V. I(i: <' afin que je sois ministre de Jésus-Christ
5(50 CONCLUSION ÉPISTOI.AIHE
pour les Gentils ', accomplissant le sacerdoce de l'évangile de Dieu, pour que l'offrande des Gentils lui soit rendue agréable, étant sanctifiée par le Saint- Esprit. » — La grâce de raposlolal avait élé donnée à Paul pour raccomplissemenl d'une tâche sublime, celle (l'offrir sacerdotalement à Dieu le inonde des Gentils. Le mot /.siTO'jçYÔ; désigne un fonctionnaire public, dans le domaine religieux ou politique. 11 s'agit ici de la prédication de l'Evangilu dans le monde païen, afin que par la foi h cette prédication les Gentils deviennent une offrande consacrée que Paul puisse présenter à Dieu comme sainte victime, ainsi que le sacrificateur offrait autrefois l'holocauste. On voit que le service auquel Jésus-Christ avait appelé saint Paul ne consistait pas seulement dans l'acte de la prédication, qui n'en était que le commencement; son apostolat revêtait un caractère sacerdotal, comme l'exprime le terme Upo'jpy£Îv,*qui signifie (voir Meyer): «offrir sacerdotalement. » Ce mot désigne l'acte intérieur par lequel Paul offrait et consacrait continuellement à Dieu ce domaine du monde païen qui lui avait été confié, et particulièrement les églises qu'il avait réussi à y fonder. Nous savons comment il priait constamment pour elles toutes (comp. I, 8-10 et le commencement de toutes les épitres). Il faut entendre, ici comme ailleurs (voir à I, <S), par « l'évangile, » non le contenu, mais Vade même de la prédication. — Le but de ce sacerdoce tout spirituel est de faire de plus en plus de ce monde des Gentils, actuellement une masse de corruption, une ojl'ranâe m/réable à Dieu. Comp. Pliil. 11, 17. — Le tôiv èOvwv, ilrs Gentils, est un génitif d'apposition : l'offrande qui consiste dans leur [lersonne sanctiliée. Cette sanctification est l'œuvre de
' l{ omet les mots v.; la sOvr^ fpoiir les Gentils).
CllAF. XIV, 16. 501
V Esprit; là où l'Kvangile a élé reçu avec foi, celte parole du salut est scellée dans le cœur par la vertu d'En-haut, qui consacre au service de Dieu l'àme croyante (Eph. I, 13). Par celte expression : consacrée par l'Esprit saint, l'apôtre fait probablement allusion à l'ordonnance lévitique d'après laquelle le sel répandu sur le gàleau d'offrande était la condition de son acceptation de la part de Dieu. Weiss pense qu'il s'agit ici de l'acte du baptême.
De la manière dont l'apôtre justifie sa lettre dans ce passage par son mandat d'apôtre des Gentds, il résulte clairement que la grande majorité des chrétiens de Rome était d'origine païenne. Les défenseurs de la composition judéo-clirétienne de l'église essaient de deu\ manières d'échapper à cette conclusion. Mangold explique ces v, dans ce sens : « J'ai dû, comme apôtre des (ientiis, m'exprimer plusieurs fois dans cette lettre d'une manière plus énergique qu'il ne paraissait convenahie vis-à-vis de lecteurs judéo-chrétiens comme vous; mais je devais soutenir les droits de ceux dont Dieu m'a fait l'apôtre. » Mais qu'est-ce qui nous donne le droit de restreindre l'application du mot ToÀar,po- TEfov, pluK hardiment, aux quelques passages de l'épître relatifs à la vocation des Gentils? Cette expression porte, comme le montre la relation du v. lo avec le v. 14, sur le caractère de l'écrit en général comme écrit d'enseignement. Remplis de connaissance comme l'étaient les Romains, ils semblaient n'avoir pas besoin de recevoir un enseignement si complet. Le tableau suivant de l'apostolat de Paul (v. I6-!^0) prouve clairement qu'il ne parle pas ici seulement de quelques paroles de sa lettre, mais de la lettre tout entière, comme rentrant dans l'œuvre de son nniMstère. Enfin IFeic^sacÂe/- observe avec justesse que l'apôtre explique sa lettre par le devoir que lui impose sa tâche de pourvoir à l'édification des Gentils, mais nullement par le droit qu'il a de soutenir leur cause auprès des judéo-chrétiens. — VoUnnar, qui poursuit le même but (jue .Mangold. tente une autre explication ' : « Je n'oublie point, dirait Paul, que je suis uinqutMnent
' Paulus Rôrnerbrief, p. (iO-OI.
562 CONCI.LSIUN ÉIMSTOLAIP.l-:
l'apotre des Gentils, et je n'ai point la pensée, en vous écrivant comme je le fais de m'imposer à une église qui, en vertu de son oriiiine judéo-chrétienne, ne m'appartient pas, et c'est même là ce qui m'a empêché jusqu'ici d'aller vous visiter, puisque mon intention n'est point de bâtir sur un fondement posé par autrui. Mais maintenant que je n'ai plus de place dans les contrées de I Orient, je vais me rendre en Espairne et je vous verrai en passant» (v. I7-:24i. Cette liaison est injiénieuse, mais inadmissible. D'abord elle est contraire au o-.à -ry /aoiv, « m raison de la iiràce qui m'a été donnée: » il eût fallu dire plutôt : « nialgn' la tâche qui m'a été assignée,., » Puis, dans ce ([ui suit, l'apôtre ne dit nullement (|u'il n'a pas encore visité Rome à cause du caractère judéo-chrétien de cette église, mais uniquement parce qu'il a toujours été retenu en Orient jusqu'à ce moment par des devoirs plus rapprochés. Oue les fondateurs de l'église de Rome fussent ou ne fussent pas judéo-chrétiens, que les croyants réunis par eux eussent ou non ce caractère, l'apôtre ne fait aucune allusion à ce côté de la question: preuve que ce n'était |)oint ce (|ui importait à sa déduction. — Lur/ita essayé de tirer de l'absence du titre d'apôtre, auquel est substitué, v. 10, celui de ÀctToupyo;. une preuve de l'inauthenticité de ce passage. Le faussaire, en évitant ce titre, aurait cherché à ménager la susceptibilité ^
des judéo-chrétiens de Rome. Mais, répond Ililcfenfehl, » si le 1
mot n'y est pas, la chose y est bel et bien. » En effet, qu'est le J
v. 1() autre chose que la paraphrase du terme (V apôtre des Gentils? Et si Paul a préféré cette paraphrase au terme luimême, c'est qu'elle était plus propre que celui-ci à e\pli(|uer la démarche qu'il s'était permise en écrivant une pareille lettre à cette église qu'il n'avait pas fondée et qu'il ne coiuiaissait pas même encore. Pourquoi le faussaire (jui avait le front de faire parlfT ainsi saint Paul, aurait-il craint de lui faire eMq)loyer aussi le titre d'apôtre'
La mission de Paul est niaiiilcnaiil aec(Uii|)lir (|iiaiil à 1
l'Orient; elle a y eu un plein succès, et il va désormais achever sa lâche en se rendant en Occident. C'est là le contenu du passage suivant, v. 17-:2i, dont on compifiid sans peine la relation un pm libre avec ce qui précède.
ciiAi'. XV. 16-17. 56:'»
Coup (l'œil sur le minislrre de l'apôlre jusqu'à ce moinenl el pour Faveuir : v. \l-'2i.
V. 17-10 : « J'ai donc lieu de me glorifier ' en Christ- Jésus dans le service de Dieu. l-'^Car je n'oserais dire - aucune chose que Christ n'ait faite par moi pour l'obéissance des Gentils, en parole et en œuvre, 19 en puissance-^ de signes et de prodiges, en puissance de l'Esprit de Dieu \ tellement que j'ai accompli [la prédication de | l'évangile du Christ depuis Jérusalem et les contrées environnantes jusqu'à l'IUyrie; »
— Donc : eu raison de ce mandat d'apùlre des Gentils, par lequel je me suis senti autorisé à vous écrire comme je l'ai fait. Si on lit l'article t-/;v devant /.a-j/rTiv, « la oloritication, » le sens est : « J'ai donc celle lilorification-ià (d'être le ministre de Christ auprès des Gentils). » Mais les derniers mots : dcms le service de Dieu, deviennent par là superflus. 11 faut donc retrancher l'article; le sens est celui-ci: «.l'ai vraiment lieu de me frlorifier en ce qui concerne !e service de Dieu. » L'expression zx -pô: Osov, littér. : « en ce qui concerne Dieu, » est en quelque sorte technique dans la langue liturgique juive pour désigner les fonctions du culte (Hébr. H, 17; V, 1, etc.). Ce terme se rattache ainsi au même ordre d'idées que tous ceux du V. précédent {•.zzouzyciv, yxiTo-jc-'ô;, -coTOooa, ■'r;y.%nu.vn,).
— Les mots : en Jésus-Christ, adoucissent ce que le terme <\e se qlorifier pouvait avoir de trop éclatant. — Ce v., en rappelant l'œuvre déjà accomjilie par l'an! au service de
* B C l) E F G lisent tt;-/ (la.) de\atU v.xj/r^'jvi ; rolranclië par n A L P et le.> Mnn.
- D E F G lisent s-.nc'.v au lieu de >.a/.-'.v.
•' D E F G lisent xjtoj après ouvafxs;.
'• T. R. avec n L P S\\"'<'^ lit -vEJtxaTo: ôeou (l'Esprit de Dieu); A C D E F G II. lisent -v£j;j.aTo; ayioj {le Saint-Esprit); B : -vîJtxaTo; (l'Esprit) tout court.
oG-i COXCLISION ÉPISTOLAIRK
Dieu, achève de juslifjer ce qu'il avait appelé le TOAu/r.co- T£pov, le caractère un peu hardi de l'envoi de cette épîlre.
Ce V. 17 est en même temps la transition à ce qui suit. CiOmme confirmation de son mandat apostolique auprès des Gentils, Paul expose les résultats extraordinaires qu'il a obtenus, tant au point de vue de la nature du travail (v. 18-19^'») qu'à celui de l'extension de l'œuvre accomplie (v. 19»').
V. 18. Les mots : Je n'oserai pas dire une chose que..., siLiuifienl selon Meyer, Weiss et d'autres : « Je ne me permettrai pas d'alléguer à l'appui de cette glorification des choses que Christ n'aurait pas réellement accomplies par moi. » Mais l'apôtre aurait-il eu besoin d'affirmer aux chrétiens de Rome qu'il n'était pas un vil menteur? L'affirmation de sa véracité eût pu être en place lorsqu'il écrivait aux Corinthiens pour démentir les accusations de ses adversaires (i Cor. I), ou lorsqu'il faisait la comparaison entre le travail de ces gens et le sien propre (-2 Cor. X). .Mais comment se représenter l'apôtre donnant aux Romains l'assurance qu'ils n'ont pas affaire à un fanfaron ! D'ailleurs l'énumération qui suit : eu parole, en acte, en puissance, ne peut en aucune façon s'appliquer à des faits supposés fictifs. L'expression ti wv désigne nécessairemenl des faits réels; et le sens ne peut donc être que celui-ci : « Il y aurait de la témérité de ma part à signaler une seule marque d'apostolat par laquelle Dieu n'ait pas légitimé mon ministère auprès des Gentils, aussi bien (pi'il a légitimé celui des Douze auprès des Juifs. » C'est une manière très-fine de dire qu'il serait plus aisé de le convaincre de mensonge s'il omellail quelqu'un des signes (jui ont scellé sa puissance apostolique que s'il les énumère franchement connue il va le faire. Ce serait, en effet, jeter une ombre sur la couduile de Dieu lui-même que de lais-
CHAP. XV. IK-IO. •"•Od
ser supposer qu'il a omis à son éiiard l'un des silènes par lesquels il létiitime ses envoyés. Celle forme : « Je n'oserai pas..., ï) esl comme le paroxysme de la /tav/ïi'ji; du v. 17. L'honneur des païens recevrail une alleinte aux yeux de Paul, si leur apùlre n'avail pas élé aussi privilétiié que lous les aulres. Ce sens paraîl étrange à Weiss ; c'est à mes yeux le seul possible. Comp. 2 Cor. XII, II. H. — Dans l'expression : en parole, sont compris lous les enseignemenls publics el privés; et dans l'expression: en œuvre, les travaux, les voyages, les collectes, les soutTrances, les sacrifices de toutes sortes, et même les miracles, quoique ceux-ci, en raison de leur caractèrf spécial, soient mentionnés ensuite comme une catégorie à part.
V. 19. L'expression : la puissance des signes, est expliquée par Mei/er dans ce sens : « la puissance (que j'ai exercée sur les hommes) procédant des signes. » Il me paraît plus naturel d'entendre : « la puissance (divine) qui a éclaté dans les signes accomplis par moi. » Les faits miraculeux sont appelés signes par rapport au sens que Dieu y attache et que les hommes doivent y discerner, et prodiges (rsça;) par rapport à la nature et à ses lois sur le fond régulier desquelles Iranche le miracle. — La puissance de V Esprit pourrait désigner la vertu créatrice émanant du souffle divin ; mais ici le complément me pai-aît être plutôt la personne de Paul : « la puissance dont l'Esprit me remplit. » — 11 vaut mieux lire avec le T. K. l'Esprit île Dieu que l'Esprit sainl (avec six Mjj.); car il s'agit plutôt de force que de sainteté; ou bien ne faut-il point préférer la leçon plus brève encore du Yatic. qui lit : de lEspnl, tout court?
Dans la seconde partie du v., Paul passe de la force déployée dans son aclivilé à Vriendue des résultats obte-
5t)(i CONCiaSlON I-PISTOLAIRK
nus. (lelle-ci esl l'elTel de celle-là; de là le oj-tts, de sorte (jue. Au sujet précédent, Christ, esl subslilué le sujel moi, parce que dans l'acte de la prédication c'est l'agent humain qui est en vue. On a trouvé (Hofrnann et d'autres) dans le mot /.•jx.Xw, en cercle, l'indication rlu mode de l'évangélisation apostolique, en ce sens que Paul ne s'est pas avancé de Jérusalem en lllyrie par une lii^ne droite, mais en décrivant une vaste ellipse. O sens est peu naturel et cette idée aurait une teinte de jactance. Il est bien plus simple de comprendre ce mot en cercle (ou aux alentours) en l'appliquant au point de départ indiqué par 1(3 mot Jérusalem : « Jérusalem, avec les contrées d'alentour; » car c'était proprement à Damas et en Arabie (pie Paul avait commencé à évangéliser. .Mais Jérusalem étant le point, le plus connu des chrétiens occidentaux, c'est celte capitale seule qu'il nomme. — Si l'on refuse, comme }Jej/er, de donner au mot e'javyrAiov le sens de prétlicntio)!. évangélique, il est impossible de trouver ici un sens naturel au terme 777.-/;:o0v, remplir. Traduire avec Luther : « tout remplir de l'P^vangile, » est contraire à la grammaire. Meycr entend : donner à l'Evangile son plein développement (en le répandant partout). .Mais il eût été peu naturel d'exprimer ainsi cette idée. Il suriil de se représenter Vacte lie la prédication évangélique en Orient comme une tâche à remplir ou un idéal à atteindre, et le sens de 7rV/;co0v devient clair. — liaur a trouvé ici une exagération manifeste et un signe d'inauthenlicité. Mais il est clair que l'apôtre ne prétendait pas avoir achevé l'œuvre de la prédication par rapport aux petites villes et aux canqjagnes des contrées qu'il avait évangélisées. Il envisageait sa tâche d'apôtre comme entièrement remplie, une lois (pi'il avait allumé le flambeau dans les grands centres, tels (jue Thessalonique, Coiinllie, Kphése. Cela fait, il
CIIAF. XV. iy-:>().
comptait sur les églises fondées dans ces capitales pour continuer l'évangélisation des provinces. Le même savant a déclaré inadmissible le fait ici mentionné de la prédication de l'apùtre en Ilbjrie. Aucun des voyages de l'apôtre à nous connus ne l'avait conduit dans cette contrée (( rude et inhospilalière. » La rudesse d'un pays n'arrêtait pas saint Paul. De ce que cette mission n'est pas mentionnée dans le livre des Actes, faudrait-il conclure qu'elle est une fable? Mais ce livre ne parle pas des trois uns que Paul a passés en Arabie d'après Gai. 1, 17; personne ne conclut de là que le fait soit faux et l'épître aux Galates inauthentique. Un faussaire se fût bien gardé, au contraire, de se rattacher <à d'autres faits de la vie de l'apùtre que ceux qui étaient généralement connus. Qu'y a-t-il d'invraisemblable à ce que, dans le temps qui s'est écoulé depuis son départ d'Ephèse (Pentecôte 57 ou 58) jusqu'à son arrivée à Corintbe (décembre 58), l'apôtre, qui séjourna alors en Macédoine, ail fait une excursion jusqu'aux bords de l'Adriatique? 11 ne fallait pour cela que quelques jours. Le livre des Actes n'a mdlement l'intention de raconter en détail la vie de Pierre ou de Paul.
V. -20 et 'il : « et cela en tenant à honneur ' d'évangéliser non point où Christ avait déjà été annoncé, afin de ne pas bâtir sur le fondement posé par autrui; 'il mais selon qu'il est écrit: Ceux à qui rien n'avait été annoncé à son sujet le verront, et ceux qui n'en avaient point entendu parler le connaîtront. » — Pour conlirmer la réalité de son apostolat auprès des Gentils, Paul a rappelé les succès dont son activité a été couronnée jusqu'ici en Orient; et maintenant, pour passer à l'idée de son œuvre future en Occident et de sa visite
* T. 1{. lit Jivec N A C E L. les Mnn. Syr. : 9tÀoT'.;j.oj;jL£vov (tenant à honneur); U 1) V (î P : y.\'j-.v}Sj-j-j.x: I je tiens à honneur).
5CS COXCMSION Kl'ISTOr.AlllK
à Home, il rappelle le principe par lequel il s'est toujours laissé diriger dans la marche de son travail. Le participe (p!.7.oT'.ao'J[;-£vov a en quelque sorte la valeur d'un gérondif: en tenant à honneur. Quant à la leçon '^<Mjxi[j.rj^^.y.i, j'estime, je tiens à honneur, du Vatic. et de plusieurs autres, elle peut se défendre, mais elle a quelque chose d'abrupt; et l'apôtre ne veut pas tant exprimer ici une idée nouvelle, qu'expliquer et préciser la manière dont il a procédé dans l'œuvre au terme de laquelle il arrive maintenant. — L'expression oiloTiijLeîfjOai ne doit pas être généralisée dans le sens de : m'efforcer de, ou m. attacher à; il faut en rester au sens propre : estimer à honneur. Non pas que Paul cherchât son honneur personnel dans la méthode suivie par lui ; il s'agissait pour lui de sa dignité apostolique. Un apôtre n'est pas simplement un pasteur ou un évangéliste continuant une œuvre déjà commencée. Sa mission est, comme Paul lui-même ledit 1 Cor. III, 10, de exposer le fondement » sur lequel d'autres peuvent après lui bâtir, par conséquent de prêcher là où d'autres ne sont pas encore venus. Paul eût pu dire : « d'évangéliser là où Christ n'a pas encore été nommé, » mais il préfère donner une tournure plus négative encore à son expression et dire plus nettement: «évangéliser non pas on il a été nommé. > 11 veut évangéliser, mais non là où on l'a fait avant lui. C'était là sans doute la inison pour laquelle il n'était pas allé évangéliser l'Egypte, où s'étaient vraisemblablement rendus Barnabas cl Marc après leur séparation d'avec lui. V. :2I. Cette conduite reposait, comme nous venons de le dire, sur le sentiment élevé ([u'il avait de la mission apostolique; et il en trouvait en quelque sorte le programme dans une i)arole prophétique, Es. LU, 15. Le prophète parle ici des rois et par conséquent aussi des peuples païens auxquels parviendra pour la j)remière fois
CHAI'. XV. 2Û-t2l. -"j')^'
la nouvelle du salul acquis jiar le servileur de l'Eternel, salut décrit au cli. LUI. L'expression : comme il est écrit, dépend, ainsi qu'au v. .">, d'un verbe sous-enicndu : « mais faisant comme il est écrit. » Le ttêci «OtoO, à son sujet, est ajouté par les LXX par rapport au personnage qui va être décrit; ces mots conviennent au but île [\tu1. Volkmar trouve ici la preuve du caractère judéo-chrétien de l'église de Rome, puisque celle église est pour Paul comme un domaine étranger où il s'est refusé la satisfaction d'entrer. Weizsàcker montre bien que la parole de Paul ne dit rifn de semblable; car il s'agit en général de toute église non fondée par lui, qu'elle soit d'origine juive ou païenne. On peut d'ailleurs se demander si (v. 20 et -1\) Vin\\ fait allusion à la raison qui l'a empêché jusqu'ici de visiter Rome. L'idée n'est-elle point plutôt celle-ci : Aussi longtemps qu'il restait encore en Orient des contrées non évangélisées, il y avait devoir pour moi à demeurer dans celte partie du monde. Mais maintenant que les circonstances sont changées, l'application du même principe qui m'avait retenu en Orient, me pousse en Occident, et par conséquent du côté de Rome. — Baur a demandé si écrire une lettre d'un contenu aussi considérable que celle-ci, à une église judéo-chrétienne non fondée par lui, ce n'était pas bâtir sur le fondement posé par un autre. Nous retranchons d'abord de l'objection le mol judéochrétienne; puis nous rappelons que les fondateurs de l'église de Rome étaient surtout des disciples de Paul, arrivés des églises fondées par lui en Orient; enfin nous ne saurions mettre sur la même ligne une lettre écrite par Paul et son intervention personnelle comme prédicateur. Il a écril aux (^olossiens et aux Laodicéens, lors même qu'il n'avait pas personnellement fondé et connu ces ('glises (Col. II, 1). C'est précisément pour cette raison ([u'il a
570 co.Nci.rsiON épistoladîe
l'appelé, ('Il coiiiiTieiu'anl l't'pilre (I, 1-7), et [)iiis de nouveau en la Unissant (XV, l(i), sa mission aupi'ès des Gentils qui lui impose des devoirs eiivei's (ouïes les éiilises d'origine païenne.
V. ^2^-i>A : i( C'est pourquoi aussi j'ai été empêché ' à plusieurs reprises - d'aller chez vous ; '-^. > mais maintenant, n'ayant plus d'espace dans ces contrées, et éprouvant depuis plusieurs ' années le vif désir dal- 1er chez vous, "l'i lorsque '' je me rendrai en Espagne"', j'espère '' en passant vous voir et être accompagné de chez vous " jusques là, après que j'aurai satisfait auparavant en partie le besoin que j'ai de vous voir. » — Le c'i'st puunjnui aussi s(; lallache naturellement aux V. -^O et 21 dans ce sens : parce que je trouvais encore des endroits en Orient où Christ n'avait pas été annoncé. — L'imparf. 3ve/'.fj7:Totj.T,v est la vraie leçon. C'est un iniparl'. de durée : « Toujours et toujours j'étais empêché. )) — Ta TToD.à pourrait signifier : par beaucoup do choses ; mais il est plus naturel de l'entendre dans le sens de plusieurs fois, comme izolm-Aïc, que lisent le Vatic. et les gréco-lal., probablement d'après I, l.î (Weiss).
V. '2:] et 24. Mais, puisque l'Eglise est déjà fondée à Home, en vertu du principe rappelé v. 20 et 21, son voyage à Uoin(3 sera non un»' mission, mais une visite qu'il fera aux elin'liens de ectli; vilk' comme cmi pass.inl. Lorsque,
' I) 1: V G : :v:/.onr,v au lieu de 3v:/.onToar//.
^ B D E F G : -oXXa/.i; au lieu do Ta r.olla.
■' B G : r/.avdjv (nombreuses) au lieu (le -oXXwv f/ihfsieurs).
' T. R. avec I. Mnn. lit <.»; sav; tous les autres : «•); av.
■'T. R. avec L Mnn. lit (après il-aviav) sXEjiotxa! -co; j'jx; (je viendrai chez rous). Ces mots sont omis par n« A B C D E F G P It. S\ r*-''.
•' T. R. avec n A B (1 D E L P lit yai (car) après îÀ-.rci i j'espère); ce -/ao l'sl omis par F G It. Syr.
" Au lieu flo j-f 'yijLojv (pnr vousf, B I) E I" G lisent x-f j^uf.iv die rfw; rous).
CHAP. XV. -il-ii. 571
Acl. XiX, -il, l'aiil à Ej)liése formait ses plans d'avriiir, c'était hien à Home qu'il voulait se rendi'e; mais dès lors l'étal des choses est bien changé; voilà pourquoi il ne dit plus : /) Rome, mais : par Rome. Comme il vient de le dire, son hut ne saurait être qu'un terrain viert-e, et ce terrain, c'est maintenant l'Espagne. A elle donc le £-!: ; à Rome le <^'.a. — Mais ne serait-il pas facile d'aller directement par mer d'Asie en Espagne? Assurément ; mais c'est ce que l'apôtre se gardera bien de faire; car il a faim et soif d'entrer en communication personnelle avec les chrétiens de Rome, et il fera un détour j)Oui' les visiter en passant. Tel est le sens parfaitement clair de ces deux versets. Le texte du v. 24 se présente sous trois formes. Le T. R. et les byz. lisent, après les mots : en Espagne, celle phrase principale: f irai chez mus; ce qui les conduit à ajouter un an- au verbe suivant : car j'espère... De cette manière la phrase est simple, le sens clair; seulement ces mots : fiirn chez rous, manquent dans les documents des' deux autres textes. — Le texte alex. est beaucoup moins intelligible. Il commence au v. 2:j par deux participes : «n'ayant plus d'espace..., mais ayant le désir...; » suit la proposition suboi'donnée : « quand j'irai en Espagne; » et enfin, au lieu du verbe principal attendu, on trouve ces deux phrases: c* car j'espère vous voir en passant..., » et au V. 25 : « or, maintenant, je vais à Jérusalem. » On pourrait essayer de justifier ce texte en faisant une grande parenthèse depuis : C(//-/e."f/'é/e, jusqu'à la lin du verset, et en cherchant au v. 25 le verbe principal : nai/aat iilns d'espace et ayant le désir d'aller chez vous..., je rais à Jérusalem. Mais la relation loiiique entre les deux paiticipes et le verbe principal n'existe jtlus, et il faudrait retrancher le ^s, au coMunencemenl du v. 25, (pii >e lit dans tous les documents, l'oui- rendre la leçon alex. accrptable,
572 COXCUSIOX KI'ISTOI.AIRK
il faiil iiccessairemenl relrancher le Y«f, car, après ilTzZoi, j'espère, el faire ainsi de ce verbe le verbe piincipal. C'est là précisémenl ce que fail la leçon gréco-latine (F G), appuyée par l'ancienne version syriaque. Ce n'est pas la seule fois que le texte liréco-latin a la supériorité sur les deux antre?. Nous avons déjà rencontré quelques cas semliliibles dans l'ép. aux itoni. (XIII, 1, par ex.), et nous prions de comparer spécialement 1 Cor. IX, 10, qui n'est intelligible que sous la forme conservée par les documents liréco-latins. Le sens auquel nous arrivons par le moyen de ce texte est irréprochable : « N'ayant plus d'espace..., mais ayant le désir de vous voir. ., quand j'irai en Espagne, j'espère vous voir en passant. » ^Vcm, préféiant maintenir la leçon alex., admet une anaeo'.outliie. Kn arrivant à cette idée : «j'espère vous voir..., » Paul abandonnerail la construction commencée par les deux partie, du v. 23, et au lieu de continuer par le verbe fini, il introduirait un yàp, motivant ainsi l'action, au lieu de l'indiquer, (^ela me paraît bien peu naturel. — Le f^-a dans «^lor-opeuoy.svoç fait de Home un simple lieu de repos el de passage — Le verbe 7:po7r£y.o6r,vai, être conduit plus lom, renferme ces deux idées : être accompagné par quelques-uns des leurs et être pourvu de tout ce qui est nécessaire au vovage; comp. Tit. III, 18 et :] Jean, v. (1. — La leçon du T. R. C^'jy.wv, par cous, fait ressortir plus l'orteiiienl que le ào'jy.wv des gréco-lat. et de B l'idée de la sollicitude des Romains à l'égard de Paul ; mais elle peut facilement avoir élé provoquée par le verbe passif f' W^(v',v.vj. — 'l>.cî, l'adverbe de repos, est employé, comme souvent, au lieu (Véy.s.i'jz, l'adverbe de mouvement; le but est considéié comme atteint : a Aller /() el // être. » Comp. Jean XI, S. — 'Ei^TV/iTOvivai, litlér. se saturer d'eux, expressiiin très-vive du besoin qu'il ressent de faire leur
CHAP. XY, ■2i--25. 57.-)
connaissance personnelle et de la jouissance que celte relation lui procurera; coiiip. 1, 1:2. Les mots : en parlie, ne sont pas un mauvais compliment qu'il fait aux Romains, comme s'il voulait dire que son séjour au milieu d'eux ne le satisfera qu'à moitié ; Paul veut dire, au contraire, qu'il ne les verra jamais assez poui' satisfaire complètement le besoin qu'il éprouve de communier spirituellement avec eux. — Baur suspecte tout ce passaiie, par la raison que ce voya^ie en Espagne est une pure (iction, et qu'aucun lémoignage n'atteste la réalisation de ce projet. Mais le fragment de Muratori ditexpressément : «Ledépartde Paul partant de Rome pour l'Espagne. » El, répond Hilgenfeld, précisément parce que ce voyage n'a jamais eu lieu, un faussaire n'en eût pas fait mention. Sans examiner ici la question de l'exécution, on se demande pourquoi Paul n'eût pas pu former un tel projet, qui répondait si bien à sa noble ambition.
Cependant, avant de partir pour l'Occident, l'apôtre a encore une tâche à remplii-; il tient à sceller par une démarclie solennelle l'union entre les deux portions de l'Eglise dans la partie du monde qu'il va quitter. C'est là le but d'une dernière visite qu'il compte faire encore à Jérusalem. 11 est chargé de transmettre à l'église de cette ville, l'église-méi'e de la chrétienté, de la part des églises de Grèce, le produit d'une collecte qu'elles ont faite spontanément en sa faveur. L'apôtre tient à entretenir de ce sujet les chrétiens de Rome, non seulement parce que ce voyage doit nîlardei' son arrivée chez eux, mais surtout parce qu'il peut entraîner pour lui bien des dangers et qu'il a une demande à leur adresser à ce sujet. Tel est le contenu très-naturellement motivé de la fin du chapitre.
Son prochain voyage à Jérusalem : v. ilb-oo.