KP. AUX ROM
010 CONCIAISION ÉPIST0F,A1RE
servir à expliquer k précepte de Jésus, Mallli. \, 10 : «simples comme les colombes, prudenls comme les serpents. » Comp. aussi 1 Cor. XIV, 20 el 2 Cor. XI, :^. — Un faussaire aurail-il trouvé un mot comme celui-là?
V. 20 : (( Or, le Dieu de paix écrasera bien vite Satan sous vos pieds. La grâce de notre Seigneur Jésus- Christ' soit avec vous-.» — De l'ennemi humain qui menace, le regard de l'apùtre se tourne vers l'ennemi plus redoutable dont les adversaires terrestres sont les agents, Satan. .Mais, d'autivi part, il regarde aussi à l'allié toutpuissant siH- h; secours dmiud l'église peut compter dans cette lutte. La liaison entre les v. 19 et 20 trouve son explication dans les v. 18-15 du ch. XI de la 2*' aux Corinthiens, où l'apùtre s'exprime ainsi sur les perturbateurs judaïsanls : « Ce sont de Taux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se déguisent en apôtres du Christ ; el il n'y a rien là d'étonnant, car Satan lui-même se déguise en ange de lumière. Il n'y a donc rien d'étrange à ce que ses ministres aussi se déguisent en ministres de la justice. Leur fin sera telle que leurs œuvres. » — L'expression : Dieu de paix, est choisie à dessein pour qualifier Dieu comme celui qui, si l'église tient bon, saura l'aire échouer les desseins des adversaires et maintenir le bon accord dans son sein.
— Le terme TuvTpîtj'si, écrasera, l'ait évidemment allusion à l'antique promesse Gen. III, 15, qui n'est — chose étrange
— rappelée nulle part ailleurs dans le N. T. — Les mots sv Ta/et sont ordinairement traduits par hienlol, ce qui signifierait: «dans un temps rapproché de celui oii je vous écris. » C'est en raison de cette traduction que Sc/iult: retrouve ici, avec beaucoup d'autres, l'idée du prochain re-
' N U lisent Ir.^oj tout court.
* I) K V G II. omidtcnl la seconde proposition du v. —T. I{. avec (picl(lil(S Mnn. ajoillc a;j.r,v.
CHAP. XVI, l'J-->0. 611
lour (le niirist. Mais le iiiul tx/'J; et ses dérivés ne désilinenl poinl l'imminence, la proximité du fait. Ils désii^nent la célérité avec laquelle il s'accomplit. Les xa/seç -i^îç, dans Homère, sont des pieds qui se remuent vite, et non pas bienh'd ; un tach'/f/rap/ic est un homme qui écrit vite et non pas prochainement. Le grec a le mot ejO'j; (droit, qui va droit au but) et ses dérivés pour exprimer l'imminence'. Paul veut donc dire non que la victoire sera prochaine, mais qu'elle sera promptement remportée, une fois la lulte engagée. Quand le fidèle combat avec les armes de Dieu (Eph. VI), la lulte n'est pas longue. — La victoire résultera de deux facteurs, l'un divin (Dieu ccmsera), l'autre humain [sous vus pieds). Dieu communique la force; mais elle passe par l'homme qui doit l'accepter et la mettre en œuvre.
Cet averlissomenl se termine dans le T. R. et les byz., ainsi que dans les alex., j)ar un vœu de bénédiction, vœu qui se trouve répété chez les premiers au v. 2i. Dans le texte gréco-lat., il ne se trouve qu'à ce dernier endroit. Entre ces (rois formes, celle des alex. est la plus probable; car elle explique les deux autres. Les gréco-lat. ont transposé ce vœu après les salutations qui suivent, v. 2I-2."J, afin de se conformer à l'usage ordinaire de l'apôtre. Le texte byzantin a combiné ces deux formes ; ajoutons que les gréco-latins omettent en général la doxologie à la lin de notre chapitre, et que, ne pouvant terminer l'épitre par ces mois : « et Quartus notre frère, » ils ont sans doute été conduits par là à transporter le vœu du v. 20 au v. 2i. — Ce vœu qui termine le v. 20 est analogue à celui que
* Aussi {'royon.>^-noiis (jue c'est à tori (lue l'on traduit Apoc. XXII, 20 : a Je viens bientôt (j'jirri\e proctiainomenl) »; le sens est [)lulôt : « Je viens t)ien vite, » c'est-à-dire : Je marche nipidcment ^lors même (|ue l'arrivée peut tarder longtemps encore].
012 CONCLl'SION ÉI'ISTOLAIRE
MOUS irotivons I Cor. XVI, ^.'V, il roriiio la clùture générale (le répitre, car il n'a rien d'assez spécial pour se rapporter uniquement à l'averlisseuient précédent. Quant aux salutations qui le suivent, v. 21-^2.-), et à la doxologie finale, v. 25-27, nous aurons à en rendre compte.
Conclusion critique sur le morceau v. 17 20. — Les objections de Baicr et de Lucht contre la composition de ce morceau par l'apôtre Paul sont de nulle valeur. La seule question est de savoir si cet avertissement fait partie de l'épîlre aux Romains ou s'il a été adressé, comme le croient aujourdhui un si i-'rand nombre de criticjues, à i'éjzlise dEplièse. Avant tout, on doit se demander comment il aurait pu se faire qu'un avertissement envoyé à Eplièse eût fait le voyage d'Eplièse à Home et été incorporé dans une épître aux Romains. Nous ne comiaissons. quant à nous, aucune raison (|ui puisse explitjuer une pareille migration, ni aucun |)réc(''di'n( <pii la justiHe. Mais ce sont surtout les raisons intrinsè(jues qui nous empcclient d'admettre cette suppo. ition. Ce morceau s'applique beaucoup plus naturellement à une église que l'apùtre ne connaissait pas perMiimi-llement (ju'à une église fondée |)ar lui. Il se réjouit de sa docilité à I Evangile connue d'une chose qu'il a apprise et dont la nouvelle ne mamiuera jjas de parvenir à d'autres oreilles que les siennes (v. li)). On n'écrit pas ainsi h ses propres disciples. De plus, il s'agit d'une église nouvellement fondée, dont on commence seulement maintenant à s'entretenir généralement. Eulin, serait-il concevable que Paul adressât à l'église d'Ephèse, au sein de laquelle il avait passé récemment trois a/inées entières et où il avait composé lépîtreaux Galateset la première aux Corinthiens, un avertissement qui suppose des lecteurs encore sans expérience des M anœuvres des adversaires juda'isants et plus ou moins ignorants de leur caractère moral ? En tel passage ne peut concerner (|u'une église placée à distance du théâtre de la lutte terrible qui avait rempli les dernières anné.'s de l'apôtre. Weizsi'irlier pense (pie toute l'épître aux Romains a été provoquée par un mouvement judaïsant qui avait déjà commencé à se manifester dans l'église. .Mais notre passage signale clairement le danger comme eiirore ii venir (v. lU). et la brièveté de cet averlissemenf, ainsi
ClIAl'. XVI,
(|ue la pliice siihsidiairo lin'il occiipi- dans la lettre, mollirent bien que l'aul ne combat nullement un ennemi (ju il envisaiie c-ommc déjà présent, et veut prémunir léiilise eontre une attaque prochaine el attendue.
Salutations de la i)ait des collaltoialeiirs de l'aid : v. -21-23.
V. -2l-'2o : « Timothée, mon compagnon d'œuvre, vous salue ', ainsi que Lucius et Jason et Sosipater, mes compatriotes-. '2-2 Je vous salue dans le Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre. 2:\ Gaïus, mon hôte et celui de l'Eglise entière, vous salue. Eraste, l'intendant de la ville, et le frère Quartus vous saluent ^ » — Api-ès le vœu d'adieu, v. 20, ces sahilalions étonnent, puisque ordinairement les salutations des compagnons d'œuvre sont placées avant lé vœu linal. Mais nous avons vu avec quel soin Paul avait rappelé au commencement de cetle épiire (1, l-f)) que c'était en sa qualité d'apôtre des Gentils uniquement qu'il l'écrivait. Cette qualité, il ne la partageait avec aucun autre, pas même avec Timolliéc; voilà pourquoi, quoicpic celui-ci t'ùt auprès de lui au moment où il l'écrivait, il n'a point mis son nom à côté du sien propre au commencement de la lettre, comme il le fait d'oi'dinaire ; conq). 2 Cor. 1, 1 ; Col. 1, I ; Philip. I, 1 ; l'Iiilém. 1 ; 1 et 2 Tliess. 1, I. L'omission du nom tie Timolhée dans les Kplii'siens (3st due à la mémi^ r.tison (pic dans cidle aux
' T. l{. avec K L lit a^naCovTa; ; tous les autres : aa-auETa-..
- D E F G lisent ici les mots ■/.%: at ;7./.).r,a'.a! -aaai toj Xy.-j-'yj Irl toutes les rjiiisas du Christ); transposé ici du v. Ki.
•'* Le T. K. lit ici avec D E I' G L Mnn. tl. la pluiisc : r, yxy.; -uj y.upiou r,[xo)v I. \. [j.£Ta -avrojv uarov, a[i.r,v ique la (jydre de notvd Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous ; amen); transposée ici du V. 20.
01 i CONCLUSION ÉIMSTOLAIUE
lloinains; dans la 1"^ aux Cor. elle provient de son absence, que nous pouvons constater. Nous pouvons par là nous rendre compte de la position assiiinée ici aux salutations (lus collahoraleurs de l'apôtre et même à celle de Timolhée, après la clôture de la lettre proprement dite. Elles ne font point partie de la lettre elle-môrne, et ne sont qu'un supplément dû à la délicalesse de l'apôlre.
Timolhée se trouvait eu ce moment à Corintlie avec l'apôtre pour prendre part au voyaiie de Jérusalem, comme cela ressort de Act. XX, 4. Ce même passage nous explique la présence dans celle ville et à la même é[)oque d'un autre d'entre les trois collaborateurs nonnnés ici, Sosipater, de Bérée en Macédoine. Ce nom, qui est probablement identique avec celui de Sopater, Act. XX, A, était celui de l'un des députés délégués par les églises de Macédoine pour les re})résenler dans la mission que Paul allait accomplir de leur part à Jérusalem (2 Cor. VIII, 18 et suiv.). — Jason était de la même province; car ce personnage est j)robablemeul identique avec l'iiôle de l'aul à Thessalonique, dont il est parlé Act. XVIII, 1-7. Il avait accompagné les députés de Tbessalonique et de Bérée auxquels Paul avait donné rendez-vous à Corintlie et avec lesquels il comptait s'embarquer pour la Palestine (Ad. XX, ^■j). — Le troisième personnage, Lucius, ne saurait êli'e, comme l'a pensé Ui'igène, l'évangélisle saint Luc; car le nom grec de celui-ci {Lucas) est une abréviation de Lucanus, tandis que Lucius vient du mol ln.i . Mais il est assez probable que nous retrouvons ici le Lucius de Cyrène, qui avait joué un rôle important, comme proplièle ou comme docteur, dans l'église d'Antioclic peu après sa fondation. Il accouq^lissait sou ministère dans diverses églises et il était ainsi arrivé à Corinibe. — Paul désigne ces trois derniers comme ses compatriotes; car le sens de pa-
CIIAP. XVl, ^1\-21. t)l5
voit, (jue plusieurs donnent à c-jy-'cvcî;, nous l'avons dijà vu, ne saurait s'appliquer à un si grand nombre de personnages (comp. V. 7 et 11). — 11 est probable que ces quatre collaborateurs actuels de l'apôtre s'étaient trouvés en Orient en relation avec plusieurs des personnes que Paul venait de saluer à Rome en son propre nom, par ex. avec .\quilas et Epénète. La délicatesse et l'esprit de IValernité ordonnaient par conséquent à Paul d'ajouter la salutation de ces frères qui l'entouraient à la sienne propre. V. ±1. Mais Paul avait en ce moment môme auprès de lui un collaboi'ateur d'une autre nature, auquel il devait aussi donner une place dans ces salutations. C'était celui qui lui avait prêté le secours de sa plume dans ce long travail, le nommé Terlins. Seulement, pouvait-il lui dictei' sa propre salulalion comme il lui avait dicté les précédentes? Impossible, c'eut été Taire de lui une simple macliine. L'apôtre avait un sens trop exquis des convenances pour user envers lui d'un tel procédé. Il cesse de dicter, et laisse Tertius lui-même saluer en son propre nom : « Moi, Terlius. » Ce détail, en apparence insigiiiliant, a bien sa valeur. Il nous fait compreudi-e, mieux (|ue bien des actions plus graves, ce qu'était saint Paul dans ses relations avec ses compagnons d'œuvre. (^est bien là ce qu'on peut appeler la politesse du cœur. Un faussaire eùl-il trouvé cela ? — OUranuirc remarque avec beaucoup de raison que cette observation : qui ai écrit lu lellrc, ne se comprend que s'il s'agit d'une Icllic d'une certaine ampleur, et non d'un simple billet, connue celui que l'on prétend avoir été adressé à l'église d'P^pbèse par Pliœbé. Kt indépendamment même de ce terme d'îTTWToAv;, le l'ail même d'une salutation semblable de la part et par la main du secrétaire ne se comprend que s'il s'agit de la rédaction d'une u3uvre considérable.
(il G CONCLUSION ÉI'ISTOLAIRE
V. 2o. Kncore un collaboraleur, mais d'un tout aulre genre : c'est l'hôte de Paul, celui sous le toit duquel il compose celle œuvre. Ce Gains n'esl ni celui de Derhe, en Asie-Mineure, Ad. XX, 4, ni celui d'ime église voisine d'Ephèse, o Jean, v. 1. C'est certainement celui dont Paul parle 1 Cor. 1, 1 i, l'un des premiers croyants de Corinlhe, qu'il avait baptisé de sa propre main avant l'arrivée de Silas et de Timothée. Paul l'appelle en même temps son hôte et celui de V luflisc eulicre. Ces derniers mots pourraient signifier que, lorsque l'église de Corinthe tenait une réunion pléniére (1 Cor. XIV, -1:)), c'était chez Gaïusque ces assemblées avaient lieu. Mais au terme çîvo;, liùle, se rattache plutôt l'idée d'accueil fait à des étrangers. Paul veut donc dire sans doute que la maison de Gaïus est la demeure hospitalière par excellence, celle qui à Corinlhe s'ouvre continuellement pour lecevoir les chrétiens étrangers de toutes les contrées. Weiss entend, moins naturellement, me semble-t-il, l'hôte des chrétiens qui venaient visiter Paul. — De Gains, l'apôtre passe à deux autres chrétiens distingués de la même église, qui étaient sans doute en relation personnelle avec quelquesuns des chrétiens de Rome. Ërasie, occupant un poste élevé dans l'administration de la ville (probablement comme trésorier), ne peut être l'évangéliste de ce nom mentioimé Act. XIX, "1^2; luais il pourrait être plutôt celui (loiit jiarle Paul '2 Tim. IV, -iO ; cependant le nom d'Eraste était extrêmement usité. Nous ne savons rien de (JiKirlus. — Tous ces personnages sont placés avec le lad et l(^ discernement dont ne se départit jamais l'esprit de l'apôtre, pas même dans les plus pi.'tits détails d».' ses lettres.
Le V. ^ÎA dans le T. R. est certainement inaulhentique. Mc'i/er cite pour le défendre la répétition du vœu aposto-
(.UAI*. XVI. 'i;J-t>5. 'il"
liqiic '1 Tliess. III, 5 01 IS; mais là nul Ms. n'oiiiel ce vœu, tandis (ju'ici il ne se lil dans aucun des quatre plus anciens Mjj. Il est aisé de voir que certains copistes l'ont transposé ici du v. ■ii), afin de le placer, comme c'est l'usage, à la suite des salutations.
Conclusion critique sur le passar/e v. ^21-'24. — Ce court passage est reconnu authentique et appartenant à l'épUre aii\ Uomains par Volkmar et Schult:-. Celui-ci a fait ressortir avec force la preuve résultant en sa faveur de l'énuinération des députés de Macédoine, Âct. XX, \. Il repousse aussi l'objection tinv de l'oriizine latine de plusieurs de ces noms, en rappelant (jue la Macédoine était toute peuplée de colons romains, ce qui explique la |)ropaiiation des noms latins dans cette province. — M. Renan infère des salutations adressées au nom de plusieurs Macédoniens, que nous avons ici la finale de l'exemplaire destiné à Téiilise de Thessalonique. En aruutnentant ainsi, il ne tient pas compte de la réuinon dans la ville de Corinthe. au moment de la coujposition de cette lettre, de tous les députés des éiilises de (îrèce (|ui devaient accompagner Paul à Jérusalem. — Nous ne saurions découvrir dans ce morceau la moindre parole propre à inspirer des doutes soit (pjant à sa composition par l'apôtre, soit ((uant à sa coimexion originaire avec lépitre aux Uomains.
Le regard en liaul ; conclusion : v Hb-ill.
L'apôtre aurait-il terminé une telle épilre par ces mots: « et le IVére (juarlus »? A la suile du vœu de i)cnédiclion linal, il avait trouvé bon d'ajouter les salutations de (juel- ([ues frères éminenls qui l'entouraient et qui étaient en relation avec certains memlu'es de l'église de Home. .Mais pouvait-il, arrivé au tenue d'un tel écrit, ne pas élever encore son regard en-haut et appeler sur cette œ'uvre dont il connaissait la gravité et sur l'église à laquelle elle était destinée, la héntîdiction de ('elui qui seid édifie et lortilie véritablement ? 11 l'avait lait dans le cours tle son écrit chaque lois qu'il leiiiiiiiail ipiebiue déveloiq)eiiieiit iiiqior-
CONCI.ISIO.N EI'ISTULAlKh:
t;inl. (loiiimenl ne l'anrail-il pas fait à plus forte raison au lerrne (le l'écrit tout entier? La présence un peu exceptionnelle d'une tloxoloLiie, à la lin de cette épîlre, n'a donc rien qui en soi puisse inspirer le moindre soupçon. Notre unique tàclie est d'examiner si ce passage est bien à la liauhïur de res|)ril do Tapôlre et conforme à sa manièi'C d'écrire; puis s'il possède, dans son enscmhie cl dans ses détails, l'à-propos convenable.
V. 4r)-:27 ' : « Or, à celui qui peut vous fortifier selon mon évangile et la prédication de Jésus-Christ, conformément à la révélation du mystère tenu caché durant les temps éternels, "2() mais qui a été révélé maintenant et - publié par des écrits prophétiques à tous les Gentils selon l'ordre du Dieu éternel, en vue de l'obéissance de la foi, '11 au Dieu seul sage, .. par Jésus-Christ, auquel •' est la gloire aux siècles des siècles ^ Amen. » — Paul avail exprimé dans le préambule de répiire le désir de visiter les chrétiens de Rome, pour qu'ils reçussent par son moyen un accroissemenl de force, « eiç To <7T-/;ç'./0Yivai j^Âç. » Ce désir, il l'a satisfait eu parlie et par anticipation, en leur adiessant cette lettre d'enseignement. .Mais (pi'est-ceque la parole de riioinme quand il s'agit d'obtenir un résultat spirituel réel'.' (l'est l'airain qui résonne. I.'apùtre éjjronvr donc le besoin d'élever son âme à (ielui ([ui pciil faire ce ipie l'iiomme ne peut (pie
' X H G l) fi (inoliiiics Mnn. 11. Syr''' lisent ici, ol ici seulement, la (loxolo.u'ie V. 25-27. — A I' la lisent ici el après \iV. t.). — L plus de 200 .Mnn. el les leclionnaires ne la lisenl (praprès XIV, Ti. — KG l'onieUenl coniplèlement. C-'esl ce (jue faisait aussi Marcinn (J'apr(>s le léinoii^nai!;e (t'()ri|j;ènc : < ('.;i|)iil hoc .Maccion... de liàc (>|)isli)lit penitiis abslulil. .".
- Le -.1 nnuKiue dans l) 1^ S\i-.
3 It Syr"'' oincllonl o.
■' ï K. avec H C oinetleni t.ov ii-.)v<.)v (((es sirclcs).
(JIAI'. XVI, '25. OI'J
désirer, (1eiii;iii(l(;r cl ju'éparcr : tco f^jvay.ivo), ('/ celui ijiii peut ! Ln |);irtic'iile ^é, or, sert à fairo la Iransilion, de riioiiime impuissant qui vient d'écrire, au Dieu lout-puissaul qui peut agir. C'est al)soluiiieiil la niéuie liaison que dans le discours de Paul à Milel, Acl. XX, o\ et 82. Nous chercherons plus tard le verbe exprimé ou sous-entendu (iont dépend ce dalif: A celui qui peut. — Le verbe Gr/iprCsiv, fortifier, est absolu. Il ne s'aiiil pas de fortifier spécialement dans la foi ou dans l'amour, t'aul veut parler de l'affermissement de la vie intérieure en général ; il veut oblenir pour ses lecteurs celte consistance spirituelle contre laquelle échouent toutes les attaques du dedans et du dehors. Il voudrait qu'ils devinssent tous des forts, ^uvaroi (XV, 1). Celle force comprend et l'affranchissement intérieur de la conscience relativement aux formes légales et la vie nouvelle due à la puissance du Saint-Esprit. — L'affei-missemenl croissant de cette force spirituelle est mis par l'apôtre en rapport avec une norme positive : mon évtnn/ile. il veut indiquer par là le type d'enseignement chrétien qui lui avait été personnellement révélé (ual. I, li-U)), et dont les deux traits caractéristiques étaient, comme nous l'avons vu dans toute cette épitre, la yratuilé parfaite cl, comme conséquence, Ynnivcrsidilé absolue du salut. Salut sans condition (Vœuvre antéi'ieure, salut offert indistinctement à tous : voilà eu deux mots ce que Paul appelait S07i évangile; expression qui ne se retrouve (|uc dans notre épitre (11, Kij et 2 Tim. Il, N. La force de Dieu ne peut se communicpier que dans l'accord de la pensée de l'homme avec la pensée de Dieu. Or, l'évangile de Paul élant la supième pensée de Dieu à l'égard de l'humanité, il résulte de là que la force divine ne peut se déployer dans le coîur de l'homme que dans la mesure où cet évangile y est reçu cX compris. C'est là le sens île
CONCLCSIO.N KI'ISTÙI.AIIIK
la propos, /.ara, ic/o», qui ne duil èlre confondue ni avec 3v (l'orlifier dans la foi n...), ni avec '•^-a (rorlilier jiar le nioi/cu de...). Ce sens me p;iiail plus ex;icl qm; celui de Weiss : « vous fortifier de telle sorte que vous demeuriez fernicHient attachés à mon évangile. » — Les mots suivants : cl .selon l(( prédiadion de Jésiis-Chrisl, onl été compris dans ce sens: « la prédication donl Jésns-Chrisl est l'auteur ; » les uns, comme Mcyer, entendant par là la prédication que (llirist l';iil reienlir dans le monde pai' la liouclie de Paul; les autres, connue Jlof maint : la parol(; telle (pie (christ Vu i»récliée lui-même |)cndant qu'il était sur la terre. Ce dernier sens est inadmissible; cai' Paul ne l'ait jamais allusion à la prédication terrestre de .lésus- (llirisl, (pii avait été circonscrite dans des limites tracées par sa condescendance pédatiogiquc envers Israi-I. Le sens de Meyer n'est pas plus acceptable. f*aul n'a aucun motif de i"el('vei' particulièrement ici cette idée, que c'est Cbrist l)ersonnellement (pii prêche par sa bouche, il rne parait (jiie le (;ouq)l(''ment Jésus- Chri.sl ne i)eut être (pie le gén. de l'objet et que l'aixjtre en ajoutant ici ce terme : (( selon la prédication dont Jésus-Christ est l'objet, » vent el1ac(!r ce qu'il paraissait y avoir de trop personnel dans la piemiére noi'me indiquée : mon i'i'(in(/tlc. Il ("prouve le lu;soin de rappeler (pie c(3t évangile (pi'il prêche n'a d'auii'e contenu (pie le Christ crucilii'' et ressuscité, annoncé |)ar les Douze; comp. 1 Cor. XV, II. Si la révélation que Paul a rerue eu proi»re a eu jiour ell'et de (b'-voiler des consé- (piences nouvelles (!t inattemlues di; rd'iivie de Christ, le Christ prê'thi'' pai' lui n'eu est pas moins le mê'UK^ (pie c(dui (\e la prédication apost()li(pje en généi'al. Liic/tl prétend (jiK! (•(.'Itc expression (ainsi coni|U"ise) révèle une tendance coiieilialrice à r(''gai(l des Douze (|ui est incompatible av('c le caraclên; de saint Paul. Mais Paul et Piei're se
sont îoiijours sentis foncièreiiionl d'iicconl, comme lu prouve le pass.iLie même des Gala tes d'où l'on conclul à leur désaccord (Gai. H, 12, 1.'»); autrement, chacun aurait-il pu reconnaître le ministère de l'autre connue piovenant du même Dieu aufpiel il devait le sien projtrc (Gai. 11, 7. 8)?
Nous trouvons un second régime avec la préposition y.a-a, selon : selon la révélation du mystère... Et la question est d(; savoir si ce régime est parallèle aux précédents, ou si, au contraire, il en dépend. Dans le premier cas. on peut faire dépendre le /.y.-y., selon, du vcrhc fortifier (Mej/.) ou de toute la locution : à celui qui jieut vous fortifier f'/Vj////).J. .Mais dans l'une et l'autre construction, on n'échappe pas à une espèce de tautologie avec le régime précédent. Et il est inadmissihle que Paul eût ainsi coordonné deux -/.aTa, selon, sans les lier par une copule, .le pense donc qu'il faut voii' dans ce nouveau régime une dépendance du précédent. Les mois vrxyyÛMy et y.r,z'jyu.y. (éranr/ile et prédication) renfermaient une notion verhale trés-énergique : aVacte d'évangéliser, de prêcher;)) et c'est l<à ce qui permet le rapport grammatical que nous admettons ici. L'acte de prêcher a lieu d'après une norme {y.y.-7.). L'homme ne s'en acquitte pas d'une manière arlti- Iraire. Ainsi Paul a soin de conformer sa piédication et son témoignage évangélique à la n''vt''lali()i) qu'il a reçue de la pensée divine pour le ^alut df l 'humanité. Le régime : selon la rérrlalion, dépend donc des deux suhstantifs précédents, .le ne vois pas hien pourquoi Weiss ne le fait dépendre que de y:t,vr-<).y. — Dim dés l'éleruilé a conçu un plan en noti'C faveur (1 Cor. Il, 1). Ge plan a été Inm cfVcAt' |)endant des siècles ; et aussi lungtenqjs qm; l'homme n'y avait pas été initié, il iislait un mjfstère, une chose inaccessihie à l'homme ahaudunué ;'i hii-uirme;
D'aïs CONCLUSION KPISTOI.AIHE
comp. XI, -r). Mais mainlenanl ce plan élernel a été dévoilé par voie de révélai ion. Réalisé par l'apparilion et l'œuvre de Jésiis-Clirisl, il a élé révélé par le Saiiil-Kspril (1 Cor. Il, 7-l::2) à ceux qui doivent le l'aire connaître au monde et spécialement à [*aul, en ce qui concerne les païens (Epli. III, :^ et .'5; Gai. I, 1 1. Ii>. Ui). — Le contenu de ce mystère est, d'une manière générale, le salut en Christ, mais plus particulièrement dans notre passage ce salut tel qu'il doit être prêché aux Gentils, à savoir que par la foi ils deviennent un seul corps en Christ avec les croyants juifs (Kph. III, 4 (')). — Les temps éternels sont les siècles nombreux qui se sont écoulés ilepuis la création de l'homme jusqu'à l'apparition du Christ; comp. Tile 1, 2. V. '21). Aux longs temps de silence est opposé celui du parler divin. Le mot vOv, maintenant^ exprime fortement ce coiitiaste. Le participe ^avspwOivToç, manifesté, se rapporte non à l'appai-ilion du Christ ici-bas (Beck, Weiss), mais à la révélation intérieure que les apôtres ont reçue du mystère divin par le Saint-Esprit; comp. les expressions toutes semblables Eph. III, 5 dont le sens n'est pas douteux. — Cet acte de révélation, pour atteindre son but (la réalisation du plan divin dévoilé), doit être complété par un autre, celui qu'indique le participe suivant yvcooic;- OcVTo:, pufjlié, divulgué. Ce que les ajx'itres oui reçu par la lévélation, ils ne doivent pas le garder pour eux-mêmes; ils sont appelés à le proclamer dans le monde enti(M'. Ces deux participes sont liés par la particule ts, et, mode de liaison rarement employé dans le N. T. et qui s'a[)plique à des faits dont l'un, distinct de l'autre, sert à compléter celui-ci. llofminin fait dépendre ce ^-.â re de ^avspwOsvToç, «manifesté maintenant et par... » Mais dans ce cas le participe suivant -'vc.k-.'îOcvto:, piihlir, ne serait plus lié :mi précédent par aucime parlicide, ce qui est im|>os-
cil A p. XVI. 25-2f).
sihie. D'ailleurs la notion du Icnips (niutnlciuinl) cl celle (lu moyen (pur les écrits) sont trop liétéroiiones pour être liées de la sorte. Les gréco-lal. et quelques versions oineltent la particule xi ; c'est une erreur de copiste l)ien expliquée par Meycr. On rapporta les mois : par les ccrils propliéiiqiies, au participe précédent (cpavepo/JîvTo:, numifestéj, comme plus rapproché que le suivant, et de cette fausse relation provint la suppression du ts. — Le second participe YvwpirrOÉvToç, publié, est déterminé par quatre réiiimes. L'un se rapporte à la cause l'ordre divin; lo second au tnui/en : les écrits prophétiques ; le troisième au but: l'ohéissance de la loi ; le quatrième à rub/ct : tous les Gentils. — L'ordre de Dieu a retenti par la houche de Jésus quand il a dit : « Allez et enseignez toutes les nations . » iMais cet ordre n'était pas l'expression d'une pensée qui surgissait seulement à ce moment-là; c'était la pensée immuahle et éternelle à laquelle étaient suhordonnées toutes les autres, même h; décret de la création. Voilà ce qu'est destinée à l'appeler l'épithète éternel donnée à Dieu. Cette pensée a dominé toutes les phases par lesquelles passe l'exécution de l'œuvre voulue. — Par les écrits propheliques, qui sont le iitoijen de la puhlication, tous les interprètes entendent les livres prophétiques de l'Ancien Testament.- Mais comment Paul pourrait-il dire que le mystère du plan divin a été puhlié par ces livres? il vient de déclarer, au conti'aire, que le mystère avait été tenu caché jusqu'au moment présent (vOv). On lépond que l'apôti-e lait allusion à l'emploi que l'on laisait des écrits des prophètes dans la prédication aposloIi(|U(!. S.ins doute ces écrits étaient un moyen de démonstration dans l'évangélisalion primitive; mais en étaient-ils un i\e publication, connue l'indique le participe '^-^otoinhvj^'j^l De plus l'article t(ov, les, pourrait-il man(pi(M' si P.iid voidait par-
G24 CONCLUSION KPISTOLAIRE
1er (Je ces livres prophéliques si connus que conlenail l'Ancien Testament? Il est faux de citer comme exemple le ypaoal àytai, écrils siuuls, sans article, de 1, il'-, car ce terme esl suffisamment détermine par l'expression : les prophètes, qui précède. Je pense donc que rex[)lication de ce lerme vraiment coid'orme à la pensée de l'apntre, ressort du passage si semblable que nous avons déjà cité, Epli. 111,3-5: ((Parce que Dieu m'a fait connaître le mystère par révélation, sdon que je viens de vous l'exposer par écrit en peu de mots, par la lecture desquels vous pouvez comprendre l'inlelligence qui m'a été donnée du mystère de Christ, lequel durant les générations précédentes n'a pas été publié aux lils des hommes, comme il a été révélé maiiileuaul à ses saints a|)(îln'S e( proplièles \r.\v l'Esprit, à savoir que les (lentils sont cohéritiers, membres du corps javi-c les croyants juifs] et co-particif)ants de la promesse, en Christ, par l'évangile.» Dans ce passage, Daul appelle les apùtres prophètes, en tant que |)0ileurs d'une révélation nouvelle, et il identifie le contenu de l'écrit qu'il adresse aux églises d'Asie avec la portion de celle révélation qui lui a été départie à lui-même : « Selon que je viens de vous l'écrire en peu de mots, par où, en Usant, vous pouvez connaître... » Il y a donc, selon lui, une récente émission d'écrits renfermant les nouvelles révélations, comme le recueil des anciens livres prophétiques renfermait les anciennes. Et voilà, me paiail-il, ce qu'il entend ici |)ar ces écrits prophétiques consacrés à la diffusion de l'Evangile chez tous les peuples. Ce sont les écrits apostoliques et en particulier l'épître même, dont il sent toute la valeur, que termine celte doxologie. — Le hul est indiqué par ces mots : pour /'obéiss((iice de lu foi; cette expression reprotluit celle de 1, T). I,'(ibi''issaiice consiste dans l'acte même de la loi. —
r.HAP. XVI. 20-^)7. 625
Enfin, rohjcl de la puliiication : 'pour tons les Gentils; celle expression rappelle celle de 1, 5: chez tous les Gentils. Paul finit donc par où il avait commencé : son apostolat chez les Gentils, qui résulte d'une révélation nouvelle et finale, et par \h la pleine réalisation du plan éternel de Dieu. Le retour aux idées de I, 1-5 est évident.
V. i.1 . Le datif tw ^'jva[X£v(o, à celui qui peut, du v. 25, n'a pas encore trouvé le verbe dont il dépend. C'est ce même datif qui, après les longs développements conlenus dans les v. 25 et 2r», se retrouve dans ces mots ; au Dieu seul sage. Seulement à l'idée de la puissance de Dieu, dans le v. 25, qui se liait naturellement à celle de fortifier, est substituée maintenant celle de la sagesse divine, qui est en rapport direct avec la notion du plan divin et de son accomplissement, dans v. 25^ et 26. Mais de quoi dépend ce datif du v. 27, ainsi que celui du v. 25, dont il est la reprise? Plusieurs répondent : de la proposition suivante: « A lui est (ou soit) la gloire ! » Mais il eût fallu dire dans ce cas, non w, auquel, mais a-jTw, à lui, comme Epb. III, 20. 21. Pour rendre cette construction admissible, il faut retrancher le pronom (o, comme l'ont fait le Valic. et quelques Mnn. Naturellement ces autorités sont insuffisanle.5, et la raison de l'omission saute aux yeux. Meger, Weiss et beaucoup d'autres pensent que nous avons ici une incorrection. Paul, sous l'empire des grandes pensées exprimées dans les v. 25 et 26, aurait oublié le datif par lequel il avait commencé la phrase au v. 25 et continuerait comme si la proposition précédente était complète; comme s'il eût dit par exemple en commençant : x^p'-c 'w ^'jvayivw Osw. Il cite la forme doxologique toute semblable de Martyr. Pulgc, c. 20; ce qui ne prouve rien, puisque la question que soulève l'explication de ce passage est absolument la même. La reprise par le nouveau datif
Kl". AUX ROM. — TOME II. 4U
fi^O CONCLUSION KIMSTOI.AIRK
v/jvo) nry^ô) Osw (Ic lii coiislruclion comnienc(''e au v. ^f) monli'e clain3inent que l'écrivain n'avait, pas onhlir celleci. T/iohirl;, P/iilippi et d'anlres rapporlenl le pronom relatif «o, auquel., non à Osw, mais à 'It.toO Xpi'TTovi, en supposant que, dans la pensée de l'apôtre, la doxolot^ie devait primitiven)enl s'appliquei' à Dieu, l'auteur du plan du salut, mais qu'arrivé au terme de la période, Paul l'a appliquée à Christ, l'exécuteur du plan : « Au Dieu puissant... et sage [soit gloire] par Jésus-Christ auquel soit gloire à toujours. » Cette explication me paraîtrait plus accepiahle que celle de Meyer. Mais je doute que l'on atteigne par là le vrai sentiment de l'api'itre. (Jiiand il commençait cette période par ces mois : A Celui ijui prul vous fortifier, je ne pense pas (pic l'ap^iire eût Piiitentidn de dire : .A lui soit gloire! (Juand on s'exprime ainsi : A Crl/ui qui peut faire, c'est pour former le vomi qu'il fasse réellement et non pour lui i-endre gloire de ce qu'il a l'ail ou fera. Le mouveinenl du co'ur de l'apùln', ipiand il a commencé le v. 25 en disant : (( A celui (|ui peut..., » me paraît donc avoir dû êtie le même que lorsqu'il terminait son allocution aux anciens d'Ephèse, Act. XX, .i4, en disant : « Kt maintenant jV vous confie i-y.oc/.-'J)t>j.7.i •j[xâç) à Dieu et à la parole de sa grâce, à lui qui peu l (tw r^jva- [iivw) vous édifier et vous donner l'héritage... » C'est l'ellipse qu'admettait aussi Glikhler (auviGTr,^! 'jaà;, je vous recommande à). En terminant, le regard de l'apôtre se tourne vers Dieu avec cette prière: «C'est à toi qui peux affermir... que je confie cette église ! » Cet élan vers le Tout-Puissant, auquel il désire associer tous ses lecteurs, es! si vivant dans son cœur qu'il ne sent pas même le hesoin de le formuler complètement ; il l'indique suffisamment par ce douhle datif: A Celui qui peut..., et : An Dieu seul sage, — qui indicpic l'olijetde son recours.
CIIAP. XVI. '27. 627
Le régime : par Jésus-Christ, est rapportt' par Met/er au mot scii/e : « au Dieu ilonl la sagesse s'est manifestée dans la personne et l'œuvre de Jésus-Christ. » Mais l'expression : seul safje par Christ, ne signifierait pas : qui s'est montré sage par (Christ, mais : qui est réellement sage par Christ. Or c'est là une idée que Paul ne pouvait énoncer. Oltramare, iwt'C Er., Calv., (;lc., admet une inversion semblable à celle de Xll, 3, et rapporte le rég. <^'.à 'l. X. à la propos, suivante, dans ce sens : « Auquel soit gloire par J.-C.)) Mais rien dans le mouvement de la phrase ne justifie ici une pareille inversion. Il faut, je pense, rapporter les mois -.par Jésus-Christ, à la pensée sous-enlenduequi forme le fond de toute la phrase précédente : « La confiance avec laquelle je regarde à Dieu pour vous tous, repose sur Christ par lequel Dieu accomplit toute son œuvre de salut.» C'est par Jésus-Christ que monte celle supplication; c'est par lui que descendra le secours du seul fort et seul sage. — Le pronom relatif auquel se rapporte donc plutôt à Jésus-Christ qu'à Dieu. .Mais il faut ajouter que dans la pensée de Paul l'auteur et l'exécuteur du plan du salut sont si étroitement unis, qu'il est difficile de séparer dans cet hommage final Dieu auquel il regarde, de Jésus-Christ au nom duquel il regarde. Dans le passage I, 7, les deux substantifs, Dieu et Jésus-Christ, sont placés sous l'action d'une seule et même préposition à-ô ; ils peuvent aussi être compris ici dans le même pronom. — Le verbe à sous-entc.ndre dans la dernière proposition serait certainement é'TTco, soit, si Paul eût employé le mot f^J;a, ijluire, sans article. .Mais avec l'arlicle (« lu gloire ») il faut plutôt sous-entendre H-?-:!: «Auquel est la gloire.» Elle lui appartient tout entière à toujours. Car c'est lui qui a tout fait et fera tout dans celle grande œuvre du salut exposée dans l'écrit maintenant terminé.
(>"2S ('.OXCU'SION KPlSTOI.AIIiK
Conclusion critique sur la dorologir. >:. 95-'21 , et sur les ch. XV et XVI. — L'authenticité des v. 'i^Tl a été combattue d'une manière approfondie par Reiche^ Liicht et Holtzmann *. Hilgenfeld^ qui défend contre ces critiques celle des ch. XV et XVI en général, se joint sur ce point à leur opinion. — M. Renan., au contraire, attribue la composition de ce passage à Tapôtre; mais il y voit la finale particulière de l'exemplaire adressé à une église ii»connue. Dans cet exemplaire, ces versets devaient se rattacher immédiatement à la fin du ch. XIV. Reuss en admet également lautlienficité, et il les envisage comme la clôture de notre épître. à buiuelleils se rattachent selon lui d'une manière intime.
\()i(i les principales raisons alléguées contre lauUienticité du passage v. ^a-^T : 1" l/omission complète de ces versets chez Marcion et dans deux iMjj.. et leur transposition à la (in du ch. XIV dans trois Mjj. et dans la plupart dt-s Mnn. :2" L'absence d(> paroles analogues à la fin des autres épîtres de saint Paul. )V' L'emphase du style et l'accumulation des expressions, qui contrastent avec la sobriété ordinaire du langage paulinien. 'i" (iCrtains échos d'expressions en usage dans les systèmes gnosti(|ues du H'' siècle. T)" f^e mancpie d'à-propos et de but délermiiié.
I" (juant à Marcion. il n'est p;is élonnant (|u'il supprimât ce passage, ainsi que tant d'autres, dans les lettres du seul apôtre dont il reconnaissait l'autorité, f.ar, en mentionnant les ccrits prophétiques, expression que Marcion appli(|uait aux prophètes de l'A. T., ce passage rattachait étroitement la nouvelle révélation à I ancienne, ce qui contredisait absolument son système. — Nous crevons avoir expliqué à la fin du ch. XIV comment s'est produite la translation de ces versets en cet endroit-là dansquel- (|U(>s documents, aussi bien que leur omission complète ou leur répétition dans un très-petit nombre de documents. La position de la doxologie à la fin de l'épître repose certainement sur l'accord des plus nombreuses et des plus graves autorités. — !2" Il n'est [)as (■•loiniant que dans une lettre aussi exceptiomudlement im-
* Itoiclie. dans son Commenlaiio criliciiic. — Luclil. Uelier die hi'idi)) li'/:te)) Kup. dfs ]i<»)ier/)r., IS71. — lloll/.niann. Epheserund Cnli,ss,-r-Hri,'l\ p. :î(»7 .'MU
cii.vi'. XVI, 21. OJ!)
portante que celle-ci. l'apôtre ne-se soit pas contenté cJe terminer, comme d'ordinaire, par un simple vd'u de bénédiction, mais qu'il ait éprouvé le hesoin d'élever son Ame à Dieu par une invocation solemielle en faveur de ses lecteurs. Cet écrit comprenait le premier exposé rationnel du plan du salut. Si, en terminant chacune des parties de cet ouvraiie, son cœur s'était senti clia(|ue fois entraîné à un mouvement dadoralion, ce sentiment
devait éclater chez lui plus puissamment encorij au n ent d(j
poser la plume. — o" l/al)oiidance des expressions est iirande, il est vrai; mais elle résulte de la pui^^sancede ce njouvement intérieur et n'a rien (|ui dépasse la mesure normale du style de l^aul. Le participe yvcoptîOc'vTo;, j)ublié, v. iJ(), est accompai^né de (juatre régimes; mais il n'y a rien là de suspect. Le participe ôp'.TOc'v- Toç, ('tahii (I, i), en a trois, et en outre un attribut ; et le vérité £Àario|.;.sv, nous avons reçu (1, 5), en a trois également, et de plus deux objets. Le passage ch. V, 15-17 nous a donné un échantillon de la n)anière dont l'esprit souple et fécond de l'aul réu.ssit à bourrer dans une seule phrase une mas-,e étonnante d'ex|)ressions et d'idées. Il s'agit donc uni(|uement de savoir s'il y a accumulation oiseuse d'expressions identi(iues ; or. c'est ce que l'on ne saurait prouver. Nous avons constaté l'intention rélléchie et la portée précise de chaijue terme dans ces v. ^a-ïi7, comme dans tt)ut le reste de l'épître. — 4" Les analogies que Lucht croit avoir découvertes avec certains termes gnosti(|ues sont purement imaginaires. Le lecteur en jugera par les exemples cités par Mei/er. L'expro.ssion de temps éternels rappellerait les Kons du système valentinien. Le terme i7£<7tYV]a£vou, tenu cachi', serait en rapport avec le principe di\in désigné du nom de Tty/i, le silence^ dans ce même système. — Une telle critique appartient au domaine de la fantaisie, non de la science. Si l'on cherche des analogies réelles, c'est dans 1 Cor. Il, (5-7 qu'on les trouvera. — V)'> L'absence d'un but déterminé ne peut être reprochée à ce morceau (ju'autant (|ue l'on ne comprend pas ce mouvement du cœur vers Uieu (jui en fait le fond et (jui doit entraîner l'église au pied du trône d'où descend la force.
D'après lieiche, l'auteur de celte doxologie serait un aiiagnoste (lecteur public), (|ui l'aurait composée en s'aidant de la (in de l'épître de Jude ( v. ^4-^5) et des derniers mots de Ilébr. XIII. 'il. Mais après (|UL- l'on a relraiirhé du parallèle de .luilc
030 CONCLCSION i:i'lSTOI,AIHl-:
le mot (703/Ô). sa(je, (jui est inauilientique dans ce passaixe et peut être tiré de notre épître elle-même, et le tw ouvaae'vt.), qui ne prouve rien (Act. XX. 'ii : Eph. III, :20), (jue reste-t-il pour justifier la supposition dun emprunt? La formule liturizique, Ilébr. XIII. ^1, est si usitée qu'elle ne peut rien prouver. \\\ compilateur aussi servile que celui que suppose Heiche, aurait-il composé un morceau aussi orii;inal (jue celui-ci. dans lequel on retrouve réunis, tout comme dans le préambule de l'apôtre (I, 1-7), toutes les idées principales de l'écrit lui-même? — Iloltzmann, dans son ouvraize sur les Ephésiens et les Colossiens, suppose que ce passai^e est l'd-uvre de l'auteur inconnu qui, vers la fin du I'-"" siècle, s'est occupé de recueillir les épitres de saint Paul. Il commença par donner dans l'épître aux Ephésiens une amplification d'une très-courte épître adressée par Paul aux Colossiens: puis il remania cette dernière en se servant de ce premier travail; enfin, il entreprit de compléter l'épître aux Romains par cette doxoloiiie composée au moyen de divers passages de ces deux lettres, passages où l'on remar(|ue le même ton hymnologique et la même tendance à l'amplification. Les parallèles que nous avons cités dans l'exégèse prouvent assurément une certaine analogie de pensée et d'expression entre notre passage et ces lettres. Mais si c'est Paul lui-même (|ui a com|)osé celles-ci, trois ans après notre épître, cette coïncidence n'a rien d'étonnant. Si au contraire l'auteur de ces lettres est un faussaire de la lin du ^'' siècle, qui a voulu imiter Paul, il doit avoir trouvé dans les écrits autlienti(iues de l'apotre un point de départ pour cette interpolation, et l'authenticité de notre doxologie est ainsi rendue vraisemblable par ce faux même. Dans tous les cas, un faussaire eût difficilement commis l'incorrection apparente que l'on remarque au v. ^7. Car elle suppose un élan du sentiment et de la pensée qui ne convient pas à une composition à froid. — (Juanl à la supposition de M. h'cnan, il suffit de relire le dernier v, du ch. XIV : « Ce que l'on fait sans la foi est [)éché, » et d'essayer d'y rattacher notre v. "ili : * A celui (|ui peut vous fortifier, » etc., pour mesurer la dislance d'idées (jui sépare ces deux v.. dont l'un devrait être la suite de l'autre! Sur les ch. XV et XVI il ne nous reste que |)eu de choses à ajouter. Nous avons exposé les hypothèses nombreuses et contradiclitires auxquelles les savants se sont livrés depuis plus d'un
CHAI', xvi. -11. (3:31
siècle à réîj;ard de ces chapitres. Nous les avons ovainiiiées passa ize après passa.ue; elles nous ont piru peu solides dans le détail; ces suppositions auraient-elles plus de valeur, ap|)litiuées à l'ensemble de ces chapitres :' Hue .Marcion ait rejeté le toutou en ait seulement retranché (|uel(|ues parties*, ce fait na pas d'importance ; car la nature doiimatique des motifs cpii le dirigeaient est évidente. L'école de Tubingue avait des motifs tout semblables pour imiter cet exemple; car ces cha|)itres renversent les hypothèses de Baur sur la composition de l'éiilisc de Konie, sur le but de notre épître et en iiénéral sur la position prise par Paul relativement au juda'isme. — Si Irénée et Tertullien ne citent, aucune parole de cas deux derniers chapitres, ce peut n'être là qu'un fait accidentel comme l'absence de toute citation de lépître à Philémon chez Irénée ou chez Clément d'Alexandrie. — La multiplicité apparente des (inales est le fait qui paraît avoir agi avec le plus de force sur l'esprit des critiques modernes, (juelques-uns ont même été conduits par cette circonstance à voir dans toute la fin de notre épître un recueil accidentel de feuilles détachées, sans relation les unes avec les autres. Nous pensons que cette impression se dissipe à une étude plus approfondie. La (inale XV, l^i clôt l'exhortation à lunion conunencée au ch. XiV, et le A'^œu XV, %\ est motivé par les détails (jue Paul vient de donner sur sa situation personnelle et par les inf|uiétudes qu'il a exprimées à l'égard du voyage (|ui le sépare encore de son arrivée à Kome, La salutation des égli.ses, ' XV, 16, se rattache naturellement aux salutations de l'apôtre lui-même. La promess;- XVI, :20'' se lie étroitement à l'avertissement, en forme de post-sciiptum, par le(iuel il vient de mettre l'église en garde contre les perturbateurs dont l'arrivée ne peut tarder. Le vœu (jui forme la seconde partie de ce verset correspond à celui qui termine toutes les autres lettres de l'apôtre. Celui du V. 'i\ est inauthenti(|ue. (juant à la doxologie,ce dernier mot résume, comme dans un accord linal, toutes les pensées traitées dans l'écrit, en élevant le regard des lecteurs, avec celui de saint Paul lui-même, jusqu'à la source céleste dt" loute force et de toute grâce. Uien n'y trahit la c()nq)ilation ou l'imitation. D'ailleurs une supposition d'interpolation a toujours en elle-même i)eu de
' Comi». InUod. I, p. \\\î cL j.jj.
O'J- C.ONCLL'SlOiN EI'1ST0I>AIHE
vniiscrnhlaru'e. On ne doit pas oublier le respect dont les églises entouraient les écrits apostolitjues (ju'elles possédaient. Klles les conservaient précieusement dans leurs archives, et il n'aurait pas été si facile à un individu dy jipporter des chanf-enients inaperçus. On relisait à Corinthe dans le second siècle l'épître de Clément Romain ^. Klle était donc toujours là sous la main. L'on en faisait certainement nutant à l'éi^ard des écrits apostoliques. Nous savons par les déclarations des Pères que ces écrits étaient conservés chez l'un des presbytres- et qu'ils n'étaient copiés et reproduits pour d'autres églises, qui en demandaient communication, que sous un contrôle sévère et en quelque sorte avec l'attestation: Pour -copie conforme, délivrée d'oHice^. Nous avons donc le droit de dire qu'aussi longtemps que des raisons péremptoires ne nous forcent pas à suspecter la teneur gi'mérale du texte primilivenu'iit transmis, il a pour lui le préjugé de l'authenticité.
' « Dans ce jour du dimanclio nous avons lu votre lellrc [colle de Soter. évèquc de Kome], et en la relisant plus tard toujours de nouveau, aussi bien que celle que nous a jadis écrite ("Jénicnl, nous no manquerons pas dètro bien exhortés. »
- Irénëo (Ilœr. IV, 2(5, 2) dit : « Toute ([uostion sera décidée pour lui dès qu'il aura lu avec soin les Ecritures chez ceux (pii sont presbytres do l'Eglise. »
' Terluliien (Cont. Marc. IV, 4) décrit ainsi le mode de communication des évangiles d'une église à l'autre : « Les évangiles que nous I)OSsédons per illas (par l'inlermédiaire des églises apostoliques) et seciDuhim illas (selon l'exemplaire (ju'clles ont fait copier et collationncr pour nous). »
En lerniinanl, nous résumerons les icsullals Jo colle élude par rapport aux quatre poinls suivanls :
\'^ Le lexte, 4» Torigine, o" riiiiportaiice, 1" l'aulorilc de nolie épîlre.
LE TEVTIi.
Sur les 7,00(1 mois environ que renlerme l'épilre aux llomains, nous renconlrons dans la huitième édition de Tisciiendorf li200- 1:250 vai'ianles, du nombre desquelles ^OO sculemciil nous ont paru dit^nes d'èlre notées.
Va\ examinant les autorités qui appuient ces variantes, on discerne bien vile les artinités spéciales qui rci;nent entre certains documents et qui conduisent à répartir ceuxci en trois groupes (voir l'Introd. I, |i. ir)7-l .")!)) : l'alexandrin (x A 1'. C), le i;réco-la(in (D V. F G) et le byzantin