L.V VIE DANS [.E SALUT
inaniieail rien cré'aij/u/ov (ô'aniimi). » Oiiant au vin, ce savant rappelle que, selon Epipliane, les Ehionites les plus sévères célébraient l'eucliarislie uniquement avec des pains sans levain et de l'eau; ce (jiii paraît prouver qu'ils s'abstenaient entièrement de vin.
Ritschl (Entsl. der allkalh. Kirche, S'^ éd., p. 184. et suiv.) a émis une hypothèse un peu différente, qui a été admise par beaucoup de modernes {Mey., Mang., etc.). Notre parti des faibles à Rome serait formé d'anciens Esséniens. D'après ce savant, l'idée fondamentale de l'ordre essénien aurait été de réaliser une vie sacerdotale permanente. Or, l'on sait qu'il était interdit aux prêtres (Lév. X, 9) de boire du vin lorsqu'ils étaient en fonction; l'Essénien devait d'après cela s'en abstenir complètement. De plus, les prêtres ne devaient manger que des aliments consacrés à Dieu; or, Pessénisme rejetant la pratique des sacrifices sanglants, il devait résulter de là qu'ils ne pouvaient manger d'aucune viande. Des liommes de cette secte pouvaient avoir été vendus prisonniers à Rome, à la suite des guerres antérieures. Plus tard, affranchis el convertis à l'Evangile, ils auraient importé dans l'Eglise leur ancien genre de vie, comme supérieur en sainteté à celui des chrétiens ordinaires. Ce serait là un fait analogue à celui de la secte qui troubla quelques années plus lard l'église de Colosses.
Seulement, au sujet de ces deux explications, on se demande : 1" Si, à supposer que les faibles eussent appartenu à l'un de ces partis, Paul aurait pu attacher si peu d'imporlance à la question considérée en elle-même (conqi. sa polémique dans l'ép. aux Col.); el 2° si l'attitude de pareils chrétiens eût été aussi modeste que le suppose le passage suivant?
On conslale qu'à cette époque un certain dualisme ascé-
cil Al'. XIV. 1.
lique, provoqué sans rioute pai' la réaclioii conlre la co)ruplion rétinanle, élail parloul dans l'air, ("/était là le i'ond commun des manifestations diverses que nous venons de mentionne!', et qui ne pouvaient manquer de se retrouver à Home, oîi confluait tout ce qu'il y avait de bon ou de mauvais dans l'empire. Il n'est pas impossible qu'à cette réaction contre les abus de la vie civilisée, telle qu'elle se présentait partout à cette époque, se joignit le besoin de remonter au delà même de la loi mosaïque, jusqu'au mode de vivre primitif de l'bumanité dans le temps de sa plus i:rande simplicité. Le récit de la Genèse parlait d'un'temps où l'on n'usait point encore de nourritiue animale (Gen. 1, 29; IX, .")) et où le vin n'était point inventé (Gen. X, 20). On pouvait constater par ce même récit que l'usage de la viande et du vin datait de l'époque néfaste du déluge et que l'abus avait accompagné immédiatement la découverte de celte boisson. On comprend que ces précédents bibliques aient pu préoccuper à celte époque des lecteurs sérieux de l'A. T. et provoquer cbez eux les pratiques d'abstinence donl |)arle notre texte. Dans cette manière d'agir aucun principe chrétien ne se trouvait sérieusement engagé, el il n'y a point à s'étonner que l'apùtre n'aborde pas même le fond de la question et s'en tienne exclusivement au côté par lequel elle intéressait le bon accord entre les membres de l'église. Poui' compléter immédiatement l'exposé de notre manière de voir, nous ajouterons que c'était surtout, nous |)arait-il, ilmis les ar/apcs que la diflerence devait éclater et donner lieu aux manifestations pénibles auxqu(dles l'apôtre désirait meltie lin. .le crois Irouver la preuve (b^ ce fait dans quebjues tiails du chapitre XIV.
On a pensé quelquefois que dans la piemière partie de ce cha|)itre, v. 1-12, l'apôiie s'adi'essail aux fnihlcy, dans
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le but de contenir leurs jugements injustes contre les loris, et dans la seconde, v. l;i-:3o, aux forts, pour les rappeler à l'exercice de la charité envers les faibles. Cette manière de voir ne me paraît pas tout à fait exacte; conip. V. S et 10, où Paul s'adresse aux loris aussi bien qu'aux faillies, .le j)ense plut(U qu'il commence par s'adresser aux uns et aux autres, atîn de leur démontrer le devoir de la tolérance mutuelle (v. 1-1:^); puis qu'il se tourne spécialement vers les forts, pour leur rappeler les ménagements particuliers que la charité réclame d'eux envers les faibles (v. \:]-i>S).
Tolérance mutuelle : v. 1-1:2.
Les trois premiers versets sont comme un ni-téle dans lequel l'apôtre expose le sujet du dissentiment et en donne provisoirement la solution.
V. 1 et i : «Accueillez celui qui est faible dans la foi, non pour entrer avec lui dans des discussions d'opinions. '2 L'un a la foi pour manger de tout; mais l'autre, étant faible, mange des légumes, o Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas; mais' que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange. Car Dieu la accueilli. » — Le participe z'tOcvwv, laihlissdnl, d(''si<;ne celui dont la foi faiblit à un monieni donné sur un point spécial ; il ménage un peu plus que ne le fei'ail l'adj. à'jOev-/;;, le faible, ceux dont il s'agit. Leur l'aildesse consiste à s'abstenir de viande et de vin par la crainte de l'influence morale fâcheuse que ces aliments pourraient exercer sur eux et par le désir d'atteindre une sainteti' supérieure à celle des autres chrétiens. Ils ignoraient ou oubliaient la parole de .lésus Mattli. XV, II. — • L'inqiératif -po'jf^ï/E'îOg, accueillez, s'adressanl
' T. l;. iivtr K L 1' Ml /.a', o ;j./, (et celui.. .j; x A iJ C D : o oi ur, (riif'.is reh(i).
CHAF. XIV. 1. -tO/
à r<''i;Iise comme telle, suppose induliilablemenl que ceux ({iii sont ainsi recommandés à son bon accueil, ne forment dans son sein qu'une laible minorité. Ce même ferme d'accueillir est appliqué \V, 7 el Jean XIV, S à la manière de sentir el d'aLiir de Christ envers les fidèles. — Les derniers mots du versel ont été interprétés d'une foule de manières. Luther, Olsh. : «mais non de manière à exciter des doutes (^l'xy.ziav.ç) dans les pensées intimes du prochain (r^.a").o• -.Ty-côv). » Deux raisons s'opposent à ce sens : r^'A/.y.'j'.; ne signifie pas doute, el ^laAOY'.caJç ne peut signifier simplement pensée. Ce mol désigne toujours dans le S. T. l'activité de l'intelligence au service du mal; comp. Luc II, 35; V, 2-2; 1 Cor. III, 20, et dans notre ép. I, 21. — Bèze, Vulgale : « mais non pour discuter avec eux {(^'.y.- •/.oiov.;) sur les idées qu'ils se font des choses (^laAoy'-Ty.ôiv). » Mais ^i'xlry'i'j'jA; ne désigne pas une idée; c'est un raisonnement. — Meyer, Wciss, Luthardt et d'autres expliquent : c( mais non de manière à critiquer (f^.a•/.c{«7c'.ç) les pensées (/^•.aAoy.'rawv) de vos frères faibles,» prenant ainsi ^la/.pici: dans le sens de dejndicatio. Mais dans ce cas on ne comprend pas le pinriel <^'.a/.ci'7i-'.;; et le terme de ^ta- AOY'.'7aoî s'applique plutôt aux raisonnements d'une sagesse orgueilleuse qu'à de pieux scrupules. Voici le sens qui seul me paraît naturel : «mais non pour arriver par cet accueil même à des débats (•^'.ax.p'.TE'.;) qui ne consisteraient en définitive qu'en de vains raisunnements {^ly.'koyiij'j.oi). » Ce sens convient aux deux substantifs employés, aussi bien qu'à leur forme plurielle. Le rapprochement momentané ne doit pas aboutir à une discussion qui divise. C'est à peu près le sens de Rïickert : « mais non pour arriver à une scission d'opinions plus profonde encore. » — Après cette recommandation iiénéraie, l'apùtre formule le point de la question.