le péché creuse loujours plus profondément sous les pas rie l'iiomme, à chaque l'ois qu'il se livre à lui [)ar « un ade » parlirulier. — Pourquoi, en opposition au péché, l'apùlre dil-il dans la seconde allernaliv,- : </<• rohi'issanir, el non pas : de la stiiiitrlr; et pourquoi, en opposition à : pour la }it(>il, dil-il : ponr la justice, (M non : jwur lu vie? On eiiieiid IVéquemmenl par l'oheissiiiiiv dans ce [)assafie : robéissaiicf au bien ou à Dieu, d'iuK; manière [générale. Si Paul laisail un cours de morale philosophique, au lieu d'un exposé de l'Evaiiiiile, ce sens sei'ail le plus naturel. Mais dans le v. suivant il n'est pas douteux que le verhe obéir ne désigne l'acte de la foi à l'enseignement évangélique. Xous avons déjà vu 1, ') que l'apùtre appelle la loi une oitéissance. Il en est de même \V, 1<S, où il applicpie la méuie expression à la foi des Cent ils. La foi esl toujours un acte de docilité envers une manifestation divine, ainsi une obéissance. C'est donc la foi à TKvangile que rap('ilre désigne ici par le mol olteissiince: el il peut parfaitement l'oi^poseï' dans ce sens au |)éché, parce que c'est la foi qui met lin à la révolte du pé'clié el qui fonde le régru' de la sainteté. ClwKjue fois que l'Kvangile est annoncé au pécheur, il est mis en demeure de se décider enlre l'obéissance de la foi (X, ^3) et rindépendance charnelle du péché. L'homme ne sort pas de son élal de péché par la simple contemplation morale du bien el du njal et de leurs eflels respectifs, mais niii(pieiiM>iil |)ar la veihi de |;i Ini. ^ |,r n-siilia! de
CHAI». VI. I(i-17.
celli' uhéissance de la loi csl la juslice. J/f//t'/ applique ce mot à la sentence de juslificalion que recevra au dernier jour le chrétien sanctifié. Il est conduit à cette interprétation par le contraste de ci' terme avec le régime précédent : pour la niorl. Mais nous venons de voir le terme i\e justice e\i]\)\o\ à, v. 13, dans le sens de justice morale; et ce sens est aussi celui qui convient le mieux ici, puisqu'il s'agit d'indiquer les conséquences saintes (jui résulteront île l'obéissance de la foi. L'anlitlièse avec le terme de mort s'explique également dans ce sens. Si la mort, fruit du péché, est la séparation d'avec Dieu, d'autre pari, la justice, fruit de la foi, est la communion spirituelle avec Dieu. Dans la notion de mort est renfermée celle de la corruption morale qui conduit à la mort, comme dans la notion de justici' est renfermée celle de la vie, car la vie est le trrme de la justice. Si l'on voulait rendre complètement le contraste, il faudrait dire : « soit du péc/té, pour l'injustice qui ahoutit à h mort, soit de l'obéissance, pour la justice d'où résulte la vie. » En s'exprimant comme il le fait, Paul veut, ainsi qu'il le fera plus expressément v. 20--23, inspirer l'horreur du péché, dont le fruit est la mort, et mettre en relief le caractère essentiellement moral de la foi, dont le fruit est la justice et la vie.
V. 17-1 S : (( Or, grâces à Dieu de ce que vouz étiez esclaves du péché, mais de ce que vous avez obéi de cœur au type de doctrine qui vous a été inculqué; \X or', ayante été affranchis du péché, vous avez été assujettis à la justice. '^ - Le v. Kl (■talilissail la nécessité d'un choix entre les deux maîtres, "soit le pi-cln'' ipii conduit à la mort, soit la foi qui produit la jiistire.
' X (i lisent ouv (dum:). au li(Mi de o- lori.
•>■!' LA SAXCTIIICMIO.N
I/;i|)(")lie (léclaie au v. 17 — el il en rend Ltràcus à Dieu — que les Uoniains oui l'ail leur choix el que ce choix a été le hon. L'exclainalion : f/rdœs à Dieu! n'esl [)as une loi IDC oratoire; c'esl un cri de reconnaissance qui sori (lu ca.'iir (le rajx'ilrc pour rceuvre adniiralile (|ue Dieu a l'aile clic/, CCS anciens |)aïeiis en leur l'aisanl annoncer le pur F.vangili^ el en inclinanl leur cœur à y adhérer. — \hiis peulil rendre liràces de ce qu'ils élaienl aulrelois esclaves du péché? 11 y a deux iuani(3res de comprendre la lournure employée ici par sainl Paul : ou bien on ne l'ail porler l'action de grâces que sur la seconde proposition, el l'on envisage la première comme n'étant là que pour l'aire mieux ressortir par le contraste l'excellence du changement qui s'est opéré cIhîz les lecteurs : « llràces à Dieu de ce que, lundis qiCauparavanl vous éiicz esclaves...., vous avez maintenant ohéi.... » Ou bien l'on admet que la première proposition appartient déjà au contenu de l'action de grâces; pour cela il suHit d'accentuer fortement l'imparfait étiez : «de ce que vous éliez «, c'est-à-dire de ce que vous n'êtes plus. On compare dans ce sens les déclarations analogues 1 Cor. VI, 11; Eph. V, 8 (voir Meyer, Weiss, Philippi). A la première explication on objecte surtout l'absence de la particule y.iv, ainsi que la position saillante qu'occupe en tète de la phrase le verbe •/iTe, vous éliez. Mais l'emploi de la particule y.iv est beaucoup plus rare clans le N. T. que dans le grec pi'ofane, et la position du verbe sert aussi dans la seconde explication à opposer l'orlemcnt ce qu'ils sont à ce qu'ils étaient. Le premier sens reste toujours le plus simple et le plus naturel. On peut citer de nombreux exemples de celle manière de s'exprimer. — 1/iinparfail y,t£, vous éliez, fait ressortir la durée de l'état passé, tandis que l'aoriste j-r,/.oO'7aTc, mus uvez ohéi, caractérise bien Vitcle
CIIAP. VI. 17. 0.>
par lequel ils ont brusquement rompu avec cet état. — L'expression i/. y,y.or^'.ccç, de conir, indique l'élan intérieur avec lequel ils ont reçu une prédication qui répondait chez eux à un besoin profond. — On peut construire de trois manières la })roposilion suivante : I.tw tj-w ^'.^y./-?,; £■; ov -y.oz^6hr,xc, de ce que vous avez obéi cm tf/pe de doc- Lrine auquel vous avei été confiés {Chrys., TlioL, de W., Mey., Weiss, Philip., Winer); il. d; tôv rj-ov (^i^ayvïç ov -açsf^ôOr.Te, de ce que vous avez obéi au (ou : par rapport (tu) type de doctrine qui vous a été transmis (oç -aç^f^JO•/; •jy.îv); ainsi Hofinmin; S. de tôv tjttov è'j^y:/-?.; si; ov -xoer^ôOr.Ts (celte construction combine les formes des deux précédentes). De ces trois constructions la première seule est admissible, parce qu'obéir à quelqu'un ou à quelque chose s'exprime en grec par ûttoxo-jsiv avec le datif et non avec la prépos. sic; celle-ci désignerait le but de l'obéissance. Paul félicite les Romains de ce qu'ils ont adhéré avec foi, docilité et empressement à la forme d'enseignement chrétien que leur ont apportée ceux qui les premiers leur ont communiqué la connaissance de l'Evangile. Ce type de doctrine désigne-t-il le christianisme en général ou une forme plus spéciale de l'enseignement chrétien? Dans le premier cas, Paul aurait dit tout simplement : « de ce que vous avez obéi de cœur à Christ ou à l'Evangile.» Le choix d'un terme aussi exceptionnel que celui qu'il trouve bon d'employer ici, nous fait plutôt penser à une forme spéciale et nettement déterminée d'enseignement chrétien. 11 s'agit de cet évangile de Paul (II, 10; XVI, 25) que les premiers propagateurs de l'Evangile à Iiome y avaient prêché. Paul savait bien par sa propre expérience que ce n'était que dans la pure spiritualité de ft son évangile » que se trouvait la vraie force de la sanclificalioii chrétienne, et que chaque concession au prin-
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cipi,' léiiid ôlai( en même temps une enlr.ive ;ip[)orlée à l'opéralion du S.iint-Espril. Voilà poiircinoi il se réjouissait (lu lonil (lu cœur dii ////n- (//• iloitrlur qui avait marqué de son empreinte profonde la vie moivde des chrétiens de Home. Aurait-il pu sans charlatanisme s'exprimer de la sorte si, comme le pensent tant de critiques, l'enseiiinement reçu par ces chrétiens rouiains eût été de nature judaïsanle et en contradiction avec le sien propre? — Tous les termes sont comme choisis à dessein pour l'aire ressortir la réceptivité des lecteurs, qui a répondu à la prévenance de l'invitation divine. Kt d'ahord le mot TM-oç, type (de t^/-tc'.v, frapper), qui indique une imaiie profondément empreinte et capahie de se reproduire; comp. .\cl. XXIII, 25, où ce mol désiiiuc la leneur exacte d'une missive, et le terme analogue j-oTÔ-wm:, ■:! Tim. I, 1.'), employé à peu prés dans le même sens qu'ici. Puis, le passif Trapa^oOr.va'., litlér. rire livrr, qui exprime énergiquement le nouvel assujettissement moral dû à l'action pui.ssanle de la vérité chrétienne. On est lihre d'y acquiescer ou de la repousser; mais le tîhrist une fois reçu devient un maître qui marque de son sceau la vie du serviteur.
Si l'on se demande en quoi consistait exactement cette forme précise de la vérité évangélique à laquelle pensait ici l'apôtre, il nous semhie que nous la trouvons résumée au mieux dans 1 Cor. 1, SO, oii (Ihrist est présenté d'ahord comme noire juslire, puis connue iwlre sainlrlr, eidin connue noire délirninre linale. On peut dire (|ue toute la parti(i didacli(|ue de notre (''pitre est renfermée dans ces trois termes; cliap. 1-V, dans le picmier: la justice; chap. VI, I à VIII, 17, dans le second: la siiiiilelé; l't la lin du chap. VIII, dans le troisième: la ilélirrance.
Plusieurs interprètes euvisai^cnt le v. IS coinuK^ la
CllAl'. VI. IX. Oi
conclusion du raisoimciiicnl ; iii.ii? ;iii lifii de l;i parliciil»; fii, or, il devrait v avoir o//, do)it\ (|iie iiscnl en t.'ITcl t\e\i\ Mjj., induits en erreur parcelle supposition. Ce qui suit n'est nullement une conclusion. L'alfirmalion : Vous avez été ii.ssu/ettis à bi jnsUce, appartient encore aux prémisses de rarLiunicnlaliou. Voici, eu ell^l, renseinble du raisonnement : Au v. 15 l'objcclion : Le lidrie voudra-t-il pécher, même une l'ois? Du v. 10 au v. 18, la réponse. Et d'ahord, v. 10, la uiajeure : L'homme doit avoir un maiire, il laut qu'il choisisse cuire le péché ou la jusiice; V. 17 et IS. la mineure : dr, en vous décidaiil [)Our la loi (V. 17), vous avez acce|)té l'assujettiss.Mtient à la justic(î (v. 18). La conclusion se lire (relle-méme (il n'a pas hesoin d'être expressément énoncée : donc votre marche dans le hieu est ihîsormais l'oiTée. L'objection posée est donc résolue : V(uis ne pouvez vouloir pécher, même une l'ois, sans l'cnoncer au nouveau piincipe aïKpiel vous vous êtes livrés. xXous voyons ainsi comment Paul est parvenu à retrouver une loi dans la liràce même, mais une loi intérieure et spiriluelle, comme tout son évangile, ("est Christ lui-même qui, après nous avoir par sa mort alTranchis du péché, en nous unissant à sa vie de ressuscité, nous a assujettis à la justice.
Cependant l'apéilre avait employé, dans cet ex[)os('' dt^ la relation entre le (idéle et le nouveau maître que sa loi lui a donné, une expression qui le choquait lui-même et (pi'il éprouve le besoin d'i^xcuseï" et d'explMpu'r. C'est celle iyescliii'iii/i', appliquée à la (bqiendauce df la jusiice. La praticjue du bien esl-elle doue une servitude? N'estelle pas, au contraire, la réalisation de notre divine destination et par conséquent la plus glorieuse liberté? .\ssurémenl, et c'est à celle pensée qiie se rapporle la remarque p,ir hupujlle coimnence le v. P.l ; après quoi,
(l;iiis la seconde parlic de ce v., l'nix'die conclul ce dévelop|)emeiil par une exiiorlalion praliciue.
V. l'.i : «Je m'exprime humainement à cause de votre faiblesse charnelle. Car de même que vous avez livré vos membres en esclavage à l'impureté et à la licence pour la licence, ainsi livrez maintenant vos membres en esclavage à la justice pour la sainteté.» — l'Idsieiii's iiil('i'|ii'clos [lîmij., ih: IV., Mai., l'hilij).) rapporleiU la fnUdesse charnelle des Romains, donl pailc ici l'apùlre, à leur infirmité intellecluelle, l'incapacité de saisir d'un»- manière adéquate la vérité religieuse. Voilà In raison qui l'a porté à se servir d'une manière de parler humaine, en appelant un esclaraf/r l'accomplissement de la jusiice, qui, au point de vue divin, est au contraire la vraie liberté, tle sens rapporte à bon droit les premiers mots du V. 19 à l'expression (V esclavage employée v. 18. Mais il a le tort d'a|)pliquer l'expression de faihlesse charnelle à un défaut d'intelligence chez les chrétiens de Home, ce qui contredit XV, \A, oii il leur reconnaît un haut degré de connaissance. La faiblesse charnelle (plus litléralement : provenant de la chair) désigne un état moral plutôt qu'intellectuel, état qui leur est commun sans doute avec la majeure partie des croyants. Si en effet l'obligation de pratiquer la' justice parait au plus grand nombre des fidèles un assujettissement, une sorte (resclavage, ce n'est pas pai- inintelligence religieuse; la cause esl plu? profonde : c'est parce que la chair, l'amour du moi, n'a pas encore été complètement immolée chez eux, el ce reste de complaisance en eux-mêmes fait que la règle de la justice leur paraît un maitre très exigeant, dm- même parfois, el l'obligation de se conformer de tous points à la volonté de DiiMi, un esclavage, (l'est à celle impi'essiou cliarnelle, réstdtant de leur état spirituel