CHAPITRE XI, LIVRE XI
pables à la tète des affaires. S’il en paraît un, c’est un ambitieux plus habile que les autres. 11 tient seul dans sa main toute la force réelle : elle sera employée uniquement pour lui. Il est trop au-dessus de ses concitoyens pour n’avoir pas d’autres intérêts que les leurs : il n’en a qu’un , celui de se perpétuer dans son pouvoir. Ils ont besoin de repos et de bonheur. Il a besoin d’affaires, de discordes, de querelles, de guerres, pour se rendre nécessaire ; ces moyens ne lui manqueront pa§. II procurera peut - être à son pays des succès militaires et des avantages extérieurs , mais jamais au dedans une félicité tranquille. 11 deviendra impossible de le déplacer et de le remplacer. Cet effet est si aisé à produire , que jamais homme revêtu d’un pouvoir illimité n’a manqué de garder son pouvoir toute sa vie , ou ne l’a perdu que par de grands malheurs publics.
Nous voici arrivés à la seconde hypothèse , celle où ce chef unique est en place pour toute sa vie. Je n’ai pas besoin de m’y arrêter beaucoup. On sent assez que tout ce que j’ai dit de la première hypothèse est encore plus vrai de celle-ci, et qu’une fois la chose venue
210 COMMENTAIRE Sl'R MONTESQUIEU.
à ce point , il faut se résoudre à vivre dans les convulsions du desordre , et à voir même arriver la dissolution de la société, comme en Pologne , ou laisser le chef, élu à vie , devenir héréditaire , comme en Hollande et daus beaucoup d’autres pays; trop heureux encore si, par l'effet du hasard et le jeu des intérêts contraires , cette hérédité finit par être déterminée d’une manière nette , constante , qui ne soit point trop déraisonnable , et qui ne conduise pas le corps politique à etre déchiré , ou à être la proie d’une puissance étrangère , comme cela n’est que trop souvent arrivé. S’il est impossible qu’un grand pouvoir soit confié pour un temps limité à un seul homme , sans que bientôt il arrive à le garder toute sa vie , il est encore plus impossible que plusieurs hommes successivement exercent ce pouvoir pendant toute leur vie , sans qu’il lie se trouve un d’entr’eux qui le perpétue dans sa famille. Nous voilà donc amenés à exaniiner les effets de la monarchie héréditaire.
Pour les hommes qui ne réfléchissent pas , et c’est le grand nombre , il n’y a d étonnant que ce qui est rare. Rien de ce qui se voit