I.A VIK DANS LE SAI.L'T
afTeclion de raniille. — Le terme -vvr, désiiiiie le senlimenl de respect que chaque fidèle éprouve pour son frère, en tant que racheté de Christ et enfant de Dieu, comme lui. — Le verhe TrpoyiyeÎTfJai, signifie proprement «se mettre à la tète pour guider.» On peut déduire de là les sens de donner l'exemple (Meyer, WeissJ, ou de prévenir, user de prévenances (VtUg., Lulh., Osterv., Ollram., Segj, ou de surpasser (Chry s.). Mais dans tous ces sens on attendrait, d'après l'usage de la langue, le régime au génitif ou au datif plutôt qu'à l'accusatif. Erasme, Hofmann, etc., partant du sens qu'a souvent le verbe simple iyBÏ^jhon, estimer, envisager (Philip. II, 3), traduisent : « estimant chacun les autres comme meilleurs que soi-même. » Ce sens est évidemment forcé; mais on peut le rendre plus naturel en prenant rr^'v-nby.'. dans sa signification primitive de conduire : «conduisant les autres devant vous,» c'est-à-dire : les faisant passer en toutes circonstances avant vous-même. Bec/; arrive au même résultat par une autre voie. Il explique ainsi : « n'attendant pas que votre frère vous témoigne le premier de la considération, mais le prévenant en cela. »
Suit un second groupe de trois dispositions qui se rattachent iialurellemenl à la précédente et entre files :
V. 1 1 : « quant au zèle, n'étant point paresseux; fervents d'esprit; profitant de l'opportunité '; « — A la politesse respectueuse, v. 10, se rattache aisément la disposition à rendre service, ipie désigne ici le mot : non paresseux. — Celle-ci à son tour, pour vaincre la résistance de l'égoisme, dans les cas où Tohligeance exige le sacrifice de soi-même, doit être, non une disposition naturelle seulement, mais un mouvement puissant dû à l'impulsion de l'Ksprit divin, et comme un feu intérieur que
' T. R. Iil To. /jv.r.) (le Seii/nenr) jivcc n A B li L V Mnti. it'H'i. Syi': • mais I) I-" C. lisent -o, xatci.) (le nwment àjiropos).
(.IIAI'. Xli. 10-11. ^^^^
l'action (ren-liauienlretienl sans cesse : fci vents iresinit . L<' mot esprit se rapporle sans doute ici à l'élément s[iirifuel dans l'homme Ini-mème, mais en tant que pénétré ("I vivifié par l'Esprit divin. En lisant ces mots, on voit le fidèle s'élancer, le cœur bouillant, partout où il y a quelque hien à l'aire. — La troisième proposition oiïre une variante importante. Les documents alex. et hyz. lisent tw /.upûo, serrant le Seigneur. Le texte gréco-lat.lit tw /.aipcô, serrant le temps, le moment, l'à-itropos; vous conformant à l'opportunité. Cette expression est un peu étrange, mais elle est assez usitée dans le lirec profane; comp. le x.aipw /.'/Tcs-Jc'.v (voir Meyer) et, en latin, le tempori servire (Cicéron). Le fait même que cette locution est sans exemple dans le X. T. peut parler en faveur de son authenticité. Car il est peu probable que l'on eût remplacé une formule aussi usitée que celle de servir le Seif/neur par celU* de servir le moïnent, tandis que l'inverse pouvait facilement avoir lieu, surtout si l'on écrivait avec abréviations. C'est donc le contexte qui doit décider, et il me parait qu'il décide en faveur de la leçon oréco-latine. Le précepte : servez le Seigneur, est trop général pour prendre place au milieu d'une série de recommandations si paiticulières. Le seul moyen de lui trouver un certain à-propos serait de le comprendre ainsi : a En vous employant pour les hommes, failes-le toujours en vue du Seigneur et de sa cause. » .Mais il faudrait précisément suppléer l'idée essentielle. Le sens de «servant l'opportunité, » ou «vous conformant au besoin du moment, » complète, au contraire, admirablement les deux préceptes précédents. Le zèle selon Dieu se boine ta épier les occasions providentielles et à y adapter son activité; il ne s'impose ni aux hommes, ni aux choses. Suit un troisième groupe dont les trois éléments forment de nouveau im petit loul bien lié :
•iG'â LA VIE DANS l.tl SAI.UT
V. \i> : 0 vous réjouissant dans l'espérance, patients dans l'affliction, persévérants dans la prière; « — l>a l'erveurde dévouemenl à laquelle se rapporte le v. Il n'a pas (le plus puissant auxiliaire que la joie; car la joie dispose à obliger et même à se sacrifier. Mais cela ne s'applique qu'à la joie chrétienne, à celle qu'entretiennent dans le cœur les glorieuses espérances i\e la foi. — Le passage V, ,") et i montre le lien étroit qui unit cette joie de l'espéi-ance au support patient que le fidèle doit drployer au sein de l'épreuve; comp. 1 Thess. I, 3. — Et que faire pour entretenir dans le cœur l'élan joyeux de l'espérance el la fermeté de la patience qui tient bon? Persévérer dans 1(1 pruTf, dit fapùtre; là est le principe fécond de ces admirables dispositions. Voici comment Hofnuinn paraphrase ce verset : « Pour autant que nous avons motif d'espérer, sovons joyeux; pour autant que nous avons des sujets de douleur, tenons bon; pour autant que la porte de la prière nous est ouverte, persévérons-y. » On ne saurait mieux rendi-e la portée des datifs qui sont en tèle des trois propositions.
Paul est descendu de la chaiilé et de ses manifestations extérieures jusque dans les profondeurs de la vie intime; il revient maintenant aux manifestations pratiques de ce sentiment et montre dans le groupe suivant les bienfaits de la charité active s'étendantà trois classes de [tersonnes : les frères, les étrangers, les ennemis.
V. 13 el li : «prenant part aux besoins' des saints; empressés à exercer l'hospitalité, l '^ Bénissez ceux qui- persécutent; bénissez et ne maudissez point. » — Les saints sont, non seulemenl les familles de
' T. i{. lit -/oE'.a'.; (besoins, avec x |{ E i. i' Miin. Il S>r. ; I) V <i lisent ;j.v£'.a'.; (sotn-enirs).
-T. i^ avoc tous les Mjj. sauf B lit ici ■j[x3.:,irousy.
IIHAP. Xll. li-li.
l'église de Rome, mais aussi toutes les églises dont les besoins arrivent à la connaissance des chrétiens de la capitale. Au lieu de /peiai;, les besoins, que lisent les documents byz. et alex., les gréco-lat. lisent [j.vaiaiç, les souvenirs. Ce terme désignerail-il les jours anniversaires eoiisacrés à la mémoire des martyrs? Ce sens suffirait pour prouver l'origine postérieure de celte leçon. Ou bien doit-on rapporter celte expression de souvenirs aux assislances pécuniaires que les églises des Gentils envoyaient de temps en temps aux chrétiens de Jérusalem (Hofniann):' Ce sens, en soi peu naturel, de avctat: n'est nullement justifié par Philip. I, 8. La leçon reçue est la seule possible. — Le verbe /.oivcoveîv signifie proprement participer à ; d'où prendre part, moralement; parfois aussi, malgré ce que dil Mci/er, faire part; par ex. Gai. VI, 6 où Théodoret l'explique avec raison par [xe-a^if^ovy.'.. Dans notre passage le sens intransitif suffit pleinement et convient même mieux au rég. Taî; -/psiat.:; prendre part aux besoins implique naturellement l'assistance active. — H y a gradation des saints aux étrangers. La vei'tu de l'hospitalité est fréquemment recommandée dans le N. T. (1 Pier. IV, 9; Ilébr. XIll, -2; I ïim. V, 1(1; Tite I, 8).— Le terme -^wWiv, littéral, a. poursuivre iTliospilalilé), )) indique qu'il ne faut pas se i)nrner à l'accorder qiiaml on la demande, mais ({u'il faut même chercher les occasions de l'exercer. Comme dit Meyer, il y avait à cette époque des frères bannis et persécutés.
V. \\. Nouvelle gradation, des étrangers à ceu\ qui persécutcnl. L'acte de charité à accomplir devieii! de i»lus en plus énergique, et c'est sans doute la raison pour laquelle l'apôlre passe tout à coup, a|)rés celle longue série de participes, à rimpéraliL Ce n'est plus ici une manifestation qui, ramour supposé, se produise en quelque sorte d'elle-
tW |,.\ VIE DANS I.K SAI.IT
même. II faut, pour a<iir comme l'apùlre le demande, un effori (h^ la volonté que l'impératil' est précisément destiné à provoquer. C'est aussi là le molif pour lequel cet ordre est lépété, puis complété sous l'orme négative; car le persécuté doit en quelque sorte renier le sentiment contraire qui s'élève dans son cœur. L'omission du pronom rous dans le Vatic. fait ressortir l'odieux de la persécution en elle-même, quelle que soit la personne à qui elle s'adresse. — Nous ne savons si l'apôtre avait sous les yeux le sermon sur la montagne déjà rédigé dans quelque document; en tout cas, il devait le connaître par la tradition orale; car il est évident qu'il fait allusion à la parole de Jésus, Matlh. V, 44; Luc Vi, :^8. Ce discours de Jésus est celui dont la trace est le plus sensible dans les épîtres; comp. Hom. Il, 19; I Cor. IV, 1-2 et 1.3; VI, 7; Vil, 10: Jacq. IV, 0; V, I; l-J; 1 l^ier. III, 9 et 14. Celte recommandation relative à la charité envers les personnes malveillantes est ici une anticipation ; Paul y reviendra tout à l'heure.
Suit un groupe de quatre préceptes dont la relation morale est également manifeste :
V. ir> et Mi : «Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent' ; pleurez avec ceux qui pleurent; H» aspirant au même but les uns pour les autres ; ne visant pas aux choses élevées, mais vous associant aux humbles, ne soyez pas sages à vos propres yeux; » — Le lien entre les v. 14 et 15 est l'idée de l'oiddi de soi-même. Comme il faut s'oublier pour bénir celui qui nous hait, il faut aussi se dégager de soi-même pour s'identifier avec la joie d'autrui quand on a le cœur plein de douleur, et avec sa douleur quand on <'St soi-même rempli de joie. En
' T. \i. lit /.a; let) entre les deux |)ro|)Ositions avec A E 1. PSyr'-'-''; ce mot est omis par n B I) F G It.
CHAP. XII. li-10.
;:rec les deux verbes sont à l'inlinitif. Un explique avec raison cette forme en sous-ententlant ètl, il faut. Mais il sera permis de discerner ici une nuance : l'infinitif est l'indication d'un fait accidentel : agir ainsi chaque fois que le cas se présente. C'est moins pressant que l'impératif; c'est comme une vertu d'occasion. — On applique ordinairement le précepte suivant au bon accord entre les membres de l'tlglise. Mais dans les passages cités par Weis.s en faveur de ce sens la construction est différente ; ainsi XV, 5, il y a iv yXkrj/jiç, et non si; àXArrAo'j;; ^ Cor. XllI, 11 et Phil. II, '1 et IV, -2, il y a to h ou tô aùro «ppovsîv sans régime. Puis le précepte suivant ne se rattacherait pas naturellement à celui-ci. Le seul sens possible me paraît être : « visant tous ensemble au même but, non pas seulement chacun pour soi-même, mais aussi les uns pour les autres, » c'est-à-dire étant chacun rempli de sollicitude pour le bien-être temporel et spirituel de tous. — Comme cette aspiration commune désintéressée se rattache naturellement à la sympathie, v. 15, elle se lie aussi sans peine au sentiment (Végalilé recommandé dans le précepte suivant. Il se développe fréquemment dans les congrégations de fidèles une tendance aristocratique, chacun s'efTorçant, au moyen de la fraternité chrétienne, de frayer avec ceux qui par leurs dons ou leur fortime occupent une position plus élevée. De là, de petites coteries animées d'un esprit hautain et qui ont pour résultat des exclusions froissantes. L'apùlre connaît ces petitesses et veut les prévenir; il recommande aux membres de l'Eglise de s'attacher à tous également, et, s'ils veulent se livrer à une préféience, de l'éprouver plutiH pour les petits. Le terme -j^yM désigne donc les distinctions, les hautes relations, les honneurs ecclésiastiques. Ce terme neutre ne nous oblige nullement, comme le pensent Mejjer, Weiss, Ltithanll, à donner au