‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 102 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI. îgt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI. îgt

viléges, des pouvoirs, que les autres n’ont pas, et qui les mettent en butte à de justes haines ; et qu’ainsi ce sont ces classifications maladroites qui seules rendent possible la guerre intestine qui ne naîtrait pas sans elles. Elles sontdonc bien peu propres à l'empêcher.

Il y aurait une autre raison pour accorder à ceux qui ont des avantages éminens dans la société , un surcroît de pouvoir ; c’est qu’en général, ils ajoutent à tous ces avantages celui des lumières , et que par conséquent en général aussi, il vaut mieux pour tous detre gouvernés par eux que par d’autres. Cela est vrai. Mais on peut répondre que , si la supériorité* des lumières est en effet celle qu’il est réellement désirable de rendre prépondérante, elle n’est liée constamment à aucune autre, qu’elle est celle de toutes qui sait le mieux se défendre elle-même, et prendre son rang dans la société, quaud rien ne la gêne; et que c’est précisément pour la laisser plus librement agir, qu’il ne faut accorder aux autres aucune protection spéciale. Elle les fera tout naturellement prévaloir en tout ce qui ne sera pas contraire au bien général. On affaiblit et on égare la raison en voulant

I<p COMMENTAIRE SÜR MONTESQUIEU, lui donner pour appuis des fractions de la société, qui ont ou qui croient souvent avoir des intérêts contraires aux siens.

Je conclus que tous les citoyens doivent être également appelés , etvoler de la même manière, dans les assemblées où l’on délibère sur le moyen à prendre pour donner une nouvelle organisation à la société; car ils y sont tous également intéressés, puisqu’ils y sont également pour tout ce qu’ils possèdent, pour tous leurs intérêts, pour toute leur existence. Peu importe que l'exislepce des uns soit plus considérable, ou plus précieuse, ou plus agréable que celle des autres. L’existence de chacun est toujours tout pour lui : et l’idée de tout ne comporte pas celle de plus ou de moins. On ne doit exclure de ces assemblées que les individus qui, à cause de leur âge , ne sont pas censés avoir encore une volonté éclairée par la raison , ceux qui sont déclarés par jugemens être incapables de ces emplois, ou en avoir abusé d’une manière grave, et peut-être ceux qui, à raison des fonctions qu’ils ont acceptées librement, paraissent avoir soumis leur volonté à la volonté d’un autre.

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