LA VIE DANS LE SAUT
se garde du dantier qui le menace, l'un de celui de mé|n"iser, l'autre de celui de juger ! )>
li'apôlre fait intervenir ici un autre sujet de nature analogue sur lequel les croyants peuvent être aussi d'avis dilTérenls, sans avoir le droit de se juger réciproquement, parce que les deux voies peuvent être suivies avec une égale fidélité.
V. 5 et (i : «L'un' distingue un jour d'un autre jour, l'autre juge tous les jours égaux; que chacun soit pleinement persuadé en son propre esprit. C» Celui qui se préoccupe du jour, s'en préoccupe pour le Seigneur, et celui qui ne se préoccupe pas du jour, ne s'en préoccupe pas pour le Seigneur-; celui qui mange, mange pour le Seigneur, car il rend grâces à Dieu; et celui qui ne mange pas, ne mange pas pour le Seigneur, et il rend grâces à Dieu. » — Les judéochrétiens continuaient en général^ à l'exemple des apôtres, à observer les jours de fêtes juives, les sabbats, les nouvelles lunes, etc., ainsi que les jeûnes hebdomadaires non prescrits par la loi, mais en usage chez les Juifs. Si Paul dans les Gai. (IV, 10) et les Col. (Il, 16) condamne celle manière de faire, c'est uniquement pour le cas oîi l'on chercherail à ]'iin|)oser aux païens et à en faire dépendre le salut. i\lais, comme usages extérieurs, ces rites, aussi bien que celui de la circoncision, étaient à ses yeux des à(îix9opa, choses indifférentes : 1 Cor. Vil, 19. Cet. exemple se présenlail-il effeclivemenl à Rome, ou bien l'apôtre l'a-t-il emprunté à la vie de l'Eglise en général pour en tirer l'occasion d'expliquer mieux sa pensée?
* N A (1 I* lisent vap (car) après o; (jlev.
^ TouU' la propos, o [jltj opov. -r,v r,ijL. /.up. ou ycovct (celui qui ne se préoccupe pas — pour le Seigneur), que lit T. R. avec L P Syr., est omise i)ai- N A BC D E FG It.
UIAI'. \IV
La pierniiMê supposition est plus naturelle. Car il devait y avoir dans l'église de Home un certain nombre de judéochrétiens, lors même qu'ils n'y formaient pas la majorité. — Le car qui se lit dans quehpies Mss. est probablement <]ù à une habitude de copiste.. Le mot xpivE-.v, /«/^er, j)rend fréquemment le sens de dislingner, (Vélire (voir les exemples chez Wé-m). Juger un jour entre tous les antres, silinifie donc : le distinguer favorablement des autres; le mettre à part comme plus digne d'être sanctifié. Il y a quelque ironie dans la seconde alternative : discerner chaque jour. Toute distinction cesse évidemment quand on distingue tout. Sanctifier tous les jours comme saints, c'est n'f-n plus sanctifier un spécialement. Fritzscheei O//0 donnent à la locution r,;xicav -y.z 'r.ascav le sens qu'elle a chez les classiques : alternis diebus, observer de deux jours l'un. Mais rien dans le contexte ne conduit à une détermination si particulière et, comme l'observe Oltramare, l'histoire ne fournit pas de trace d'une pareille alternance dans la célébration des jours. — Entre les deux manières de faire ainsi formulées, l'apôtre ne décide pas. Tout ce qu'il demande à chacun, c'est que sa pratique soit l'expression d'une conviction personnelle et réfléchie. L'expression £v Tw voi, en son esprit, renferme l'idée d'un examen séiieux, et le terme -AvipooopeÎTOal, pi'opr. : être retu}di jusqu'au bord, désigne un état de conviction qui ne laisse plus place à la moindre hésilation.
V. 0. Raison pour liKjuelle les deux lignes de conduite sont également admissibles : tout opposées qu'elles soient, elles sont inspirées par un seul et même désir, celui de servir le Seifjneur. La seconde propos. : ((Celui qui ne se préoccupe pas du jour...,» est omise dans les textes alex. et gréco-lat. l^our justifier cette omission, Hofuiann s'efforce de mettre la première alternative : «Celui qui se
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[)réoccupe... >:e préoccupe en vue du Seigneur,» en relation logique avec les deux manières d'agir exposées au v." 5. C'est bien ce qui devrait être, si la seconde projios. n'était pas authentique. Mais la tentative de ce savant n'est pas acceptable, et il est plus naturel de penser que la confusion des deux (pcovEÎ aura produit l'omission, comme dans tant d'autres cas semblables. — L'apôtre veut dir(^ que celui qui, dans sa pratique religieuse, maintient les jours de fêtes juives, le fait dans le but de rendre hommage au Seigneur en se reposant dans sa communion, comme celui qui ne les observe pas cherche à le faire de son C(Hé en lui consacrant son travail.
On a conclu de ces paroles de Paul que robiiiration d'observer le dimanche, comme jour divniement institué, n'était pas compatible avec la spiritualité chrétienne, telle que la comprenait sidnt Paul. Le contexte ne permet pas de tirer une pareille conclusion. Le (idèle qui observe le dimanche ne le fait nullement avec la pensée d'attribuer à ce jour une sainteté supérieure à celle de tous les autres jours. Tous les jours sont pour lui, connue le veut l'apôtre, égaux en sainte consécration. Pas plus le repos n'est plus saint que le travail, pas plus le dimanche n'est plus saint que les autres jours. C'est seulement un autre mode de consécration. Le retour périodique d'un jour de repos, aussi bien que l'alternative du sommeil et de la veille, résulte des conditions de notre existence physico-psychique. Le chrétien en devenant homme spirituel ne sort pas des conditions de l'existence terrestre; il reste homme; et comme un jour de repos sur sept a été institué au moment de la création en faveur de l'humanité, l'on ne voit pas pourquoi le fidèle ne devrait pas user de ce repos périodique aussi bien que l'homme irrégénéré. « Le sabbat a été fait pour l'homine; y> cette parole de Jésus ne cessera de s'appliquer au chrétien que (juand il cessera de vivre de la vie humaine actuelle : jusqu'alors ce repos périodique doit tourner, conmie toutes choses (VIII, ^H'), non au détriment, mais au profit de sa vie spirituelle. L'observation du dimanche ainsi comprise n'a rien de commun avec l'observance sabbatique parla-
CHAI'. XIV. G. 51 ri
lit'aiit, an\ \eu\ des Juifs, la vie Imiii.iinc en doux iiortioiis. ruiio sjiiiite. l'autre profane.
l);ms la seconde pai'tie du v. 0, Paul revient au sujet spécial traité dans ce passage. Il le fait simplement par la copule /.ai, et, et non par un wTa-JTcoç, de même ; ce qui pai-ait prouver que l'exemple tiré de l'observation des jours n'était pas une simple comparaison choisie à bien plaire dans la vie générale de l'Eglise, mais un cas qui se piésentait réellement à Rome même. F'our preuve que celui qui niauge (de tout), mange en vue du Seigneur, l'apôtre allègue (car) le l'ail qu'il rend grâces pour ces aliments. 11 ne pourrait en agir ainsi s'il n'était assuré de servir Cdnist en !(! laisaut. Celui auquel il adresse son action de grâces, c'est Dieu comme auteur de la nature. — En parlant de celui qui ne mange pas (de tout), Paul ne dit pas comme dans le cas précédent : «car il rend grâces^» mais : « c/ il rend grâces.)) 11 n'était pas nécessaire, en effet, de prouver qu en s'abstenant, il le faisait pour le Seigneur; cela s'entendait de soi-même. Le vrai sens de cette propos, est donc : « et ainsi il rend grâces» (Weiss), ou même : « et il n'en rend pas moins grâces, lui aussi, pour ce frugal repas. » Connue dit Sc/datler, s'il ne se. giorilie pas luimême de sou abstinence, mais qu'il en remercie Dieu du fond du cœui- parce qu'd y trouve une muraille protectiice contre le péché, la chair et le monde, et si, au lieu de se vanlei' de ses jours de fête, il en bénit Dieu comme d'une voix de réveil qui l'attire en haut, il fait cela pour le Seigneur et l'en bénit. Et ce dont on bénit Dieu ne nous sépare pas de lui, mais nous unit plus étroitement à lui. » Il nous parait que ces deux actions de grâces, qui mar- (pieril d'un sceau énalemenl saint les deux manières d'agir ilillèrenles, ont un caraclèic bien plus frappani si on se
KI-. AU.V RnSl. — roMK II. Xi
•"•1 i I..V VIE DANS LE SALIT
les représente offertes à l'oiiverliire de rai:a[)e el à !a même table, par ces deux classes de croyants!
Celte parole remarquable de l'apôtre peut servir à décider diverses questions de casuistique qui s'élèvent dans la vie chrétienne et qui causent souvent au fidèle tant d'embarras : Puis-je m'accorder telle jouissance? Oui, si je puis la coûter en vue du Sei<^neur et en lui en rendant grâces; non, si je ne puis la l'ecevoir comme un don de sa main el l'en bénir. Ce moyen de solution lespecte à la fois les droits du Seigneur et ceux de la liberté individuelle.
L'opposition que l'apôtre vient d'élablir et de résoudre entre ces deux manières de faire : manger et boire ou s'abstenir, travailler ou chômer, n'est qu'une formi; spéciale d'un coniraste plus décisif et plus général qui domine toute l'existence luimaine : celui de vivre et de mourir. Toujours pressé du besoin d'embrasser les questions dans toute leur ampleur, Paul fait rentrer la règle qu'il vient de donner dans la loi qui domine la vie humaine tout entière, une fois que l'homme est devenu croyant.
V 7 et S : (( Car personne de nous ne vit pour luimême, et personne de nous ne meurt pour lui-même. «"^ Car, soit que nous vivions, nous vivons au Seigneur; soit que nous mourions', nous mourons- au Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions^, nous sommes au Seigneur.» — Dans son état naiurcl, illumine a un iiKiilri', le moi. C'est en vue de lui qu'il agit ou s'abstient dans chaque cas i)articulier, «il en vue de lui que d'une manière générale il apprécie et les circonstances de vie et les chances de mort. .Mais la foi a remplacé cette domination du moi par ct:;lle d'un nouveau maiti'c,
' T. R. avec n B lit anoOvr,a>'.t.j;j.£v ; A D E F G P : a-oOvr,a/.o;jLcv. - .N C L lisent ano0vr,'î/.o;x3v ; T. R. avec tous les aiilros : a-oOv»iix(oiA£v. « T. R. lit avec x B C L xr.o(hr,n7.<.,-xv^ : A I) E F G P : a-oOvr,T/o'/3v.
CllAP. XIV. (î-8. 515
Chrisl (VI, I et siiiv.; ^ Cor. V, 15); de sorte que non seulement dans chaque jouissance ou al)Slention spéciale, mais dans le travail de la vie entière et dans le dépouillement final de la mort, il n'a plus en vue sa propre personne, mais Christ lui-même. Pour lui, vivre, c'est servir Christ; mourir, c'est aller à Christ. La valeur de tout ce que renferment ces deux mots, résumé de toute l'existence terrestre, vivre et mourir, se pèse uniquement pour lui dans la balance de l'œuvre à remplir pour Christ et de l'approbation que ce maître accordera à son serviteur vivant ou mourant (2 Cor. V, 6-9). — On a parfois rapporté ces mots v. 7 et 8* non au sentiment de dévouement intérieur qui anime le croyant dans la vie et dans la mort, mais à l'obligation de dépendance qu'il a contractée envers Christ par la foi ; dans ce sens: « C'est Christ qui est désormais le Seigneur auquel nous nous devons et dans la vie et dans la mort. » Mais la l'elation avec le v. 6 ne s'établit pas aussi naturellement dans ce sens. Le ofoveîv et le z\)-/aoi'j-dv Tw y.uçtw (la sainte préoccupation et l'action de grâces, du v. (V) ont été présentés non comme des devoirs, mais comme des faits réellement accomplis par les deux classes de fidèles, ceux qui jouissent et ceux qui s'abstiennent ; et par conséquent le vivre et le mourir pour le Seigneur sont aussi considérés par Paul comme des faits intérieurs réels, et non pas seulement comme des obligalions imposées. C'est plus tard seulement, dés le v. 9 (d'après Weiss et l'hilippi), ou plutôt, me semble-t-il, depuis V. 8'', que l'apiMre passe à la relation objective dans laquelle le Seigneur est avec nous et d'où doit résulter notre consécration à son service. — 11 faut certainement lire avec T. R. et le Vatic. à-oOv^'7y,wfj,£v la première et la troisième fois, et à-oOvriT/.oy.ev la seconde. Les copistes qui ont lu la seconde fois le conjonctif, ou bien l'oiil l'ail ma-
'•Mi I.A VIK liANS l.E SALIT
cilinalciiient sous rintliience des conjoiiclil's itrôcédeiU et siiiv;inl, ou liien onl vouhi, comme dans tant d'autres cas, donner à la [)lirase la tournure exhortative; voir à V, \.
\ . 8i>. Weiss et PInlippi entendent le imj.iv, nous sommes, dans le sens subjectif: «nous sommes à lui de cœur.» Mais dans ce sens celte troisième propos, ne serait qu'un résumé assez oiseux des deux précédentes; le o'jv, donc, n'indiquerait plus une réelle conclusion à tirer, mais une simple répétition ; enfin le passade du dalil' /.'j:»;) au génit.y.'jpwj ne se motiverait plus surtisammenl. Je crois plutôt que c'est maintenant que l'apolre passe du sentiment de consécration intérieure du fidèle à sa relation objective avec le Seigneur. Pai- l'effet de sa consécration intérieure il est et reste la ju-opriété inaliénable du Seilineur dans l'une et l'autre des deux alternatives indiquées. Le lien qui l'unit à Christ comme sa propriété se maintient et se resserre, quoi que puissent renfermer pour lui ces mots : vie et mort. Et celte relation indestructible de propriété repose sur ce qu'a fait le Seigneur lui-même pour la fonder; c'est là le contenu du v. !).
V. 9 : Car c'est pour cela' que Christ est mort et qu'il a pris vie - : pour régner et sur les morts et sur les vivants. » — l'ans le but d(! s'assui'er la possession {\iis siens soit con)me vivants, soit comme morts, Jésus a commencé par résoudre en sa propre personne le contraste de vie et mort. Il l'a fait en mourant et repre-
' T. R. avec L S\ r. lit /a-, devant a-zOav=v (ponr cela aKssi).
- Trois leçons principales (avec variantes) :
l*' T. R. avec Syr*^'' et les Mnn. : a-cOavev /ai a.'m-r^ /.a-, avc^r.aîv, est mort et est ressuscité et a revécu (L P : zat s^r^asv, et a vécu).
2" N A B C : ansOavrv /.a-. £tr,a£v, est mort et a vécu (F G : a-sOavsv /.a-. avciTr,. est mort et est ressuscité).
3" D E II. : £Ïr,aïv za; a-îOavsv /.«i avESTr,, a vécu et est m,ort et est ressuscité.
c:h.\i'. XIV. x-'j.
nant vie. Car qu'est-ce qu'un ressuscité, sinon un mort virant:' C'est ainsi qu'il peut régner simultanément sur ces deux domaines de la vie et de la mort par lesquels les siens sont appelés à passer, et qu'il peut accomplir envers eux sa promesse, Jean XI, 25-26. encore ici je ne vois point pourquoi l'on accuserait l'apùlre de sacrifier à la manie du parallélisme. L'idée est celle-ci : Jésus a traversé lui-même les deux domaines de la vie et de la mort €t se les est appropriés, afin de tenir toujours en sa inain les siens lorsqu'ils les traversent à leui' tour. — D'entre les trois leçons principales que présentent les documents, la plus simple et la plus conforme au contexte est certainement la leçon alexandrine : « 11 est mort et il a pris vie. )) Ces deux termes correspondent à ceux-ci : les vivu7ih et les inorls. Cette relation si simple a été altérée dans les antres leçons.
Le mol t'A7 ressuscité, dans la leçon byz., a été introduit pour faire la transition entre ceux-ci : est mort et a pris vie. La leçon de deux gréco-lat. et d'Irénée : «a vécu, est mort et est ressuscité, » est provenue du désir de rappeler ici la vie terrestre de Jésus, ce qui paraissait nécessaire, pour mettre la vie terrestre des croyants en relation avec la sienne, mais ce qui ne Tétait nullement, puisque c'est comme ressuscité que Jésus a reçu la souveraineté au ciel et sur la terre (M.iHh. XXVIII, 18). Si donc il domine sur les vivants, c'est en vertu de sa vie actuelle de glorifié, et non en raison de son existence ici-bas. Pour bien comprendre celte parole, il faut comparer Epbés, IV, 10, où, après avoir montré Christ «descendu dans les lieux les plus bas (le séjour des morts), » puis a remonté au plus haut des cieux, » l'apôtre ajoute : au fui qu'il remplisse toutes ilioses. « Ainsi donc, que les croyants vivent ou meurent, le lien qui Tmiit à l'ux n'est pas rompu un inslani ;