LA VIK DANS LK SAUT
li(3r ce qui vient d'èlre dit de tous en général. Ce qui précédait signifiait : « Ne juge pas ion frère, puisque Dieu le jugera; » ce v. signifie : « Juge-loi toi-même, puisque Dieu te jugera. » — D'après la leçon reçue, F^aul répéterait ici l'expression tw 6ew, à Dieu, et le but de ce régime serait d'opposer lejugetneiU divin, seul vraiment jusie, aux jugements humains. Mais il est probable que ce mol a été ajouté d'après ce qui précède. Sans ce régime qu'omettent le Yatic. et les deux gréco-lal., l'idée du régime />o/<r lui-même, sur laquelle est évidemment l'accent, ressort plus neltoinent.
Aux l'on s : V. l;)-:^r3.
.\près s'èlre adressé aux forts et aux faibles siumllauémenl, l'apôtre adresse encore un averlissemenl particulier aux premiers, pour les engager à n'user de leur liberté que confoiméinent à la loi de Va chimUi. Hofniann observe avec raison que Paul n'avait rien de semblable à recommander aux faibles; car celui qui est lié intérieurement, ne peut rien changer à sa conduite, tandis que le Ibrl qui se sent libre, peut à volonté user de son droit ou y renoncer dans la pratique. Comme le dit bien Schlaller, «le fort est involontairement et inévitablement un danger pour le faible, en ce qu'il peut devenir pour lui une cause de chute. » De là la nécessité pour lui de veiller sur l'usage qu'il fait de sa liberté. Le fort est invité à faire un usage prudent et discret de cette libcrti' par les deux motifs suivants : I" v. 14.-19'' : afin de ne pas causer au faible un froissement de cœur et une irritation intérieure; 4° v. 19^-'2."3 : pour ne pas détruire en lui l'œuvre de Dieu en l'entraînant à faire quelque chose contre sa conscience. Le v. I:» est une transition et un préambule.
V. I.-) : «Ne nous jugeons donc plus les uns les autres, mais jugeons plutôt ceci : qu'il ne faut pas eau-
CHAI". XIV. 1-2-13. ij-1
ser à son frère froissement ou ' scandale. » — l>a pieiriiére propos, résume tonte la première {wirlie du chapitre; car elle s'adresse encore aux deux partis; elle forme en mèine temps la transition à la seconde. L'objet du verhe : /es um les aulirs, prouve clairement que le terme de jurjer s'applique ici aussi Itien au mé[)ris des i'oits pour les faibles qu'à la condamnation prononcée par ceux-ci contre les premiers. Le mot 'j/r:/.e-<., plus, fait entendre que de pareils jugements avaient déjà eu lieu. — Dès la seconde pi'opos. tout s'adresse aux forts exclusivement. l*aul joue en quelque sorte sur le sens du mot /.civs'.v, juger : « Ne vous juiiez pas mutuellement; mais, si absolument vous voulez juiier, jugez comme suit. » Juger prend la seconde fois le sens de décider; comp. Tile III, \'l. — La sage décision à prendre est, selon Paul, d'éviter tout ce qui pourrait causer un c7ioc(T:po'7y.o;xaa)ou unecA///(,'('7/.àv^a).ov)au prochain. Il doit y avoir, quoi qu'en disent Meijer et Weiss, une différence de sens entre ces deux substantifs; non seulement parce que Paul ne fait pas de pléonasmes, mais au.ssi à cause de ia particule r,, un, qui exprime nécessairement une nuance, une gradation : ou même. On se heurte (-porj/.ô-Tc'.v), il en lésulle une meurtrissure; maison trébuche contre l'obstacle ir;y.y.v^vli'Cenhoi.<.), il en résulte une chule. Le second cas est ('videmmenl plus grave que le premier. S'il en est ainsi, nous trouvons dans ces deux termes précisément l'annonce des deux déveloi)pemeuls suivants : le premier terme se rapportant au sentiment froissé des faibles avec toutes ses conséquences fâcheuses; le second, au jtéché qu'on risque de lui faire commettre en l'tMilrainant à un acte contraire à sa conscience. Si l'on ne veut pas accepter ce sens, il faut retrancher avec le
' \i el la tiiiil. arm. (Mnetlent les mois n;;oay.oa;xa r, (froissement ou}.
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Vdlic. los mots rçôaxoaaa y! (un froissciiicnl ou), ce que Meyer et Weiss eux-mêmes ne ci'oionl pas pouvoir laii'e.
V. 14 et 15 : «Je sais et je suis assuré dans le Seigneur Jésus que rien n'est souillé par soi-même', si ce n'est que cela est souillé pour celui qui l'envisage comme souillé. 15 Or-, si ton frère est affligé à cause d'un aliment, tu ne marches plus selon la charité. Ne fais pas périr par ton aliment celui pour lequel Christ est mort. » — Paul ne veut pas disciiler la question au fond; mais il ne peut cependant taire entièrement sa conviction personnellt; ; et il l'énonce, en passant, au v. li, comme une justice qui doit èti'e rendue à la cause des loris : au fond, c'est eux qui ont raison, oiè y., je suis, indique une conviction rationnelle et théorique, telle que celle à laquelle un Juif, élevé par l'A. T. à une vraie spiritualité, pouvait déjà parvenir. Le second verbe, -é-z'.au.oc., je suis assuré, va plus loin; il indique que cette conviction a pénéti'é dans la conscience elle-même et l'a pratiquement aiïranchie de toute perplexité. Les mots : dans le Seif/neur Jésus, rappellent que c'est dans sa communion que l'apôtre se sent ainsi affranchi de toutes les oldifiations imposées par la loi cérémonielle; et cela non seulement en raison d'un enseii^nement tel que celui de Mattli. XV, 1 1, mais surtout en vertu de la rédemption accomplie par lui. — FMusieurs anciens interprètes ont rapporté le? mots : juir lui, à .lésus-C.hrist : « l*ar lui il n'y a plus rien de souillé.» Mais la lornuj néjiative de la piopos. n'est pas favorable à ce sens. Paul eût dit plutôt : « Tout est pur
' T. i{. iivec X U ('. lil o:' zz'j-.fjj au lieu de o;' a-jT&j qui so lit diui:^ tDiis les autres.
- T. R. ii\ec L .>Fiin. S\i~''' lit o- ;ui lieu de /a'- que lisent tous les autres.
CHAP. XIV, 13-15. à'-lo
par lui. » Il est plus naturel (J'enlendre ce par lui dans le sens (le par soi-même (comme c'est, évidemment le cas dans la leçon ^i' éa-jToO) : a Rien n'est souillé par sa propre nature (en tait d'aliment);» comp. 1 Cor. X, :26; I Tim. IV, 4 et 5; Tite I, 15. — La restriction d [j.-r,, si ce riest, porte sur l'idée de souillure en général, sans qu'il soit tenu compte de la détermination par soi-même. De cet emploi légèrement incorrect de d [j/r, provient le sens de mais, que l'on donne quelquefois à cette particule ; comp. Matth. XII, 4; Luc IV, -20. 27; Jean V, 19; Gai. 1, 19; 11, 10, etc., etc. — Par cette restriction, Paul rappelle que ce que l'on envisage comme souillé le devient réellement pour celui qui en use dans celte pensée; il revient ainsi à son sujet : rappeler au fort les sacrifices qu'il doit savoir s'imposer en laveur du faible, dans l'exercice de sa liberté.
V. 15. Si on lie ce v. au précédent par ear, avec la plupart des .Mjj., il est bien diflicile de comprendre leur relation logique. Meijer paraphrase ainsi : « Ce n'est pas sans motif que je rappelle cela (la restriction précédente); car l'amour a le devoir de tenir compte d'un tel scrupule. » Hofmann juge avec raison cette ellipse impossible. Mais sa propre explication l'est-elle moins? Il prend la phrase qui suit dans le sens interrogatif : « Car, si ton frère est affligé par là, voudrais-tu pour cette erreur de sa part renoncer désormais à agir envers lui selon la charité?» Il est difficile d'imaginer queUpu) chose de [)lus forcé. Weiss envisage le v. 14- conmie une sorte de parenthèse et fait porter le car sur le v. I."L Plutôt que de recourir à un tel expédient, je préfère, comme dans tant d'autres cas, accepter (avec Reiclte, Bikii., de Wcl., Philip.) la leçon du T. 11. {(ii), lors même (|u'elle n'a pour elle que le seul Ms. L. Le ^i peut èlre pris dans h', sens de or ou
<y■i^ LA VIK liANS I.K SALIT
dans celui de mais. Le sens adversalif me parait |tiéf6ral)l(3. Ce mais porte sur la première partie du v, \A : «Je sais que rien n'est souillé...; mais si, à l'occasion de cet aliment non souillé, lu ainiL»es Ion Iréi'e, il devient souillé potii- loi par celte conduite sans charité. Cette explication est d'aulanl plus admissible que la seconde partie du v. \A était une espèce de parenthèse. — a-j-cÎtx'., esl af/lif/r, fruissc : ce mol exprime le sentiiiMMit douloureux et amer que produit dans le cœur du Taible le spectacle du manger libre et hardi du Tort. Il y a là pour lui un sujet de chute, non seulement à cause de l'irritation secrète que ce lait lui inspiie contre ce iVére, mais aussi à cause du juiiement injuste qu'il est conduit à porter sur lui. Avec les mots : a Tu ne marches plus (vjy.iTi) selon la chai'ilé, » il Tant évidemment sous-enlendre l'idée : lorsque tu agis de la sorte. La menace, ajoutée par l'apôtre, de compromettre par là le salut du prochain est si grave, qu'on nt; se l'explique pas au premier coup d'oeil; et c'est là la raison (pii fait (jue l'on est tenté de penser déjà au péché que commettrait le faible, s'il venait à imiler le fort en mangeant contre sa conscience; comp. v. ïiO. .Mais Paul n'en vient que plus lard à ce côté de la question, et il serait impossible que le faible, au moment même (H1 il est fruissé et aflliiié de la conduite du fort, se laissât induire à l'imiter. Ces mots se rapportent donc uniquement à la l'upture des liens fraternels, qui devait résulter du froissement. Vasyndelon est frappant; il montre l'émotion de Paul en écrivant ces derniers mots... : « Par Ion aliment faire périr celui que Christ a sauvé par sa mort! « — Toute la scène supposée par ce v. se compreutl mieux si on la place en pleine agape, que si on suppose les forts et les faibles preiianl leur l'epas chacun chc/. eux, ou bien comme invités •ensemble à une table étranuère. Les v, suivants lO-IS