CHAPITRE Xr, LIVRE XI
dans un seul endroit pour y délibérer. II faut donc que l’autorité quelconque qui la régit provisoirement , la convoque sur différens points de son territoire en assemblées partielles , dont elle se charge de recueillir et de dépouiller les votes. Nul doute jusque-là : mais ici se présente une question qui en décide bien d’autres, car elle se retrouvera, sous mille formes, dans tous les détails subséquens. Tous les citoyens doivent-ils être également appelés dans les assemblées dont’ il s’agit, et y voler de la même manière ? Je me déclare, sans hésiter, pour l’affirmative, et voici les motifs qui me déterminent.
On dit ordinairement, et Montesquieu dit lui-même : « Il y a toujours dans un état » des gens distingués par la naissance, les » richesses , ou les honneurs : mais , s’ils » étaient confondus parmi le peuple, et s’ils « n’y avaient qu’une voix comme les autres , » la liberté commune serait leur esclavage, » et ils n’auraient aucun intérêt à la défendre, » parce que la plupart des résolutions se- » raient contre eux. La part qu’ils ont à la » législation doit donc être proportionnée » aux autres avantages qu’ils ont dans l’état :
"l86 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU.
» ce qui arrivera , s’ils forment un corps qui » ait droit d’arrêter les entreprises du peu- >» pie , comme le peuple a droit d’arrêter les » leurs. » J’avoue que ces raisons ne me font aucune impression , et je trouve qu’il y a là une grande confusion qu’il est à propos de faire disparaître.
Je commence par la naissance. Un homme qui porte un nom célèbre par de grands taleus ou de grands services, ou seulement un homirîie honoré par une existence audessus du commun ou par des fonctions distinguées dans la société , a l’avantage qu’il est connu plus tôt , qu’il a des relations plus nombreuses et plus utiles , qu’il a et qu’on lui suppose , en général , une éducation plus relevée, des idées plus étendues , et des habitudes plus généreuses , qu’il fixe plus l’attention , qu’on lui accorde plus de bienveillance, que son bonheur cause moins d’envie, et que son malheur inspire plus d’intérêt. Ce sont là de grands avantages sans doute ; on ne peut les perdre. Ils sont dans la nature des hommes et des choses. Nulle loi ne peut les donner : nulle ne peut les ôter : ils n’ont besoin
d’aucune protection spéciale pour subsister.