‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 62 sur 97 · I.A VIE DANS LE SALIT · texte numérisé non relu

I.A VIE DANS LE SALIT

le domaine de la vie spirituelle proprement dite ; il le montre maintenant réalisant cette même consécration dans le domaine de la vie civile. Ce qui prouve que nous sommes ainsi sur la trace de sa pensée, c'est que dans le déveloj»pemenl de ce sujet nouveau il suit une marche exactement parallèle à celle de l'exposé précédent. Il avait montré le chrétien se limilant d'abord par l'humilité, puis se donnant par la charité. De même ici, dans v. 1-7, il expose le devoir de la soumission par laquelle le fidèle se domine et se limite lui-même par rapport à l'Etat; puis dans v. 8-10 il enlie dans le domaine des relations privées et montre le chrétien s'appliquant envers tous à l'exercice actif de h justice. Nous trouvons donc ici le pendant des deux morceaux Xlll, o-S et \)-^li. Si les interprètes méconnaissent cette relation, c'est qu'ils se sont refusés dès l'abord à voir dans ces chapitres autre chose que des préceptes isolés, au lieu de comprendre qu'ici aussi s'applique l'expression de Calvin : epistola Iota ntet/iodica est.

De celte relation entre les sujets traités dans ces deux chapitres, il résulte qu'il n'est point nécessaire de chercher dans les circonstances locales de l'église de Rome une raison {)articulière propre à motiver le morceau suivant. Baur, partant de l'idée d'une majorité judéo-chrétiennt' dans celte église, a prétendu que l'apôtre voulait combattre ici le préjugé judaïque d'après lequel les autorités païennes n'étaient que des délégations de Satan, comme prince de ce monde, yhis Ho fvia nu fait observer avec justesse que, si tel était le but de l'apôtre, il devrait se borner à prouver qu'il est permis au chrétien de se soumettre au pouvoir païen, sans aller jusqu'à faire de cette soumission un devoir, et un devoir non d'utilité seulement, mais de conscience. Weizso'clicr réjtond également à Baur que, s'il s'agissait d'un préjugé juif à comliattre, l'apôtre

devrait surtout rappeler à ses lecteurs que la croyance clirétienne n'implique nullemeul, comme le faisait le point de vue messianique juif, l'attente d'un royaume terrestre; et qu'en conséquence rien ne s'oppose de ce cùté-là à la soumission des fidèles au pouvoir de l'Etat. C'est dans ce sens que Paul argumente dans la 1'''' aux Cor., Vil, il\ et suiv., quand il montre qu'il n'y a pas incompatibilité entre la position d'esclave et celle de chrétien'. Si l'on voulait absolument trouver dans l'état de l'église de Rome un motif particulier pour les préceptes qui vont suivre, il faudrait préférer l'hypothèse d'Ewald. Ce savant pense que l'esprit d'insubordination qui éclata bientôt en Palestine par la révolte du peuple juif contre les Romains, agitait déjà tout ce peuple et se faisait sentir jusqu'à Rome. L'intention de l'apôtre serait de mettre l'église de la capitale à l'abri de cette contagion émanant de la Synagogue. Pas plus cette supposition ne saurait être prouvée, pas plus elle ne peut être réfutée par des faits positifs. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'elle n'est pas nécessaire pour expliquer le passage suivant. Exposant didactiquement l'Evangile et la vie qui en découle, l'apôtre devait naturellement, surtout en écrivant à l'église qui résidait au centre de l'empire, développer un devoir qui allait devenir bientôt pour les chrétiens l'un des plus importants et des plus difficiles dans les conflits auxquels ils devaient se préparer avec le pouvoir païen, celui de la soumission à l'Etat au nom de la conscience et indi-pciidainuKuit du caractèn;

• Jahrhiicher fur deutsche Theulorjie, 1876. p. iS et li». Cet auteur, dans un autre travail publié dans le même journal, inèuie année, p. 'i'n'i cl suiv.. fait observer que la remar(|uable prière |)Our les autorités de lEtat. qui se trouve dans le manuscrit de la U^épitre de Clément Romain. |)ublié par l'archevêque Bryennius. au ctiap. (il, fournil la preuve éclatante du hf^som pnrement chrétien auquel répond l'cxliortalioii de saint [*aul dans notre <'pîtrc.

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de ceux qui cxercenl monientanémenl le pouvoir. Wei:s<rcker conclut de ce que Paul dit ici aux ehréliens sur la uiission de l'Ktat, qu'aucune pei'séculion n'avait encore eu lieu. Mais l'apôtre traite la question au point de vue du princi[)e, et en tout état de cause le principe reste le même pour le chrétien. La marche tracée par Paul a-telle été ratifiée par la conscience chrétienne à toutes les époques, même en temps de persécution? Assurément. Elle a été fidèlement ohservée par toute l'église primitive et bien particuliéiement par les chrétiens de l'église rélbrinée de France; et s'il y a eu un moment où ces derniers, poussés à bout par l'excès de la souffrance, ont dévié de celte ligne de conduite, cette manière d'agir ne leur a certes pas tourné en bénédiction. Du l'este, comp. les paroles analogue? à celles de Paul Matth. XXVI, S'a; Apoc. XIII, 10, et toute la première épitre de Pierre, surtout le ch. H. — Nous ne pouvons nous empêcher de citer ici, comme échantillon de la manière de M. Renan, cette observation dont il accompagne le précepte de l'apùtre : (( Paul avait trop de tact pour être émeutier. Il voulait que le nom de chrétien fût bien porté» (p. 4-77).

Dans ces v. l'apôtre formule et motive le devoir du chrétien par rapport à l'Etat (v. 1); il en indique la sanction pénale et la justifie (v. :^-4-). Au v. 5 il tire de ces principes la conséquence générale qu'il applique aux détails de la vie sociale (v. 6 et 7t.

V. I : «Que toute âme se soumette aux puissances supérieures; car il n'y a pas de puissance si ce n'est de la part de Dieu', et celles- qui subsistent sont

' T. R avec l) K F G : ano Oîoj (de Dieu); a. A |{ L P Miin. liscnl j-o Hi'j-j (par Dieu).

- T. R. lit a\t'r E LP :;oja;ai (les puissances); omis par N A lU) K(;.

établies par Dieu;» — Pourquoi r;ip(')lre dit- il : tonte lime, au lieu de lout croyant? Weiss pense que par celle expression Paul veut indiquer qu'il passe des devoirs de la vie colleclive (eh. XII) aux obligations individuelles. Nous avons réfuté cette manière de voir, leiail-il allusion à ce lait que la soumission doit partir du for intime lie l'être humain Ua conscience, v. 5)? Ij» mot tonte ne convient pas bien à cette explication; il conduit plutôt à penser que Tapôlre vtnit indiquer qu'il s'aizit d'un devoir qui incombe naturellement à tout éhv humain. Ce n'est pas ici une obli;iation résultant pour le fidèle de sa vie spirituelle, comme les préceptes du chap. XII; c'est une obligation de la vie jm/cliitine, qui est le domaine commun de rimmanilé. Tout être libreet raisonnable doit en reconnaître la convenance. Le pi'és. impér. •j-oTa'TTiaOo), .se son- Hiette, indique une action réfléchie, exercée par l'homme sur lui-même, et cela d'une manièi'e permanente, ('ette expression est bien le pendant du terme -rwopovsîv, se dominer, au ch. Xil. — Le levme de pnissances supérieures ne désigne pas seulement l'ordre le p'us élevé parmi les autorités de l'Etat. Ce sont toutes les puissances, à tous les degrés. L'épithète j-epr/ou-rai ne fait qu'accentuer davantage l'idée de supériorité renfermée dans le terme d'âço'j'j^a, puissnnce.

La seconde partie de ce v. justille ce devoir de la soumission, et cela par deux motifs : le premier est l'origine divine de l'Etnt, comme institution; le second, la volonté de Dieu qui préside à l'élévation des individus en charge à chaque moment donné. La première proposition a le caiaclére d'un principe général. C'est ce qui ressort 1" du singulier i;o'j'7ia, la }iuissance ; comp. le même mot au pluriel avant et après, dans ce mêmi' v.; (•<.• tpii prouve que Paul veut parler ici du pouvoir ni soi, et non de ses ré.di-

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