‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 61 sur 97 · I.A VI?: DANS LE SALL'T · texte numérisé non relu

I.A VI?: DANS LE SALL'T

ses sentiinenls. La seconde : autant qu'il (tépend de vous, se rapporte à la iinlre propre; car nous pouvons exercer une discipline sur nous-mème. S'il ne dépend pas de nous (l'amener le prochain à des dispositions pacifiques envers MOUS, il dépend de nous d'être toujours disposé à faire la paix avec lui.

V. 19. .Mais il va, malgré cela, dans le cœur de l'homme un sentiment imprescriptible de justice que l'apôtre respecte. Il désire seulement donner à ce sentiment sa vraie direction. Le mal doit être puni, cela est certain. Seulement, si tu ne veux pas devenir injuste toi-même, ne crois pas devoir te faire l'instrument de la justice, et remets en paix ce soin à Dieu, le juste juge. L'apôtre sait qu'il exige ici un sacrifice difficile. De là, celle allocution : bien-aimés, par laquelle il rappelle à ses lecteurs le tendre amour qui lui dicte cette recommandation, amour qui n'est qu'une émanation de celui que Dieu lui-même leur porte. Laisser place à la colère, c'est renoncer à se venger soi-même pour donner libre cours à la justice que Dieu lui-même exercera quand et comme il le trouvera bon. Vouloir anticiper sur son jugement, c'est lui barrer le chemin. Comp. ce qui est dit de Jésus lui-même 1 Pier. II, ^3. 11 est inutile de réfuter des explications telles que celles-ci : « Laissez à votre colère le temps de se calmer, » ou : « Laissez passer la colère de l'ennemi. » Le ])assage cité est Deut. XXXII, :lb. mais modifié conformément à la version des LXX. Le texte hébreu dit : « A moi appartient la vengeance el la rétribution. » Les LXX traduisent : ce Au jour de la punition je le rendrai. » Ou bien ils ont lu ascitallem, je rendrai, au lieu de schilleni, rétribidion; ou bien ils ont paraphrasé librement le sens d(! ce substantif. Paul s'approprie le verbe : je rendrai, tel qu'ils l'ont introduit; el il est remarquable que l'auteur de l'épîlre aux Hébreux en fasse

CHAI'. Xll. is-^ii. 400

exactement de même. (Jn trouve aussi la même forme dans la paraphrase iVOnkélos (mani ascliallemj, ce qui semble prouver que cette manière de citer ce v. était usitée. On ne peut par conséquent rien conclure de celte analogie pour ce qui concerne l'auteur de l'épitre aux Hébreux. — Mais le support seul ne sérail qu'une demi-victoire. Ce n'est pas assez de renoncer à opposer mal à mal ; l'ambition de la charité doit aller jusqu'à vouloir transformel' le mal en liien, et cela en rendant elle-même bien pour mal.

V. -Jo et ::^l : c Si donc' ton ennemi a faim, donnelui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en faisant cela tu amasseras des charbons de feu sur sa tête- '-^1 Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » — La liaison : Mais si, chez les alex., signifierait : (cMais, bien loin de te venger, si l'occasion de faire du bien à ton ennemi se présente, saisis-la.)) La liaison : Si donc, chez les byz., est un peu plus difficile à saisir; et cela pourrait parler en sa faveur : « Tu ne dois point te venger toi-même ; par conséquent, si l'occasion s'offre de faire du bien à ton ennemi, saisis-la ; car la négliger serait déjà une vengeance. » La leçon grécolat. : si (tout court), ajoute simplement la bienfaisance au support; c'est la moins vraisemblable. — Le précepte est tiré, comme tant d'autres dans ce chapitre, du livre des Proverbes; comp. XXV, 2l--2:2. 11 est impossible de supposer que dans ce livre ce précepte soit un encouragement à accumuler les bienfaits sur la tête du méchant afin d'accroitre le châtiment dont Dieu le frappera {Clin/s., Grot., HcnfjsL, etc.). Car nous lisons dans le même livie XXiV, 17 : « Quand ton ennemi sera tombé, ne t'en réjouis point ;

* T. K. [il avec E L : sav ojv (si clonci; a A B P Mnn. lisent aÀ/.a ;av (mais si); D F G : z: (si), tout court.

■t/0 LA VIE DANS LE SALIT

el quand il sera renversé, que ton cœur ne s'en égaie l)oint. » l^our ne pas se mettre en contrafliction avec luimême, l'auteur aurait (Jonc dû ajouter dans notre passage : «si ton ennemi ne se repent pas.» Dans tous les cas, Paul n'a pas pu citer celte parole dans ce sens-là. Car en quoi agir ainsi serait-il «vaincre le mal par le bien» (v. "il)? Il y a donc bien plutôt ici une fine ironie à l'adresse de celui qui nourrirait dans son cœur un désir de vengeance : «Tu veux te venger? Bien! Et voici la manière dont il t'est permis de le faire : Comble de bienfaits ton ennemi ! Par là lu lui causeras la douleur salutaire de la honte el du regrel pour tout le mal qu'il t'a fail; et tu allumeras dans son cœur le feu de la reconnaissance au lieu de celui de la haine.» L'image des charbons df feu est fréquente chez les Arabes et chez les Hébreux pour désigner une douleur cuisante; mais, comme l'observe Meyer, celle expression ne i-enferme pas d'allusion à l'idée de fondre ou d'amollir l'objet.

V. 21. Rendre le mal pour le mal, c'est laisser la vicloire au mal; se borner à ne pas rendre le mal, c'est, pourrail-on dire, n'être ni vaincu ni vainqueur, quoique en réalité ce soit bien encore être vaincu. La vraie victoire sur le mal consiste à transformer la relation hostile en relation d'amour par la magnanimité des bienfaits accordés en réponse au mal reçu, (.'est par là que le bien a le dernier mot et que le mal lui-même lui sert de moyen pour surabonder; voilà le clief-d'a3uvre de la charité!

CIlAl'. XIII. 1. -*' I

La vie du fidèle dans la sphère de la communauté civile.

XIII, I-lil.

XXVI" .MdHCE.M'iXIll, l-no.

Me;/er et beaucoup d'aulres ne trouvent aucune relation entre le sujet traité dans ce chapitre et celui du chapitre précédent : «Un sujet nouveau, place ici sans rapport avec ce qui précède,» dit cet auteur. Il faut avouer que les liaisons proposées parles interprètes ne sont iiuéres satisfaisantes et motivent un peu ce jugement de Meyer. Tholuck dit : L'apôtre passe ici des offenses jjrivées aux persécutions officielles provenant de l'Etut païen. Mais dans ce qui suit, l'Etat n'est pas envisagé comme persécuteur; il est représenté, au contraire, comme gardien de la justice. Hofmann voit dans la vie sociale légalement réglée l'un des aspects de ce bien par lequel doit être vaincu le mal (v. 21). SchoU trouve le lien entre les deux morceaux dans l'idée de la veni/e.ance que Dieu exercera un jour par le jugement (XII, 19), et qu'il exerce dés maintenant par le pouvoir de l'Klat (XIII, i). .Mir-ux vaut renoncer à toute liaison que d'en supposer de semblables. Wriss conclu! du -iny. "l'y//,, toute âme (v. I), que Paul passe ici de la vie de la connnunauté chrétienne à la sanctification de la vie individuelle. Mais tout le ch. XII ne se rapporte-l-il pas déjà à la vie individuelle, soit dans l'empire que l'individu doit exercer sur lui-même par l'humilité, soit dans le don qu'il fait de lui-même par la charité?

IVjur nous la (jueslion est toute résolue. Paul a montré le chrétien consacrant son corps au service de Dieu dans

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