V. 25-'27 : (( Mais maintenant, je me rends à Jéru
574 C.ONCLISION ÊIMSTOLAIRE
salem pour le service ' des saints. "i<> Car la Macédoine et l'Achaïe ont trouvé bon de faire une contribution en faveur des pauvres d'entre les saints qui habitent à Jérusalem. '-^7 Car ils l'ont trouvé bon, et en effet ils sont leurs débiteurs: car si les Gentils ont participé à leurs biens spirituels, ils doivent aussi les servir par leurs biens temporels. » — Le vuvl ^i, maLs mainlenanl, n'oppose pas, comme le faisait celui du v. 23, son procliaiii voyage à Rome à certains obstacles qui l'avaient retenu précédemment en Orient; il oppose à sa visile à Rome son prochain voyage à Jérusalem. Le pari, prés. f^.a/.ovô)v est préférable au part. fut. ou à l'inf. aor. que lisent quelques documents; car la ^ta/.ovia, le service qu'il tient à rendre, n'est pas seulement le but du voyage; c'est déjà le voyage même. Il y a dans cette expression tout le sentiment d'amour que Paul apporte à l'accomplissement de cette lâche.
V. 26. L'expression : les saints, caractérise l'église de .lérusalem comme la plus vénérable de la chrétienté ; comp. \ Cor. XVI, 1. Cependant ce n'est pas à toute l'église, c'est seulement aux indigents d'entre ses membres (si; toù; TTTw/o'j; Tôjv iy"'^^, V. 20) qu'est destiné ce service. On a souvent avancé l'idée que la cause de l'indigence d'un si grand nombre de croyants à Jérusalem était la communauté des biens que l'on se représente avoir régné à l'origine de cette église. Non seulement l'expression dont se sert Paul exclut cette idée, mais surtout c'est exagérer et fausser la portée des faits racontés dans le récit des .Vcles sur ce sujet. Les choses s'expliquent loul naliin'llement de la manière suivante. l»és le commencement, la prédication de Christ ne trouva guère accès que chez les classes
' X lit v.a/.ovr,'!!.!'/ (devant servi rj; D E I*' G : o-.axovr.'ja: (pour servir/: Idus les aiili'(>!; : o-.st/.ovDV [servant).
pauvres; (c heureux les pauvres, i) disait .lésiis (Luc VI, 20). L'indigence de ces premiers croyants dut s'accroilre de jour en jour par la haine violenle des autorités juives et des classes élevées; comp. .lacq. Il, 4-6. Quoi de i)lus aisé pour les familles riches el puissantes que de priver de leurs moyens d'existence de pauvres artisans qui étaient devenus l'ohjet de leur réprobation ! C'est là un fait qui se reproduit partout oîi il y a passage d'une forme religieuse à une autre ; ainsi dans les pays catholiques où le protestantisme est prêché; chez les Juifs, chez les païens de l'Inde ou de la Chine, etc., lorsque l'un d'entre les leurs devient chrétien. Ainsi s'expliquent naturellement les repas en commun (le service des tables) auxquels l'église tout entière était invitée dans les premiers temps, la collecte faite à Antioche l'Act. XI, ^19) en faveur de l'église de Jérusalem el la prière que les apôtres adressèrent à Paul et à Barnabas, Gai. II, 10. — Ko'.vtovia, proprement conuininion, et de là communication matérielle en tant que provenant de la comuumion des cœurs; comp. Flébr. Xllï, 16. Le mot T'.vx, (.(quelque communient ion, » fait ressortir avec délicatesse le caractère à la fois libre et accidentel de celte collecte, et quant au fait en lui-même et quant à sa quotité. Ce sont les églises qui se sont spontanément imposées dans ce but. Il est étonnant que Paul ne parle que des églises de Grèce, car Act. XX, 4 et 1 Cor. XVI, 1 mettent hors de doute la participation des églises d'Asie et deGalatie. C'était peut-être des premières qu'f-iait partir l'initiative.
V. 27. La répétition du : « ils Font tiduvè bon,» accentue avec plus d'énergie encore la franche volonté des églises dans cette démarche. Elles se sont elles-mêmes senties poussées à rendre cet hommage à l'église d'où leur était venu le don du salut; elles ont même jugé que c'était peu
.->/<• CONC.LI SION KIMSTOI.AIKK
(le (.'liose que J'en agir ainsi dans un domaine inférieur en faveur de ceux auxquels elles devaient des biens d'une nature infiniment plus précieuse. Si Paul s'étend ainsi sur ce sujel, ce n'est pas seulement poui' louer les églises de Grèce, ni même pour engaiier celle de Rome à accomplir immédiatement une œuvre pareille, mais avec l'intention d'éveiller dans le cœui' de ses lecteurs le sentiment d'un devoir (ju'ils pourront aussi avoir l'occasion de remplir une fois ou l'autre. Philippi demande pourquoi dans ce cas il n'aurait pas directement invité les Romains à prendre une mesure analogue. Weiss répond avec raison que Paul ne pouvait aisément se permettre une telle invitation auprès d'une église non fondée j»ar lui. Après cette digression, Paul revient à son sujet principal.
V. 28 et :2U: « Lors donc que j'aurai accompli cette tâche et que je leur aurai scellé ce fruit, je m'en irai, en passant chez vous, en Espagne. '2!) Or, je sais qu'en venant chez vous, j'y viendrai dans la plénitude 'de la bénédiction de Christ'-. » — On a cherché à conserver ici au mol Topayuc-rOai son sens littéral de sceller. EmsYuc explique ainsi ce terme : « lorsque je leur aurai remis cet ai'gent bien fermé cl cacheté. » Ce sens est grammalicalement impossible, et l'idée a quelque chose de mesquin. Théodorel pensait que Paul fait allusion à la quittance dûment signée et scellée que lui remettraient les destinataires poui' la transmettre aux donateurs. Mais le aÙToî;, leur , ne peul s'appliquer qu'aux premiers, tandis que dans ce sens il devrait se rapporter à ces derniers. Hofnimui applique l'idée du sceau à l'acte signé et scellé p.ii' lequel les églises de (ji'éce chargeaient Paul de con-
' D F G : rÀr,c.o-fov.a. au lieu de -'/.f,z('\'xa.-'..
- T. K. avec L Mnn. Syr. lit toj ijxjyù.ioj toj XpiaTou (de l'éi-ani/ile (ht Christ): tous les autres : Xocjtoj (de Christ), seulement.
(luire à Jérusalem les dépulés porteurs do la collecte. Mais comment tout cela serait-il renfermé dans la simple expression : sceller? Le terme n<^^7.yCÇs.nhrci se prend fréquemment dans le sens fifiuré de confirmer, ratifier. C'est ainsi qu'il faut l'expliquer ici. Ce mot indique la remise officielle et en bonne forme delà somme collectée, de telle sorle que la transmission de la somme aux destinataires soit pleinement et incontestablement établie. On peut voir Acl. XXI, 18 comment Paul, arrivé à Jérusalem, se rendit <à l'assemblée des anciens convoquée chez Jacques pour la réception solennelle de la députalion. Ce fut alors sans doute que fut communiquée la lettre d'envoi de la part des églises, avec les sommes qui y étaient jointes, et qu'un reçu dûment signé fut remis par les anciens. — Paul déclare qu'une fois cette formalité accomplie, il se hâtera de reprendre son projet de voyage en Occident (v. :29) ; et, si les choses peuvent se passer ainsi, il est parfaitement assuré du bonheur dont il jouira au milieu de ses frères de l'église de Rome. Un faussaire qui aurait écrit sous le nom de l'apôtre dans le second siècle, aurait-il mis sous sa plume un tableau de l'avenir si o[)posé à la manière dont les choses se sont réellement passées? — La leçon gréco-lat. rA-/;prj(prjûia, au lieu de tzM^m^.'X':'., (plénitude)., est évidemment erronée ; car ce mot signifie uniquement « plénitude de conviction, » sens qui ne convient pas au contexte. Les mots toO e^a-'yelio-j toO, de l'évangile du (Christ), dans les documents byz., doivent être envisagés comme une interpolation, à moins qu'on ne veuille expliquer leur omission dans les autres .Mjj. par les quatre terminaisons en ou qui se suivent immédiatement. Autant le regard de l'apôtre est assuré quand il se porte sur Home, autant l'inquiétude saisit son cœur quand il pense à Jérusalem.
578 CONCLrSION KI'ISTOI.AIHE
V. .30-3^2 : (( Or, je vous exhorte, frères', par notre Seigneur Jésus-Christ et par la charité de l'Esprit, à combattre avec moi auprès de Dieu en ma faveur dans vos prières, "!l afin que je sois délivré des rebelles qui sont en Judée, et que cette offrande- que je porte à^ Jérusalem soit bien reçue des saints; .{-i afin que j'arrive^ plein de joie au milieu de vous par la volonté de Dieu', et que je puisse me reposer avec vous*'. » — Le <^: pourrait être adversatif et s'expliquer pai' le contraste d'impression qui vient d'êlre signalé. Mais il est plus simple de l'envisager comme progressif: or. L'allocution : frères, que retranche à tort le Vatic, fait un appel pressant à la sympathie des lecleui-s. Cet appel est adressé au nom de Christ lui môme que sert Paul, puis de l'affeclion par laquelle il se sent lié aux Romains par l'action du Saint-Esprit. L'amour de l'Esprit est opposé à celui qui existe entre des personnes qui se connaissent personnellement; comp. l'expression de Paul Col. Il, 1 : «ceux qui n'ont pas vu mon visage en la chair, « avec 1, 8 de la même épître : «notre amour en esprit.» La demande que Paul a à leur adresser et qu'il prépare si solennellement est celle d'une liiUe à livrer en commun ; car il y a des puissances ennemies qu'il s'agit de comballrc (v. 31). On rattache souvent les deux régimes : pour moi (en ma laveur) et auprès de Dieu , au suhst. -ùhnvrjyxz : « vos
• b otnt'l aoîÀ^ot (frères).
* B D F G lisent Siopo^of.a lufframlc) au lieu fio o;a/.ov'.a (assistance).
•"^ B D F G lisent ev au lieu de t<.t.
'• T. R. avec D E F G L P lit sÀOto a\(T /.a-, devanl Tjvavarajic.aa'.; N A G lisent t/Siwt et retranchent le /.a'..
' T. R. avec A C L P Mnn. Syr. lil 0;oj ; n : Ir.aoj V.v.^toj ; B :
■/.■jy.ryj \r,z')j\ I) K F G It. : \of7TOU lr,ioj.
'• B oiiU't les mois : /.on ijvavanajafoaai jij.iv (et <j\ie je me repose arec roiisj.
r.HAP. XV, ;k)-:52. 579
prières pour moi auprès de Dieu. » Mais le rég. auprès de Dieu, rapporté au mol prières, ne serail-il pas oiseux, et cette expression : dans ros prières pour moi, n'impliquerail-elle pas une cliose que Paul n'a pas le droit de supposer : c'e^t qu'ils font habituellement des prières pour lui? Ces deux régimes dépendent donc plutôt du verbe combattre. Combattre auprès de Dieu, dont le bras peut seul couvrir l'apùtre dans ce voyage d'un impénétrable bouclier; et par vos prières, puisqu'elles sont le moyen efficace pour faire mouvoir en sa laveur ce bras tout-puissant. — Le régime arec moi rappelle aux Romains combien il lutte lui-même dans le même but.
V. :]\. Les ennemis à écarter sont avant tout les Juifs incrédules ; c'est à eux que se rapporte le premier afin que. Le second fait entendre qu'il va d'autres adversaires qui font partie de l'Rglise elle-même; ce sont «ces myriades de Juifs qui ont cru, » Act. XXI, 20 et ::il , et que l'on a remplis de préjugés contre la personne et l'œuvre de Paul. Il faut que ces cœurs aussi soient préparés par Dieu lui-même à bien recevoir l'oflrande qui va leur être appoi'tée. La leçon ^copooopia (offrande d'un présent), dans le Vatic. et les gréco-lat., au lien (U^ (^loL-Ao^ia. (service), n beaucoup de vraisemblance, vu la rareté de l'expression. — L'espèce d'anxiété qui respire dans tout ce passage est en parfait accord avec les pressentiments pénibles qu'éprouvaient toutes les églises au sujet de ce voyage à Jérusalem et qui se firent jour bi('nt(^t après [)ar la bouche des prophètes partout oii Paul s'arrèla (Act. X\, "ii.. il:]; XXI, A et suiv. ; I I et suiv.).
V. 32. Si on lit avec N A C : a afin que venant (iVicov)... je me repose ('j'jvava-a-j'jojaa!.), » les deux régimes : avec joie et par la rolontr de Dieu, pourriiieul porter sur ce verbe piiucipal : « (pie je me repose. » Mais il me parait
580 CONCUISION ÉIMSTOI.AIRE
que ce rapport csl peu naturel, car l'idée ôe juir est déjà renfermée dans celle de se reposer, et celle de la volonté lie Dieu détermine plus naturellement le fait de Varriiuk' que celui du lepos. Il est donc préférable de faire porter ces deux réiiimes sur l'idée de venir. Des deux leçons slOojv ouelôco... y.yX, la seconde est plus conforme à la simplicité du style del'apùtre ; la première, plus élégante, parait être une correction alexandrine (voir Weiss). — On croit voir l'apùlre, après avoir terminé heureusement sa mission eii Palestine, s'embarquer plein de joie, puis, conduit par la volonté de Dieu, arriver à Rome pour y reposer au milieu de ses frères son cœur fatigué, dans la jouissance du salut commun , et reprendre de nouvelles forces pour une nouvelle œuvre. — La leçon : « par la volonté de Dieti,)) est au premier coup d'œil préférable à toutes les autres (voir note critique). Car Paul remonte ordinairement jusqu'à Di(!u quand il s'agit des dispensalions providentielles. D'autre part, comme Weiss le fait remarquer, ce serait précisément celte circonstance qui pourrait avoir fait modifier le texte. — Les derniers mots du v., retranchés par B, sont-ils une glose ? On peut hésiter.
V. S:] : « Que le Dieu de paix' soit avec vous tous! Amen-. » — Le cœur de l'apôtre semble pressé, à mesure qu'il approche de la fin, de transformer en vœu ou prière chaque sujet particulier dont il s'occupe. Le vœu spécial renfermé dans ce v. lui est inspiré par le scnlimcnt des hostilités et des dangers au-devant des(piels il marche biimème et par le besoin de se trouver bientôt en pleine paix au milieu de ses lecteurs. — L'authenticité du mot ày,r,v, amen^ csl douteuse. Il se trouve sans doute dans la plupart des Mjj., mais il manque dans trois d'entre eux. Ce
• I) K F G II. Syi'^''' lisent r-ci isoit) après 3'.ot,v/,ç (paix). ^ A F G omellenl le mol aarv.
(.11 AI', xv. à-i-.ii 581
mot parait bien répondre au senlimcnl d'iinjuiétiulo qui se l'ait jour dans tout ce passage.
L'autlicMiticité des v. 30-33 est reconnue par Liicht. Volkmar n'admet que celle du v. 33: il croit de plus à celle des deux premiers V. du chap. XVl. Nous avons vu combien sont peu solides les objections élevées par Baur et par ces critiques contre l'authenticité du ch. XV en général ; nous n'avons donc pas à y revenir, ijuant aux opinions émises autrefois par Semler et Paulus, d'après lesquels tout ce chapitre ne serait qu'une feuille particulière que l'apôtre aurait destinée soit aux personnes saluées dans le ch. XVI, soit aux membres les plus éclairés de l'église de Rome, elles sont aujourd'hui abandonnées. L'apôtre n'était pas ami des aristocraties religieuses, nous l'avons vu au ch. XII ; et il n'aurait rien lait qui put favoriser une pai'eille tendance. D'ailleurs. (|u'y a-t-il dans ce chapitre qui ne put être lu avec avantage par l'église entière ? Nous avons prouvé la cohésion étroite de la première partie du chapitre avec le sujet traité au ch. XIV, ainsi (|ue celle de la seconde partie avec l'ensemble de la lettre, et plus particulièrement avec le préambule I, 1-ir). Le style et les idées sont de tous points conformes à ce qu'on doit attendre d'un produit de la plume de Paul. Comme le dit Hilgenfeld : « Il est impossible de retrancher ainsi sans façon les ch. XV et XVI ; l'épîtrc aux Romains ne peut avoir fini avec XIV, !^3, à moins de rester sans conclusion. » Reuss s'exprime dans le même sens, et nous aimons à citer de lui, en terminant ce sujet, les lignes suivantes : « Les enseignements compris dans la preniière moitié du texte (ch. XV) sont absolument conformes à ceux du chapitre précédent et des passages parallèles d'autres épîtres. et l'exposé des projets de l'apôtre est l'expression la plus naturelle île son esprit et de ses antécédrnts, ainsi que le rellet de la situation du moment. On n'etitrevoit pas le moins du monde le but d'une composition postiche, ni surtout la possibilité que I épître se soit terminée avec le ch, XIV. »
582 CU.NCLUSIU.N ÉI'lSTULAlllE