CHAPITRE XI, LIVRE XI
Mais suppose-l-011 que ces grands avantages donnent de plus à celui qui les possède , un droit positifà des places, à des distinctions, à des laveurs , à des prérogatives dont sont privés ses concitoyens ? Ici la thèse est bien différente. De semblables droits, s’ils doivent exister, ne peuvent être accordés que par la société et pour la société. C’est à elle seule à juger s’ils lui sont utiles ou nuisibles; et les individus qui en jouissent ne doivent avoir aucune force particulière pour les défendre contre l’intérêt général.
11 en est de même des richesses. Sans doute la richesse est une très-grande puis- c ■ sance. Elle offre, à peu près, les mêmes avantages que la naissance, et elle en a qui lui sont particuliers. Une grande fortune donne à celui qui en jouit, s’il sait en user, une grande supériorité sur ceux qui en sontprivés. C’est précisément à cause de cela qu il n est pas nécessaire d’y rien ajouter ; car , si celte grande fortune est patrimoniale, elle est garantie par les lois sur la propriété , comme la Subsistance du pauvre’; et , si elle consiste en bienfaits de l’état , soit à titre de récompenses , soit à titre de salaire , il n’y a pas de raison
pour que letat soit assujetti, dans la distribution de ses dons , par d’autres considérations que celles de Ja convenance et de la justice.
Il eu est de même encore , à plus forte raison , des honneurs. Si l’on entend par ce mot l’éclat , la considération qui suivent la naissance , la fortune , ou la gloire personnelle, aucune loi ne peut en disposer. Si au contraire on entend par des honneurs, les distinctions, les faveurs que peut accorder le gouvernement , ils ne doivent jamais être accompagnés d’une force réelle qui puisse les faire conserver contre son gré.
Il est donc toujours inutile ou nuisible que ceux qui possèdent de grands avantages dans la société , y ajoutent encore une supériorité de pouvoir qui , sous prétexte de leur servir à se défendre, ne leur servirait réellement qu'à opprimer. C’est déjà bien assez qu’ils aient cette supériorité qui résulte nécessairement de ces avantages, et qui en est inséparable. En vain dirait-on que , s’ils ne jouissaient par de cet accroissement de pouvoir, ils se croiraient eux-mêmes opprimés, et regarderaient la liberté commune comme