‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 131 sur 216 · CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ. ' 2/fQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ. ' 2/fQ

donc bien peu de liberté. 11 n’a surtout pas celle d’être autrement , et de faire que tout soit autrement. Il est soumis à toutes les lois de la nature, et spécialement à celles de sa propre nature. Il ne peut les changer , il ne peut qu’en tirer parti en s'y conformant.

Heureusement ou malheureusement , il est dans sa nature qu’il combine les perceptions de sa sensibilité, et les analyse assez pour les revêtir de signes très-détaillés , et qu’il se serve de ces signes pour multiplier ces perceptions et pour les expi’imer. 11 profite de cette possibilité pour communiquer avec ses semblables, et se réunir à eux pour augmenter sa puissance ou sa liberté, comme on voudra l’appeler.

Dans cet état de société , les hommes ont besoin de lois pour régler leur conduite les uns envers les autres. Ces lois ont besoin d’être conformes aux lois immuables de la nature humaine , et de n’en être que des conséquences ; sans quoi elles sont impuissantes, passagères, et n’engendrent que désordres. Mais les hommes ne savent pas cela d’abord. Ils n’ont pas encore assez observé leur nature intime pour connaître ces lois néces-

lÜO COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU.

saires. Ils n’imaginent que de se soumettre, sans réflexion comme sans réserve, à la fantaisie de tous ou à la fantaisie d'un seul qui s’est attiré leur aveugle confiance. C’est le temps de l'ignorance ou du règne de la force ; c’est celui de la démocratie ou du despotisme. Dans ce temps , les hommes punissent pour se venger du tort qu’ils croient qu’on leur a fait. C’est la base de leur code criminel ; il n’est que la suite de la défense naturelle. Pour le droit des gens, ou le droit de nation à nation, il est absolument nul.

Ensuite , les connaissances , les relations , les événemens se multiplient et se compliquent. On n’en voit ni la théorie ni l’enchaînement; mais on cherche, on fait des spéculations , des suppositions , on crée des systèmes hasardés, même des systèmes religieux. Des opinions s'accréditent. Il s’établit jusqu’à des puissances d’opinion. On tire parti de tout cela. On s’arrange, suivant les circonstances, sans jamais remonter aux principes. On procède par expédiens; et de là naissent diflérens ordres de choses , différens modes de sociétés , qui sont toujours des aristocraties d’un genre ou d’un autre , sous un

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