GOS
(le salulalions, XVI, IK-ril, s'iii(<'nuiii[»l loiil à coup pour adresser à l'éiilise, comiiie sous forme de posl-scripluui, un averlissemcnl solenuel (v. 2:2). C'est comme si la salutation même qu'il vient d'écrire avait réveillé eu lui une Ibis encore le sentiment du danger que courent ses lecteurs. Il en est de même ici, avec celle ditTérence qu'à Corinllie le danger était intérieur et actuel, comme le montre l'épître entière, tandis qu'à Rome il est extérieur et éloigné, quoique inévitable. Aussi le Ion de l'avertissement esl-il bien différent dans les deux cas : pour Corintbe une menace; pour Rome une simple mise en garde sur le ton le plus affectueux et le j)lus paternel . — Itcnan, Weizsoxki'r, Scliidl:, Farmr, Wciss, s'accordent à penser que ce passage ne peut avoir élé adressé par Paul qu'à une église qu'il avait lui-même l'ondée, comme celle d'Ephèse. Ce dernier en particulier allègue la brièveté de cel avertissement qui autrement aui'ait nécessairement dû être développé. Mais la lettre entière n'en était-elle pas le commentaire? Il sullisait, à la lin de cel écrit, d'un mot pour meltie en garde les direcleui's de l'église. Nous examinerons à la suite de l'exégèse les autres raisons avancées pour cette opinion.
V. 17 et 18 : « Or, je vous exhorte, frères, à avoir l'œil- ouvert sur ceux qui causent les dissensions et les scandales , en opposition à la doctrine que vous avez apprise; éloignez-vous d'eux. IN Car ces gens-là ne servent pas Christ notre Seigneur, mais leur propre ventre, et par leurs bonnes paroles et leurs bénédictions ' ils abusent les cœurs des simples. >> — Connue Tobserve HofiiKinn, rap(tlrr avait régi/' (eli. .\1V et XV) tout ce ({ui se rap[)oiiail aux dissentimeiils intérieurs ipii
* U E F (i 11. oinollcnt les moXsy.v.ij't.rr'.'x'^i et leurs bénédictions).
oui CONCI.I SION Kl'ISTOl^AlIlK
pouvaiciU cxislor ilans l'ôiilisc de Uoiiic. Mais iiiainleiiaiil que l'idée de la clii'élienlé dans son ensemble vient de se présenter vivante à son esprit, il se rappelle les divisions qui la troublent partout ailleurs, et il pense tout naturelleinenl qu'elles pourront se produire aussi dans cette église. Il s'aiiit évidonunent de ces judaïsants qui de Jérusalem étaient venus troubler l'église d'Anlioclie , et qui de Syrie avaient suivi Paul pied à pied jusqu'en Galatie et même à Corinlhe. Paul prévoit naturellement que dés qu'ils auront entendu parler de l'existence d'une église à Piome, ils ne manqueront pas d'arriver sur les lieux et de clierclier à l'accaparer. Les laits ont prouvé que cette prévision était fondée. Le commencement de l'épitre aux Philippiens, écrile de Home quatre à cin(j ans apiés la noire, prouve Taclivité malfaisante déployée par ces partisans fanatiques de la loi dans l'église de Home. Le parti des fnihlcs , ch. XIV, pouvait leur en avoir ouvert l'accès.
La description qui suit renferme des traits trop précis pour permettre d'appliquer avec Ilufnmnn cet avei'tissement à tous les faux docteurs en général, païens ou juifs. L'arlicle, devant les mots disf;ciisious et scandales, fait comprendre qu'il s'agit de faits connus des lecteurs. Mais il ne résulte point de là qu'ils se fussent passés dans Téglisi; à laquelle écrivait l'apôtre, connue le prétendent, ceux qui soutiennent que ce morcciiu ne peut être adressé à l'église de Rome. Jl suffisait que ces désordres fussent des faits notoirement existants dans d'autres églises, pourcpie Paid put s'exi)rimei' connue il b; l'ail. Lt comn)ent ceux qui avaient travaillé avec lui dans les églises d'Orient et (pi'il vi(;nt de saluer en si granti nond)re, Aipiilas et Priscille, par ex., qui avaient partagé avec lui à Epbése toutes les angoisses de la crise de Galalie et de la longue lutle corinlbienne, n'auraient-ils pas ('lé au l'ait de l'ardenle ini-
CilAP. XVI, 17.
milié dont l'apùtre ùlail l'objet de la part d'un certain nombre de judéo-cbrétiens? Le terme de dissensions, se rapporte anx divisions ecclésiastiques; celui de scandales, aux désordres moraux qui avaient si souvent accompagné ces luttes intestines, en particulier à Corinibe; comp. 4 (iOr. X-XIII. — On a conclu avec beaucoup de confiance de ces mots : « en opposition à la doctrine que vous avez apprise, » que F'aul lui-même avait été le fondateur de l'église à laquelle cet avertissement est adressé. Mais il eût dit plus clairement dans ce cas : « que vous avez apprise de moi, » comme il le fait Philip. IV, 9. Ce passage ne dit l'ien de plus que VI, 17, où Paul rend grâces « de ce que les Romains ont obéi de cœur au type de doctrine selon lequel ils ont été enseignés, » parole que personne n'envisage comme n'étant pas adressé(! aux Romains. Il s'agit, ici comme là, de l'évangile de Paul annoncé à Rome par les collaborateurs mêmes de l'apôtre qu'd vient de saluer. L'enseignement opposé à cet évangile csl le système légal qui, d'après ce passage, comme d'après I, 8. 11-1:2; VI, 17 et toute ré[)îlre en général, n'avait point encore pris pied à Rome. — Il suffit de cette parole, si vraiment elle a été adressée à l'église de Rome, pour renverser l'opinion de Danr sur la composition et la tendance de cette église. — L'expression avoir les yeux sur (crx.o-jîv) se rapporte à un ennemi attendu plutôt que présent; voir dans Passow le sens propre : sjiàhen, in die Ferne sehen; pour l'ennemi présent Paul dit simplement 'p\iT.i.~i. (l Cor. III, 10; Pbil. III, 2; Col. II, 8). Il s'agit donc d'une église où la lutte n'existe pas encore, et les derniers mots du v. : délournez-vous d'eux, doivent être appliqués au moment où ces adversaires attenilus arriveront et tenteront d'accomplir leur (jeuvre. A ce moment-là il ne faudra pas même entrer en couununication avec eux; il faudra simplement leur
fiOli CONCIAISION KIMSTOLAIRK
lounier le dos; et pourquoi? Le verscl suivant répond à cette question.
V. 18. Ces gens sont des hommes à la lois sensuels et liypoci'ites ; c'est donc sous l'empire d'un sentiment de répulsion morale immédiat que les chrétiens de Rome devront leur tourner le dos. Ces tiens-là servent leur sensualité et non pas Christ. Ce trait rappelle celui de Philip, m, 19, qui s'applique aux mêmes individus : « Ii^ux qui ont leur ventre pour Dieu et qui ne ^'occupent que des choses de la terre; » comp. aussi ^ Cor. XI, :20 et 31 : « Si quelqu'un vous assujctiit, vous mange, vous pille, vous le supportez fort hien. » C'est cette conduite sensuelle el insolente que Paul caractérise Philip. III, :2 pai' ces expressions sévères: « Prenez garde aux chiens ; prenez garde aux méchants ouvriers. » Le ministère évangélique était pour ces gens un moyen de gain, et le gain le moyen de satisl'aii-e leurs i)assions grossières. C'étaient les Tartufes de l'époque. Un autre trait de ressemblance les identifie l)lus conq)létement encore avec le lypehuriuf! pai' Molière: ils se présentent avec un hénin langage (/cYiTToy/jyia) el avec de paternelles bénédictions (sùXoyiai), et les simfdcs (x/.a/.ot, lit 1er. les innocenls), qui ne soupçonnent point le mal, se laissent prendre à ces airs dévots et à ciî ton paterne. Etait-il nécessaire, comme le prétend SchuK:, (pie ces hommes fussent déjà présents pour (pie Paul s'exprimât ainsi à leur sujet? N 'avait-il pas appris à les connaître sous ce jour-là en Galalie el à Corinlhe, et ne pouvait-il pas donner à l'église de Rome leur signalement, pour (pi'on les leconnùt aussitôt qu'ils se présenteraient?
V. 10 : « Car le bruit de votre obéissance est parvenu à tous. Je me réjouis donc à votre sujet' ; mais
' 'i'. H. ;i\ec 1*: .Mmi. lil : /^':-"> ojv to vj' jaiv ; D !•' Ci. tlo miMiie fil icliiiiu'liaiil le TO ; X A \i C I. 1' lisent : ss' jatv ouv /.aipoj.
CHAF'. XVI. 17-19.
je veux que vous soyez prudents ' à l'égard du bien et simples à l'égard du mal. » — «'-e v. a été lié an précédoiil (le (lilliTcMlcs iiiaiiiriL'S. TlioL, Philip, y Irouvenl un second rnolif de Iranqiiillité à ajoiiler à celui du v. 17. ((Vous saurez leur résister; car chacun connaît votre obéissance au pur Evangile.» Mais ce car porte sur le v. 18 et non sur le v. 17, et Paul eût dit en ce sens : « V.av je vous connais..., » et non : « Car Ions vous connaissent...» Oriyène explique : ((Je vous avertis ainsi; car vous êtes vous-mêmes de ces simples (à/.ax.o',) dont l'obéissante docilité est partout connue. » iMais comment concilier une parole semblable avec les éloges donnés à la connaissance et à l'expérience des lecteurs, XV, 14 et 15? Et le terme à'obéissance ne saurait être pris ici en mauvaise part. Meyer, WcLs.s opposent au contraire le 'jy.wv, vous, aux à/.a/,o'-, les simples : « Je dis : des simples ; car pour vous, je sais bien que vous n'êtes pas tels; votre obéissance à l'Evangile est universellement connue. » Rien de plus forcé que cette liaison. Paul aurait dû dans ce sens parler de sagesse, non d'obéissance, et au lieu de rai', dire : mais. Calrin et d'autres comprennent ainsi : « Je vous avertis de la soi'le, parce que je désire qu'à votre obéissance universellement connue vous ajoutiez et la prudence et la simplicité qui vous mettront à l'abri de la séduction. » Le sens serait bon ; mais il ne rend nullement compte des premiers mots du v. : « Votre obéissance est parvenue jusqu'à tous. » Hùckevl a appuyé avec raison sur ces mots comme étant la clef du passage. Il explique : « Si je vous avertis comme je viens de le faire (v. 17 et 18), c'est que, le bruit de votre obéissance à l'Evangile s'élant répandu partout, ces gens ne manquiM'ont pas d'entendre parler de voln; église et de
' T. \\. avec n AC 1' lit |i.îv après aofoj;; les autres oineltent celle parlicule.
<>08 CONCI.ISION KPlSTOr^AIUK
Ibndre sur vous pour oxploiler volrn foi, comme ils on! clierclié à le l'aire partout où l'Evani^ili'. a élé reçu. » Ce sens est parfailemcnl simj)le el rappelle l'idée de I, 8: ((On parle de votre foi dans le monde entier. » S'il en est ainsi, il est bien évident que celte parole ne peut avoir été adressée à l'église d'Ephése, fondée depuis tant d'années; elle suppose une église de fondation toute récente comme celle de Rome. On a prétendu que le terme ô' obéissance n'aurait pu être employé par Paul à l'égard d'une église qu'il n'avait pas fondée lui-même ; mais à tort, car il s'agit (le l'obéissance à VEmnr/ile et non d'un acte d'obéissance réclamé par Paul; comp. les passages VI, 17 (û—/i/.o'Jr;y.ze Tw xOrw) et I, 5. Si Paul eût parlé de l'obéissance des Piomains envers lui pcrsoimellement, eùl-il jamais j)u dire d'un acte de ce genre « qu'il était parvenu à la connaissance de tous » ! Weiss prétend qu'une louange, couMue celle qui est ici donnée, suppose une église que Paul avait appris à connaître par une longue activité dans son sein. Mais pas un mol dans le texte ne justifie un(> telle conclusion.
La leçon alex. : a Sur vutis donc je me n'jouis, » fait i-essortir plus éneigiquemeni le régime, tandis que les deux autres : « Je me réjouis donc sur vous » (gréco-lal.) ou « en ce qui vous concerne » (T. W.), appuient plut('it sur le verbe; ce qui est plus naturel (voir Plnlip.); la forme gréco-laline est la plus vraisetnblable. — Un simple moraliste, écrivant sur l;i prudence et la simplicili', eùl dit prdbablenicnl : « [)V\H\cin-cà l'cgiinl (Iti mal, simplicité à l'i-ijard du /nm!r> Paul fait le contraire. El encore ici nous pouvons constater (ju'il parle « par la grâce qui lui a élé donn(''i'. » \ l'égard de ce qui est mauvais, il n'y a pas plusieui's (jue>li(»ns à se poser, l'ne fois qu(; la conscience a dit : (l'est mal ! tout est dil. .Mallieiir à (pii a|>rés cela discule el raisonne en-
Œ\\\ XVI, l'j
core comme Balaam ! Il sera pris au piège qui lui esl tendu par un plus habile (v. -20). A l'égard du mal il n'y a qu'une chose à faire, i/.x.Mv£iv, se détounier ; et c'esl là la simplicité. 11 n'en est pas de même à l'égard du bien. Lorsqu'une chose esl reconnue borme, tout n'est pas dit encore. C'est ici au contraire qu'il est besoin de prudence pour ne pas gâter une œuvre bonne par la manière imprudente ou maladroite dont on la lait. Bien des questions se présentent: Est-ce le moment de la l'aire? Comment s'y prendre pour réussir? (Jui est propre à y mettre la main? etc., elc Autant de questions qui exigent une certaine mesure de sagesse, de savoir-faire, d'habileté pratique, de Tooia. Avec le mal, malheur aux habiles! Avec le bien, malbeur aux simples! La simplicité esl mère des bévues. — Le T. f{. place un y.sv, sans doute, après le mot (jo<po'jç, prudents; ce qui conduirait à ce sens: « Je veux que, tout en étant prudents dans le bien, vous soyez simples quant au mal. » Celte forme ferait porter le poids de la recommandation sur la seconde proposition. Mais le mot jn^udents, ToooJ:, fait trop évidemment contraste avec le mot ôc/.a/.oi , tes innocents, v. 18, pour qu'il puisse n'avoir qu'une position aussi secondaire. La première proposition doit être sur la même ligne que la seconde; car il faut autant de clairvoyance pour discerner la corruption des adversaires sous leurs beaux debors que de simplicité pour s'en détourner après l'avoir discernée. Le y.sv est donc de trop.
Pour désigner la simjdicité, l'aul se sert dans ce v. d'un terme autie qu'au v. I<S. Là il s'agissait d'Iiommes ignorants du n);il, qui sont facilement dupes. Ici Paul veut parler de la droiture morale qui, tout en connaissant le mal, rompt avec lui. De là le terme âx.£paioç,litlér. non mélangé, exempt d'impur alliage. — Celle parole de l'apôtre peut